Famille à tout prix

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Geneviève Delaisi de Parseval poursuit ici sa réflexion sur la famille contemporaine commencée il y a vingt-cinq ans dans L'Enfant à tout prix. À partir de son expérience clinique de l'assistance médicale à la procréation (insémination artificielle par donneur, fécondation in vitro, dons de gamètes et d'embryons...), elle s'adresse principalement à ces nouveaux parents pour les aider à s'y reconnaître dans ce paysage extrêmement complexe. Que faire quand " ça " ne marche pas ? Mais aussi quand " ça " marche ? S'agit-il d'une grossesse comme les autres ? Faut-il – et comment– parler aux enfants de la manière dont ils ont été conçus? Comment se représenter l'apport des donneurs de gamètes ? Que penser de la pratique de la gestation pour autrui ? Et des demandes des couples homosexuels ? Après avoir comparé les lois en vigueur dans différents pays du monde, Geneviève Delaisi de Parseval propose au législateur français des mesures concrètes destinées à renouveler le débat bioéthique. C'est le livre que l'on attendait sur la révolution familiale engendrée par l'assistance médicale à la procréation.



Geneviève Delaisi de Parseval est psychanalyste et membre associé de plusieurs Centres d'éthique bio-médicale dans le monde. Elle est notamment l'auteur de L'Art d'accommoder les bébés (avec S. Lallemand, Seuil, 1980, et "Opus" Odile Jacob, 1998), La Part du père (Seuil, 1981, et " Points Essais", 2004), L'Enfant à tout prix (avec le Dr A. Janaud, Seuil, 1983), Enfant de personne (avec P. Verdier, Odile Jacob, 1994), La Part de la mère (Odile Jacob, 1997) et Roman familial (Odile Jacob, 2002, prix N. Abraham/ M. Torok).


Publié le : jeudi 1 octobre 2009
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EAN13 : 9782021008869
Nombre de pages : 398
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FAMILLE À TOUT PRIX
Extrait de la publication
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GENEVIÈVE DELAISI DE PARSEVAL
FAMILLE À TOUT PRIX
ÉDITIONS DU SEUIL e 27, rue Jacob, Paris VI
Extrait de la publication
CE LIVRE EST PUBLIÉ DANS LA COLLECTION « LA COULEUR DES IDÉES »
NB : Sauf pour les cas ayant fait l’objet d’un jugement, toutes les histoires citées dans cet ouvrage ont été anonymisées.
ISBN978-2-02-081728-8
© Éditions du Seuil, février 2008
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Je remercie mes patients, qui m’ont fait connaître de l’intérieur le champ complexe de l’AMP, ceux, en particulier, qui ont accepté que je publie un fragment de leur histoire, Je remercie mes amies et collègues anthropologues : Anne Cado-ret, Chantal Collard et Marit Melhuus qui m’ont nourrie de livres, d’articles et d’échanges, ainsi que tous celles et ceux, appartenant à diverses disciplines – philosophie, psychanalyse, sociologie –, qui m’ont permis de reprendre des passages de travaux communs, Je remercie les médecins « fivistes » Juliette Guibert et Pauline Tiberghien qui ont pris sur leur précieux temps pour lire, annoter, amender, discuter ce texte, Je remercie mon amie Valérie Sebag-Depadt, avocate, experte en bioéthique, qui m’a fait bénéficier de sa science juridique, Je remercie Laure Camborieux, présidente de l’association Maia, ainsi que tous les membres d’associations qui ont accepté que je rende compte de leur parcours ou que je publie leur témoignage, Je remercie ma fille Charlotte à laquelle j’ai donné la vie et qui m’a fait un beau contre-don en m’accompagnant dans cet accouche-ment…, Je remercie mon gendre, David Clemenceau, « l’homme qui mur-mure à l’oreille des Mac », sans lui, ce livre aurait implosé…, Je remercie enfin mon mari qui m’a épaulée tout au long des péri-péties de ces dernières années.
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Introduction
DansL’Enfant à tout prix, je m’étais essayée, en 1984, avec un gynécologue, à une tentative d’évaluation des techniques d’assistance médicale à la procréation ; celles-ci se limitaient à l’époque à l’insémination artificielle avec 1 donneur (IAD) . Mais c’était avant que l’invention de la fécondationin vitrone vienne bouleverser en pro- (FIV) fondeur l’art de faire les bébés. Je rappelle que l’ère de l’assistance médicale à la procréation (AMP) a été mar-quée historiquement par la naissance, en 1978, à Londres, de Louise Brown, suivie de peu par celle de Zoé et de John, à Melbourne, en Australie, puis en 1982, à Paris, par celle d’Amandine, premier « bébé-FIV » français. Or l’apparition de la FIV et des techniques annexes (le don 2 d’ovocytes en 1987, l’ICSI en 1993, le diagnostic pré-implantatoire en 2000 et l’accueil d’embryon en 2004) a constitué un coup de tonnerre dans le ciel de la procréation « à la papa » autant qu’elle a signé une révolution épisté-mologique dans la connaissance des processus de la vie.
1. Initiée en France en 1972 par le premier CECOS. On trouvera, p. 386, une liste des sigles les plus souvent usités dans l’ouvrage. 2.Intra-Cytoplasmic Spermatozoid Injection, c’est-à-dire injection dans l’ovocyte d’un seul spermatozoïde au cours d’une FIV.
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De fait, les trente années qui ont suivi les débuts de l’AMP équivalent à un siècle au moins pour ce qui est des avan-cées de la médecine de la reproduction. On compte désor-mais dans le monde trois millions de bébés nés par AMP. DepuisL’Enfant à tout prix, un autre phénomène est intervenu : celui de la globalisation de ces questions. On ne peut plus en effet aujourd’hui parler de don d’ovocytes, de gestation pour autrui ou d’homoparentalité sans savoir et comprendre ce qui se passe à l’étranger, à quelques cen-taines de kilomètres de nos frontières souvent, en Grande-Bretagne, en Belgique ou en Espagne par exemple, tous pays où se rendent nombre de patients dont la demande d’enfant ne peut trouver une issue satisfaisante pour eux en France. L’éthique – en l’espèce la bioéthique – est, on le verra, à géométrie variable. Je reprends aujourd’hui mon bâton de pèlerin pour ana-lyser les données contemporaines de l’AMP. Mais au lieu de traiter de ces sujets de manière académique (ce que je fais depuis des années dans nombre d’articles et d’ouvrages), j’ai eu envie de m’adresser sur un mode direct à vous, patients que je côtoie quotidiennement depuis maintenant trente ans. Je voudrais que vous lisiez ce livre – principale-ment la première partie – comme une sorte de lettre ouverte écrite à votre intention et qui s’inscrit dans le droit-fil des entretiens, consultations et thérapies que je mène avec vous, couples en mal d’enfant, depuis maintenant une génération. J’ai ainsi été parfois amenée à rencontrer les enfants que vous avez eus au cours de ces traitements, et même les enfants de vos enfants ; j’ai par exemple, il y a des années déjà, reçu en consultation une patiente âgée de 36 ans dont j’avais suivi les parents avant l’IAD qu’ils avaient faite pour 1 la concevoir . Elle est maintenant elle-même mère de deux
1. C’est ma patiente la plus âgée à avoir été conçue de cette manière : c’était avant la création du premier CECOS, en 1972.
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enfants. Depuis quelques années, je reçois de plus en plus souvent des demandes de consultation de parents d’enfants, désormais adolescents ou adultes, que j’avais rencontrés lors de l’entretien pré-IAD demandé par le CECOS. Ce nouvelEnfant à tout prixaussi une sorte de est « coup de gueule » de la part d’une psychanalyste qui connaît très bien la cuisine contemporaine de l’art d’accom-moder les bébés, mais n’en ignore pas pour autant les enjeux d’ordre médical, économique et législatif ; ce sans négliger les implications personnelles des uns et des autres, ni oublier les soubassements plus proprement philoso-phiques, voire idéologiques ou religieux, qui infiltrent nombre de positions professionnelles ou publiques. Un décodage des différents points de vue – ceux des médecins fivistes, du législateur, des psychanalystes, des journa-listes – devrait, je pense, vous être utile.
Qui suis-je pour vous parler ainsi ?
Je me considère comme unewhistle blower, expression américaine qu’on peut traduire par « celle qui donne un coup de sifflet », au point parfois de devoir se dresser contre son propre milieu afin de pouvoir en dénoncer certains 1 dysfonctionnements, voire certaines malversations . Aux États-Unis, ces citoyens sont protégés par la loi (sauf peut-être du temps où Edgar Hoover régnait sur le FBI !). En France, ce serait plutôt l’inverse… Il faut souligner la faiblesse, dans notre pays, d’un vrai débat démocratique sur les enjeux philosophiques et éthiques
1. Outre-Atlantique, la pratique duwhistleblowingn’a pas la connotation négative que ce terme a pris en France.
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de l’AMP mais aussi la relative opacité qui caractérise ces pratiques dans leur ensemble, ainsi que l’absence de repré-sentants des utilisateurs – des patients – dans les différents comités d’éthique. Seul le législateur tente d’entendre ces citoyens, eux qui sont concernés au premier chef : ils ont une petite place dans les auditions de commissions parle-1 mentaires . Afin de susciter la réflexion, même si c’est au prix de la perte d’un certain confort intellectuel, je tente donc dans ce livre de briser le prêt-à-penser habituel sur nombre de ques-tions, par exemple sur les prétendus « principes éthiques » d’anonymat et de gratuité, ou sur le droit des citoyens, quels qu’ils soient, à connaître ce que l’État ou les institu-tions médicales peuvent savoir de leurs origines person-2 nelles . Je souhaite m’inscrire dans une belle tradition inaugurée par les Américains au siècle dernier sous le nom decivil disobedience qui n’est pas un défi à la loi, mais une désobéissance à une disposition législative au nom d’une loi meilleure, à venir ou déjà inscrite dans l’esprit ou la lettre de la loi actuelle. Je soulignerai ainsi souvent les apories et pesanteurs de la loi bioéthique française votée en 1994 – révisée sans grands changements en 2004 – ainsi que ses incohérences, et j’indiquerai les points sur lesquels 3 je souhaite la voir évoluer . Dans un domaine comparable, la loi Barnier, votée en 2001 à propos du nucléaire, avait montré la nécessité d’un vrai débat démocratique sur des
1. C’est un des grands mérites du rapport parlementaire dirigé par Mme Valérie Pécresse et M. Patrick Bloche,L’Enfant d’abord. 100 proposi-tions pour placer l’intérêt de l’enfant au cœur du droit de la famille, publié en avril 2006 à la Documentation française. 2. Un de mes maître en anthropologie, André Leroi-Gourhan, dénonçait, non sans causticité, la faculté déconcertante qu’ont les faits de se ranger dans le « bon ordre » pour peu qu’on les éclaire d’un seul côté à la fois ! J’ai toujours essayé de retenir la leçon et d’envisager les différentes facettes d’une question. 3. Je ne suis évidemment pas seule sur ce chemin et ne manquerai pas de souligner les travaux réalisés en commun avec des collègues.
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