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Gauguin

De
176 pages
Ce livre retraverse l'oeuvre de Gauguin dans le sillage des nombreuses escales proches ou lointaines qui ponctuent la vie du peintre. Trop souvent réduite à une nostalgie du paradis perdu dont Tahiti aurait été le dernier refuge, sa fièvre voyageuse est interprétée comme le symptôme d'une recherche qui trouve son issue dans les tableaux. À la lumière des oeuvres et des écrits de Gauguin, véritable carnet de bord de son aventure picturale, on assiste à la naissance d'un libre espace infini affranchi du cadre du tableau et des frontières entre arts et cultures.
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GAUGUIN, voyage au bout de la peinture
V a u d n e y/ V o ya g e  P e i n t u r e . i n d d    1
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Collection dirigée par S AMIA K ASSAB -C HARFI
Parutions
1) Patrick VAUDAY, Gauguin, voyage au bout de la peinture , 2010 . 2) Ilaria VITALI, Intrangers , 2011 .
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Patrick Vauday
GAUGUIN, voyage au bout de la peinture
S EFAR  
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N° 1
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Mise en page : CW Design
D/2011/4910/50
© Bruylant-Academia s.a. Grand’Place, 29 B-1348 L OUVAIN -LA -NEUVE
ISBN : 978-2-8061-0007-8
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit. Imprimé en Belgique.
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www.academia-bruylant.be
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Pour
Julien
et
 
Irina
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De tous les peintres de la modernité, au XIX e siècle, Gauguin fut probablement celui qui voyagea le plus et le plus loin. Du Pérou de son enfance où il passa six ans jusqu’à Hiva Oa qui fut, selon la belle expression de Victor Segalen, son « dernier décor », en passant par le Brésil, avant de faire un tour du monde dans la marine marchande, puis par le Danemark, pays de sa femme Mette, suivi peu après par Panama et La Martinique, un peu plus tard par Tahiti où il séjourna une première fois avant de s’y installer définitivement, sans oublier 1 . G AUGUIN , Paul, Lettre à Charles Morice, Atuona, avril 1903 . 2 . D ENIS , Maurice, « De Gauguin et de Van Gogh au classicisme », in Du symbolisme au classicisme. Théories , Paris, Hermann, coll. « Miroirs de l’art », 1964 , p. 121 .
« L’œuvre d’un homme, c’est l’explication de cet homme 1 . » Paul Gauguin « Gauguin, qui a mis tant de désordre et d’incohé-rence dans sa vie, n’en tolérait pas dans sa pein-ture 2 . » Maurice Denis
La peinture ou le voyage aux confins
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un court séjour en Angleterre ni, bien sûr, la France qui le vit aller d’Orléans à Paris en passant par la Normandie, la Bretagne, à plusieurs reprises, et la Provence avec l’ami Vincent où cela tourna mal entre eux, Gauguin n’aura pas cessé d’ar-penter le monde et de sillonner mers et océans. Une telle fièvre voyageuse ne saurait seulement s’expliquer par les méandres d’une biographie tourmentée et les contingences d’une vie qui s’interrompt à cinquante-cinq ans. Quand on connaît l’inconfort, encore à l’époque, des interminables tra-versées transocéaniques, il faut supposer qu’elle répondait à un obscur appel ou pour le moins à une tendance puissante, cause d’instabilité et de projections lointaines. Gauguin céda-t-il, comme d’autres de son temps, aux sirè-nes de l’exotisme alimentées par une lassitude fin de siècle de la vieille Europe et les terres promises du colonialisme ? Entendit-il la voix des confins comme le suggèrent deux tableaux, parmi les plus beaux et les plus doux qu’il ait jamais peints, des cavaliers sur une plage d’Hiva Oa, leurs montures piétinant et tournant au bord des vagues qui les tiennent à distance en même temps qu’elles ouvrent un espace infini 3 ? Ce mouvement sur place des cavaliers dont on voit et ima-gine la ronde et les élans brefs recommencés, n’est-il pas l’image d’une impatience, d’ pel et d’une partance devant  un ap un impossible réclamant sa solution ? Et comment trouver une issue à un mouvement contradictoire, brisé au moment même de son départ ? Il faut imaginer que cette plage, reprise par deux fois et deux fois semblable dans ses variations, est la toile même du peintre où vient se convertir son propre mou-vement empêché ou entravé. Bien davantage qu’une évasion ou une fuite, il s’agit d’une création d’impossible qui forge là sa possibilité et sa destinée. Ce sera sur la toile désormais que 3 . Cavaliers sur la plage , 1902 .
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le mouvement de fuir et de partir pourra s’inscrire et prendre du champ. À la place d’un mouvement dans l’ t d’une espace e agitation désordonnée rongeant le frein d’un désir sans nom, on a un mouvement dans la toile qui s’empare de son espace pour le déclore ; au lieu d’une translation indéfinie, une trans-formation et même une métamorphose qui animent et font vibrer la toile. Ces deux tableaux de la fin de vie de Gauguin, en 1902 , peut-être dans le pressentiment de sa mort pro-chaine qui surviendra en 1903 , car malade il se sentait à bout de forces, mettent à découvert les commencements de l’œuvre et de son style. Dans la lumière rompue de couleurs suaves qui baigne la plage où évoluent les cavaliers, s’étale le secret de ce qu’on a appelé le style décoratif du peintre. Les volutes et les arabesques, l’enroulement des corps dans la ligne végé-tale qui les lie, les aplats de couleurs franches qui ne saturent jamai l’ où elles respirent et communiquent, sont la s espace traduction d’un mouvement affranchi de ses entraves terres-tres, de la servitude des formes repliées sur elles-mêmes, des lieux confinés. L’expression de Victor Segalen, visitant peu après la mort du peintre les lieux où il vécut, prend ici tout son sens, car si, en forme d’hommage, il écrit « Gauguin dans son dernier décor 4 », c’est tout de suite pour en souligner la monstruosité, Gauguin fut un monstre », et l’excès, « il fut divers, et, dans « tout, excessif ». C’est dire en raccourci la force qui tend la toile ornementée, l’intensité qui se joue dans la légèreté et les métamorphoses de la ligne décorative, à l’image du raffine-ment des peintures faciales que le peintre admirait tant chez les Maoris. Monstre et décor, non pas côte à côte ou au recto verso l’un de l’autre, comme deux contraires, mais l’un dans 4 . S EGALEN , Victor, « Gauguin dans son dernier décor » ( 1904 ), in Essais sur l’exotisme , Paris, Le Livre de Poche/essais, 1986 , pp. 159 -166 .
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