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Géographie et cultures n°18

144 pages
- Produire un espace sacré (le Shan hai jing), V. Dorofeeva-Lichtmann
- Finesse et géométrie. De l'orientation chez les Maures, A.M. Frérot
- Images de l'Irlande et les Irlandais, A. Buttimer, G. Fahy
- Les îles Canaries : relais pour la conquête du Nouveau Monde, R. Matos
- Calendrier écologique et cohésion sociale de communautés alpines, I. Jelen
- L'interculturel appliqué aux relations avec les autochtones, L.E. Hamelin
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Géographie et cultures n018,
SOMMAIRE

été

1996

3 31

Produire un espace sacré (le Shan haijing) Véra Dorofeeva-Lichtmann Finesse et géométrie - De l'orientation chez les Maures (République Islamique de Mauritanie) Anne-Marie Frérot Images de l'Irlande et des Irlandais dans les textes géographiques Anne Buttimer et Gérard Fahy Les îles Canaries: relais pour l'invention et la conquête du Nouveau Monde Rafael Matos Le calendrier écologique, fondement de la cohésion sociale des communautés alpines slovènes Igor Jelen Le paradigme de l'interculturel appliqué aux relations avec les autochtones Louis-Edmond Hamelin Lectures
La géographie d'avant la géographie Asie du Sud-Est, Océanie (Géographie Universelle Reclus) Les bibliothèques publiques en Bretagne

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La revue Géographie et cultures est publiée 4 fois par an par l'association GÉOGRAPHIE CULTURES les éditions L'HARMATTAN,avec le concours du CNRS et de ET et l'ORSTOM. Directeur: Paul Claval Comité scientifique: Mauricio de Almeida Abreu (Rio de Janeiro), Augustin Berque (EHESS), Luc Bureau (Québec), Anne Buttimer (Dublin), Michel Chevalier (Paris), Giacomo Corna-Pellegrini (Milan), Denis Cosgrove (Royal Holloway), Pierre Flatrès (Paris), Jans-Christians Hansen (Bergen), Jean-Luc Piveteau (Fribourg), Xavier de Planhol (Paris), Joe Powell (Melbourne), François Sigaut (Paris), Takeuchi Keiichi (Tokyo), Juan Vilà-Valenti (Barcelone), Eric Waddell (Québec), Eugen Wirth (Erlangen). Correspondants: Marc Brosseau (Ottawa), Flora Sheng-hua Cheng (Taipei), Ingo Eberle (Mayence), Anne Gilbert (Ottawa), Josefina Gomez Mendoza (Madrid), Keizo Isobe (Tokyo), Virginie Mahmadou (Amsterdam), Ghilla Roditi (Milan), Anngret Simms (Dublin). Comité éditorial: Joël Bonnemaison (Paris-IV), Luc Cambrézy (ORSTOM), Guy Chemla (Paris-N), Paul Claval (Paris-N), Jean-Christophe Gay (La Réunion), Isabelle Geneau de Lamarlière (Univ. d'Artois), Cynthia Ghorra-Gobin (Espace et Culture), Dominique Guillaud (ORSTOM), Claire Hancock (Paris IV), Christian Jacob (CNRS), Bertrand Lévy (Genève), Anne-Lise Lévy-Pietri (CNRS), Louis Marrou (La Rochelle), Jérôme Monnet (Toulouse), Françoise Péron (Brest), Patrick Pigeon (Univ. de Savoie), Jean-Robert Pitte (Paris-N), Roland Pourtier (Paris-/), Georges Prévélakis (Paris-N), Yann Richard (Paris-N), Jean Rieucau (Montpellier), André-Louis Sanguin (Angers), Olivier Sevin (Paris-N), Jean-François Staszak (Amiens), Christian Taillard (CNRS), Jean-René Trochet (Paris-N). Secrétariat de Rédaction: Coordination technique: Laboratoire M. Gautron. G. Chemla.

Espace et Culture (CNRS/Université Paris-IV), Institut de Géographie, 191 rue Saint-Jacques, 75005 Paris. Tel. (1)-44-32-14-32. Fax. (1)-44-32-14-38. Labo. Espace et Culture Éditions L'Harmattan, 5-7 rue de l'École à l'ordre de L'Harmattan. Etranger 340 FF 100 FF

Abonnements: Géographie et cultures, Polytechnique, 75005 Paris, FRANCE.Chèques France 300 FF Abonnement 1996 90 FF Prix au numéro

Recommandations aux auteurs: Toutes les propositions d'articles portant sur les thèmes intéressant la revue seront examinées par le comité de rédaction. Géographie et Cultures publiera en français. Les articles doivent parvenir à la rédaction dactylographiés en double interligne et, dans la mesure du possible, sur disquette 35" (Macintosh ou MSDOS) portant le nom du logiciel utilisé. Ils comprendront les références de l'auteur (nom, fonction, adresse) et des résumés en français, en anglais et éventuellement dans une troisième langue. Les illustrations (cartes, tableaux, photographies N&B) devront être fournies prêtes à clicher et ne pas excéder 19 x 12 cm, y compris les légendes et commentaires. @ L'Harmattan 1996 ISSN : 1165-035 ISBN: 2-7384-4447-4

PRODUIRE UN ESPACE SACRE Quelques remarques sur le Shan hai jing
Véra DOROFEEV A-LICHTMANN
Institut d'orientalisme Académie des Sciences de Russie
Résumé: Le Shan hai jing ("Classique des montagnes et des mers") témoigne de la vision du monde propre à la Chine antique. Ce n'est pas une description géographique factuelle mais une organisation conceptuelle de l'espace en une structure équilibrée et hiérarchisée. Le monde y est construit en une série d'échelons où chaque lieu ou région correspond symboliquement à J'ensemble du monde. Les 26 sections terrestres expriment Uné géographie des puissances divines, chacune exigeant un rituel approprié. Cet ordonnancement sacré témoigne du lien structurel entre organisation de l'espace et art de gouverner, qu'expriment de leur côté les périples royaux autour du territoire. Mots clés: Représentation et organisation de "espace, cosmographie, régions.

Abstract: The Shan hai jing ("Classic of the montains and seas") expresses the view of the world proper to ancient China. It is not a factual geographical description but a conceptual organization of space into a hierarchically balanced structure. The world is construed as a series of stages where each particular place or region corresponds symbolically with the whole. The 26 terrestrial sections express a geography of the divine, entailing respectively appropriate rituals. This sacred order corresponds to that of theking's perambulations through the territory, and shows a structural relationship between the organization of space and the art of government. Key-words: Representation and organization of space, cosmography, regions.

"Qu'on ne dise pas que je n'ai rien dit de nouveau: la disposition des matières est nouvelle". Pascal. Pensées. (ed. Brunschvicg,jr. 22-23)

Cette étude propose la mise au point d'un schéma-prescription sur l'arpentage du monde tel qu'il opère dans le Shan hai jing ("Classique des montagnes et des mers")1. Ce schéma prescriptif est supposé rendre compte des périples de l'empereur mythique Yu le
1. Le Shan hai jing fait partie d'une série de recueils datant de la fin du 1er millénaire avant J.e., (le Lüshi chunqiu, le Huai nan zi, le Li ji, le Zhou Li, le Guan zi) présentant les idées qu'on pouvait avoir à l'époque sur la cosmographie chinoise, à leur stade de maturité.

Géographie et Cultures, n018, 1996 Grand, périples dont le but serait la restauration de l'ordre du monde. Les périples royaux, largement pratiqués en Chine ancienne, servaient en tant qu'instruments d'actes de souveraineté visant la mise en ordre du monde. Le Shan hai jing dévoile la facette religieuse de cette activité spatiale, et la nature divine de l'espace ainsi "(re)produit"l. Après une brève introduction sur le Shan hai jing, nous tenterons une approche sur le caractère spécifique des lieux énumérés, tels qu'ils figurent dans ce texte. Ensuite, nous examinerons le réseau routier qui enserre le monde, et qui détermine les éléments qui le composent. En conclusion, nous donnerons un résumé des caractéristiques principales du système spatial tel que nous l'avons reconstruit. Caractéristiques fondamentales et origines mythiques du Shan hai jing

Histoire et structure textuelles, objet de la description2 Le Shan hai jing a été rassemblé à partir de pièces diachroniques qui remontent au début du 1er siècle avo J.C.3. On pense que le fameux bibliographe des Han, Liu Xin (ca. 46 avo J.c.- 23 ap. J.C.) en a été le premier rédacteur4. La version du Shan hai jing qui subsiste à l'heure actuelle est basée sur une édition datant du début du IVèmesiècle ap. J.c., établie par un savant des Jin, Guo Pu (276-324). La version actuelle du Shan hai jing se compose de deux parties: le Shan jing (le "Classique des montagnes") et le Hai jing (le "Classique des mers"). Le Shan jing est considéré comme étant la partie la plus ancienne. Il est divisé en 5 chapitres, chacun comportant ses propres sous-sections. Le Hai jing, supposé inclure des parties plus tardives, est de moitié moins long que le Shan jing. Il est divisé en .13 chapitres et ne comporte pas de sous-sections.
1. Le terme de "production de l'espace" a été proposé par Hemi Lefebvre [1986], voir aussi Edward Soja [1989], Derek Gregory [1994], et mis en lumière dans un contexte culturel et historique tout à fait différent. 2. Pour une histoire plus détaillée du Shan hai jing, et pour le problème de sa datation, transmission, commentaires et bibliographie de base, voir Riccardo Fracasso [1993]. 3. Le Shan hai jing est mentionné pour la première fois dans le Shi ji, 123 (1972, vol. 10, p. 3179) de Sima Qian (145 ? - 87 avo J.e.). Le Shan hai jing figure dans le "Yi wen zhi" du Han shu (section "Shu shu", sous-section "Xing fa", 1975, vol. 6, p. 1774). Le "Yi wen zhi" est la bibliographie chinoise la plus ancienne existante à l'heure actuelle, rassemblée par Ban Gu, sur la base d'une bibliographie perdue, le Qi [üe de Liu Xin. 4. Liu Xin écrivit une préface au Shan hai jing (Shan hai jing jianshu. ci-après SBBY ed., "Xu lu", p. la-3b; Ernst J. Eitel, trans. [1888» où il déclare qu'il avait réduit la version de 32 chapitres (pian - "rouleau de tablettes de bambou") en une version de 18 chapitres (pian). La version en 18 chapitres (juan - "rouleau de soie") est celle dont nous disposons aujourd'hui, bien que la section "Yi wen zhi" du Han shu ne mentionne que 13 chapitres (juan). Les sections bibliographiques des histoires des dynasties postérieures et les catalogues mentionnent encore un nombre différent de chapitres (voir Riccardo Fracasso [1993, p. 361». Pour les termes pian et juan, voir Tsien Tsuen-hsuin [1962].

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Géographie et Cultures, n018, 1996 Quant à son style, le Shan jing adopte une fonnulation unifonne pour la description des terrains. Le Shan jing comprend 26 listes de montagnes. Chaque liste est perçue comme étant l'établissement d'une route. L'emplacement de chacune des montagnes est en fonction du rapport qu'elle a avec d'autres emplacements, c'est-à-dire un rapport avec un emplacement précédent sur la route, avec mention précise de la distance entre les deux emplacements. Chacune des montagnes est décrite selon un ensemble d'indications récurrentes (voir tableau 1)1.
A. (section "montagne") - nom de la montagne - distance par rapport à la montagne précédente (à l'exception de la première montagne dans la liste) spécification des:

- animaux (manunifères, oiseaux)
- sol

- végétaux

(arbres, herbes, bambous)

- minéraux (pierres, jades, métaux)

* effets curatifs et poisons * fonction augurale - esprits et déités B. (section "rivière") - nom de la rivière provenant de la montagne - direction du flux et embouchure spécification des * animaux (tortues, poissons, serpents, coquillages) * minéraux * sable - effets curatifs et poisons - fonction augurale * esprits et déités Tableau 1 : Liste des indications données pour la description des montagnes dans le "classique des montagnes".

1. Certaines de ces données se trouvent dans la plupart des descriptions (par exemple: les végétaux, animaux, minéraux, rivières). D'autres données interviennent plus rarement. Leur ordre varie considérablement (sauf le nom de la montagne et la distance par rapport à la précédente qui toujours viennent en tête de la description). Cependant, d'une manière générale, ces descriptions donnent l'impression de formulaires à remplir. A titre d'exemple de la forme que prend une description dans le Shanjin, mentionnons des notes qui souvent indiquent "l'absence" d'une certaine donnée (par exemple "il n 'y a pas de végétaux, de rivières... ") On peut constater, à examiner la liste des indications dans le tableau l, que les descriptions de rivières ont la même structure que les descriptions des montagnes. De ce point de vue, à titre d'exemple, un passage se référant à une montagne peut être scindé en deux parties: description de la montagne elle-même (A) et description de la rivière qui lui est associée (B). En comparant ces deux sections, on s'aperçoit que la section B imite la section A. Dans certains cas, la description de la rivière et la description de la montagne s'interpolent.

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Géographie et Cultures, n018, 1996 Le Hai jing diffère sensiblement du Shan jing quant à son objet et dans sa forme. Il est principalement consacré à des peuples fabuleux et à des singularités de pays lointains1. Les descriptions en sont plus variées et plus colorées. Bien que les routes figurent encore dans les quatre premiers chapitres du Hai jing, cependant elles s'effacent dans les autres chapitres, et les distances entre les lieux ne sont jamais fournies. Le point commun entre le Shan jing et le Hai jing est qu'ils confèrent tous les deux des attributions divines à la surface terrestre. Les formes du relief et certaines terres sont perçues comme des lieux de résidence de déités et d'esprits, de diverses créatures supernaturelles et d'objets magiques, sans différence marquée entre ces deux groupes. Le Shan hai jing spécifie l'aspect extérieur, la fonction de ces êtres et de ces choses et les lieux où ils se trouvent. Le Shan hai jing examine soigneusement les sacrifices qui leur sont dus, de manière que les déités soient identifiées et honorées d'une manière convenable. Tout ceci montre que le Shan hai jing traite d'un espace spécifique, à savoir un espace sacré ou magique. Origines mythiques La tradition culturelle chinoise entend associer la création du Shan hai jing aux labeurs du dernier empereur mythique, Yu le Grand, qui doit sa réputation au fait d'avoir maîtrisé les Grandes Eaux et restauré l'ordre dans le monde2. Après avoir procédé au drainage des eaux3, Yu mit en œuvre deux nouveaux systèmes afin de diviser la surface terrestre. Les "9 provinces" (Jiu zhou) et les "5 zones" (Wu fU)4 furent censées symboliser I'harmonie restaurée dans le monde. Le lien direct entre le Shan hai jing et les labeurs de Yu le Grand ressort dans le texte aux sections finales du Shan jing et du Hai jing sous forme de résumés5.
1. Pour la liste des peuples et des créatures fabuleux décrits dans le Shan hai jing, voir John Wm. Schiffeler [1978]. 2. Le locus classicus des labeurs de Yu le Grand figure au chapitre "Yu gong" du Shang shu (Shangshu zhengyi, SBBY ed., 6/la-19b; Bernhard Karlgren, trans. [1950, p. 12-18; 1948, gloses 1352-1396]), et dans certains passages du "Yao dian" (Shangshu zhengyi, 2/la-17a; 3/la-18a; Bernhard Karlgren, trans. [1950, p. 1-8; 1948, gloses 1207-1295]), et du "Gao Yao mo" (Szhangshu hengyi, 4j9b-14b; 5/1a-lla; Bernhard Karlgren, trans. [1950, p. 8-12; 1948, gloses 1296-1351]). Ces trois textes forment un groupe spécifique parmi les chapitres authentiques du Shang shu, consacrés aux empereurs mythiques Yao, Shun, et Yu. Ils ont été rédigés en toute probabilité aux Y _Iyèmes siècles av. J.-c. et pour le "Yu gong" probablement vers le mème siècle av. J.C., voir Edward L. Shaughnessy, [1993, p. 377-378], pour le "Yu gong", voir aussi Qu Wanli [1964]. Pour Yu le Grand et les Grandes Eaux, voir aussi Rémi Mathieu [1992b], Ann Birrell [1993, ch. 8]. 3. Selon le "Gao Yao mo" (Shang shu zhengyi, 5/1a; Bernhard Karlgren, trans. [1950, p.9 (trans.) et p. 10 (text), ~9]), Yu le Grand mit en place un système de canaux pour drainer l'eau des terres en direction des mers. 4. Pour une revue de ces deux systèmes, voir John S. Major [1984]. 5. Ces sections sont, très probablement, des interpolations relativement tardives.

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Géographie et Cultures, n018, 1996 C'est à partir de Liu Xin, que l'on pense que le Shan hai jing s'origine des "notes routières" de Bo Yi, qui aida Yu le Grand à combattre les Grandes Eaux 1. Cette interprétation semble dérivée du fait que la majeure partie du texte contient une description pas à pas des routes enserrant le monde. Le frayage des routes est attribué à Yu le Grand, et leur description à Bo Yi. La distinction entre les attributions respectives de Yu le Grand et celles de Bo Yi est soulignée très clairement chez Liu Xin. Cette interprétation met en lumière un point extrêmement signicatif quant à la nature du Shan hai jing. En fait, ce texte est une mise au point détaillée, sous forme écrite, des actions visant à organiser l'espace, de telle manière que ces actions puissent être constamment renouvelées. Principes de la cosmographie dans le.Shan haijing chinoise et approche des lieux recensés

Le Shan hai jing naquit au sein de la tradition cosmographique chinoise. Que ce texte soit abordé à la lumière des principes élaborés par cette tradition semblerait être l'évidence même2. Or, les recherches existantes sur le Shan hai jing fournissent une image plus complexe. Pour cette raison, avant de discuter des approches possibles à ce texte, il convient de souligner quelques-uns des aspects de la cosmographie chinoise. La tradition chinoise, s'agissant de la représentation de la surface de la terre, vise, d'une manière marquante, semble-t-il, à transmettre l'idée d'une organisation terrestre d'ordre spéculatif3, plutôt qu'elle ne cherche à exprimer une réalité géographique. De cette assertion témoignent certaines représentations terrestres supposées reproduire la topographie réelle des terrains, à savoir, les cartes géographiques. La majorité des cartes globales chinoises, ainsi qu'un nombre important de cartes locales établies avant l'influence de la science européenne4, sont réputées pour leur manque frappant de
1. Voir la préface de Liu Xin au. Shan hai jing (Shan hai jing jianshu, "Xu lu", la). Cette version est aussi attestée dans deux sources des Han postérieurs: le Lun heng, ch. 38 (SBBYed., 13J9b) de Wang Chong (A.D. 27-97), et le Wu Yue chun qiu, ch. 6 [1937, p. 128]. 2. En ce qui concerne certaines particularités de la tradition chinoise sur la représentation de la surface terrestre, voir Unno Katzutaka [1983]. Pour le rôle de la géographie dans la Chine Ancienne, voir Rémi Mathieu [1982]. 3. C'est du point de vue de la science moderne, que les conceptions spatiales chinoises sont toujours définies comme étant "idéales", "spéculatives", "conventionnelles", "symboliques" etc. 4. Pour une étude de la cartographie chinoise, vue sous un angle comparatif avec d'autres traditions étrangères à la Chine, mais publiée avant les découvertes des cartes des Qin et

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Géographie et Cultures, n018, 1996 précision sous l'angle de la cartographie moderne1. On peut expliquer les distorsions des cartes chinoises par le fait que l'intention des Chinois était plus de transmettre une certaine idée de l'espace ou un certain point de vue2, plutôt que des faits géographiques3. Cette volonté se révèle dans sa forme "pure" et d'une manière la plus consistante dans les représentations schématiques de la terre ou cosmogrammes4 (par exemple, les "9 provinces" et les "5 zones"). Ces
des Han, voir la section appropriée dans Joseph Needham [1959]. Cette étude est principalement basée sur un article célébre d'Edouard Chavannes [1903], qui contient certaines observations et conclusions importantes, concernant les origines et l'évolution de la cartographie chinoise, et qui n'ont pas perdu de leur actualité même après les découvertes récentes. Pour les cartes des Qin et des Han, voir A.G. Bulling [1978], Cao Wangru [1983, dans cet ouvrage est incluse une brève revue de l'histoire de la cartographie en Chine; 1990], Hsu Mei-ling [1993], A.F.P. Hulsewé [1978], Jeffry K. Riegel [1976]. Pour quelques remarques sur la cartographie chinoise ancienne, voir Allyn W. Rickett [1985, p. 387-391]. Parmi les études chinoises sur l'histoire de la cartographie en Chine, les plus complètes figurent dans le Zhongguo gudai dilixue shi [1984, p. 276-335]. Wang Chengzu [1988, p. 71-89]. Récemment une étude compréhensive sur l'histoire de la cartographie en Asie Orientale a paru dans la série "History of Cartography" (voir LB. Harley, David Woodward, eds. [1995].), dont la majeure partie est consacrée à la Chine. 1. Voir Florian C. Reiter [1990, p. 310-311] et Hsu Mei-ling [1984, 1988, 1993]. 2. Cette explication est proposée par Hsu Mei-ling [1988, p. 10]. Cela veut dire que les cartes modernes européennes et les cartes chinoises traditionnelles diffèrent grandement quant à leur codage de la représentation conventionnelle de la terre. 3. De plus, la tradition cartographique chinoise accepte la coexistence de cartes représentant les mêmes territoires sous des angles de vue et des formats différents, c'està-dire, qu'elle accepte la coexistence d'idées spatiales différentes. Les exemples démonstratifs de cette coexistence sont les cartes des Song, représentant la Chine et les territoires limitrophes: Yu yi lu et Hua yi lu (voir Edouard Chavannes [1903]), qui sont d'autant plus intéressantes qu'elles sont gravées sur les deux faces d'une stèle, et les cartes afférent aux six Classiques (Liu jing lu), qui ont été créées aussi sous les Song (voir Wang Qianjin [1993]). Edouard Chavannes et Wang Qianjin expliquent les différences de ces cartes du fait de la diversité des auteurs. Néanmoins, cette explication couvre une partie de la question. Elle occulte le fait que des points de vue différents puissent coexister simultanément. 4. Il est nécessaire de souligner ici qu'une carle géographique et un cosmogramme ne se distinguent pas d'une manière marquée dans la langue chinoise classique. Tous les deux s'expriment au moyen du caractère lu. Ainsi, et la carte et le cosmogramme, relèvent d'une manière formelle du type "représentation graphique" (lu). (Pour les implications du caractère lu, voir M. Lackner [1990, 1992]. F. Reiter [1990], C. Clunas [1995, ici
l'opposition lu
_

hua ("tableau",

"dessin"

est démontrée)]).

Depuis la fin du 1er millénaire

av. J.C., apparaît une sous-classe de représentations terrestres graphiques, à savoir le di lu. Les références les plus anciennes remontent au Zhan guo ce (SBBY ed., 19/2b (~218); 31/5b & 6a (~440, 2 références», au Zhou Ii (SBCK ed., 2/20a; 3/25a), et au Guan zi, ch.27 (10!7a-b). On considère généralement que le terme di lu vaut pour les cartes géographiques, bien que certains de ses usages puissent difficilement être interprétés de cette façon, comme on peut le voir facilement en comparant avec d'autres inscriptions du caractère lu dans des textes cités. Le terme di lu peut avec le même degré de probabilité désigner le cosmogramme. Le caractère di qui détermine lu est facultatif et il est très

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Géographie et Cultures, n018, 1996 cosmogrammes habillent d'une façon conventionnelle la surface de la terre selon un ensemble de principes simples et rigides. A savoir: symétrie et équilibrage des éléments constitutifs; complétude structurelle; centralité prédominante; démarcation du centre et des couches périphériques; orientation selon les point cardinaux. de base opérant dans la

On peut distinguer deux modèles construction des cosmogrammes . 1. Réseau en carrés; 2. Carrés concentriques.

Il existe de même un modèle intermédiaire, sous forme d'une croix grecque, résultat de l'amalgame des deux modèles de base. Tous ces modèles s'originent de l'idée de la quadrature symbolique de la Terre, qui caractérise la cosmographie chinoise1. Selon le réseau carré, la surface de la Terre est subdivisée en unités carrées ou en cellules égales, chacune d'entre elles reproduisant la forme symbolique de la Terre. Les carrés concentriques, dont les surfaces diffèrent, reproduisent chacun à leur tour le contour carré de la Terre. Le système de ces modèles joue le rôle de charpente conceptuelle dans la cosmographie chinoise2. Chaque modèle opère comme réseau de
souvent omis dans des constructions similaires. Les six principes de "cartographie précise" proposés par le savant Pei Xu (A.D. 224-271) des Jin, voir Joseph Needham, ed. [1959, p. 538-543], n'ont jamais fait l'objet d'une diffusion. De ce fait, on ne peut les prendre comme critères de différenciation entre cartes et cosmogrammes. Tout ceci montre que, s'il y eut quelques tentatives pour marquer la différence entre carte et cosmogramme, cela ne s'est pas produit avant la fin du 1er millénaire avo J.C., et le plus probablement, avant le IIIème siècle après J.C., et ce procès de différentiation entre carte et cosmogranune n'a pas été perçu avant la diffusion de la science européennne. Ainsi, la différence entre carte et cosmogramme n'était pas considérée comme significative dans la pensée chinoise. Il n'y avait donc pas de définition stricte à ce sujet. (Pour les problèmes théoriques concernant la cartographie, voir Christian Jacob [1992], Roger M. Downs [1981], A. Robinson & B. Petchcnik [1976]). Il convient de souligner ici que ce sont les principes de construction des cosmogrammes (voir ci-dessous) qui régissent la construction des cartes, voir, par exemple, l'utilisation faite du réseau carré des cordonnées sur la carte Yu yi tu (voir note précédente). On rencontre souvent l'idée de la "mise au carré" dans la représentation d'une parcelle de la terre. 1. La Terre est symbolisée par un carré, en contrepartie du Ciel qui est rond: tian yuan di fang, voir Huai nan zi, SBBY, 3/9a, voir aussi la partie introductive au texte classique mathématique et astronomique Zhoubi su anjing, voir Qian Baozong [1963, p. 4]; voir aussi Huai nan zi, 3/1 b; 15/3a. 2. La compatibilité du réseau en carrés et des carrés concentriques est démontrée par John S. Major [1984, p. 143-145]. Du principe de complémentarité des représentations schématiques de l'espace dans la cosmographie chinoise, c'est-à-dire, de la coexistence d'idées spatiales différentes, nous en discutons ailleurs, voir Véra Dorofeeva-Lichtmann

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Géographie et Cultures, n018, 1996 coordonnées pennettant de diviser la surface de la terre en sections. Pour ces sections, ce réseau, détennine des "positions" dans un jeu de composition, et ce, d'une manière définitive. Dès lors, on peut dire que la représentation schématique de la Terre obéit à un dessin - dessein qui entend établir une hiérarchie de l'espace bien équilibrée. Ainsi peut s'exprimer l'idée d'une organisation terrestre proprement ordonnée et hannonieuse 1. Certains schémas terrestres chinois renvoient à des unités qui existent effectivement dans des divisions territoriales réelles, ou à des particularités de relief qui existent en effet. Dans ce cas, il est essentiel de comprendre que, dès que des toponymes sont impliqués dans un schéma, ceux-ci deviennent aussitôt autant de marqueurs pour des lieux idéaux, ou des "positions" conventionnelles. La répartition de ces "positions" pourrait correspondre vaguement à une topographie réelle du terrain. Dans tous les cas, il est impensable de concevoir un schéma équilibré sans accepter certaines distorsions ou transgressions. En conséquence, à partir du moment où les terrains sont décrits selon une idée rigoureuse de l'organisation spatiale, alors, nous pensons que les lieux considérés, très vraisemblablement, constituent, eux, un système de "positions". Nous voudrions montrer que, bien que le Shan hai jing fournisse une description détaillée de la terre, précisant les directions et les distances entre les lieux, et par là même, donnant l'impression d'une exactitude topographique, néanmoins, il s'agit là d'une organisation
[1995 a]. Le caractère polyparadigmatique de la tradition scientifique chinoise est souligné par Paul U. Unschuld [1984, cc. 6-8; 1987] en rapport avec la médecine. Il est d'avis que le monoparadigmatique qui sous-tend la science occidentale, peut être lié au monothéisme judéo-chrétien. 1. L'application de ces modèles montre que l'espace en Chine avait été perçu sur un mode discontinu et un mode fini sur le plan quantitatif, et non homogène sur le plan qualitatif. C'est le cas typique pour les images conventionnelles du monde, générées par certaines cultures pré-modernes, et, dans une certaine mesure, à l'intérieur de certaines sociétés dites "primitives", voir par exemple, Mircea Eliade [1961, p. 37-56]. Pour un résumé concernant les représentations terrestres pré-modernes, où, en règle générale, il est aussi difficile de distinguer clairement les cartes des cosmogrammes, voir les études sur l'histoire de cartographie de R.V. Tooley [1949, p. 1-13], Leo Bagrow [1966, p. 19-58]. Le travail de Leo Bagrow comporte d'excellentes illustrations. Pour les illustrations, voir aussi Ancient Maps and Drawings of the Holy Land [1993]. Pour une recherche plus ample sur la représentation de la terre dans la tradition musulmane, voir André Miquel [1975]. Pour certaines questions de la tradition juive et de la tradition chrétienne concernant la représentation de l'espace, voir Alain Desreumaux et Francis Schmidt [1988]. Pour la tradition antique sur la géographie et la cartographie, point de depart pour l'essor de la science moderne, voir Germaine Aujac [1975, 1981a, 1981b], Christian Jacob [1990, 1991], Jean-Pierre Vernant et Pierre Vidal-Naquet [1991]. La spécificité chinoise quant à la représentation de l'espace, réside dans le fait que sont intimement liées les notions de carte et de cosmogramme. Les principes gouvernant la construction des cosmogrammes jouaient un rôle déterminant sur le plan théorique et idéologique. De ce fait, ils maintenaient une emprise très forte sur les cartes.

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Géographie et Cultures, n018, 1996 conceptuelle de l'espace. Cette conception est exprimée sous une forme sophistiquée et ramificatoire. Il est question ici d'une représentation schématique spécifique. L'approche qui est la nôtre ne s'en tient pas seulement aux prémisses de la cosmographie chinoise. Elle s'appuie sur le résultat d'études massives concernant les fondements géographiques du Shan hai jingl. Ces études portent sur l'identification d'un lieu ou d'un peuple de pays lointains, et ont permis de localiser approximativement les régions représentées dans le Shan hai jing. Mais ces études ont soulevé bon nombre d'interprétations différentes et contradictoires. Toutes ces études révèlent une même réactivité par rapport à l'image renvoyée par le Shan hai jing, en ce qui concerne la localisation des lieux. Elles se déplacent avec le déplacement du symbolique dans le réel, et suivent le réel à la trace. Or, ces lieux tels qu'ils sont énumérés dans le texte, "ne concordent pas" avec la topographie réelle. L'explication courante donnée habituellement est que le texte est corrompu. Ce point de vue aurait pu être valable s'il ne s'était agi que de quelques manquements mineurs. Mais ce n'est vraiment pas le cas, tant s'en faut. Il ya manquement sur toute la ligne. Le système des lieux, tel qu'il apparaît dans le Shan hai jing, n'est pas compatible avec la topographie réelle sans destruction du système lui-même, ou distorsion de la réalité topographique. Dans ces conditions, poursuivre la recherche sur des identifications dites réelles des lieux, ne semble pas une approche tout à fait satisfaisante. Des essais sont entrepris pour reprendre les données géographiques du Shan hai jing et les reporter sous forme de carte moderne, c'est-à-dire les reprendre en appliquant les principes de la cartographie moderne2. Cette méthode semble inadéquate en vérité, la cartographie chinoise traditionnelle différant considérablement de l'européenne. Nous nous proposons d'envisager un autre angle d'approche. Il ne s'agit pas ici de vouloir localiser tel ou tel lieu enregistré sur la surface de la Terre, ou, éventuellement, de faire la preuve de leur "réalité" comme cela se fait dans la plupart des recherches disponibles. Il s'agit de découvrir la façon dont la surface de la Terre fut conçue selon le Shan
1. Les commentaires sur le Shan hai jing de Bi Yuan dans son édition Shan hai jing xinjiaozheng et dans le Shan hai jing diIi jinshi de Wu Chengzhi, datant tous les deux de la dynastie des Qing, ont porté une attention spéciale aux localisations. Pour une étude plus ample sur les identifications présentées dans les commentaires, voir la traduction annotée du Shan hai jing de Rémi Mathieu [1983]. A titre d'exemple de ce type de recherche, voir le travail de Wei Dingshen and Xu Shenmo [1974]. Pour plus d'exemples, voir Section F (Géographie et Ethnologie) dans la bibliographie du Shan hai jing de Riccardo Fracasso [1991, p. 80-92]. A titre d'exemple d'une étude récente de ce type, voir Fu Yongfa {l992]. 2. Voir Carte 1 reproduite à partir de Wang Chengzu [1988, p. 19], voir aussi les -localisations fortuites du Shan hai jing sur les cartes de l'époque des Zhou Occidentaux .jusqu'aux Royaumes Combattants chez Tan Qixiang, ed. (1982, vol. 1, p. 17-46].

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Géographie et Cultures, nOt8, t996

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Géographie et Cultures, n018, 1996 hai jing. Pour ce faire, nous nous proposons d'explorer le système qui sous-tend tous ces lieux, en tant que tel, et dans son ensemble!. Sur la trace des régions divines La zone "centrale" du monde selon le Shan hai jing, censée être bordée par des mers cardinales, est décrite dans le Shan jing. Le Shan jing comprend cinq chapitres, intitulés comme suit et énumérés selon l'ordre dans lequel ils figurent dans le texte: 1. Le "Classique des montagnes méridionales" (Nan shan jing) 2. Le "Classique des montagnes occidentales" (Xi shan jing) 3. Le "Classique des montagnes septentrionales" (Bei shan jing) 4. Le "Classique des montagnes orientales" (Dong shan jing) 5. Le "Classique des montagnes centrales" (Zhong shan jing) Cette disposition textuelle reproduit la division conventionnelle d'un territoire en cinq sections orientées selon les quatre points cardinaux plus le centre. Il y a deux façons de représenter graphiquement les sections terrestres et les sections textuelles qui leur correspondent, selon l'idée chinoise de la quadrature de la terre. - sous la forme de deux carrés concentriques où les "Montagnes centrales" occupent le carré intérieur; les sections des montagnes cardinales occupant le carré extérieur (voir figure la); - sous la forme d'une croix grecque où les 5 sections terrestres sont autant de carrés égaux (voir figure lb). Bien que les points de vue divergent ou se contredisent quant à l'identification et la localisation des montagnes dans leur aspect concret, il semble possible toutefois de repérer grosso modo dans le Shan jing des régions qui existent effectivement. Le schéma terrestre quinaire du Shan jing embrasse le territoire d'une vaste région entourant les bassins de la Huanghe et du Changjiang (voir carte 1).

1. Des idées semblables ont été avancées par Deborah Porter [1993, p. 76-79] en ce qui concerne les lieux et la montagne Kunlun en particulier, répertoriés dans le Mu Tianzi zhuan. Ce texte est lié étroitement au Shan jing, voir Wei Dingsheng [1967] and Zhang Gongliang [1934]. Ce point de vue sur les lieux contraste fortement avec la plupart des recherches existantes à l'heure actuelle, qui, elles, s 'originent des commentaires traditionnels orientés vers une identification ou localisation des lieux. La volonté de ces commentaires mérite en soi une étude.

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