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Faut-il faire Vatican III?

De
224 pages
Cinquante ans après le concile Vatican II, l’Église catholique fait face à l’une des plus graves crises de son histoire. Crise de crédibilité dans l’espace occidental, crise morale avec les scandales de pédophilie, crise de recrutement de ses élites et de son encadrement (les prêtres), poussée d’un courant ultraconservateur extrêmement critique, désaffection de sa base, concurrence des sectes évangéliques en Amérique latine, crise de gouvernement… L’écho des luttes intestines a même franchi les murs de silence du Vatican avec les Vatileaks. Or, le pape et son administration, tous deux vieillissants, semblent incapables de relever les défis nouveaux du monde et l’Église est comme frappée d’autisme. Face à cette situation critique, la réunion des évêques du monde entier en concile, est-elle une solution ? Quels en sont les difficultés et les risques ? L’auteure propose de changer la donne : Vatican III ne réussira que s’il échappe au huis clos clérical entre évêques et théologiens
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CHRISTINE PEDOTTI
FAUT-IL FAIRE VATICAN III ?
TALLANDIER
Conseiller éditorial : Jean-François Bouthors
Éditions Tallandier 2, rue Rotrou 75006 Paris
www.tallandier.com
© Éditions Tallandier, 2012
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo
EĀN : 979-1-02100-006-3
À mes frères et sœurs de la Conférence catholique des Baptisé-e-s francophones avec lesquels je partage l’espérance d’une Église de plus en plus catholique et fraternelle.
On ne résout pas les problèmes avec les outils qui les ont engendrés. Albert Einstein
NAUFRAGE ?
1 L! Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le cardinala barque de Pierre prend l’eau de toutes parts Ratzinger, le 25 mars 2005, à l’occasion la méditation du Chemin de Croix au Colisée. Le pape Jean Paul II décède dix jours plus tard, le 2 avril, et le 19 de ce même mois Joseph Ratzinger lui succède sous le nom de Benoît XVI. Il n’est donc pas exagéré de dire que c’est le pape lui-même qui 2 considère que la crise est si grave qu’elle menace l’avenir même de l’Église . Oui, l’Église catholique connaît une crise d’une telle ampleur qu’il paraît douteux à beaucoup que le bateau puisse résister à la tempête. Il faut cependant immédiatement ajouter que cette situation est très loin d’être nouvelle. La relecture historique montre que l’Église a connu tant de turbulences qu’elle est, selon l’expression latine traditionnelle,semper reformata, toujours en train de se réformer. Pourtant, il est bien difficile de se rassurer à bon compte en arguant que la situation actuelle ne serait que l’état « normal » de l’Église. Nombre d’observateurs et analystes, sociologues, historiens, théologiens rejoignent l’opinion du pape Benoît XVI : l’Église est en danger. En fait, la crise est au moins triple. La perception immédiate en est d’abord celle que donnent les chiffres : difficulté de recrutement des prêtres et hémorragie des fidèles. C’est du moins ainsi qu’elle se manifeste dans les pays d’ancienne chrétienté comme la France. Mais les statistiques cachent d’autres aspects tout aussi graves. Depuis plus d’une décennie la révélation des scandales liés à des actes de pédophilie de la part des clercs a profondément aggravé la perte de confiance à l’égard de l’Église en tant qu’institution et envers les hommes qui la composent. Encore plus profondément, c’est la crédibilité même du message que porte le catholicisme qui est mis en cause. Dans le grand débat avec la modernité entamé depuis déjà plusieurs siècles, le catholicisme est perçu comme sans cesse en repli et en résistance devant les progrès des sciences dures, les observations des sciences humaines et l’avènement des valeurs humanistes telles que la liberté de conscience, la démocratie ou l’émancipation des femmes. Face aux crises – et depuis deux mille ans, elles n’ont pas manqué –, l’Église a cependant trouvé des ressources. Contrairement à une opinion couramment reçue, elle a montré au cours de l’histoire une puissante capacité d’adaptation et, de siècle en siècle, elle a beaucoup changé. Aujourd’hui, cependant, par suite d’un effet cumulatif, on doit constater que les problèmes atteignent une gravité sans égale. Sont-ils pour autant sans remède ? Lors des épisodes les plus critiques de son histoire, profondes disputes théologiques dans les périodes antiques, grand schisme d’Occident ou naissance de la Réforme protestante, la convocation d’un concile – c’est-à-dire l’assemblée de tous les évêques du monde – pour une réunion exceptionnelle, afin de débattre des problèmes ensemble et avec le secours de l’Esprit Saint, est la solution qui fut privilégiée. C’est donc à raison que l’on peut aujourd’hui se demander si une telle convocation ne serait pas opportune. La question tombe d’autant plus sous le sens que les catholiques vont, au cours des trois prochaines années, célébrer l’anniversaire du dernier concile, celui de Vatican II, qui s’est tenu à Rome il y a cinquante ans. Une telle hypothèse est donc d’une évidente actualité. À ceux qui objecteraient qu’il est justement trop tôt pour réunir de nouveau les évêques, on peut e3 répondre que Vatican II fut le XXI concile œcuménique , ce qui donne une moyenne d’un peu plus d’un concile par siècle. En réalité, les convocations se font de façon irrégulière, en fonction des e urgences. Le premier concile, celui de Nicée, a eu lieu au début du IV siècle ; il s’écoulera trois e siècles entre le concile de Trente, au XVI siècle, et celui de Vatican I. Un intervalle de cinquante ans se situe, au regard de l’histoire de l’Église, dans une honnête moyenne. Il n’est donc pas du tout absurde de se demander s’il faut faire Vatican III. D’ailleurs, si l’on pose la question aux oracles modernes, c’est-à-dire àGoogle, on observe que la possibilité en est évoquée, aussi bien par des courants progressistes qui veulent prolonger l’élan engagé par Vatican II, que par
des courants conservateurs ou traditionnels qui espèrent pouvoir remettre les choses à leur « juste » place et rectifier les incompréhensions liées à Vatican II : ce qu’un concile a fait, un concile peut le défaire. Alors, faut-il faire Vatican III ? Pourquoi, comment, avec quel programme, pour quelle espérance ? Ce sont ces questions que j’entreprends d’examiner ici. La mesure sera-t-elle suffisante pour calfater la barque de saint Pierre et qu’elle continue son voyage ? On peut toujours dire que la réponse appartient à Dieu, mais cela ne suffit pas, car c’est à nous qu’Il confie la responsabilité et les moyens d’agir. Pour conclure cette introduction, je ne résiste pas au plaisir de raconter une petite histoire qui ne m’appartient pas, mais qui illustre parfaitement mon propos, d’autant plus qu’il y est question de noyade et de sauvetage. Il était une fois un homme qui avait totalement confiance en Dieu. Il était certain que Dieu le sauverait quoi qu’il arrive car il en avait reçu la promesse de Dieu lui-même. Or, il advint qu’on émit un avis de vigilance concernant un risque de fortes inondations dans le pays. L’homme resta calme dans sa maison car il avait confiance en Dieu. Dans la soirée, la municipalité donna un ordre d’évacuation générale et le maire lui-même vint dire à l’homme qu’il devait quitter sa maison. Mais l’homme demeura chez lui car il avait confiance en Dieu. Dans la nuit, l’eau monta fortement et l’homme dut gagner le premier étage. Les pompiers vinrent en barque jusqu’à lui afin de le convaincre de quitter sa maison, mais l’homme demeura car il avait confiance en Dieu. Au petit matin l’eau avait encore monté et l’homme s’était réfugié sur le toit. Un hélicoptère lui fut envoyé afin de le hisser en lieu sûr, mais l’homme refusa car il avait confiance en Dieu. Hélas, l’eau continua à monter de sorte que l’homme se noya. Quand il arriva au paradis, car c’était un homme à la foi sincère, il se trouva face au Seigneur, et il demanda : « Seigneur, Tu m’avais donné Ta parole et moi, je T’ai fait confiance jusqu’au bout, pourquoi ne m’as-Tu pas sauvé ? » Et le Seigneur lui répondit : « Je t’ai fait parvenir un avis de vigilance, Je t’ai envoyé le maire, J’ai fait passer les pompiers, J’ai même affrété un hélicoptère pour toi, que pouvais-Je faire de plus ? » Cette histoire, j’ai envie de la répéter chaque fois que j’entends un catholique citer la promesse que Jésus fait à saint Pierre au chapitre 16, verset 18 de l’évangile de Matthieu : « Eh bien ! moi je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’enfer ne tiendront pas contre elle. »
1- « Ton Église nous semble une barque prête à couler, une barque qui prend l’eau de toute part. »
2- La « barque de Pierre » est l’une des images traditionnelles utilisées pour désigner l’Église catholique.
3- Œcuménique ici signifie « pour toute la terre habitée » – en grec,oikoumènè –et s’oppose à local ou régional.