Fringale de vie contre usine à mort

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Ryvka Skorka, alias Régine Hiebel dans la Résistance, a vingt-quatre ans en 1944 lorsqu'elle est arrêtée à Lyon, par la Gestapo, avec son frère Jérôme. Interrogés comme résistants par Barbie, reconnus Juifs, ils seront transférés à Drancy, puis déportés à Auschwitz-Birkenau. L'indomptable volonté de vivre de Régine lui permettra d'en réchapper... Aînée de quatre enfants, Régine naquit en Pologne occidentale tout près de la frontière allemande. Elle y apprend le polonais, l'allemand et la langue familiale, le yiddish. Toute jeune enfant elle doit s'occuper de ses trois frères car sa mère, modiste, vend ses créations sur un marché éloigné. Les conditions des Juifs polonais se dégradent rapidement dans les années vingt et la famille émigre en
Publié le : vendredi 2 octobre 2009
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EAN13 : 9782304025583
Nombre de pages : 257
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1 BIOGRAPHIE DE RÉGINE SKORKA-JACUBERT
2
Fringale de vie
contre
usine à mort
3 BIOGRAPHIE DE RÉGINE SKORKA-JACUBERT
4ERICH ALTMANN
Régine Skorka-Jacubert
Fringale de vie
contre
usine à mort




Entretiens réalisés et mis en forme par Jean Henrion




COLLECTION
TÉMOIGNAGES DE LA SHOAH



Le Manuscrit
www.manuscrit.com
BIOGRAPHIE DE RÉGINE SKORKA-JACUBERT























© Éditions Le Manuscrit, 2009
20, rue des Petits-Champs
75002 Paris
Téléphone : 08 90 71 10 18
Télécopie : 01 48 07 50 10
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ISBN : 978-2-304-02558-3 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304025583-304-02559-0 (livre numérique) 82304025590érique)
7 BIOGRAPHIE DE RÉGINE SKORKA-JACUBERT
Présentation de la collection
« Témoignages de la Shoah »
de la
Fondation pour la Mémoire de la Shoah

En lançant sa collection « Témoignages de la Shoah » avec
les éditions Le Manuscrit, et grâce aux nouvelles technolo-
gies de communication, la Fondation souhaite conserver
et transmettre vers un large public la mémoire des victi-
mes et des témoins des années noires des persécutions an-
tisémites, de 1933 à 1945.
Aux nombreux ouvrages déjà parus, la Fondation es-
père ainsi ajouter les récits de celles et ceux dont les voix
sont restées jusqu’ici sans écho : souvenirs souvent en-
fouis au plus profond des mémoires individuelles ou fami-
liales, récits parfois écrits mais jamais diffusés, témoigna-
ges publiés au sortir de l’enfer des camps, mais disparus
depuis trop longtemps des rayons des bibliothèques.
Si quelqu’un seul ne peut décrire l’indicible, la multi-
plicité des récits peut s’en approcher.
En tout cas, c’est l’objectif que s’assigne cette collec-
tion à laquelle la Fondation, grâce à son Comité de lec-
ture composé d’historiens et de témoins, apporte sa
caution morale et historique.
Face à une actualité où l’instrumentalisation des
conflits divers tend à obscurcir, confondre et banaliser
ce que fut la Shoah, cette collection permettra aux lec-
teurs, chercheurs et étudiants de mesurer la spécificité
d’une persécution extrême dont les uns furent acteurs,
les autres complices, et face à laquelle certains restèrent
indifférents et les autres héroïques.
Puissent ces ouvrages inspirer à leurs lecteurs le rejet
de l’antisémitisme et de toute autre forme d’exclusion,
et l’esprit de fraternité.

Consultez le site Internet de la FMS : www.fondationshoah.org
8BIOGRAPHIE DE RÉGINE SKORKA-JACUBERT
Comité de lecture de la collection

Président : Serge Klarsfeld.

Membres : Isabelle Choko,
Olivier Coquard,
Katy Hazan (OSE),
Dominique Missika,
Denis Peschanski,
Paul Schaffer,
Annette Zaidman.

Responsable de la collection : Philippe Weyl.


















Voir les autres titres de la collection en fin de
volume, page 253.
7 BIOGRAPHIE DE RÉGINE SKORKA-JACUBERT



Biographie
de Régine Skorka-Jacubert
née Skorka







1920 Naissance de Ryvka Skorka à Zagórów en
Pologne (70 kilomètres à l’est de Poznan).
Sa mère, Slatka, née Szejman, est modiste
et vend ses chapeaux au marché de Slupca,
ville distante d’environ 20 kilomètres. Son
père, Jacob, est un érudit religieux qui en-
seigne dans une école primaire juive reli-
gieuse, le chajder ou seder. Ils habitent une
grande maison dans laquelle vivent les
parents de Slatka, Lajb et Basia Szejman,
ainsi que tous leurs enfants, frères et
sœur de Slatka : Zalme, Rubin, Abraham,
Pejsach, et la puînée, Ryvka Szejman.

1921-1922 Trois oncles de Ryvka – Zalme,
Rubin et Abraham Szejman – quittent Za-
górów et émigrent en Allemagne pour y
trouver du travail.
9 BIOGRAPHIE DE RÉGINE SKORKA-JACUBERT
1923 Zalme, Rubin et Abraham rejoignent la
France, et se fixent à Nancy (Meurthe-et-
Moselle, Lorraine), où habite depuis très
longtemps l’un de leur oncle, vétéran de la
Première Guerre mondiale sous l’uniforme
français.

1924 Naissance à Zagórów de Jérémie Skorka, au-
jourd’hui Jérôme Scorin, premier frère de
Ryvka. La sœur de Slatka, Ryvka Szejman, re-
joint ses trois frères à Nancy.

1925 Le patriarche de la famille, Lajb Szejman,
est terrassé par une crise cardiaque. Ryvka
est confrontée pour la première fois à la
mort. Après ce décès, Basia rejoindra ses
enfants à Nancy et s’installera chez sa fille
Ryvka Szejman.

1927 Naissance à Zagórów de Lajb Skorka, futur
Léon Skorka, deuxième frère de Ryvka.

1928 Ryvka Szejman épouse à Nancy Chil Herz-
sberg et devient Régine Herszberg (Chil est né
à Lódz en 1901, alors en Russie tsariste).

Les conditions de vie sont devenues très du-
res pour les Juifs de Zagórów. Il n’y a plus
de charbon pour chauffer la maison. Les
Herszberg invitent les Skorka à les rejoindre
à Nancy. Jacob se fait passer pour un culti-
vateur afin de pouvoir être autorisé à émi-
grer en France, mais ses mains soignées et
10BIOGRAPHIE DE RÉGINE SKORKA-JACUBERT
son allure d’intellectuel le trahissent : il est
refoulé à la frontière franco-allemande.
Au retour du « laboureur », Slatka met au
monde son quatrième et dernier enfant, Zalme.

1929 À neuf ans, Ryvka devient responsable de
ses trois frères lorsque sa mère s’absente.

Les conditions de vie des Juifs en Pologne
sont de plus en plus précaires. Basia obtient
pour Jacob des papiers d’immigration pour
travailler comme ouvrier à la chaudronnerie
de Gustave Nordon, à Nancy. Jacob émigre
seul en France.

1930 Slatka et ses quatre enfants émigrent vers
Nancy. Mais dans le train, Zalme est malade
et, à Berlin, il faut s’arrêter une journée pour
le conduire à l’hôpital. Après trois jours et
trois nuits de voyage ils arrivent tous les cinq
à destination.

En France, Ryvka devient Régina, Jérémie,
Jérôme, et Lajb, Léon. Régina fréquente
l’école Raugraff où elle apprend le français.

Après un accident du travail, Jacob quitte
la chaudronnerie pour travailler dans une
chocolaterie et Slatka prend un étal au
marché de Nancy.

1932 Zalme (devenu Zali), de santé toujours fra-
gile, succombe à une broncho-pneumonie.
11 BIOGRAPHIE DE RÉGINE SKORKA-JACUBERT
Cette mort brutale provoque un problème
cardiaque chez Slatka.

1933 Régina doit quitter l’école à treize ans pour
remplacer sa mère au marché de Nancy. Son
institutrice, Mme Chrétien, continue cepen-
dant à l’instruire. Elle parle maintenant le
polonais, l’allemand, le yiddish et le français.

1934 La famille Skorka dépose une première de-
mande de naturalisation qui est ajournée.

1937-1938
Quatre jeunes Juifs de Nancy, Henry Kris-
cher, Joseph Pick, Henry Golencer et Ré-
gina Skorka, créent l’Association sportive
de Nancy-Metz-Strasbourg qui fédérera
une partie de la jeunesse juive du Nord-Est
de la France.

Jacob est informé par le gouvernement polo-
nais qu’il devient apatride ainsi que sa famille.
Une seconde demande de naturalisation de
la famille est de nouveau ajournée.

1939 Été : Régina participe à une colonie de va-
cances de son association dans les Hautes-
Vosges, à Ban-sur-Meurthe-Clefcy. Ce se-
ront les plus belles vacances de sa vie !

3 septembre : la France et le Royaume-Uni
déclarent la guerre à l’Allemagne nazie à la
suite de son invasion de la Pologne deux
12BIOGRAPHIE DE RÉGINE SKORKA-JACUBERT
jours plus tôt ; c’est le début de la Seconde
Guerre mondiale en Europe.

1940 10 mai : les troupes allemandes contour-
nent la ligne Maginot ; c’est la fin de la
« drôle de guerre » et le début de l’Exode.
Les Skorka profitent d’une camionnette
bâchée pour partir vers Libourne (Gi-
ronde, au nord-est de Bordeaux) : ils y sé-
journeront quelques jours.

17 mai : ils arrivent en train à Bordeaux. Sur
le quai de la gare, Jacob et Jérôme sont em-
bauchés comme ouvriers agricoles, et les
deux femmes, Slatka et Régina, pour
s’occuper des repas des ouvriers.

22 juin : après la défaite française, l’armistice
est signé à Rethondes. Trois cinquièmes de
la France sont occupés.

29 juin : les Allemands sont à Bordeaux.
Le paysan n’apprécie guère ses ouvriers juifs,
peu doués pour les travaux des champs.
Bientôt Jérôme est embauché comme tour-
neur sur métaux à Pessac (banlieue sud-ouest
de Bordeaux) ; Jacob aussi trouve un petit
boulot. La famille déménage à Bordeaux et
Régina travaille à nouveau sur les marchés.

10 juillet : à Vichy, l’Assemblée nationale
vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain :
efin de la IV République remplacée par l’État
13 BIOGRAPHIE DE RÉGINE SKORKA-JACUBERT
français. Pétain met en œuvre la « Révolu-
tion nationale », puis engagera la France
dans la politique de collaboration avec
l’Allemagne nazie.

Septembre : Régina décide de revenir seule à
Nancy pour reprendre son étal au marché.

3 et 4 octobre : le gouvernement de Vichy pu-
blie ses lois discriminatoires antijuives : pre-
mier statut des Juifs.

27 novembre : annexion de l’Alsace et de la
eMoselle au III Reich.

5 décembre : toute la famille Skorka, sauf
Régina, est assignée à résidence surveillée au
camp de La Lande à Monts (Indre-et-Loire),
près de Tours.

À Nancy, Régina apprend l’internement de sa
famille et décide de leur rendre visite sous une
fausse identité. Nancy appartient désormais à
la « zone rouge », créée le 23 juillet 1940, qui
s’étend du Pas-de-Calais aux Ardennes jusqu’à
la Franche-Comté en passant par la Lorraine
française. Cette « zone interdite » bénéficie
d’un régime particulier, plus contraignant pour
les habitants.

1941 Pierre Marie, adjoint d’Édouard Vigneron,
au bureau de police des étrangers de Nancy,
établit pour Régina une « vraie-fausse » carte
14BIOGRAPHIE DE RÉGINE SKORKA-JACUBERT
d’identité au nom de Régine Hiebel, née à
Metz. Régine se rend à Monts toutes les
trois semaines.

2 juin : second statut des Juifs.

Fin juin : Chil Herzsberg, de nationalité
russe, est arrêté suite à la rupture du pacte
germano-soviétique par l’attaque allemande
de l’URSS (22 juin).

Octobre : Jérôme et Jacob apprennent que les
hommes de quinze à cinquante-cinq ans se-
ront prochainement internés en camp fermé à
Pithiviers (Loiret, Centre). Jérôme décide
alors de s’évader du camp de La Lande et re-
joint Dijon (Côte-d’Or, Bourgogne). Régine,
qui utilise une filière de cheminots pour sortir
de la zone interdite de Lorraine, dissimulée
dans les poubelles du wagon restaurant,
s’empresse de chercher Jérôme à Dijon, mais
sans aucun papier pour le ramener à Nancy.
Au contrôle du retour, elle parle au soldat en
allemand : il les laisse passer tous les deux.

À Nancy, Régina « la Juive » passe en juge-
ment au tribunal pour exercice illégal de
commerce sans patente.

Jérôme, après une interpellation de la po-
lice, retourne en zone dite libre avec des
papiers établis par le bureau de police des
étrangers de Nancy.
15 BIOGRAPHIE DE RÉGINE SKORKA-JACUBERT
1942 18 juillet : Pierre Marie et Édouard Vigne-
ron, à la tête du bureau de police des étran-
gers de Nancy, ainsi que les cinq autres poli-
ciers sous leurs ordres, avertissent les Juifs
de Nancy de la rafle programmée pour le
lendemain. Ils sauvent ainsi environ trois
cents personnes.

26 juillet : la famille Herszberg (sauf Chil, le
père, déjà interné au camp de Compiègne ; il
sera déporté à Auschwitz en 1942, proba-
blement dans le convoi n° 32), et Régine
Hiebel s’enfuient vers la zone « libre », lais-
sant Basia à Nancy, chez sa bru, Marthe.
Leur passeur se révèle véreux, mais ils attei-
gnent cependant la zone « libre », où ils se
séparent. Régine rejoint Lyon, loue une
chambre d’hôtel et cherche un travail.

Août : elle reçoit une lettre de ses parents
l’informant de leur arrestation avec Léon le
17 juillet. Jacob avait réintégré le camp de La
Lande peu auparavant.
Jacob et Slatka sont internés au camp de
transit de Drancy (aujourd’hui en Seine-Saint-
Denis) : ils seront déportés à Auschwitz
(Haute-Silésie, Pologne) le 11 septembre par
le convoi n° 31 et gazés à leur arrivée. Léon
est pour sa part enfermé trois jours au sémi-
naire d’Angers d’où il est déporté à Aus-
chwitz par le convoi n° 8 (20 juillet). Il y
mourra six mois plus tard.

16BIOGRAPHIE DE RÉGINE SKORKA-JACUBERT
Régine s’engage dans l’Armée secrète. Elle
trouve un emploi de vendeuse de chaussures.

Octobre : elle est avertie par sa tante Hers-
zberg que son oncle Rubin Szejman et son
épouse Régine viennent d’être arrêtés à Châ-
tellerault (Vienne, Poitou-Charentes) tandis
que leurs trois enfants, français de naissance,
Léon, Michel et Madeleine, ont été placés par
la police dans une famille juive française, non
encore arrêtée. Régine fonce à Châtellerault
en zone occupée, avec des faux papiers. Crai-
gnant pour sa propre survie, la famille juive
d’accueil n’accepte pas de laisser repartir les
trois enfants avec Régine. Après deux semai-
nes de tractations infructueuses, Régine or-
ganise l’enlèvement des enfants et les ramène
en zone libre à Limoges, chez la belle-sœur
de Rubin, Adèle Zoberman : Léon, Michel et
Madeleine Szejman seront sauvés. Rubin et
Régine, leurs parents, seront déportés par le
convoi n° 42 du 6 novembre, dans lequel se
trouve aussi la grand-mère Basia, arrêtée à
Nancy le mois précédent. Ils sont assassinés
dès leur arrivée à Auschwitz.

Après l’évasion des trois enfants, leur famille
d’accueil à Châtellerault se voit contrainte de
se cacher à son tour : elle survivra ainsi à la
Shoah, indirectement sauvée par Régine.

Le même été, l’oncle Abraham Szejman,
père de sept enfants, est arrêté et déporté à
17 BIOGRAPHIE DE RÉGINE SKORKA-JACUBERT
Auschwitz par le convoi n° 36 du 23 sep-
tembre. Il est gazé dès son arrivée au camp.

Régine loue une grande maison à la Croix-
Rousse à Lyon. Elle y cohabitera quelques
mois avec deux autres familles juives, égale-
ment cachées, et son frère Jérôme, alias Hu-
bert Veber, ouvrier chez Citroën.

11 novembre : suite au débarquement allié
en Afrique du Nord, les armées allemandes
se rendent maîtres de la zone « libre », sauf
huit départements du Sud-Est de la France
qu’occupent les Italiens.

1943 Février : Marthe, l’épouse alsacienne de
l’oncle Zalme Szejman, est arrêtée à Nancy
avec ses deux enfants : Annette-Esther et
Léon, natifs de Nancy. Ils sont tous dépor-
tés à Auschwitz dans le convoi n° 48 du
13 février, et gazés.

À Lyon, Régine enrage d’apprendre toutes
ces disparitions dans sa famille très proche.
Convaincue par Georges Weinstein, qui di-
rige un groupe de combat de l’Union des
jeunesses juives (UJJ), elle quitte l’Armée se-
crète et rejoint cette dernière.
Jérôme doit partir en Chantier de jeunesse
d’abord comme bûcheron en Savoie puis
comme vigneron à Narbonne. Fuyant le ser-
vice du travail obligatoire (STO) en Allema-
gne, il revient se cacher à Lyon après ses
18BIOGRAPHIE DE RÉGINE SKORKA-JACUBERT
deux chantiers de jeunesse, et se fait engager
chez un épicier. Il rejoint aussi le groupe de
combat de Georges Weinstein.
Régine habite maintenant seule le quartier
des Traboules. Jérôme lui rend visite régu-
lièrement.

1944 6 juin : débarquement allié en Normandie.
Régine quitte alors son emploi et se consacre
à plein temps à son action dans la Résistance.

22 juin : Régine et son frère Jérôme sont ar-
rêtés ensemble comme résistants par la Mi-
lice française, au domicile de Régine. Ils
sont conduits place Bellecour dans les lo-
caux de la Gestapo et interrogés par Klaus
Barbie. Parmi les autres personnes arrêtées
par la Gestapo, Régine reconnaît Ida Ro-
senberg, une amie de Metz qui appartenait
à l’Association sportive de Nancy-Metz-
Strasbourg. Tous sont internés le lendemain
au Fort Montluc.

er1 juillet : ils sont transférés au camp de
transit de Drancy.

31 juillet : ils sont déportés à Auschwitz
dans des wagons à bestiaux par le convoi
n° 77. Après trois jours d’un voyage exté-
nuant, ils arrivent vivants à Birkenau. Les
parents et la grand-mère d’Ida sont gazés et
incinérés dès leur arrivée. Ida et Régine sont
tondues et immatriculées par tatouage sur le
19 BIOGRAPHIE DE RÉGINE SKORKA-JACUBERT
bras ; ce sera aussi le sort de Jérôme, mais
avec les hommes.
Régine s’inscrit dès le lendemain pour la
« corvée de café ». Aux cuisines, elle retrouve
la frêle Fany Nordon, de Nancy, qui mourra
bientôt du typhus, à l’âge de dix-sept ans.

Régine apprend à survivre dans le camp.
Avec quatre camarades elles forment rapi-
dement le « groupe des cinq » : Ida, Etty,
Mika, Régine et Carmen, une jeune fille ré-
sistante torturée au Fort Montluc.

Automne : les troupes soviétiques se rappro-
chent du camp d’Auschwitz.

18 octobre : les femmes et les hommes vali-
des pour le travail sont rassemblés dans une
immense plaine pour partir dans des camps
de travail plus à l’ouest. Jérôme est également
présent à ce rassemblement, mais Régine ne
l’a pas aperçu. Régine, Ida et Mika sont em-
barquées dans un wagon à bestiaux avec cent
autres déportées vers Chrastava, bourgade
dénommée Kratzau par les nazis et située à
trois cents kilomètres à l’ouest d’Auschwitz,
dans les Sudètes tchèques annexées.
Elles sont affectées à un atelier de peinture
au pistolet dans une usine d’armement.

1945 8 mai : fin de la Seconde Guerre mondiale
en Europe.

20BIOGRAPHIE DE RÉGINE SKORKA-JACUBERT
9 mai : les partisans tchèques libèrent le
camp de Weisskirchen. Les troupes soviéti-
ques suivent. Les nazis se sont sauvés dans
la nuit. Régine pèse alors moins de trente ki-
los. Personne ne prend en charge le rapa-
triement des prisonnières.

Le trio est séparé en voulant rejoindre Gör-
litz sur des chariots. Régine vit de rapines et
s’enveloppe d’une redingote d’aviateur alle-
mand abandonnée : elle la conservera jus-
qu’à son retour en France.

Profitant du passage d’un régiment de blin-
dés soviétiques, elle joint Prague. Là, un
train l’amène jusqu’à la zone américaine, où
elle est enfin prise en charge.

3 juin : Régine arrive à Nancy. Sa tante
Herszberg et quelques rares survivants de
sa famille l’y accueillent. Elle retrouve son
frère Jérôme. Son oncle Zalme Szejman a
également survécu mais il a perdu son
épouse et ses deux enfants.

Régine et Jérôme passent un mois dans une
maison de repos pour déportés, installée à
Foncine, dans le Jura.

Septembre : Régine devient membre de
l’Amicale des rescapés de Montluc et reçoit sa
carte des Forces françaises de l’intérieur (FFI).

21 BIOGRAPHIE DE RÉGINE SKORKA-JACUBERT
Octobre : elle reprend son étal au marché de
Nancy. Elle milite au sein de la nouvelle
Amicale juive du 55 rue des Ponts et s’occupe
des jeunes orphelins juifs de déportés.

Décembre : elle organise au 55 rue des
Ponts le mariage de deux jeunes gens, fils et
fille de déportés : Ervine Goldman et Renée
Lustig. Elle y fait la connaissance de celui
qui deviendra son époux, le résistant du
Vercors, Henri Jacubowicz.

1947 26 février : célébration du mariage civil de
Régine Skorka et d’Henri Jakubowicz. Ce-
lui-ci avait été fait prisonnier de l’armée
française au début de la guerre et interné au
Stalag VIIA en Autriche. Libéré en 1941, il
était parti avec son père et sa sœur, à Die
dans la Drôme, où il avait bientôt rejoint le
maquis du Vercors.

3 mars : le mariage religieux de Régine et
d’Henri est célébré à la synagogue de Nancy.
Pierre Marie, qui avait fourni sa première
carte d’identité à Régine en 1941, et son
épouse sont invités.

Revenu à la vie civile, Henri travaille avec
Régine au marché de Nancy. Régine conti-
nue son activité au sein de l’Association
culturelle juive du 55 rue des Ponts : elle y
est membre du comité.

22BIOGRAPHIE DE RÉGINE SKORKA-JACUBERT
1949 12 février : naissance de Jacques Daniel Ja-
cubert, qui deviendra plus tard Master of
Sciences aux États-Unis.

1951 Naissance de Serge Bernard Jacubert, second
fils de Régine et d’Henri. Il sera centralien.

1963 Régine et Henri quittent leur étal du marché
et achètent un magasin.

20 mai : Régine reçoit la carte de combattant
volontaire de la Résistance.

1967 Voyage à Auschwitz avec Jérôme, organisé
par l’Association des déportés de France.
Inauguration du Monument commémoratif
du camp de Birkenau.
Régine en profite pour retourner à Zagórów,
où elle constate que l’antisémitisme est de-
meuré intact.

1979 27 novembre : Régine est présente au pro-
cès de Kurt Lischka et d’Ernst Heinrich-
sohn, à Cologne.

1984 13 novembre : confrontation entre Régine
Jacubert et Klaus Barbie lors de l’instruction
du procès de ce dernier à la prison Saint-
Joseph de Lyon, en présence de son avocat
eM Jacques Vergès.

1987 11 mai-4 juillet : Régine et Jérôme sont témoins
de l’accusation au procès de Klaus Barbie.
23 BIOGRAPHIE DE RÉGINE SKORKA-JACUBERT
1992 30 avril : Régine et Jérôme sont témoins de
l’accusation (avec la communauté juive de
Nancy), au palais de justice de Fontaine-
bleau, au procès des deux négationnistes
Philippe Costa et Laurent Gentel, colpor-
teurs des thèses de Robert Faurisson.

1993 10 mai : Régine reçoit à son domicile de
Nancy les survivantes du convoi de déporta-
tion n° 77 vers Auschwitz.

1994 Régine est filmée et interviewée à son do-
micile à Nancy pour le film Les Justes, de
Marek Halter.

1995 Voyage du jubilé de la libération des camps
à Weisskirchen-Kratzau, la ville tchèque ac-
tuelle de Chrastava. Une plaque commémo-
rative est posée en présence du consul de
France, Mme Gisèle Lazare. Le groupe des
anciennes prisonnières est reçu chaleureu-
sement par le directeur de l’usine actuelle, à
l’emplacement de l’usine nazie d’armement
où elles travaillaient. Les professeurs et les
élèves des lycées de Chrastava assistent à la
commémoration.

Cette année-là, l’historien Bruno Perme-
zel publie un répertoire de 1 221 résis-
tants de Lyon, parmi lesquels figurent
Régine et Jérôme.

24BIOGRAPHIE DE RÉGINE SKORKA-JACUBERT
1996 Interview de Régine Jacubert par la Fonda-
tion Spielberg.

1998 15 septembre : Régine reçoit sa carte de dé-
porté-résistant.

2000 Au cours d’un voyage d’agrément à Rhodes
avec sa belle-fille Catherine, l’épouse de
Serge, Régine fait la connaissance d’une sur-
vivante d’Auschwitz dont elle avait vu arri-
ver le convoi au camp.

31 décembre : Jérôme est décoré chevalier
de la Légion d’honneur.

2001 Régine est filmée et interviewée pour le film
Français pour 42 sous de Roger Viry-Babel et
Régis Latouche réalisé à Nancy par l’Institut
européen du cinéma audiovisuel (IECA).

Régine est interviewée par un jeune historien
américain, Terry Kegel, qui prépare à
l’université de Nancy II un mémoire
d’histoire : La Vie des Juifs français pendant la
Seconde Guerre mondiale, 1939-1945.

2002 25 janvier : Régine Jacubert retourne à Aus-
chwitz, accompagnée de son fils Jacques, de
ses deux brus et de deux petits-enfants : Da-
vid, fils de Jacques et Myriam, et Maud, fille
de Serge et Catherine. Simone Herszberg,
l’épouse de Léon, cousin germain de Régine,
est également du voyage.
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