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Genre, changements agraires et alimentation

De
482 pages
Cet ouvrage propose de donner matière à réfléchir sur les processus d'appauvrissement des paysannes et paysans. Près d'un milliard de personnes ont faim dans le monde et paradoxalement 70 % d'entre elles font partie de familles paysannes. Les ressources naturelles et techniques sont pourtant suffisantes pour assurer une alimentation correcte de l'humanité. Cet éclairage nouveau prétend contribuer à expliquer les inégalités d'accès à l'alimentation dans le développement rural.
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Cet ouvrage propose de donner matière à réfléchir sur les processus d’ap- Genre,pauvrissement des paysannes et paysans. Près d’un milliard de personnes
ont faim dans le monde et, paradoxalement, 70 % d’entre elles font partie
de familles paysannes. Les ressources naturelles et techniques sont pourtant changements agraires suffisantes pour assurer une alimentation correcte de l’humanité.
Le fait que les femmes contribuent de manière centrale à la production agri-
cole est maintenant indiscutable, leur accès inégal à la terre ou à d’autres et alimentation
ressources comme les outils, l’eau, le crédit, le travail, est mieux reconnu.
Mais les études critiques du développement agraire ne s’intéressent encore
que trop faiblement aux savoirs et stratégies des paysannes, aux systèmes de
production paysans et à la place que les paysannes y occupent, aux rapports
de pouvoir entre producteurs et productrices agricoles, à la multiplicité des
activités agricoles et rurales – y compris le travail des paysannes dans le com-
merce rural ou celui des ouvrières agricoles dans les grandes exploitations.
Cet ouvrage aborde ces divers champs de réflexion : les silences dans l’éco-
nomie politique des changements agraires en raison de l’absence de prise
en compte du genre, entendu comme un outil d’analyse ; la libéralisation
agricole et les questions que pose l’articulation du travail reproductif et pro-
ductif au sein des systèmes de production agricoles ; les logiques d’action
des paysannes et les rapports de pouvoir entre hommes et femmes dans les
systèmes de production vivrière, ainsi que les transformations du travail en
milieu rural ; le champ de recherche autour de la question de l’accès des
femmes à la terre ; les luttes des paysannes et les enjeux liés au droit à l’ali-
mentation. Cet éclairage nouveau prétend contribuer à expliquer les inéga-
lités d’accès à l’alimentation et dans le développement rural.
Les Cahiers genre et développement constituent une collection d’ou-
vrages chacun portant sur une problématique spécifique. Ils sont un recueil
de documents de référence et d’articles sur le concept de genre appliqué à
l’analyse des problèmes de développement. Ils permettent de mieux faire
connaître l’outil d’analyse qu’est le genre, de croiser les théories féministes,
dans toute leur diversité, avec les théories du développement. Ils ne consti- Dirigé par
tuent pas un « manuel » mais proposent un choix, accessible et en langue Christine Verschuur
française, de documents dans le champ d’études genre et développement.
Direction scientifique Christine Verschuur
Christine Verschuur est anthropologue, chargée d’enseignement et de
recherche à l’Institut de hautes études internationales et du développe-
ment. Elle est responsable du Pôle genre et développement de l’IHEID, sou-
tenu par la coopération suisse. Elle dirige la collection les Cahiers Genre et
Développement, qui paraissent depuis 2000 chez L’Harmattan, avec l’assis-
tance d’Emmanuelle Chauvet.
Cahiers
genre et développement
oISBN : 978-2-296-99303-7 n 8 2012
47 euros
Dirigé par
Genre, changements agraires
Christine Verschuur
et alimentationcahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page1
Titre article
1
Genre, changements agraires
et alimentationcahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page2
oTitre Cahier Genre et développement n 6
Cahiers
genre et développement
2cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page3
Titre article
3
Genre, changements agraires
et alimentation
Dirigé par Christine Verschuur
Cahiers genre et développement
on 8 • 2012
Editions L’Harmattancahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page4
oTitre Cahier Genre et développement n 6
Cahiers
genre et développement
Responsable de la publication
Christine Verschuur, Institut de hautes études internationales et du développement
Assistante de coordination
Emmanuelle Chauvet, Institut de hautes études internationales et du développement
Assistante de recherches
Isabelle Hillenkamp
Traductions et relecture
Aurélie Cailleaud • Emmanuelle Chauvet • Laetitia Houlmann • Catherine Pizani •
Saskia Velásquez
4
Mise en pages
Atelier Françoise Ujhazi, Genève
Couverture
Luis de Masaya, tapisserie en sisal, artisanat populaire du Nicaragua
Financement
• Direction du développement et de la coopération suisse (DDC)
• Institut de hautes études internationales et du développement
Collaboration
• Espace Femmes International (EFI) : 2 rue de la Tannerie, 1227 Carouge (Suisse)
Contact

20, rue Rothschild; Case postale 136
1211 Genève 21 (Suisse)
http://graduateinstitute.ch
http://graduateinstitute.ch/genre
© L’Harmattan, 2012
ISBN : 978-2-296-99303-7cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page5
Titre article
Sommaire
5
Présentation et introduction
Présentation des Cahiers genre et développement
Christine Verschuur 9
Les paysannes ignorées. Petite production paysanne, changements agraires
et inégalités de genre
Christine Verschuur 13
1. Les silences de l’économie politique des changements
agraires
La fracture alimentaire et agricole mondiale
Marcel Mazoyer et Laurence Roudart 25
Structures agraires et sous-développement en Afrique
et en Amérique latine
Rodolfo Stavenhagen 33
Inégalités de classe et de sexe et système agro-alimentaire
en milieu rural en Amérique latine
Andrée Michel 39
Qui se nourrit de la famine en Afrique ?
Comité d’information Sahel 47
Par-delà l’oppression et la crise: une analyse sexuée de la structure
et de la réforme agraires en Tanzanie
Marjorie Mbilinyi 57cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page6
Genre, mouvements populaires urbains et environnement
Entre l’état et les «bandits» armés par l’Afrique du Sud.
Les paysans ignorés du Mozambique
Claude Meillassoux et Christine Verschuur 81
Les conséquences du développement sur les femmes
et sur les politiques alimentaires
Jeanne Bisilliat 89
Intégrer la perspective de genre dans l’économie politique
du changement agraire
Shahra Razavi 1036
2. Droits à la terre
Un champ à soi. Pour la reconnaissance des droits des femmes à la terre
en Asie du Sud
Bina Agarwal 129
Droits à la terre, égalité des genres et sécurité alimentaire:
exploration des liens conceptuels en Inde
Nitya Rao 167
Femmes, droits à la terre et contre-réformes en Amérique latine
Carmen Diana Deere et Magdalena León 187
Le fossé hommes-femmes dans la propriété des biens:
le foncier en Amérique latine
Carmen Diana Deere et Magdalena León 197
Femmes du Sahel, la désertification au quotidien
Marie Monimart 205
3. Systèmes agraires, technologies et changements
Femmes paysannes et transformation économique en Gambie
Judith Carney 223
Développement rural et marginalisation des femmes au Mali du Sud
Els Postel-Coster 243cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page7
Titre article
Du travail à main nue au contrôle des outils mécanisés. Transformations
de la noix de karité et des rapports de genre au Burkina Faso
Magalie Saussey 253
Biodiversité et gestion féminine des semences dans l’Inde rurale
du Deccan
Carine Vatturi-Pionetti 265
Marchandisation et masculinisation des systèmes après récolte du riz en
Asie du Sud
Barbara Harriss-White 281
7
Femmes et sécurité alimentaire:
implications pour la recherche agricole
Louise Fresco 301
Les conséquences des mutations technologiques
pour les femmes rurales: revue de l’analyse et des concepts
Ann Whitehead 313
Révolution verte, révolution doublement verte.
Quelles technologies, institutions et recherche
pour les agricultures de l’avenir?
Michel Griffon 331
4. Les travailleuses agricoles
Du sucre amer. Le genre de la violence structurelle dans l’économie
de la canne à sucre au Sri Lanka
Nandini Gunewardena 337
Cultures du café et dynamiques des rapports de genre en pays bamiléké
au Cameroun: effets de similitude avec la situation kikuyu au Kenya
Hélène Guétat-Bernard 353
Les travailleuses du secteur des fleurs en Colombie
Nora Ferm 361cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page8
5. Politiques et droit à l’alimentation,
organisation et luttes agraires
Pourquoi existe-t-il encore des famines?
Stephen Devereux 377
Femmes: espaces acquis, espaces permis
à l’heure de la réforme agraire au Brésil
Maria José Carneiro et Lena Levinas 391
8
Les femmes: de nouveaux acteurs sociaux dans les campagnes?
Lara Flores 407
La souveraineté alimentaire. Une expérience de résistance
des paysanne d’Inzá Tierradento, Colombie
Alix Morales 419
La lutte des femmes pour l’accès et le contrôle de la terre
et des moyens de subsistance après la réforme foncière
accélérée au Zimbabwe
Patience Mutopo 429
Les paysannes de la Vía Campesina et la souveraineté alimentaire
Annette Aurélie Desmarais 443
Luttes pour les ressources, luttes de sens
Bina Agarwal 455cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page9
Titre article
Présentation des Cahiers
genre et développement
9
*Christine Verschuur
ous publions ici le huitième volume de la collection des
Cahiers genre et développement, lancée depuis l’annéeN
2000. Chacun de ces volumes est constitué de recueils de
documents de référence et d’articles originaux relatifs au concept de genre et
à l’analyse des problèmes de développement qu’il permet, sur une théma-
tique particulière. La collection ne constitue pas un «manuel» mais propose,
de manière accessible et en langue française, un choix de documents concer-
nant les inégalités de genre dans le développement: articles théoriques,
analyses sectorielles, études de cas, avec de nombreuses références biblio-
graphiques, à la fin de chaque document. Ce matériel se compose de traduc-
tions, d’extraits d’ouvrages ou d’articles, mais aussi de contributions
inédites d’auteur-es du Sud et du Nord. Ils sont destinés à des chercheur-es
ou étudiant-es, des institutions de recherche et de développement, à des
responsables ou à des chargé-es de programmes dans des ONG ou des orga-
nismes de coopération.
Les Cahiers genre et développement contribuent ainsi à mieux faire connaî-
tre la diversité des approches, idées et pratiques féministes en lien avec la
problématique du développement. Un riche champ d’étude en genre et déve-
loppement s’est constitué depuis une cinquantaine d’années, qui contribue
* Anthropologue, chargée d’enseignement et de recherche à l’Institut de hautes études internationales et
du développement (IHEID) et responsable du Pôle genre et développement de l’IHEID, Genève,
Suisse.
Verschuur, C. 2012. Présentation des Cahiers genre et développement. In Genre, changements agraires et
alimentation. Cahiers genre et développement. N° 8. (Dir.) C. Verschuur. 9-12. Paris: L’Harmattan.cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page10
Cahiers
genre et développement
de manière incontestable aux analyses critiques du développement, tant au
niveau des théories que des pratiques.
Le premier numéro des Cahiers genre et développement fournit des élé-
ments pour mieux comprendre le concept de genre en tant qu’outil d’ana-
lyse. Les numéros 2 et 3 portent sur l’économie, constituant un ensemble. Le
numéro 2 présente un premier éclairage des rapports sociaux entre hommes
et femmes, de leurs transformations, et de l’ensemble des situations dans
lesquelles les femmes sont insérées économiquement. Il expose également
les principales notions qui informent structurellement ces situations, comme
celle de la division sexuelle du travail, de l’articulation entre les rapports de10
production de type domestique et les rapports de production de type capita-
liste. Le numéro 3 poursuit cette analyse économique, en se penchant parti-
culièrement sur l’accélération du mouvement de mondialisation économique
néolibérale, l’accroissement des inégalités et des écarts entre la pauvreté des
uns et la prospérité des autres. Le numéro 4 présente les réflexions sur les
pouvoirs, les processus d’empowerment, les transformations des rapports et
des identités de genre, les processus d’organisation autour de la prise de
conscience et la défense des droits. Il aborde les mouvements et organisa-
tions de base et féministes qui cherchent à promouvoir des changements
vers une plus grande justice sociale et des rapports plus équitables entre
hommes et femmes. Dans le numéro 5, ces questions sont abordées dans le
contexte de la division internationale du travail et des migrations. La pers -
pec tive de genre permet non seulement de rendre les femmes visibles parmi
les migrants, mais aussi de souligner les discriminations particulières qui les
affectent. Le numéro 6 s’intéresse à comprendre comment les femmes, selon
leur appartenance de classe et de race, interviennent dans les associations et
mouvements populaires, environnementaux et urbains. Le numéro 7 s’atta-
che à souligner la diversité et la richesse des mouvements de femmes de par
ele monde, depuis la fin du XIX siècle, qui se sont organisés autour d’enjeux
variés. L’ouvrage montre aussi comment les apports des féministes et des
mouvements de femmes de tous pays ont contribué à la construction de la
pensée féministe. Il indique comment la réflexion sur l’intersectionnalité des
catégories de genre, classe, race, caste, que les études genre ont largement
abordée depuis des années, a nourri et d’une certaine manière précédé le
champ des études postcoloniales.
Le numéro 8 que nous présentons ici porte sur le développement rural et
agricole. Les études critiques du développement agricole et rural ont certes
analysé les processus d’appauvrissement des paysannes et des paysans et les
politiques ayant mené aux dépendances alimentaires. Cet ouvrage se pro-
pose de revisiter ces analyses critiques en prenant en compte les rapports
sociaux de genre. Si le fait que les femmes contribuent à la production cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page11
Genre, changements agraires et alimentation
agricole est actuellement indiscutable (Boserup 1970, FAO 2011), si l’accès
inégal à la terre ou à d’autres ressources comme l’eau, le crédit, les outils,
est mieux reconnu, la recherche ne s’intéresse encore que trop peu aux
savoirs et stratégies des paysannes, aux systèmes de production paysans et à
la place que les paysannes y occupent, aux rapports de pouvoir entre produc-
teurs et productrices agricoles, à la multiplicité des activités agricoles et
rurales – y compris le travail des paysannes dans le commerce rural ou celui
des ouvrières agricoles dans les grandes exploitations –, aux changements
liés à la mondialisation dans les rapports de pouvoir entre hommes et fem-
mes dans le secteur rural. Cet ouvrage aborde ainsi plusieurs champs de
réflexion: les silences dans l’économie politique des changements agraires 11
en raison de l’absence de prise en compte du genre, entendu comme un outil
d’analyse; la libéralisation agricole et l’articulation du travail reproductif et
productif au sein des systèmes de production agricoles; les logiques d’action
des paysannes et les rapports de pouvoir entre hommes et femmes dans les
systèmes de production vivrière, ainsi que les transformations du travail en
milieu rural; le champ de recherche autour de la question de l’accès des
femmes à la terre; les luttes des paysannes et les enjeux liés au droit à l’ali-
mentation.
Les Cahiers genre et développement constituent un espace pour mieux faire
connaître l’outil d’analyse qu’est le genre, un espace aussi où se croisent les
théories féministes, dans toute leur diversité, avec les études du développe-
ment. Un espace où s’expriment et sont rapportés les expériences concrètes
des femmes, de différentes appartenances et origines culturelles, et les
savoirs qui sont élaborés par et avec elles. Nous poursuivons dans chacun
des Cahiers nos efforts afin de mieux rendre compte des multiples apports
des chercheur-es, mouvements féministes et organisations de femmes, en
particulier du Sud, auxquel-les les théories féministes sont redevables.
Les Cahiers genre et développement ont pour objectif de contribuer à ce que
la perspective de genre soit incorporée dans les recherches, formations, pro-
grammes et projets. Ils favorisent les échanges sur les expériences et la cir-
culation des résultats des recherches, maintenant plus nombreuses,
entreprises avec cet outil d’analyse. Cela devrait permettre aux personnes de
mondes académiques, professionnels et culturels variés de contribuer à la
conceptualisation et au débat critique sur cette problématique, et de penser
aux liens entre engagements féministes et contre les inégalités sociales
d’une part, et professionnels, définition et mise en œuvre de
politiques et programmes, d’autre part.
Pour accompagner ces efforts, un Pôle genre et développement s’est mis en
place depuis 2003 au sein de l’IHEID (Institut de hautes études internationalescahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page12
Cahiers
genre et développement
1et du développement ), à Genève, avec le soutien de la Direction du Dévelop-
pement et de la Coopération suisse (DDC). Le Pôle genre et développement a
pour objectif de renforcer, de promouvoir et d’intégrer des initiatives de
réflexion, de recherche, de formation et d’échanges dans le domaine du genre
au sein des études du développement. Il cherche à encourager la prise en
compte de cette perspective dans les politiques et programmes de développe-
ment.
Reconnaissant la pertinence de ce champ de savoir interdisciplinaire en
genre, un Programme genre, globalisation et changements a été créé au sein
de l’IHEID en 2011, qui prolonge et étend les activités du Pôle genre et12
2développement. Sur son site Internet peuvent être trouvées des informations
sur les projets de recherche, les colloques internationaux, les publications,
les formations en ligne (e-learning), l’enseignement et l’école doctorale en
études genre. Un important fonds documentaire au sein de la bibliothèque de
l’IHEID a été constitué et des réseaux ont été tissés avec des institutions en
Suisse, en Europe, et dans des pays du Sud.
Inclure une perspective de genre donne des outils pour infléchir l’orientation
des paradigmes de développement actuels, en particulier dans le contexte de
la mondialisation, en y incluant les critiques et les revendications de plu-
sieurs décennies de luttes et d’études féministes, aux Suds comme aux
Nords. Les transformations des rapports de genre impliquent de profonds
changements, pour aller vers une société plus juste et équitable.
1 L’IUED (Institut universitaire d’études du développement) et l’IUHEI (Institut universitaire de hautes
études internationales) de Genève ont fusionné en 2008 pour devenir l’IHEID (Institut de hautes étu-
des internationales et du développement).
2 http://graduateinstitute.ch/genrecahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page13
Les paysannes ignorées.
Petite production paysanne,
changements agraires
13
et inégalités de genre
*1Christine Verschuur
rop souvent, la faim est attribuée à la démographie, au manque de
pluies, et à l’agriculture «rudimentaire» pratiquée par les petitsT
paysans des pays du Sud. Il est pourtant reconnu depuis long-
temps, dans la littérature spécialisée, que le déficit alimentaire est en grande
partie imputable aux transformations des systèmes agraires liées au marché
des produits agricoles. Le titre d’un ouvrage paru lors de la grande famine
de 1972 au Sahel était évocateur: Qui se nourrit de la famine en Afrique?
Quarante ans ont passé, les disettes se répètent.
La petite production paysanne continue d’être ignorée, dévalorisée et peu
appuyée par les politiques publiques (Meillassoux et Verschuur 1985, égale-
ment dans le présent ouvrage) et les femmes insérées dans cette forme de
production le sont encore plus. À considérer «le» paysan comme neutre, les
femmes de paysans sont ignorées, alors qu’elles travaillent durement sur les
champs familiaux mais aussi comme travailleuses agricoles, commerciali-
sent des denrées agricoles et des produits transformés, s’impliquent dans des
luttes et contribuent aux changements agraires.
* Anthropologue, Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID, Genève, Suisse).
1 Cet article reprend en grande partie un texte publié dans Verschuur (2011).
Verschuur, C. 2012. Les paysannes ignorées. Petite production paysanne, changements agraires et inéga-
lités de genre. In Genre, changements agraires et alimentation. Cahiers genre et développement. N° 8.
(Dir.) C. Verschuur. 13-21. Paris: L’Harmattan.cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page14
Cahiers
genre et développement
Cet ouvrage propose de donner matière à réfléchir sur les processus d’ap-
pauvrissement des paysannes et paysans et sur la persistance de la faim dans
le monde.
Les ressources naturelles et techniques sont pourtant suffisantes pour assurer
une alimentation correcte de l’humanité, aujourd’hui avec 6 milliards d’habi-
tants, ou en 2050 avec 9 milliards de personnes (Mazoyer et Roudart 2006).
Relevons un double paradoxe. Le premier est que 80% des personnes sous-
alimentées vivent en milieu rural (FAO 2011). Parmi les ruraux, qui consti-
tuent la moitié de la population mondiale, 80% appartiennent à des familles
paysannes. Quelque 70% des personnes qui ont faim dans le monde appar-14
tiennent donc à des familles paysannes (Mazoyer et Roudart 2006). Le
deuxième paradoxe est que, parmi les personnes sous-alimentées, 60% sont
des femmes, elles qui nourrissent leurs proches (ceci étant socialement consi-
déré comme relevant de leur responsabilité), et alors qu’une partie importante
de la production vivrière et agricole provient de leur travail.
Comment expliquer les disettes régulières, le fait qu’il y ait actuellement
près d’un milliard de personnes sous-alimentées, les inégalités d’accès à
l’alimentation?
Comment expliquer par ailleurs la méconnaissance de la place des femmes
dans les systèmes de production, des savoirs et du travail des paysannes, le
peu de cas qui est fait des inégalités qui les pénalisent encore plus que les
hommes paysans, des changements importants qui les concernent tout parti-
culièrement?
Les systèmes de production agraires ont subi des changements très rapides
depuis un siècle. Les révolutions agricoles au cours de la seconde moitié du
eXX siècle, principalement dans les pays développés, ont fait passer, avec
l’appui de politiques publiques favorables, le rendement de 1 tonne par hec-
tare à 10 tonnes par hectare dans certaines régions. Plus des trois quarts des
eexploitations qui y existaient au début du XX siècle ont maintenant disparu,
la concentration des exploitations agricoles est croissante.
Dans certains pays en développement, principalement en Asie, la «révolu-
tion verte» a permis aux agriculteurs qui en avaient les moyens, soutenus
par des politiques publiques, d’augmenter fortement le rendement du riz, de
2 tonnes à l’hectare il y a cinquante ans jusqu’à 10 tonnes par récolte, ou
même jusqu’à 30 tonnes quand les aménagements hydrauliques permettent
de faire 3 récoltes dans l’année. cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page15
Genre, changements agraires et alimentation
Ces développements n’ont pas concerné les agriculteurs et agricultrices trop
pauvres pour accéder aux moyens de production nécessaires à ces change-
ments. Des centaines de millions de paysannes et paysans sont restés à
l’écart de ces développements, et l’écart de productivité brute du travail
entre les agricultures du monde a été multiplié par 200 (Mazoyer et Roudart
2006). De multiples études ont cependant montré que la productivité par
surface est plus élevée dans les petites exploitations que dans les grandes,
tant dans les pays sous-développés que dans les pays occidentaux (Moore
Lappé et Collins 1977, 214). Ces différences de productivité tiennent notam-
ment à la mise en œuvre de connaissances fines des agro-systèmes et de pra-
tiques culturales intensives. Pourtant, les recherches agronomiques ne se 15
sont guère penchées sur ces savoirs et les politiques de développement rural
ont systématiquement négligé la petite production paysanne.
Depuis la période coloniale, le découragement de la production vivrière
locale, l’introduction de nouvelles cultures de rente pour l’exportation
(coton, arachide, riz…), le développement de plantations, ont introduit des
bouleversements dans les systèmes de production dans les pays colonisés.
La dépendance alimentaire croissante en a été une des conséquences.
Si le marché de la production vivrière de base ne concerne qu’une petite part
de la production mondiale (15% des céréales), il est approvisionné principa-
lement par les agriculteurs les plus compétitifs. La plupart des agriculteurs
américains et européens, qui ont des niveaux de productivité très élevés, ne
pourraient pas continuer à exporter et approvisionner leurs marchés inté-
rieurs s’ils ne recevaient des aides publiques très importantes, car le prix
international des céréales est inférieur aux coûts de production. Ce prix est
également très inférieur aux coûts de production des centaines de millions
de petits paysans pratiquant une agriculture manuelle. Avec de longues
périodes de baisse des prix, des dizaines de millions de paysans pauvres sont
obligés de cesser leurs activités et la production de ceux qui restent est
découragée. La baisse des prix touche aussi les cultures destinées à rapporter
un revenu monétaire. Avec la baisse de ces revenus monétaires, il devient
difficile pour les paysannes et paysans pauvres de faire les achats nécessai-
res à la production agricole et à l’achat des biens de consommation
indispensables. Ils se trouvent obligés de vendre leurs moyens de produc-
tion, leur terre, de s’engager comme ouvriers et ouvrières agricoles, de s’en-
detter, de migrer. Par ailleurs, lorsque les stocks mondiaux baissent, la
spéculation sur les achats de céréales provoque des augmentations de prix.
Dans ces courtes périodes de très hauts prix, l’aide alimentaire se fait rare,
les pays pauvres ont du mal à s’approvisionner, le nombre de sous-alimentés
augmente.cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page16
Cahiers
genre et développement
Ni l’aide alimentaire, ni les échanges, pour nécessaires qu’ils soient, ne peuvent venir
à bout de cette immense sous-consommation [alimentaire]. Pour cela, il n’est pas
d’autre voie que de renverser les processus d’appauvrissement qui empêchent une
bonne partie des êtres humains, principalement des paysans, d’accroître leurs revenus
et leurs ressources. (Mazoyer et Roudart 2006)
Les études de développement agricole et rural ont interrogé les tensions dans
et entre les systèmes de production agricoles, les modèles de modernisation
agricole, la libéralisation des marchés agricoles et les transformations agrai-
res liées à la mondialisation, les politiques ayant mené aux dépendances ali-
mentaires. Il y a cependant des angles morts dans ces analyses, qui tiennent
16 à l’absence de prise en compte des rapports de genre.
En effet, alors que les apports des théoriciennes féministes aux questions
agraires seraient indispensables pour analyser les problèmes évoqués ci-
dessus, ils ne sont que faiblement ou pas reconnus parmi les économistes
politiques agraires ou les spécialistes des politiques de développement agri-
cole et rural. Certes, le fait que les femmes contribuent à la production agri-
cole est actuellement reconnu (Boserup 1970, FAO 2011), certaines des
contraintes auxquelles les paysannes doivent faire face – et en particulier
l’accès inégal à la terre – également. Mais reconnaître cela ne suffit pas pour
comprendre comment les processus d’appauvrissement des paysans et des
paysannes pourraient être renversés.
En quoi les études genre contribuent-elles
à la compréhension des questions agraires?
Analyser les questions agraires et de développement rural sous le prisme du
genre demande que soient remises en question certaines catégories
d’analyse; que les rapports sociaux entre hommes et femmes soient au cœur
de l’analyse; que le regard sur l’«Autre», dans ce cas les paysannes, soit
«décolonisé»; que l’organisation sociale, économique et politique du travail
de reproduction – qui comprend la production de subsistance – et l’articula-
tion du travail reproductif et productif au sein des systèmes de production
agricoles soient analysées. Cela demande de reconnaître les questions sui-
vantes:
• La catégorie des «paysans», loin de constituer une catégorie neutre, est
traversée par des rapports de pouvoir entre hommes et femmes, selon les
appartenances de classe et de race, selon l’âge. La division sexuelle du
travail, utilisée par les études féministes comme catégorie analytique,
permet d’analyser ces rapports de pouvoir. cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page17
Genre, changements agraires et alimentation
• Les femmes et les hommes occupent, dans les systèmes de production
agraires, des places différentes. Les paysannes réalisent des travaux dif-
férents, n’ont pas le même accès à la terre, aux moyens de production,
au travail des autres; elles ne pratiquent pas nécessairement les mêmes
cultures, ni les mêmes techniques. Surtout, elles ne sont pas rémunérées
de la même manière pour leur travail. L’échange de travail entre hommes
et femmes est inégal, comme cela peut s’observer par exemple sur les
suraforo – les champs des femmes – en pays bambara au Mali (Vers-
chuur 1989). Les études de genre ont cherché à expliquer la place subor-
donnée que les femmes occupent de manière structurelle dans les
systèmes agraires (Benaría et Sen 1986). 17
• Les inégalités structurelles de genre dans les systèmes agraires, préala-
bles aux politiques de modernisation et de libéralisation, ont tendance à
s’aggraver avec celles-ci. Les recherches sur les questions rurales ont
longtemps ignoré les effets différenciés sur les hommes et les femmes
des politiques de modernisation agricole. Dans les programmes de
modernisation agricole, les hommes ont été les premiers bénéficiaires des
terres aménagées, des technologies, de l’accès aux nouvelles cultures.
• L’analyse des rapports sociaux de genre dans les systèmes de production
permet de reconnaître que les paysannes sont loin de pratiquer une agri-
culture «rudimentaire» ou arriérée. Des études – certes encore insuffi-
santes – ont au contraire montré que les paysannes ont des connaissances
fines de leur écosystème, gèrent les semences avec intelligence, ont des
pratiques culturales adaptées. Aussi les politiques de monoculture se
sont-elles développées au détriment des cultures associées, si bien maîtri-
sées par les paysannes, et dont on reconnaît maintenant mieux l’intérêt.
Les logiques d’action des paysannes tiennent compte de leurs très fortes
contraintes – climatiques, d’éloignement des terres, etc. –, et surtout de la
contrainte majeure que constitue le temps de travail disponible. Cette
situation était auparavant très peu documentée et analysée.
• Les paysannes ne sont pas confinées à la sphère domestique et de pro-
duction vivrière, elles ne sont pas absentes du marché. Au contraire, elles
vendent une partie de leur production vivrière, ou de nouvelles cultures
de rentes, ou encore leur force de travail, en tant qu’ouvrières agricoles
ou dans des activités informelles, et ce de manière croissante (Razavi
2009, 198). Dans l’agro-industrie, les inégalités de genre sont importan-
tes (les femmes réalisent des tâches moins valorisées, mal rémunérées,
dans de mauvaises conditions de travail). Des inégalités croissantes
– entre femmes aussi – accompagnent cette insertion dans le marché.
• La reconnaissance du travail reproductif et de la manière dont il s’articule
avec le travail productif est peut-être un des apports les plus importants
des études de genre pour comprendre les transformations agraires, les
inégalités et la crise de la reproduction sociale, dont la sous-alimentationcahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page18
Cahiers
genre et développement
et les famines ne sont qu’une des manifestations. Le travail reproductif,
tant au niveau domestique que dans l’environnement proche, qui
comprend le travail de préparation des repas des proches, la recherche
de fourrage, de bois et d’eau, etc. a, en milieu rural où les services sont
faiblement développés, une ampleur considérable. L’inégal partage du tra-
vail reproductif entre hommes et femmes, la faible possibilité de prise en
charge de ces tâches par le marché et le manque d’offre par des structures
publiques accentue cette charge. Selon leurs appartenances de classe, de
caste, de race, leur statut et leur âge, les femmes ont des possibilités limi-
tées d’obtenir de l’aide en force de travail. Les femmes en milieu rural, et
en particulier les paysannes pauvres, ont une charge de travail très lourde18
et des contraintes de temps très importantes.
Le travail dans l’agriculture vivrière participe du travail de reproduction
sociale. La recherche agronomique s’est longtemps désintéressée de l’agri-
culture vivrière. Cette dévalorisation des connaissances, pratiques et cultures
des paysannes et de l’agriculture vivrière (même si des hommes aussi prati-
quent les cultures vivrières) participe de la hiérarchisation de ce qui est asso-
cié au masculin ou au féminin, le domaine féminin étant moins valorisé,
associé au «traditionnel».
L’agriculture vivrière, parce qu’elle n’est pas incluse de façon organique dans le proces-
sus de production et de circulation du secteur capitaliste, parce qu’elle est le lieu d’une
surexploitation du travail, parce qu’elle ne peut donc être aidée sans que disparaisse le
bénéfice de cette surexploitation, l’agriculture vivrière est vouée, malgré son importante
décisive dans le développement, à une crise permanente et de plus en plus profonde.
Elle se maintient et continue à contribuer aux approvisionnements de populations, mal-
gré les mauvaises conditions de son développement, parce qu’elle reste le support de
structures sociales qui permettent la reproduction de la force de travail et qui assurent la
sécurité sociale de la majorité de la population. […] L’introduction progressive des
capitaux (machines, outillage, engrais, etc.) ou du salariat place les exploitations qui en
font l’expérience en situation défavorable, à la fois par rapport aux communautés
domestiques – qui continuent à vendre leur production au-dessous de leur coût – et par
rapport à la concurrence des productions importées provenant d’une agriculture à haute
productivité ou subventionnée. (Comité d’information Sahel 1975, 36-37)
Pour expliquer comment l’agriculture vivrière «reste le support de structures
sociales qui permettent la reproduction de la force de travail et qui assurent la
sécurité sociale de la majorité de sa population», l’économie politique
agraire doit prendre en considération le travail reproductif, majoritairement
féminin et non rémunéré. Or, comme le dit Razavi, «L’économie politique du
changement agraire n’a jamais sérieusement considéré les relations qui exis-
tent entre la sphère de la reproduction, le plus souvent féminisée et non rénu-
mérée, et le travail et les biens, plus visibles, qui entrent dans les circuits de
l’accumulation» (Razavi 2009, 198).cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page19
Genre, changements agraires et alimentation
Femmes, greniers et capitaux… Ce titre de l’ouvrage de Meillassoux en
1975, défendait notamment l’argument selon lequel l’économie domestique
appartient à la sphère de circulation du capitalisme, qu’elle approvisionne en
force de travail et en denrées, mais reste en dehors de la sphère de production
capitaliste. C’est en maintenant ces liens organiques entre économie capita-
liste et domestique que la première assure sa croissance et sa prospérité.
Pour maintenir cette articulation, il est essentiel de préserver l’une, pour
continuer à lui soustraire sa substance, sans la détruire, pour alimenter l’au-
tre. Or, c’est justement à travers la constitution d’identités et de rapports de
genre inégaux – qui assurent notamment que le travail reproductif soit 19
«naturellement» pris en charge par les femmes, sans que ce travail ne soit
visible ni rémunéré à sa juste valeur – que l’on peut expliquer comment est
préservée l’économie domestique et comment se maintient ce lien organique
entre l’économie domestique et l’économie capitaliste.
Jusqu’à quel point les politiques néo-libérales ont-elles transformé la sphère
de production où dominent les rapports de production de type domestique,
en la «marchandisant»? Cette marchandisation n’est-elle pas en train de fis-
surer le lien organique entre économie domestique et capitaliste? La fragili-
sation de l’agriculture vivrière et les prix alimentaires élevés provoquent une
crise de la reproduction sociale. L’accès à la terre pour les femmes, l’accès
aux micro-crédits, etc., doivent-ils être analysés comme des recours pour
maintenir cette sphère où prédominent des rapports de production domes-
tiques? Est-ce une manière de conserver la reproduction sociale à bas coût,
en maintenant le travail (féminin) agricole et reproductif partiellement en
dehors de la sphère de production capitaliste? Comment interpréter cet inté-
rêt, sur la scène internationale, pour la reconnaissance de ces droits, pour
lesquels les organisations de femmes luttent depuis longtemps?
La féminisation de l’agriculture, constatée dans diverses régions du
monde, participe de la dévalorisation de la production agricole sous l’effet
de la libéralisation, et, loin de signifier un empowerment des paysannes,
elle est plutôt le résultat d’un manque d’accès à d’autres débouchés plus
valorisés, liés à la diversification des emplois agricoles et dont les hom-
mes se saisissent. La féminisation de l’agriculture représente un accroisse-
ment de la charge de travail, une dégradation des conditions de travail et
de très faibles rémunérations du travail. Elle incarne cette nécessité de
maintenir le travail reproductif (agricole) partiellement en dehors de l’éco-
nomie capitaliste.
En dehors de la reconnaissance légitime des droits – à la terre, aux semen-
ces, à l’alimentation, au pouvoir de décision sur la production agricole, cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page20
Cahiers
genre et développement
etc. – la question de la valeur du travail féminin, et en particulier le travail
reproductif, constitue un vaste champ de recherche. Le travail productif
agricole féminin réalisé dans le cadre des rapports de production de type
domestique doit être conceptualisé comme partie prenante du travail repro-
ductif. L’économie politique du care et ses transformations, sa marchandi -
sation, la nouvelle division internationale du travail, concernent ainsi
également le travail agricole et en milieu rural. En incorporant leur travail
dans des cultures de rente ou en vendant leurs productions vivrières ou leur
force de travail, en tant qu’ouvrières dans l’agro-industrie, les femmes s’ins-
crivent-elles dans de nouvelles configurations de genre? Les analyses sur les
hiérarchies de genre dans le marché du travail rural, sur les différentes for-20
mes de travail féminin, trop souvent considéré d’«appoint» (pocket money)
(Whitehead et Kabeer 2001), constituent d’autres champs de recherche
importants sur les rapports de pouvoir.
Loin d’être des victimes et de subir, les paysannes réagissent, s’organisent,
dans des organisations économiques locales, en occupant des espaces aupa-
ravant masculins (cultures de rente, ouvrières agricoles), dans des associa-
tions, des mouvements sociaux, des occupations de terre. Des organisations
proposent de promouvoir la souveraineté alimentaire. La participation des
femmes aux mouvements sociaux n’a pas à elle seule garanti la prise en
compte des intérêts de genre ou la transformation des rapports de genre dans
un sens plus égalitaire (Agarwal 1994). Mais les paysannes sont plus visi-
bles, reconnaissent les différences entre elles et bousculent les rapports de
pouvoir entre hommes et femmes.
Une analyse de genre des changements agraires permet de repenser l’organi-
sation politique et économique du travail agricole et reproductif, au cœur
des inégalités sociales.
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poor growth in rural sub-Saharan Africa. IDS Working Paper 134. Brighton: IDScahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page22cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page23
1
Les silences de l’économie politique
des changements agrairescahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page24cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page25
Titre article
La fracture alimentaire
et agricole mondiale
25
* **Marcel Mazoyer et Laurence Roudart
In Du grain à moudre. Genre, développement rural et alimentation. (Dir.)
C. Verschuur. 29-46. Collection Yvonne Preiswerk. Actes des colloques genre et
développement. Berne: DDC-Commission nationale suisse pour l’UNESCO;
***Genève: IHEID. 2011.
es émeutes de la faim de 2007 et 2008, ainsi que les effets
de la crise économique en cours qui ont fait basculer dansL
la sous-alimentation chronique plus de 200 millions de per-
sonnes supplémentaires, ont remis à l’ordre du jour la
question de la faim dans le monde. Ces phénomènes ont fait suite à une très
forte hausse des prix des denrées vivrières, la deuxième depuis la Seconde
guerre mondiale, car une hausse analogue, plus forte encore, avait eu lieu au
début des années 1970. Pour autant, ces évènements s’inscrivent dans un
contexte de très forte baisse tendancielle, sur le long terme, des prix agrico-
les réels. Une baisse qui est elle-même à l’origine d’une bonne partie de la
sous-alimentation massive, chronique, silencieuse, qui affecte depuis plu-
sieurs décennies de 800 à 900 millions de personnes, parmi lesquelles une
majorité d’agriculteurs.
* Agronome, AgroParisTech et Université Paris XI, IEDES.
** Agronome, Université libre de Bruxelles.
*** Reproduit avec l’aimable autorisation de Encyclopædia Universalis.
Mazoyer, M. et L. Roudart. 2012. La fracture alimentaire et agricole mondiale. In Genre, changements
agraires et alimentation. Cahiers genre et développement. N° 8. (Dir.) C. Verschuur. 25-32. Paris: L’Har-
mattan.cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page26
Cahiers
genre et développement
Or, si les ressources naturelles de la planète sont à l’évidence limitées et déjà
largement utilisées, et si certaines techniques doivent être corrigées de leurs
excès pour être durables, il reste que ces ressources naturelles et techniques
sont suffisantes pour assurer une alimentation correcte de l’humanité,
aujourd’hui avec près de 6 milliards de personnes, et aussi à l’horizon 2050
avec 9 milliards. La réalisation d’un tel objectif dépend donc fondamentale-
ment de la capacité politique des humains à s’organiser pour rendre écono-
miquement viable ce qui est écologiquement possible et techniquement
réalisable.
Dans cet article, nous ferons le point sur la fracture alimentaire et agricole26
mondiale, analyserons les causes de la pauvreté paysanne de masse, envisa-
gerons des perspectives agricoles et alimentaires à l’horizon 2050, et présen-
terons des propositions d’action en vue de la réalisation du droit à
l’alimentation.
La fracture alimentaire et agricole mondiale: état des lieux
Déséquilibres alimentaires
Sur les près de 6,9 milliards d’humains qui peuplent la planète, moins de 2
milliards (la quasi totalité des habitants des pays développés et une minorité
de ceux des pays en développement) disposent d’un revenu assez élevé pour
ne pas se priver de nourriture. Au point que plusieurs centaines de millions
d’entre eux sont en surpoids, voire souffrent d’obésité ou d’autres maladies
dues à des excès alimentaires. Près de 2 milliards (dans les pays en dévelop-
pement principalement) disposent d’un revenu suffisant pour se nourrir
convenablement sans plus. Mais environ 3 milliards, dans les pays en déve-
loppement surtout, se privent plus ou moins de nourriture, faute d’un revenu
suffisant.
Parmi ces 3 milliards de personnes, environ 2 milliards souffrent de malnu-
trition, du fait de carences en minéraux ou en vitamines, qui provoquent des
maladies très invalidantes, comme l’anémie par carence en fer, comme le
goitre thyroïdien ou l’arriération mentale par en iode, la
baisse des défenses immunitaires et les troubles de la vue pouvant aller
jusqu’à la cécité par carence en vitamine A… Ajoutons que plus de
100 millions d’habitants des pays en développement sont obèses, principale-
ment des citadins qui consomment trop d’aliments sucrés, gras, et manquent
d’activité physique. Et, d’après les estimations publiées par la FAO, le nom-
bre de personnes sous-alimentées dans le monde, autrement dit ayant faim
presque tous les jours, qui était d’environ 900 millions en 1970, qui avait
lentement baissé à 830 millions en 1996, et qui était remonté à 870 millionscahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page27
Genre, changements agraires et alimentation
en 2006, est brusquement monté à plus de 1 milliard en 2008, du fait de
l’explosion des prix alimentaires et de la crise. Il a de nouveau baissé à envi-
ron 925 millions en 2010, dont 578 millions en Asie, en Inde et en Chine
principalement, 239 millions en Afrique subsaharienne, 53 millions en Amé-
rique latine et Caraïbes, 37 millions Afrique du Nord et Proche-Orient, et
19 millions dans les pays développés. […]
À quoi il faut ajouter que 9 millions de personnes meurent effectivement de
faim chaque année. Notons aussi qu’une partie de la malnutrition dans les
pays en développement provient non pas de rations alimentaires inadéqua-
tes, mais de mauvaises conditions de santé ou d’hygiène, elles-mêmes liées 27
à la pauvreté (parasitoses intestinales, non accès à l’eau potable, absence
d’installations sanitaires…).
Et soulignons que, d’après le groupe de travail sur la faim du Projet du
millénaire des Nations unies, 20% des sous-alimentés vivent en milieu
urbain, et 80% en milieu rural. Parmi ceux-ci, 50% appartiennent à des
foyers de petits agriculteurs, 10% à des familles d’éleveurs nomades, de
pêcheurs ou d’exploitants de ressources forestières, et 20% à des ménages
d’ouvriers agricoles ou autres ruraux sans terre. Quelque 70% des gens qui
ont faim dans le monde appartiennent donc à des familles paysannes. Cette
situation est paradoxale en apparence seulement.
Inégalités agricoles
Malgré un exode rural massif à l’échelle du monde, les ruraux et les agricul-
teurs sont encore très nombreux: la population rurale s’élève à 3,4 milliards
de personnes, soit un peu plus de 50% de la population mondiale; la popu-
lation agricole totale (active et non active) se monte à 2,8 milliards de per-
sonnes, soit un peu plus de 40% de cette même population mondiale; quant
à la population agricole active, elle compte 1,38 milliard de personnes, soit
42% de la population active du monde (FAOSTAT).
Or, pour ces 1,38 milliard de personnes, travaillant à plein-temps ou à temps
partiel dans l’agriculture (soit l’équivalent d’environ 750 millions d’unités de
travail agricole à plein-temps), on ne compte dans le monde que 28 millions
de tracteurs, soit 2% du nombre des actifs agricoles, et 250 millions d’ani-
maux de travail, soit 18% du nombre des actifs agricoles. Cela signifie
qu’environ un milliard de paysans travaillent quasi exclusivement avec des
outils manuels (bêche, houe, machette, faucille…) et ne peuvent guère culti-
ver plus de 1 hectare par travailleur. Parmi eux, la moitié à peu près utilise
couramment des intrants efficaces (semences sélectionnées, engrais miné-
raux, pesticides), tandis que l’autre moitié, soit environ 500 millions de cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page28
Cahiers
genre et développement
personnes, n’en utilisent pratiquement pas et ne peuvent donc guère produire
2plus de 1 tonne d’équivalent-céréales par hectare.
Encore faut-il ajouter que dans de nombreux pays d’Amérique latine, du
Sud de l’Afrique ou d’Europe de l’Est, beaucoup de paysans sont toujours
privés de terre par de grands domaines de plusieurs milliers ou dizaines de
milliers d’hectares. Disposant d’une superficie trop faible pour couvrir les
besoins alimentaires de leurs familles, ils sont obligés d’aller chercher du
travail au jour le jour dans les grands domaines, contre des salaires allant de
1 à 5 dollars la journée selon les pays, les saisons et les régions.
28
Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que la pauvreté paysanne soit mas-
sive.
Les causes de la pauvreté paysanne de masse
eAu début du XX siècle, l’écart de productivité du travail entre les agricultu-
res les moins performantes du monde et les agricultures les plus performan-
tes était relativement faible: il allait de 1 tonne d’équivalent-céréales par
travailleur et par an en culture manuelle (1 hectare / travailleur x 1 tonne /
hectare) à 10 tonnes en à traction animale mécanisée (10 hectares /
travailleur x 1 tonne / hectare).
Révolutions agricoles
eDepuis lors, au cours de la seconde moitié du XX siècle et dans les pays
développés principalement, un nombre toujours plus réduit d’exploitations
familiales a réussi, avec l’appui de politiques publiques favorables, à fran-
chir toutes les étapes de la révolution agricole contemporaine: tous les dix
ans, la puissance des tracteurs et la superficie maximale cultivable par un
travailleur ont presque doublé, pour dépasser aujourd’hui 200 hectares paren culture céréalière; tous les dix ans, grâce aux semences sélec-
tionnées, aux engrais minéraux et aux pesticides, le rendement maximum a
augmenté de plus de 1 tonne par hectare, pour dépasser actuellement 10 ton-
nes par hectare dans certaines régions. C’est ainsi que les agriculteurs les
mieux équipés et les plus productifs du monde peuvent aujourd’hui produire
de l’ordre de 2000 tonnes d’équivalent-céréales par travailleur et par an:
plus de 200 hectares / travailleur x plus de 10 tonnes / hectare (Mazoyer et
Roudart 2002; 2008).
2 L’équivalent-céréale est la quantité de denrée agricole considérée ayant la même valeur qu’une tonne
de céréales.cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page29
Genre, changements agraires et alimentation
À partir des années 1960, dans des pays en développement d’Asie principa-
lement (Inde, Indonésie, Corée, Taïwan…), les agriculteurs qui en avaient
les moyens, et qui furent là aussi soutenus par des politiques publiques, se
sont lancés dans la révolution verte, une variante de la révolution agricole
contemporaine généralement dépourvue de grande motorisation-mécanisa-
tion. Grâce aux semences sélectionnées à haut rendement potentiel, aux
engrais minéraux et aux pesticides, le rendement du riz, qui dépassait rare-
ment 2 tonnes à l’hectare il y a cinquante ans, peut avoisiner aujourd’hui
10 tonnes en une seule récolte. Et la production par hectare et par an peut
même approcher les 20 ou 30 tonnes quand les aménagements hydrauliques
permettent de faire 2 ou 3 récoltes dans l’année. 29
De plus, à partir du milieu des années 1970, des investisseurs de toutes sor-
tes (entrepreneurs, grands propriétaires, firmes agro-alimentaires, fonds
d’investissement…) ont tiré parti de l’expérience acquise en matière de
révolution agricole contemporaine et de révolution verte par les agriculteurs
familiaux du Nord et du Sud, et des hauts prix agricoles du moment, pour
délocaliser la révolution agricole contemporaine dans de grands domaines
agricoles, de plusieurs milliers ou dizaines de milliers d’hectares, en Amé-
rique latine (Argentine, Brésil…), en Afrique (Afrique du Sud, Zim-
babwe…) et en Asie (Philippines, Indonésie…). Enfin, depuis les années
1990, de tels investisseurs s’engagent aussi dans la modernisation rapide
d’anciens grands domaines d’état ou collectifs en Europe centrale et orien-
tale (Ukraine, Russie…).
Ces développements successifs sont très impressionnants, mais ils n’ont pas
concerné de vastes régions enclavées ou accidentées d’Afrique subsaha-
rienne, d’Asie centrale et d’Amérique latine, non plus que, dans les régions
concernées, de nombreux agriculteurs trop pauvres pour accéder aux
moyens de production correspondants. En définitive, des centaines de
millions de paysans sont restés à l’écart de ces développements, et l’écart de
productivité brute du travail entre les agricultures du monde a été multiplié
par 200: il va aujourd’hui de 1 tonne d’équivalent-céréales par travailleur et
par an (pour plusieurs centaines de millions d’agriculteurs travaillant tou-
jours en culture manuelle sans intrant efficace), à 2000 tonnes (pour moins
d’un million d’agriculteurs utilisant les machines les plus puissantes et les
intrants les plus efficaces).
La forte baisse tendancielle des prix agricoles réels
Dans les pays où ces révolutions ont le plus progressé, les gains de producti-
vité agricole ont largement dépassé ceux des autres secteurs économiques,
de sorte que les coûts de production et les prix réels des denrées agricolescahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page30
Cahiers
genre et développement
ont très fortement baissé. Ainsi, dans les pays développés, les prix réels des
produits de base (céréales, oléoprotéagineux, viandes, lait…) ont été divisés
epar trois à quatre au cours de la seconde moitié du XX siècle. Et aujourd’hui,
les coûts de production du blé par exemple sont de l’ordre de 100 à 150 dol-
lars la tonne en Australie, au Canada, aux états-Unis, et de 150 à 250 dollars
la tonne en Europe de l’Ouest.
Mais les coûts de production sont bien plus faibles encore dans les grands
domaines modernisés de certains pays en développement ou en transition.
Là en effet, les niveaux de productivité sont aussi élevés que dans les
exploitations familiales les mieux situées et les plus équipées d’Amérique30
du Nord et d’Europe, tandis que les salaires ne dépassent pas quelques dizai-
nes de dollars par mois, les prix des machines et des intrants fabriqués sur
place sont relativement bas, les charges fiscales et foncières sont souvent
très faibles et les monnaies locales éventuellement sous-évaluées. Ainsi,
dans ce genre d’entreprises agricoles en Argentine ou en Ukraine par exem-
ple, les coûts de production du blé s’établissent entre 50 et 100 dollars la
tonne: les coûts les plus bas du monde, qui défient toute concurrence.
Au fil de ces grandes transformations agricoles, les pays développés ont
dégagé des excédents exportables en quantités croissantes, à des prix
décroissants. Certains pays de révolution verte (Thaïlande, Vietnam…) et
ceux comportant des grands domaines modernisés sont aussi devenus expor-
tateurs, mais dans des conditions bien différentes: la pauvreté limitant les
débouchés intérieurs, la sous-alimentation y est toujours très répandue.
Des prix internationaux inférieurs aux coûts de production
de la majorité des agriculteurs
Pour autant, les marchés internationaux de denrées vivrières de base ne
concernent qu’une petite partie de la production mondiale: environ 10% en
volume tous produits confondus, 15% pour les céréales, 27% pour le sucre,
5% pour les légumes… Or, sur ces marchés, approvisionnés par moins de
15%, 27% ou 5% des producteurs les plus compétitifs, les prix internatio-
naux s’établissent au cours des longues périodes d’excédents croissants à
prix décroissants à des niveaux très inférieurs aux prix de revient de la très
grande majorité des agriculteurs du monde (plus de 85%, 73% ou 95%
selon le cas). Pour les céréales par exemple, dont le volume d’échange inter-
national est d’environ 15% de la production mondiale, le prix international
tendanciel s’établit actuellement autour de 100 dollars la tonne, soit de quoi
couvrir les coûts de production d’environ 15% seulement des céréales récol-
tées dans le monde. Ce prix est même inférieur aux coûts de production de
la plupart des agriculteurs américains et européens, qui ne pourraient pascahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page31
Genre, changements agraires et alimentation
continuer à exporter et approvisionner leurs marchés intérieurs s’ils ne rece-
vaient pas les uns et les autres des aides publiques très importantes leur per-
mettant de compenser la différence entre leurs coûts de production et le prix
international, ce qui contribue d’ailleurs aussi à maintenir ce prix à bas
niveau. A fortiori, ce prix est très inférieur aux coûts de production des cen-
taines de millions de paysans produisant autour d’une tonne de céréales par
an, coûts que l’on peut estimer à 365 dollars la tonne si l’on admet l’idée
que leur revenu doit être d’au moins 1 dollar par jour.
Longues périodes de baisse, et courtes périodes d’explosion,
des prix internationaux 31
De plus, les prix sur les marchés internationaux de denrées vivrières de base
sont très fluctuants, à court et à long terme. Les longues périodes de baisse
des prix poussent à la cessation d’activité des dizaines de millions de
paysans pauvres et découragent la production de ceux qui restent; la produc-
tion ne suit plus la consommation qui continue d’augmenter régulièrement.
En 1971 et en 2006, par exemple, les stocks de céréales étaient tombés,
avant la nouvelle récolte, à moins de 60 jours de consommation. Craignant
la rupture des stocks, les grandes firmes de commerce des grains précipitè-
rent leurs achats et il s’ensuivit une très forte hausse des prix internationaux,
qui fut encore amplifiée par l’afflux de capitaux spéculatifs jouant la hausse
des cours, qui ont triplé en quelques semaines. Mais, dès que des spécula-
teurs voulant réaliser leurs gains ne peuvent revendre plus cher qu’il n’ont
payé, les revendeurs se précipitent et les cours s’effondrent plus vite encore
qu’ils n’étaient montés.
Dans ces courtes périodes de très hauts prix, l’aide alimentaire se fait rare,
les pays pauvres ont du mal à s’approvisionner, les sous-alimentés s’y font
plus nombreux. D’un autre côté, les investisseurs et les producteurs compé-
titifs investissent massivement en terre et en matériel, et conquièrent les
parts de marchés précédemment perdues par les paysans ruinés. Partant, en
quelques années, les prix retombent à leur niveau antérieur, puis repartent à
la baisse au rythme des investissements et des réductions de coûts des plus
compétitifs.
La courbe du prix réel du blé sur le marché de Chicago, qui sert de référence
sur les marchés internationaux, illustre bien ce mode de fonctionnement: les
longues périodes de baisse des prix (1949-1971, 1975-2006) alternent avec
de courtes de hauts prix (1972-1974, 2007-2008). Ajoutons que,
au-delà de ces grandes fluctuations, les prix agricoles sont encore animés de
fortes variations interannuelles ou saisonnières dues au fait que l’offre de
produits agricoles est instable, parce que la réponse de la demande à unecahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page32
Cahiers
genre et développement
variation annuelle de prix est faible ou nulle, tandis que la réponse de l’offre
est toujours excessive et en retard d’une saison; sans compter les effets
amplificateurs ou perturbateurs des variations de l’offre dues aux facteurs
exogènes (accidents climatiques, biologiques, politiques…).
Blocage du développement et appauvrissement
pour la majorité des agriculteurs
Dans les pays de révolution agricole contemporaine et de révolution verte, la
baisse des prix agricoles réels a entraîné une diminution importante du
revenu des petites et moyennes exploitations qui n’avaient pas investi et pro-32
gressé suffisamment en productivité pour en compenser les effets. Ainsi,
dans les pays développés, plus des trois quarts des exploitations existant au
edébut du XX siècle ont disparu.
De plus, dans les pays en développement, au fur et à mesure de la facilita-
tion et de la baisse des coûts des transports, au fur et à mesure aussi de la
libéralisation du commerce extérieur et des politiques agricoles, des couches
toujours renouvelées de paysans travaillant en culture manuelle ont subi la
concurrence de produits provenant d’autres pays. C’est ainsi que la baisse
des prix n’a pas concerné seulement les denrées vivrières de base; elle a
aussi touché les cultures destinées à rapporter un revenu monétaire, qui ont
été concurrencées soit par des cultures à bas coûts de production (coton par
exemple), soit par des produits industriels de remplacement (caoutchouc
synthétique contre hévéaculture, textiles synthétiques contre coton…).
Confrontés à la baisse des prix de leurs produits, les paysans les moins pro-
ductifs se sont retrouvés dans l’incapacité d’acheter des outils plus perfor-
mants, et même des intrants efficaces: leur développement a donc été
bloqué. La baisse des prix se poursuivant, leur revenu monétaire est devenu
insuffisant pour, tout à la fois, renouveler leur outillage et acheter les
quelques biens de consommation indispensables. Ils ont alors basculé dans
la décapitalisation, la sous-consommation, y compris alimentaire, et l’endet-
tement, puis dans l’exode vers les bidonvilles. À moins de se livrer à des
cultures illégales (coca, pavot, chanvre…). […]
Références bibliographiques
Mazoyer, M. et L. Roudart. 2002. Histoire des agricultures du monde. Paris: éditions du
Seuil.
Mazoyer, M. et L. Roudart. 2008. Histoire des agricultures. In Encyclopaedia universalis.
Paris: Encyclopedia Universalis.cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page33
Structures agraires
et sous-développement en Afrique
et en Amérique latine
33
*Rodolfo Stavenhagen
In Structures agraires et sous-développement en Afrique et en Amérique latine.
L’Homme et la société. N°33-34: 37-53. 1974.
urant l’époque coloniale, le capitalisme a pénétré le secteur
eagricole traditionnel. Vers le milieu du XX siècle, à l’échelleD
mondiale il était devenu évident qu’une grave crise agricole
se produisait dans la plupart des pays du Tiers monde. Beaucoup de pays
sous-développés qui étaient des exportateurs traditionnels de produits primai-
res vers les pays industrialisés furent confrontés à la fois à une baisse de la
production des denrées alimentaires et à une hausse démographique. Des pré-
dictions néo-malthusiennes néfastes de famines à venir se répandirent en
divers endroits, et des efforts groupés commencèrent à être fournis à tous les
niveaux pour accroître la production agricole et la productivité dans les pays
sous-développés. On croyait d’une manière générale que cette situation était
imputable à l’agriculture arriérée de subsistance de ces pays et qu’il était
nécessaire de la transformer en une agriculture commerciale moderne haute-
ment mécanisée pour pouvoir atteindre le niveau de développement désiré.
* Sociologue. El Colegio de Mexico.
Stavenhagen, R. 2012. Structures agraires et sous-développement en Afrique et en Amérique latine. In
Genre, changements agraires et alimentation. Cahiers genre et développement. N° 8. (Dir.) C. Verschuur.
33-38. Paris: L’Harmattan.cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page34
Cahiers
genre et développement
La tâche principale de nombreux programmes d’assistance internationale fut
alors de faire du paysan traditionnel un agriculteur entreprenant tourné vers le
marché.
Peu nombreux ont été ceux qui ont montré que la «crise» n’était pas telle-
ment due à l’agriculture de subsistance, mais plutôt aux mauvaises adapta-
tions structurelles résultant de la croissance incontrôlée du secteur
d’exportation primaire selon des systèmes capitalistes dont l’existence était
devenue un obstacle au développement équilibré d’une agriculture destinée
surtout à satisfaire la demande extérieure croissante de denrées alimentaires
et d’autres produits.34
Les efforts fournis en vue d’accroître rapidement la production agricole glo-
bale ont inévitablement abouti à une accentuation de la «modernisation» et
des facteurs de production de toute sorte ont été acheminés à un rythme crois-
sant dans les secteurs les plus susceptibles de répondre rapidement et de
façon efficace. Ce processus s’est accéléré au cours des quelques dernières
années à la suite de la dite «révolution verte» dont les effets à la fois (positifs
et négatifs) ont été surtout ressentis en Asie du Sud-Est.
En Amérique latine, l’obstacle politique et social représenté par le système de
la hacienda commençait à gêner les dirigeants politiques dès les premières
secousses provoquées par la Révolution cubaine qui avait eu des répercus-
sions à travers le continent. En même temps, l’inquiétude générale quant aux
faibles résultats du secteur agricole amena de nombreux spécialistes à se pen-
cher de plus près sur la structure agraire de l’Amérique latine. Des mouve-
ments en faveur d’une réforme agraire se répandirent. Dans les classes
inférieures, les paysans réclamaient des terres et l’abolition des systèmes
d’exploitation oppressifs; et dans les classes au-dessus, les techniciens et étu-
diants, spécialistes des questions agraires, suggéraient que les principaux
obstacles au développement agricole devaient être recherchés dans les dispo-
sitions institutionnelles qui régissaient les systèmes de tenure foncière et les
rapports de production des terres (CIDA 1965-66). La réforme agraire ne
s’était pas toutefois répandue à travers l’Amérique latine, comme on s’y
attendait au début des années 1960 parce que surtout, l’oligarchie agraire et
ses alliés nationaux et internationaux étaient suffisamment puissants pour la
bloquer à différents niveaux. Vers la fin des années 1960, il était devenu
manifeste que la réforme agraire était essentiellement politique. Pour les
paysans et leurs alliés, la réforme agraire était une réclamation politique et
c’est pour cette même raison que les classes dirigeantes y étaient opposées. Il
est devenu clair maintenant que la crise économique de l’agriculture (faibles
taux de croissance) ne peut être résolue par la bourgeoisie que dans le cadre
de la structure agraire actuelle et aux dépens des paysans.cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page35
Genre, changements agraires et alimentation
C’est pourtant ce qui est en train de se passer dans la plupart des pays latino-
américains. La modernisation de l’agriculture (englobant l’introduction des
techniques, la mécanisation, l’introduction des variétés à haut rendement et
autres facteurs de production améliorés, les services de vulgarisation agri-
cole, etc.) est en train de se poursuivre plus ou moins rapidement dans diffé-
rents pays, mais (et c’est là le point important) a tendance à ne profiter qu’à
un petit groupe d’agriculteurs privilégiés qui contribuent de plus en plus à
l’accélération de la croissance globale et déterminent la plus grosse part du
revenu agricole. Ceci est en train de se produire également dans les pays qui
ont déjà entrepris une réforme agraire comme le Mexique où le développe-
ment agricole au cours des trois dernières décennies a été extrêmement pola- 35
risé. Dans ce processus, la majorité des petits propriétaires et ceux qui ont
bénéficié de la réforme agraire dans ce pays ont été relégués à une position
marginale.
Dans leurs efforts en vue de «faire progresser l’agriculture» dans son ensem-
ble (c’est-à-dire d’augmenter la production globale, et l’offre de produits
agricoles et d’améliorer la balance des paiements des pays intéressés en aug-
mentant les exportations de produits agricoles ou du moins en diminuant la
dépendance de ces pays à l’égard des importations de tels produits), les parti-
sans de la modernisation ont volontairement soutenu les grandes propriétés
aux dépens des petites propriétés et de l’économie paysanne. Le résultat de
cette politique sera, dans quelques années, désastreux pour la majorité de la
population paysanne. […]
Ces politiques sont mises en œuvre par l’intermédiaire de programmes à dou-
ble orientation:
1. des programmes en vue de renforcer le secteur des grandes propriétés par
l’apport massif de facteurs de production plus «modernes» dans l’agricul-
ture et d’améliorer ainsi les faibles résultats de ce secteur, combinés à des
mesures dites d’incitation économique destinées à faire appel à davantage
d’efforts de la part de l’élite terrienne;
2. des programmes marginaux ou truqués «d’amélioration de la tenure fon-
cière destinés à «rendre la paysannerie heureuse» (Feder 1971, 279-280).
Il en résulte la marginalisation croissante de la paysannerie et l’apparition
d’un vaste sous-prolétariat jusqu’ici inconnu et qui est en train d’être exclu
de l’agriculture sans pouvoir être incorporé dans les activités productives des
secteurs non agricoles du fait des caractéristiques du processus d’industriali-
sation dans le système du capitalisme sous-développé, dépendant et périphé-
rique.cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page36
Cahiers
genre et développement
Dans ce contexte, les réformes agraires qui se contentent de redistribuer des
micro-lopins (mini-propriété) de terres aux petits propriétaires (comme
c’était le cas au Mexique et en Bolivie) ne seront que des mesures servant
de bouche-trou. À vrai dire, la redistribution des terres en faveur de la
paysannerie augmente les possibilités d’emploi et la production agricole étant
donné l’efficacité du système des grandes propriétés (latifundia) (OIT 1971;
Feder 1971). Mais c’est précisément la crainte de la réforme agraire et la
perte de leur pouvoir politique et économique qui a poussé l’élite terrienne à
moderniser ses activités au cours des dernières années. Grâce à une produc-
tion à plus forte utilisation de capital, à l’accès facile au crédit bon marché et
au contrôle des systèmes de commercialisation, l’élite terrienne a pu amélio-36
rer sa situation tout comme, pour des raisons politiques, elle a commencé à
tolérer certaines formes de réforme de la tenure foncière. Le problème reste
maintenant de savoir dans quelle mesure ces tendances pourront se réaliser,
sur le plan politique, en Amérique latine au cours des années à venir.
En Afrique, les tendances apparues durant la période coloniale pour renforcer
le capitalisme agraire persistent même après l’indépendance. L’accent placé,
dans certains pays, sur une ou deux cultures commerciales destinées à l’ex-
portation, a créé pour l’agriculture, des problèmes qui ne sont pas faciles à
résoudre. Premièrement, beaucoup de pays normalement capables de déve-
lopper la production de denrées alimentaires, doivent les importer. Deuxiè-
mement, la détérioration des termes du commerce a porté préjudice au
secteur des exportations et par conséquent à l’ensemble de l’économie natio-
nale. Troisièmement, le développement du secteur des exportations de cultu-
res commerciales a favorisé une classe de plus en plus puissante de
capitalistes ruraux appelés «Kulaks» engagée dans les activités d’importa-
tion et d’exportation, associée à la bureaucratie gouvernementale, et dépen-
dant directement ou indirectement des sociétés étrangères (c’est-à-dire les
gouvernements) pour leur appui économique et politique (Amin 1971;
Dumont 1971).
Il semble peu probable, cependant, que ce développement puisse conduire à
une structure agraire identique à celle de l’Amérique latine. […]
En Afrique, le développement agricole semble plus susceptible de rester en
liaison (et ceci de plus en plus) avec les plans régionaux de développement et
les projets de peuplement ou de colonisation sous le contrôle du gouverne-
ment. D’énormes investissements seront affectés (avec l’assistance tech-
nique, par conséquent le contrôle international) dans un certain nombre de
régions (office du Niger par exemple), de nouvelles terres seront ouvertes à la
culture, les réseaux fluviaux seront contrôlés, des travaux d’irrigation seront
entrepris, une nouvelle technologie sera employée, des variétés à hauts cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page37
Genre, changements agraires et alimentation
rendements seront introduites (par exemple le riz, le blé, le maïs), un crédit
contrôlé sera accordé, etc. Ceci contribuera à l’accroissement de la produc-
tion globale de la productivité dans un délai relativement court. Les agricul-
teurs venant des régions prises comme objectifs ou d’autres régions recevront
des terres sous différentes formes de dispositions agraires contrôlées et réali-
seront, on l’espère, des rendements plus élevés dans un temps très court.
À part les problèmes inhérents à ces efforts de planification régionale
(bureaucratisation, corruption et autres facteurs évitables et inévitables), il
semble certain que ces projets ne peuvent absorber qu’une faible proportion
de la population rurale des pays intéressés. En outre, en dépit des mesures 37
spéciales destinées à garantir à tous les participants l’accès aux terres et aux
ressources, il semble qu’un processus de différenciation socio-économique
accélérée se déroule dans les régions couvertes par ces programmes. Cela
signifie qu’une minorité d’entrepreneurs bien nantis sera en mesure de faire
des progrès rapides, alors qu’une classe de paysans appauvris sera de plus en
plus dépendante et endettée vis-à-vis d’elle. Ces programmes de développe-
ment profiteraient essentiellement à une classe de grands propriétaires ou de
propriétaires terriens moyens engagée dans le développement du capitalisme
commercial (voir Dumont 1971 pour une appréciation concernant l’Office du
Niger).
À l’autre extrême, la grande masse de la population rurale continuera à être
associée à l’économie de subsistance et à servir de réserve de main-d’œuvre
aux secteurs agricoles modernes et secteurs non agricoles de l’économie.
Beaucoup parmi ces travailleurs ruraux continueront à émigrer vers les villes
du fait en partie des pressions démographiques croissantes sur les terres et de
la fragmentation progressive des terres familiales dans beaucoup de régions
(voir par exemple Huth 1969, pour une étude du Nigeria oriental). Ainsi la
paysannerie africaine est en train de subir un processus de marginalisation
identique à celui qui, dans des conditions historiques différentes, est en train
de se dérouler en Amérique latine.
Tant que la majorité des pays des deux continents, liés par des circonstances
historiques (le commerce triangulaire de l’époque coloniale, basé sur l’escla-
vage), maintiendront une stratégie de développement capitaliste, il est proba-
ble que les grands problèmes des populations rurales ne seront pas résolus,
mais s’aggraveront au contraire. En effet une telle stratégie équivaut à une
«croissance sans développement» ou à un «développement extra-verti»,
(Amin 1970), c’est-à-dire qu’elle est destinée à accroître le taux de crois-
sance globale et la production en renforçant le secteur des exportations et, au
mieux, en développant une certaine forme d’industrialisation de substitution
à l’importation. Cette stratégie, comme l’ont également démontré l’expériencecahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page38
Cahiers
genre et développement
latino-américaine et certains cas en Afrique (Côte d’Ivoire et Zaïre par exem-
ple) profite à une petite classe dirigeante en expansion ainsi qu’à une classe
moyenne de bureaucrates dépendante d’elle mais exclut la grande masse de
la population. Ce développement polarisé renferme toutes les caractéristiques
d’une situation coloniale interne (Stavenhagen 1972). Tant que la majorité de
la population des pays africains comme des pays latino-américains sera enga-
gée dans l’agriculture et la vie rurale en général, ce sera la paysannerie (et ses
rejetons formant les masses marginales des villes) qui supportera le plus le
poids de cette stratégie du développement. […]
38
Références bibliographiques
Amin, S. 1970. L’accumulation à l’échelle mondiale. Paris: éditions Anthropos.
–––. 1971. Le développement du capitalisme en Côte d’Ivoire. Dakar: IDEP/Reproduc-
tion/209.
CIDA (Inter-American Committee for Agricultural Development). 1965-66. Tenencia de
la tierra y desarrollo socio-economico del sector agricola. Washington: Pan American
Union.
Dumont, R. 1971. Notes sur les implications sociales de la révolution verte en quelques
pays d’Afrique. Genève: Institut de Recherche des Nations Unies pour le Développe-
ment Social.
Feder, E. 1971. The rape of the peasantry, Latin America’s landholding system. New
York: Anchor Books.
Huth, W. P. 1969. Traditional institutions and land tenure as related to agricultural deve-
lopment among the Ibo of Eastern Nigeria. Research Paper N° 36. Land Tenure Center.
Madison, Wisconsin: University of Wisconsin.
International Labour Office (ILO), 1971. Agrarian reform and employment. Geneva:
International Labour Office.
Stavenhagen, R. 1969. Les classes sociales dans les sociétés agraires. Paris: éditions
Anthropos.
––– 1973. Sept thèses erronées sur l’Amérique latine ou comment décoloniser les sciences
humaines. Paris: éditions Anthropos.cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page39
Inégalités de classe et de sexe
et système agro-alimentaire
en milieu rural en Amérique latine
39
*Andrée Michel
In Labourage et pâturage: le patriarcat en campagne. Nouvelles Questions
Féministes. 5: 64-70. Printemps 1983.
La croissance des inégalités régionales et sociales au sein des classes rurales
d’Amérique latine entraîne une grande diversité de situations pour les fem-
mes rurales. On peut déjà partir de deux constatations suivantes:
• bien qu’étant «la plus grande zone industrielle des pays en voie de déve-
loppement», l’Amérique latine avait en 1975 les taux d’activité des fem-
mes les plus bas du monde: sur 169 millions de femmes, 12% seulement
étaient considérées comme «actives» contre 23% en Afrique, 28% en
Amérique du Nord, 36% en Asie, 30% en Europe, 48% en URSS et
128% pour l’ensemble du monde ;
• les recherches menées dans dix pays d’Amérique latine ont révélé que
là où il y a eu croissance de l’emploi pour les femmes, soit en tant que
* Sociologue.
1 Voir BIT (1975). Les comparaisons faites par le BIT sont données sous toutes réserves étant donné la
disparité des critères utilisés pour «évaluer» l’activité des femmes; par exemple le travail agricole
n’est pas pris en compte.
Michel, A. 2012. Inégalités de classe et de sexe et système agro-alimentaire en milieu rural en Amérique
latine. In Genre, changements agraires et alimentation. Cahiers genre et développement. N° 8. (Dir.)
C. Verschuur. 39-46. Paris: L’Harmattan.cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page40
Cahiers
genre et développement
travailleuses indépendantes, soit en tant que salariées, cette croissance a
favorisé les femmes des classes moyennes et défavorisé les femmes des
classes sociales sous privilégiées (Safa 1977).
Le domaine dans lequel la dégradation du statut des femmes rurales est le
plus visible est celui de l’emploi agricole. En effet, les statistiques révèlent
que si l’emploi agricole a baissé pour les hommes, la chute s’est effectuée
dans des proportions encore plus élevées pour les femmes latino-américaines.
Selon le BIT, si 27% de l’ensemble des femmes travaillaient dans l’agri -
culture en 1950, elles n’y étaient plus que 16% en 1970, 17% travaillaient
dans l’industrie et 67% dans les services. Si, au Brésil, les travailleuses agri-40
coles constituent encore 20% de la population active féminine, ce pourcen-
tage tombe à 5% en Colombie, à 7% au Guatemala et à 11% au Mexique
(BIT 1975).
Si la mécanisation agricole a joué contre l’emploi agricole, elle a défavorisé
encore plus la main-d’œuvre féminine dans l’emploi agricole marchand,
c’est-à-dire celui qui, recensé dans les statistiques, donne droit à un salaire
2et parfois à des avantages sociaux . Les plans de développement rural n’ont
jamais tenu compte des femmes ou, quand ils en tiennent compte, ils éten-
dent aux familles paysannes la division traditionnelle des rôles économiques
et des pouvoirs qui est celle de la bourgeoisie. Ainsi Clio Presvelou a noté
qu’en Colombie les programmes de petit élevage de basse-cour en vue
d’élever le niveau de vie des familles rurales consistent à faire du mari le
propriétaire de l’équipement, même si celui-ci émigre ailleurs pour chercher
du travail et que la production du travail d’élevage échoit uniquement à
l’épouse (Presvelou 1981).
Les thèses d’Ester Boserup (1970) sur les conséquences négatives pour les
paysannes du développement technologique agricole sont encore vérifiées
pour les femmes latino-américaines. Non seulement leur pourcentage dans
l’emploi agricole salarié diminue mais elles sont aussi éliminées des emplois
permanents de travailleurs qualifiés de l’agriculture. Une statistique révèle
qu’elles ne constituent d’ailleurs que 7,5% de l’ensemble des étudiants for-
més à une qualification agricole (UN 1980). Au sein de l’emploi agricole,
elles constituent une partie des ouvriers agricoles temporaires ou saison-
niers. Dans certaines régions, comme au Mexique, on leur donne la préfé-
rence aux hommes car leurs salaires sont très inférieurs à ceux des hommes
(Gonçalves 1978). Très souvent, elles sont embauchées par des intermédiai-
res qui les louent chaque jour à des salaires très bas, au profit d’un gros
2 Voir par exemple pour le Brésil, Vasques de Miranda (1977).cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page41
Genre, changements agraires et alimentation
propriétaire ou d’une multinationale, sans les faire bénéficier d’aucun droit
social. De plus, quand elles se présentent avec leur mari, il arrive très sou-
vent que seul le mari touche un salaire.
Puisque les femmes rurales sont les premières licenciées en cas de mécani-
sation agricole, que font-elles? Les recherches des sociologues latino-améri-
caines révèlent que, si les femmes paysannes sont écartées de l’emploi
qualifié permanent, c’est-à-dire de l’emploi formel marchand, leur charge de
travail ne diminue pas pour autant: au contraire, lorsqu’elles sont éliminées
de l’emploi formel qualifié permanent, leur charge de travail s’accroît,
même si elles ne sont pas recensées dans les statistiques, soit parce qu’elles 41
travaillent dans les minifundios avec le mari, soit parce qu’elles occupent un
emploi dans le secteur informel (travail à domicile, travail dans une petite
entreprise rurale de moins de cinq salariés, travail de domestique, ou indé-
pendantes dans le petit commerce ou le petit artisanat).
La plupart des paysannes travaillent avec leur mari sur le minifundio; leur
journée de travail, en période de récolte du café par exemple (durant trois
mois par an), peut s’élever à dix-sept heures par jour. Il en est ainsi pour les
paysannes de la région d’Oaxaca (Mexique) qui cueillent le café, le décorti-
quent, vaquent à leurs occupations domestiques en même temps qu’elles
produisent les cultures vivrières pour l’alimentation quotidienne de la
famille (Young 1978). D’une façon générale, les femmes paysannes qui tra-
vaillent sur les minifundios cumulent cinq sortes de production:
• une production marchande quand elles «aident» le mari à la culture com-
merciale (café, etc.);
• une culture vivrière non marchande destinée avant tout à fournir des
valeurs d’usage, c’est-à-dire à être consommées directement par la famille;
• une production artisanale pour les besoins de la famille;
• une petite production marchande qui consiste à commercialiser le surplus
de leurs productions artisanales et vivrières;
• une production domestique (corvées de bois et d’eau, cuisine, tâches
ménagères, éducation des enfants) que personne (ni la science écono-
mique, ni le mari) ne considère comme un travail.
[…] Les recherches à l’échelle de la famille du petit paysan expliquent la
surcharge de travail des paysannes:
• les prix agricoles sont insuffisants pour que la famille envisage de garder
à la maison pour les aider les enfants devenus grands: ceux-ci émigrent
en ville dès l’adolescence. La femme ne peut recourir qu’aux jeunes
enfants pour se faire aider;cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page42
Cahiers
genre et développement
• les prix agricoles sont insuffisants pour que la famille puisse louer,
comme dans le passé, un ou deux ouvriers agricoles pour l’aider au
moment des récoltes (Young 1978);
• la monétarisation agricole a désagrégé les formes anciennes de solidarité
villageoise ou tribale, en vertu de laquelle les voisins ou le clan aidaient
les familles au moment de la récolte, à charge de réciprocité.
Si l’épouse du petit paysan latino-américain est devenue «une bête de
somme», qui ne touche aucun revenu, si ce n’est un revenu aléatoire dû à
son travail comme ouvrière saisonnière ou à une petite production mar-
chande commercialisée à très bas prix, elle n’en reproduit pas moins la force42
3de travail de son conjoint qu’exploitent aussi les latifundiaires et les entre-
prises multinationales. […]
En Guadeloupe et en Martinique, Fougeyrollas (Beavue-Fougerollas 1979)
note aussi que «si les femmes paysannes donnent la vie, elles assurent aussi
la survie» en produisant les trois quarts de la production vivrière nécessaire
à la subsistance du groupe familial, dont le père est très souvent absent.
Elles revendent les excédents dans des petites boutiques dont elles assurent
elles-mêmes l’ouverture, ce qui n’est pas sans alourdir considérablement
leur budget temps. Leurs ressources monétaires sont toujours très faibles: ou
bien le mari reçoit seul les revenus tirés soit de la vente des cultures com-
merciales soit d’un travail d’ouvrier agricole – auquel son épouse a participé –
et sa femme n’a rien; ou bien, si elle dispose de quelque argent tiré de son
travail agricole saisonnier ou de son petit commerce, elle n’est jamais payée
à un salaire ou à un prix convenable. M. Figuereido a montré que les
paysannes de la côte atlantique du Brésil qui vendent leurs produits artisa-
naux sur les marchés villageois sous-estiment le prix des matières premières
utilisées et de leur temps de travail (Figuereido de Athayde 1981). En outre,
alors que le statut du travailleur agricole assure à certains petits paysans
– comme au Brésil – une certaine protection sociale (en particulier la
retraite-vieillesse), les femmes n’y ont pas droit. Les femmes sont ainsi
pénalisées non seulement dans leur vie active mais aussi dans leur vieillesse
(cas du Brésil, voir Spindel 1980).
Le travail informel, à domicile ou dans la petite entreprise rurale de sous-
traitance, se multiplie (OIT-PREALC 1978). Dès que les ouvrières des villes
s’organisent pour demander des salaires meilleurs, les entrepreneurs latino-
américains ou les entreprises multinationales de l’industrie de l’habillement
déplacent le travail dans les campagnes. Celui-ci s’effectue soit à domicile,
3 Latifundia: grands domaines par opposition aux minifundio.cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page43
Genre, changements agraires et alimentation
soit dans les petites entreprises de moins de dix ouvriers, ce qui permet
généralement de faire travailler les femmes rurales sans les déclarer et sans
leur assurer des droits sociaux, tout en leur payant des salaires très bas. À
São Paulo, on estime que, suivant les cas, ce système de sous-traitance à la
campagne dans la petite entreprise rurale (workshop) assure 30%, 50% et
parfois même 90% de la production totale de la maison mère installée à la
ville (Spindel 1981). Aux environs de Mexico se développent des «villages
industriels» (Maria de Avelar 1977). Ce travail est essentiellement féminin.
Ceci permet au capital de se décharger sur la petite entreprise ou sur le
groupe familial d’une partie du coût de reproduction de la force de travail,
inoccupée en période de crise cyclique dans l’habillement, de diminuer le 43
coût de la main-d’œuvre et le coût de la production. Ainsi, dans la produc-
tion à domicile, le coût du loyer et de l’énergie utilisée est à la charge de la
travailleuse et celle-ci se fait aider en période de pointe par les membres de
sa famille. Il est très difficile aux ouvrières, étant donné les distances, de
s’organiser sur le plan syndical.
Quant au travail des femmes dans les petites entreprises rurales, il est tou-
jours soumis au modèle du rôle traditionnel des sexes: le travail des femmes
ainsi que leurs salaires sont considérés comme travail et salaires «d’ap-
point» aussi bien par les employeurs que par les travailleurs; en outre, ce
travail salarié se heurte souvent à la résistance des maris et des pères qui ne
l’acceptent que lorsque leurs femmes ou leurs filles travaillent dans les
mêmes équipes qu’eux-mêmes (Aguiar 1976).
Les conditions ainsi décrites révèlent que les femmes rurales, qu’elles tra-
vaillent dans l’emploi formel ou informel, dans le secteur marchand ou non
marchand, sont triplement infériorisées par rapport aux hommes sur le plan
économique:
• le travail de leurs maris et des hommes en général produit des revenus ou
un salaire minimum, dont elles sont le plus souvent évincées; quand elles
sont salariées, leurs salaires sont de 50% environ inférieurs à ceux des
hommes;
• le temps de travail des hommes comme travailleurs salariés est régle-
menté, c’est-à-dire limité en fonction des lois sociales, tandis que les
heures de travail des femmes sont indéfinies puisque les tâches domes-
tiques, comme la garde des enfants, l’entretien de la maison, la cuisine et
les productions vivrières leur échoient en priorité;
• les maris paysans jouissent de certains avantages sociaux (comme la
retraite au Brésil) tandis que les femmes en sont privées. cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page44
Cahiers
genre et développement
Le travail des femmes paysannes constitue donc, selon une économiste «le
4temps fort de l’exploitation capitaliste» , même si elles ne reçoivent ni paie-
ment pour leur production, ni salaire pour leur travail. Les exemples donnés
révèlent suffisamment que leur travail assure plus que celui de leur mari le
coût de reproduction du ménage, les ressources du mari servant le plus sou-
vent à s’équiper en biens manufacturés et de prestige qui ne sont souvent
consommés que par lui.
Mais ce n’est pas par hasard si le travail – marchand ou non marchand des
paysannes, formel ou non formel – constitue «le temps fort de l’exploitation
économique dans le système capitaliste», ici, dans le système agro-alimen-44
taire. En effet, ce s’est appuyé pour son développement sur le ren-
forcement des oppressions frappant les femmes en raison de l’existence
d’une famille paysanne patriarcale. Dans cette famille, dont le modèle fut
importé dans le Nouveau monde par les colonisateurs espagnols ou brési-
liens, le mari est le chef de la famille et l’administrateur des biens dont les
droits et privilèges furent codifiés par une législation civile adoptée du Code
Napoléon. Dans ce modèle bourgeois de la famille, la femme est censée ne
pas travailler pour se consacrer au confort du mari et à l’éducation des
enfants tandis que seul le mari est le pourvoyeur des besoins économiques
de la famille. Ce modèle est utilisé dans les familles paysannes où, selon le
témoignage d’un paysan brésilien, les tâches domestiques les plus écrasantes
effectuées par les femmes, n’étant pas considérées comme un travail par les
membres de la famille, ne font l’objet d’aucune aide de la part des hommes
(Da Conceição 1981). De plus leur production de biens vivriers est rendue
«invisible» dans les statistiques de travail et les indicateurs économiques,
résultat d’une science économique occidentale aussi sexiste que le modèle
familial.
Ainsi la situation et le rôle économique des femmes latino-américaines dans
le développement rural sont déterminés en fonction des dynamismes des
processus de développement qui relèvent à la fois de deux systèmes:
• un système capitaliste mondial – dont le système agro-alimentaire est une
illustration dans la production agricole d’Amérique latine – qui creuse les
inégalités sociales et économiques entre les classes sociales paysannes
tout autant qu’entre travailleurs des campagnes et des villes, entre tra-
vailleurs masculins et féminins, l’accumulation capitaliste se faisant,
entre autres, grâce aux bas salaires des paysannes et des ouvrières;
4 Agnès Fatouma Diarra citée par Michel (1977).cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page45
Genre, changements agraires et alimentation
• un système patriarcal bien vivant sur lequel le premier s’appuie pour
aggraver un peu plus les clivages entre les sexes. Le système patriarcal
est en particulier responsable de ce que j’appelle «l’accumulation perma-
nente de base», réalisée à partir du temps de travail domestique des fem-
mes dans la famille – travail non payé –, un temps de travail nécessaire à
la reproduction de la force de travail du mari et des enfants et des fem-
mes elles-mêmes et qui contribue indirectement à la formation de la plus-
value tirée du travail marchand de ces derniers. Autrement dit, le
développement de la production des valeurs d’échange suppose la per-
manence de la production des valeurs d’usage. Inégalités de classes et
inégalités de sexe se combinent ainsi étroitement dans la mesure même 45
où, pour la maximisation du profit, le système économique mondial uti-
lise les systèmes patriarcaux en les reproduisant et en les renforçant.
Inversement, il serait facile de montrer comment le patriarcat utilise le
système capitaliste mondial pour renforcer les privilèges d’un sexe. […]
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46cahiers 8-4.qxp:maqCGD 03.08.12 10:34 Page47
Qui se nourrit de la famine
en Afrique?
47
Comité d’information Sahel
In Qui se nourrit de la famine en Afrique? Le dossier politique de la faim au
1Sahel. 26-37. Petite collection Maspero. Paris: F. Maspero. 1975 .
L’exploitation néo-coloniale
[…] L’impôt exigé en numéraire dès 1908, la monétarisation croissante de
l’économie, la substitution des produits industriels importés aux produits de
l’artisanat local, le développement des transports payants par l’extension du
réseau routier et ferroviaire et par la généralisation de l’emploi du camion
(surtout à partir de 1924), le développement du commerce et de l’usure, tou-
tes ces circonstances contribuent de plus en plus à faire entrer les cellules
traditionnelles de production, c’est-à-dire les communautés domestiques,
dans la circulation capitaliste. En introduisant ainsi les conditions de déve-
loppement d’un marché intérieur, elles favorisaient la mise en place d’un
mode d’exploitation plus efficace: l’exploitation néo-coloniale, fondée sur
l’extraction d’une rente en travail à partir de la communauté familiale.
L’exploitation coloniale, telle que nous venons de l’évoquer, avait en effet
un défaut majeur: sa faible efficacité, qui tenait à ses effets destructeurs sur
les cadres sociaux traditionnels. Elle n’envisageait l’exploitation de la force
1 Droits réservés.
Comité d’information Sahel. 2012. Qui se nourrit de la famine en Afrique ? In Genre, changements agrai-
res et alimentation. Cahiers genre et développement. N° 8. (Dir.) C. Verschuur. 47-55. Paris: L’Harmattan.