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Faire couple

160 pages
Un dossier principal sur le couple avec différents articles : Que manque-t-il à l'amour pour faire couple ? - Entrer en couple ou sortir ensemble - La construction du couple sous le regard des parents - Les amis du couple - Faire, défaire, refaire couple… une entreprise incertaine.
D'autres textes dans le dossier Points de Vue sur la résistance ouvrière à Gennevilliers, le désintérêt pour la politique en Allemagne de l'Est et de l'Ouest, et sport de rue et identité politique des jeunes.
Voir plus Voir moins

1er

trimestre 2001

~

4 Editorial
L'interculturel en question Tariq Ragi

Dossier "Les débats"
- Introduction - Faire couple
Claire Bidart
Que manque-t-iI Lire page 11

:

à l'amour

pour faire couple?

Didier Le Gal£ Anne Pellissier Les auteurs analysent la naissance du sentiment de faire couple à un âge où l'apprentissage sentimental, à travers différentes expériences amoureuses, est parfaitement admis voire parfois Inême conseillé. Lire page 19
Entrer en couple ou sortir ensemble Florence Maillochon

L'auteur s'interroge sur les conditions dans lesquelles les adolescents pensent former un couple à partir du premier flirt, du premier rapport sexuel, etc. et sur l'importance de leur représentation du mariage dans la construction
de ce type de relations. Lire page 35

Laconstructiondu couplesous le regarddes parents
par une du choix

2

Clotilde Lemarchant Le choix du partenaire et la formation du couple se caractérisent certaine indépendance. Il apparaît néanmoins que la confirmation

conjugal s'opère auprès des parents en particulier.
Les amis du couple

Lire page 51

Matthieu Loitron L'auteur analyse la sociabilité des jeunes vivant en couple et montre le processus de reélaboration des différents réseaux pour constituer un horizon

amicalcommun, lequel peut renforcer le lien conjugal. Lire page

61

@

LJIJannattanJ

2001

ISBN: 2-7475-0706-8

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-

Faire, défaire, refaire couple...
Gérard

une entreprise incertaine

Neyrand

Les jeunes adultes sont moins stricts sur la fidélité, les couples bi-nationaux, les parents séparés, les parents qui recomposent... connaissent la difficulté qu'il peut y avoir à faire couple dans la durée, et parlent des obstacles psychologiques, relationnels, familiaux, institutionnels, sociaux à surmonter
pour maintenir le lien. Ure page 71

Dossier "Points de vue"
Résistance ouvrière à Gennevilliers Éric Marlière L'exemple du quartier des Grésillons à Gennevilliers montre avec acuité, les transformations économiques et sociales à l'œuvre et son impact sur les fils d'immigrés et d'ouvriers. Urepage85
-

Désintérêt pour la politique en Allemagne de l'Est et de l'Ouest? Prises de position des jeunes et des jeunes adultes allemands Wolfgang Gaiser-Martina Gille Winfried Krüger - Johann de Rijke Au cœur du désintérêt qu'inspire la politique, la comparaison avec la population adulte dans de nombreux domaines ne permet pas de relever des différences telles que ce désintérêt apparaisse comme un

-

phénomène exclusivement juvénile.
Sport de rue et identité politique

Ure page 97

des jeunes

Gilles Vieille-Marchiset L'appropriation d'espaces sportifs urbains par certains jeunes a une réelle signification politique. Les sportifs de rue, plus spécialement basketteurs et skateurs, se forgent une identité démocratique par un rapport à l'Autre singulier. Lire page 115

3

Lire, faire lire

Carnet

de champs

Veille

informative

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Il est commun
reI n'a plus

d'observer que l'intercultubonne presse en France

effets de mode: le rejet actuel de l'intercultureI ne signifie pas qu'il faille l'ignorer ou l'occulter. Ensuite, il importe de s'atteler à l'observation et à l'analyse des pratiques associatives concrètes. Que recouvre la notion d'interculturel

aujourd'hui, châtié aussi bien par les zélateurs du modèle d'intégration républicain fondé exclusivement sur l'individu, que par les partisans fervents du système communauF--

taire. Les uns et les autres rejettent cette voie moyenne, source d'insatisfaction quasi générale. La dernière apparition triomphale de

4

l'interculturel en politique remonte au début des années quatre-vingt, associée à la formule magique du « droit à la différence », honnie par certains, soutenue par d'autres. À l'instar de tout slogan, certes fédérateur, mais utilisé abusivement et abondamment en dehors de son espace de définition conceptuelle, l'interculturel s'est épuisé en se diluant. Le propos ne vise pas ici à redonner à

aujourd'hui? En quoi consiste-t-elle ? Dans un premier temps, il convient d'aborder la thématique interculturelle en tant qu'éducation à la diversité, de montrer comment celleci a pu constituer une réponse de circonstance expérimentée dans les établissements scolaires, tout en ménageant la possibilité de se poser en alternative au monoculturalisme ambiant. Dans un deuxième temps, nous proposerons une définition de l'interculturel qui tient particulièrement compte de l'avis des animateurs, mais tout en montrant les intérêts et les limites de leurs approches.

l'interculturel ses lettres de noblesse, l'entreprise serait simultanément trop vaste, hasardeuse et incertaine. L'ambition, bien plus modeste, consiste d'abord à ne pas céder aux

Qu'est-ce

que l'éducation

à la diversité?

Consiste-t-elle dans la diffusion du relativIsme culturel par }'élucidation du caractère

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/

ditorial

arbitraire de chaque culture dans la valorisation de symboles, de valeurs et d'idées particulières ? S'agit-il plutôt d'une éducation de type relativiste visant la production effective d'un Homme qui serait, en quelque sorte, « l'indigène de toutes les cultures» ? Les animations interculturelles se situent dans le prolongement des cours de langues et de cultures d'origine (LCO), elles constituent, à certains égards, une formule ajustée, revue et corrigée, par des militants associatifs insatisfaits de la tournure prise par les enseignements-LCO. Elles se sont élaborées simultanément à partir des cours- LCO mais aussi contre eux. À la différence des cours- LCO dispensés aux seuls enfants de migrants, les animations interculturelles s'adressent indistinctelnent à }'ensemble des élèves. Les relations verticales, privilégiées jadis et fondées sur l'imposition par le maître de normes comportementales aux élèves, semblent dorénavant délaissées au profit de la valorisation des rapports entretenus par les élèves. Nombreux sont ceux qui soulignent

suffit à le doter non seulement d'une existence mais à le classer au rang des nations dignes d'étude, du moins dans l'imaginaire des enfants. Le seul fait de citer le nom du pays lui confère une dimension nouvelle, une itnportance accrue, insoupçonnée. une respectabilité

L'école, lieu de la connaissance et du savoir officiels, jouit d'un potentiel classificatoire incommensurable qui fait et défait les nations aux yeux des élèves. Dans la symbolique des normes, l'institution scolaire influe soit dans le sens de valorisation, celui de dépréciateur. soit dans ~

À l'exception des cours d'histoire et de géographie, l'initiation aux différentes cultures demeure absente des programmes scolaires. Et pourtant, en son temps déjà, Durkheim avait appelé de ses voux l'ouverture de l'école aux enseignements de littérature étrangère et d'histoire des peuples étrangers afin de compenser les excès de l'enseignement de base qui consiste dans la religion stricto sensu du politique, de la République. L'action des animateurs interculturels s'insère précisément dans cet interstice, cet espace inoccupé Inais qui suscite par sa.seule évocation le grouillement de micro-résis-

~

I)

l'absence de programmes scolaires ouverts, dans le sens ou l'évocation d'un pays tiers

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tances émanant principalement enseignant, hostile à l'introduction les horaires scolaires.

du corps de « non-

spécialistes» dans les écoles, a fortiori durant

des formules du type « concilier la fidélité à soi et l'ouverture aux autres ». Ces expressions témoignent plus de la manifestation d'une bonne volonté que d'une réalité sociologiquement observée ou conquise. Cependant, l'éducation à la diversité et

À la base de l'éducation à la diversité se trouve l'idée de reconnaissance mutuelle des porteurs de cultures. Les animateurs s'emploient à expliquer à l'enfant issu de l'immigration que sa culture familiale et malgré sa différence avec la culture française, mérite toutefois de retenir son intérêt et son attention. Dans un premier temps, il importe de l'amener progressivement à la consolidation de son socle identitaire par la revalorisation de sa culture d'origine et, dans un deuxième temps, il est incité à « raconter» sa culture, ce qui peut révéler le degré d'acceptation des codes familiaux. Enfin, et c'est là une condidon préalable à l'échange dit interculturel, il faut que l'enfant évite de classer, de hiérarchiser les cultures. Cette approche laisse perplexe nombre de chercheurs qui, pragmatiques, dénoncent la distorsion séparant la finalité recherchée, confondue avec un idéal, et les moyens mis en ouvre pour sa réalisation. Pantois et déconcertés, ils s'empressent de mettre en évidence cette inadéquation de la fin et des moyens et d'aucuns, sans aller jusqu'à postuler l'incommunîcabîlité întrînsèque des cultures entre elles, rejettent l'expression de « dialogue des cultures» qui suppose la possibilité d'un rapport non conflictuel entre cultures différentes. Les mêmes critiquent avec virulence le recours à

l'interculturel sont portés par un certain nombre de chercheurs qui n'hésitent guère à en démontrer la viabilité au regard d'expériences voisines réussies. L'éducation à but assimilationniste entraîne le rejet de l'altérité par la hiérarchisation et l'infériorisation des cultures minoritaires par rapport à la culture dominante. La vision assimilationniste procède d'un universalisme par le haut, c'est -à-dire qu'elle fait appel à l'universalisme montaignien qui offre peu de possibilités d'identification, à cause de son abstraction évidente. Est négligée une donnée essentielle: l'héritage socioculturel qui se manifeste à travers les dispositions stables de l' habitus qui empêche l'individu de se transformer arbitrairement. Dans un environnement rendu inévitablement pluri-culturel pour des raisons d'ordre socio- politique et économique, le monoculturalisme, par son cloisonnement, menace la société d'implosion (par l'extension du phénomène des bandes.). Afin de prévenir voire de corriger cette situation, l'éducation à la diversité est présentée comme un remède miracle, comprenant simultanément l'institution d'un biculturalisme ouvert, une pédagogie centrée sur l'éduqué, en l'occurrence l'enfant, et enfin l'apprentissage vité en matière culturelle. de la relati-

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La valorisation qui est au fondement de la société interculturelle suppose, lors de sa construction, la vigilance vis-à-vis de deux écueils fondamentaux: l'assimilationnisme et le multiculturalisme, sources potentielles de fragmentation de la société.

pourtant pas à rendre compte de l'intercultureI, encore faut-il qu'une deuxième disposition soit satisfaite, à savoir que les vecteurs des différentes cultures communiquent. Le découpage du mot interculturel en ses deux composantes « inter» et « culturel» témoigne indubitablement de l'existence d'au moins deux cultures à l'intérieur d'un seul et même espace, lieu de débats et de négociations, et « inter» suggère l'idée d'une interaction, d'une interrelation, d'une communication entre les cultures. Pour peu que l'on échappe à la vision comIDune, réductrice, qui veut que chaque individu ne soit le porteur que d'une seule culture, le questionnement revêt alors une forme inédite: du fait de la mondialisation de l'économie, de la prolifération des nouvelles technologies de communication, de la rapidité et de l'accélération de la mobilité sociale, sans omettre de mentionner l'impact de la construction de l'espace européen commun, chacun concentre plusieurs cultures; par conséquent, se produit en son for intérieur une négociation entre les divers référents culturels afin d'assurer la cohérence de l'être en tant qu'entité globale, convient-il alors de qualifier cette situation d'interculturelle ? Plus généralement, l'interculturel régit les rapports interindividuels ou intergroupaux, d'où l'adjonction d'une condition supplémentaire, à savoir que les cultures ou plutôt les porteurs se situent sur un même niveau, à égalité, à parité, sinon 1'échange est inégal, donc infructueux. Dans ce cas, les conséquences sont la « stigmatisation et la victimi-

L'analyse du discours des animateurs révèle l'existence de récurrences dans l'élaboration et la n1ise en ouvre du projet interculture!. Il s'agit de reconstituer, par-delà la façade construite à partir des informations brutes, la structure interne et enfouie de la bâtisse interculturelle telle qu'elle est vécue et parfois fantasmée par les acteurs associatifs. Cette phraséologie du bâtisseur rappelle inéluctablement les propos de Saint-Exupéry qui écrit dans Citadelle: « Si tu veux qu'ils se battent comme des fauves, jette-leur des graines, mais si tu veux qu'ils s'aiment comme des frères, donne-leur bâtir. » une tour à

~

La quête de l'interculturel débute dans la proximité dans ce sens qu'il importe de faire découvrir aux proches les autres cultures. Dans chaque famille, les membres sont originaires soit de régions différentes, soit de pays tiers, ce qui constitue une prémisse à l'établissement de relations interculturelles. Ainsi, la condition première à satisfaire consiste dans la réunion synchrone de populations culturellement hétérogènes. Il convient de rappeler, à cet égard, que ce ne sont pas les cultures qui entrent en contact, mais bien les individus qui en sont les porteurs. La diversité d' origines et/ou de nationalités est un préalable à l'échange culturel, il ne suffit

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sation », la discussion ne peut se tenir, cédant la place à une relation de type dominantdominé où les normes culturelles du premier s'imposent au second. La dialectisation des rapports humains engendre bien souvent des échanges disproportionnés où chaque locuteur tente d'asseoir son identité, de justifier, de cautionner son discours par sa position hiérarchique. L'échange égal apparaît chimérique et illusoire. Que penser en conséquence des diverses

tives, inévitables, révélées en quelque sorte par la création de l'espace « interculturel » et, pourtant, nombreux sont ceux qui élaborent à partir des référents culturels des deux modèles une configuration hybride organisée par « l'impression de la cohérence ». L'usage d'une valeur dépend des avantages qu'elle offre, le choix d'un code plutôt qu'un autre est décidé subjectivement en fonction du bénéfice escon1pté, la préférence étant gouvernée par l'attrait du profit ou par « le principe de maximisation des avantages ». Par conséquent, il ne faut pas s'étonner, dans ces cas-là, de constater une espèce d'anarchie comportementale, dans ce sens que certaines orientations paraissent contradictoires, plus ou moins bien justifiées. Il est pour le moins paradoxal mais

réflexions sur l'interculturel, intéressantes à bien des égards, mais situant les interlocuteurs dans la seule perspective de l'égalité? En somme, peut-on parler d'interculturel dans les situations d'échange inégal? Pour cela, il convient d'étudier la structuration particulière de l'espace existant ou créé entre les cultures. Différentes hypothèses peuvent être émises concernant ce lieu de concertation : s'agit-il d'un simple marché où de la négociation entre cultures privilégie tel ou tel aspect de l'une par rapport à l'autre en fonction de son utilité quant à la jouissance d'avantages matériels et/ou symboliques? Cet espace serait donc le lieu non pas d'échanges, mais d'emprunts caractérisés notamment par leur éphémérité, c'est-à-dire que l'affichage, le recours ou l'utilisation d'un trait culturel particulier vise la satisfaction et d'une envie ou d'un besoin spécifique momentané.

de vanter

~

~

l'individualisme tout en faisant l'éloge du communautarisme. Il n'est pas rare d'observer, à cet égard, un certain nombre de distorsions chez ceux qui veulent associer à tout prix deux valeurs opposées. D'ailleurs, cet espace interculturel, s'il n'est pas le lieu d'un « marchandage culturel », serait-il le terrain d'expression d'une universalité nouvelle, constituée à partir des particularismes ? Celle-ci ne résultant pas de la négation des différences qu'elle reconnaît et utilise tout en les sublimant. Cet universalisme « ascendant », des petites cultures vers la culture universelle, proposé en alternative du modèle « descendant» périmé, fossilisé selon certains, présente un avantage indéniable: l'appartenance à une culture particulière n'est plus vécue comme un repli identi-

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Les antagonismes sont ignorés comme si leur occultation assurait leur dépassement. Les individus déchirés entre deux cultures sont confrontés à des contradictions objec-

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taire, attitude l'Autre.

répréhensible,

mais plutôt

comme un moyen supplémentaire d'aller vers

tains traits culturels. Si les immigrés subissent plus qu'ils ne contribuent à l'acculturation, il demeure néanmoins vrai que les Français, eux aussi, intègrent certaines références culturelles, en matière culinaire par exemple. À ce niveau de l'analyse, on peut supposer que l'interculturation correspondrait à l'enculturation suivie immédiatement de l'acculturation. Or, cette diachronie ne rend pas suffisamment compte du phénomène interculturel qui se produit synchroniquement. Par l'éducation précoce à la diversité, l'enfant vit dans un cadre culturel intermédiaire entre la référence à la culture d'origine et celle à la culture dominante.

La voie moyenne entre la transcendance totale et le repli sur la culture d'origine part du postulat suivant: « connaissant ma propre culture, assumée pleinement, ceci m'autorise à aller à la découverte des autres cultures ». Ainsi, dans le foisonnement des cultures, l'attitude interculturelle récuse à la fois l'hégémonie de la culture du pays d'accueil ainsi que la démultiplication des autres cultures. Ce modèle, théoriquement attrayant, est -il viable. L'éducation interculturelle vise uneinstruction à l'altérité, à 1'« étrangéité », à la diversité et à la communication dans un contexte caractérisé par le pluralisme, l'hétérogénéité des références, la rapidité des mutations et la contingence de valeurs différentes, parfois contradictoires. Dès lors, l'interculturation serait-elle une voie moyenne entre l'enculturation et acculturation? L'enculturation désigne les processus par lesquels l'enfant intériorise la culture du milieu d'appartenance qui, en retour assimile l'enfant. il est des cas où l'enculturation est synonyme de l'interculturation : il s'agit de la situation particulière des couples mixtes où le repérage culturel est duel et donc interactif. Plus généralement, l'interculturation va de pair avec l'acculturation, ce processus consécutif au contact entre les cultures el qui, rappelons-le, produit un double effet. Par là, on entend que l'acculturation peut agir bilatéralement sur les porteurs de cultures différentes qui échangent réciproquement cer-

L'espace interculturel est constitué, outre la valorisation du legs commun aux cultures en présence, de la différence culturelle qui devient un « opérateur structurant de la relation ». Cette démarche qui s'intéresse particulièrement aux interrelations entre les individus et les groupes se réclamant de deux ou plusieurs appartenances culturelles différentes, aux processus qui engagent, au cours des interactions ainsi produites, la différence culturelle afin de mieux la dépasser, l'objectif ultime consiste en la création d'un espace culturel autonome, ce que Claude LeviStrauss synthétise lorsqu'il écrit que « les tentatives de compromis ne sont susceptibles d'aboutir qu'à deux résultats: soit une désorganisation et un effondrement du pattern d'un des groupes, soit une synthèse originale, mais qui, consiste en l'émergence d'un troisième pattern lequel devient irréductible par rapport aux deux autres... » Tariq RAGI

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Faire couple
par Claire

BIDART

Claire Bidart, chargée de recherches
au LEST-CNRS 35, avo Jules Ferry 13626 Aix-en-Provence E-mail: bidart@romarin.univ-aix.£r cedex

se croire libre des pesanteurs sociales et des jugements d'autrui, dispensé également de tout partage. Au départ règne donc le fantasme des deux tourtereaux sur leur île déserte. Et puis après? Au-delà de cette reconnaissance mutuelle de leur sentiment, de leur désir commun, quand et pourquoi pourra-t-il être un jour question de rendre cet amour " visible" aux yeux d'autrui? Comment les jeunes passent-ils aujourd'hui du partage d'une émotion amoureuse à la décision de porter leur amour au-delà de sa sphère intime, de solliciter sa reconnaissance " publique" ? Ce processus comporte plusieurs dimensions et plusieurs étapes dont l'ordre chronologique est loin de respecter un medèle unique. Là où traditionnellement les événements émaillant la mise en couple s'enchaînaient de façon assez linéaire (déclaration puis fiançailles puis simultanélnent mariagecohabitation-consommation puis procréation), on assiste aujourd'hui à la fois à l'éclatement et à la diversification de ce schéma temporel. L'entrée dans la sexualité ellemême, avec" l'invention du flirt" s'étale dans le temps3 ; ses rapports avec le senti11

" Il y avait lui, moi, on s'est regardés, et puis voilà... ". Quoi de plus privé, de plus particulier que cette attirance entre deux personnes, au moment où elle apparaît et se révèle à eux? C'est" leur" amour. Et pourtant. .. on sait depuis longtemps que le choix du conjoint n'est pas indifférent aux clivages et aux régularités sociales1, on sait aussi que même" le coup de foudre est un phénomène social "2. L'illusion du caractère" magique" et purement interpersonnel de cette rencontre persiste cependant, ainsi que l'illusion d'être les seuls concernés. L'idéal amoureux a sans aucun doute besoin d'une croyance en la " pureté" de ce qui le constitue, besoin de
1 GIRARD, ., Le choix du conjoint, INED-PUF, 1914; BOZON,M., A HÉRAN,F., "La découverte du conjoint. Évolution et morphologie des scènes de rencontre ", Population, 6, p. 943-986, 1987. 2 SCHURMANS, M.-N., DOMINICIE, L., Le coup de foudre amoureux. Essai de sociologie compréhensive, PUF, Paris, , p. 278,1997. 3 LAGRANGE, H., Les adolescents, le sexe, l'amour, Syros, Paris, 1999.

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ment amoureux montrent une très grande variété; la cohabitation juvénile multiplie ses formes alternatives et ses modèles intermédiaires, depuis la vie en couple chez les parents aux formules d'alternance parfois très sophistiquées; le mariage est toujours plus retardé, même la naissance des enfants ne suffit pas à le hâter... ni à faire perdurer l'union, et " les parents qui se séparent sont encore souvent célibataires "4. Le couple change donc, nlais son existence, sa pertinence ou sa valeur ne sont pas pour autant forcément entamées. La " socialisation conjugale" reste en l'occurrence une question d'actualité. Il convient d'en envisager les formes contemporaines, éventuellement spécifiques aux jeunes, en posant la question des façons dont s'opère cette socialisation. Au-delà des interrogations sur l'individualisation du lien social, ou sur le " maintien" ou le " retour" à une forme traditionnelle, l'idée est ici d'interroger le passage d'un sentiment privé à la mise en place sociale des prolongements que l'on désire lui donner. Inversement, on pourra se demander quels effets auront cette" publication" sur le sentiment lui-même et sur l'existence du couple. Ce double passage est probablement révélateur des formes actuelles que prend pour les jeunes la socialisation. En cela, il nous intéresse plus largement au regard de la question des processus d'intégration sociale en général. L'évolution de la famille est l'une des mutations majeures qu'ont connues socié. tés occidentales depuis les années soixante. La " désinstitutionnalisation " de la famille, le primat donné à l'amour comme élément central de sa formation aujourd'hui5, et l'impor-

tance croissante de l'accomplissement individuel dans son cahier des charges6 pourraient faire penser qu'elle devient aujourd'hui une affaire strictement privée et personnelle. La mise en couple est avant tout une question de choix individuel, son existence réside dans la subjectivité de ses membres, et l'accomplissement mutuel des partenaires se trouve au cœur des objectifs de la conjugalité. On est ensemble parce qu'on en a envie et que cela fait du bien à chacun, et si cela n'est plus le cas, on se sépare. La société n'a-t-elle vraiment rien à voir avec tout cela? Les débats autour du Pacs et des couples homosexuels, mais aussi les questions autour de l'adoption, des méthodes de procréation assistée, des prestations sociales... nous rappellent pourtant que la famille reste inscrite dans une dimension sociale, politique, éthique7. Si la formation d'un foyer est moins soumise qu'auparavant à des impératifs et à des contrôles lignagers, si l'individu en prend plus librement l'initiative, la mise en œuvre et l'existence d'une famille rencontrent pourtant des enjeux sociaux. D'ailleurs, le droit et l'État-providence se trouvent paradoxalement de plus en plus mobilisés pour pallier les effets sociaux (divorces, précarité des familles monoparen-

12

4 GUIBERT-LANTOINE

(DE), C., (LERIDON,

H., TOULEMON,

L.,

VILLENEUVE-GOKALP, C., "La cohabitation adulte ", Population et sociétés, INED, 293, p. 4, 1994. 5 SINGLY, F. (de), "L'amour, un bien privé, un mal public? ", Revue française des affaires sociales, 42, 2, p. 129-141, 1988. 6 SINGLY (de), F., Le soi, le couple et la famille, Nathan, Paris, 1996. 7 COMMAILLE, J., MARTIN, C., Les enjeux politiques de la famille, Bayard, 1998 ; THÉRY, I., Couple, filfa.ticm parenté flujourd'hui. et Le droit face aux mutations de la vie privée, Éd. Odile Jacob-La documentation française, 1998 ; Le meccano familial. Les nouveaux enjeux politiques de!a "vie privée ", Mouvements, Éd. La Découverte, 8, 2000.

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tales, problèmes

de gardes d'enfants...)

de

mariage, aussi, comme la sanction ultime par les institutions. Ou bien d'autres formes de reconnaissance" officielle" mais néanmoins plus souples? Le projet de faire des enfants, également, peut appeler une reconnaissance sociale plus globale, et favoriser l'idée du mariage. En retour, chacune de ces étapes réagit sur l'idée du couple, fixe, précise ou module les désirs et les engagements des partenaires. Comment ce processus s'inscrit-il dans la dynamique de socialisation des jeunes, dans l'élaboration de leurs rôles d'adultes? Quelles sont leurs représentations à ce sujet, et quelles pratiques effectives mettent-ils en place au moment où ils s'installent en couple? On peut même se demander en premier lieu dans quoi s'engagent alors aujourd'hui des jeunes qui se " mettent en couple". La société, si l'on compare avec la génération de leurs grands-parents, a très rapidement allégé le poids des contraintes qui pèsent sur leurs choix. Les jeunes sont plus libres de leurs pratiques, de leurs calendriers de passage des étapes, du choix de l'élu{e) de leur cœur, de leur fonctionnement interne... Il est peutêtre plus aisé pour eux, aussi, de préférer ne pas" faire couple". Est-ce à dire que, s'ils subissent moins de contrôle direct, ils sont alors totalement libres d'expérimenter des formes inédites de conjugalités, totalement exempts de pressions normatives, détachés de toute référence externe, livrés à la seule poésie de leurs interactions mutuelles? Il semble que la réalité soit plus ambivalente, et qu'ils trouvent dans leurs propres sphères sociales matière à la fois à douter et à se construire des systèmes de référence et de

cette relative mise à distance des institutions opérée par le nouveau" libéralisme" familial. Le droit traite plutôt les conséquences de ces nouvelles fragilités que leurs causes, comme on le voit dans l'évolution du traitement des divorces qui s'attache aujourd'hui à réguler la garde des enfants et les partages des ressources entre les ex-conjoints sans plus appréhender la question systématiquement en termes de recherche de la " faute "8. De ce point de vue, le droit devient plus social que normatif en ce domaine, prenant acte de ce déplacement aspirations. des besoins et des

Comment les jeunes, confrontés à ce paysage relativement chaotique qui affecte souvent leurs propres familles d'origine, prennent-ils la décision de publier leur relation amoureuse? Quelles sont leurs marges de manœuvre, leurs capacités d'innovation en la matière, et que construisent-ils, à leur mesure, au moment où ils " font couple" ? Divers enjeux s'entremêlent: les individualités se conjuguent, les rôles s'établissent, la définition d'un territoire commun et de " jardins secrets" distincts s'élabore peu à peu, la géographie des espaces concrets se dessine, la structure des réseaux relationnels s'oriente et évolue. .. Il Y a les copains qui souvent sont impliqués dès les débuts de l'histoire, qui parfois même s'y entremettent. TIy a la préépreuve sentation à la " belle-famille", sociale s'il en est... Et puis, simplement, a-ton le sentiment de " faire couple" et qu'estce que cela veut dire? Un jour, peut-être, le

13

8 COMMAILLE, J., sociale ", Sciences

"

Famille: sociales,

entre

émancipation

et protection 2001.

115, p.28031,

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Le partage d'un réseau d'amis communs élève le coût d'une rupture et, de CE'fait, contribue à consolider l'existence du couple

s'agisse aussi des diverses modalités

régulation: " C'est dans le contexte d'un
accroissement de la liberté conjugué à un renforcement des pressions normatives par les pairs, d'une hésitation sur leur propre identité et leur avenir qu'il convient de situer les différents modes d'entrée dans la sexualité... "9, mais aussi dans la vie de couple. Il est donc crucial de porter le regard sur ce moment très précis où l'amour passe de l'émotion personnelle à la révélation envers le " public", à la gestion des interactions avec celui-ci, et à l'expérience des effets en retour de cette socialisation sur le lien amoureux. La " mise en société" de l'amour peut bien entendu, c'est sa forme la plus évidente, passer par le recours à des institutions sociales (au sens durkheimien du terme), et se conformer aux procédures mises en place pour la reconnaissance officielle des couples (fiançailles, mariage, Pacs.. .). Elle comprend également la dimension de l'institution familiale et de l'intégration du jeune couple dans le système intergénérationnel de filiation et d'alliance. La sphère publique, surtout pour les jeunes, prend aussi l'aspect de cette arène spécifique où se joue leur insertion sociale, à savoir leurs groupes de pairs et d'amis. Ces diverses formes d'installation de

d'institutionnalisa tion de la conjugalité, toutes ces décisions comportent des choix significatifs du rapport des individus au monde social.

L'étude de la réalité que recouvre aujourd'hui ce passage pour les jeunes, de ce qu'il implique et signifie pour eux, nous permet d'approcher de plus près, en les" observant " quasiment dans leur dynamique d'émergence, les enjeux résidant dans la mise en couple au regard de la socialisation. Ce processus se présente en quelque sorte comme un concentré des frictions, des contradictions, des adaptations à l' œuvre dans le rapport entre l'individu et la société, à ce moment où deux personnes font de leur sentiment mutuel particulier un mode de vie, et l'inscrivent dans un rôle social. C'est pourquoi il paraît intéressant, pour comprendre ce passage, de l'étudier précisément dans sa dynamique, dans son émergence, dans ses effets, mais aussi dans sa dimension subjective : quels rapports les jeunes envisagent-ils entre amour, sexualité et couple? Quelles articulations mettent-ils en place entre leur couple, leurs amis, et leurs parents? Ces constructions, mais aussi leur mise en place telnporelle, nous éclairent sur la socialisation de l'amour, au moment de " faire couple". La question qui traverse l'étude de ces articulations est celle du rapport entre normativité et liberté, entre société et individualité. Ce rapport peut être envisagé sous divers angles:

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l'amour dans la réalité sociale, qu'il s'agisse de la gestion" à deux" des espaces.. des tâches, des occupations du temps, qu'il s'agisse des négociations autour des annonces de la relation aux familles respectives, autour de la fréquentation des amis, etc., qu'il

Lagrange, H., Lhomond, B. (eds), L'entrée dans la sexualité, Éd. La découverte, Paris, p. 16, 1997.

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celui de la dimension de référence du couple (une entité, deux individus, un ensemble familial, un groupe social. ..), celui du contenu du couple (sexe, anlour, durée, partage.. .), celui des modes de différenciation sociale des couples et de leur inscription dans des enjeux sociaux plus vastes (appartenances de genre, de classe sociale, de lignée familiale.. .), celui enfin du niveau de réalité (idéaux, valeurs, modèles, expériences, pratiques.. .). Si l'on s'accorde en général à poser en préalable le constat de l'individualisation croissante dans nos sociétés, et à entériner l'idée que le couple fonctionnerait donc comme un " duo" plus que comme une entité, préservant avant tout la part d'autonomie de chacun, divers résultats d'enquêtes viennent cependant relativiser la portée de cette évolution. Individualisation et appartenance peuvent apparaître comme les deux faces d'une même réalitélO. Tout d'abord, on s'aperçoit que pour les jeunes, le couple est pour partie" duo" aussi. Par peut-être, mais pour partie" un " exemple, il ressort pour eux comme une évidence qu'ils doivent fréquenter ensemble leurs amis, et de fait ils évacuen t de leur réseau relationnel une bonne part des amis qui ne sont pas communs. Cette recomposition du réseau témoigne davantage d'une fusion identitaire et d'une" conjugalisation de la sociabilité" , nous dit Matthieu Loitron, que d'une gestion autonolne et dissociée des univers sociaux. Il est surtout important de mesurer à quel point le couple se construit sous le regard d'autrui, et engage de fait bien plus de monde que ses deux membres. Didier Le Gall et Anne Pellissier constatent que les jeunes - y compris ceux qui ne vivent

pas ensemble

et dont le couple est encore

trop récent pour disposer de son propre lot d'amis communs - intensifient les relations avec leurs parents après une restriction de leur réseau par éviction des alnis personnels " incompatibles " avec le partenaire. Ils ne restent donc pas en face à face mais s'inscrivent volontairement dans une confrontation avec un milieu social" aménagé", chargé de reconnaître leur alliance et, par effet de miroir, de la consolider. On assiste là à une socialisation à leur mesure, avec leurs autruis significatifs", qui permet en amont " de l'institutionnalisation de donner au couple " une certaine assise". Tant les amis que la famille interviennent en effet en retour sur le devenir de ces unions: Florence Maillochon signale qu'un environnement social commun favorise la formation des très jeunes couples, Matthieu Loitron explique COlnment le partage d'un réseau d'amis communs élève le coût d'une rupture et de ce fait contribue à consolider l'existence du couple. La famille n'est pas en reste, et Clotilde Lemarchant montre que l'engagement face à la bellefamille, pour sensible, chargée et délicate que soit cette expérience, se produit très tôt et là aussi, contribue au renforcement de l'identité du couple, y compris éventuellement par le biais d'un affrontement fondateur. Loin de devoir simplement rester passifs devant la constitution d'un couple qui serait censé les tenir à distance pour s'enfermer dans sa double individualité, le réseau d'amis et la famille le consolident, lui donnent même une

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10 DÉCHAUX, J.-H., individualisme La nouvelle Armand Colin,

Dynamique " et appartenance française, 1998. Paris,

de la famHle

: entre

société

", in GALLAND; O., LEMEL, Y. (eds), Trente années de mutation,

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assise qui permet de le faire durer, de renforcer son identité, voire d'éviter sa dislocation. Non, les amoureux ne sont pas seuls au monde.. . Qu'est-ce qui fait la " substance" du couple? Qu'est-ce qui fait la différence, au sein des jeunes qui déclarent" sortir avec quelqu'un", entre ceux qui se considèrent en couple et ceux qui ne pensent pas faire couple? L'amour, bien sûr. TIest une condition nécessaire mais cependant non suffisante: il lui faut une certaine durée encore pour mériter ce label. Les rapports sexuels ne sont pas une condition: une majorité des jeunes qui n'ont jamais fait l'amour de " faire couple" avec leur petit copain ou copine, nous dit Florence Maillochon. À l'inverse, ce qui nous étonnera moins, les rapports sexuels ne suffisent pas non plus toujours à faire le couple. La cohabitation n'est pas non plus un critère, comme le montrent Didier Le Gall et Anne Pellissier. Quant au mariage, s'il apparaît comme un idéal plébiscité, il s'éloigne, comme un mirage, au fur et à mesure que les jeunes se rapprochent de l'âge qu'ils ont euxmêmes fixé, dans un bel unisson, comme la 16 " date limite". La trilogie mariage-sexualitécohabitation ne fonctionne plus comme un indicateur du couple, celui -ci se rapprochant davantage, dans l'idée en tout cas de ces jeunes, de l'intensité amoureuse qu'ils mettent en avant et défendent avec ardeur. Ceci étant, ces questions montrent surtout une différenciation des réponses et une sensi. bilité aux marquages sociaux, en l'occurrence surtout ceux liés au genre et aux classes sociales. Dans les classes populaires les jeunes restent plus sensibles aux modèles traditionont néanmoins déjà l'impression

nels et rapprochent davantage les étapes dans le temps, alors que dans les classes supérieures ils s'offrent davantage de temps pour les franchir, et le moratoire est plus long. Le projet pour les moins dotés se raccorde plus fidèlement à la norme traditionnelle que pour les plus favorisés. Garçons et filles n'ont pas les mêmes pratiques et ne construisent pas non plus de la même façon les rapports entre sexualité, amour et couple. Ces distinctions sociales apparaissent également dans la disposition des atouts permettant de gérer la séparation et l'éventuelle reconstruction d'un couple: Gérard N eyrand situe là la différence majeure entre femmes de milieux modestes et hommes de milieux aisés. Pour les premières les fragilités sociales viennent rendre encore plus difficile le travail de reconstruction nécessaire aux recompositions conjugales et identitaires, tandis que pour les seconds la suprématie s'exerce jusque dans leur capacité d'autonomisation et de maîtrise des codes amoureux. L'étude précise d'un objet de recherche relevant a priori du " privé", éclairant ce moment très particulier de la conjugalisation, permet donc d'aborder l'articulation entre rapports de classe et rapports de genre, et de poser ainsi sous un angle nouveau la question des groupes sociaux. Au-delà de la distribution des pratiques et des ressources, ce sont les rapports mêmes à la norme qui montrent leurs différences, entre garçons et filles, entre classes aisées et classes populaires. La façon même de raccorder l'idéal au modèle, la réalité à l'aspiration, est socialement distribuée, et c'est sans doute un des enseignements majeurs de ces travaux engageant plusieurs dimensions des pratiques sociales.

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