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Femme Touarègue

De
127 pages
Dans les tribus nomades du Sahara, la femme Touarègue joue un rôle primordial dans sa société. De toutes les femmes africaines c'est sans doute elle qui a le plus de liberté. Au fil d'une vie, dans un campement du Sahel nigérien, avec la naissance, l'enfance, le mariage, la maturité, la vieillesse, nous découvrons son incontestable autorité. Cet ouvrage est un hymne d'amour et de poésie pour une ethnie qui ne doit pas disparaître et dont la femme est le symbole d'espérance.
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FEMME TOUARÈGUE

PAO : Vincent Secchi Illustrations: Jean Secchi

@ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8281-7 EAN : 9782747582810

Maguy VAUTIER

Jean SECCHI

FEMME TOUARÈGUE

Préface de

Achérif AG MOHAMED

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie 1053 Budapest Kossuth L.u. 14-16

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214
Torino

HONGRIE

ITALIE

TANTOUT est le nom donné généralement à la femme touarègue. Le récit qui va suivre, raconte la vie de Fatima et de Mariama, mère et fille, dans un campement, en plein désert nigérien. C'est un hommage à la FEMME.

AVANT-PROPOS

Cet ouvrage est consacré à la vie au quotidien de la femme touarègue. A travers elle, il rend hommage à l'ensemble de ces femmes courageuses qui, dans l'indifférence du monde, s'efforcent de perpétuer sous des cieux sans manne, leur vie de nomade. Elles sont, malgré tout, conscientes de la précarité de cette vie errante au rythme des traditions plusieurs fois séculaires. Elles savent que leur avenir est compromis et qu'elles iront, peut-être demain, grossir le flot des fantômes errant sans espoir dans les bidonvilles qui ceignent les capitales. Il n'est pas de mise ici pour les auteurs, ils n'en n'ont pas les compétences, de faire œuvre de spécialiste en apportant à la connaissance une recherche approfondie des causes et des mécanismes intimes du démembrement de la société touarègue. Par contre, révéler à la multitude, par l'écrit et l'image dénuée de toute charge esthétique, la vie au jour le jour de ce peuple minoritaire menacé de disparition, est notre modeste contribution à sa survie. Il reste à souhaiter que, grâce à un vaste élan de solidarité venant de l'intérieur comme du dehors, les Touaregs sauront trouver un équilibre qui leur permettra d'être les acteurs à part entière de la modernité tout en sauvegardant ce qui fait leur identité,à savoir,leur langue, la « tamasheq », leur éthique et la liberté pour eux de choisir leur mode de vie, le nomadisme ou la sédentarisation.

Les Auteurs

PREFACE

Petit par le volume, mais grand par la qualité, ce livre
«

Tantout » dépeint parfaitement

l'environnement

dans

lequel vivent les Touaregs, notamment ceux du Niger. Ce récit est, avant tout, un hommage à la femme tamasheq, pour sa beauté, sa liberté, ainsi que pour le rôle essentiel qu'elle joue dans l'éducation de l'enfant dès son plus jeune âge, dans la sauvegarde des institutions et du mode de vie nomade dans sa globalité.En effet, en lisant « Tantout », le lecteur devient l'hôte de marque de la tente de Fatima et Rissa. Il partagera avec eux, leur légende et leur vie de tous les jours, à travers les déplacements dictés par les exigences du temps et par les besoins des hommes et de leurs troupeaux. Il prendra part au nomadisme pastoral, ressemblant ici à un perpétuel va-et-vient entre un paradis (saison des pluies) et un enfer (saison chaude) qui ont toujours déterminé les joies et les peines du peuple Touareg. Le lecteur cernera mieux les contours de cette civilisation saharienne en accompagnant Mariama et Ibrahim, jeune couple qui tente de scruter l'horizon en lisant et en écrivant sur le sable fin qui a servi jadis de livre et de tableau pour les ancêtres. En gardant sa tente et les valeurs de sa société, Tantout, femme du désert, pourra-t-elle sauver le monde touareg menacé par divers avatars que lui imposent les événements impromptus et très souvent douloureux? Tant qu'il y aura des dromadaires, il y aura des hommes et des
« Tantout » fiers d'être touaregs, et qui vont perpétuer leur

culture à travers des transhumances, des cures salées et d'inoubliables séjours près d'un puits ou d'un beau pâturage. Achérif AG MOHAMED Conseiller à la Présidence BAMAKO - MALI

CHAPITRE I

ace à l'immensité du désert que l'on croirait muet pour l'éternité, des traces fraîches sur le sol révèlent la présence de la vie. Celui qui sait les lire, reconnaîtra les empreintes rondes de la sole des chameaux, celles des pieds d'enfants ou d'adultes, des petits sabots de chèvres, les marques en trident des oiseaux, les lignes en filigrane du scarabée roulant sa boule, traits en pointillés au voisinage d'un trou dans le sable dénonçant la gerboise qui se cache dans son gîte souterrain à l'abri de la chaleur et des prédateurs. Ces traces, de plus en plus nombreuses, s'entrelacent, se chevauchent et convergent vers un endroit précis. Sur les berges d'un oued étale, se dressent les masses brunes de tentes en peaux d'un campement de nomades touaregs. Dans certaines régions, les tentes sont faites en nattes. De fines silhouettes sombres et voilées s'agitent, accompagnées de bruits divers, paroles inaudibles, cris d'enfants, bêlements plaintifs des chèvres et gémissements des chamelons appelant leur mère. Dès que le soleil se cache, la nuit s'installe, lourde de ses secrets. Çà et là, les flammes tremblotantes de plusieurs feux de camp jaillissent dans l'obscurité. C'est l' heure chaude de la veillée qui commence, celle qui rapproche les cœurs sous la voûte constellée du ciel. Un campement touareg comprend plusieurs tentes appartenant à une ou plusieurs familles. Ces tentes sont éloignées les unes des autres de vingt à trente pas, afin de ne pas se gêner. N'y a-t-il pas un proverbe touareg qui dit à peu près ceci: « Eloignez vos tentes, rapprochez vos cœurs .» L'ensemble a pris place à une certaine distance d'un point d'eau. S'il s'agit d'un puits très fréquenté, le campement sera installé à l'abri des

F

regards, loin de la piste. S'il s'agit d'un point d'eau de moindre importance, une installation à son voisinage est possible. La tente qui abrite une famille, est composée d'un vélum reposant sur des piquets de bois. Le vélum d'aspect rectangulaire, est lui-même constitué d'une cinquantaine de peaux de chèvres (de mouflons par le passé, dans les zones montagneuses) tannées et imperméabilisées. Les lignes de couture laissent apparaître, à l'intérieur, des rangées de lanières de cuir qui sont un élément décoratif. Les piquets de tente, en bois, sont de taille et de nombre variés selon leur disposition dans la tente. Ils sont souvent taillés de façon décorative, colorés ou pyrogravés. Le piquet central assure la solidité de l'ensemble. La tente est montée de manière à ce que son ouverture soit orientée au sud (dans l'Ahaggar du moins). Pour compléter le dispositif, un paravent « essaber » d'environ 6 mètres de long pour une hauteur de 90 centimètres, peut être déroulé à volonté autour de la tente, lorsque la fraîcheur du soir se fait sentir. L'hiver, il protège tant bien que mal du vent et du froid. De plus, il forme un écran vis-à-vis de l'extérieur et donne une impression d'intimité. Le sol de la tente est recouvert de sable fin provenant d'un oued voisin. Nattes, tapis, diverses couvertures de laine ou de coton, peaux de mouton sont posés dessus. Le coin droit est attribué à l'homme. Il peut y déposer ses affaires personnelles, sa selle, son épée. Sur les côtés, il dispose de sacs en cuir décorés pour son linge de corps. Le coin gauche est celui de la femme. Des sacs de cuir décorés contiennent ses effets personnels. Elle se réserve une place pour ranger les outils qui lui sont indispensables pour ses travaux sur cuir ou sur bois. Enfin, les Touaregs du Sahel, contrairement aux Touaregs sahariens (Kel Ahaggar) utilisent un lit pour dormir. Cédant la place aux toutes premières lueurs de l'aube 12

naissante, le voile de la nuit, peu à peu, s'efface. Une à une, les étoiles s'éteignent. Seule Vénus taquine encore la Lune. L'immense paix du désert s'estompe devant l'agitation pressante des bêtes dans leurs enclos. Le chamelon pleure sa mère à fendre l'âme. Un chien s'ébroue. Tourmenté par des hôtes indésirables, il mordille la peau de son ventre avec rage. Les chèvres répondent aux béguètements de leurs cabris. Faisant fi de la torpeur de la nuit, la vie avec ses contingences s'installe, conquérante et têtue, une fois de plus. Surgissant de l'ombre qui règne dans les profondeurs des tentes, des formes s'animent. Un homme tousse bruyamment et se racle la gorge. Un garçon tousse à son tour. Un autre prend le relais. Dans la pénombre, une silhouette mouvante se précise. Elle émerge de la béance de la tente. L'homme est tête nue. C'est un Touareg dont le nom est Rissa. Celui-ci ne reste pas longtemps tête nue. Il cherche son chèche à tâtons. Le voilà, écroulé sur ses épaules. D'un geste du bras, circulaire et répétitif, il refait les torsades du turban qui retrouve, vite, sa belle ordonnance. Fatima, sa femme, ainsi que le reste de la famille, dorment. Devant la tente, dans le foyer bordé de grosses pierres, quelques braises palpitent encore sous les cendres. L'homme, les sandales crissant sur le gravier, va en quête de branches d'un acacia voisin, à demi-mort. Bien vite, les épines acérées de l'arbre égratignent ses mains parcheminées. A l'aide d'un lourd bloc de pierre, il réussit à briser l'une des grosses branches tombées à terre. L'oued baigné de mauve, livre ses secrets. Il fait froid. Le jour hésite. Mais, bientôt, les premières incandescences ne tardent pas à franger d'or, les collines avoisinantes. Surmontant sa léthargie, le campement prend vie. Sur le foyer réanimé, Rissajette sur les braises une brassée de branches qui s'enflamment en crépitant. il met de l'eau à chauffer, puis sort des profondeurs d'un sac de cuir, du thé et du sucre. La bouilloire ventrue émet la douce complainte de l'eau en 13

ébullition. Rissa a maintenant sorti les petits verres cannelés de leur boîtier. L'eau est prête à recevoir dans la théière émaillée de bleu, les petites feuilles racornies. Le meilleur thé au dire des fins connaisseurs est importé de Chine. et porte le numéro 93,71. Quelques feuilles de menthe fraîche ajoutent leur parfum subtil à la liqueur dorée qui clapote et mousse dans les ver-

res. Rissa boit le thé avec bruit, par petites gorgées.Le fait
de le faire « rouler» dans la bouche accroît son parfum. Le reste des feuilles dans la théière, sert à confectionner les autres thés. Le premier est âpre. Les suivants sont de plus en plus doux, du sucre étant ajouté à chaque fois. Le quatrième, si quatrième il y a, peut être donné aux enfants. Une fois levée, Fatima, accompagnée de sa fille Mariama qui a dix-sept ans, est allée traire des chèvres. La jeune fille aide sa mère à séparer les chevreaux de leur mère. Ils n'ont bu qu'à un seul pis, l'autre étant caché par un embout en fibres végétales tressées. TIfaut savoir préserver le lait pour la famille, résister aux appels frénétiques des petits et à leur soif exacerbée. Après avoir bu du lait dans un bol en bois, Ahmed, le frère de Mariama, dix ans, emmène les chèvres adultes vers un pâturage, même si celui-ci n'est qu'une vaste plaine recouverte de pierraille et parsemée de graminées jaunies. Les bêtes sauront trouver quelques débris végétaux qui leur permettront de survivre. En route, de son bâton, il frappera des branches d'acacia pour en faire tomber des gousses ou des fleurs séchées que les chèvres avaleront gloutonnement. Ahmed ne se presse pas. Il ne reviendra au campement que dans la soirée, sans avoir rien mangé d'autre que des jujubes et à la condition d'être chanceux et de trouver sur son chemin l'arbre porteur. Mariama, elle, conduit l'âne au puits. Elle a pris la corde et la puisette en peau. Chacun ayant son propre matériel, 14