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Famille et psychopathologie

De
191 pages
Dans une perspective de psychologie clinique, le numéro interroge la famille africaine comme lieu de nouage des liens intersubjectifs et des alliances inconscientes, mais aussi comme lieu de l'expression des formes psychopathologiques le plus souvent portées par un sujet, mais également inscrites au cœur des liens groupaux familiaux.
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Revue camerounaise de psychologie clinique Cameroonians Review of Clinical Psychology

FAMILLE ET PSYCHOPATHOLOGIE
Family and psychopathology

                                © L’Harmattan, 2010  5‐7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris    http://www.librairieharmattan.com  diffusion.harmattan@wanadoo.fr  harmattan1@wanadoo.fr    ISBN : 978‐2‐296‐13305‐1  EAN : 9782296133051 

Revue Camerounaise de Psychologie Clinique Directeur de la publication : Jacques Philipe TSALA TSALA Rédacteur en chef : Pascal ROMAN Rédacteur NJIENGWE en chef adjoint : François Erero

Coordination de la rédaction : Hélène Carole EDOA MBATSOGO ; Jean Pierre MAMBOU Comité scientifique : Paul FUSTIER ; Bernard CHOUVIER ; Dominique SCARFONE ; Claude DE TYCHEY. Comité de lecture : Cherifa BOUATTA ; Olivier DOUVILLE; Christiane JOUBERT; Zohra GUERRAOUI; Claire MESTRE ; Blandine BRUYERE ; Georgette NGABOLO ; Lisbeth BROLLES ; Nicolas DAUMERIE ; Mamadou MBODJI ; Daniel MBASSA MENICK ; Ferdinand EZEMBE. Comité de rédaction : Jean-Baptiste FOTSO DJEMO ; Anne BRUN ; Gildas BIKA; Jacques Alain BITSI; Denis DAGOU ; Charles DI ; Léonard GUIMFACK ; Théodore ONGUENE ONDONO ; Mireille NDJE NDJE. Éditeur : L’HARMATTAN - Cameroun Mode de diffusion : Abonnement et vente au numéro Espace de diffusion : International Périodicité : 2 numéros/an Politique éditoriale : La revue camerounaise de psychologie clinique publie des articles sur des pratiques et recherches cliniques effectuées dans des contextes

institutionnels, sociétaux, nationaux et culturels différents. Ouverte sur une pluridisciplinarité, elle s’intéresse plus particulièrement aux interfaces de la clinique, la psychanalyse et les sciences humaines. Elle privilégie les travaux présentant des approches théoriques et méthodologiques sur les mutations sociales, cliniques contemporaines. Elle encourage les travaux de jeunes auteurs. Les articles sont publiés dans trois rubriques :  La rubrique Dossier thématique accueille des articles autour d’une thématique choisie par le comité de rédaction. Dans leurs propositions, les auteurs feront clairement apparaître les cadres institutionnels, théoriques ainsi que le dispositif méthodologique à l’origine de leur pratique et/ou recherche. Les articles ne doivent pas dépasser 25 000 caractères (bibliographie et résumés compris). Dans la rubrique Recherche en cours, sont publiés des projets ou étapes de recherche. L’esprit de cette rubrique est de mettre en perspective la recherche en état de gestation ou la recherche « en train de se faire ». Cependant, si la recherche est en cours, l’article doit présenter un caractère fini. 10 000 caractères maximum. Hors Thème est l’espace destiné à d’autres travaux originaux qui présentent un intérêt pour la psychologie clinique. 25 000 caractères maximum.





La revue publie également des Notes de lecture (3000 caractères maximum) ainsi que des Interviews (15 000 caractères maximum).

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Processus de sélection : Comité de rédaction avec lecture anonyme par experts (deux experts par articles) faisant partie du Comité de lecture ou du Comité de rédaction. Recommandation aux auteurs : Les auteurs sont invités à envoyer leurs propositions par mail à l’adresse suivante : revue.apc@gmail.com. Ils mentionneront la rubrique dans laquelle ils souhaiteraient que leurs travaux soient publiés. Toutefois, la décision finale revient au Comité de rédaction. Les articles sont rédigés en anglais ou en français avec une police times New roman 12, interligne 1,5. Ils doivent être précédés d’un résumé rédigé en français et en anglais d’une dizaine de lignes, suivi de cinq mots clés. La bibliographie ne mentionnera que les auteurs cités dans le livre. La bibliographie suit les consignes (Normes APA, 6e édition) de présentations suivantes : - pour un ouvrage : Tsala Tsala. J.-P. (2005). Titre de l'ouvrage en italique. Lieu d'édition, Éditeur commercial. - pour un chapitre d'ouvrage : Fotso Djemo. J.-B. (2002). Titre du chapitre sans guillemets. In D., Mbassa Menick (Ed. ou Eds.), Titre de l'ouvrage en italique (pp.xx-xx). Lieu d'édition, éditeur commercial. - pour un article : Roman, P. (2006). Titre de l'article sans guillemets. Titre de la revue en italique, volume, numéro, xx-xx. Les notes en bas de page seront limitées et présentées en numérotation continue et en bas de page. Le Comité de rédaction

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SOMMAIRE   Editoral............................................................................... 9    La création de la revue,   Hélène Carole Edoa Mbatsogo ........................................ 11    Première partie : la famille africaine en Afrique ............. 17    Famille africaine contemporaine et double lien pathogène  Léonard Nguimfack.......................................................... 19    Le fantôme de son grand‐père : mythes, transmissions   et symbolisations  Gildas Bika ....................................................................... 45    Deuxième partie : la famille africaine   à l'épreuve de l'immigration............................................ 67    La psychopathologie des familles africaines immigrées :   état de la question  Jean Baptiste Fotso Djemo............................................... 69    La souffrance psychique dans l'entre‐deux en migration  Charles Di, Cécile Perinelle, Marie Rose Moro................. 95    Psychothérapie d'une adolescente camerounaise   en France  Nathalie Zajde................................................................ 115     
 

 

Psychothérapie d'un garçon africain sourd, élevé en France  Alix Bernard ................................................................... 141    Troisième partie : la famille et l'institution ................... 161    Le familial à l'épreuve de l'institution : séparation et figures  de l'accueil de l'enfant  Pascal Roman................................................................. 163    Annexe ........................................................................... 189 

 

EDITORIAL Proposer d’inaugurer le premier numéro d’une revue de psychologie clinique sous les auspices de la famille donne le ton du projet éditorial de la toute nouvelle Revue Camerounaise de Psychologie Clinique : en effet, l’approche du singulier, du sujet dans son individualité, croise l’approche du pluriel, du collectif qui s’actualise en tant que groupe inscrit dans la culture. C’est au fond le pari que souhaite tenir cette nouvelle Revue en Afrique, celui de tenir en tension ces trois paradigmes au cœur de la compréhension de l’homme : le sujet, le groupe et la culture. Il s’agit dans ce numéro, dans une perspective de psychologie clinique, d’interroger la famille comme lieu de nouage des liens intersubjectifs et des alliances inconscientes, mais aussi comme lieu de l’expression des formes psychopathologiques, le plus souvent portées par un sujet, mais également inscrites au cœur des liens groupaux familiaux. La famille est un groupe, un groupe singulier, régi par une double inscription dans des liens d’alliance et de génération au sein desquels chacun est invité à se situer. Le groupe familial est appelé à évoluer et à se transformer, au gré des naissances et des deuils, des séparations et des retrouvailles, au gré des déplacements voire des exils. Le groupe familial traverse et se confronte à des crises, qui ouvrent sur un certain nombre de réaménagements, au plan individuel et au plan groupal, aménagements plus ou moins adéquats, plus ou moins souffrants… Ces différents aspects constituent la matière de ce premier numéro de la Revue Camerounaise de

Psychologie Clinique qui est construit autour de trois pôles : la famille africaine en Afrique ; la famille africaine à l’épreuve de l’immigration ; et débordant les strictes considérations sur la famille africaine, une ouverture sur les enjeux du familial à l’épreuve de l’institution.

La métaphore de la famille peut aussi être convoquée pour rendre compte de l’aventure que représente l’expérience de la création d’une publication scientifique : l’appel des collègues Camerounais à de lointains cousins Européens, à l’égard desquels l’inscription dans une lignée donne sens à ce projet, la quête d’une alliance sur laquelle fonder une communauté de vie suffisamment stable entre nous et, enfin, la perspective ouverte d’une transmission, au profit d’un nouveau-né qui aura bien droit à sa part d’héritage. A l’heure du baptême de ce nouvel enfant, souhaitonslui longue et riche vie, et souhaitons-lui de trouver une juste place dans la grande famille que représente la communauté scientifique ! Prof. Pascal ROMAN Rédacteur en chef

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LA CREATION DE LA REVUE

Hélène Carole Edoa Mbatsogo Il était une fois la RCPC, Revue Camerounaise de Psychologie Clinique, telle que l’ont nommée les membres de l’Association des Psychologues Cliniciens du Cameroun… Si les contes sont habituellement introduits en ces termes, il s’agit dans ce texte d’une histoire réelle dont vous retrouverez quelques jalons dans la suite de notre propos.
L’AVANT PROJET : UN ANCRAGE ASSOCIATIF

La création de la Revue Camerounaise de Psychologie Clinique est une initiative des membres de l’Association des Psychologues Cliniciens du Cameroun. L’histoire de sa création est liée à celle de la création de cette association. Cette création a une double origine : D’une part, un réseau de psychologues cliniciens africains de la diaspora réunis autour d’un projet : fédérer les échanges entre les chercheurs d’Afrique et d’ailleurs. Ce réseau était composé de Hélène Carole EDOA MBATSOGO, Doctorante en psychologie, fondatrice et présidente ; Gildas BIKA, Doctorant en psychologie, Attaché temporaire d’enseignement et de recherche (ATER) à l’Université Lumière Lyon 2, secrétaire général ; Fabrice NDOUMOU ZE, Interne en médecine (psychiatrie), trésorier ; Louis Marie ESSEMNEME, Doctorant en psychologie, chargé de communication et relations publiques ; Félix De Valois BAMSSECK BAMSSECK, Doctorant en psychologie, directeur du Comité Scientifique. Au sein de ce réseau qui ambitionnait de s’élargir, un avis était partagé sur la quasi-absence de

professionnels et chercheurs africains dans les débats internationaux en psychologie et en particulier en psychologie clinique et psychopathologie. Cette absence d’une dynamique serait liée au fait que les diplômés, en nombre très réduit, exercent de hautes fonctions administratives, politiques ou humanitaires. Mais cette association eut du mal à se mettre en place faute d’une disponibilité suffisante de la part des uns et des autres. D'autre part, le réseau dans son objectif premier de fédérer les échanges à l’intérieur de l’Afrique avec une ouverture sur l’extérieur, souhaitait entrer en contact avec des associations de professionnels exerçant sur le Continent, ou en créer si une mobilisation s’avérait absente. Pour la réalisation de ce projet ambitieux, la création d’associations nationales en Afrique était jugée être la première étape d’action. Le Cameroun fut le premier pays à répondre à cet appel.
AUTOUR DU PROJET DE CREATION DE LA REVUE

En Janvier 2009, La fondatrice du réseau profite d’un voyage au Cameroun pour rencontrer les collègues dans l’optique de créer une association. Très vite, l’idée fédère quelques pionniers qui partagent l’objectif d’étendre le réseau associatif sur toute l’étendue du territoire camerounais et de mener des actions concrètes, notamment la mise en place régulière d’espaces de communication pour un partage du savoir sur la clinique et la psychopathologie. Des statuts furent élaborés et le Bureau constitué. Il était alors constitué de doctorants ayant eu une pratique professionnelle d’au moins six mois1 et pour la majorité Attachés Temporaires d’Enseignement
                                                            
Au Cameroun, il n’existe pas à ce jour de parcours professionnel en psychologie.
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et de Recherche (A.T.E.R.) dans des universités du Cameroun (Yaoundé I, Dschang, Douala). Parmi eux : Jean Pierre MAMBOU NOUEMSSI, président ; Simon Pierre BALIABA, secrétaire général ; Hélène Carole EDOA MBATSOGO, directrice du comité scientifique ; Christian MACAULEY SABUM, trésorier ; Louis Serge ABOUDE, contrôleur de gestion ; Mireille Laure NDOUNGUE TSAGUE, chargée de communication et des relations publiques ; Mireille NDJE NDJE, responsable des inscriptions et cotisations ; Aline MAGUIABOU TCHIDJO épouse YAMDJEU, chargée des publications. Des démarches administratives ont ensuite été entreprises pour la légalisation de l’association baptisée: « Association des Psychologues Cliniciens du Cameroun ». Le bureau du fait de l’éloignement géographique des membres actifs, décide d’organiser des activités qui pourront davantage les mobiliser. Les premières réunions ont permis de dégager les premières lignes d’activités. Le projet comprenait l'organisation de colloques, de symposiums et de conférences dans les universités du Cameroun (Yaoundé I, Dschang, Douala, Ngaoundéré). L’association ne tarde pas à concrétiser quelques initiatives notamment l’organisation de premières conférences menées par le Pr. FOTSO DJEMO Jean Baptiste, enseignant à la retraite ayant exercé pendant plusieurs années à l’université de Paris Nanterre. La création de la Revue Camerounaise de Psychologie Clinique rentre également dans l’une des priorités du projet d’activités.
UN PILOTAGE INTERNATIONAL

Pendant les réunions, les membres ont souligné l’importance du tissu associatif en Afrique mais aussi la 13

précarité des moyens d’action et les difficultés financières que rencontrent ces associations. L’inexpérience de la jeune équipe de l’APC-Cameroun conduira à faire appel à de nouvelles compétences et à mettre à contribution une équipe d’enseignants et de professionnels à l’étranger. C’est dans ce contexte que la fondatrice prendra des contacts pour poser les bases d’un pilotage international qui permettra de favoriser une transmission en termes de savoir et de savoir faire. Les séances de travail quasimensuelles et des échanges par voie de mails ont permis proposer un éventail très large de sujets, d’information et de discussion tant sur les exigences scientifiques que sur le pilotage international. Après plusieurs rencontres et plusieurs débats autour de la pertinence d’un tel pilotage, Comité de rédaction sera mis en place. Nous ne pouvons que louer le soutien de ces enseignants et collègues. La revue puise aujourd'hui son énergie auprès de ces pionniers et leur soutien notable est très présent. Ce bref propos n’a pas la prétention d’une étude historique mais plutôt, au travers de quelques évocations, de retracer un vécu riche de personnes, de contacts, de projets et de perspectives qui gravitent autour de ce projet de création de cette revue scientifique. En restant attachée à quelques valeurs fondamentales de la recherche scientifique en psychologie, la revue a progressé, et progressera encore lentement mais sûrement, ne serait-ce que pour faire de la revue camerounaise un lieu d’expression, d’élaboration, bref un espace à communication toujours ouvert à la pensée théorique sur les cliniques d’Afrique et d’ailleurs.

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Cette mobilisation internationale prouve bien qu'il était grand temps de fonder une telle revue pour prendre place sur la scène des débats internationaux dans le domaine de la psychologie clinique et de la psychopathologie et faciliter les échanges scientifiques avec l’Occident sans tomber ni dans l’Afro-centrisme, ni dans l’ethnocentrisme. Hélène Carole Edoa Mbatsogo Assistante diplômée à l’Université de Lausanne Fondatrice de l’APC-Cameroun Fondatrice de la Revue Camerounaise de Psychologie Clinique
 

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Première partie LA FAMILLE AFRICAINE EN AFRIQUE

FAMILLE AFRICAINE CONTEMPORAINE ET « DOUBLE LIEN PATHOGENE » Léonard Nguimfack
INTRODUCTION

Les mutations socioculturelles associées au malaise économique que connaît la société africaine aujourd’hui imposent à notre esprit une nouvelle lecture des phénomènes et du fonctionnement de la famille dans cette société. C’est dans cette optique que s’inscrit le présent article. L’auteur y analyse les effets pragmatiques de ce que Bateson, Jackson, Haley et Weakland (1956) ont appelé « double contrainte ou injonction paradoxale » sur le fonctionnement de la famille africaine contemporaine. Sa lecture qui est essentiellement systémique se ressource des découvertes de ces ténors de l’Ecole de Palo Alto sur le rôle des messages paradoxaux voire de la communication paradoxale dans les interactions humaines, dont est issue la théorie de la « double contrainte » ou « double lien » encore appelée « théorie des paradoxes interactionnels ». En thérapie, ces familles peuvent être soulagées de leurs souffrances grâce à l’utilisation, entre autres stratagèmes thérapeutiques, du « double lien thérapeutique ». Qu’en est-il exactement ?
LE « DOUBLE LIEN PATHOGENE »: DE QUOI S’AGIT-IL ?

Pour bien appréhender ce concept de « double lien pathogène », il est intéressant de partir de la compréhension de la notion de « paradoxe » dont se sont inspirés ses créateurs. C’est donc quoi un paradoxe ? Selon Watzlawick, Beavin & Jackson (1972) « on peut définir le paradoxe comme une contradiction qui vient au terme d’une déduction correcte à partir des prémisses