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EXPERTISE PSYCHOLOGIQUE, PSYCHOPATHOLOGIE ET METHODOLOGIE

De
447 pages
Rien ne s'engage dans une expertise sans mettre en perspective les savoirs de référence et les conditions d'exercice liées à une époque donnée. Une démarche expertale interpelle les connaissances acquises (sources critiques, psychologie et psychopathologie projectives et psychanalyse)et exigent leur renouvellement critique permanent.
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EXPERTISE PSYCHOLOGIQUE, PSYCHOPATHOLOGIE ET MÉTHODOLOGIE

@ L' Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-8202-3

Loïck M. VILLERBU Jean-Luc VIAUX

EXPERTISE PSYCHOLOGIQUE, PSYCHOPATHOLOGIE ET MÉTHODOLOGIE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Collection Psycho-Logiques dirigée par Philippe Brenot et Alain Brun

Sans exclusives ni frontières, les logiques président au fonctionnement psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho-Logiques.

Dernières parutions

Jean-Marie ROBINE, Gestalt-thérapie. La construction de soi. Nathalie GIRAUD EAU, Le sida à l'écran. Evelyne BERTIN, Gérontologie, psychanalyse et déshumanisation... P. A. RAOULT (sous la dire de), Souffrances et violences: psychopathologie des contextes familiaux. Mathieu BEAUREGARD, Lafolie de Valery Fabrikant. Geneviève RAGUENET, La psychothérapie par le conte. Michèle DECLERCK, Le schéma corporel en sophrologie et ses applications thérapeutiques. Françoise MAURY, L'adoption interraciale, 1999. Nicole LEGLISE, L'enfant du milieu ou comlnent être seul dans une fratrie de trois, 1999. Noureddine BOUATI, Chronopsychologie des personnes agées, 1999. Chantal HURTEAU MIGNON, L'Émergence du Magique dans la Pensée, 1999. Henri PERRET, Traitement d'une crise en milieu professionnel et

associatif, 1999.

Sous la direction de l'auteur:

-Le Contrat en Sciences Humaines dans les Pratiques Sociales et
de Santé, P.D.R. 2, 1988. - Violence - Délinquance - Psychopathie, P.D.R. 2, 1992. - Jacques Selosse : Adolescence, violences et déviances (19521995), sous la direction de Jacques Pain et Loïck M. Villerbu, Coédition Matrice & ARCP, 1997.

Du même auteur:

- Psychologues et thérapeutes.

Sciences et techniques cliniques en psychol<?gie,L'Hannattan, 1993.

- Psychopathologie projective. Introduction à la pensée projective. Méthodes et épidémiologie projectives. Eléments d'élaboration d'une clinique expérimentale, Éditions ARCP, 1993. Deuxième édition, 1997.

PREMIÈRE PARTIE

Sources et références

~eDGercie~ents

Aux chercheurs, praticiens et à l'équipe technique du Laboratoire de Cliniques Psychologiques, Centre d'Études et de Recherches en Cliniques Criminologiques. À l'Université Rennes 2, à la Municipalité de Rennes, au Conseil Régional, à la Société Française de Psychologie Légale, à la Société Française de Rorschach et des Méthodes Projectives, à la Direction Régionale de la Protection Judiciaire Région Bretagne.

Introduction.

Nul ne peut ignorer ... l'histoire.

En tenninant la préface de la 1èreédition de son Précis de Médecine Judiciaire, A. Lacassagne écrivait «nous seri~ns récompensés de nos efforts si nous avions pu mettre en lumière et faire ressortir l'importance du concours que la progression
médicale apporte au fonctionnement de la justice, c'est-à-dire de la plus haute et de la plus indispensable institution du corps social» (p. 7, 1886). La médecine légale se définissait alors par les rapports nombreux de la médecine, avec les différentes législations, rapports qui constituaient selon lui la Médecine Politique, concourrant à la Santé Publique et à la Justice, «les deux plus hautes expressions de l'ordre matériel et moral aux buts différents: hygiène sociale et police médicale, médecine judiciaire». Ces deux ordres ont des histoires différentes et c'est à tracer dans les grandes lignes, la dernière d'entre elles, qu'il s'essaie dans son Introduction, avec un fil directeur «la moralité d'un peuple s'apprécie par ses idées d'équité et de justice, par l'état de sa législation de même que sa santé est en rapport avec le perfectionnement de son hygiène». La sortie d'une toute première période se fit, écrivait-il, par un déplacement de centre, «la loi s'occupa du devoir des hommes et non de leur intérêt». Cela marqua l'entrée dans la deuxième des trois périodes relevées et culmina au XIVèmesiècle avec l'influence toute puissante du catholicisme dans la législation et l' administration de la justice. Période qui inventa et installa l'Inquisition: «avec

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de pareilles formes de procédures, la législation et la médecine judiciaire ne pouvaient progresser (..) la divinité était introduite dans toutes les causes et elle servait à couvrir toutes les injustices..., on peut dire à 1'honneur de notre profession que ce sont les travaux des médecins et non les écrits des législateurs (..) qui ont dissipé ces grossières erreurs». Magie, sorcellerie, démonologie... caractériseraient cette période qui se clôt lorsque cessèrent les soucis concernant les causes des phénomènes pour rechercher les lois sur lesquelles ils se produisent, au cours du XVIDèmesiècle avec une interruption lors de la période révolutionnaire. Si la médecine judiciaire ne fut pas créée à cette époque, écrit encore Lacassagne, le principe de l'expertise s'y trouvait cependant posé par l'article 27 de la Loi du 19 Ventose, an VI, qui réservait aux médecins, régulièrement reçus, les fonctions d'experts devant les tribunaux. Et de citer les félicitations de Khramer (1850) à la médecine légale française, véritable panygérique de la science de la chose morte ou détériorée. «... beaucoup d'études du corps humain, qui ont de l'intérêt en médecine légale, ont été mieux étudiés dans ces derniers temps par les médecins de cette nation,. ils ont enrichi le domaine de la pratique,. les signes de la mort, la marche de la putréfaction, le caractère de l'identité, les effets des instruments vulnérant, les causes de la mort, l'appréciation des lésions de l'intelligence, tels sont les points qui ont été éclairés par les médecins français».

Avec cette médecine, Ethique et Déontologie de l'expert s'écrivent de fait.
Médecine judiciaire et non médecine légiste selon son expression: sans doute est-ce, au moins en partie, pour cette raison qu'il tient dans la première partie de son traité à rappeler, d'abord, les droits et les devoirs du médecin, en général, puis de l'expert dans ses actes médico-judiciaires, nettement identifiés par le Code. C'est seulement ensuite qu'il définit, ce qu'il en est de l'inculpé en général

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et des questions qui s'y rapportent dans la marche de la procédure, du point de we de son identité, de sa responsabilité criminelle, et termine sur les problèmes médico-judiciaires relatifs au cadavre, aux objets ou substances privées de vie. La deuxième partie traitait, quant à elle, des attentats contre les personnes et les questions relatives à l'instinct sexuel et aux fonctions de reproduction. La part est ainsi faite entre la médecine légale, application des connaissances médicales aux questions qui concernent les droits et les devoirs des hommes réunis en société, et la médecine judi ciaire, l'art de mettre les connaissances médicales au service de l'administration de la justice. Le rappel d'un texte, à près d'un siècle de distance, serait vain, s'il ne venait pas insister sur la nécessaire définition conceptuelle et professionnelle d'un nouveau type de pratique, dont Ferenczi (1922) s'était fait le témoin: psycho-criminologue, psychologue de la criminalité, crimino-thérapeute, crimino-psychologue, crimino-analyste, psycho-génèse de la criminalité, et, plus près de nous, J. Selosse. E. Seelig, héritier direct du Pro Mittennaier et de H. Gross dans ses propositions introductives de Lehrbuch Der Kriminologie (1951) traçant l'histoire de celle-ci au travers des différentes disciplines la constituant au cours des temps, note très précisément qu'elle doit d'abord sa réalité au développement de la médecine légale dont l'impulsion première fut donnée par la Constitutio Criminalis Carolina (1532) et ensuite aux travaux empiriques tirés de la pratique du droit pénal.
Cette appropriation, à distance, du droit par les non-spécialistes se démarquant de toute volonté d'en faire leur pratique me parait être une thèse fondamentale. Si elle n'émane pas des travaux

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de Seelig, il en donne cependant les contours; cette appropriation à distance a produit la criminologie et l'on ne peut s'étonner que les divers spécialistes qui vont, par la suite, intervenir ou être sollicités au titre de leur scientificité vont contribuer à la nourrir, objectivant d'autres phénomènes issus du savoir ou de la fonction qu'ils détiennent. Si le développement des Sciences Pénales et de la Pénologie a grandement contribué à diversifier les savoirs, ce fut au même titre qu'en son temps la science du cadavre; quand l'arrêt de la vie fut pensé comme une forme naturelle/artificielle d'expérimentation. Par là, de la preuve s'instituait et cela le sera au dépens de la recherche d'aveu.
Avec les Sciences Pénales ce sera, au-delà de peine, l'exercice du droit de punir qui fera problème. Que l'autorité s'appuie sur IDledisposition innée nécessitait dans un effet de balance historique que l'on revendique la contrainte sociologique et que en forme de protestation naisse l'hypothèse, au-delà d'une théorie sociale du crime, d'une forme criminelle imposée par une construction inconsciente. Et cela n'est vraisemblablement pas fmi.

Mais avec les Sciences Pénales tout un monde se transforme: si la science du cadavre n'amenait pas en retour d'expérience sur l'éternité, elle incitait cependant selon les mots de Lacassagne à une Police de la Santé Publique. Les Sciences Pénales sont d'emblée une politique pénale et criminelle dans sa double dimension répressive et préventive. Il en va, telle que la question est posée, du maintien, de l'entretien et du développement de la collectivité globale ou restreinte, dans l'affirmation de la loi. La réunion du Droit Pénal et de la Criminologie en une science totale du droit pénal a été tentée par F. Von Liszt (1882). Cette réunion avait un objectif interdisciplinaire: réduire l'opposition apparente des théories des dispositions et du milieu par une fonnule, dira Seelig, qui nous paraît aujourd'hui évidente. «Le crime est le produit de l'individualité du coupable au moment de

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l'acte et des conditions environnantes momentanées». Mais au travers cette interdisciplinarité dont on devrait dire qu'elle servait d' écr~ il y avait une toute autre question encore plus fondamentale, héritée des thèses du Lombroso comme des juristes anthropologues Garofalo et Ferri, question qui prend naissance d'une double inquiétude éthique et déontologique: le criminel est-il en mesure d'expier et/ou de subir une mesure répressive? Le fondement naturaliste du crime comme tout effet d'une sociologie positive peut concevoir des régulations socio-biologiques sans participation volontaire, consciente, du criminel à sa
sanction. L'évaluation des effets de peines (tant sur le condamné qu'au plan de l'insécurité collective) a engendré un savoir «judiciaire», un composé de psychologie, sociologie, psychiatrie, pédagogie auquel ont contribués médecins, psychologues, magistrats, policiers, personnels pénitentiaires. En quoi ce savoir peut-il répondre à la question précédente?

Ce sera en tant que pénaliste que H. Gross (1847-1915,) également professeur de droit pénal, reprendra certaines de ces questions et systématisera la criminologie et la recherche criminologique dont Seelig écrivait «La criminologie comprend deux parties essentielles: la science des phénomènes réels de l'accomplissement du crime et de la criminalité et celle des phénomènes réels de la lutte contre le crime». Toute une série de concepts, dès lors, défile:
«l'étiologie criminelle cherche à expliquer le crime et la criminalité de façon causale... la psychologie criminelle est la science des processus psychique du coupable... l'anthropologie criminelle ou sontatologie criminelle... la biologie criminelle qui comprend les deux précédents: science du crime comme manifestation du coupable en tant qu'être vivant... elle cherche aussi bien à comprendre le crime à partir de la personnalité qu'à l'expliquer par l'étude des processus vitaux déterminants... la sociologie

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criminelle recherche les conditions sociales du crime en tant qu'évènements dans la vie de la société: la criminalité comme phénomène de masse, le conditionnement sociologique, la géographie criminelle... la statistique criminelle».

La science des phénomènes réels de lutte contre le crime se divise, écrit-il encore, en science de la lutte répressive, préventive et science de la prophylaxie du crime: la criminalistique «la tactique criminelle .'procédés employés dans l'étude de l'état des
faits criminels... la science de l'instruction judiciaire ..médecine légale, psychologie de l'interrogatoire, étude du signalement, des empreintes, des traces... l'étude de l'exécution des peines (pénologie) de la science de l'internement (pédagogie criminelle}». Force sera à Seelig, pour avoir suivi la construction unitaire de la criminologie, de situer des disciplines de domaines limitrophes : la psychiatrie judiciaire, la médecine légale, la chimie légale... et lapsychologie judiciaire «qui interfère avec le concept de psychologie criminelle subjective, psychologie du coupable... psychologie du témoignage et de l'interrogatoire des inculpés, science de l 'instructionjudiciaire, psychologie de la détention, ou pénologie».

C'est à expérimenter la prescription de peines au regard du droit, à expérimenter les effets des peines au regard de la collectivité er "la" personnalité que le fait criminologique a pris son ampleur et notamment que se construisit, toute chose étant égale, l'examen psycho-légal (?), psycho-judiciaire (?), l'expertise psychologique de 1'Î11culpéqui a cherché si longtemps son rattachement à une discipline (la psycllologie), à ses praticiens (les psychologues).
Quelqu'en soit le concept porteur, le protocole d'examen de la perso1ll1alité de l'accusé présenté par E. Seelig (1951) est toujours d'actualité. «il a pour tâche d'explorer la personnalité d'un accusé (non aliéné) en vue des facteurs importants pour la

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détermination de sa responsabilité de sa capacité au crime, de la mesure de sa culpabilité et du danger qu'il représente ainsi que de sa réceptivité et de ses chances d'amélioration». De fait, se trouve très clairement définies les limites d'un tel examen (et les compétences requises) : «non pas la description complète de la personnalité (impossible à atteindre) mais seulement l'exploration des aspects de la personnalité ayant une signification juridique... on ne doit donc jamais négliger le crime... c'est au contraire le crime que l'on doit tt/cher de comprendre enpartant de lapersonnalité de son auteur». «Constater les dispositions criminogènes qui ont pris part et mené au
crime, etc. ».

Certes, dirions-nous, plus proche des effets de notre savoir et des conditions générales de celui-ci, ces considérations menées jusqu'au bout impliquent et explicitent une nature positive, une
personnalité rattachée à des types... bref des propositions que nous qualifierons de positives et de scientistes mais il n'en demeure pas

moins que se trouve qualifié à l'exclusion de tout autre, l'acte d'expert pénal (et sans doute au-delà l'expert au civil) : ne pas dire et ne pas spéculer plus qu'il n'est requis de ce qui est trace, témoin, de l'organisation de la personnalité en tant que constitution, construction, subjectivité... pour cette affaire-là. Thèmes, orientations, injonctions et critiques encore développées, par Kammerer (1956) ou P. Moutin et K. Bernard (1982) du Centre de Recherches Criminologiques (paris), dans leur analyse des limites de l'expertise psychiatrique et de l'examen psychologique dans le procès pénal. Citons encore C. Dufflot (1988) et S.G. Raymond (1989). La clinique qui approche la parole et le savoir sur le crime ou le délit, que le concept de criminologie couvre.dans leur entier, est tout à la fois confrontée à la constitution historique des connaissances sur le fonctionnement psychique et aux pratiques professionnelles multiples des spécialistes du droit et de la délin-

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quance. Aussi, dans un tel contexte global, il convient de distinguer ce qui relève de deux champs d'actions psychologiques aux contours relativement bien définis: études psychologiques centrées sur la procédure et les effets de la procédure judiciaire, des études psychologiques référées à la psychopathologie des phénomènes de criminalité. A titre heuristique y seraient distingués en terme de psychologie de l'infraction,

- La crimino-psychologie à travers deux axes: a) le questionnement détective qui se réfère à l'analyse détective elle-même, i.e. à sa promotion, études sur la crédibilité, la fiabilité du témoignage, les orientations possibles de l'enquête, la systématisation des modalités d'entretien détective, la position psychologique et judiciaire de l'aveu...
b) le traitement d'insécurités et de la récidive; que ce soit en amont, dans ce que l'on nomme la prévention, insécurités ordinaires, insécurités domestiques, insécurités collectives, dissuasions, ou en aval, ce qui concerne le pénal, le champ pénologique où s'y trouvent associés les registres sanitaires, socio-éducatifs et les distinctions d'accompagnement et de thérapeutique qui sont loin de recouvrir les champs professionnels existant.

- La psychopathologie criminelle où deux axes sont également repérables:
a) épidémiologie, victimologie et agressologie par l'étude des états et des sources incitatrices que ce soit sous fonne macro ou micro-sociale, études syndromiques (du survivant, du traumatisé, du maltraité, de l'abusé, des agresseurs...), études sur les transmissions..., étude des agressions (crimes passionnels, parricide, vengeance, détériorations, racket...) dans leur contexte normatif propre.

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b) nosologie et nosographie dans la distinction des structures et des processus morbides fixés dans des conduites, observables dans des comportements d'infractions, et impliquant une clinique de l'Acte.

Et l'on en dirait autant et autrement sur la clinique qui approche la parole et le savoir, sur l'enfant-enjeu des séparations familiales des discordes conjugales, des «mal à vivre» parentaux. Des savoirs: non pour agir mais pour conseiller, guider, rendre probable et discutable toute décision.
L'ouvrage, qui suit, est divisé en deux parties qui exploitent dans une perspective contemporaine les relations de la psychologie à la criminologie:

Le chapitre consacré à l'Ethique envisage deux aspects certainement liés a priori mais divisés dans leurs effets.
Dans Ethique et Psychologie à travers trois espaces de parole engagés dans le fonctionnement des pratiques de justice, les auteurs vont s'attacher à singulariser du point de vue de leur mode et lieux d'interventions le statut psychologique de l'enfant, de l'intérêt, mis enjeu à son endroit, le statut métapsychologique de la violence et de la plainte. Trois espaces de paroles, cinq experts qui ont tous en commun le souci de définir la légitimité d'intervention laissant pour un autre lieu ce qu'il en serait de leur légalité ou encore de leur déontologie. Ainsi ne sont pas abordées les questions de formations, de prestations. Par contre, et sur de semblables exigences renvoyant

à la Clinique, J.L. Viaux traite du bord extrême des limites de
compétences qu'elles soient professionnelles ou conceptuelles et de la restitution à l'enfant quelqu'il soit et notamment au civil du sens de la question qui lui est posée par sa présence au champ judiciaire.

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Dans le métier de parent «dans l'intérêt de l'enfant», L.M. Villerbu exploite les surdéterminations conceptuelles de cet impératif avancé pour en développer les conditions (psychologiques, sociologiques, axiologiques) d'usages et initier une clinique de la décision s'ordonnant sur un tel concept. Les rapports éducatifs/ judiciaires seront particulièrement approfondis par M. Vaillant qui situant délibérément son propos, à partir de l'espace éducatif: met au travail et propose à la réflexion les effets d'un concept comme celui de séparation et de ses logiques dans l'accès à la parole et au droit d'enfance. Si «l'intérêt de l'enfant» se pose dans la rupture de conditions de vie, le texte de L. Ottavi offre en parallèle une autre proposition à partir de son expérience de thérapeute-psychanalyste : la violence est interne à l'appareil psychique, lui-même, par l'irruption traumatisante du sexuel. Cela fait violence qu'un écran d'autres faits viendra couvrir. Violence inscrite mais non transmissible qui propose un mode d'écoute différent de la plainte et de son incapacité à se dire. Dans une même perspective décalée, évoquant ses premières rencontres puis son quotidien d'expert, C. Besnard revisite la condition faite à l'enfant dans ce qu'il développe sans le concept d'aide psychologique précoce.

La seconde série Ethique et Pratiques Judiciaires s'attachent plus délibérément à circonscrire dans ses nombreuses références le rapport déontologique à partir de limites imposées par les textes qui organisent tout à la fois le statut des intervenants et de ceux qui en sont l'objet. Limites des compétences attachées à chaque fonction, obligation de moyens dans les traitements de la chose justiciable: M. Huyette dans un texte d'une grande concision lève une première ambigüité conceptuelle (mineur/enfant) pour donner à travers textes et expériences toute la mesure de la participation et du contradictoire dans les procédures où sont en présence obligée le mineur, l'avocat, le juge, l'enquêteur, l'expert. A. Gouttenoire, grâce à l'autorisation du ProFulchiron, fait un bilan d'application, de la loi Malhuret 1987, complétée par la récente loi de 1993. Bilan statistique mais aussi bilan qualitatif par l'exposé de rencontres

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avec des magistrats et avocats, bilan repris par J.L. Viaux qui met en contradiction nombre d'arguments concernant notamment le discernement, le traumatisme de la rencontre judiciaire, centrant son propos autour de la crainte de la manipulation. Dans cet ordre de réflexions s'inscrit R. Tessier qui s'interroge sur les efforts du «rendu compte au magistrat» dans l'écriture du rapport, c'est l'occasion de donner les prémisses d'un protocole, plus sensible aux données de la psychologie contemporaine et de mettre en conditions les règles organisatrices de l'examen d'expert psychologue, prémisse, également, d'une restauration du "sens pour Soi" d'un acte criminel. En traitant de Clinique et de Méthodologie, les auteurs dressent la carte de problématiques contemporaines autour de la clinique expertale et des méthodologies associées. C'est la dimension empirique historique qui sert de fil conducteur notant au passage découvertes et concept clés.
L.M. Villerbu, définissant un espace expertal psychologique ou la position de la psychopathologie projective est fondamentale, propose à contrario et pour d'autres analyses avec C. Cariou une critique du maniement de l'analyse détective pour les poupées sexuées. TI présente ensuite une version du test de frustration, appelée Test d'Intégration Différentielle des Conflits, particulièrement intéressante dans l'analyse institutionnelle familiale des enfants sexuellement abusés. Traitant du dommage psychologique, S.G. Raymond plaide avec justesse et pertinence pour un approfondissement des études sur le test de Rorschach et notamment pour ce qui concerne le cadre des indemnisations. Retentissement, dommage, névrose traumatique sont particulièrement bien spécifiés dans la différence clinique, entre position épidémiologique et psychopathologique. J. Donnay Richelle pose analogiquement, mais à travers la question judiciaire de la crédibilité, un même souci.

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Le questionnement systématique du test de Rorschach pour des enfants contraints par des comportements sexuels, son originalité tient à ce qu'elle présente trois figures selon que l'adulte ait avoué, qu'il Y ait des probabilités sans certitude ou que domine le doute et la labilité des témoignages de l'enfant. Elle met à profit ses analyses pour situer les concepts empiriques tels que le syndrome d'allégations sexuelles, en cas de divorce des parents, le syndrome d'adaptation de l'e1)fant victime d'abus sexuels. C. Dumot, dans une perspective micro-familiale, présente les analyses Rorschach et les hypothèses psycho-dynamiques concernant un père et ses trois fils abuseurs, sous des formes diverses, de deux filles et soeurs. Dans le contexte des affaires matrimoniales, F. Cloupet note de façon exemplaire le contexte institutionnel de la rencontre avec l'enfant, clinique et judiciaire, conflits entre parents. De ces positions découlent des auto-prescriptions de l'expert, réalisant le cadre dans lequel s'effectue la mission, définissant ce qui est mis à disposition et à la disponibilité de l'enfant dans leur parentalité, au bénéfice du mineur. F. Cadine et P. Le Malefant, en exigeant comme F. Cloupet le recours à l'expression permise par la méthodologie projective et en privilégiant le T.A.T. , s'intéressent aux processus et mécanismes en jeu chez des adolescents qui refusent de se rendre aux obligations de visite ou de séjour chez l'un des parents divorcés.

AvecF. SauvagnatetC. Bouchard, deux références s'explicitent: les rapports de la Criminologie et de la psychanalyse, les rapports de celle-là avec la psychologie projective. En s'essayant à montrer comment le droit pénal tient aux découvertes de la psychanalyse, F. Sauvagnat démontre les relations essentielles entre la Pénologie et les diagnostics d'instructions criminelles dans la double et historique version d'établissements des faits et de diagnostic du criminel. Ce texte, richement illustré de références germanophones et anglophones, est construit à l'envers de celui de

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C. Bouchard dont le souci était de partir de la bibliographie constituée, francophone, dans une période allant de 1947 à 1992, et faisant recours, aux méthodes projectives reconnues ou en ayant adopté le type méthodologique. 42 sources et 95 références comptabilisés sont ensuite analysées, résumant une histoire, riche, diverse, changeante dont l'épistémè reste à faire. Dans la troisième partie, plus strictement psychopathologique, l'ouvrage développe deux ensembles.

Introduit par le travail de D. Weber «dans 1'horreur du crime qui protège quoi», l'auteur évoque sa mission d'expert auprès de K. Barbie et fait de WescWer une analyse psychopathologique projective qui au-delà du personnage même relance dans le cadre clinique la dimension d'expériences du test d'Intelligence, illustrant les relations entre projection et vécu paranoïde. Cette référence à la loi fondatrice, originaire, est l'objet particulier des trois travaux qui suivent: fantasmatique, psychotique et thématique nécrophilique sont l'occasion pour J.C. Maleval de poursuivre ses réflexions sur la psychose en reprenant et réorientant nombre de recherches sur des catégories empiriques telles que assassins par lubricité, tueurs en série. Les distinctions fantasmes/pseudo-fantasmes marquent des voies importantes dans la distinction pervers/psychotique. Cette réflexion est pour A. Abelhauser projetée dans une relecture de Totem et Tabou et prenant le texte freudien dans sa lettre même montre comment se pose différemment le problème de l'origine de la loi. C'est à travers un texte pris comme parabole qu'il évoque le prix et poids d'un face à face avec la mort. En thématisant son propos sur la Violence Scolaire et à partir d'un concept plus central d'Idéalisation, P. Macary donne une lecture psychanalytique des faits sociaux contemporains liés à la désidéalisation de l'école ellemême. On le voit, ces deux derniers textes insistent tantôt sur le côté sociologique de la pensée Freudienne, tantôt sur l'effet de structure auquel il convie.

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P. Jacquette, en historien de sa pratique, évalue 32 années de travail psychologique pénitentiaire et en montrant les mutations de la population pénale rend compte des enjeux. dont le travail psychologique est saisi. Par delà le travail clinique, son texte a l'intérêt de situer les variations psychopathologiques comtemporaines. n s' ensuit dans l'ouvrage, une série de travaux. de psychopathologie projective. M. Clerel dans la lecture statistique des détournements d'avions y montre un statut tout à fait singulier de 6 femmes terroristes. J.C. Hérault dans une clinique du Rorschach et une référence assez systématique aux concepts de Personnalité de Pinatel expose une lecture différentielle d'une population de 800 enfants délinquants suivi dans une période oscillant entre 7 et 35 ans.

C'est avec la même épreuve projective mais à partir des théories de Anzieu sur les enveloppes psychiques que P. Roman, dans un cadre carcéral, développe sa thèse sur la spatialisation des processus psychiques. Utilisant T.A.T. et Rorschach et discutant les thèses de Racamier, E. Maulaz travaille sur des protocoles d'escrocs. L.M. Villerbu, O. Douville et C. Bouchard interrogent très directement la signification du facteur Kinesthésie au Rorschach en présentaI1t un protocole d'un homme soupçonné de meurtres en série. Cette même interrogation est reprise par D. Dubois à propos du suicide et menée conjointement au test de diagnostic expérimental des pulsions de Szondi. C'est dans un même souci de rechercl1esd'indicateurs et d'organisateurs psychopathologiques, mais avec le T .A.T., que M. Pradet rend compte de sa longue recherche différentielle sur trois groupes de délinquants: resocialisés, en cours de resocialisation ou en pleine dyssocialité.
Une étude psychopathologique sur un cas d'incendiaire clôt l'enselnble des travaux, originale à plus d'un titre. Dirigé par P. Pignol à partir d'une épreuve projective mal connue et encore peu théorisée, le M.A.P.S. de Schneidman, l'étude nous introduit à une clinique des états passionnels et à la valeur diagnostique de certains détenninants.

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Sources contemporaines orales et écrites de la psychologie criminelle.
Pratiques expertales en psychocriminologie. Situation des épreuves projectives dans la démarche expertale.

Loïck M Villerbu (*)

Question: Vrai ou Faux?
«Le psychiatre est l'autorité scientifique qui permet de maintenir la possibilité de jugement à une époque et dans une société où la justice ne sait plus quel sens donner à la condamnation de quelqu'un».

M Foucault. La psychopathologie criminelle est intimement dépendante des fonnes d'autorisation données à l'exercice des compétences professionnelles spécialisées; l'expert psychologue n'est pas soumis aux mêmes impératifs issus des pratiques judiciaires dans chaque pays. Les règles qui régissent son exercice ne sont pas seulement dépendantes de ses obédiences théoriques, pratiques, de sa praxis thérapeutique, de la somme des raisons et des expériences pour lesquelles il a pu être nommé expert (et les modes de nomination sont pour le moins variées)(1).

Les rapports entre magistrats et avocats, les manières de considérer l'instruction, le fait de se trouver dans une procédure accusatoire ou inquisitoire, la capacité à faciliter ou non le principe
(040) Professeur, à l'Université psychologie clinique, psychopathologie, de Rennes 2. et psychocriminologie

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du contradictoire constituent autant de limites à l'exploration des processus impliqués dans un passage à l'acte que le droit et la loi ont défini comme infraction, délictueuse ou criminelle(2). Si d'autre part, la psychopathologie criminelle doit être la toile de fond et l'architecture interprétative des processus impliqués dans les actes posés, la vraisemblance de ses positions doctrinales passe d'abord par la tentative de rendre compréhensible pour un magistrat, un avocat, un jury... la part d'histoires, de constitutions qui y sont liées et rendent probables un certain fatum que la contemporanéité de nos lois désigne plus particulièrement (Muchembled, 1992). li y a une anthropologie référente à chaque système et la pathologie criminelle (qu'une périphrase désignerait mieux par la pathologie du hors-des-Iois) doit bien veiller à se différencier de la psychologie criminelle au sens où nous avons défini la psychologie comme étant essentiellement une axiologie (Villerbu, 1993).

I - Les sources. Quatre sources sont disponibles, essentielles et diversement développées: 1 - L'examen psychiatrique et l'examen psychologique. lis sont quelquefois confondus, mais dans leur mission, on doit considérer que leur objet empirique constitutif est différent.

2 - Les suivis au long cours psychiatrique, policier et/ou carcéral de condamnés, et de victimes, suivis dont nous avons accès:
. par des documents personnels (par exemple thérapeutiques) et de

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service (théorique, médico-psychique) sous la forme d'études ou de monographies; . par le récit et l'analyse de psychiatres et autres; . par le récit des condamnés incarcérés, ou des victimes; . par les études épidémiologiques faites avec ses systèmes psychologiques ou psycho-moraux(3), (Schneider, 1991 ; Cames, 1983 ; Cordier, 1993).

3 - La littérature non scientifique, développée de façon plus ou moins importante selon les époques. Les Serial Killers sont un exemple(4)(Bourgoin, 1992) de thématique actuellement soutenue par les médias ; miroirs d'opinions, ces thématiques peuvent être considérées au sens large comme préventives en contribuant à organiser autrement les relations inter-personnelles, inter-corporelles; avec la part iatrogénique que contient toute prévention non ciblée.
4 - La littérature à volonté scientifique et se spécialisant sur tels ou tels formes d'actes délictueux (le voleur professionnel de E. Sutherland, par exemple) ou de structures psychopathologiques plus ou moins sincères: psychopathes, psychotiques... névroses obsessionnelles. L'acte délinquant est pourrait-on dire, dans ce cas, au service de la théorie; il est là à faire fonctionner une pratique de la théorie (ponce, 1986 ; Legendre, 1991). Notre propos est de ne nous intéresser ici qu'à la phase qui précède le procès et n'engage que la procédure d'instruction typique de la procédure expertale.

C'est dire également qu'une grande partie de nos connaissances cliniques et psychopathologiques prennent sens sur une question fondamentale, celle du témoignage et de la validité à lui accorder. C'est dire aussi que cette question étant réglée, le traitement pénal qui s'ensuit n'est pas l'objet d'interrogations

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11ombreuses(5) que les rapports du pénal au psychopathologique et ou au psychologique ne sont guère travaillés; parce qu'au fond, si l'on accordait autant de vigilance au traitement pénal qu'à la procédure d'instruction, il y aurait bien plus de «Travail psychologique» en prison, et donc des travaux institutionnels et/ou
psychopathologiques(6) .

L'examen psychiatrique est d'abord un examen de responsabilité qui s'interroge et interroge le bien-fondé d'une imputabilité ; non dans les faits qui renvoient très strictement à l'analyse détective, i.e. à un consensus, sur une chronologie d'événements relevant du Code Pénal, mais dans leur construction. Celle-ci estelle ou non morbide, i.e., sous l'influence et la détennination :
a
b

- d'une
- d'une

pensée délirante;
pensée qui a perdu ses sources de contrôle (détérioration,

labilité, immaturité...) ; c - d'une pensée qui n'a jamais possédé les moyens suffisants d'une auto-détermination (débilité). «Le moment desfails» venant à être dépendant d'un état chronique, paroxystique, cyclique: (état délirant) (état passionnel) (état de l'entourage) ou débile ou exogène ou de l'humeur/variation

Un tel examen donne une mesure de la responsabilité, laquelle est entendue ou comprise comme une capacité à être poursuivi et à répondre des actes engendrés. Il s'agit de poser l'existence, vérifiable ou non, de syndromes pouvant avoir une action sur la vigilance, la conscience (ou la possibilité d'évoquer un état cliniquement dément: l'ivresse morbide, par exemple, alors que le sujet n'est pas médicalement délnent ; on recherche dans ce cas l'existence de facteurs favorisant l'inconscience: E.E.G., état neurologique).

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Cet examen mental, c'est ce qui auparavant était désigné sous le titre générique d'expertise de crédibilité. «L'expertise de crédibilité confiée au spécialiste a pour objectif de déterminer la normalité ou le caractère morbide des déclarations faites par le témoin et le degré de créance qui s'ensuit,. mais elle ne s'aventure pas à affirmer la réalité ou l'exactitude des déclarations» (Vervaeck, 1923). L'examen médico-psychologique (Raymond, 1989 ; DuflotFavori, 1988) est d'abord examen d'une destinée et celle-ci est entendue comme une construction historique, généalogique, dotée d'une cohérence, ou de logiques existentielles, plurielles, hétérogènes. L'imputabilité désigne moins la question univoque de la responsabilité et de la démence que d'une double incidence:
.
celle de la culpabilité qui ferait de l'acte répréhensible un acte

réussi, sous couvert de l'acte manqué (qui exige inconsciemment une reconnaissance) ; . celui de la suggestibilité ou de l'influençabilité, que ce soit par adhérence à un autre (assujettissement) ou à ses propres besoins (fabulation, asservissement, égocentration...) ou déficits (débilité).

La recherche se fait non sur des facteurs caractérologiques ou neurologiques mais sur I'hypothèse de causes qui nécessitent un montage hypothétique du dispositif ou de l'appareil mental ayant concouru au passage à l'acte. La psycho-criminologie de référence exige de se constituer aussi sur une victimologie. Un exemple, le cas de W. L., 19 ans. Instable, en situation intermédiaire, il a un usage ponctuel et paroxystique de l'alcool. fi tue un homme chez qui il est allé boire, se sauve, blesse deux autres personnes. Ses souvenirs sont flous et notre impression générale est

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qu'il ne cherche pas trop à se souvenir. On peut être amené à évoquer une ivresse pathologique: on montrera la fragilité neurologique par différents tests. On montrera comment son état biopsychologique ne supporte pas l'alcool. On peut également être amené à chercher a priori, comme schéma hypothétique, une situation de crise-panique, la répétition de recherche de «défonce», une homosexualité à peine cachée, mais non reconnue. L'expérience ici a montré qu'une fois levée, cette hypothèse a fait apparaître des conduites de travesti chez la victime.

II - A rebours.
«Les témoignages ne se comptent pas. Ils se pèsent». Bacon.

Ecrire et travailler sur la question du «témoignage» résume toute I'histoire technique de la psychologie judiciaire et criminelle: judiciaire dans l'établissement des faits et la validité du témoignage, criminelle dans l'élaboration de théories sur les faits incriminés et ayant porté ou portant atteinte à l'intégrité d'autrui, dans ses biens, sa personne et ses appartenances. La psychologie de référence est de fait une analyse psychomorale prise entre une analyse typiquement détective(7) et une analyse dépendante des modes contemporains d'explication de la psyché. On conçoit bien ce faisant que les critères de signification de l'analyse psycho-morale s'assortissent ou s'appareillent:
a .. tantôt aux événements d'une histoire socio-économique et aux notions de circonstances (atténuantes, facilitantes, aggravantes...) ; b .. tantôt aux théories de l'inconscient et du fantasme; c .. tantôt aux théories de la carence biologique, généalogique.

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Les premiers psychologues cliniciens ont d'emblée été confrontés aux problèmes de témoignage que ce soit A. Binet (La Science du témoignage, An. Psych. XI, 1905, 128-136), A. Claparède (La Psychologie judiciaire, An. Psych, Xll, 275-302), W. Stem (dans ses travaux de 1902 à 1922, notamment en 1906 : Propositions sur la valeur du témoignage dans la procédure pénale, Z.F. die Ges. Strafr. 26, Beitrage Zur Psychologie der Aussage (Stem, W.) puis le Zeitschrift für angewandte Psychologie (Stem, W. ; Lipman, O.) et Archiv für kriminalAnthropologie und Kriminalistik (Gross», ou Larguier des Bancels (Lausanne), (Psychologie du témoignage, An. Psych. 1906), Varendock (à Gand, en Belgique, à Lausanne), (Psychologie du témoignage, 1914), ou les médecins aliénistes tels: Lalanne à Nancy (Témoignage des aliénés, Congrès des Aliénistes, 1911), Leyet Menzerath en Belgique (Témoignage des normaux et aliénés, Congrès intern. neuro, 1913). Une science du témoignage (Oppenheim, 1911), dont font preuve tant la revue l'Année Psychologique en France (Binet) que les Archives de Psychologie en Suisse (Fournoy et Claparède), se cherche suscitée et relayée par les magistrats de l'instruction, certainement loin du Traité des preuves judiciaires de Bentham, ou du Traité de la preuve de Mittermaier mais inspirée par une quête d'objectivité, d'irréfutabilité, tenant compte des errements, des découvertes de la psychologie: Gross, Manuel Pratique d'Instruction Judiciaire, 1893 et traduit en France en 1899, et au titre duquel s'est écrit La critique du témoignage de F. Gorphe, en 1924, juge d'Instruction à Marennes, auteur quatre ans plus tard de Le principe de bonne foi.

On notera que le souci qui va animer les magistrats d'alors est le même qui portera A. Binet à inventer par le concept d'intelligence la notion d'âge mental à partir d'une série de procédures opérationnelles: non plus se fier à l'usage mais à la science, i.e., à un cadre dont les paramètres sont discutables, à des

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appareils scientifiques. Constituer au lieu même d'un espace régi par la morale et la convention, l'usage et la notoriété, un espace scientifique, critique, un espace de discussions et de contradictions. Contrôler les preuves est une conséquence des principes de l'intime conviction sur lequel se fonde le jugement dernier. L'examen du témoignage recourt à des procédures et ces procédures élaborent des contenus de pensée (un savoir scientifique) étroitement dépendant de la typologie et de la structure des appareils en cause.

Savoir scientifique qui découvre des personnalités comme trajets de vie dans une biographie et des constantes comportementales qui deviennent «l'espace interprétant lui-même» (Mazerol, 1974). - On peut avancer que la psychologie fut judiciaire avant d'être criminelle: judiciaire parce que, s'immergeant dans le champ de l'instruction, elle fut mise à contribution pour sa capacité d'objectivation des paramètres psycho-sensoriels du témoignage.
Le lien étroit suggestibilité/objectivité fonde cette psychologie judiciaire ou psychologie du témoignage. Que l'on se refère tant aux manuels d'instructions qu'aux traités et techniques de psychologie expérimentale. Les propos introductifs de E. Toulouse et H. Pieron de 1911 dans leur ouvrage Techniques de psychologie expérimentale en est une preuve:
«Un phénomène subjectifprovoqué par une excitation périphérique peut s'objectiver de deux manières, ou bien en donnant naissance à une réaction motrice engendrant des effets externes, ou bien en suscitant une affirmation d'existence extérieure, une affirmation d'objectivité». «L'étude de I 'objectivation sous fornte affirmative, c'est l'étude de la certitude sensorielle qui est à la base du témoignage, d'où une

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conséquence importante pour la psychologie judiciairt! dont les initiateurs furent Binet, Stern, Claparède. Et consécutivement, s'effectue la mesure des facteurs susceptibles affirmations, de la suggestibilité surtout». de vicier les

Mesure de la certitude dans le témoignage, qui utilise les remémorations de scènes complexes à partir ou non de questionnaires sous le prétexte d'études sur la mémoire. Obj ectivation affinnative, objectivation motrice, que l'on retrouvera quasi intactes dans les études de Eysenck (Eysenck, 1950) à propos du concept central utilisé, se rapportant à l'action idéo-motrice, dont il dit aussi qu'elle fut de tout temps reliée aux différentes formes de magies et de phénomènes parapsychologiques analogues.

On conçoit ainsi que ce qui est l'objet du premier travail et emprunte à la psychologie, c'est ce en quoi elle est capable de contribuer à rendre cohérentes et adéquates la langue du témoin et celle du Code Pénal: l'erreur pour être humaine est d'abord judiciaire!

- Appareillage critique du témoignage; construction scientifique d'une positivité du témoignage utilisable en justice par les magistrats.
a - Le recours aux tests psychologiques s'est fait via l'usage sollicité par la psychiatrie, ainsi qu'en témoigne le Manuel de Psychiatrie de 1923 de J. Rogues de Fursac ou encore les débats contradictoires animés par les Dr. Ley, Menzerath et Lalanne contre le Dr. Regis. Les tests utilisés sont une image fidèle de l'état de la psychologie. L'approche est globalement psycho-sensorielle; il s'agit toujours d'apprendre et de percevoir ce qui se dit et se fait à l'insu du témoin dans son acte et son dire. Notamment en cas de suspicion de mensonge: automatographe, galvanomètre,

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pneumographe (rythme respiratoire, Munsterberg), rétinoscope (mouvement des yeux), sphygmographe (pulsations artérielles) (Munsterberg, 1908). Tous appareils qui vont cependant laisser l'instructeur sur ses questions puisqu'aucun ne peut donner la cause des émotions enregistrées. fis ne traduisent que l'émotion.

b - Ce pourquoi le recours sera fait aux «épreuves des
associations» et à l'analyse des complexes qu'elles impliquent. Le modèle du «lapsus» sert alors de référence, sous la forme policière «se couper». Les technologies seront variées:

- une

liste de mots neutres et mots référés à la scène incriminante

(pour un inculpé) ; -l'expérience de Yerkes et Berry (1909) lorsqu'il s'agit d'éprouver la sincérité d'un témoin qui prétend ne pas connaître un coupable qu'il veut soustraire à la justice. Deux boîtes contenant des choses variées sont couvertes d'un tissu. Le contenu de l'une d'entre elles est montré et le problème consiste à deviner laquelle des deux boîtes le sujet avait vue en le soumettant à l'épreuve des associations et en lui donnant comme mission de faire son possible pour empêcher le résultat cherché. Dans la liste de mots, huit d'entre eux étaient significatifs du contenu perçu dans la boîte;

- choisir

des mots critiques

se rapportant

à des objets ou à des

détails réels omis dans la description (pour un témoin suspecté d'ajouter à la réalité);

- la liste des mots - description

inducteurs

est parfois remplacée par l'expérience

du chronoscope (Hip, Menzerath) ou encore au lieu de présenter un seul mot inducteur on en trouve deux (Henning);
et remémoration d'images standards pour les témoins

de bonne foi, quand il s'agit de savoir s'il ne se sont pas trompés.

La méthode s'est avérée rapidement faussement sécurisante et son apport s'est déplacé «à défaut de données objectives, elle

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nous procure tout au moins des indices intéressants». «Les juges forment leur conviction sur des indices comme les médecins leur diagnostic sur des symptômes »(8)(Gorphe, 1924) ou encore, note le même auteur en reprenant S. Freud:
«dès 1906, Freud constatant que la méthode des associations donnait de biens meilleurs résultats sur les névrotiques que sur les accusés conseillait avec raison aux juristes de pratiquer cette méthode de façon désintéressée pendant de longues années pour pouvoir seformer une opinion positive sur la valeur de son emploi «et surtout» les conditions d'application ne sont pas les mêmes... le névrotique ignore, l'accusé sait... le névrotique collabore... l'accusé n'apporte qu'entraves».

De fait la méthode des associations se trouve alors requise aux fins (parmi d'autres méthodes) d'usages de la recherche des complexes. C'est, disait Ritterhauss(9) une preuve par indices, excellente. «Il importe peu qu'un indice soit subjectif.. il faut surtout considérer si c'est un symptôme isolé... s'il se rencontre avec d'autres, les complète, les renforce, et si l'ensemble des phénomènes convergents sur un point est assez fort pour former la conviction d'un état de chose objectif».

De là, à énumérer les complexes (Metzger, 1918) : le complexe du délit, les complexes de volonté (complexes de mensonges), les complexes du moi (tout ce qui peut expliquer le genre spécial de l'individu: histoire, entourage, affects...), les complexes de choses (touchant la vie, la mort, l'honneur, la liberté, les connexions entre choses et environnements politiques, sociaux, économiques, religieux, philosophiques, sexuels). Quant à la présence «psy» dans le domaine judiciaire, son statut est très problématique:
«le concours d'un psychologue... ne doit pas être courant si

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l'autorité judiciaire ne veut pas abdiquer une partie de ses pouvoirs» (Gross, 1899 ; Stern, 1903) : <desexperts psychologues être que provisoires jusqu'au large base d'études scientifiques psychologiques ne devraient jour où les juges instruits sur une seraient à même des témoignages».

de se livrer eux-mêmes à l'examen psychologique

On ne saurait quand même trop insister sur le fait qu'une psychologie cr:4ninelle oeuvrait à mi-mots dans la psychologie judiciaire du témoignage. Qu'elle fut sociologiquement prégnante par le recours aux notions de circonstances (atténuation de peine, de responsabilité, intégration sociale...) vient dire qu'elle ad' abord été comprise dans le cadre d'une sociologie des conflits et de leur juridiciarisation (Freud, 1906 ; Lacan, 1933), puis par l'insistance de la pensée analytique, dans la spéculation sur l'inconscient et sa topologie qui impliquait d'abord l'existence de conflits intrapsychiques. Le concept de conflit n'est d'ailleurs là pas sans ambigüité puisqu'il laisse à penser sociologiquement à du drame alors qu'il s'agit, selon le mot de Freud (1906), à l'adresse de magistrats, «d'exercices sur desfantômes» requerantune position qui ne sera jamais celle du magistrat instructeur: les secrets ou les choses tues n'ont pas le même statut théorique... et sociologique.
Et lorsque S. Ferenczi (1922 ou 1928) s'adresseàl' Association pour la Psychopathologie Appliquée à Vienne, ce sera d'emblée dans une perspective compréhensive, disons thérapeutique plus que diagnostique (position prise davantage par S. Freud) au point que s'invente un lexique: «psycho-criminologie, criminothérapeutique (A. Aichorn), crimino-psychologie», «unepsychocriminologie qui prenne en considération les notions psychiques inconscientes», «psychologie de la criminalité». S. Ferenczi est critique, comme Freud (et d' ailleurs Jung luimême), des mots associés «et mesures associées», «on n'atteint qu'un degré de plus dans l'apparence d'exactitude quand on prétend contrôler le résultat des expériences associatives en

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branchant en même temps un appareil qui note ce qu'on appelle les réflexes psychogalvaniques ».

Evoquant le transfert du modèle des névroses au plan
crimino-psychologique, il en évoque tous les risques et la prudence à tenir :
«avant que (H') les études crimino-psychologiques ne soient terminées nous ne saurons d'ailleurs pas si et dans quelle mesure la criminalité entre dans la rubrique névrose, ni ce qui pourra être expliqué sans faire l' hypothèse des mécanismes névrotiques. Selon mon hypothèse, il n'y a pas de situation unique à ce problème. Le fait en soi de commettre un acte criminel n'est assurément pas un signe certain de l'existence d'une névrose... mais la question aussi va se poser de savoir si la criminalité représente un type particulier de névrose ou si elle constitue seulement une forme plus dangereuse des syndromes névrotiques que nous connaissons déjà».

Ramenant les perversions au rang de blocage et de fixation infantile, il admet que des mesures éducatives doivent certainement être posées pour tout commerce possible, empruntant au modèle de A. Freud, chez des enfants non encore responsables, ou à l'analyse du caractère{1 0). Ce sont des modèles pour comprendre et expliquer l'acte secondairement délinquant qu'expose Ferenczi, et non pas les processus d'accès à ces faits juridiquement sanctionnables, modèles constitués par «l'analyse et l'histoire du développement des dispositions pulsionnelles» dont la topologie formelle se distribue en moi-ça-surmoi. D'où «la criminologie qui avant tout aura à examiner les causes de lafaiblesse ou de laforce de la conscience morale, doit dans chaque cas de criminalité étudier le sort du complexe d'Oedipe... il s'agira certainement d'une perturbation dans la résolution normale de ce complexe».

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Et, ajouterons-nous, connne première scène où se jouent sociologiquement les instances pulsionnelles, où l'anthropologie n'est pas absente connne modalité d'un champ d'expériences:
«aucune psycho-criminologie n'est pensable dans l'avenir sans la confrontation avec les nouvelles acquisitions de la théorie psychanalytique... la conception psychanalytique du tabou aide à mieux ~omprendre le grand sentiment de culpabilité chez les névrosés, ... le souvenir d'un crime et la culpabilité partagée».

Une géographie de l'acte criminel, une géométrie du fait délinquant, est dès lors imaginable (Hermann, 1978) : criminel... :
. par sentiment de culpabilité (Freud, Reik, sur-moralité sadique du surmoi), . par très grande force de la base pulsionnelle que les organisations supérieures du moi ne parviennent pas à contrôler (le moi-pulsion,ça), . par faiblesse du moi, de la faculté intellectuelle de jugement, . par absence du développement du surmoi.

Anthropologie, psycho-pathologies, mesures éducatives, formes thérapeutiques plurales, dossiers de criminels avérés, histoires, études de vie, monographies... sont devenus les champs pratiques et cliniques où s'interroge un acte au regard de ses conséquences. Conséquences qui sont questionnées d'abord:
a par la logique .de destinée qu'ils inscrivent, b pour la logique sociale qu'ils impliquent dans le traitement de la récidive (répétition). Au titre de quoi les Sciences pénales prennent rang à côté des Sciences Thérapeutiques.

-

III - Clinique et Psychopathologie.
C'est l'inéluctable de ce destin perceptible dans l'après-

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coup qu'interroge l'ordonnance d'un examen médico-psychologique expertal. Examen qui se nourrit de deux sources: Externes: un savoir récapitulatif: heuristique sur le fait criminel en général. Théories, monographies, études cliniques, champs psycho-pathologiques, pénologie, familiarités avec les Assises, don-nées statistiques. - Internes: des comptes-rendus d'auditions et d'interrogatoires dont on sait que l'écriture obéit aux injonctions d'un Code de Procé-dure Pénale. Dans ce contexte interne, il est possible de spécifier trois temps d'un examen, l'espace expertal, qui sont en mêmetemps trois sources d'études de la pathologie criminelle, i.e., une pré-disposition aux recherches tant côté victime qu'agresseur (victimologie), sur:
a - le passage à l'acte et la structure psychopathologique éventuellement repérable, b - la mise en acte et les paramètres sociologiques, historiques préparant ce qui se donne à lire ensuite comme une infraction, à partir d'une genèse structurale, en termes de carence, d'excès, de détérioration et d'accès.

-

I - L'espace généalogique du récit de vie: c'est leopassé retrouvé, ré-évoqué, par le clinicien, l'étude des incidences et des répétitions, des climats familiaux, sociaux, et des arrimages: scolaires, sociaux, familiaux, des retombées sur les conduites de sexualité, d'autorité.
2 - L'espace de l'infraction, du récit de l'affaire par le sens donné, a posteriori, à rebours, et les essais spontanés, suscités, d'y trouver de l'explication sur soi, sur la morale, sur les autres. Etude de l'enchaînement à ce qui devient, à rebours, des circonstances;

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là où se trouvent prescrits à soi-même des quasi-événements originaires.
3 - L'espace de dépossession du récit, par le déplacement sur une scène qui ne peut être sans évoquer et réactiver le traumatisme de la chute, de la perte de soi-même, ou de l'abandon de soi-même: c'est l'immersion dans la pratique projective, instabilisante parce qu'invitant à problématiser, à jouer d'une auto-critique. Où le psychologue analyse la recomposition, le réaménagement et les lieux psychiques fragiles, sidérants et joue de sa propre répétition pour penser et réaliser un nouvel espace expertaL Espace expérimental des dynamiques structurales, espace expérimental des genèses structurales.

Et il en est là de la psychologie projective ce qu'il en était de la psychologie psychanalytique: quelles en sont les limites de compétences, d'usages? Nul doute qu'une grande part de l'actuelle psychologie projective a été pensée et développée dans le contexte global de l'indication thérapeutique, en particulier psychanalytique. Il s' ensuit que les motifs la structurant ont été privilégiés dans l' interprétation des examens projectifs; ainsi la thérapeutique comme stratégie instauratrice a pu se confondre et interférer avec son étiologie de reconstruction. (Villerbu, 1994).
Et si l'on pensait alors une psychologie projective dont l'une des finalités ne serait pas l'accès direct à la thérapeutique? Quelles seraient les données s'auto-engendrant d'une psychologie projective non réduite à une étiologie curative?

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Notes
1 Qu'il s'agisse en effet de tabler sur la compétence dans des institutions spécialisées,... d'une notoriété ou l'apprentissage

2 Ajoutons encore qu'à moins de travailler avec la justice des mineurs nombre de productions délinquantes (vols, coups, détérioration, prostitution...) ne sont pas l'objet d'explorations psychopathologiques alors que les atteintes à l'intégrité où la sexualité est en cause, sont sur-représentées. 3 Par exemple, la création par le F.B.I. du National Center for the Analysis of Violent Crime (Quantico en Virginie) pour traquer les tueurs en série: le programme V/CAP (Violent Criminal Apprehension Program, infOrmatisé est consultable par chaque policier. 4 Egalement les «Dossiers tes», Editions J'ai Lu. Meurtres», Editions ALP, La Collection «Crimes et Ell,quê-

5 Les avatars maintenant plus aisément identifiables des liens qui ont uni les traitements socio-éducatifs et les traitements médico-psychiatriques vont aussi dans ce sens. Il est intéressant de constater qu'agissant périodiquement de concert, ces deux modalités d'assistance en sont venus à méconnaître la part institutionnelle de leur condition d'existence, au profit d'une psycho-technie très générale. Le comportement se déploie ainsi en caractère et en fonctions dans un mode d'emploi déjà là. Certaines idéologies actuelles en voulant mettre en avant le «citoyen» contre «l'enfant» antérieurement omni-présent ne sont jamais qu'un effet de contre dépendance à la situation antérieure. L 'objectifimplicite est de nier l'éventualité d'une organisation pathologique au profit d'un développement idéalisé. 6 C'est la définition et l'usage de la responsabilité l'accès à la responsabilité (non dément) ment psychologique. 7 Détective: de «to detect», découvrir, ; XIl4me siècle, révéler, démontrer. 8 Gorphe, F., op. cit., p. 100. 9 Ritterhauss, op. cil., p. 328. detegere: et de la culpabilité qui est en cause, impliquant le non-accompagnedécouvrir, mettre à découvert, dévoiler

10 Le déficit mnésique ou l'organisation perception deviennent des faits de résistance à l'évocation d'une scène qui n'est plus (seulement) celle de la réalité dramatique judiciaire.

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Evaluation des effets
des mauvais traitements sur les enfants: données, problèmes et méthodes.
Revue de questions.

Jean-Luc

Viaux

(*)

Le clinicien qui cherche à s'orienter pour trouver à la fois des méthodes d'évaluation fiables, et des repères symptomatiques, indicateurs d'une souf:frai1.cegénérée par des mauvais traitements sur des enfants se trouve en face d'une abondante littérature, produite depuis une vingtaine d'année dans ce domaine. A lire des écrits récents, il est difficile de démêler trois plans d'approche des mauvais traitements qui ont tendance - en particulier dans les articles français - à être simultanément présents: la détection, l'évaluation des effets, la thérapeutique. La confusion est particulièrement importante entre les deux premiers plans, tant il est naturel de penser que les effets, diagnostiqués à plus ou moins long terme, sont de façon récurrente un indicateur fiable de l'existence de mauvais traitements.

De façon assez systématique, la littérature consacrée à l'évaluation des «effe ts » de la maltraitance, qu'elle soit sexuelle ou physique, est caractérisée par 4 traits:
a) Une grande part est composée d'études rétrospectives, ayant pour objet l'évaluation des «symptômes» considérés comme caractérisant des effets de la maltraitance, avec une méthodologie variée abordant des populations de sujets maltraités (négligés, abusés, ou autre définition) et non maltraités, présentant divers (,

Mattre de Conférences, Université de Paris X; Président de la Société Française de Psychologie Légale.

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troubles (somatiques, psychiatriques, sexuels, d'adaptation socIale). Une autre part, aux USA notamment, est consacrée à la mise au point de questionnaires, et outils de ce modèle, permettant de valider ces études; b) TIs'agit d'enfants qui sont déjà sortis de la période infans, c'està-dire «parlant», voire d'adultes disant avoir été maltraités. Les études sur les tout petits maltraités restant largement le fait des pédiatres et des neurologues; c) la thématique essentielle est celle de la détection en terme de savoir si les «symptômes» rassemblés, d'une part, signent de façon certaine qu'il y a eu maltraitance d'autre part, différencient les sujets maltraités des autres; d) ce sont davantage les sujets victimes d'abus sexuel qui intéressent les auteurs: cette forme de maltraitance étant à la fois la plus repérée dans les enquêtes de populations, et étant plus problématique à diagnostiquer tant dans ses effets immédiats qu'à long terme. Mais on note dans ces dernières années un intérêt accru pour l'effet de la «négligence» sur le développement intellectuel et affectif.

Je me propose dans cet article de faire le point sur les enseignements que l'on peut tirer de publications récentes sur ces questions. L'exhaustivité étant impossible en cette matière comme en bien d'autres, le choix s'est porté sur des articles qui posent des questions méthodologiques, avec plus ou moins de succès dans les réponses élaborées, mais ouvrant sur des perspectives de travail qui sont les nôtres. Ce qui fait le plus défaut dans la littérature française sur cette question des mauvais traitements, ce sont en effet les études longitudinales pennettant une compréhension du devenir des enfants maltraités (Manciaux, 1993) et en amont, au-delà de tableaux cliniques descriptifs, des études sur les différentes composantes de «l'effet maltraitance» dans une perspective à la fois développementale et clinique. On reprendra, comme référence générale des mauvais traitements, la définition des mauvais traitements psychologiques

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