Fiction et Diction

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Théorie des genres et des œuvres, statut de la fiction, variance des régimes narratifs, fonction sémiotique du style : par ces voies diverses mais convergentes, les études de poétiques ici réunies s'efforcent de définir à nouveaux frais ce que l'on a appelé, voici déjà quelques décennies, la littérarité – c'est-à-dire la dimension artistique des textes, quels que soient leur mode de présentation ou leur critère d'admission au rang des " œuvres " par une instance de lecture, individuelle ou collective.


Où l'on voit la question rituelle Qu'est-ce que la littérature ? se dissoudre, et peut-être se résoudre, en celle-ci : Qu'est-ce qui fait d'un texte un objet esthétique ?


Publié le : mardi 25 février 2014
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EAN13 : 9782021069419
Nombre de pages : 160
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Fiction et Diction
Gérard Genette
Fiction et Diction
Éditions du Seuil
Le présent ouvrage regroupe Introduction à l’architexteetFiction et Diction, publiés initialement en 1979 et 1991 dans la collection « Poétique », ainsi que, en « Postscriptum », le texte paru sous le titre « Fiction et Diction » en avril 2003 dans la revuePoétique, n° 134.
ISBN9782021069426 re (ISBN1 publicationIntroduction à l’architexte, 2020053101) re (ISBN1 publicationFiction et Diction, 2020128519)
© Éditions du Seuil, 1979, 1991 et janvier 2004 pour la présente édition et la composition du volume
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Fiction et diction
Argument
À des titres divers, les quatre études qui suivent portent sur la question desrégimes, descritèreset desmodesde la littérarité, définie depuis Roman Jakobson comme l’aspect esthétique de la littérature – qui, cela va sans dire, en comporte bien d’autres. Il s’agit donc de préciser dans quelles conditions un texte, oral ou écrit, peut être perçu comme une « œuvre littéraire », ou plus largement comme unobjet(verbal)à fonction esthétique– genre dont les œuvresconstituent une espèce particulière, définie entre autres par le caractère intentionnel (et perçu comme tel) de la fonction. À cette différence d’extension correspond à peu près l’opposition entre les deuxrégimesde littérarité : leconsti tutif, garanti par un complexe d’intentions, de conventions génériques, de traditions culturelles de toutes sortes, et le conditionnel, qui relève d’une appréciation esthétique sub jective et toujours révocable. La catégorie très théorique (et souvent inaperçue) du régime en rencontre une autre, de perception plus évidente, qui lui est en quelque sorte perpendiculaire : celle ducri tèreempirique sur lequel se fonde, fûtce après coup, un diagnostic de littérarité. Ce critère peut être soitthématique, c’estàdire relatif au contenu du texte (de quoi s’agitil ?), soit formel ou, plus largement,rhématique, c’estàdire relatif au caractère du texte luimême et au type de discours qu’il exemplifie.
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La croisée de ces deux catégories détermine un tableau des modesde littérarité. Mais ces modes ne s’y répartissent pas de manière égale et symétrique. Le critère thématique le plus fréquemment et légitimement invoqué depuis Aristote, la fictionalité, fonctionne toujours en régime constitutif : une œuvre (verbale) de fiction est presque inévitablement reçue comme littéraire, indépendamment de tout jugement de valeur, peutêtre parce que l’attitude de lecture qu’elle pos tule (la fameuse « suspension volontaire de l’incrédulité ») est une attitude esthétique, au sens kantien, de « désintéres sement » relatif à l’égard du monde réel. Le critère rhéma tique, lui, peut déterminer deux modes de littérarité pardic tion. L’un (la poésie) est de régime constitutif : de quelque manière qu’on définisse la forme poétique, un poème est toujours une œuvre littéraire, parce que les traits formels (variables) qui le marquent comme poème sont, de manière non moins évidente, d’ordre esthétique. L’autre mode de dic tion (la prose non fictionnelle) ne peut être perçu comme littéraire que de manière conditionnelle, c’estàdire en vertu d’une attitude individuelle, comme celle de Stendhal devant le style du Code civil. Tel est le postulat d’ensemble de ce petit livre, et l’objet de son premier chapitre. Les deux suivants portent plus spéciquementsurlediscoursdelaction.Lepremier cherche à définir, dans la voie ouverte par John Searle, le statut des énoncés de fiction narrative comme actes de langage. Ces énoncés, qui instaurent l’univers qu’ils pré tendent décrire, consistent selon Searle en des assertions « feintes », c’estàdire qui se présentent comme des asser tions sans en remplir les conditions pragmatiques de vali dité. Cette définition est pour moi incontestable, mais incomplète : si les énoncés de fiction ne sont pas des asser tions véritables, reste à préciser à quelle autre sorte d’actes de langage ils ressortissent. Le troisième chapitre part d’un constat historique : la nar ratologie s’est presque exclusivement attachée aux formes
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