Familles d'accueil et Institutions

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Que savons-nous des deux types de placement que sont les familles d'accueil et les institutions ? L'un est-il plus efficace que l'autre ? Quel est le plus favorable à l'insertion sociale et professionnelle ? Autant de questions auxquelles cet ouvrage tente de répondre, en confrontant des recherches et des expériences de professionnels d'horizons divers.
Publié le : vendredi 1 mai 1998
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EAN13 : 9782296365698
Nombre de pages : 264
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FAMILLES D'ACCUEIL ET INSTITUTIONS Evaluer les pratiques de placement d'enfants et de jeunes

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Collection Placementfamilial etfamille d'accueil dirigée par P. Sans

L'accueil familial, ou le placement familial, ou les familles d'accueil sont une série de thèmes qui voient leur intérêt remis à l'honneur, et à juste titre. Que ce soit dans le cadre de l'aide à l'enfance ou à l'adolescence en difficulté, ou dans celui des «alternatives à l'hospitalisation», ou concernant la prise en charge des personnes âgées très dépendantes, ces formes antiques consistant à accueillir un «étranger» au sein d'un milieu familial méritent toute notre attention. Cela pose tout un ensemble de questions à la fois pratiques, réglementaires, mais aussi théoriques et «politiques», que la présente collection ne manquera pas de poser. Elle se veut ouverte à la fois à des témoignages, à des expériences, modestes ou plus ambitieuses, et à des études de haut niveau conceptuel. Elle accueillera donc aussi bien des écrits de familles d'accueil, d'éducateurs et de soignants, que des travaux universitaires. Un seul mot d'ordre en balisera l'itinéraire: la libre parole. Déjà paru Pierre Sans, Le placement familial. Ses secrets et ses paradoxes, 1998.

<QL'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-6717-2

Ouvrage coordonné par Marie-Christine BONTE et Valérie COHEN-SCALI

FAMILLES D'ACCUEIL ET INSTITUTIONS
Evaluer les pratiques de placement d'enfants et de jeunes

Actes de la table ronde
Rouen, 23 janvier 1997 Organisée par l'Association « les Nids », la DDS du Conseil Général de Seine Maritime, le Centre Associé au CEREQ de l'Université de Rouen.

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique
75005 Paris

- FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Sommaire

Avant-propos Présentation des travaux. .. .. . ... ... .. . .. . .. . .. . p. Il Marie-Christine Bonte et Valérie Cohen-Scali L'évaluation: un défi à relever pour les professionnels.. p. 15 Martine Duboc Pourquoi, comment entrer dans un processus évaluatif?p. 19 Bernard Vossier L'évaluation en question Les aléas de l'évaluation du travail social... Anne-Marie Favard La suppléance familiale.. ... Michel Corbillon

p. 25 ... ... p. 37

L'évaluation comparée Les évolutions des pratiques de placement en Europe de l'Ouest... ... ... ... ... ... ... ... ... ... p. 49 Walter Hellinckx Attitudes et pratiques sociales dans le placement social d'enfants en Europe... ... ... ... ... ... ... p. 63
Guillermo Uribé

Effets du placement et insertion Evaluation des conduites et représentations des jeunes placés dans une association ... ... ... ... ... ... ... ... ... .. p. 75 Valérie Cohen-Scali 5

Une insertion sociale contrastée pour des jeunes adultes passés par les services de l'ASE ou de la PJJ p. 99 Patrick Dubéchot De l'internat à l'entreprise: étude évaluative, la parole est donnée aux employeurs p. 117 Claude Rouyer Effets à long terme d'un placement familial spécialisé. p. 133 Simone Courreaud

Pratiques d'interventions sociales Le soutien familial et le cheminement vers l'autoréinsertion [empowerment] p. 145 Chris Warren Placement-déplacement; les institutions et l'enfant victime d'inceste... p. 173 Jean-Luc Viaux La prise en compte de la fonction paternelle dans le placement d'enfants p. 187 Arlette Pellé Expériences de professionnels Le quotient relationnel p. 195 André Delchambre Apaiser les crises d'adolescentes placées en internat p. 217 Jean-Christophe Panas Effets du placement des enfants et des adolescents en famille et en internat p. 229 Denise Bass Annexe Références bibliographiques Marie-Christine Bonte

p. 241

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Nous remercions

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. .

l'ensemble des auteurs qui figurent dans cet ouvrage pour leur participation à la table ronde autant que pour avoir fourni rapidement leurs contributions écrites Alain KOKOSOWSKI, Professeur des Universités (Département des Sciences de l'Education Université de Rouen), pour l'animation de cette journée, et pour avoir impulsé et conduit l'ensemble des réflexions qui ont permis d'aboutir à cette parution le Conseil Général de Seine-Maritime qui nous a permis d'utiliser ses locaux l'Association « Les Nids» pour sa coopération dans cette démarche de réflexion

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A VANT-PROPOS

PRESENTATION

DES TRAVAUX

Département

Marie-Christine BONTE Valérie COHEN-SCALI des Sciences de l'Education Université de ROUEN

La table ronde qui s'est tenue à Rouen, le 23 janvier 1997 à 1'Hôtel du Département de Seine-Maritime, est l'aboutissement d'une démarche qui a commencé au début de l'année 1995 par une demande d'étude émanant de l'Association «Les Nids» (cf. contribution de B. Vossier, infra: p.19) suite à une réflexion sur les pratiques professionnelles des travailleurs sociaux de l'Association et notamment sur les outils d'évaluation utilisés dans le cadre du placement d'enfants et d'adolescents. Cette demande visait à appréhender l'efficacité des prestations proposées par « Les Nids» à ses usagers. Cette étude a été réalisée par le Centre Associé au CEREQ (Centre d'Etudes et de Recherches sur les Qualifications) de l'Université de Rouen dont les principales activités concernent l'insertion des jeunes en difficulté et les compétences des professionnels de la formation, de l'orientation et du travail social. V. Cohen-Scali et A. Kokosowski ont proposé de répondre à la demande en analysant l'évolution des conduites au cours du placement des jeunes accueillis par l'association et leur insertion (cf. compte rendu de l'étude, infra: p.75). Alors que dans de nombreux pays d'Europe, on assiste à une tendance à privilégier le placement dans les familles d'accueil au détriment des institutions pour des raisons principalement financières (cf. contribution de W. Hellinckx, infra: p.49), la

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partie qualitative de l'étude réalisée à partir d'entretiens semidirectifs auprès de jeunes placés a conduit à émettre l'hypothèse de l'existence d'une dimension plus aléatoire de l'accueil familial par rapport à l'accueil en internat. Des interrogations ont alors émergé parmi les différents acteurs impliqués dans le placement d'enfants, et des groupes de réflexion se sont donc mis en place au sein de l'Association « Les Nids ». Le Conseil Général, par le biais de la Direction Départementale de la Solidarité (cf. contribution de M. Duboc, infra: p.15) s'est également mobilisé sur ces questions. Le CiaCEREQ a accompagné ces réflexions et a proposé de faire le point sur les recherches et les études menées sur le placement en internat et/ou en famille d'accueil selon des perspectives psychosociales et sociologiques (cf. références bibliographiques de M.-C. Bonte, infra: p.241). Complémentairement, pour alimenter ces approches théoriques par des réflexions actualisées, nous avons souhaité réunir différents chercheurs et praticiens du placement autour d'une table ronde. Dans cet ouvrage, sont donc réunies les contributions de ces participants auxquelles s'ajoutent des articlesc*)sur le sujet.

Les différentes communications

ont été classées par thème.

La première partie « L'évaluation en question» soulève quelques interrogations fondamentales sur les plans méthodologique et conceptuel auxquelles on se trouve confrontés lors de la réalisation d'études sur le placement d'enfants. La deuxième partie « L'évaluation comparée» confronte différentes pratiques de placement dans un certain nombre de pays de l'Europe de l'Ouest.

(0) Ces articles font l'objet d'une première publication dans cet ouvrage. 12

La troisième partie « Effets du placement et insertion» présente des résultats d'études réalisées sur les conduites de jeunes placés et sur leur insertion socio-professionnelle. La quatrième partie «Pratiques d'interventions sociales» propose des expériences et des réflexions sur différentes modalités d'interventions auprès d'enfants et de familles en difficulté. La cinquième partie « Expériences de professionnels» regroupe des communications exprimant «le vécu» et les difficultés de professionnels intervenant dans le champ du travail social. A la fin de ce document, figure, en annexe, une bibliographie des principaux ouvrages sur la question du placement.

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L'EVALUATION: UN DEFI A RELEVER POUR LES PROFESSIONNELS

Martine DUBOC Chargée de mission Enfance/Famille DDS. Conseil Général de Seine-Maritime

Le schéma Enfance/Famille voté par le Conseil Général de Seine-Maritime en juillet 1996 ne consiste pas en une simple déclaration d'intentions. Il s'agit plutôt d'un ensemble de défis à relever par les professionnels dans les cinq années à venir: défi, car le travail social au sens large du terme se déploie dans le champ de la subjectivité, dans « l'espace d'interaction spécifique (...) qui existe entre le praticien et l'usager... », comme le souligne si justement Anne-Marie FAVARD(1) L'évaluation dont il est question dans le schéma Enfance/Famille devra consister en une mise en commun et une analyse des subjectivités pour aboutir, non pas à l'objectivité qui est une illusion, mais à une mesure de l'effectivité des progrès. - défi, car le travail social s'adresse à des êtres en devenir. Il devra perpétuellement se transformer et se diversifier pour s'adapter à l'évolution de leurs besoins, tout en alimentant une dynamique de changement qui permette à ses bénéficiaires de retrouver le plus vite possible leur autonomie.

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acteurs - professionnels/parents/enfants

- défi, car le travail social mobilise conjointement l'ensemble des - et que chacun interagit

(1) Cf FAVARDA-M., L'évaluation clinique en action sociale, Toulouse, Editions Erès, 1991, p.50.

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avec l'autre. Mais nous savons aujourd'hui que le tout est plus que la somme des parties, et que tout ce qui existe entre ces dernières (le trans-disciplinaire, le trans-générationnel, l'intrafamilial, etc.) peut être particulièrement actif. Il est important de le reconnaître et de mettre en relation des antagonismes et des contradictions pour favoriser l'émergence de processus organisateurs et créatifs, et l'inscription du travail social dans les espaces entre les différents éléments en jeu. - défi enfin, auquel les jeunes nous invitent eux-mêmes, de la primauté du sens de nos actes professionnels: les propos recueillis dans un groupe de paroles de jeunes réalisé à la DDS rejoignent les témoignages rassemblés dans l'étude menée par l'association « Les Nids» et le Département des Sciences de l'Education de l'Université de Rouen en 1995. Ils tournent autour du pourquoi? (Pourquoi ai-je été placé? Pourquoi ai-je été changé de placement? etc.) ; comment? (Est-ce que l'éducateur venait voir ma nourrice? Est-ce qu'on aurait pu m'aider à tel ou tel moment? etc.) ; pour finalement aboutir à la question, « En quoi le placement est-il profitable? ». Cette interrogation devrait servir de préliminaire à toute décision d'orientation car, en fait, les jeunes qui ont été placés ont plein de conseils à donner aux professionnels.

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Mais l'étude des Nids met en évidence l'insuffisance des outils méthodologiques des professionnels qui interviennent surtout dans le domaine relationnel sans opérationnalisation ni contrôle technique. Cela rejoint le constat du Professeur Michel LEMAY qui explique que les deux points forts au Canada sont « d'avoir bâti une méthodologie de l'éducateur qui soit transmissible» et « .. .J'absence d'affrontement au niveau des Ecoles. Il y a cette conviction que chacune de Ecoles de pensée, qu'elle soit psychanalytique, béhavioriste, organique, systémique (...) a des idées intéressantes >P). C'est peut-être dans les pouponnières que la réflexion a été poussée le plus loin dans ces domaines dans notre département, à travers:

- une évaluation
- la poursuite

des prises en charge des trois pouponnières de Seine-Maritime pour les années 1991 et 1992. Une démarche identique est entreprise actuellement avec un centre maternel. d'une réflexion sur les indications de placement: l'admission en pouponnière semble justifiée lorsque la séparation est provoquée par des troubles majeurs et précoces des relations parents/enfants et que ces derniers ont besoin de vivre des relations plus distanciées et moins menaçantes avec des adultes qui n'occupent pas une position de parent avant d'être prêts à s'adapter de nouveau à un milieu familial, quel qu'il soit. A condition toutefois que le passage à la pouponnière ne dure que le temps nécessaire à leur rétablissement. Un séjour dans la famille élargie ou un placement familial serait préférable dans les autres situations de séparation.

- la méthodologiedes actes professionnelset des techniques de soins: comment une institution peut-elle assumer à l'égard des enfants qui lui sont confiés des fonctions parentales
indispensables à leur construction? la notion de référent comment parler avec l'enfant de son séjour à la pouponnière?
(2) Cf. Lien Social, n0328, 16 novembre 1995. 17

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que lui dire à propos de ses parents? -l'accueil et le travail avec les parents... Voici quelques-uns des thèmes abordés pendant des journées réunissant les pouponnières et centres maternels du département. Les associations d'assistantes maternelles et de familles d'accueil sont certainement prêtes à participer à une telle démarche (cf. la richesse des témoignages recueillis dans les groupes de parole).

Les recherches dans le champ du placement doivent être développées afin de mettre à jour les réussites aussi bien que les zones d'ombre. Nous savons que ce n'est qu'à ce prix qu'il est

possible d'améliorer les pratiques professionnellespour répondre
de façon plus satisfaisante aux besoins des enfants et des familles en difficulté.

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POURQUOI, COMMENT ENTRER DANS UN PROCESSUS EVALUATIF... ?
Bernard VOSSlER Directeur de l'Association «Les Nids»

Le monde change... L'avenir des institutions, qu'elles soient publiques ou associatives passe aujourd'hui par leur capacité à s'adapter, à faire face aux changements et singulièrement par leur aptitude à expliquer, à mettre en perspective leurs actions, à en mesurer leurs effets. Parmi les changements qui sont en mouvement depuis ces dernières années, il est une question forte, prégnante:

Quels résultats obtenez-vous auprès des enfants qui vous sont confiés?
Comment une association née en 1931, portée par une personne dont le nom ne s'invente pas: Mademoiselle Lecœur, figure charismatique, s'il en est, comment une telle association peut recevoir une telle question? Incongrue? Impertinente? Injurieuse?
C'est vrai de notre association, comme cela est vrai de toutes ces institutions qui se sont construites sur des valeurs affectives, sur des idées humanistes: on ne juge pas les qualités de cœur, donc on ne peut pas évaluer ce que l'on fait.

On peut observer également qu'à cette époque, la question du devenir des enfants ne se posait pas dans les mêmes termes: accueillis dès leur plus jeune âge, les enfants partaient de nos

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institutions le plus souvent à leur majorité. Le temps légitimait le contenu. De fait, ils partaient forts des apprentissages sociaux qu'ils avaient acquis. Ils s'intégraient relativement bien: le travail, le logement, bientôt une famille. A cela s'ajoutait le fait que l'association tenait lieu de « famille substitutive» en conservant des liens avec « ses» anciens, qui se regroupaient même en association.
Les nouvelles dispositions de la fin des années 70 provoquent des mouvements considérables: la durée des placements diminue, les liens familiaux doivent être préservés, le retour en famille doit être recherché.

La question du « devenir» des enfants change aussi et se pose tout autrement: pendant le temps que ces enfants vous sont confiés, que faites-vous, quels résultats obtenez-vous? Le changement qui s'opère à travers cette question à une association comme la nôtre, c'est que nous ne pouvons plus nous légitimer par notre seule existence et que si cette question pouvait apparaître « sacrilège» à une organisation « familiale caritative », elle ne peut plus l'être à une association qui compte plus de 400 salariés et à laquelle on confie plus de 1000 enfants. Nous étions devant un choix: lever le pont-levis et camper devant le tombeau de la fondatrice, héritiers de l'esprit et des valeurs intouchables, ou bien s'inspirer de ses capacités créatives, de ses qualités d'adaptation aux problèmes de son temps, en quelque sorte, faire fructifier son héritage! Notre association a décidé d'écouter ces questions, de reconnaître leur légitimité et d'entamer une véritable « révolution culturelle» . La décision prise, le risque était grand de garder les mêmes réflexes d' auto-centration: répondre nous-mêmes. .. avec le double risque d'incompétence: Technique: ça n'est pas notre métier. - Ethique: on ne peut pas être juge et partie.

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Nous avons donc fait appel à un tiers et entamé un processus complexe pour que les différents acteurs puissent se mobiliser: administrateurs,professionnels,enfants.
Ce processus a connu des phases de refus, de dénégation... au nom de la préservation de l'anonymat, des secrets confiés... au nom d'éléments qu'une telle enquête n'amène pas à dévoiler. Les explications, les échanges ont permis de lever en grande partie ces craintes et nous pouvons dire aujourd'hui que la participation fut de bonne qualité. Chacun pouvait aussi comprendre qu'il y avait à y gagner quelque chose: et singulièrement la reconnaissance du travail et des soins apportés aux enfants. L'expérience montre qu'une enquête ne va pas de soi. Il faut un certain nombre d'éléments, de facteurs, nous dirons un « climat» qui l'autorise. Il en est des cycles de vie d'une association, comme des cycles de vie d'un être humain ou d'une famille: il y a des périodes de transition, de mutation qui offrent des « opportunités de changement », il faut pouvoir s'en saisir. Nous avons aussi dû accepter de revoir nos ambitions: l'association a vu passer plusieurs milliers d'enfants, il a fallu privilégier un échantillon qui nous oblige à la prudence pour lire et interpréter cette enquête. Il s'agissait des jeunes en fin de placement et récemment sortis de nos internats. Si limité soit cet objet d'étude, les observations recueillies nous offrent des pistes de travail remarquables. Parmi elles, nous citerons ces quatre orientations sur lesquelles nous avons entrepris des actions:

- L'enquête a révélé une totale inorganisation dans la constitution de nos dossiers, inexploitables statistiquement. Une commission a été mise en place pour les rendre compatibles avec un travail statistique et lisible par toute personne en droit de demander des
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informations sur son dossier.

- Les interviews réalisées auprès des jeunes ont montré combien ils avaient été sensibles au fait de ne pas avoir été séparés de leurs ffères et sœurs. - L'enquête a mis en question l'idée encore très répandue selon laquelle l'orientation d'un enfant en famille d'accueil est préférable car moins traumatisante qu'en internat. aussi démontré que le domaine éducatif pouvait faire l'objet d'évaluation, avec des outils appropriés, que la qualité de la vie des enfants à l'intérieur des institutions ou à l'extérieur pouvait être évaluée. - Enfin, nous ajouterons que ce processus a permis une certaine démystification de la fonction de chercheur. .. un certain décloisonnement aussi entre le monde des praticiens et celui de la recherche. Processus mobilisateur, il nous conduit à souhaiter poursuivre le travail, à reprendre cette enquête, cinq ans après, pour mesurer les écarts, ne pas en rester à l'étude photographique. Pour conclure, il semble bien que notre secteur ait accumulé un certain retard dans le domaine de la recherche. C'est pourtant une nécessité que de « regarder ce que l'on fait», adopter une démarche intellectuelle et formaliser des pratiques pour être en capacité de les adapter. C'est aussi un formidable moyen de créer du mouvement dans son association et de s'ouvrir aux autres.

- Elle a

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L'EVALUATION

EN QUESTION

LES ALEAS DE L'EVALUATION DU TRA VAIL SOCIAL

Anne-Marie FA VA RD Chargée de recherche C.N.R.S. Nantes

Si les équipes admettent pour la plupart, avec plus ou moins de bonne grâce, que l'évaluation est un passage obligé, incontournable. S'il existe des méthodologies plus ou moins diffusées, plus ou moins adaptées, plus ou moins cliniques, appropriables. Il n'en reste pas moins vrai que l'implantation d'un dispositif d'évaluation sur un terrain reste difficile, partielle, précaire, aléatoire. Ces considérations générales question de l'évaluation du placement familial. Elles orienteront mon propos, péremptoire d'une évaluation sens d'une réflexion dubitative s'appliquent, bien entendu, à la placement institutionnel et du non pas dans le sens d'un apport triomphante, mais plutôt dans le sur une évaluation contingente.

Ce qui m'autorise à vous faire part de mon doute est qu'il s'ancre dans une expérience de terrain, celle d'un formateur et consultant pour l'évaluation dans le champ social et sanitaire, praticien de l'évaluation, bien que chercheur et universitaire. Pour situer encore mon propos, je dois préciser brièvement les caractéristiques de la méthode d'évaluation que je préconise car, bien évidemment, l'expérience que je peux avoir de l'évaluation est relative à ce contexte.

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Il s'agit de la méthode d'évaluation clinique intégrée, développée par l'A.D.E.C.(I) depuis plusieurs années sur toutes sortes de terrains de l'action sanitaire et sociale. Très succinctement, je dirai que cette méthode permet de qualifier simultanément l'évolution des usagers et des situations ainsi que d'apprécier l'impact des interventions institutionnelles et des pratiques d'acteurs de terrain sur le devenir de ces usagers. Il s'agit donc d'une méthode qui tente de répondre à l'exigence de démonstration de l'ejJèt produit, évaluation complexe articulant les 3 registres d'effet:

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l'effectivité

en tant que mise à l'épreuve

de la réalité des

énoncés de projet, - l'efficience en tant que rapport entre moyens employés et résultats produits, l'efficacité en tant que mesure de l'impact incluant, non seulement, la prise en compte des effets escomptés conformes aux objectifs, mais encore celle des effets non escomptés, possiblement « effets pervers» ou « bénéfices secondaires ».

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Cette exigence de démonstration de l'effet produit ne peut se réaliser que par une analyse des pratiques ou praxéologie (prise de recul sur la praxis). Ces pratiques sont précisément analysées dans leurs 3 niveaux de réalité: le niveau clinique, comme pratiques s'adressant nécessairement au sujet usager dans son individualité, son unicité, son unité et sa complexité, - le niveau organisationnel comme pratiques s'inscrivant nécessairement dans un contexte d'organisation de la tâche et de fonctionnement d'équipe, le niveau institutionnel, comme cadre structurel dans lequel s'inscrivent le niveau clinique et organisationnel. Le fonctionnement d'une institution peut être évalué selon le critère cohérence si ces trois niveaux de réalité sont

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(I) ADEC : Association pour le Développement de l'Evaluation Clinique 26

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