Femmes en otage

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Que deviennent les femmes au temps de l'interculturel ? Sous l'emprise de la condition interculturelle, toute identité est soumise à des interférences normatives qui semblent la convertir en une identité encore interculturelle. En France, les femmes arabo-musulmanes sont contraintes à s'adapter à deux codes socioculturels dont les statuts assignés aux femmes sont différents. Cette étude se centre en particulier sur les implications psychologiques relatives au dédoublement socioculturel et au morcellement référentiel. Cliniquement, il s'agit d'une fragilité narcissique qui touche l'image du corps et qui empiète probablement sur la sexualité.
Publié le : mercredi 1 juin 2016
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EAN13 : 9782140010965
Nombre de pages : 282
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HakimBENROMDHANE ns contemporaines Q
FEMMES EN OTAGE étude clinique interculturelle sur la situation psychologique des femmes d’origine arabo-musulmane en France
Questions contemporaines
Série Questionner le genre
Femmes en otage
Questions contemporaines Série ‘Questionner le genre’ Dirigée par Bruno Péquignot Les questions qui portent sur les rapports de sexes, dans la vie sociale, économique et politique sont l’objet de débats et de réflexions extrêmement riches. La prise en compte de cette approche des questions contemporaines est l’objet de cette série qui publiera des essais développant des analyses ou prenant des positions sur les questions vives de la vie sociale à partir de cette question que le genre pose à la société. Dernières parutions Rafaela CYRINO,: du déterminisme biologique auLe genre déterminisme socioculturel ?, 2014.
Hakim BENROMDHANEFemmes en otage Etude clinique interculturelle sur la situation psychologique des femmes d’origine arabo-musulmane en France
Dédicace A la mémoire de ma grand-mère Fatouma, qui autrefois me racontait les contes pour me divertir et m’instruire. A la mémoire de ma grand-mère Fatima, qui adorait à l’époque entendre les histoires que je lui racontais, en m’incitant à étudier et m’inculquant le bien et l’intérêt du savoir.
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris www.harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08737-5 EAN : 9782343087375
Remerciements Tous mes remerciements vont au Professeur Nielle PUIG-VERGES de l’Université Paris VIII - Saint Denis, pour son aimable contribution à travers son encadrement de ce travail. Son soutien, sa présence et son exigence m’ont accompagné durant cette étude pour mener à bien ce travail avec rigueur et persévérance. Je tiens aussi à la remercier pour son aimable intérêt à ma démarche.
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Introduction Cet ouvrage s’inscrit dans l’époque historique contemporaine, en soulignant le contexte psychosocial actuel, marqué par les mouvements migratoires, le déplacement des populations et l’accueil des réfugiés de guerre. Du point de vue psychologique, mais aussi sociologique et anthropologique, la culture ne se limite pas à inculquer à ses membres des systèmes référentiels. L’empiétement culturel dans la personnalité permet d’évoquer les conceptions de « personnalité sociale dominante », de « personnalité de base », de « caractère social » ou encore de « Moi social primitif ». Le terme psychanalytique de « communauté de soi » peut correspondre en psychologie au concept d’ « identité culturelle », dans la mesure où la représentation de soi est socialement construite et individuellement intériorisée. En fait, l’empiétement culturel dans le développement de la personnalité suscite quelques interrogations conduisant à reformuler des questionnements. Les études intercultu-relles ont souvent interpellé quant à l’impact des champs culturels, sociaux et institutionnels qu’ils ont sur le processus de formation de l’identité. Si la diversité des normes sociales peut avoir des effets sur la construction de l’identité, l’opposition entre des codes culturels pourrait avoir plus d’implications psychologiques importantes. On est en droit par ailleurs de poser la question sur l’ampleur de cet impact dans le cas de deux systèmes culturels et référentiels fortement antagonistes, tel est le cas entre l’Orient et l’Occident. De même on s’interroge surtout sur la situation psychologique des femmes dans la société
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lorsque le milieu socioculturel est marqué par un dédoublement normatif, voire un morcellement référentiel. L’ère de la Mondialisation est caractérisée par le libre échange des marchandises et des idées, la libre circulation des individus et des cultures et l’effacement des frontières et des identités. A notre époque, il est loisible d’observer, paradoxalement, un « Malaise dans la civilisation ». Parallèlement à l’échange des produits se développe aussi l’exportation des cultures, des valeurs et des identités. Vraisemblablement l’émigration des populations vers les sociétés industrialisées est corrélée par la migration des cultures occidentalisées. Ce n’est pas seulement les frontières qui s’effacent, les identités et les singularités culturelles aussi. Toute identité reste tributaire d’un soutien permanent de la communauté sociale, pour assurer sa continuité, son unité et sa solidité. En ce sens, l’identité est en certains sens une entité psychologique fragile. L’effacement des frontières a créé inéluctablement la juxtaposition de milieux interculturels à proximité ou à distance et même parfois des milieux virtuels. Chaque individu est devenu concerné par la mentalité et par le malaise de l’autre. Dans son propre milieu socioculturel, l’individu aurait tendance à se distinguer en mettant en valeur son identité singulière, tant que son identité collective est maintenue par son groupe d’appartenance. Cependant, dans un contexte de contact multiculturel, il semble que l’identité culturelle soit remise en question, compte tenu de l’absence du groupe, d’où l’état de fragilité que traverse chaque étranger en face de l’Autre, en face d’un miroir qui risque de déformer son image. Dans ce contexte interculturel, l’individu semble mettre en avant son identité collective. Ainsi son identité culturelle est remise en question et risque de se transformer en une identité multiculturelle. La Mondialisation n’a fait que rendre toute identité encore plus interculturelle.
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Dans ce contexte interculturel s’installe un rapport de force, entre les autochtones et les migrants, une relation basée sur un rapport nominal entre la minorité et la majorité. La puissance politique et économique y joue un rôle déterminant en aboutant à établir un ordre de dominance sur les minorités immigrées. Ce rapport de domination induit la prévalence de certaines valeurs culturelles et idéelles aux dépens d’autres. Il est aussi vraisemblable de concevoir l’ensemble de ces interactions, sociales et personnelles, dans un rapport dialectique, dans la mesure où les influences deviennent réciproques et alternatives. Face au contact entre cultures, les réactions peuvent s’exprimer à travers un repli communautaire, culturel et narcissique, de la part de la population immigrée et par un probable ethnocentrisme, culturel et défensif, de la part de la société d’accueil. Lorsqu’une société impose l’assimilation comme la règle d’insertion de ses hôtes, certains parmi eux risquent l’exclusion. Le processus de l’acculturation, habituellement évoqué pour désigner exclusivement les immigrés, semble toucher aussi les autochtones. Eux aussi semblent subir ce phénomène dans leur propre milieu socioculturel. L’enculturation et l’acculturation sont désormais deux processus dynamiques et évolutifs. Dans un milieu surchargé d’ambiguïté et de contradiction des systèmes normatifs, tout acte d’encultu-ration se transforme en processus d’acculturation. Sur le même territoire géographique, des identités collectives peuvent se distinguer et même s’opposer. Dans ce cas, l’identité culturelle n’est plus collective. Sous l’emprise interculturelle, les identités culturelles contemporaines sont marquées par des remaniements permanents. Toute culture est encore une organisation de plus en plus complexe, dynamique et encore interculturelle.
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