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Fragments pour une histoire de la gérontologie

154 pages
Ce livre raconte avec force d'anecdotes la naissance de l'action gérontologique : les errements, les oppositions, et les luttes des acteurs qui ont ouvert cette voie nouvelle. Ce tome rend compte des journées régionales qui ont réuni sur des territoires différents les acteurs de la première heure. Les entretiens croisés proposent un vrai tissage d'expériences et mettent en évidence les réseaux naissants constitués autour d'affinités, de compétences, où se sont retrouvés professionnels, élus, bénévoles qui avaient à coeur d'inventer et de bâtir.
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Fragments pour une histoire
de la gérontologie
Volume 2 OAREIL
L’histoire de la gérontologie en France n’est pas seulement le résultat
de décisions gouvernementales, pas plus d’ailleurs que l’aboutissement
d’idées, de notions et de concepts portés par des théoriciens dessinant
les contours d’un secteur en devenir.
L’envers de ce décor est constitué par des acteurs dont certains
ont trouvé de l’intérêt à agir pour une population émergeant à la Fragments pour une histoire
conscience collective, alors que d’autres y sont venus indignés par
la situation faite aux personnes âgées ou ont souhaité prolonger leur de la gérontologieaction vers un public ouvert à de nouvelles possibilités.
Ces militants de la première heure étaient des artisans qui ont mis
toute leur habileté au service d’un secteur où tout était à inventer. Volume 2
Habitat, hébergement, prévention, soin, sport, bénévolat, information,
culture, accompagnement, bref, tout ce que nous connaissons sous
ces formes cristallisées, normalisées, instituées, ils l’ont imaginé,
travaillé, expérimenté, développé…
La naissance de l’action gérontologique vous est racontée ici avec
force d’anecdotes par les acteurs eux-mêmes, et l’on peut y lire leurs
errements, leurs oppositions, leurs luttes pour ouvrir de nouvelles voies.
Ce second tome est le compte rendu de journées régionales qui ont
réuni sur des territoires différents des acteurs de la première heure.
Ces entretiens croisés proposent un véritable tissage d’expériences
et mettent en évidence des réseaux naissants constitués autour de
compétences ou d’affinités où se sont retrouvés professionnels, élus,
bénévoles qui avaient à cœur d’inventer et de bâtir.
Il est possible d’ailleurs d’en tirer une leçon alors que certains
attendent, ici quelque penseur éclairé qui nous offrirait une méthode
révolutionnaire ou une notion qui changera tout, là, des moyens accrus
à l’initiative des pouvoirs publics. La force de ces acteurs, malgré les
résistances, l’ignorance, la faiblesse des moyens et les embûches, était
de croire qu’ils pouvaient sans attendre changer les choses. Et c’est ce Vol. 2
qu’ils ont fait.
ISBN : 978-2-336-30382-6
La gérontologie
17,50 e
en actes
La gérontologie en actes
Fragments pour une histoire de la gérontologie
OAREILFragments pour une histoire
de la gérontologie
Volume
La Gérontologie en Actes
Collection dirigée par Jean-Jacques Amyot
L’évolution des connaissances sur le vieillissement et les constantes
mutations de l’action gérontologique requièrent une large diffusion des
études, des recherches et des actes de colloques, véritables brassages d’idées,
de concepts, de pratiques professionnelles et de politiques publiques qui
participent à l’innovation.
La collection La gérontologie en actes a vocation d’éditer ces contributions
qui accompagnent le développement de l’action auprès des personnes âgées.
Déjà parus
Jean-Jacques Amyot, Michel Billé (sous la dir.), Vieillesses interdites, 2004
Michel Billé, La chance de vieillir, 2004
Colette Eynard, Didier Salon, Architecture et gérontologie, 2006
OAREIL, Le vieillissement des immigrés en Aquitaine, 2006
Jean-Jacques Amyot, La naissance de la gérontologie. Jean Bassaler, témoin
et acteur, 2006
UNIORPA, Le traitement social de la vieillesse, 2006
Blandine Orellana-Gélain, Communiquer avec les personnes âgées. Guide
Pratique, 2007
Gaëtan Macaluso, Le stress chez les personnes âgées, 2008
Sophia Belhadjin-Gongon, Regards d’un médecin sur la fin de vie en
gériatrie. Et si c’était moi ? 2009
UNIORPA, Choisit-on d’entrer en établissement pour personnes âgées ?
Enjeux éthiques et pratiques, 2010
Christophe Trivalle, Vieux et malade : la double peine !, 2010
Pierre Pfizenmeyer, Prendre soin du grand âge vulnérable : un défi pour une
société juste, 2010
Sandra Queille, Mémoire du quartier Grand Parc : hier, aujourd’hui et
demain, à Bordeaux, 2011
Catherine Gucher (Dir), Gérontologie sociale. Héritages et réflexions
contemporaines, 2012
Henri Mialocq, Maltraitance en EHPAD. Chroniques de ces petits riens qui
nuisent au quotidien, 2012
Gérald Quitaud, La mort dans l’âme. Le travail du Tré-Pas en soins
palliatifs, 2014
Micheline Tassart-Lainey, Partir à la retraite, 2015
UNIORPA, Société, individu, vieillissement. S’adapter ou changer de
modèle, 2015OAREIL
Fragments pour une histoire
de la gérontologie
Volume
© L'HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-336- 30382- 6
EAN : 9782 3363038 2 6






Remerciements


Nous remercions les acteurs qui ont accepté de témoigner et ceux qui, plus
de dix ans après, ont accepté de relire et d’ajuster leurs interviews ;

Nous remercions Béatrix Blain qui a repris tous les textes transcrits pour
qu’ils soient lisibles, publiables, en prenant la précaution de ne pas trahir la
pensée et en restant au plus près du style oral propre à l’interview ;

Nous remercions Olivier Létang qui, en sa qualité d’ancien documentaliste
de la Fondation nationale de gérontologie et précédemment du Cleirppa, a
accepté de relire les entretiens afin de s’assurer, autant que faire se peut, de
la cohérence historique des propos et des références nominatives.


SOMMAIRE
VOLUME 2
Préface
Jean-Jacques Amyot ...................................................................... 9
Matière Grise
Une contribution à l’histoire du champ de la gérontologie ................. 11
Première Journée de Travail Matière Grise
Paris, 28 mars 2002 ........................................................................ 17
Deuxième Journée de Travail Matière Grise
Bordeaux, 28 novembre 2002 ......................................................... 49
Troisième Journée de Travail Matière Grise
Metz, 11 avril 2003 91
Quatrième Journée de Travail Matière Grise
Mulhouse, 7 novembre 2003 ........................................................... 123 SOMMAIRE
VOLUME 1
Préface
Jean-Jacques Amyot ...................................................................... 9
Matière Grise
Une contribution à l’histoire du champ de la gérontologie ................. 11
Interview de Madame Denise Belot ................................................. 17
Interview de Monsieur François Blanchard ...................................... 35
Interview de Madame Suzanne Corréard ......................................... 47 onsieur Jean-Pierre Ernoult 61
Interview de Monsieur Jacques Gauthier 81 onsieur Roger Grossi ............................................... 95
Interview de Madame Hélène Reboul .............................................. 113 adame Claudie Paugam ............................................ 127
Interview de Monsieur Jean-François Tessier ................................... 135 onsieur Jean Vincendeau .......................................... 157
Interview de Monsieur André Weers ............................................... 169 adame Claude Mollard, épouse Weers ...................... 193 Préface

À la fin des années 90, naît l’association Matière Grise à l’initiative d’un
petit noyau de professionnels et d’anciens qui s’intéresse à l’histoire de la
gérontologie en France, soucieux de ne pas perdre le contenu d’une
formidable aventure et surtout d’en comprendre le sens. S’organise alors,
autour de son président, Maurice Bonnet, par ailleurs vice-président du
CNRPA, le Comité nationale des retraités et personnes âgées, une réflexion
pour recueillir des témoignages et collecter des archives.

La période semblait propice, peut-être en raison du changement de
millénaire, puisque l’on voit alors fleurir des initiatives diverses comme en
novembre 1998 la parution d’un guide des Comités d’histoire et des services
historiques à l’initiative du service d’information du gouvernement ou, en
janvier 2001, l’adoption à l’unanimité d’un avis du Conseil économique et
social sur « Archives orales : rôle et statuts » présenté au nom de la section
du cadre de vie. Le document publié au Journal Officiel montre tout l’intérêt
qu’il y a, pour bien connaître l’histoire contemporaine, de recueillir les
témoignages oraux des acteurs ayant vécu ou participé à ces évènements.

Dans le Bulletin N° 1 de Matière Grise (2001), il était fait état de la nouvelle
histoire proposée par certains chercheurs. Henri Rousso, historien et
directeur de l’Institut du Temps Présent (CNRS) soutient le projet d’une
« certaine conception de l’histoire, une conception qui se détourne de
l’histoire des élites et qui propose une nouvelle approche ». Il s’agit en effet
de contribuer à l’histoire de certains groupes particuliers, en intégrant les
témoignages recueillis auprès des acteurs les plus ordinaires et souvent les
moins connus. On retrouve là sans peine, le projet de Matière Grise qui
s’adresse spécifiquement aux acteurs de la gérontologie sociale.

Matière Grise a tenté de développer son activité dans trois directions :
• Participer à divers regroupements, convaincre les acteurs et témoins
de la nécessité de faire œuvre collective de mémoire et d’histoire,
inscrire Matière Grise dans le champ universitaire ;
• Soutenir la création d’un fonds d’archives spécialisés à la Fondation
nationale de gérontologie et contribuer à l’alimenter par la
sollicitation directe d’anciens acteurs, dépositaires d’archives
privées aussi bien que publiques, acceptant de les confier à une
institution légitime et pérenne.
• Rassembler les récits d’anciens acteurs de la gérontologie sociale,
soit par des interviews collectives croisées sur la base des souvenirs
des participants, soit en interviews individuelles.

Sa participation au « Premier sommet gérontologique. De l’aide aux
vieillards au senior marketing » organisé par l’Union nationale des instances
9 de coordination, offices de retraités et personnes âgées (UNIORPA) à
Grenoble les 2 et 3 décembre 1999 a rendu ses missions plus visibles. Le
document d’orientation de Matière Grise de janvier 2000 qui précède dans
cet ouvrage les entretiens individuels montre clairement les enjeux pratiques
et théoriques que l’association avait identifiés.
Après quelques années de fonctionnement et, il faut bien le dire, d’une
difficulté majeure à trouver un consensus sur les méthodes et les objectifs
assignés à l’action de l’association, Maurice Bonnet a décidé de dissoudre
l’association. Outre le fonds documentaire en cours de constitution à la
Fondation nationale de gérontologie – elle-même aujourd’hui dissoute et son
fonds documentaire en péril -, Matière Grise avait organisé quatre journées
d’interviews croisées d’acteurs entre 2002 et 2003, et avait également
recueilli en 2003, 12 témoignages liés à la période-clef d’émergence de
l’action gérontologique moderne.
1Dans la mesure où l’Oareil avait, dès 1978, développé des actions de
mémoire collective, puis publié des ouvrages sur l’histoire de la
2gérontologie , Matière Grise a légué à l’Oareil les enregistrements réalisés et
le reliquat financier. Ce dernier a servi à faire transcrire les enregistrements,
à reprendre les textes, notamment avec les témoins toujours présents, puis à
préparer les ouvrages mis à disposition de ceux qui voudront s’emparer de
ces données brutes pour aller plus loin dans la connaissance de cette histoire
faite de femmes, d’hommes et d’institutions qui ont tissé à tâtons un
domaine d’activité et de réflexion devenu essentiel au fonctionnement de
notre organisation sociale.
Deux ouvrages constituent ces fragments. Le premier est constitué par la
restitution des entretiens individuels et le second par les comptes rendus des
quatre journées régionales qui avaient pour ambition de mettre en évidence
les particularités territoriales de cette naissance d’une action gérontologique
moderne.
J’avais promis à Maurice Bonnet que je ferais bon usage de cet héritage et je
suis heureux qu’aujourd’hui paraissent tous ces témoignages, plus de dix ans
après les avoir recueillis. Ce décalage n’a qu’une importance relative :
l’histoire qui se dit n’est de toute façon jamais la voisine immédiate de
l’histoire qui se fait.
Jean-Jacques Amyot, Directeur de l’Oareil
1 Office aquitain de recherches, d’études, d’information et de liaison sur les problèmes des
personnes âgées. Bordeaux. Oareil.org.
2 Amyot J.J., Dr Hugues Destrem, témoin et acteur de la naissance de la gérontologie,
OAREIL, Talence, octobre 1997 ; Amyot J.J., La naissance de la gérontologie. Jean
Bassaler, témoin et acteur, Paris, L’harmattan, « La gérontologie en actes », 2006.
10 Matière Grise
Une contribution à l’histoire du champ de la
gérontologie

Document d’orientation – janvier 2000

Comme bien d’autres activités, l’histoire est aussi affaire de conviction. Le
désir d’histoire n’est en effet pas du tout naturel, qu’on soit actif d’hier ou
d’aujourd’hui, du moins est-il très inégalement réparti. Les uns aiment le
passé, en ce qu’il éclaire l’action présente, mais d’autres se refusent à
réévaluer les actions achevées, pour mieux se concentrer, disent-ils, sur
l’action présente.

Pour sortir de ces difficultés, il n’y a pas de très nombreuses solutions. Soit
un ancien se fait lui-même, par goût ; le mémorialiste du groupe, aux risques
d’une interprétation trop personnelle des faits. Soit un étudiant, un chercheur
s’y consacre, à distance des acteurs, avec le danger que s’installe une sorte
de méfiance réciproque. La thèse est indispensable, souvent intéressante,
surtout si elle dérange, mais les acteurs peuvent quelquefois légitimement
s’estimer volés de leurs souvenirs.

Soit, autre solution, un collectif mixte prend la responsabilité de lancer et de
soutenir une entreprise indépendante de mémoire et d’histoire. En associant
contractuellement des acteurs et des chercheurs, le projet se donne les
moyens d’aller éventuellement contre les intérêts immédiats de certaines
organisations ou de certains acteurs. Pour cela, il faut une conviction
partagée. Il faut aussi une méthode as hoc. « Matière Grise » appartient à ce
troisième type de recherche.

Ce faisant, il ne faut pas minimiser deux risques importants. D’une part, le
risque d’une histoire plaidoyer ou d’une histoire règlement de compte ; en
d’autres termes, c’est le risque d’une histoire malgré tout instrumentalisée
par certaines organisations ou certaines professions qui y auraient pris
conscience avant d’autres de son intérêt stratégique.

D’autres part, le risque d’une histoire témoignage, qui ne serait que la
mémoire de ceux des anciens qui veulent bien encore s’exprimer, par oral ou
par écrit, ou bien de ceux qui pour des raisons diverses ont le désir que
l’histoire soit écrite de telle ou telle manière. Souvent les témoignages ne
sont que ceux de l’élite. On a du mal à savoir ce que faisaient les
sansgrades, à la base, dans l’anonymat. Souvent aussi les témoignages sont plus
ou moins anachroniques, quand ils évoquent les faits d’hier avec les
catégories et les enjeux d’aujourd’hui.
11 Entre ces deux écueils, quelques règles méthodologiques partagées
s’imposent. Il s’agit de s’assurer des moins mauvaises conditions pour créer
des connaissances tout à la fois fiables (c’est-à-dire dont on sait d’où elles
viennent et comment elles ont été construites) et discutables (quant à la
signification des faits évoqués). La discussion, la controverse sont toujours
indispensables à la recherche, a fortiori quand on a la chance de travailler
avec des acteurs encore vivants. Elles la fortifient et servent à la valider.
Dans cette perspective, voici comment nous avons bâti collectivement
« Matière Grise ». L’association « Matière Grise », Groupement pour la
Recherche (et non de Recherche) sur l’histoire du champ de la gérontologie,
a été constituée en 1998, après quelques mois de contacts et de réflexion. La
formule de l’association indépendante nous a semblé la plus adéquate.
« Matière Grise » a pour objectif principal de contribuer à une histoire du
champ de la gérontologie en France, en veillant à rééquilibrer la part des
acteurs médicaux, celle des autres acteurs non-médecins et la part, encore
plus souvent oubliée, des cadres administratifs (notamment après le rapport
Laroque). Comme telle la gérontologie croise évidemment les diverses
formes de protection sociale dans notre pays (mutualité, assurance, caisses
de retraite et surtout sécurité sociale).
Le collectif est constitué d’animateurs actuels dans le domaine de la
gérontologie, tous volontaires, en liaison avec plusieurs associations qui
soutiennent explicitement le programme, en liaison aussi avec un puis de
chercheurs, pour la méthodologie, et, espérons-le, avec bientôt l’appui de
quelques doctorants, notamment pour le travail de terrain. Plusieurs
personnes qualifiées ont également apporté leur soutien, qui représentent
diverses compétences et sensibilités fort utiles.
Enfin, « Matière Grise » s’appuie également sur des personnes morales, tant
pour sa gestion administrative (en l’espèce, il s’agit de l’UNIORPA), pour la
constitution du fonds d’archives (en l’espèce, jusqu’à ce jour, il s’agit du
CLEIRPPA), que pour l’organisation ou l’utilisation de manifestations
pouvant servir de support et de relais. Mais il y a encore d’autres
coopérations à construire, notamment avec les institutions universitaires et
de recherche sociale, avec des historiens du temps présent notamment.
N’étant pas dans le cadre d’une thèse universitaire, la recherche de
l’objectivité passe dans un montage de ce type par l’intégration d’une
pluralité des points de vue et par la mise en place d’une interaction
suffisante. Pour aller dans ce sens, il nous a donc fallu construire un
partenariat d’objectifs entre les différents membres, qu’ils soient héritiers de
la gérontologie pionnière, acteurs professionnels passionnés d’histoire ou
chercheurs. Ce n’est pas simple, cela ne peut pas être simple. L’étape initiale
12 de la constitution du groupement est aujourd’hui franchie et nous sommes
maintenant au début de la phase suivante, d’analyse, de confrontation et
d’écriture.

Avec ses moyens propres, « Matière Grise » a d’abord entrepris de
reconstituer les grandes caractéristiques de la politique du troisième âge, au
plan national, sur les 30-40 dernières années, en remontant aux premières
manifestations proprement gérontologiques, sachant que la toute première
n’est jamais bien facile à fixer. Qui a commencé ? C’est là un bon sujet de
débat. Quoi qu’il en soit, il s’agit pour nous de repérer et de hiérarchiser les
principaux évènements ayant marqué le développement récent de ce secteur,
en combinant l’activité gouvernementale, l’activité médicale et hospitalière,
l’activité associative et l’état de la recherche. C’est une tâche beaucoup plus
complexe qu’il n’y paraît, qui doit s’appuyer sur de très nombreuses sources.
Ce travail de recherche aura en particulier à faire la lumière sur ce qui
distingue et rapproche l’histoire du champ de la gérontologie et l’histoire de
la protection sociale sous ses différentes formes.

Mais l’histoire de la gérontologie sociale ne saurait être exclusivement
nationale. Pour restituer la part prise des acteurs locaux dans l’émergence du
problème et dans l’invention d’un certain nombre de réponses collectives
organisées, « Matière Grise » développe aussi son action dans deux autres
directions :

- D’une part, nous avons entrepris de solliciter la mémoire du plus grand
nombre de ces initiateurs de la gérontologie sociale, par questionnaire,
entretiens, déplacements et tous autres moyens à imaginer, pour
reconstituer les actions dans lesquelles ils se sont engagés et leurs enjeux.
Un premier répertoire de ces acteurs a été créé, qui sera complété au fur
et à mesure.
- D’autre part, nous avons constitué un fonds d’archives privées – un tel
fonds est aujourd’hui inexistant et, pour d’évidentes raisons, il y a
urgence -, en s’offrant à accueillir en un lieu central et visible soit des
dons d’archives soit des signalements de gisements d’archives,
personnelles ou liées à des actions collectives. Il s’agit bien d’archives
pour la recherche, qui seront répertoriées et exploitées, dans la plus
grande transparence et, comme il se doit, avec l’accord des intéressés.

Ces résultats, mêmes provisoires, doivent être soumis aux acteurs concernés.
Par principe d’abord car, si le groupement est responsable des analyses, il
n’est pas propriétaire des données qu’il recueille, mais aussi pour pouvoir
solliciter de nouveau leurs souvenirs et leurs points de vue.

13 C’est le croisement des souvenirs des acteurs avec les archives rassemblées
et dépouillées qui est principalement recherché. Ce premier type de
confrontation a commencé avec la phase exploratoire actuellement engagée
et elle se poursuivra au-delà. C’est la base même de la méthode.

Une phase de travail plus systématique est à prévoir à partir de l’année 2000,
en liaison avec plusieurs jeunes chercheurs (de niveau doctorat). Elle
donnera lieu, si tout va bien, à l’établissement d’une sorte de carte des
initiatives dans le champ de la gérontologie en France, à la rédaction de
plusieurs monographies, ainsi qu’à des travaux comparatifs interrégionaux.
Dans l’idéal, le groupement voudrait également aider à l’organisation de
journées d’étude locales, à partir de groupes locaux, où se mêleraient, de la
même manière, militants, professionnels d’hier, chercheurs, doctorants et
animateurs d’aujourd’hui.

Des modalités de diffusion de nos résultats seront également à créer. Un
bulletin de « Matière Grise » pourrait être envisagé, s’il a des lecteurs,
c’està-dire si nous réussissons à mobiliser des adhérents et au-delà un réseau de
correspondants et personnes intéressées.

Dans tous les cas, il s’agit de créer des évènements qui puissent faire
partager ce désir d’histoire, pour aller plus loin.

En résumé, ce que nous cherchons à retrouver et à rassembler peut se
ramener à trois grands ensembles :

1- Des données factuelles brutes

Des dates, des lieux, des évènements, des situations locales etc... La
précision est à cet égard une règle absolue. Chacun sait combien la mémoire
fait facilement des siennes, quand elle n’est pas simplement à éclipses.

2- Des éléments de stratégie, s’agissant des objectifs, des moyens, des
résultats

Comment les acteurs s’y sont-ils pris pour faire reconnaître et progresser la
cause de la gérontologie, au plan individuel, au plan de l’action
institutionnelle et au plan de l’action politique ?

Pour répondre, nous recherchons des éléments significatifs dans l’histoire
personnelle de chacun, les influences déterminantes, les études ou
formations sur le tas, etc...

14