Genre et pouvoir dans les pays industrialisés

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Cette étude porte sur les hommes et les femmes qui composent l'univers des élites politique et économique dans les vingt-sept pays les plus industrialisés du monde. De tout temps, dans tous les pays et dans la plupart des domaines, les postes à responsabilité ont été occupés par les hommes. Il aurait été difficile, il y a un demi-siècle, de trouver des femmes au sommet de la vie publique. Les choses ont changé, mais notre compréhension de comment ces changements ont eu lieu est incomplète. Cet ouvrage, fruit de la coopération de chercheurs de plusieurs pays, y remédie.
Publié le : jeudi 1 avril 2004
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EAN13 : 9782296355019
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GENRE ET POUVOIR DANS LES PAYS INDUSTRIALISÉS

Logiques Sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non fmalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Déjà parus
P. ANCEL et A. PESSIN (dir.), Les non-publics, Tome 1,2004. P. ANCEL et A. PESSIN (dir.), Les non-publics, Tome 2,2004. Vincent MEYER, Interventions sociales, communication et médias,

2004.
ZHENG Lihua et XIE Y ong, Chine et mondialisation, 2004. Annie CA THELIN, Le mouvement raëlien et son prophète, 2004.

Louise-Mirabelle BllffiNG-MARTINON, Voyage au pays des
relieurs,2004. Gilbert ELBAZ, Les différentes couleurs du SIDA aux Etats-Unis, 2004. Claudine DARDY, Objets écrits et graphiques à identifier: Les bibelots de la culture écrite, 2004. Ludovic GAUSSOT, Modération et sobriété :Etudes sur les usages sociaux de l'alcool, 2004. Ismaïla DlAGNE, Les sociétés africaines au miroir de Sembène Ousmane,2oo3.

Monique LEGRAND et Didier VRANCKEN (sous la dir.),
L'expertise du sociologue, 2004. Ivan SAINSAULIEU, Le malaise des soignants, 2003.

Jacqueline FREYSSINET-DOMINJON et Anne-Catherine WAGNER, L'alcool en jëte, manières de boire de la nouvelle jeunesse étudiante, 2003. Hervé TERRAL (Textes choisis, introduits et présentés par), Paul
Lapie

- Ecole

et société,

2003.

Michel CLOUSCARD, L'être et le code, 2003.

@ L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-6163-1 EAN: 9782747561631

par GWEN MOORE MINO VIANELLO
Coordonnée

GENRE ET POUVOIR DANS LES PAYS INDUSTRIALISÉS
Enquête sur les disparités hommes/femmes

Avant-propos de Eva ETZIONI HALEVY

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3
1026 Budapest

L'Harmattan Ualla Via Bava, 37 10214 Torino

FRANCE

HONGRJE

ITALlE

La préparation du Prêt-à-clicher est due à Maria Rosaria DeI Ciello Traduction de Odille Campestre

Table des matières Pag.
Avant-propos

de Eva Etzioni Halevy
Remerciements et historique de la recherche Introduction
1 Description de l'échantillon de Silvia Sansonetti

9 15 19
et méthodologie

-

25

Caractéristiques démographiques et vie familiale de Giovanna di Stefano et Antonella Pinnelli
2

-

37

3 - Cursus

de Brigitte Liebig et Silvia Sansonetti
4 Milieu professionnel et style de leadership de Litsa Nicolau Smokoviti Les leaders politiques de Mino Vianello
Annexe

69

-

109 129

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5 Valeurs

de Renata Siemienska
6 - Capital social, réseaux et parrainage de Gwen Moore et Michal Palgi

-

135

169

7 - Réseaux - une Application Multidimensionnel de Rosanna Memoli

de l'Échelonnement

195

8 Pouvoir de Mino Vianello

-

219

Conclusion Annexes Bibliographie

239 247 257

8

A V ANT-PROPOS de Eva Etzioni-Halevy

Ce n'est que très récemment que le sujet des élites féminines et de la place des femmes dans les élites a commencé à susciter l'intérêt de la littérature dominante dans ce domaine. En effet, les membres de l'élite même dans les démocraties industrialisées ont toujours été principalement des hommes, et cela a toujours semblé si naturel que la théorie classique de l'élite, tout comme sa version moderne, ont considéré inutile d'en débattre. Dans ses ouvrages précédents, et plus encore dans ce livre, Mino Vianello a comblé une incontestable lacune dans la littérature sociologique en interrogeant l'évidence et en la transformant en sujet d'étude. De même que les membres de l'élite ont longtemps été essentiellement des hommes, les théoriciens de l'élite étaient aussi principalement des hommes. Et cela explique probablement en partie pourquoi ils ont montré si peu d'intérêt envers l'exclusion relative des femmes (soit de la moitié de la population) des positions de pouvoir. Juste retour des choses: les théoriciens féministes qui se sont occupés de la relative exclusion des femmes des postes de direction sont essentiellement des femmes."Vianello représente l'exception qui confIrme la règle des deux côtés: il est l'un des rares théoriciens de l'élite, d'une part, et l'un des rares théoriciens féministes hommes, de l'autre, à s'être intéressé à la question des femmes et du pouvoirl. Dans leur livre The Gender of Power (Sage, 1991) Kathy Davis, Monique Leijenaar et Jantine Oldersma ont utilisé d'une façon innovatrice les théories du pouvoir pour analyser les relations entre les genres. Mais, dans l'ensemble, les tentatives de rapprocher les théories de l'élite et celles des genres ont été rares. La double exception représentée par Mino Vianello le place donc dans une position stratégique unique qui lui permet de faire de la recherche dans les deux domaines, de leur apporter sa contribution simultanée et de poser les bases de leur rapprochement. C'est ce qu'il accomplit, de fait, dans ce livre préparé en collaboration avec Gwen Moore, une renommée scientifIque, avec la participation de chercheuses de 27 pays. Mino Vianello et Gwen Moore sont également renommés pour l'étendue et la portée comparative de leurs recherches. Avec leur ouvrage, Access to Power: Cross-National Studies of Women and Elites (London: Allen & Unwin, 1981), Cynthia Fuchs Epstein et Rose Laub Coser ont accompli un pas important dans cette direction. Depuis lors, plusieurs

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I Voir, Un Nouveau Paradigme pour les Sciences Sociales - Genre. Espace. Pouvoir. L'Harmattan,2001.

spécialistes se sont intéressés à l'exclusion quasi permanente des femmes des postes clés dans de nombreux pays. Mais ce n'est pas suffisant: il reste encore beaucoup à faire dans une perspective comparative. Et cette lacune n'est pas due au simple hasard. La recherche comparative comporte des difficultés exceptionnelles. Elle requiert une vision unitaire associée à de grandes facultés d'organisation et de coordination. Ainsi, la perspective comparative de Mino Vianello et ses capacités à coordonner des projets de recherche à travers le monde entier apportent une contribution bienvenue dans ce domaine. En tant que théoricien de l'élite, théoricien féministe et comparatiste, Vianello s'est engagé dans l'étude des élites et des genres il y a une bonne trentaine d'années. Ses publications - dont Gender Inequality (1990) avec Renata Siemienska, et Gendering Elites (2000) en collaboration avec Gwen Moore - ont déjà attiré l'attention de ses collègues dans le monde entier. Gendering Elites, en particulier, incluait un grand nombre de sujets et reflétait une grande variété d'intérêts2. Ce livre est extraordinairement complet. Basé sur les études d'une équipe distinguée de chercheurs, il recueille des données sur les différences et les ressemblances entre les genres dans les élites du monde des affaires et de la politique dans bien vingt-sept pays démocratiques et industrialisés. En dépit de l'étendue de ses sources, et bien que les divers chapitres aient été rédigés par des auteurs différents, cet ouvrage est centré sur un ensemble de questions fondamentales en étroite corrélation. Etant donné qu'il y a désormais des femmes qui ont accédé à des postes de pouvoir, cette recherche montre comment elles y sont parvenues, comment elles vivent leur situation et comment elles exercent leur leadership. Dans le monde entier, les hommes au pouvoir sont toujours beaucoup plus nombreux que les femmes au pouvoir. En 2000, les femmes représentaient seulement 14% des membres du parlement et occupaient un dixième des postes ministériels à travers le monde. Malgré tout, les choses avancent car un nombre grandissant de femmes ont conquis une place au sommet. Cependant, les résultats de l'étude multinationale rapportés dans ce livre montre que, si le tabou a été enfreint, il n'a pas disparu pour autant. Même si les élites ne sont plus la chasse gardée exclusive des hommes, il faudra attendre longtemps encore avant que les femmes, de plus en plus nombreuses dans les élites, obtiennent la parité totale avec leurs homologues masculins. Il existe de grandes différences selon les pays, et pratiquement à tous les égards. Ainsi, comme Brigitte Liebig et Silvia Sansonetti (chap.3)
2

Cette recherche a été le premiére étude dans la domain des sciences incluse parmi les finalistes du prix Descartes.

sociales

qui a été

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le montrent, au cours des vingt dernières années plusieurs pays démocratiques ont fait de grands progrès pour uniformiser les chemins qui mènent au pouvoir, parcours qui ont toujours été plus longs et tortueux pour les femmes. D'autres pays ont été plus lents à réagir. Quoi qu'il en soit, dans l'ensemble, les femmes continuent à être défavorisées par le seul fait de leur appartenance au geme féminin. En premier lieu, comme nous le révèlent Antonella Pinnelli et Mino Vianello (aux chapitres 2 et 8), les femmes ont besoin de ressources familiales plus importantes que les hommes pour pénétrer dans les élites. Leurs parents tendent à être plus instruits, ce qui signifie que les femmes doivent posséder un capital culturel plus important pour se hisser au sommet de l'échelle. Le statut professionnel de leurs parents est également supérieur: ils occupent plus fréquemment des postes de direction. Cela signifie que les femmes ont besoin d'un contexte familial privilégié, plus encore que les hommes, pour atteindre le même but. Enfin, comme le démontrent Gwen Moore et Michal Palgi (chap. 6), les femmes doivent avoir des relations sociales plus étendues car il leur faut être parrainées, guidées, plus que les hommes, dans l'élite où elles souhaitent s'introduire. C'est justement sur ce point qu'elles rencontrent le plus de difficultés, par rapport à leurs homologues masculins. En deuxième lieu, les femmes membres de l'élite se heurtent à de nombreux obstacles lorsqu'elles veulent mener une vie familiale normale. Une fois qu'elles ont accédé à leur poste, le fait qu'elles disposent, plus que les hommes, de ressources familiales importantes n'est plus vraiment essentiel. Mais elles ont dû, dans une certaine mesure, sacrifier la vie de famille à leur carrière. Les tâches domestiques et l'éducation des enfants ne sont habituellement pas équitablement partagées entre ces femmes et leurs partenaires, et c'est probablement une des raisons pour lesquelles leur vie familiale est en général plus discontinue que celle des hommes. Les femmes aux postes de pouvoir ont moins de chances de former un couple ou d'avoir des enfants. Il est moins probable qu'elles aient un partenaire dans la vie, et si oui, il est fréquent qu'elles s'en séparent. Plus souvent, ces femmes restent célibataires après une rupture. Bien sûr, ce style de vie peut dépendre d'un choix délibéré. Mais si l'on en croit la convaincante interprétation donnée dans ce livre, il apparaît que les femmes doivent faire des sacrifices plus importants que les hommes pour parvenir aux mêmes positions. Par conséquent, comme l'affIrme Siemienska (chap.5), les femmes, plus que les hommes, sont conscientes des inégalités existant entre les gemes, et des obstacles culturels qui contrecarrent leurs possibilités d'avancement. Elles savent aussi qu'elles doivent faire plus et mieux que les hommes pour émerger. Une fois au pouvoir, les femmes, plus volontiers que les hommes, vont au-delà du simple matérialisme et Il

sont généralement plus favorables aux interventions gouvernementales privilégiant une plus équitable répartition des ressources. Les hommes, eux, sont plus axés sur les exigences du marché. Malgré les ressemblances entre les modes de leadership masculin et féminin, Litsa Nicolau-Smokoviti (chapA) démontre que les femmes managers sont, plus que les hommes, enclines à un type de leadership démocratique, qui met l'accent sur le partage non compétitif du pouvoir et sur la participation consensuelle, plutôt que sur l'imposition de la prédominance. Plus loin, Rosanna Memoli, dans son analyse des réseaux sociaux (chap. 7), nous apprend que les femmes cadres supérieurs sont moins nombreuses que leurs homologues masculins à fréquenter clubs et organisations, probablement à cause des contraintes horaires imposées par les obligations familiales. Malgré cela, elles tendent, plus que les hommes, à tisser des relations sociales formelles ou informelles, hors de leurs propres secteurs d'activité. Elles accordent plus d'importance à la solidarité et au soutien dans l'univers professionnel, aussi bien que dans la sphère familiale, et sont ainsi caractérisées (selon l'expression de Parson) par un mode de leadership plus «expressif» que celui des hommes, défini comme «instrumental». Ce livre est digne d'attention car il foumit une réponse convaincante à la question qui est souvent posée, de savoir pourquoi il importe que les femmes accèdent ou non à des postes de direction dans les affaires publiques. Est-ce véritablement le geme des dirigeants qui compte? N'est-ce pas plutôt leur attitude en tant que personnes de pouvoir qui est significative? A cet égard, notre recherche montre que l'introduction des femmes dans les élites est importante, et ce non seulement d'un point de vue quantitatif, vu que la moitié de la population (précédemment point représentée au sommet de l'échelle) y occupe une place croissante. L'importance du phénomène tient surtout au fait que les femmes sont nettement plus démocratiques, égalitaristes et axées sur le soutien et la solidarité sociale que les hommes. Ainsi, la pénétration des femmes dans les élites du monde entier aurait pour corollaire la promotion de tendances conduisant à un type de société plus démocratique, égalitariste et humanitaire. Dans son livre Gender Equity (Sage, 1988), 1.S. Chafetz indique l'égale représentation des femmes et des hommes dans les élites comme le plus important facteur de parité entre les sexes dans l'ensemble de la société. Indirectement, le présent ouvrage confirme cette affirmation théorique. On n'y prétend pas que les femmes au pouvoir perdent de vue leurs objectifs de carrière pour tendre la main aux autres femmes, ou qu'elles font de la promotion de l'égalité hommes-femmes leur principale aspiration. Cependant, comme elles sont reconnues pour avoir 12

généralement un esprit plus égalitariste et humanitaire, si elles ont la faculté d'influencer les lignes d'action, il y a fort à croire que celles-ci iront dans le sens du progrès vers l'égalité des genres. La théorie des élites s'est longtemps intéressée au rapport entre les élites et la démocratie. Elle devait déterminer quels types d'élites entravent la mise en place de ce régime politique et quelles élites, au contraire, en favorisent l'apparition et la consolidation. La démocratie et la démocratisation ont été diversement attribuées à l'imposition de ce type de régime par l'élite, à l'autonomie des élites non institutionnelles vis-àvis de l'état, aux compromis, décisions et accords des détenteurs du pouvoir concernant les règles de la démocratie. Dernièrement, l'accent a été mis sur l'importance, pour la démocratie, de leurs relations avec les élites de niveau inférieur et le public en général. Dans mon dernier ouvrage, Classes and Elites in Democracy and Democratization (New York: Garland Publishing, 1997»), j'ai d'ailleurs souligné le fait que les relations de l'élite avec les classes et les groupes défavorisés de la société facilitaient l'avènement de la démocratie. L'un des «avantages sociaux», pour ainsi dire, du livre que nous présentons ici est qu'il étend les perspectives théoriques mentionnées ci-dessus concernant l'interface entre les élites et la démocratie. Ce livre attire, en effet, notre attention sur un type de relations qui vient s'ajouter aux autres: le partage du pouvoir et le mode de leadership consensuel - pratiqués plus volontiers par les femmes que par les hommes apparaissent comme potentiellement significatifs pour la démocratie. Aussi sommes-nous obligés de prendre conscience d'une question trop souvent négligée dans la théorie des élites, soit le lien entre microcosme et macrocosme, entre ce que les élites accomplissent dans leur milieu immédiat et la démocratie dans l'ensemble de la société. Finalement, ce livre offte des perspectives encourageant à l'égard des possibilités de changement vers une égalité homme-femme plus poussée dans les élites. Gwen Moore et Michal Palgi, dans leur chapitre (7) sur les réseaux et le parrainage, montrent que les différences sont plus petites dans les pays social-démocrates que ailleurs. Cela signifie, d'après elles, que la considération donnée dans les discours publics a ce sujet dans ces pays a mené à une diminution de ces inégalités. De mobiliser les consciences sur ce point peut donc conduire au changement, un fait auquel les élites des autres pays feraient bien de réfléchir. C'est pour toutes ces raisons que ce livre ouvre une brèche dans la tradition. Il se veut point de départ, et non ligne d'arrivée. Le sujet des femmes et du pouvoir a tout juste été abordé: un grand travail d'approfondissement reste à faire.

-

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Les sociétés évoluent et leurs élites aussi: la proportion de femmes qui en font partie et les chemins (suivis tant par les femmes que par les hommes) menant au pouvoir changent également. Toutes ces transformations doivent être étudiées et documentées continuellement, les résultats des recherches doivent être revus et les théories doivent s'adapter à une réalité en constante évolution. De plus, les temps qui changent engendrent de nouvelles élites. La société de l'information, post-industrielle, a donné le jour à des groupements de pouvoir rapprochés par les techniques de pointe, l'ordinateur et l'internet. La mondialisation s'accompagne de la montée d'organisations de gouvernement transnational et a vu la multiplication des sociétés multinationales. Toutes ces entités ont généré leurs propres élites. Or l'on ne sait encore pratiquement rien du rôle qu'y jouent les femmes. Il s'agit là d'un domaine vierge pour la recherche. Connaissant l'énergie créatrice de Mino Vianello, je suis sûre qu'il se lancera lui-même dans l'étude de plusieurs de ces problématiques et qu'il s'occupera de diriger des recherches pour en explorer les différents aspects. Et tandis qu'il continue de nous indiquer la voie à suivre, il faut espérer que d'autres sauront, non seulement lui emboîter le pas, mais aussi apporter leur contribution originale à la recherche. Les études de Vianello sur les voies qui mènent les hommes et les femmes au pouvoir contribueront de même au fructueux développement de cet important secteur.

14

REMERCIEMENTS ET HISTORIQUE DE NOTRE RECHERCHE Il faut remonter à l'année 1973, lorsque, grâce à une subvention octroyée par le Conseil National de Recherche, Mino Vianello organisa une rencontre d'une semaine près de Zagreb pour voir s'il était possible de réaliser une recherche sur la participation des femmes dans les prises de décisions aux échelons les plus élevés des affaires publiques. Des collègues de douze pays différents prirent part à la réunion, mais il apparut rapidement que la grande majorité d'entre eux voulait étudier les problématiques de genre à partir d'autres points de vue, tels que le marché du travail, la famille et les droits civils. Ainsi, un groupe beaucoup plus réduit se réunit trois ans plus tard à Assise pour entamer le long travail d'organisation que suppose une étude comparative. L'année suivante, lors d'une rencontre à Ariccia (près de Rome), le groupe fut en mesure de fixer le plan de la recherche et de décider des outils appropriés pour la collecte des données. Ces deux ateliers furent financés par l'Université La Sapienza de Rome. Les résultats de cette recherche furent publiés en 1990 par Sage sous le titre Gender Inequality. Cependant, entre-temps, la question de l'exclusion des femmes des affaires publiques était devenue une partie intégrante de la sociologie. Ainsi, en 1990, la proposition de Mino Vianello (moralement soutenu par le parrainage de l'Association Internationale des Sciences politiques, de l'Association Internationale de Sociologie et du Centre des Nations-Unies pour l'Avancement des Femmes) de mettre sur pied une nouvelle recherche, dont les résultats devaient paraître en 2000 (Gendering Elites, Macmillan), attira l'attention des collègues dans bien vingt-sept pays, de fait dans les pays les plus industrialisés du monde. En novembre 1990, grâce au support de l'administration locale, il fut possible d'organiser une rencontre de trois jours à Bevagna (Italie centrale), à laquelle participèrent des spécialistes de dix-sept pays différents. Les principes de base de la recherche furent arrêtés; chaque participant eut la faculté d'inclure, dans un questionnaire commun, des points intéressant particulièrement son secteur d'études sur les genres et le pouvoir. La recherche se concentrerait sur les élites dans le monde de la politique et des affaires. La circonscription de l'analyse aux élites ne permettait pas d'envisager les problématiques liées à la mobilité sociale, à l'introduction de l'individu dans l'élite (ce qui, du reste, avait été fait dans Gender Inequality). Mais, en nous limitant volontairement aux élites, nous augmentions notre capacité à examiner les différences et les ressemblances entre les genres au sein même des élites, conformément au but premier de notre recherche. Tous furent d'accord pour utiliser un

questionnaire commun (traduit de l'original anglais) et la même méthode d'échantillonnage. En 1991, après avoir testé un questionnaire préliminaire, quelques membres du groupe se réunirent de nouveau à Bevagna pendant trois jours, grâce à la Fondation Elsa de Giorgi. Le plan de la recherche ainsi que le questionnaire, tous deux décrits dans le chapitre méthodologique, furent élaborés au cours de cet atelier. Une ultérieure rencontre de trois jours, à laquelle participèrent six. membres du groupe international, se tint l'année suivante à Rome, grâce à une subvention de l'Université La Sapienza de Rome. La collecte des données commença alors dans les vingt-sept pays intéressés et dura deux ans, de 1993 à 1995. Elle fut fmancée par des ressources locales et par l'Union Européenne, avec une allocation de
200.000 euros.

En juillet 1994, douze membres du groupe international se rencontrèrent à Bielefield, l'espace d'une demi-journée, pour évaluer les progrès de la recherche et discuter de certains problèmes secondaires. Fin 1996, une autre réunion de deux jours fut organisée à Rome, avec le soutien financier du Conseil National de Recherche italien. Douze membres y participèrent pour résoudre certains problèmes de codage et d'analyse des données. L'ensemble des données provenant des vingt-sept pays concernés fut envoyé à tous les membres de l'équipe, en 1997, pour qu'ils puissent rédiger un chapitre fondé sur l'ensemble complet des données. Les ébauches furent distribuées à tous les collaborateurs pour être soumises aux critiques et révisions. En avril 1998, lors d'une réunion de dix.jours à Bevagna, encore une fois subventionnée par l'Université La Sapienza de Rome, les premières versions des différents chapitres furent discutées en détail et des changements furent proposés. Seize membres du groupe international participaient à cette rencontre. Quelques mois plus tard, à Montréal, après d'ultérieures révisions effectuées par les auteurs eux-mêmes, six membres du groupe international examinèrent de nouveau le manuscrit qui fut, au cours des mois suivants, encore revu par Mino Vianello, avant d'être ultérieurement reparcouru par Gwen Moore de l'Université de l'Etat de New York à Albany, celle-ci ayant aidé Mino Vianello à coordonner le projet. Leur tâche consistait à éliminer les empiètements et à relier entre eux les divers chapitres, vu que ceux-ci avaient été écrits indépendamment par des auteurs différents et fournissaient, par conséquent, une représentation peu homogène du problème que nous voulions étudier. En fait, quelques collègues chargés de la révision de certains chapitres proposèrent des modifications que les auteurs refusèrent d'effectuer. Tous les 16

collaborateurs étant sur un pied d'égalité, chacun était, en définitive, libre de décider du contenu de ses propres chapitres. C'était, on le comprend, à la fois un bien et un mal. Nous espérons avoir éliminé celui-ci dans cet ouvrage qui présente les résultats de la recherche d'une manière plus articulée et couvre des domaines non encore explorés au préalable (les chapitres 3 et 4, par exemple, sont totalement nouveaux, puisque les sujets de la construction de carrière ou des modes de leadership n'avaient pas été traités précédemment). En fait, l'exigence d'une présentation plus systématique des résultats se faisait sentir, et nous espérons l'avoir satisfaite avec ce livre plus complet, et à la lecture plus accessible. Nous avons dit que cette recherche avait une longue histoire. De fait, elle n'est pas finie. Les résultats présentés ici, fondés sur la méthode de l'enquête, constituent les prémisses d'une autre recherche en cours sur les genres et le pouvoir, cette fois de nature qualitative et basée sur des interviews approfondies. * * *

Malheureusement, certains participants qui ont recueilli des données dans leur pays n'ont pas rédigé de chapitre dans l'œuvre collective publiée par McMillan. Nous tenons à les remercier pour leur inestimable contribution. Il s'agit de: Lois Bryson en Australie, Maria Cermakova en République Tchèque, Julia O'Connor au Canada, François de Singly en France, Yoko Hosoi au Japon, Katalin Koncz en Hongrie, Valentina Konstantinova en Russie, Ilona Ostner en Allemagne et Bj0rg Aase S0rensen en Norvège. Nous voulons également remercier ceux qui ont effectivement contribué à la rédaction d'importantes parties de ce livre: Gunnar Anderson en Suède, Jeannette Baker aux Pays-Bas, Burt Baldwin aux Etats-Unis, Maria Carrilho au Portugal, Maria Antonia Garcia de Leon, Maria José Alonso Sanchez et Helena Rodriguez Navarro en Espagne, Gertraud Diem-Wille et Judith Ziegler en Autriche, Eileen Drew en Irlande, Johanna Esseveld en Suède, Lis H0jgaard au Danemark, Kaisa Kauppinen, lira Nuutinen et Jaana Kuusipalo en Finlande, Alison Woodward en Belgique, Bogdan Kavcic et Marjana Merkac en Slovénie, Joanna Liddle, Dawn Lyon et Elisabeth Michielsens au Royaume-Uni. Nous avons contracté des obligations nombreuses et diverses en menant à bien cette recherche. Nous devons beaucoup, surtout, aux spécialistes pour la plupart des femmes - qui ont, pendant longtemps, travaillé sur les problématiques liées au genre. Nous avons largement puisé dans le savoir constitué grâce à leurs efforts. Ce livre a aussi grandement tiré profit des critiques qui sont parvenues de différents côtés. Nous ne pouvons pas mentionner tous les collègues qui ont donné leur précieux avis sur l'ensemble du manuscrit ou sur certains passages, mais

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nous tenons à remercier pour le temps qu'elles nous ont consacré avec beaucoup de patience, Laura Balbo, Janine Mossuz-Lavau, Carole Pateman, Sydney Verba et, particulièrement, Eva Etzioni Halevy qui a accepté d'écrire l'avant-propos. En ce qui concerne le financement, nous désirons remercier encore une fois les organisations mentionnées ci-dessus pour avoir rendu possible, grâce à leur généreux soutien, un projet qui, au total, aura coûté environ un demi-million d'euros. Nous sommes également reconnaissants à l'Association Internationale de Science politique, à l'Association Internationale de Sociologie et au Centre des Nations-Unies pour l'Avancement des Femmes, de nous avoir apporté leur encouragement. Nous remercions la Faculté de Statistiques de l'Université La Sapienza de Rome, et tout particulièrement le Département de Comptabilité Nationale et d'Analyse des Processus Sociaux, de nous avoir donné accès à ses services et appuyé nos demandes de fonds. Un merci personnalisé à Silvia Sansonetti pour nous avoir prêté son aide au niveau de la coordination internationale de la recherche, et à Maria-Luisa Rocco qui a dû promptement écrire et. expédier des centaines de documents parfois très longs au cours de toutes ces années.

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INTRODUCTION Quand on parle d' «élites», on peut s'étendre longuement sur le sujet ou, au contraire, se limiter à quelques mots. Il n'y a pas de milieu. En effet, c'est un thème lié aux problématiques fondamentales des sciences sociales, comme le rapport entre la répartition de la richesse, le prestige et le pouvoir; l'exercice du pouvoir; la composition du groupe qui le détient; et ainsi de suite. Nous avons ici l'intention d'étudier le problème sous un angle bien précis: celui de la relation entre le genre et l'élite, relation traditionnellement ignorée par les recherches sur les élites. Aujourd'hui, cependant, le stéréotype selon lequel les affaires publiques sont réservées aux hommes n'a plus beaucoup de sens. Nous sommes convaincus que cette recherche arrive à point pour approfondir notre connaissance des élites, en y soulignant le rôle émergent des femmes. Nous espérons qu'elle donnera lieu à de nombreux débats scientifiques et publics, et, qui sait, à des politiques tendant à l'extension du pouvoir féminin. En effet, depuis que le sujet a commencé à intéresser les spécialistes des sciences humaines soit il y a environ quatre cents ans, avec l'avènement de la société bourgeoise et la substitution du critère d'attribution par celui de méritocratie - il a toujours été tenu pour acquis que les élites étaient exclusivement masculines. De fait, celles-ci, au sens large comme au sens strict (la «classe supérieure au gouvernement» de Pareto), ont toujours été considérées comme un fief masculin. Autrement dit, qu'il s'agît d'entrepreneurs ou de leaders syndicaux, de hauts dignitaires du clergé, de personnages du monde politique, ou encore d'intellectuels, il était implicite que c'étaient des hommes. Pour quelle raison? Aussi simpliste que cela puisse paraître, la réponse (explicitement énoncée dans certains des plus importants textes) est que les hommes ont une passion innée pour le pouvoir et se battent pour s'en emparer et le conserver. Toutes les organisations, les états, les partis, les syndicats sont, dès lors, considérés comme des oligarchies masculines. On peut perdre le sommeil (c'est, dit-on, ce qui arriva à de nombreux socialistes après avoir lu Michels) parce qu'il semble impossible de fonder une société démocratique, égalitaire, où aucune minorité ne commande la majorité, mais il apparaît normal de ne pas s'interroger sur la composition à 100% masculine des oligarchies. Point n'est besoin d'étudier leur phénoménologie dans différentes sociétés ou à des époques diverses, ou encore de parcourir I'histoire de la théorie des élites qui, depuis ses débuts avec Machiavelli,

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a essentiellement été élaborée en Italie (ce n'est d'ailleurs pas un hasard: toute société se reflète dans l'œuvre de ses penseurs). Même si on laisse de côté le machisme évident de Machiavelli, ni Pareto ou Mosca, ni Michels, Sartori ou Bobbio (pour ne citer que des auteurs italiens, mais on pourrait dire exactement la même chose de Schmitt, Lasswell, Mills, Aron ou Dahrendorf...), n'ont estimé qu'il valait la peine de se demander pourquoi la moitié de la population, dans toutes les sociétés, avait toujours été exclue du pouvoir dans le domaine public. Naturellement, plusieurs auteurs féministes, surtout à partir de la moitié des années soixante, attirèrent l'attention sur ce fait; mais leurs observations passèrent inaperçues pour les théoriciens de l'élite. Le débat portait sur qui avait le pouvoir; on se demandait si c'était un «bien» en soi ou une «relation»; si le pouvoir occulte comptait plus que le pouvoir déclaré; si c'étaient les groupes qui formaient les élites ou quelques «grands hommes» seulement; si c'était la force ou bien la manipulation à travers des symboles qui était la plus utile pour conserver le pouvoir; si c'étaient les dons personnels ou bien les circonstances qui comptaient le plus; et ainsi de suite. A un certain point, on souleva le problème de ceux qui sont exclus du pouvoir; mais bizarrement (ou plutôt, assez naturellement) personne ne posa la question de savoir pourquoi les femmes, toutes les femmes (à quelques rares exceptions près explicables par des circonstances familiales), n'y participaient pas. Les recherches qui se développèrent sur ce sujet, à commencer par les plus classiques de Floyd Hunter et de Robert Dahl, qui marquèrent un point de départ important pendant la période de la deuxième guerre mondiale, en introduisant la distinction de base entre élite pluraliste et élite monolithique, approfondirent de nombreux aspects du problème: les conditions requises pour faire partie de l'élite; les liens existant entre les élites dominant les sphères économique, militaire, religieuse, intellectuelle et politique; à l'intérieur de celle-ci, les relations entre les politiques et les bureaucrates; et ainsi de suite. Pratiquement personne, parmi ceux qui se sont intéressés à la théorie des élites, n'a étudié la question de l'absence des femmes des élites, à l'exception de Zweigenhaft et de Dornhoff. On s'interrogea encore moins sur la significativité et les implications que l'accès des femmes au postes clés des affaires publiques pouvaient avoir, premièrement sur les mécanismes du pouvoir lui-même, et deuxièmement, sur l'évolution de l'histoire humaine. Il semblait acquis que «chaque société devait nécessairement être dirigée par une minorité masculine essentiellement motivée par la soif de pouvoiD>. Dans un certain sens, malgré le développement des recherches, la théorie des élites apparaît terriblement statique, indissociable des 20

hypothèses somme toute simplistes formulées par Mosca, Pareto, Michels, Weber et Ortega y Gasset. Il n'y a pas grand 'chose de nouveau dans les recherches qui suivene. Même si de nombreux aspects et des réalités diverses sont explorés, il n'y a rien de bien spécial à souligner. On y ressasse toujours les mêmes sujets: le débat entre les tenants du monolithisme et les défenseurs de l'hétérogénéité des élites; la relation entre formes d'élites et formes de gouvernement; l'autonomie des élites politiques par rapport aux élites du monde économique; le rapport classe/élite; la question de savoir si, dans les régimes démocratiques, les élites font l'objet de contrôles et, si oui, jusqu'à quel point; comment les élites se reproduisent et comment elles exercent le pouvoir; et d'autres problématiques de ce genre. Nous nous sommes donné comme but de déterminer qui sont les femmes faisant aujourd'hui indiscutablement partie de l'élite dans les affaires publiques, et quelles sont les implications de ce choix dans leur vie privée, par rapport à ce qui se passe pour les hommes. Nous n'oublions pas, bien sûr, que nous nous référons à une infime minorité de femmes: nous savons - et la vie quotidienne nous l'enseigne au même titre que les livres que les femmes désireuses d'entreprendre une carrière dans le domaine public se heurtent à des obstacles de toutes sortes, dérivés du monopole masculin des affaires publiques. Ce n'est pas tant leur infériorité numérique qui joue, mais la forme de compétitivité grossière et sans scrupules qui caractérise l'interaction masculine et se trouve à l'origine des barrières structurelles dressées contre les femmes. Les hommes veulent perpétuer cette façon de faire, car cela leur convient parfaitement. Cela ne dépend pas de leur importance numérique: en effet, quand il leur arrive de se retrouver en minorité dans des organisations dominées par des femmes, ils ne rencontrent pas les mêmes difficultés que les femmes isolées dans un cadre professionnel à dominance masculine. C'est pourtant ce qui devrait se produire si le problème était réductible à une question de grandeur numérique. Nous sommes conscients de cela, et aussi du fait que beaucoup de femmes qui en ont les capacités renoncent à faire carrière, se refusant à affionter une situation hostile. Mais dans cette étude, nous voulons nous concentrer sur les femmes qui relèvent le défi. La méthode utilisée, comme nous l'expliquons en détails dans le premier chapitre, est celle déjà proposée par Mosca et reprise dernièrement par Domhoff: il s'agit d'identifier les hommes et les femmes qui occupent des positions clés dans la vie économique et

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Il est intéressant

de consulter,

à ce sujet, les deux études monographiques
Etzioni-Halevy (V01.9,

publiées dans la
et John

Revue internationale de Sociologie par Eva Highley et Gwen Moore (V 01.11 ,N.2,200 1).

N.2,1999),

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politique, en les choisissant exclusivement dans le très petit groupe de ceux qui prennent les décisions au sommet, de façon à pouvoir saisir les différences entre les genres. Nous connaissons les limites de cette approche qui doit laisser de côté bien des aspects cachés, informels ou non, du pouvoir, mais nous pensons que c'est la seule qui puisse être utilisée avec profit et facilité dans une étude empirique. * * *

De nombreuses questions sont soulevées concernant les femmes membres de l'élite, outre la plus évidente de toutes, à savoir: qui sontelles et comment vivent-elles, en comparaison avec leurs homologues masculins? Nous tenterons d'apporter une réponse à certaines de ces interrogations, particulièrement importantes, spécialement du point de vue des femmes. Nous avons eu recours aux paradigmes employés dans des recherches empiriques notoires sur les élites, qui prenaient pour acquis que leurs membres étaient des hommes. Nous avons ainsi voulu vérifier l'hypothèse selon laquelle les conditions structurelles et culturelles auxquelles les femmes sont soumises lors de leur «ascension» au pouvoir, et une fois qu'elles y sont arrivées, leur sont hostiles et entrainent toute une série de problèmes inconnus des hommes. Voici quelques-uns des points les plus fréquemment soulevés: o Quels pays offrent le plus de possibilités aux femmes qui veulent parvenir à des positions clés dans le monde des affaires ou de la politique? o Existe-t-il des différences parmi les élites des divers pays quant à la sensibilité envers les problématiques liées au genre et à la discrimination des femmes? o La sensibilité au problème de l'inégalité des genres contribue-t-elle au développement d'une attitude plus positive en matière d'égalité des chances? o Les femmes plus jeunes ont-elles eu plus facilement accès au «sommet» que celles de la génération précédente? o Est-il vrai que les hommes font plus rapidement carrière que les femmes? o Les femmes ont-elles emprunté d'autres chemins que leurs prédécesseurs pour arriver au pouvoir? o Quels rôles spécifiques jouent-elles? o Font-elles réellement partie du noyau décisionnel de l'élite ou servent-elles plutôt d'alibis et d'intermédiaires?

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IJ Qu'est-ce qui contribue effectivement à la réussite féminine? IJ Où se trouvent les femmes qui participent aux prises de décisions aux plus hauts niveaux? Il y a, en effet, des domaines - par exemple, l'église ou l'armée où elles apparaissent totalement absentes. IJ Les hommes considèrent naturel de pouvoir conjuguer une brillante carrière et une vie familiale. En est-il de même pour les femmes, ou doivent-elles, plutôt, faire un choix? La famille représente-t-elle un obstacle ou une ressource pour ces femmes appartenant aux élites? IJ Qui sont leurs partenaires? IJ Ceux-ci leur apportent-ils leur soutien ou, au contraire, sont-ils contrariés par les obligations professionnelles de leur femme? IJ Les femmes appartenant à l'élite proviennent-elles, elles-mêmes, des classes sociales supérieures? IJ Les femmes prises en considération ici sont-elles soutenues par d'autres femmes déjà parvenues au «sommet»? IJ Réserve-t-on aux femmes les fonctions qui, en général, n'intéressent pas les hommes? IJ Les femmes dirigeantes ont-elles le même mode de leadership que les hommes? IJ Sont-elles plus compétitives, dignes de confiance ou démocratiques? IJ Les femmes qui prennent les décisions au plus haut niveau ont-elles la sensation d'avoir autant d'influence que leurs homologues masculins? IJ Enfin, les femmes ont-elles besoin de qualifications supérieures à celles des hommes, du point de vue des études, de la formation et de l'expérience, pour parvenir aux mêmes positions qu'eux? Voilà quelques-unes des questions fondamentales auxquelles notre étude essaie de répondre en prenant en considération la vie politique et le monde des affaires dans les vingt-sept pays les plus industrialisés du monde. Nous espérons que d'autres auront envie, à leur tour, d'explorer d'autres domaines de la vie privée ou publique.

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...

...

C'est par un souhait que cette introduction s'achève. Jusqu'à présent, I'histoire a été celle des «lions» et des <<renards» détenaient le qui pouvoir et en faisaient usage au détriment de la masse. Nous sommes convaincus qu'une participation plus équitable et importante des femmes dans les processus de prises de décisions peut modifier cette terrible 23

logique. Nous l'avons dit: dans cette recherche, nous étudions les premiers pas des femmes sur le chemin qui les mènent aux postes clés des affaires publiques, parcours qui pourrait bien aboutir à l'effondrement du monopole masculin érigé contre elles. Cependant, nous sommes également conscients du fait qu'il existe une troisième possibilité entre, d'une part, l'inclusion des femmes dans les mécanismes du pouvoir sur un pied d'égalité avec les hommes, et, d'autre part, leur exclusion du pouvoir dans la sphère publique: c'est le risque qu'elles soient manipulées. En effet, elles pourraient être encouragées à faire carrière pour servir, en fm de compte, d'alibis, justement grâce au degré d'autorité qu'elles auraient acquis, et incarner le modèle du médiateur des tensions sociales pour la génération de femmes à venir.

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DESCRIPTION DE L'ECHANTILLON ET PLAN DE LA RECHERCHE de Silvia Sansonetti Cette recherche, basée sur une enquête, explore les différences et les ressemblances entre les genres, au sein des élites, dans les domaines politique et économique, de vingt-sept pays industrialisés et démocratiques, au système d'éducation avancé. Ces pays sont: l'Australie, l'Autriche, la Belgique, le Canada, la République Tchèque, le Danemark, la Finlande, la France, l'Allemagne, la Grèce, la Hongrie, l'Irlande, Israël, l'Italie, le Japon, la Norvège, la Nouvelle-Zélande, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovénie, l'Espagne, la Suède, la Suisse, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Nous nous sommes limités à l'étude de ces pays, car il est logique de penser que l'accès généralisé des femmes aux positions directionnelles dans les affaires publiques est plus probable dans une société de type démocratique, économiquement et culturellement développée. 1Le plan de la recherche. Un échantillon probabiliste ne conviendrait pas à l'objectif de notre étude, qui n'est pas d'explorer les élites du monde des affaires et de la politique en soi, mais les différences entre les genres au sein de ces élites. Voilà pourquoi l'échantillon est expérimental et apparié. La particularité de cette approche est que les femmes appartenant à l'élite représentent le point de départ et que les hommes forment le groupe témoin. Vu que celles-ci sont très peu nombreuses, nous avons décidé de nous concentrer sur quinze femmes de l'élite politique et quinze femmes du monde des affaires. Une fois le questionnaire rempli par chacune, un homme ayant les mêmes caractéristiques est interviewé. Il doit occuper la même position, défmie selon les niveaux, dans la même organisation ou une organisation semblable, et doit avoir approximativement le même âge, un écart de cinq ans au maximum étant consenti. Ainsi, nous avons terminé avec soixante personnes interrogées dans chaque pays: trente représentant le monde des affaires et trente pour la vie politique. Ont été considérées semblables, dans la sphère économique, les organisations ayant des dimensions similaires (chifftes d'affaires pour les sociétés; dépôts pour les banques; primes pour les compagnies d'assurance). Dans le domaine politique, les ressemblances ont été établies sur la base de l'appartenance des personnes interrogées à un parti politique, au gouvernement ou au corps législatif.

Les niveaux sont défmis différemment selon qu'il s'agit de leaders de la politique ou du monde des affaires. Pour ceux-là, au premier niveau, on trouve les membres du gouvernement, les présidents des assemblées législatives nationales et les chefs des principaux partis politiques au pouvoir. Le deuxième niveau comprend les présidents ou gouverneurs des corps provinciaux et régionaux, les chefs des principaux partis d'opposition, les présidents des commissions législatives et les maires des villes les plus importantes; le troisième niveau comprend les représentants élus des assemblées législatives; au quatrième et dernier niveau, se trouvent les représentants des organismes gouvernementaux locaux des principales villes et les directeurs administratifs des différents secteurs de la fonction publique. En ce qui concerne les leaders du monde des affaires, les niveaux sont défmis comme suit: le premier niveau inclut les P.D.G. et les directeurs généraux; au second niveau se trouvent les membres du conseil d'administration de l'entreprise, qui exercent des fonctions directoriales ou financières; au troisième niveau, il y a les autres cadres supérieurs; au quatrième, les directeurs de succursales ou de divisions. Le tableau 1 montre la répartition en niveaux de notre échantillon. Les membres de l'élite politique interrogés sont plus concentrés au troisième niveau, alors que les leaders du monde des affaires pris en compte sont équitablement distribués sur les trois premiers ruveaux. Il a été plus facile de trouver des femmes leaders politiques en raison de leur exposition constante à l'attention des médias. En revanche, pour les femmes leaders dans la sphère économique, il a fallu suivre la stratégie suivante: on a pris en considération les deux cent cinquante compagnies les plus importantes de par leur chiffre d'affaires, et les dix premières banques et compagnies d'assurances classées selon l'importance des dépôts et des primes. Ensuite, une d'entre elles a été choisie au hasard. On a vérifié que des femmes y occupaient des postes de direction, en commençant par le premier niveau et en passant aux niveaux suivants jusqu'à ce qu'une femme soit repérée. L'échantillon ainsi constitué contient le plus grand nombre de femmes au pouvoir dans les domaines politique et économique des pays étudiés. Les hommes n'y figurent qu'en tant qu'homologues. Nous ne pouvons donc pas parler d"échantillon masculin, tandis que nous avons pratiquement la totalité de l'élite féminine des pays pris en considération. Le taux de participation à la recherche pour les femmes a été calculé dans seize pays de l'échantillon politique et dix-huit pays de l'échantillon économique (les données relatives aux refus de remplir le questionnaire n'étaient pas disponibles partout).

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Tableau 1 Personnes interrogées, selon la sphère à laquelle elles appartiennent, leur niveau et leur genre.
Genre Hommes Femmes Leadership Politique Niveau de la position actuelle 1 2 3 4 Total Economique Niveau de la position actuelle I 2 3 4 Total Total 73 62 244 9 388 III 131 138 33 413 801 81 61 236 19 397 101 148 164 36 449 846 Total n 154 123 480 28 785 212 279 302 69 862 1647

1y a 39 non réponses pour la variable "niveau de la position actuelle", toutes appartenant à la catégorie "Leadership politique": 33 cas en Pologne (14femmes et 19 hommes), 2 en Espagne (femmes), 2 dans les Pays-Bas (une femme et un homme) et une respectivement en Grèce et en Norvège (femmes).

Il confmne que nous avons pu étudier une très grande part des élites de chaque pays, compte tenu également de la distribution en niveaux de notre échantillon. En effet, le taux de participation varie de 65 à 95% pour les politiques (dans quatre pays, il est inférieur à 50%: il s'agit de la France, du Japon, de la Grèce et des USA) et est un peu plus élevé pour les leaders du monde des affaires (seuls quatre pays se situent en deça de 50%: l'Irlande, l'Australie, la France et le Japon).

2-

Le questionnaire

Il comprend plus de cent questions fermées. «L'échelle du prestige social» de Treirnan est utilisée pour agréger et comparer les données relatives à la profession (cf. Annexe A). Le questionnaire a été collectivement rédigé en anglais avant d'être traduit dans la langue de chacun des pays concernés. Ensuite, il a été retraduit en anglais par une personne de langue maternelle anglaise 27

hors du groupe de recherche pour tenter de limiter les différences sémantiques entre les langues. 3La collecte des données Les données ont été recueillies en 1995. Les personnes potentiellement concernées ont été d'abord contactées téléphoniquernent. Les questionnaires leur ont, ensuite, été envoyés ou personnellement apportés. Cette différenciation dans la collecte des données n'est pas censée influencer leur qualité, car le statut social des personnes interviewées implique un niveau d'instruction élevé et, par conséquent, une familiarité certaine avec l'écrit, d'une part, et les relations publiques, de l'autre. 4L'analyse Etant donné la nature expérimentale de l'échantillon, l'inférence est utilisée uniquement pour renforcer nos conclusions, et non pour formuler des généralisations sur l'ensemble des élites des vingt-sept pays intéressés. Nous l'avons dit: environ soixante questionnaires ont été ramassés dans chaque pays. Pour éviter les différences numériques entre ces pays, un système de pondération a été adopté, consistant à diviser le nombre de questionnaires obtenus dans chaque pays par quinze. Ces poids ont été appliqués aux variables des différents pays. La Banque mondiale a classé les pays inclus dans notre recherche en deux groupes, sur la base du revenu. D'un côté, la République Tchèque, la Hongrie, la Pologne, la Russie, la Slovénie, la Grèce et le Portugal; et puis, tous les autres. Nous avons suivi cette classification, tout en distinguant un troisième groupe avec le Danemark, la Finlande, la Norvège, la Suède et les Pays-Bas, issu des résultats de l'étude sur la modernisation et la post-modernisation menée à travers le monde par Inglehart (1997) (cf. Annexe B). Ces regroupements sont employés dans la plupart des chapitres, mais, dans certains cas, les auteurs ont adopté d'autres critéres en les justifiant sur la base de la logique de leurs hypothèses. 5Description de l'échantillon4 5.a-Caractéristiques des leaders politiques et du monde des affaires
5.a.I-Leaders politiques Les leaders politiques représentent 48,9% de toutes les personnes interrogées (824, dont 408 hommes et 416 femmes).
4

Des données essentielle

concernant

les pays sont présentées

dans l'Annexe

C.

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L'âge moyen est de cinquante ans pour les hommes et de quarante-neuf pour les femmes. En ce qui concerne la vie privée, 634 personnes interrogées sur 753 ont un(e) partenaire. La différence entre hommes et femmes est hautement significative: 92,2% des hommes contre 76,4% des femmes. L'organisation des travaux du ménageS est assumée principalement par les femmes: sur l'échelle de Likert, les femmes sont proches du point 3 (soit la moitié de ce qui est requis) alors que les hommes s'approchent du point 2 (soit beaucoup moins que la moitié). Parallèlement à leur carrière, les femmes leaders politiques doivent s'occuper de leur maison plus que leurs collègues masculins. Le nombre moyen d'enfants est de 2,24 pour les hommes et de 1,87 pour les femmes. Il y a là une différence très importante. Il apparaît clairement que les hommes, déléguant le soin de l'éducation des enfants aux femmes et n'ayant pas à subir les conséquences de la grossesse, peuvent ne pas renoncer à avoir des enfants pour faire carrière. L'analyse du niveau d'instruction des personnes interrogées ne fait pas apparaître de différence significative en ce qui concerne le nombre moyen d'années d'études effectuées (16,65 pour les femmes contre 16,95 pour les hommes). Beaucoup ont un diplôme universitaire. La différence est importante, en revanche, si l'on observe le type d'études suivies. Le tableau 2 montre les résultats. Mises à part les études de droit et de sciences sociales, on retrouve une majorité d'hommes en sciences économiques ou ingénierie et une majorité de femmes en sciences humaines. Soulignons également que le pourcentage de femmes sans diplôme universitaire est supérieur au nombre d'hommes dans la même situation. Cela confirme 1'hypothèse selon laquelle la sélection en vue d'un poste clé dans les affaires publiques s'effectue déjà à l'adolescence. En ce qui concerne la position, 16,9% sont des membres du gouvernement (premiers ministres ou membres du conseil des ministres), 13,6% sont des chefs de partis (leaders du parti majoritaire, leaders du parti d'opposition, membres du comité central national du parti, présidents ou vice-présidents du groupe politique au parlement ou au sénat) et 7,4% sont présidents ou vice-présidents des commissions législatives. «L'échelle du prestige social» de Treiman révèle une différence non significative entre les hommes (84,8) et les femmes (84,5), comme résultat de l'observation de l'échantillon.

S Dans ce milieu, exécution.

il s'agit en fait de l'organisation

des travaux du ménage plus que de leur

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