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FAMILLES ET POLITIQUES SOCIALES

272 pages
La "famille nucléaire" de la période des trente glorieuses symbolisant stabilité et unité normative est-elle aujourd'hui en voie de disparition ? Les fonctions traditionnelles de l'institution familiale relayées par le développement des services de l'État dans le domaine de l'éducation, la santé, des services sociaux se sont-elles épuisées ? De quelle façon aujourd'hui, la "famille" est-elle en mutation ? N'est-ce pas la nature du lien familial qui change, les frontières de la famille qui se redessinent ?
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FAMILLES ET POLITIQUES SOCIALES

Collection Logiques sociales dirigée par Dominique Desjeux et Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions: Colloque de Cerisy, Le service public? La voie moderne, 1995. Terrail J.-P., La dynamique des générations, activités individuelles et changement social (1968-1993),1995. Semprini A., L'objet comme et comme action. De la nature et de l'usage des objets dans la vie quotidienne, 1995. Zolotareff J.-P., Cercle A. (eds), Pour une alcoologie plurielle, 1995. Griffet J., Aventures marines, Images et pratiques, 1995. Cresson G., Le travail domestique de santé, 1995. Martin P. (ed.), Pratiques institutionnelles et théorie des psychoses. Actualité de la psychothérapie institutionelle, 1995. D'Houtard A., Taleghani M. (eds.), Sciences sociales et alcool, 1995. Lajarte (de) I., Anciens villages, nouveaux peintres. De Barbizon à PontAven, 1995 Walter J., Directeur de communication. Les avatars d'un modèle professionnel, 1995. Borredon A., Une jeunesse dans la crise. Les nouveaux acteurs lycéens, 1995. Guillaume J.-F., Legrand M, Vrancken D, La sociologie et ses métiers, 1995. Deniot J., Dutheil C., Métamorphoses ouvrières, Tomes I et II, 1995. Deniot J., Ethnologie du décor en milieu ouvrier. Le Bel Ordinaire, 1995. A wad G., Du sensationnel. Place de l'événementiel dans le journalisme de masse, 1995. Ramé L. et S., Laformation professionnelle par apprentissage. Etat des lieux et enjeux sociaux, 1995. Baldner J-M., Gillard L. (eds), Simmel et les normes sociales, 1995 Guille-Escuret G., L'anthropologie à quoi bon ?, 1996. Guerlain P., Miroirs transatlantiques, la France et les Etats-Unis entre passions et indifférences, 1996. Patrick Pharo, L'Injustice et le Mal, 1996 cg L' Harmattan, 1996

ISBN:

2-7384-3960-8

Collection Logiques sociales dirigée par Dominique Desjeux et Bruno Péquignot Sous la direction de

Didier Le Gall et Claude Martin

FAMaLES ET POLITIQUES SOCIALES
Dix questions sur le lien familial contemporain

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l~École-Polytechnique 75005 PARIS

Sommaire
Présentation des auteurs Introduction: Mutation de la famille, mutation du lien familial par Didier Le Gall et Claude Martin
PREMIÈRE PARTIE LES MUTATIONS DE LA FAMILLE Chapitre 1. La démographie les nouveaux comportements Catherine Villeneuve-Gokalp, à l'Institut National d'Études aux prises avec familiaux par chargée de Recherche Démographiques

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Chapitre 2. Trois thèses sur la famille contemporaine par François de Singly, Professeur de sociologie à I' Uni versité de Paris V-Sorbonne Chapitre 3. L'enfant et ses partenaires dans la famille contemporaine par Jean Drévillon, Professeur de psychologie à l'Université de Caen DEUXIÈME PARTIE : CONJUGALITÉ, PARENT ALITÉ, FRATERNITÉ: REPRÉSENTA TI ON DU LIEN FAMILIAL Chapitre 4. L'intégration conjugale par Jean-Claude Kaufmann, chargé de recherche au CNRS, CERSOF, Université de Paris V Chapitre 5. Beaux-parents au quotidien et par intermittence par Didier Le Gall, Professeur de sociologie à l'Université de Caen

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71

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Chapitre 6. Normes et représentations de la famille au temps du démariage. Le cas des liens fraternels dans les fratries recomposées par Irène Théry. Chargée de recherche CNRS à l'Observatoire sociologique du changement, Fondation nationale des sciences politiques

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TROISIÈME PARTIE NORMES SOCIALES, SAVANTES ET JURIDIQUES Chapitre 7. Dissociation familiale et délinquance juvénile, ou la trompeuse éloquence des chiffres par Nadine Lefaucheur. Chargée de recherche CNRS au Groupe de Recherche et d'Analyse du Social et de la Sociabilité

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Chapitre 8. Le traitement juridique des familles contemporaines: situations monoparentales et familles recomposées par Isabelle Sayn. Chargée de recherche au Centre de droit de la famille de l'Université de Lyon...197 Chapitre 9. Solidarité familiale et solidarité publique par Agnès Pitrou. Directeur de recherche CNRS au Laboratoire d'Économie et de Sociologie du Travail d ' Aix-en-Provence Chapitre 10. Renouveau de la question familiale par Claude Martin, Sociologue, Professeur à l'École nationale de la santé publique de Rennes

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Présentation

des auteurs

Jean DREVILLON est Professeur émérite de Psychologie de l'Université de CAEN. Il a occupé les fonctions suivantes: Directeur du Laboratoire de psychologie cognitive et pathologique, Directeur de l'U.F.R. des sciences de la vie et du comportement, expert puis consultant à la Commission des communautés européennes, division des affaires sociales. Parmi ses nombreux travaux, on peut mentionner L'orientation scolaire et professionnelle, Paris, Puf, 1ère éd. 1966, (6 traductions); Psychologie des groupes humains, Paris, Bordas, 1973, (2 traductions) ; Pratiques éducatives et développement de la pensée opératoire, Paris, Puf, 1980, (2 traductions); L'orientation professionnelle dans les pays membres de la Communauté européenne, Berlin, CEDEFOP, 1985, (2 traductions). Il a également dirigé et contribué aux ouvrages collectifs suivants: Fonctionnement cognitif et individualité, Bruxelles, Mardaga, 1986 ; Les aides cognitives, Caen, EPE-Université, 1992; Rythmes et langages, Paris, E.A.P. Ed., 1994; «Différenciation du développement cognitif », numéro spécial de la Revue internationale des sciences de l'éducation, 1991, n05. Jean-Claude KAUFMANN est sociologue, chargé de Recherche au CNRS, membre du Centre de sociologie de la
famille (CERS OF) de l'Université de Paris 5 - Sorbonne. Ses

travaux portent sur le couple et la vie quotidienne. Dernièrement il a mené un travail de synthèse sur l'isolement et la solitude en Europe. Il a notamment publié les ouvrages suivants: La chaleur du foyer, Méridiens-Klincksieck, 1988 ; La vie ordinaire, Gréco, 1989 ; La trame conjugale, analyse du couple par son linge, Nathan, 1992; Sociologie du couple, PUF, «Que sais-je? », 1993; Corps de femmes, regards d'hommes. Sociologie des seins nus, Nathan, 1995. Parmi ses articles, on peut citer: «Les ménages d'une personne en Europe », Population, n04-5, 1994; «Vie hors 7

couple, isolement et lien social », Revue française sociologie, n04, 1994.

de

Nadine LEFAUCHEUR, sociologue, est chargée de recherche au CNRS. Ses travaux portent sur le traitement scientifique, politique et social des situations familiales déviantes, en particulier monoparentales. Elle a participé à de nombreux ouvrages, dont: Francis Bailleau, Nadine Lefaucheur et Vincent Peyre, éds, Lectures sociologiques du travail social, Editions ouvrières, 1985 ; François de Singly, éd, La famille: l'état des savoirs, La Découverte, 1991 ; Patrick Tort, éd, Darwinisme et société, PUF, 1992; Georges Duby, Michelle Perrot et Françoise Thébaud, éds, Histoire des femmes, Tome V, Plon, 1992 : Marie-Thérèse Meulders-Klein et Irène Théry, éds, Les recompositions familiales aujourd'hui, Nathan, 1993 ; AREPPOS, éd, Philanthropies et politiques sociales en Europe (XVIIIO-XXo siècle), Anthropos, 1994; Laurent Mucchielli, ed, Histoire de la criminologie française, L'Harmattan, 1994; Musée de l'Assistance Publique Hôpitaux de Paris, éd, «L 'heureux événement ». Une histoire de l'accouchement, 1995; Katherine McFate, Roger Lawson, William J. Wilson, éds, Poverty, Inequality and the Future of Social Policy: Western States in the New World Order, Russel Sage, 1995. Didier LE GALL, Professeur, est co-directeur du Département de Sociologie de l'Université de Caen BasseNormandie où il dirige le Laboratoire d'Analyse SocioAnthropologique du Risque (LASAR) et participe aux travaux de l'axe "Mobilité et intégration" de la M.R.S.H. de Caen. Par ailleurs, il est chercheur associé au Centre de Recherche en Sociologie de la Famille (CERS OF) de l'Université de Paris 5 - Sorbonne, membre du comité de rédaction de la revue Le Groupe Familial et correspondant scientifique de la revue Lien social et politiques -RIAC. Après s'être intéressé aux familles monoparentales, il travaille plus particulièrement aujourd'hui sur les familles recomposées et mène des recherches sur la sociabilité et l'insertion des jeunes. Il a publié de nombreux travaux en collaboration avec C. Martin. Parmi ceux-ci on peut citer: Les familles monoparentales. Evolution et traitement social en 1987, le

chapitre

intitulé « Transitions familiales, logiques

de

recomposition et modes de régulation conjugale» dans l'ouvrage collectif dirigé par M.-Th. Meulders-Klein et I. Théry, Les recompositions familiales aujourd'hui publié 8

chez Nathan en 1993 et le chapitre intitulé «lie lien familial et intergénérationnel à l'épreuve de la désunion» dans l'ouvrage collectif dirigé par M. Gullestad et M. Segalen, L'Europe des familles: parenté et continuité familiale, publié aux éditions La découverte, en 1995. Il a également dirigé un ouvrage collectif intitulé Régulation sociale et contextes sociaux européens, ColI. «Les frontières du social », Université de Caen Basse-Normandie, en 1992 et vient de publier au Venezuela un ouvrage intitulé Aproximacion sociologica al estudio de la familia, Maracaibo, Ediluz, 1994. Claude MARTIN est professeur de sociologie à l'Ecole Nationale de la Santé Publique où il dirige le Laboratoire d'analyse des politiques sociales et sanitaires (LAPSS). Il est également professeur associé au département de sociologie de l'université de Montréal et chercheur associé au Centre de sociologie de la famille de l'université de Paris 5 et au Centre de recherches administratives et politiques de l'lEP de Rennes. Ses recherches portent sur l'articulation entre vie privée et interventions publiques, sur les rapports entre famille et Etat, entre solidarités familiales et protection sociale, sur les pratiques de caring professionnelles et profanes. Il a étudié en particulier les effets économiques et sociaux des dissociations familiales et le rôle de la parenté dans la prise en charge de la dépendance des personnes âgées. Il a publié récemment L'après-divorce. Rupture du lien familial et vulnérabilité (presses de l'université de Rennes, 1995); «Diversité des trajectoires post-désunion », dans la revue Population, n06, 1994; «Father, Mother and the Welfare State », dans Ie Journal of European Social Policy, n05, 1995. Avec Frédéric Lesemann, il a dirigé un ouvrage collectif intitulé Les personnes âgées. Dépendance, soins et solidarités familiales. Une comparaison internationale, (Documentation française, 1993) traduit en anglais et en italien. Avec Didier Le Gall, il a publié Les familles monoparentales. Evolution et traitement social (ESF, 1987) et de nombreux articles et chapitres d'ouvrages collectifs. Il dirige avec Frédéric Lesemann la revue internationale francophone Lien social et politiques - RIAC et participe à plusieurs comités de rédaction en France (Sciences sociales et santé), au Canada (Service social) et aux Etats-unis (International Journal of Family Care). Agnès PITROU, docteur en sociologie, Directeur de recherche au CNRS jusqu'en 1989 est actuellement 9

chercheur en sociologie au LEST-CNRS à Aix-en-Provence. Ses champs de recherche concernent les rapports entre l'évolution des structures familiales et l'élaboration des politiques familiales, avec une ouverture comparative internationale, mais aussi la transformation du lien familial et de son rôle d'intégration sociale, dans un contexte de
« crise », spécialement vis-à-vis des femmes. Elle commence

une nouvelle recherche sur la notion de «temps familial », non seulement au niveau du quotidien, mais à travers le déroulement du cycle de vie des membres du réseau familial. Elle a participé à plusieurs reprises à des échanges universitaires, en particulier avec le Canada, ainsi qu'à certains travaux de la Communauté Européenne sur les interactions entre vie familiale et vie professionnelle. Elle a publié principalement Les solidarités familiales. Vivre sans famille? (Privat, 1992) ; Les politiques familiales. Approches sociologiques (Syros, 1994); «Comprendre la famille: une recherche en évolution », in Comprendre la famille, sous la direction de G. Pronovost, Université de Trois-Rivières, Québec, 1992 ; « Familles de France et de Suède », in Cahiers de Sciences Humaines, ORSTOM, n025-3/1989 ; «Solidarités familiales et crise économique », in Ruptures de solidarités et liens sociaux, Université de Fribourg, Suisse, 1995. Isabelle SAYN, juriste, est chargée de recherche au CNRS. Elle appartient au Groupe de Recherche sur la Socialisation UA 893 de l'Université Lumière, Lyon II. Elle a réalisé une thèse de droit, intitulée: «Les familles monoparentales, foyers monoparentaux, parents isolés, Familles unilinéaires ». Elle a publié principalement Un seul parent dans la famille. Aproche psychologique et juridique de la famille monoparentale, en collaboration avec Gérard Poussin, aux éditions Paidos/Centurion et plusieurs articles, dont

récemment « Le droit au maintien de relations personnelles
entre ]' enfant et ses parents », dans la revue Dialogue, en 1993; «Les relations entre les Points de rencontre et le pouvoir judiciaire, Compte rendu d'une enquête par questionnaire menée auprès de juges aux affaires familiales », dans le collectif intitulé Enfants, Parents, Séparation, Des lieux d'accueil pour l'exercice du droit de visite et d'hébergement, Cahiers n08, Fondation de France. Elle poursuit actuellement une recherche sur Le rôle des institutions sociales dans la mise en œuvre des critères de fait utilisés par le droit social de la famille pour la Caisse nationale d'allocations familiales. 10

François de SINGLY, professeur de sociologie à l'Université de Paris 5 - Sorbonne, dirige le Centre de Recherches en Sociologie de la Famille (CERSOF). Il a publié plusieurs ouvrages - Fortune et infortune de la femme mariée aux Puf en 1987; Lire à 12 ans chez Nathan, en 1989 ; Gens du privé, gens du public (avec C. Thélot) chez Dunod, en 1989; L'enquête par questionnaire chez Nathan, en 1992; Sociologie de la famille contemporaine chez Nathan, en 1993 ; Parents salariés, petites maladies d'enfants à la Documentation française, en 1993; et dirigé plusieurs livres collectifs - lA famille, l'état des savoirs (La découverte, 1991); Identité, lecture, écriture (avec M. Chaudron); Affaires de famille, affaires d'Etat (avec F. Schultheis) (Editions de l'Est, 1991). Il poursuit des recherches sur les formes du travail parental, sur les manières d'être père et mère, sur la conception éducative de l'enfant, sur la jeunesse et ses pratiques, sur les fonctions de la famille contemporaine. Irène THERY est chargée de recherche au CNRS, membre de l'Observatoire sociologique du changement (Fondation nationale des sciences politiques). Sociologue du droit, spécialiste de la famille et de la vie privée, elle a dirigé plusieurs enquêtes sur la régulation judiciaire des conflits familiaux, en particulier sur l'usage judiciaire du critère «d'intérêt de l'enfant », et le rôle de l'expert (enquêteur social, psychologue ou psychiatre) dans les divorces très difficiles. Elle a contribué à l'analyse sociologique de l'élaboration des lois en droit de la famille, en travaillant aussi bien sur l'histoire du Code civil que sur les réformes récentes. Elle a également codirigé un réseau international de recherche sur les «familles recomposées» et réalisé une recherche en collaboration avec Marie-Josèphe Dhavernas sur le rôle de beau-parent. Elle a publié Le démariage, chez Odile Jacob en 1993; Du divorce et des enfants, en collaboration avec Odile Bourguignon et Jean-Louis Rallu aux Puf dans la collection des Cahiers de l'INED en 1985. Elle a dirigé l'ouvrage collectif intitulé Recomposer une famille, des rôles et des sentiments, aux éditions Textuels, 1995. Elle a codirigé les ouvrages collectifs suivants: avec Christain Biet La famille, la loi, l'Etat. De la Révolution au Code civil, Imprimerie nationale/Centre Georges Pompidou, 1989 ; avec Marie-Thérèse Meulders-Klein Les recompositions familiales aujourd'hui, Nathan, 1993 et Quels

Il

repères pour les familles recomposées? Librairie générale de droit et de jurisprudence, collection « Droit et société », 1995. Catherine VILLENEUVE..GOKALP est chercheur à l'Institut national d'études démographiques. Ses principaux thèmes de recherche sont la famille et l'entrée des jeunes dans l'âge adulte, elle a conduit plusieurs enquêtes nationales dans ces domaines. Sur la jeunesse, elle a publié en 1981 « Quand vient l'âge des choix, Enquête auprès des jeunes de 18 à 25 ans: emploi, résidence, mariage », (INED/PUF, « Travaux et documents », n° 95.) En 1993, elle a réalisé une nouvelle enquête sur le passage à l'âge adulte ( en collaboration avec Michel BOZON). Elle a également travaillé sur le réseau familial (dimension et composition du groupe familial, fréquence des rencontres de ses membres ), sur les différents modes de conciliation de la vie familiale et de la vie professionnelle. En 1986, elle a mené une enquête sur les biographies familiales des adultes et des enfants, en collaboration avec H. Leridon. L'ensemble des résultats de ce travail ont été publié en 1994: «Constance et Inconstances de la famille.» INEDIPUF, «Travaux et documents », n° 134. En raison de la rapidité des transformations familiales, elle a réalisé, en 1994, une nouvelle enquête sur les situations familiales avec une équipe de chercheurs de l' INED.

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Introduction Mutation de la famille, mutation du lien familial
DIDIER LE GALL CLAUDE MARTIN

Quoi de plus banal aujourd'hui que d'affirmer que «la famille» a changé? Le développement des recherches sur le sujet au cours des deux dernières décennies a permis d'en prendre la mesure, que ce soit du côté de l'histoire, de l'anthropologie, du droit, des sciences du politique, de la psychologie ou, plus centralement encore, de la démographie et de la sociologie (de Singly, 1991). L'année internationale de la famille de 1994, a été une nouvelle occasion de faire le point, de mesurer l'évolution des indices, de rechercher les signes d'une pente, l'émergence de nouveaux repères. Pour autant, ce que l'on dénommait à la fin des années soixante-dix, non sans provocation, la «fin de la famille» apparaît plutôt désormais comme une lente transformation. L'idée de crise, si chère à nombre d'auteurs de cette période, que ce soit pour évoquer les limites du développement de la fonction sociale de l'État (Rosanvallon, 1981) ou le recul des valeurs accrochées à la vie privée, a fait long feu. Une crise n'a-t-elle pas une limite dans le temps? Ne suppose-t-elle pas un retour à l'état d'avant la crise? Il existe certes des spécialistes pour annoncer ce retour des valeurs familiales d'antan, en particulier dans les nouvelles générations (Sullerot, 1991). Pour notre part, nous plaiderons plutôt pour l'idée d'une mutation. 13

Mais de quelle mutation s'agit-il au juste? Peut-on dire ainsi que la «famille nucléaire» (père et mère, mariés ensemble, élevant leurs enfants au sein du ménage) de la période des «Trente glorieuses », qui symbolisait stabilité et unité normative, est aujourd'hui en voie de disparition? Peut-on dire également que les fonctions traditionnelles de l'institution familiale, relayées par le développement des services de l'État dans le domaine de l'éducation, de la santé, des services sociaux, etc., se sont épuisées? Peut-on soutenir encore que la supposée crise s'est manifestée par une diversification des formes de vie en famille, imposant de conjuguer la famille au pluriel? Il n'est pas sûr que la mutation soit à rechercher essentiellement au plan de la forme ou des structures familiales et de leur renouvellement, ou encore dans l'épuisement des fonctions qu'elle remplissait. Que la famille soit plurielle dans ses formes et fonctions n'est probablement pas une nouveauté. Aujourd'hui comme hier, il convient en effet de ne pas assimiler les familles sans tenir compte des milieux sociaux d'appartenance. En découlent des valeurs, des normes familiales, des rapports intra-familiaux sensiblement différents. Mais, plus fondamentalement, n' estce pas le lien familial lui-même qui change, les frontières de la famille qui se redessinent ? La famille n'est pas une institution isolée du reste des transformations sociales. Il n'est donc pas étonnant que la mutation évoquée se fasse en réponse aux transformations des modes de l'intégration sociale auxquelles nous assistons actuellement. Face à la faillite d'un certain nombre des mécanismes de l'intégration sociale qui opéraient dans la période qui s' achève (école, travail salarié, en particulier), comment ne pas imaginer que la famille n'en soit pas affectée. Un autre phénomène traduit le changement à l'œuvre. Depuis la fin des années soixante-dix, on n'a cessé de renouveler les angles de lecture de la vie familiale. On attache ainsi de moins en moins d'importance à la structure proprement dite des familles, et plus à la trajectoire familiale des individus. La vie familiale est alors perçue comme un parcours de plus en plus sinueux, complexe et non comme un simple phénomène de balancier avec des retours au point 14

d'équilibre (ou de normalité). Les vies de famille s'apprécient à l'aune du temps qui s'écoule, des liens qui se rompent, des nouvelles relations qui se nouent, etc. L'hypothèse d'une mutation du lien familial est l'interrogation centrale de cet ouvrage collectif, qui réunit plusieurs des principaux spécialistes de ces questions en France. Les textes que nous proposons au lecteur ont été conçus au départ pour une série de séminaires destinées à des cadres de l'action sociale de la Caisse d'allocations familiales du Calvados, et de conférences organisées par l'École des parents et des éducateurs du Calvados. Leur objectif: permettre à des professionnels de prendre la mesure des changements qui ont affecté la famille durant les dernières décennies, mais également retracer les évolutions normatives, tant au plan du droit civil et social qu'à celui des politiques sociales. Cet ouvrage permet donc de faire le point sur ces évolutions. Certes, l'ampleur du projet n'a pas permis d'être exhaustif. Ainsi, par exemple, nous n'évoquerons que très marginalement la question des liens intergénérationnels, qui sont cependant au coeur de la question du lien familial, de sa permanence et de sa recomposition. Mais sur ce sujet, on pourra se reporter au récent ouvrage collectif publié sous la direction de Claudine Attias-Donfut (1995). Pour notre part, nous avons choisi d'aborder dix questions centrales, dix éclairages en quelque sorte, qui constituent ici les dix chapitres de ce livre, et que nous avons regroupés en trois parties. Dans une première partie, nous proposons de revenir sur les transformations ou mutations qu'a connues la famille dans la période récente, mais aussi sur les interprétations que l'on peut proposer de ces changements. Nous le ferons en adoptant successivement le point de vue de la démographie, de la sociologie et de la psychologie. En première approche, la démographie est convoquée afin de mettre en lumièfe les principaux changements que nous avons enregistrés durant les trois dernières décennies: accroissement de la divortialité, baisse de la fécondité, chute de la nuptialité, développement du phénomène de cohabitation, augmentation continue des naissances hors mariage... A partir des indicateurs les plus courants, les 15

grandes tendances sont ici soulignées. Reste à les interpréter, à tenter de répondre aux questions qu'elles ne manquent pas de susciter. A quoi imputer la désaffection à l'égard du mariage? Le développement de la cohabitation compense-til la diminution des mariages et l'augmentation des divorces? Les «unions libres» diffèrent-elles radicalement des unions légitimes? Comment analyser le report des engagements familiaux? Quelles trajectoires familiales inaugurent les divorces? Avec qui les enfants séparés d'un parent vivent-ils? Parmi eux, combien résident dans une famille monoparentale, dans une famille recomposée? Et pour les plus jeunes d'entre eux, le risque d'être confronté à une seconde rupture s'accroît-il? Catherine Villeneuve-Gokalp apporte ici des éléments de réponse à ces questions tout en soulignant combien il est difficile pour le démographe, sur la base des sources statistiques courantes (état civil, recensements, Ministère de la Justice...) de rendre compte des trajectoires familiales constituées de plusieurs séquences. De plus, certaines ne font l'objet d'aucun acte d'enregistrement (les «unions sans papiers»), et lorsque c'est le cas, l'officialisation de « l'entrée» ou de la «sortie» d'une séquence est assez souvent en décalage avec la réalité vécue: le mariage intervient en effet parfois après plusieurs années de vie commune, tout comme le divorce, pour régulariser une séparation déjà ancienne. «Aux prises avec les nouveaux comportements familiaux », la démographie n'a d'autre choix que de renouveler ses approches traditionnelles; ce qu'elle s'efforce de faire aujourd'hui en engageant des enquêtes spécifiques afin de «reconstituer» ces parcours dans leur complexité. Le décor ainsi posé, la famille contemporaine apparaît instable, voire « incertaine» pour reprendre le terme de Louis Roussel (1989). Représentation partagée semble-t-il, mais qui conduit certains auteurs à avancer que, de ce fait, c'est la société toute entière qui est menacée. Quelle crédibilité accorder à une telle interprétation, dont certains médias se font volontiers]' écho? Sans verser dans l'angélisme d'autres analyses plus naïves qui, à l'inverse, occultent les problèmes liés à la famille contemporaine, François de Singly

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tente de dépasser l'interprétation pessimiste aux noires prophéties en développant trois thèses. Les hommes et les femmes sont toujours prêts à s'engager. Mais l'amour qui est au principe de la mise en couple aujourd'hui ne saurait mener à la constitution d'une famille où les conjoints auraient pour seule ambition de se conformer aux attentes de rôle propre à leur sexe. L'installation matrimoniale doit en effet pouvoir procurer des satisfactions d'ordre relationnel et affectif. La famille contemporaine est à l'aune de ce changement: elle contribue à la construction de nouvelles identités. Mais si d'aventure ces satisfactions psychologiques ne correspondent plus aux bénéfices escomptés, l'un, voire les deux conjoints peuvent mettre un terme à leur relation, pour chercher à éprouver « ailleurs» ce dont ils ne parviennent pas à faire le deuil. Quoi qu'il en soit, la famille contemporaine continue de contribuer à la reproduction de la société. Si les mariages arrangés font partie du passé, point de désordre, l' homogamie reste la règle. Le modèle autoritaire n'est certes plus prisé, mais les enfants ne sont pas pour autant livrés à eux-mêmes. Sur le mode de la gestion des ressources humaines, «l'entreprise familiale », relayée dans son travail éducatif par l'école, veille à la carrière scolaire des enfants; tout particulièrement dans les milieux sociaux les mieux dotés. Bref, même sans régulation externe, les mésalliances restent l'exception; même en l'absence d'un rapport autoritaire, la reproduction de la disparité du capital culturel, et donc la reproduction sociale, est assurée. Cependant, la famille contemporaine, préoccupée par la transmission d'un capital culturel, a un prix. Si hier, la « famille-patrimoine », centrée sur la transmission d'un capital économique, oeuvrait concrètement à 1'« exclusion» des cadets au bénéfice des aînés, la famille relationnelle ne met pas, elle non plus, toujours à l'abri des aléas de la vie. En effet, quand faible intensité des liens familiaux et inscription précaire sur le marché de l'emploi se conjuguent, le risque d'exclusion existe. Ces trois thèses l'illustrent: la famille continue de constituer une richesse sociale dans nos sociétés contemporaines. Mais comme le montre François de Singly, les profits qu'elle peut procurer diffèrent selon les milieux socio-culturels. 17

La démographie, puis la sociologie, nous ont fait toucher du doigt les changements qu'a connus la famille contemporaine sur la période récente; changements qui ne sont pas sans interférer sur les conditions de socialisation de l'enfant. Aussi convenait-il, pour clore cette première partie, d'adopter le point de vue du psychologue, tout particulièrement en ce qui concerne «l'enfant et ses partenaires dans la famille contemporaine». Jean Drevillon souligne que l'évolution de l'enfant se fait dans le cadre d'interactions fortes entre l'individu, acteur de son propre développement, et de multiples partenaires significatifs qui contribuent à rendre intelligible et assimilable un environnement proche, traité comme un territoire à géométrie variable. Les transformations subies par le micro-système familial sont telles qu'il est possible de repérer des changements importants dans le réseau d'interactions. Mais pour ce faire, il est nécessaire de prendre

quelque distance avec les modèles interprétatifs proposés par
les sciences bio-psycho-sociologiques, voire métapsychologiques de ces dernières décennies. D'où l'option retenue par l'auteur de proposer une approche en termes psychoécologiques afin d'analyser les situations relativement nouvelles dans lesquelles se trouvent les enfants aujourd'hui. Au sein des micro-systèmes familiaux, il examine les styles de conduites parentales. Ceux des mères, des pères (ou des hommes qui en tiennent lieu), des anciens plus ou moins sollicités, sont traités en fonction de la signification que les enfants leur donnent. Les surprises ne manquent pas. Par ailleurs, l'auteur estime que, pas plus que les copains, les frères et sœurs, même en nombre réduit, ne doivent plus être les oubliés de la psychologie. Les relations crèche-famille, école-famille qui se développent dans le cadre d'un mésosystème, font que la sociabilité de l'enfant prend une nouvelle dimension. Et sur ce point, quelques indications précieuses sur la psychologie des « crèchards » nous sont ici livrées. Les modes et rythmes de vie parentaux interfèrent aussi avec les modes et rythmes de vie enfantins. L'étude de cet exo-système révèle, chez les enfants, des modalités d'accès à l'autonomie qui n'étaient peut-être pas tout à fait prévues dans le projet éducatif de parents égo-centrés. En effet, les 18

enfants en « vacance éducative », les « latchkey children» ou enfants qui ont la clé, voire les «super kids» ou enfants incassables, ont des conduites interpeIlantes. Mais il est vrai que le macro-système culturel et social contribue au modelage des comportements et définit la désirabilité sociale. En définitive, une révision théorique s'impose, selon Jean Drevillon, au moment de donner du sens à toutes ces observations. Un interactionnisme constructiviste conduit à retenir des modèles locaux et datés. La démultiplication des objets d'attachement, constat incontournable, invite à réviser les notions d'équilibre affectif et relationnel. En bref, le problème de la signification de l'enfance se pose peut-être désormais en termes nouveaux. La deuxième partie est consacrée à la question du lien familial à proprement parler, et explore trois types de liens possibles: le conjugal, le parental et le fraternel. Dans chaque cas, la perspective fait une place centrale à la question des représentations, des identités et des normes qui s'érigent progressivement à partir des pratiques sociales. Mû par la même volonté de ne pas se satisfaire des explications qu'impose la force de l'évidence, Jean-Claude Kaufmann ré-interroge la signification que revêt aujourd'hui le fait de se mettre en couple. Ce nouveau cadre de socialisation induit une profonde reformulation identitaire. Mais les partenaires ne sont jamais totalement définis par le couple. La réalité conjugale est mouvante. Aussi n'est-il guère aisé de l'appréhender scientifiquement, notamment lorsque l'on résiste à l'illusion d'objectivation que nous en donnent les chiffres disponibles. Après avoir montré que la place privilégiée accordée à l'indicateur conjoncturel de nuptialité pour analyser l'évolution des comportements nous a éloignés d'une nécessaire prise en compte des formes concrètes de conjugalité (modes d'entrée dans le couple, cohabitation, régulations conjugales), Jean-Claude Kaufmann s'attache à saisir la recomposition historique des relations de couple. Et il montre ainsi que la focalisation sur les chiffres du mariage ont bien occulté un changement majeur: «la structuration progressive d'un nouveau modèle de formation des couples» . 19

Le mariage ne fonde plus le couple. Il institutionnalise le cadre de socialisation antérieur. Aujourd'hui, le couple naît du sentiment, des échanges relationnels, affectifs et sexuels non domiciliés, et à l'écart de tout cadre institué. Suit la vie commune dans un logement. Bien qu'importante, cette nouvelle étape relève de ce que l'auteur appelle une «conjugalité légère », en ce sens que l'organisation domestique n'est ni très structurée, ni très dense, et que chacun des partenaires continue d'être intégré à son propre réseau d'appartenances. Aussi, que des difficultés surviennent, ou que tout simplement les satisfactions escomptées ne soient plus à la mesure des attentes, et les partenaires remettront en cause, sans perturbations majeures, leur engagement. Ce modèle d'intégration conjugale par étapes apparaît alors parfaitement adapté. Plus qu'un mode de vie alternatif, la cohabitation serait une étape du processus long de l'intégration conjugale, que le mariage vient éventuellement instituer par la suite. Dans cette optique, on comprend que l'âge au mariage puisse être un indicateur plus pertinent que l'indicateur conjoncturel de nuptialité. Reste que ce modèle de structuration progressif du couple ne paraît guère développé au sein des milieux ouvriers et populaires, ceux-ci étant assez prédisposés à ne pas reporter leurs engagements et à s'inscrire rapidement dans des rôles socialement reconnus. Point que n'exclut pas Jean-Claude Kaufmann qui, pour l'éclairer et pour clore, revient sur Je débat «autonomie-fusion », dont les termes lui paraissent souffrir d'un manque de précision. Le passage du «mariage de convenance» au «mariage d'inclination» a eu pour conséquence directe d'accroître l'instabilité conjugale, comme en témoigne l'augmentation du nombre des divorces. Libres de tout engagement, les parents-gardiens peuvent prétendre à une nouvelle vie conjugale et familiale, et ainsi former avec leur nouveau conjoint, une famille recomposée; expression qui s'est progressivement imposée pour désigner les foyers dans lesquels les enfants vivent avec un beau-parent. Le phénomène n'est certes pas tout à fait nouveau, puisque les remariages après veuvages étaient somme toute assez fréquents par le passé. Mais à la différence du veuvage, la désunion fait de ce beau-parent un acteur supplémentaire 20

de la «donne familiale ». Comment s'élaborent alors les contours de ce rôle social qui, en raison de l'instabilité conjugale actuelle, semble bien avoir pour vocation de « pénétrer» les liens familiaux? Partant de cette question minimale, Didier Le Gall développe une réflexion qui le conduit à opérer un distinguo entre beau-parent et... beauparent. Dans un premier temps, l'auteur rappelle que les formes du rôle beau-parental ne peuvent être appréhendées qu'en regard de ce qui les rend intelligibles, à savoir les formes de régulation post-divorce qui se déploient tout au long du processus de recomposition familiale. Si dans les milieux peu favorisés, la recomposition familiale s'opère par rupture, elle se déroule plutôt sur le mode d'une certaine continuité au sein des couches moyennes culturellement bien dotées. De ce fait, ce rôle n'est pas investi de manière identique aux deux extrêmes de l'échelle sociale. Mais de quel beau-parent parle-t-on? S'agit-il du

nouveau conjoint du parent-gardien, avec lequel les enfants
ont un rapport presque quotidien, ou de celui du parent nongardien, avec lequel ils n'ont que des relations occasionnelles? Force est d'admettre qu'il existe bien deux manières d'être beau-parent, et donc que ce rôle se joue sur

une partition bien différente selon que l'on est « beau-parent
au quotidien» ou «beau-parent par intermittence ». Par ailleurs, cette distinction doit être croisée avec le sexe, puisqu'en raison de l'attribution plus fréquente de la garde aux mères lors du divorce, les enfants ont plus fréquemment

un beau-père au quotidien dans leur

«

résidence principale»

et une belle-mère par intermittence dans leur «résidence secondaire ». Et les pères non-gardiens s'établissant en couple plus fréquemment que les mères-gardiennes, ils ont une probabilité plus élevée d'avoir une belle-mère par intermittence qu'un beau-père au quotidien. Ces précisions posées, Didier Le Gall spécifie la manière dont beaux-pères au quotidien et belles-mères par intermittence investissent leur rôle. Bien d'autres nuances apparaissent, bien sûr, selon l'ancienneté du couple, l'âge des enfants lors de cette seconde mise en couple, le sexe et le nombre des enfants, mais aussi selon le type de foyer constitué. S'arrêtant plus 21

particulièrement sur ce dernier point, l'auteur en vient à suggérer quelques dénominations d'un emploi aisé afin de désigner ces foyers recomposés selon la «place» occupée par la beau-parenté en leur sein. En se penchant sur les fratries dans les familles recomposées, ou sur les liens fraternels, «grands oubliés» des recherches en sciences humaines, Irène Théry propose une réflexion sur la manière dont se réorganise peut-être sous nos yeux le lien familial. Reprenant certains éléments de son ouvrage sur « Le démariage », elle nous montre comment les représentations et les repères symboliques qui ont fait la famille, et ont permis de la nommer, se délitent ou se complexifient, pour aboutir à une situation où ce n'est pas tant, comme on le souligne communément, l' anomie ou l'absence de repères qui règne, que le trop-plein. Pour Irène Théry, l'épicentre des mutations familiales se concentre autour et à propos du mariage, qui recouvre en fait trois questions fondamentales: celle du couple, celle de la famille, et celle de la filiation. Avec le recul de l'institution matrimoniale, le développement de l'union libre et des naissances hors du mariage, c'est non seulement en effet, l'institutionnalisation du couple qui est concernée, mais aussi le fondement même du lien familial, ce qui «permettait de donner un père aux enfants, de dire les droits et devoirs issus de la filiation et de l'alliance ». Avec cet effondrement d'une des clés de voûte de l'ordre social, nous nous trouvons confrontés à une alternative: fonder la famille sur la filiation et le lien de sang, ou privilégier les liens électifs, la coexistence, les fils tissés par l'attachement et l'affectif. Face à ces bouleversements, certains adoptent une attitude de repli, cherchant à revenir « au temps du mariage », qui garantissait la stabilité familiale; d'autres, au contraire, privilégient une conception «gestionnaire », individualiste, faisant du lien biologique la seule référence collective stable. Les fratries recomposées posent ces questions de manière tout à fait exemplaire, en se présentant comme l'idéal de la parenté élective, forçant à combiner le lien familial fondé sur la consanguinité et le lien amical. Pour Irène Théry s'expérimentent ici des représentations du lien familial, des repères permettant de donner signification à ce lien, et ainsi des normes sociales. 22

La troisième partie quitte le terrain des pratiques sociales, des expérimentations de nouveaux rôles pour aborder la question des mutations familiales sous l'angle public. Les constructions normatives sont saisies cette fois aussi bien au niveau des discours savants, des normes juridiques qu'à celui des politiques ou des dispositifs d'intervention sociale. On tente alors de comprendre comment cette lente mutation du lien familial affecte ou est affectée en retour par les travaux d'experts, les réformes juridiques, mais aussi, plus globalement, par l'État et les politiques publiques. Dans son chapitre, Nadine Lefaucheur montre comment les discours savants participent évidemment au premier chef à la production des représentations et des normes sociales, non sans parfois dépasser quelque peu les bornes de la responsabilité scientifique, pour se situer résolument sur le plan de l'énoncé normatif, c'est-à-dire celui qui entend désigner ce qui doit être ou ne pas être. Ainsi en est-il de la longue et édifiante histoire de l'équation qui relie la dissociation familiale à la délinquance juvénile. Nadine Lefaucheur la retrace ici en nous présentant les différents acteurs, moments et caractéristiques des énoncés et des thèses qui toutes débouchent, malgré les nuances, sur la construction d'une solide idée reçue: les enfants issus de la rupture d'une famille sont des enfants à problèmes, des enfants « à risques », des délinquants potentiels. Des écrits de Raux à la fin du siècle dernier jusqu'à ceux de certains psychanalystes des années soixante-dix, en passant par le rôle central joué par une figure comme celle de Georges Heuyer et par l'école française de neuropsychiatrie infantile, on peut repérer les continuités et les ruptures; les uns privilégiant une lecture en termes d'imitation, les autres en termes d'atavisme, d'hérédité ou de carences de modèles. Pour autant, quelles que soient les théories de référence, la croyance a pris le pas et forgé dans la plupart des esprits de notre temps, éducateurs, enseignants, travailleurs sociaux, l'idée qu'il existe un point commun nécessaire et suffisant pour engendrer des problèmes significatifs chez les enfants: que leurs parents soient séparés ou divorcés. Mais l'expression de la norme est d'abord la vocation de l'énoncé juridique. Le droit ne dit pas la réalité, il énonce la 23

norme. Il n'est donc guère étonnant que le droit et la réalité diffèrent bien souvent Pour autant, évidemment, le droit et, ici en l'occurrence, les mœurs, s'influencent mutuellement. Il était donc indispensable de chercher à comprendre comment le droit, dans ses divers aspects, mais tout particulièrement le droit civil de la famille, avait évolué face, à cause ou en accompagnement de ces transformations des pratiques familiales. Le chapitre d'Isabelle Sayn y est consacré. Elle se penche en particulier sur la régulation juridique de situations complexes et mouvantes: les situations consécutives aux désunions; monoparentalité et recomposition familiale. Indéniablement, l'évolution de l'organisation familiale a suscité de multiples réformes législatives, sans que le droit, toujours attaché à la distinction entre filiation naturelle et filiation légitime, ait donné un véritable statut aux familles monoparentales ou aux familles recomposées. Malgré les nombreuses réformes recensées par l'auteur, certains domaines restent donc en retrait de ce que l'on nomme parfois l'admission ou la reconnaissance de la pluralité des modèles familiaux par le droit. Reste à interpréter cette inertie juridique. Doit-on la saisir comme une stratégie, visant à assouplir le cadre normatif, tout en préservant certains fondements essentiels, certaines figures de ce que doit être la famille, ou doit-on l'analyser comme le résultat de la lenteur des procédures? Parallèlement à ce retard relatif des textes, l'auteur insiste sur ce qui lui apparaît comme un élément nouveau, une tendance qui se renforce aujourd'hui, à savoir l'apparition d'un droit construit autour de l'enfant. Si la France demeure en Europe, un des pays qui affirme la famille comme une catégorie de la régulation juridique (en droit social et fiscal), il n'en demeure pas moins que l'on assiste de plus en plus à une tentative d'affirmation de l'individu comme catégorie centrale d'ouverture de droits. Au-delà de ces hésitations du droit, on perçoit bien ici en quoi il constitue un enjeu dans les bouleversements contemporains. Le droit dit la place de chacun, les obligations, droits et devoirs. Il fournit les bornes dans lesquelles se forgent les identités; bornes faites aussi pour être transgressées. A cet égard, le flou juridique dans lequel se trouvent les beaux-parents est tout à fait problématique. 24

Agnès Pitrou aborde un autre volet crucial de la dimension publique du débat sur les mutations familiales: la solidarité. En effet, une des idées reçues au sujet de la famille contemporaine est que la transformation et l'instabilité des liens familiaux ont engendré inéluctablement un dépérissement des solidarités familiales, un affaissement des devoirs de soutien et d'entraide que l'on attribue sans réserve à la figure traditionnelle de la famille. Après s'être arrêtée sur ce que recouvre la notion de solidarité, Agnès Pitrou insiste sur d'autres éléments du débat actuel: la conviction que les besoins de soutien ou d'entraide ne cessent de croître de manière inéluctable alors que la «crise des fonds sociaux» obligent à se retourner vers le potentiel de solidarité que véhiculerait la famille. C'est pourtant oublier, selon l'auteur, l'ambivalence de ces solidarités familiales, que l'on pare de toutes les vertus, en se référant à un passé souvent mythique de la famille. En fait, contrairement aux idées reçues, les réseaux familiaux sont loin d'être aussi démantelés qu'on l'affirme bien souvent. Depuis quelques années, nombre de recherches sont parvenues à ce constat: les liens de parenté sont très actifs et sont le vecteur d'une série d'échanges de biens, de services, de soins, d'entraide, tout à fait significatifs. A tel point, que l'on peut se demander si les sciences sociales ne redécouvrent pas ce qu'elles avaient oublié en se focalisant sur ce qui bougeait et changeait: le couple. Par ailleurs, il semble bien qu'il ne soit pas possible de mettre sur un même plan les solidarités des proches et les solidarités collectives, et qu'il faille rechercher du côté du don, de la dette ou de la réciprocité ce qui en fait la spécificité. Enfin, il convient de toute évidence de souligner les limites de ces solidarités familiales, qui ne peuvent répondre à nombre des problèmes de carence qui se manifestent aujourd'hui, sans compter leur très inégale efficience selon les milieux sociaux. Le chapitre d'Agnès Pitrou débouche dès lors sur une série de questions particulièrement centrales pour la définition des politiques publiques. Que peut engendrer l'appel fait aux solidarités familiales pour répondre à la crise des fonds sociaux? Les solidarités publiques induisent-elles nécessairement un processus d'égalisation des conditions de vie? L'octroi des aides par le jeu des solidarités publiques exige-t-il une 25

contrepartie? Quelle place fait-on aujourd'hui aux formes intermédiaires de la solidarité? Dans un dernier chapitre, Claude Martin étend et complète cet axe de réflexion, en traitant la question de l'articulation des solidarités privées et publiques, ou plus précisément encore en réfléchissant à la combinaison des formes privées et publiques de la protection. L'auteur propose de parler de «question familiale », comme composante de la question sociale, pour évoquer les rapports entre «le public» : l'État, les réglementations, les politiques publiques, les discours d'experts, et « le privé» de la famille. Partant du divorce et de l'instabilité familiale, qui représentent sans doute les bouleversements majeurs de la vie familiale contemporaine, il montre comment a évolué la balance entre les différents modes de protection possibles pour faire face aux difficultés et aux risques divers des trajectoires socio-familiales. On assiste, selon lui, à une reformulation de cette
« question familiale» depuis la fin des années quatre-vingt,

sous l'effet de l'intensification des problèmes de chômage, d'exclusion, de pauvreté et, parallèlement, de la crise des systèmes collectifs de protection. L'instabilité familiale prend une nouvelle figure, dans la mesure où elle devient un accident de trajectoire susceptible de venir renforcer des difficultés d'intégration sociale. En provoquant une fragilisation des réseaux de proximité, des réseaux de parenté et d'entraide, mais aussi des réseaux amicaux, la dissociation familiale peut engendrer un véritable décrochage qui peut se combiner en amont ou en aval avec des difficultés professionnelles. Emerge ainsi un nouveau «risque»: le « risque solitude ». En comparant la situation des familles monoparentales et les politiques publiques à leur égard en France et en Angleterre, l'auteur montre comment sont définis des régimes de protection qui combinent ressources de la personne, ressources de l'environnement de proximité et ressources collectives. En d'autres termes encore, il nous montre dans quelle mesure la famille peut être pensée comme un des pôles d'une balance qui combine les ressources de l'État, du marché et de la parenté pour assurer la protection de chacun.

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Si le développement de l'Etat-providence a souvent été présenté comme s'inscrivant dans les creux laissés par l'entraide et les solidarités familiales, il semble que nous soyons au seuil d'une période où la situation pourrait s'inverser: la famille étant invitée à combler le recul des capacités protectrices de l'État. Reste à savoir si les familles contemporaines, plus instables, moins instituées, sont en mesure de faire face à ce défi protecteur, alors que s'intensifient les problèmes sociaux, les inégalités et l'exclusion? Les mutations de la famille doivent nécessairement être mises en regard des mutations de la sphère publique. En concluant sur ce chapitre, cet ouvrage souhaite souligner et soutenir l'intérêt de positionner la réflexion sur la famille aussi bien au plan du fonctionnement intra-familial qu'à celui de la sphère publique. Tenir les deux bouts de l'analyse sociologique, en quelque sorte, celui de l'ordre social et celui des interactions.

Bibliographie
ATIIAS-DONFUT C. (Ed) (1995), Les solidarités entre les générations. Vieillesse, familles, Etat, Paris, Nathan, collection « Essais et recherches». ROSANVALLON (1981), La crise de l'Etat-providence, P. Paris, Seuil. ROUSSEL L. (1989), La famille incertaine, Paris, Odile Jacob. SINGLY (de) F. (Ed) (1991), La famille : l'état des savoirs, Paris, La Découverte.

SULLEROT (1991), « Vers un renouveau de la famille », E.
Futuribles, n0153, avril, pp. 23-26.

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