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Folie et santé mentale pour tous

De
232 pages
Dans cet essai est posée la question de la nature même de la folie, question mise en correspondance avec celle de la santé mentale et de la santé sociale. Qui est fou, qui est sain ? Tout le monde se retrouve en permanence, dans un équilibre précaire, à naviguer entre folie et santé mentale alors que la société, pour des raisons sécuritaires, réagit fermement et met la folie à l'écart. Cet essai propose un nouveau paradigme où le fou et le professionnel de la santé mentale se rejoindraient dans un travail conjoint d'adaptation.
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Serge Dalla PiazzaFolie et santé mentale pour tous
La folie fait partie des sources ancestrales de peur de l’humanité. Au fl des
millénaires, elle a engendré de multiples réactions, oscillant entre soins et
ostracisme. Dans cet essai est posée la question de la nature même de la folie,
question mise en correspondance avec celle de la santé mentale et de la santé
sociale. Qui est fou, qui est sain ?
Nous y développons l’idée que tout le monde se retrouve en permanence, dans un Folie et santé mentale
équilibre précaire, à naviguer entre folie et santé mentale. La folie ne se défnit que
par rapport à la non-folie et cela induit une confusion totale dans les défnitions pour tousdes états. La société réagit fermement, pour des raisons sécuritaires, et met la
folie à l’écart. Contrairement à ce qu’on imagine, elle reste cantonnée à l’heure
actuelle dans des lieux d’enfermement. L’histoire ne fait que bégayer dans cette
matière, comme dans beaucoup d’autres.
Nous proposons dans cet essai un nouveau paradigme où le fou et le professionnel
de la santé mentale se rejoindraient dans un travail conjoint d’adaptation. Et
nous mettons en exergue l’idée d’une évolution organisée des mesures de soins Essaiet d’encadrement de la folie qui tiennent compte de la multiculturalité et de la
complexité sociale.
Serge Dalla Piazza est Docteur en Psychologie, neuropsychologue et
psychothérapeute et exerce dans le milieu de la santé mentale depuis de très
nombreuses années. Il est l’auteur de nombreux livres et articles.
Au carrefour du social
22 €
AigsISBN : 978-2-343-05980-8
Serge Dalla Piazza
Folie et santé mentale pour tous

Folie et santé mentale pour tous





























© L'HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-05980-8
EAN : 9782343059808 Serge DALLA PIAZZA






Folie et santé mentale pour tous


Essai























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PROPOS LIMINAIRES



Le monde est ainsi fait que chacun s’intéresse d’abord à ce qui le touche.
Les grands thèmes de société, l’avenir de la planète, la surpopulation, les
problèmes de climat et même les guerres n’intéressent que dans la mesure où
ils interpellent, où ils font peur.

La peur est probablement le grand moteur du développement, du progrès et
tout simplement de l’adaptation. La peur mobilise, détourne, engrange dans
notre mémoire émotionnelle des expériences de vie classées selon leur
dangerosité. Au centre de notre cerveau, deux petites structures, l’amygdale
et l’hippocampe, nous aident à affronter les dangers. L’amygdale nous
permet de décoder nos émotions et nos sens l’informent du degré potentiel
de difficultés à venir. Elle est connectée avec l’hippocampe qui sert de zone
de stockage de toutes les expériences aversives vécues. L’expérience et son
contexte sont ainsi associés à jamais dans notre mémoire. Grâce à leurs
connexions avec d’autres zones de contrôle, certains contextes de vie
peuvent générer anticipativement et inutilement des peurs ou de l’anxiété.
Ces zones permettent surtout un relatif contrôle de nos peurs, en tout cas,
une action sur elles.

L’amour, un autre grand moteur émotionnel de la vie, nous pousse à nous
reproduire en tant qu’individu d’une espèce, quand la peur nous aide à
survivre individuellement. Pour surmonter ces peurs, l’être humain a inventé
au fil des millénaires des moyens de lutte de plus en plus sophistiqués : la
lumière pour éclairer nos ombres, les dieux du haut pour lutter contre les
démons du bas, les armes pour nous défendre de nos ennemis réels ou
imaginaires et le groupe pour réduire notre solitude.

Si la peur permet l’adaptation, quand elle est un moteur de la vie et de la
création, elle l’entrave aussi quand elle devient un frein au partage, à la
coopération et au rapprochement. Le plus souvent, un équilibre entre les
forces d’éloignement et de rapprochement s’établit. Toute rupture de cet
équilibre précaire est le signe annonciateur d’un conflit, qu’il soit
intrapersonnel ou interpersonnel. Cela a toujours été bien compris et utilisé à
profusion comme mécanisme de contrôle, contrôle de soi ou des autres.
L’être humain, comme d’autres mammifères, n’est jamais aussi intéressé que
par ce qui l’inquiète ou pourrait l’inquiéter. Cela explique évidemment sa
passion pour les mauvaises nouvelles ou son orientation vers la morbidité.
Mais, une règle implicite souligne que cette orientation d’un individu vers le
différent ne devient anxiété, voire angoisse, que si cela le concerne
7
immédiatement ou si cela concerne une personne précise de son entourage.
Une inondation n’a pas le même impact si elle se situe dans un pays exotique
ou si elle touche personnellement ; idem quand il s’agit d’une agression, ou
encore d’une pénurie d’eau ou d’aliments.

Mais de quoi l’homme a-t-il donc si peur ? Les grands thèmes concernent
l’inconnu et le différent. On y retrouve la mort, les forces inexpliquées, le
climat indomptable, et surtout les autres êtres humains dans ce qu’ils ont de
différent. Dans une même préfiguration, les forces obscures en chacun de
nous, comme la violence, nous poussent à reconnaître chez les autres ce que
nous sommes nous-mêmes. Si le thème de ces propos est la peur, n’oublions
cependant pas que les forces de rapprochement comme l’amour et la
compassion nous font reconnaître chez l’autre la bonté que nous avons
également tous en nous.

L’utilisation systématique de la peur par les élites au pouvoir, qu’elles soient
politiques, médiatiques ou financières, pour ébranler les communautés
1vulnérables est très évidente. Les intérêts commerciaux et les grandes
puissances exploitent cette peur, qu’il s’agisse d’un désastre naturel, d’un
problème économique ou de turbulences politiques. Puisque les politiques
ultra-capitalistes (ou totalitaires) paraissent agressives et injustes à la
majorité des citoyens, on ne peut les mettre en place sans la peur, notamment
grâce à des mécanismes d’hypermédiatisation du fait divers et des
informations anecdotiques.

Il est particulièrement affligeant de voir la répression violente des
mouvements sociaux qui résistent actuellement à l’austérité. Et cela dure
depuis si longtemps maintenant. Les gens sont usés. Les gens, et c’est
compréhensible, sont beaucoup plus concernés par la réduction de leur
retraite, les licenciements, l’exclusion du chômage, tout ce qui a des
conséquences beaucoup plus immédiates pour eux que les modifications
climatiques ou les luttes économiques hégémoniques. Parfois l’histoire
organise des soubresauts éphémères quand il est question de guerre et de
2résistance.

La montée des forces réactionnaires et des extrémismes y compris religieux,
dans ce contexte, est entièrement prévisible. Si on impose des sanctions
punitives et humiliantes à un pays et à un peuple, cela fait le lit du fascisme.
Quand on fait croire qu’un pays a un cancer social, comme ce fut le cas pour
la Grèce en 2008-2009, cela justifie tous les traitements sous prétexte de lui
1
Klein N. (2008), Stratégie du choc. Paris : Actes Sud.
2 Voir aussi les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis et les actes terroristes à Charlie
Hebdo le 7 janvier 2015.
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