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Familles portugaises, projets et destins

De
168 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1995
Lecture(s) : 121
EAN13 : 9782296302525
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MARIA ENGRACIA LEANDRO

FAMILLES PORTUGAISES PROJETS ET DESTINS

Publié avec le concours

du Fonds d'Action Sociale

CIEMI
46, rue de Montreuil

Éditions L'Harmattan
5-7 rue de l'École-Polytechnique

75011

Paris

75005

Paris

MIGRATIONS ET CHANGEMENTS
Collection dirigée par Lorenzo Prencipe L'histoire de l'immigration en France est une histoire ancienne qui touche un phénomène très complexe. Ancienne, car elle a pris des proportions remarquables depuis plus d'un siècle. Le recensement de 1851 dénombrait déjà 381 000 étrangers. De 1921 à 1930, la France se plaçait au second rang des pays d'immigration dans le monde après les États-Unis. Histoire complexe surtout. On peut même se demander si, pendant une période aussi prolongée - durant laquelle les données démographiques, économiques, politiques, culturelles et psychologiques ont subi des transformations profondes, aussi bien sur le plan national qu'international -, le phénomène migratoire n'a pas changé de nature. Comment affirmer qu'il s'agit du même phénomène alors qu'il ne résulte pas des mêmes causes, ne se réalise pas dans le même cadre institutionnel national et international, ne touche pas les mêmes populations étrangères ni les mêmes générations, ne revêt pas les mêmes formes? Cette collection consacrée aux migrations et aux changements qu'elles comportent ou qu'elles provoquent vise à privilégier les travaux portant sur : - les mutations internes des populations immigrées à travers les générations successives, avec un accent particulier sur le profil socioculturel des nouvelles générations issues de l'immigration; - les mutations introduites dans la vie sociale, économique et culturelle des pays d'origine et du pays de résidence; paramètres historiques, géographiques, économiques, politiques. Ceux qui pensent que leur recherche pourrait s'insérer dans cette collection peuvent contacter:
Lorenzo Prencipe 46, rue de Montreuil 75011 Paris

- les approches comparatives du fait migratoire dans ses

@ L'Harmattan, 1995 ISBN: 2-7384-3231-X

Dans la même collection
1. Maria LLAUMETT. Les jeunes d'origine étrangère. De la marginalisation à la participation. 1984. 150 p. 2. Mohammed Hamadi BEKOUCHI. Du bled à la ZUp, et/ou la couleur de l'avenir. 1984. 158 p. 3. Hervé-Frédéric MÉCHÉRI. Les jeunes immigrés maghrébins de la deuxième génération, et/ou la quête d'identité. 1984. 117 p. 4. François LEFORT, Monique NÉRY. Emigré dans mon pays. 1984. 188 p. 5. Raimundo DINELLO. Adolescents entre deux cultures. 1985. 127 p. 6. Riva KASTORYANO. Etre Turc en France. Réflexions sur familles et communauté. 1986. 207 p. 7. Michelle GUILLON, Isabelle TABOADA-LEONETTI. Le triangle de Choisy. Un quartier chinois à Paris. 1986. 210 p. 8. Adil JAZOULI. L'action collective des jeunes Maghrébins de France. 1986. 217 p. 9. Véronique DE RUDDER. Autochtones et immigrés en quartier populaire. D'Aligre à l'îlot Châlon. 1987.234 p. 10. Mario ZAMBETTI. L'été à Cap Djinet. Rencontres méditerranéennes. 1987. 119 p. 11. Abdel AISSOU. Les beurs, l'école et la France. 1987.215 p. 12. Smaïn LAACHER (sous la direction de). Questions de nationalité. Histoire et enjeux d'un code. 1987.256 p. 13. Isabelle TABOADA-LEONETTI. Les immigrés des beaux quartiers, la communauté espagnole dans le XVIe. 1987.211 p. 14. Le KUU KHOA. Les jeunes Vietnamiens de la deuxième génération. La semi-rupture au quotidien. 19.87. 15. Mohammed MAZOUZ. Les Marocains en Ile-de-France. 1988. 162p. 16. Ana VASQUEZ, Ana Maria ARAUJO. Exils latinoaméricains: la malédiction d'Ulysse. 1988.215 p. 17. Maria do Céu CUNHA. Portugais de France. 1988. 157 p. 18. Hanna MALEWSKA, Colette GACHON. Le travail social et les enfants de migrants, racisme et identité. Recherche-action. 1988. 241 p. 19. Salah RIMANI. Les Tunisiens de France. Une forte concentration parisienne. 1988. 158 p. 20. Mohamed EL MOUBARAKI. Marocains du Nord. Entre la mémoire et le projet. 1989. 253 p.

21. Bernard LORREYTE (sous la direction de). Les politiques d'intégration des jeunes issus de l'immigration. 1989.416 p. 22. Maryse TRIPIER. L'immigration dans la classe ouvrière en France. 1991. 336 p. 23. Georges ABOU SADA, Bruno COURAULT, Zaïhia ZEROULOU (sous la direction de). L'immigration au tournant. Actes du Colloque GRECO 13 sur les mutations économiques et les travailleurs immigrés dans les pays industriels, Vaucresson, 28-30 janvier 1988. 1991. 330 p. 24. Paul ORIOL. Les immigrés devant les urnes. 1992.223 p. 25. Albert NICOLLET. Femmes d'Afrique noire en France. La vie partagée. 1992. 320 p. 26. Benjamin STORA. Aide-mémoire de l'immigration algérienne. Chronologie, bibliographie. 1992. 144 p. 27. Marco MARTINIELLO. Leadership et pouvoir dans les communautés d'origine immigrée. 1992.320 p. 28. Saïd BOUAMAMA, Albano CORDEIRO, Michel ROUX. La citoyenneté dans tous ses états. De l'immigration à la nouvelle citoyenneté. 1992.362 p. 29. Albert BASTENIER, Felice DASSETTO. Immigration et espace public. La controverse de l'intégration. 1993. 317 p. 30. Pascal NOBLET. L'Amérique des minorités. Les politiques d'intégration. 1993. 359 p. 31. Alain BATTEGAY, Ahmed BOUBEKER. Les images publiques de l'immigration. Média, actualité, immigration dans la France des années 80. 1993. 192 p. 32. Ahsène ZEHRAOUI. L'immigration: de l'homme seul à la famille. 1994. 180 p. 33. Roselyne de VILLANOVA, Rabia BEKKAR (avec la collaboration de). Immigration et espaces habités. Bilan
bibliographique des travaux en France, 1970-1992.
1994.212

p.

34. Réné DUBOUX. Métissage ou Barbarie. 1994.203 p. 35. Antonio CRAVO. Les Portugais en France et leur mouvement associatif. 1995.204 p. 36. Mar.ia Engracia LEANDRO. Au-delà des apparences. Les Portugais face à l'insertion sociale. 1995.352 p.

À mes frères et à mes neveux: Zulmira, Jolla, Alzira, Rui Pedro et Ana Sofia

AVERTISSEMENT
Maria Engracia LEANDRO, professeur en sciences sociales à l'Université de Braga (Portugal), privilégie comme thème de recherche, entre autres, l'émigration portugaise en France. Durant sept ans, elle a tout particulièrement étudié les populations émigrées du XVIe arrondissement de Paris et de deux communes périphériques, celles de Champigny et Villierssur-Marne, avec un échantillon de plus de 200 sujets. Le résultat de cette vaste enquête de terrain, mis en perspective avec de nombreuses sources documentaires judicieusement sélectionnées, a permis une étude comparative consignée dans la thèse de doctorat qu'elle a soutenue en 1992, à l'Université René-Descartes (Sorbonne, Paris V). Ce travail, intitulé Au-delà des apparences, l'insertion sociale des Portugais dans l'agglomération parisienne, peut être consulté notamment à la bibliothèque de la Sorbonne-Paris V, à la Fondation Calouste Gulbenkian (Paris et Lisbonne), à l'Unesco, à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (Paris), à la bibliothèque de l'Université do Minho (Braga). Pour des raisons éditoriales bien compréhensibles, il a fallu scinder ce document de plus de mille pages en deux volumes cohérents et renoncer à certains chapitres tels que ceux portant sur la méthode, les présupposés concernant certaines théories des migrations et de l'insertion sociale, l' histoire de l'immigration portugaise depuis le XVe siècle, les caractéristiques socio-économiques et culturelles de la société portugaise des années 50-60. Le présent ouvrage constitue l'une des deux parties de la thèse et concerne plus particulièrement la famille portugaise en France. Un premier livre intitulé Au-delà des apparences, les Portugais face à l'insertion sociale a été publié précédemment. aux Éd. CffiMI-L'Harmattan. L'auteur tient à exprimer sa gratitude et à rendre hommage au très regretté Professeur L.-V. Thomas, disparu subitement le 22 janvier 1994, qui sut être un maître et un ami sincère et

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Familles

portugaises: projets et destins

fidèle. Il lui avait fait l'honneur de diriger sa thèse, la guidant avec discernement et patience à travers tous les écueils rencontrés au fil de ce long travail. Ses remerciements vont également à toutes les personnes interviewées, à la Fondation Calouste-Gulbenkian pour le soutien qu'elle lui a apporté lors de l'élaboration de sa thèse, ainsi qu'à L. Albert et D. Godfard qui se sont chargées des corrections de la langue française et de la présentation générale du livre.

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PRÉFACE
Ce livre, qui nous apporte sur une question ô combien actuelle des éclairages nouveaux, touche à une problématique bien plus large que celle de l'immigration portugaise en France. Les familles et la parenté ont toujours joué un rôle central dans les structures et les transformations sociales. Mais, depuis le XIXe siècle et surtout depuis quelques décennies, il a été fréquemment remis en question tant par les théoriciens, les écrivains et les chercheurs, que par les militants politiques, syndicalistes, féministes ou défenseurs des droits de l'homme et de la femme. Cependant, ces dernières années, la famille, en partie sous une forme nouvelle, reprend une place essentielle comme support de valeurs et comme refuge dans une période de déstructuration sociale et d'inquiétude pour l'avenir. L'avancée des recherches sur les rapports parents-enfants, la libération de la femme, le développement de l'enfant, les difficultés des adolescents et des jeunes, qui restent plus longtemps qu'avant attachés au foyer familial, sont autant des facteurs qui mettent en relief l'importance de la famille aujourd'hui. Comment s'opèrent alors les transformations en son sein? Pour les comprendre, des études monographiques de groupes et des histoires de vie dans un environnement bien délimité s'avèrent indispensables. Elles se révèlent d'autant plus éclairantes lorsque l'auteur travaille sur deux terrains et dispose ainsi d'une base comparative. L'Ile-de-France, le XVIe arrondissement de Paris, et la proche banlieue, Champigny-surMarne et Villiers-sur-Marne, répondent aux besoins de ce genre d'analyse. L'auteur les étudie en les situant par rapport à des considérations théoriques et à des données plus générales sur les migrations portugaises, élargissant ainsi le champ d' observatioI) et de réflexion. L'émigration des Portugais s'affirme comme une nécessité, étant donné l'impossibilité, pour leur pays, de subvenir aux besoins des familles, et cela en raison de l'augmentation rapide de la population. Le nombre des Portugais qui se trouvait déjà hors de leur pays est tel que le retour, pour la plupart, devient

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Famillesportugaises: projets et destins
impensable. Mais cette pression qui s'exerce sur les familles ne suffit pas à tout expliquer. Comment les Portugais ont-ils pu réussir leur insertion dans le pays d'accueil, en général mieux que les autres migrants? La force de la famille semble jouer ici

un rôle central. Il s'agit d'élaborer « un mode de vie combinant
passé, projets, et exigences de la société de résidence ». Cette notion de projet, sur laquelle nous avons bien des fois insisté dans d'autres études, et qui s'appuie sur le passé et les aspirations vers l'avenir, prend ici tout son sens. Catholiques traditionnels, sortis des contraintes de la dictature, les Portugais ont su découvrir dans la société française un terrain favorable. Ils se sont adaptés sans perdre leur personnalité, apportant ainsi, dans la confrontation des deux cultures, des éléments d'équilibre et de création. Dans une société en transformation, ils conservent d'anciens repères et en adoptent de nouveaux avec une prudence qui les préserve de trop grandes déconvenues. Avec bon sens, ils choisissent eI,!tfe l'espoir de construire une maison au Portugal en vue d'un éventuel retour et l'insertion complète et définitive dans la société française. Dans ce dernier cas, ils se réservent la possibilité de séjours temporaires visant à entretenir des liens de parenté ou d'amitié et à garder vivante cette culture d'origine dont ils enrichissent le pays d'accueil. Les histoires de vie, en faisant ressortir difficultés et réussites, montrent que la femme exerce une action irremplaçable dans ces initiatives économiquement et socialement aventureuses. Gardienne du foyer, c'est sur elle que s'appuient les enfants, d'autant plus que le père travaille au loin ou est simplement trop absorbé par ses activités professionnelles et les transports. La comparaison entre quatre générations de femmes portugaises et françaises explique comment, progressivement, l'itinéraire des unes se rapproche de celui des autres tout en maintenant quelques différences. Peu à peu, le mari aide la femme, d'abord dans son travail professionnel d'employée de nettoyage de bureaux par exemple, puis dans l'enceinte même de la maison. Ainsi les rôles masculin et féminin deviennent moins nettement déterminés et spécifiques. 12

Famillesportugaises: projets et destins
Quant aux jeunes, s'ils revendiquent leur indépendance, ils restent très attachés à leur famille. La parentèle, que l'auteur appelle aussi « famille élargie », perd, elle, de son importance. Ainsi nous voyons se former, au-delà des révoltes, des oppositions, des revanches, un type d'union plus libre, plus tolérant et plus équilibré. Et cette évolution, si bien décrite par l'auteur, constitue un enseignement non seulement pour les immigrés portugais, mais pour l'ensemble de la population, tourmentée par son avenir après un siècle de guerres, de violences, d'exclusions, à l'aube du troisième millénaire et d'une nouvelle civilisation.
Paul-Henry CHOMBART DE LAUWE

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INTRODUCTION
Institution universelle et ancestrale, la famille présente une grande variété de structures selon les époques et les différentes formes d'organisation socio-économique et culturelle. Dans les pays occidentaux, depuis des siècles, la famille nucléaire formée par une relation triangulaire entre le père, la mère et les enfants, constitue la base de toute l'organisation familiale. Cependant dans ces mêmes pays, elle s'articule souvent avec d'autres modalités dont la plus répandue est la famille élargie d'origine paysanne. Dans le Portugal des années 60, à l'exception de grands centres urbains situés sur le littoral entre Braga et Setubal, la civilisation rurale reste prépondérante [A. SEDAS NUNES, 1964] et les relations à l'intérieur de la famille élargie gardent leur vivacité. Or, à partir des premières années de cette décennie, se produit l'un des plus grands flux migratoires portugais vers les pays européens, la France notamment. C'est aussi à partir de cette période que se constatent de grandes mutations à l'intérieur de la famille dans les pays occidentaux. Le Portugal, avec un peu de retard, n'échappe pas à cette vague de transformations caractérisée par une baisse de la natalité, une augmentation du nombre des divorces et des familles monoparentales ainsi que par des relations plus égalitaires à l'intérieur de la famille. Néanmoins, ces changements se produisent après le départ des Portugais de la grande vague d'émigration. Ceux-ci sont donc nés et ont grandi dans des univers marqués par des structures familiales de type patriarcal où les relations avec la famille élargie restaient très intenses. La famille étant la première instance socialisante, elle joue un rôle primordial pour la transmission de systèmes de valeurs qui influenceront les comportements de toute une vie. Ceci revêt une importance particulière pour les populations immigrées. Attachées aux valeurs familiales de la société d'origine, elles sont en même temps appelées à s'ouvrir et à s'adapter à celles de la société de résidence. Dans le cas des familles portugaises de l'agglomération parisienne, le mouvement d'ouverture va s'intensifiant avec le 14

Familles portugaises: projets et destins temps et avec les contacts de plus en plus larges avec la société française. L'autonomie, nouvellement acquise, des femmes portugaises vivant en région parisienne contribue, par ricochet, à faire évoluer la structure familiale par le biais des enfants qui reçoivent une éducation empreinte des modèles traditionnels et des valeurs du nouveau contexte social. Pour comprendre ces transformations il s'avère indispensable de saisir la dynamique qui s'établit entre le passé antérieur à l'émigration, la trajectoire migratoire en France et les changements qui touchent la famille dans toutes les sociétés occidentales. La famille immigrée - plus que toute autre - doit faire des efforts de résistance et d'adaptation pour intégrer tradition et modernité dans le cadre d'une double mutation: celle, commune à tous, des sociétés occidentales et celle découlant du phénomène migratoire. La trajectoire de vie des immigrés portugais est marquée par une rupture culturelle, mais aussi économique et sociale, puisqu'ils sont subitement propulsés d'une société rurale et agraire vers une autre, hautement urbanisée et industrielle. Mais quelles que soient les transformations profondes qui s'opèrent, la famille reste pour les Portugais une valeur et une réalité fondamentales qui guident les aspirations et les parcours individuels et sociaux. Elle constitue le moteur des projets d'émigration; soit que les Portugais aient émigré pour assurer à leur famille, déjà construite, un meilleur avenir, soit qu'ils aient souhaité en fonder une en disposant d'autres atouts socioéconomiques de départ. La famille se place comme entité de construction des projets et de redéfinition des orientations donnant sens aux trajectoires personnelles. En outre, la famille portugaise s'affirme comme une protection contre l'adversité et l'indifférence, voire l'hostilité, du nouveau milieu environnant. Pour les jeunes, en liaison avec une communauté ethnique à l'organisation assez élaborée, elle assure aussi une fonction d'encadrement évitant certaines formes de marginalisation sociale ou de délinquance. Elle joue alors en faveur de l'insertion sociale et ne constitue une position de repli qu'en partie. 15

Famillesportugaises: projets et destins
La solidarité interne des membres de la famille se caractérise par son intensité. Elle s'affirme, pour les jeunes, comme un soutien économique, moral et psychologique qui les encourage à briser l'atavisme social et à poursuivre la voie d'une ascension entreprise par leurs parents avec l'émigration. Les parents lèguent ainsi à leurs enfants leurs rêves de reconnaissance sociale et économique et leur combativité. Ayant acquis avec l'émigration un certain confort économique dont ils n'auraient pu bénéficier en restant au Portugal, ils prennent conscience du caractère culturel et social de la mobilité ascensionnelle et enjoignent leurs enfants, au prix de sacrifices parfois, à entreprendre des études longues. Les projets initiaux d'enrichissement et de retour plus ou moins rapide au Portugal se trouvent relayés par cette profonde aspiration, pour les enfants, à un statut social élevé qui constitue une forme de reconnaissance et de bien-être pour ces derniers et, pour les parents, une ultime justification de l'entreprise migratoire. On observe que, malgré un décalage de systèmes de valeurs morales entre parents et enfants, les deux générations s'accordent sur l'objectif de réussite scolaire, socio-économique et culturelle. Ces tendances apparaissent clairement dans l'étude des trois biographies de vie familiale que nous avons entreprises et que nous présentons ici. L'analyse de ces biographies prend soin de mettre toujours en relation le passé antérieur à l'émigration, le séjour dans des contextes sociaux nouveaux et divers, les représentations sociales réinventées au jour le jour, les projections vers l'avenir, le poids particulier d'événements marquants et la persistance de certains modes de vie et valeurs hérités de l'enfance portugaise. Cette étude tente de faire apparaître également quelques profils courants de Portugais installés dans le XVIe arrondissement de Paris, les communes de Champigny-sur-Marne et d'Eaubonne. Il s'agit donc d'une étude longitudinale qui enregistre des points clés concernant la trajectoire professionnelle, la mobilité sociale, démographique et résidentielle qu'impliquent les différents types de projets familiaux, mais qui cherche

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Famillesportugaises: projets et destins
également à mettre ces points en rapport avec des structures sociales [D. BERTAUX, 1980] et des systèmes de valeurs [M. CATANI, 1982] en interaction les uns avec les autres. Nous constatons, tout au long des trajectoires individuelles et sociales, que les trois familles se trouvent fortement en corrélation avec le milieu social d'appartenance et nous faisons émerger leurs propriétés fondamentales. Précisons, enfin, que ces études biographiques ne prétendent en aucun cas à une généralisation qui ne s' avèrera possible qu'au prix de travaux plus larges.

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Un pour Un
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