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Examen de la phrénologie

De
128 pages
Le livre critique sur la phrénologie du physiologiste français Pierre Flourens (1794-1867) est un ouvrage classique, publié pour la première fois en 1842 et réédité à de nombreuses reprises. Avec le renouveau des doctrines "localisationnistes" au plan cérébral des fonctions mentales, ce livre présente un apparat critique sur cette question qu'il est aujourd'hui indispensable de connaître.
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EXAMEN DE LA PHRÉNOLOGIE

Encyclopédie Psychologique Collection dirigée par Serge Nicolas
La psychologie est aujourd 'hui la science fondamentale de I'homme lnoral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIXe siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L'objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'il est difficile de se procurer aujourd 'hui. On pourra utilement compléter l'étude de ces œuvres en consultant les articles contenus dans la revue « Psychologie et Histoire» consultable sur le Web :http://lpe.psycho.univparis5 .fr/membres/nicolas/nicolas. francais .htInl.

Dernières parutions
Paul BROCA, Écrits sur l'aphasie (textes réunis par S. Nicolas), 2004. Hippolyte BERNHEIM, De la suggestion dans l'état hypnotique et dans l'état de veille, 2004. Pierre JANET, Conférences à la Salpêtrière, 2003. L.F. LELUT, La phrénologie, 2003. Alfred BINET, L'élaboration du premier test d'intelligence, 2003. Théodule RIBOT, La psychologie allemande contemporaine, 2003. Serge NICOLAS, Un cours de psychologie durant la Révolution, 2003. Serge NICOLAS, La psychologie de W Wundt (1832-1920),2003. Théodule RIBOT, La psychologie anglaise contemporaine (1870),2002.

Pierre FLOURENS

EXAMEN DE LA PHRÉNOLOGIE

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

~L'Hannattan,2004 ISBN: 2-7475-5983-1 EAN 9782747559836

PREFACE DE L'EDITEUR

La phrénologie de F. Jo Gall Les cognitivistes actuels soutiennent l'idée selon laquelle tout aspect de la pensée et de l'émotion s'enracine dans la structure et dans les fonctions du cerveau. L'examen du cerveau du physicien Albert Einstein (1879-1955) (cf., Witelson, Kigar & Harvey, 1999) a récemment montré que le développement inhabituel du lobe pariétal gauche était certainement lié au génie de celui qui reste le plus grand scientifique du XXe siècle. Or, les caractéristiques anatomiques du cortex pariétal sont liées au raisonnement mathématique et spatial abstrait, c'est-à-dire à ce que l'on appelle en psychologie cognitive l'intelligence visuo-spatiale. Il existerait donc probablement une relation entre le génie que possédait Einstein et les caractéristiques de son cerveau. La description du cerveau d'Einstein est ainsi la première étape récente en vue de la découverte des bases anatomiques de l'intelligence. La publication de ce travail a suscité l'enthousiasme d'un très influent spécialiste américain en sciences cognitives, Steven Pinker. Dans un article publié dans le New York Times il souligne que si l'idée d'une réduction de l'intelligence à certaines protubérances du cerveau rappelle un peu trop la phrénologie du XIXe siècle, l'étude réalisée sur Einstein constitue une avancée scientifique importante dont les résultats sont compatibles avec ceux obtenus dans les neurosciences cognitives modernes. Pinker (1999) ne s'y est pas trompé, l'étude sur le cerveau d'Einstein rappelle bien les tentatives phrénologiques du XIXe siècle. Les particularités anatomiques du cerveau pourraient être ainsi interprétées comme la source de nos capacités ou de nos infirmités. Aidés par les techniques d'imagerie cérébrale

fonctionnelle, les neuroscientistes nous font ainsi entrer aujourd'hui dans une nouvelle ère: à la phrénologie du XIXe siècle succède la néophrénologie du XXIe siècle. Gall aurait-il eu raison? Si son nom est tombé en discrédit à cause de sa méthodologie, il reste que sa façon d'entrevoir le psychisme est encore d'actualité. A une époque qui voit le regain d'intérêt des psychologues et des neuroscientistes pour établir la localisation des fonctions mentales, il est intéressant pour un historien de rappeler les premières tentatives sérieuses dans ce domaine. Voici en quelques lignes la phrénologie, telle que Gall la concevait. Le but de Franz-Jospeh Gall (1758-1828) était de déterminer les fonctions du cerveau en général, et celles de ses parties diverses en particulier; de prouver que l'on peut reconnaître différentes dispositions et inclinations par l'étude des protubérances ou des dépressions qui se trouvent sur la tête ou sur le crâne, et de présenter d'une manière claire les plus importantes vérités et conséquences qui en découlent pour l'art médical, pour la morale, pour l'éducation, pour la législation, etc., et généralement pour la connaissance plus approfondie de l'homme. Il a exposé brièvement pour la première fois les principes fondamentaux de sa doctrine dans sa lettre à Retzer publiée dans le Nouveau Mercure Allemand de 1798. D'après le premier principe, les facultés et les penchants sont innés dans l'homme et les animaux.. Selon le second principe, les facultés et les penchants de l'homme ont leur siège dans le cerveau. Il en donne les preuves suivantes: 1° Les fonctions de l'âme sont dérangées par la lésion du cerveau; elles ne le sont pas immédiatement par les lésions des autres parties du corps; 2° Le cerveau n'est pas nécessaire à la vie; mais, comme la nature n'a rien fait d'inutile, il faut bien que le cerveau ait une autre destination, c'est-à-dire que; 3° Les qualités de l'esprit et de l'âme, ou les facultés et les penchants des hommes et des animaux se multiplient et s'ennoblissent en raison directe de l'augmentation de la masse du cerveau, proportionnellement à celle du corps, et surtout proportionnellement à la masse nerveuse. Selon les troisième et quatrième principes les facultés sont non seulement distinctes et indépendantes des penchants, mais aussi les facultés entre elles, et les penchants entre eux, sont essentiellement distincts et indépendants,. ils doivent, par conséquent, avoir leur siège dans les parties du cerveau distinctes et indépendantes entre elles. En voici les preuves selon Gall : 1° On peut alternativement faire agir et faire reposer les qualités de l'âme et de l'esprit, de sorte que l'une, après avoir été fatiguée, se repose et 6

reprend des forces, pendant qu'une autre se trouve dans une très grande activité et se fatigue à son tour; 2° Les dispositions et les penchants sont entre eux dans des proportions très variables, chez l'homme aussi bien que chez les animaux d'une même espèce; 3° Des facultés et des penchants différents existent séparément dans différentes espèces d'animaux; 4° Des facultés et des penchants se développent à des époques différentes: les uns cessent sans que les autres diminuent, et même pendant que ceuxci se fortifient; 5° Dans les maladies et dans les lésions de certaines parties du cerveau, certaines qualités sont dérangées, irritées, neutralisées, suspendues; elles retournent peu à peu à leur état naturel pendant la guérison. Il montre ensuite que l'on peut déterminer l'existence et le rapport de plusieurs facultés et penchants d'après la conformation de l'enveloppe du cerveau. D'après le cinquième principe, de la différente distribution des différents organes et de leurs divers développements résultent des formes différentes du cerveau. Selon le sixième principe, de l'ensemble et du développement d'organes déterminés résulte une forme déterminée, soit de tout le cerveau, soit de ses parties ou de ses régions partielles. Comment tout ceci peut-il nous amener à connaître, par la conformation du crâne, diverses facultés et divers penchants? La forme du crâne serait-elle moulée sur celle du cerveau? Selon le dernier principe, depuis la formation des os de la tête jusque dans l'âge le plus avancé, la conformation de la surface interne du crâne est déterminée par la conformation extérieure du cerveau,. on peut donc être assuré de certaines facultés et de certains penchants, tant que la surface extérieure du crâne s'accorde avec sa surface intérieure, ou bien tant que la forme de celui-ci ne s'éloigne pas des déviations connues. Les organes se développent, jusqu'à leur perfectionnement complet, dans la proportion et dans l'ordre même de la manifestation des facultés et des penchants naturels, depuis la première enfance. Les os de la tête prennent des formes diverses dans la même proportion et dans le même ordre. La diminution graduelle de nos facultés est liée à la diminution des organes correspondants. En 1808, Gall s'installe à Paris, le centre culturel et intellectuel de l'Europe, en compagnie de son élève J.G. Spurzheim (1776-1832). Dès 1810, il publie le premier livre de son oeuvre principale, qui comptera cinq fort volumes (1810-1819) : Anatomie et Physiologie du Système nerveux en Général et du Cerveau en Particulier avec des Observations sur la Possibilité de Reconnaître Plusieurs Dispositions Intellectuelles et

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Morales de l'Homme et des Animaux par la Configuration de leur Tête. A partir de 1812, il signera seul les derniers volumes de son oeuvre ayant rompu ses relations avec Spurzheim qui part pour Londres en 1813. Gall présentera par la suite une version abrégée en petits volumes de ce travail sous le titre Sur les Fonctions du Cerveau et sur celles de chacune de ses Parties, avec des Observations sur la Possibilité de Reconnaître les Instincts, les Penchans, les Talens, ou les Dispositions Morales et Intellectuelles des Hommes et des Animaux, par la Configuration de leur Cerveau et de leur Tête. Sur l'Origine des Qualités Morales et des Facultés Intellectuelles de l'Homme, et sur les Conditions de leur Manifestation (Gall, 1822-1825, 6 vo1.). Ce n'est pas le lieu d'établir une analyse de cette œuvre immense, mais seulement d'en rappeler les principaux traits. Comme Gall suppose un organe particulier pour chacune de nos qualités indépendantes, il ne s'agit plus que d'établir quelles sont ces qualités, afm de savoir quels sont les organes que l'on peut espérer découvrir. Selon son hypothèse, même si les dispositions des propriétés de l'âme sont innées et indépendantes les unes des autres, elles jouent de concert pour produire tel ou tel comportement. Il reste ainsi à savoir quelle partie du cerveau peut être le siège des conditions d'expression de telle ou telle faculté. La pensée de Gall marque une rupture dans la tradition philosophique de l'époque (innéité des facultés, localisationnisme physiologique, etc.). Pour arriver au dénombrement des éléments de l'esprit, il détermina à l'avance les facultés et rechercha ensuite l'organe adapté à chacune d'elles. Il commença par suivre les philosophes et chercher des organes pour les facultés alors admises: la mémoire, l'imagination, la volonté, etc. Mais il s'aperçut qu'il faisait fausse route, que ces prétendues facultés n'étaient que des abstractions. Pour Gall, le report aux biographies demeure essentiel: une faculté spécifique doit au cours de la vie évoluer de manière autonome; elle doit aussi dans des cas exceptionnels se manifester de façon isolée et spécifique chez quelques sujets dont elle sera l'expression prévalante du caractère. Elle doit enfin s'illustrer dans le registre de la pathologie. Elle doit aussi se trouver à l'état isolé dans l'espèce animale. Il s'attacha, avec l'aide de son élève Spurzheim, à l'examen approfondi du cerveau et du crâne des individus doués de facultés prédominantes. L'idéal serait d'avoir des biographies objectives et complètes, caractérisées chacune par la prévalence d'une faculté (musiciens, poètes, mathématiciens, etc.), se procurer les cerveaux des personnes en cause, et déterminer dans quelle

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mesure à quelle qualité peut correspondre telle singularité du cerveau, et réciproquement. Mais il est difficile de mettre en oeuvre une telle idée. Il la contourne. Il estime que les os de la voûte crânienne se développent comme le cortex qu'ils recouvrent, si bien que là où se trouve une saillie osseuse, là se cache un secteur cortical développé, et inversement. Palper le crâne revient presque à examiner le cortex; c'est le sens du terme crânioscopie, auquel on réduira plus tard, à tort, celui de phrénologie (ces deux termes ne furent jamais utilisés par Gall). Il affmna l'existence d'au moins vingt-sept facultés fondamentales (innées) et crut avoir déterminé exactement les organes cérébraux pour la plupart de ces fonctions. Il regroupe l'ensemble ces facultés sous trois rubriques et observe que chacune des trois correspond à une grande région du cortex. De la 1èreà la 10e, nous avons affaire à des facultés communes à l'homme et aux vertébrés; de la Il e à la 1ge, elles ne se retrouvent que chez l'homme et les vertébrés supérieurs; de la 20e à la 27e, seul l'homme est en cause (sagacité comparative; esprit métaphysique et profondeur d'esprit; esprit caustique; talent poétique; sentiment du juste et de l'injuste; talent de l'imitation, dévotion; fermeté de caractère). Le premier groupe correspond aux parties postérieures et inférieures du cortex cérébral et à l'écorce du cervelet; le second groupe correspond à la moitié inférieure des lobes antérieurs; le troisième groupe a pour territoire le cortex de la moitié supérieure des lobes antérieurs (cf. Lanteri-Laura, 1993; Renneville,2000). Le système de Gall fut d'abord bien accueilli dans le public et par les médecins. Mais après la mort du fondateur de la phrénologie et de ses élèves, et malgré les tentatives de personnalités de renom (ex. Broussais) pour développer cette nouvelle science, des critiques allaient s'élever. La première du genre et peut-être même la plus systématique qui ait été publiée fut l'œuvre d'un des plus fameux physiologistes de l'époque: Pierre Flourens.

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Pierre Flourens (1794-1867) : Physiologiste et critique scientifique Le nom de Flourens est très connu dans le domaine de la physiologie (pour une biographie et une analyse de son œuvre dans ce domaine: Legée, 1992). On lui doit plusieurs découvertes majeures: 10 la localisation du centre respiratoire dans le bulbe au niveau de l'origine des nerfs pneumogastriques (nœud de Flourens) ; 20 l'étude sur les fonctions du cervelet et sur son rôle dans le sens de l'équilibre; 30 l'étude du rôle du périoste dans la formation des os; 40 l'utilisation du chloroforme comme anesthésique; etc. La psychologie lui doit aussi beaucoup. Marie-Jean-Pierre Flourens est né à Maureilhan (Hérault), petit bourg de l'arrondissement de Béziers, dans le château de la Trésorière, le 24 germinal an II (13 avril 1794) d'un père agriculteur aisé de la région du Languedoc. Entre 1803 et 1809, il fut confié à un ancien prêtre Doctrinaire pour parfaire son éducation. Il prend ensuite une inscription à la célèbre faculté de médecine de Montpellier où il eut pour maître l'illustre botaniste de Candolle (1778-1841) et le médecin-physiologiste Lordat (1773-1862) qui l'imprégna du vitalisme montpelliérain. Sa thèse de médecine, soutenue le 17 décembre 1813, est inspirée des idées de Barthez (1734-1806) : « Essai sur quelques points de la doctrine de la révulsion et de la dérivation ». Son désir fut de se rendre à Paris pour écouter les leçons des plus célèbres naturalistes. De Candolle lui fournit des lettres qui l'introduisirent près de Georges Cuvier (1769-1832), JeanBaptiste de Monet, chevalier de Lamarck (1744-1829), Antoine Portal (1742-1832) et Étienne Geoffroy-Saint-Hilaire (1772-1844). En 18141815, il suit ainsi les cours du Muséum, en particulier le cours d'anatomie comparée de Cuvier sur les organes des sens, les nerfs et le cerveau mais aussi les cours particuliers de Franz Joseph Gall (1758-1828) sur la science que l'on n'appelait pas encore en France phrénologie. Rappelé par son père qui désire le voir exercer la médecine dans son pays, il passe l'année 1816 à Thézan. Mais, dès le mois de janvier 1817, il est de retour à Paris pour poursuivre des études et pour devenir célèbre. Cette célébrité, Flourens va l'acquérir surtout par ses premiers travaux qui vont lui assurer l'estime de Cuvier et attirer l'attention des physiologistes étrangers. Mais ces premiers encouragements, Flourens va surtout les trouver chez Geoffroy-Saint-Hilaire et chez le philosophe Antoine Louis Claude Destutt de Tracy (1754-1836). En 1819, Flourens fut chargé de l'analyse d'ouvrages scientifiques nouveaux pour la fameuse Revue encyclopédique. Parmi ses premiers comptes-rendus on trouve une analyse de la «Philosophie

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Zoologique» d'Etienne Geoffroy-Saint- Hilaire et surtout une analyse de l'ouvrage de Gall «Sur l'anatomie et la physiologie du système nerveux en général, et du cerveau en particulier, avec la probabilité de connaître plusieurs dispositions intellectuelles et morales de l'homme et des animaux, par la configuration de leurs têtes, 4 volumes parus en 1818 et 1819» qu'il considère comme une œuvre remarquable à cette époque. En 1821, il fit, à l'Athénée royal de Paris, un cours sur la « Théorie physiologique des sensations» qui comprenait une partie anatomique, une partie physiologique et une partie philosophique, conséquence des deux études précédentes: la théorie de nos facultés et de nos idées. Ses premiers travaux en physiologie sur les propriétés et les fonctions du système nerveux furent lus à l'Académie des Sciences au début de l'année 1822. Les principales conclusions de ce mémoire furent (Flourens, 1823, pp. 367-368) : 10 Avec la perte des lobes cérébraux coïncide constamment la perte de la volition et des sensations; avec la perte d'un seul lobe, la perte de la vue de l'œil opposé; avec la perte du cervelet, la perte du saut, du vol, de la marche et de la station, etc. ; avec la perte de la moelle allongée, de la moelle épinière ou des nerfs, la perte des contractions musculaires, et par suite la perte des mouvements, et par suite la mort. 20 Les sensations, les contractions, la liaison de ces contractions en mouvements d'ensemble, la coordination de ces mouvements en saut, vol, marche, ou station, ou préhension; etc., la volition de ces mouvements: tous ces phénomènes sont donc des phénomènes indépendants; les organes d'où ils dérivent, distincts; leur isolement, manifeste, leur localisation, démontrée. 30 Le système nerveux n'est point un système homogène; les lobes cérébraux n'agissent point comme le cervelet, ni le cervelet comme la moelle épinière, ni la moelle épinière absolument comme les nerfs. 40 Mais il est un système unique, toutes ses parties concourent, conspirent, consentent; ce qui les distingue, c'est une manière d'agir propre et déterminée; ce qui les unit, c'est une action réciproque sur leur énergie commune. 50 La suppression des lobes cérébraux diminue l'énergie du cervelet; la suppression du cervelet diminue l'énergie de la moelle épinière; celle de la moelle épinière, l'énergie des nerfs.

Il

Dans ses premières recherches, Flourens fait preuve d'une remarquable habileté expérimentale qui fut saluée le 22 juillet 1822 par le rapporteur de son travail: G. Cuvier (1822). Encouragé par ses premiers succès, Flourens continua ses recherches avec passion. Le 15 septembre 1823, il présente à l'Académie des sciences un mémoire consacré à l'étude des questions les plus importantes de la physiologie des hémisphères cérébraux. Il avait démontré que le cerveau proprement dit est le siège de la perception, de l'idéation, de la volonté, de toutes les facultés intellectuelles. Il se demande maintenant si elles résident toutes dans les mêmes points du cerveau, dans toute l'étendue du cerveau, ou si, au contraire, la volonté est cantonnée dans une région de ce centre nerveux, la faculté de percevoir dans une autre, la faculté d'imaginer, celle de délibérer, chacune dans un département spécial du cerveau, etc. Flourens s'adresse à l'expérimentation pour résoudre le problème physiologique en question. Il enlève sur des pigeons «par couches successives et ménagées» une partie des deux lobes cérébraux, en allant soit d'avant en arrière, soit d'arrière en avant, soit des côtés vers la ligne médiane, et il voit les sensibilités spéciales s'affaiblir, toutes ensembles, du même pas, à mesure que les ablations de substance cérébrale deviennent plus considérables. Les fonctions des lobes cérébraux ne sont donc que des manifestations d'une seule et même force, d'un seul et même principe qui réside dans toute l'étendue de ces lobes. L'organe, siège de l'intelligence, est un ; une conclusion qui allait à l'encontre des idées phrénologiques professées par Gall. Les résultats de l'ensemble de ses travaux réalisés au cours de cette période furent rassemblés dans un ouvrage intitulé «Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux dans les animaux vertébrés. » (Flourens, 1824). Il Y montre aussi, grâce aux méthodes d'ablation et aux méthodes médicamenteuses le rôle coordinateur du cervelet dans les mouvements volontaires, le rôle du cerveau dans l'élaboration des sensations visuelles, et la première délimitation du « nœud vital », point de la moelle allongée, nommé ainsi quelques années plus tard par Flourens parce que sa destruction supprime brusquement la respiration et entraîne la mort (cf. Flourens, 1828b, 1842a). Si le 27 décembre 1824 Flourens lut à l'Académie des Sciences son mémoire sur l'audition (qui reçut en 1825 la mention honorable pour le prix de physiologie expérimentale) qui contient ses premières expériences sur les canaux semi-circulaires (cf., Flourens, 1825 ; 1842a, pp. 426-437), c'est au cours de l'année 1828 qu'il

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