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GÉOPOLITIQUE ET PROBLÈMES DE MADAGASCAR

De
288 pages
L'auteur nous livre près de cinquante années de réflexions sur l'avenir de la Grande Ile. Son regard est sévère et le ton parfois incisif devant le constat d'extrêmes difficultés dans lesquelles son pays se débat depuis son indépendance en 1960. Mais il témoigne aussi de la sagesse séculaire de tous les Malagasy et, au fil des pages, il affirme sa foi en des lendemains de paix et de prospérité pour son pays.
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Géopolitique

et problèmes

de Madagascar

1/

V ous ne pouvez jamais descendre deux fois dans la même rivière
car de nouvelles eaux s'écoulent sur vous" Héraclite

(500 avo J. C.)

Collection

Repères pour Madagascar et l'Océan indien dirigée par Maguy Albet et Didier Mauro

Situées au large du continent africain, les îles de l'océan Indien (Madagascar, la Réunion, les Comores, Maurice, les Seychelles...) ont longtemps vécu isolées les unes des autres. Pourtant, aujourd'hui, de nombreux liens diplomatiques, politiques, économiques, commerciaux et culturels les unissent et font de cette région une zone en pleine expansion, même si des disparités existent entre ces différentes entités. De même, si les origines des peuplements sont variées (africains, indonésiens, indiens, chinois, arabes...), chaque île a su intégrer, au fur et à mesure des migrations, toutes les composantes ethniques et former ainsi, sans trop de heurts, une «mosaïque des peuples» enviées par bon nombre de pays industrialisés. Cette collection entend contribuer à l'émergence de ces nations sur la scène internationale et également susciter une réflexion critique sur les mouvements de société qui traversent cette région en devenir, dotée de potentiels innombrables. Elle réunira au fil des publications, toutes celles et tous ceux qui partagent cette ambition, loin des rigidités idéologiques.

Dernières parutions

RAHARINJANAHARY Lala, et VELONANDRO, Proverbes malgaches en dialecte masikoro, 1996. RAHARINJANAHARY Lala (textes réunis et édités par), Tapatoo, joutes poétiques et devinettes des masikoro du sud-ouest de A1adagascar, 1996. RABEMANANJARA Raymond William, A1adagascar 1895, Documents politiques & diplomatiques, 1996. RAHAMEFY Adolphe, Le roi ne meurt pas, rites funéraires princiers du Betsileo, A1adagascar, 1997. RAKOTOARISOA Jean-Aimé, A1ille ans d'occupation humaine dans le Sud-Est de A1adagascar, 1998. RAJOELINA Patrick, A1adasgascar, Refondation er développement, quels enjeux pour les années 2000 ? 1998. RABEMANANJARA Raymond William, Le temps sans retour. A1émoires de A1adagascar, 1998.
(Ç)L'Harmattan, 1998

ISBN: 2-7384-7186-2

RaYIIlond WilliaIIl RabeIIlananjara

Géopolitique

et problèmes

de Madagascar

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan INC 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9

«Nous sommes méprisés par ceux qui respectent seulement [e pouvoir matériel. NJest-i[ pas naturel que} nous aussi} nous nous retirions ou jeu} que nous peroions la foi oans la pérennité oe la bonté} oe [Jinoivisibilité ôe la vérité} pour nous contenter ôe faire part au monôe ôe nos réflexions amères et ôétachées : comme [Jhumanité est oevenue oésespérément corrompue} comme les hommes ont ôégénéré et comme i[ est oevenu oiffici[e}pour oes âmes nobles et raffinées} ôe vivre parmi eux l »

Alexandre SOI.JENITSYNE Discours de Stockholm, 1970 Le Seuil

Avant-Propos

Le présent ouvrage réunit des écrits qui évoquent l'environnement géopolitique de Madagascar, ainsi que le contexte domestique malagasy, de retour à l'Indépendance (1960) jusqu'à nos jours.

Il s'agit, en fait, de la somme non-exhaustive des réflexions, des propositions et des commentaires de Raymond William RABEMANANJARA, lequel ne vise pas à établir une quelconque doctrine politique. A contrario, l'auteur préfère suggérer une méthode de gouvernement à la lumière de la seule réalité qu'il ne cesse de rappeler à travers le leitmotiv des rapports de forces.

Ainsi, lorsque le nationalisme verse dans l'étroitesse, il n'est plus un instrument de libératiol1. Il devient le terrain de tensions et de conflits où la Nation est exposée aux aventures les plus imprévisibles. De même, en matière de politique intérieure, un tel nationalisme n'est pas source de démocratie, mais d'oppression exercée impunément par une camarilla rapace et une nomenklatura corrompue face à une population aveuglée, chloroformée.
Madagascar a vecu des moments difficiles qui ont pu être surmontés grâce à la tradition révolutionnaire du peuple malgache. Nourri d'une profonde sagesse millénaire, patient et endurant, ayant cette fabuleuse capacité de réaction et cet extraordinaire instinct de survie qui caractérisent toutes les forces vives Malagasy, le peuple de l'lIe-Continent aura évité au Tanin()razana de verser dans les décombres.

11

Tel est le miracle malagasy qui étonne le monde entier. Il n'y a qu'à se rappeler les événements de 1991, lors de la chute de la 2e République.
Aujourd'hui, ce qu'il faut comprendre, c'est le nécessaire impératif d'une vraie conscience politique servie par la droiture, l'intelligence éclairée des problèmes et le souci constant des intérêts du plus grand nombre. Raymond William RABEMANANJARA aime profondément son pays. Cela est indéniable. Le vénérable ra~-amenoren~ reprend à son compte le vieil adage «Qui aime bien, châtie bien» lorsqu'il dresse le constat politique, économique et social de Madagascar. Mais derrière chaque mot, chaque phrase, le lecteur ressentira tout cet amour plein d'espoir et de tendresse pour ses compatriotes. Il dit souvent « Je suis un fou ! » en plissant ses yeux pleins de malice. Mais qui est le plus fou? L'homme qui marche devant ou celui qui le suit? Si être fou, selon la défmition rabemananjarienne, c'est dénoncer tous les travers humains et, en même temps, proposer des idées pleines d'un humanisme soucieux du mieux-être de ses contemporains pour des lendemains qui chantent, alors soit! Mais soyons ces fous qui le suivent dans sa démarche et croyons avec lui qu'à l'aube de l'An 2000, ce nouveau millénium sera synonyme de fraternité, de progrès et de respect pour chacun et pour toute la planète.

e

MaDagascar Dans la Géopolitique
De

L'Océan

InDien

OcciDental

l - LA COMMUNAUTE DE L'OCEAN INDIEN

a Communauté de l'Océan Indien est loin d'être une réalité organisée. Elle est une espérance et non une fiction. Le chemin qui pourrait y conduire est semé d'obstacles et de difficultés. D'abord l'indifférence des Etats riverains, euxmêmes englués dans leurs problèmes intérieurs; il Y a aussi le jeu savant et complexe des impérialismes: pour des motifs convergents ou contradictoires, ils entendent maintenir leur pression dans une des régions-clés du monde.
Tout cela, nous le savons et nous avons les yeux suffisamment ouverts pour comprendre que la Communauté de l'Océan Indien ne saurait être une création idyllique qui verrait le jour demain matin dès l'aube et qui, par un coup de baguette magique, rendrait les gouvernants sages, lucides, les peuples pacifiques et heureux, les Arts prospères et les Economies

L

développées.

.

Ce qui se passe dans la plupart des pays de l'Océan Indien (coups d'états, tortures, atteintes graves aux libertés fondamentales, inégalités socfales et culturelles, violences et oppressions, mépris total des faibles et des déshérités) n'est pas pour accélérer l'avènement d'une Communauté solidaire, exemplaire et responsable. Mais un tel constat n'interdit pas les efforts nécessaires pour promouvoir une proposition riche de promesses. Et c'est bien notre rôle de soutenir les idées que nous croyons être garantes du progrès, de la paix et de la sécurité pour tous. Même si, quelquefois, nous avons le sentiment de parler dans le désert.

15

Peut-on s'étonner que, dans le passé, nous ayons insisté sur la mission historique de l'Inde? A l'époque où nous luttions pour recouvrer notre dignité nationale, le pays du Mahatma Gandhi était pour nous tous une référence, une leçon et un exemple. Il fallait affirmer notre fraternité.

Aujourd'hui - faut-il l'avouer? - l'image de marque de la péninsule indienne a changé. Il est loin le temps où la pensée d'un Pandit Nehru pouvait orienter favorablement le cours des choses.
Quoi qu'il en soit et quelque opinion que l'on ait sur les affaires de notre époque, le débat reste ouvert. L'essentiel est que chacun puisse s'exprimer avec sérénité et admette que la confrontation loyale des idées est encore le meilleur garant d'une société responsable.

w

16

II - LA SOLIDARITE DES PEUPLES DE L'OCEAN INDIEN

n des thèses de la pédagogie coloniale possession d'Outre-Mer n'avait pas internationale. Elle était intégrée au sein d'un formait un ensemble, un et indivisible. Du occupation, le pays, réduit au rang de colonie, était la famille des nations.

U

était qu'une d'existence Empire qui fait de son donc rayé de

Par ailleurs, en vertu du principe de la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats, le peuple devenu dépendant était abandonné à son sort. A lui seul incombait le soin de sa propre délivrance par la résistance, l'action politique ou le soulèvement. Un des arguments du patriotisme sera de soutenir la pérennité de la nation, tandis que la mission du nationalisme sera de vouloir créer la solidarité entre les peuples privés de leur indépendance et de leur souveraineté. Deux moments
-~:~-~:~-

essentiels de cette solidarité ont été: des Peuples contre l'Impérialismel de Bandung en Indonésie

Le Congrès

La Conférence

Alors que le Congrès des Peuples avait réuni des mouvements de libération qui ont appris à se concerter et à unir leurs efforts, la Conférence de Bandung avait rassemblé des Etats récemment parvenus à l'indépendance. Les Recommandations de cette Conférence historique sont connues. Elles ont constitué un évènement politique considérable qui a profondément modifié les Relations Internationales. 17

Que cette Conférence ait eu lieu en Indonésie revêtait pour nous tous à Madagascar une signification particulière, en raison de nos affinités d'ordre ethnique, culturel et linguistique. Nous sommes des peuples frères2. Sur le chemin de l'Histoire, l'Indonésie est en avance sur nous d'une étape. Elle participe, tant que responsable, à la vie des nations. Si elle se réfugie dans l'égoïsme, en ne pensant qu'à ses problèmes domestiques, elle sera vite isolée et elle risquerait ainsi de perdre, de nouveau, son indépendance si durement acquise. Le devoir de l'Indonésie et son intérêt lui dictent de se pencher en particulier sur le sort des autres peuples encore dépendants de l'Océan Indien. Les mêmes menaces nous guettent: nous devons unis nos efforts. C'est pourquoi, devenue un Etat indépendant à part entière dans la Communauté internationale, l'Indonésie nous avait semblé qualifiée pour agir en faveur des pays encore dépendants. Nous avons compté fermement sur sa contribution.

~

18

HINDUSTAN TIlvIES Journa/iste A. Gafoor Janvier 1955

III - MADAGASCAR & L'INDE

HINDUSTAN

TIMES

-

Depuis un certain temps, nous assistons à une
non seulement en Afrique du

recrudescence de la propagande anti-indienne,

5ud, mais également dans plusieurs autres pqys d'Afrique et à
Madagascar. Les colonialistes d'Europe ont compris qu'en luttant les uns contre les autres, ils risquaient tous d'être liquidés avant terme. Ils mettent donc en commun leur dernière chancepour tenter de survivre. Chassés du continent asiatique, ils ont choisi l'Afrique et Madagascar pour réaliser ces activités leur (( pool )). Comment se manifestent à Madagascar an ti-indiennes ? R. W. RABE1,Lt\ ANJA. A. - Les Indiens3 sont au nombre N R d'environ dix mille à Madagascar. Les uns y sont établis de père en fils depuis de nombreuses générations et même sous la Monarchie, les autres y sont arrivés entre 1930 et 1939.

Des mesures d'expulsion ont été prises contre certains, quelquefois sans motif sérieux, semble-t-il. Ainsi des personnes ont-elles été brutalement séparées de leur famille et privées de la jouissance paisible de leurs biens. C'est pourquoi, la majorité des Indiens établis dans l'lIe sollicitent pour eux une garantie. Ils peuvent de cette façon échapper aux mesures d'exception qui frappent les sujets malgaches soumis au Code de l'Indigénat ainsi que les étrangers.

19

HINDUSTAN

TIMES

-

Sur quoi sefonde la prétendue menace indienne à

Madagascar?

R. W. R. - Dans notre pays, les Indiens sont généralement d'excellents commerçants ou d'habiles industriels. Ils sont à la fois actifs et économes. De nombreuses villes de Madagascar sont devenues de véritables cités indiennes. A Tananarive, certains quartiers, comme Tsaralalana, sont fortement indianisés. On peut donc avoir le sentiment d'une dominance. Mais là ne réside pas la raison pour laquelle les tenants du colonialisme parlent de menace indienne à Madagascar. Le colonialisme est inquiet du développement du mouvement national malgache. Il est inquiet de la solidarité, chaque jour grandissante, qui unit tous les peuples opprimés et colonisés. Il est inquiet de l'amitié qui lie entre eux les pays d'Asie et de l'Océan Indien. La propagande et l'action du colonialisme ont pour but de nous diviser. C'est pourquoi, le colonialisme forge le slogan d'une menace indienne, d'un je ne sais quel impérialisme biologique indien à Madagascar. Ceux qui lancent un tel slogan oublient trop vite que les Malgaches ont des origines indiennes, au même titre que les Indonésiens. Nous avons de profondes affmités ethniques, spirituelles, sociales et intellectuelles avec les populations de la Péninsule indienne. Entre elles et nous, il ne peut être question de menace et d'incompatibilité biolo&iques. J'estime qu'un rapport indien à Madagascar permettrait de développer le potentiel humain de ce pays et d'en faire une grande puissance australe.
HINDUSTAN TIl\;fES - Comment Madagascar et la Péninsule Indienne?

envisagez-vous les rapports entre

R. W. R.
l'angle 20 de

-

J'envisage ces rapports, présents et futurs sous la coopération et l'association. L'indépendance

acquise par les pays frères du Pakistan, de l'Inde, de Ceylan, de la Birmanie, de l'Archipel des Maldives, de l'Indonésie n'aurait aucune signification historique véritable si elle n'a pas pour objet de promouvoir la libération politique et l'émancipation sociale et économique des autres contrées de l'Océan Indien qui demeurent encore sous la dépendance des Puissances coloniales étrangères à notre Communauté indivisible. L'Océan Indien a été, dans les temps passés, le carrefour civilisations les plus illustres. Il en reste la partie immortelle: souffle spirituel. de le

J'estime par ailleurs que, par la grande masse de leurs populations, leurs richesses naturelles, leur suprématie morale, leur position stratégique, les pays associés de l'Océan Indien joueront un rôle décisif dans l'avenir du monde.
J'ajouterais ceci: la patrie du Mahatma naturel de tous les peuples unis de l'Océan Gandhi Indien. est le guide

~~ ~

La

meme question 1955. qu'une

des Indiens cette fois-ci

à Madagascar au Journal

a été également ZAMANA

évoquée dans le de il convient

une autre intemiew, 24 février rappeler

de l'lie Maurice, le colonisateur.

Pour bien apprécier

le sens de cette question,

colonie était une chasse gardée pour

ZA.MAN.A - Quelles sont les données actuelles du problème indien à MadagaJcar ?

R. W. R. - Il n'y a pas de problème indien à Madagascar. Il y a seulement la situation d'environ dix mille personnes, hommes, femmes et vieillards, dont les ancêtres sont venus des Indes,
21

bien avant le régime colonial établi par l'Acte unilatéral d'annexion du 6 août 1896. La plupart de ces personnes ont conservé leur allégeance au Commonwealth et sont des ressortissants du Pakistan ou de l'Inde. D'autres sont devenus des citoyens français4. Mais toutes ont pris racine dans notre pays depuis plusieurs générations. lIe immense, dont les dépendances naturelles vont de l'Archipel des Comores à l'Archipel des Kerguelen, Madagascar fut de tout temps un carrefour et un vase clos de multiples alluvions ethniques qui se sont mêlées ou stratifiées pour former cet ensemble pluriel qu'est la population madécasse. Lorsque Madagascar était encore un pays indépendant et souverain, de nombreux Indiens étaient venus s'établir chez nous. Ils ont créé des familles et ne peuvent être considérés aujourd'hui comme de simples étrangers. Ces personnes ont généralement pris position dans le négoce, l'industrie de transformation, l'hôtellerie et l'artisanat. Comme tous les Asiatiques et les Orientaux ou les Levantins, elles ont des pratiques commerciales audacieuses qui, dans un certain sens, ont pu paraître critiquables.
ZAMANA - Ces Indiens établis à Madagascar contre la prospérité des habitants? constituent-ils une menace

R. W. R. - On ne saurait dire que ces Indiens constituent une menace contre la prospérité des habitants. Ils participent euxmêmes, da~s une large mesure, au développement économique du territoire national actuellement soumis au régime économique colonial.

En fait, il y a des Indiens capitalistes. Il y a des Indiens qui soutiennent - peut-être à leur corps défendant - le circuit historique de l'économie coloniale et il y a des Indiens qui se contentent d'avoir leur part de soleil. Ce qui est vrai pour les 22

Indiens, l'est également pour toutes les minorités ethniques ou nationales établies sur la Grande lIe. On a pu faire grief aux Indiens de s'enrichir sur le dos des populations laborieuses mais une telle généralisation paraît injuste et mal fondée. Ce n'est s'enrichir profiteur Le profit presque opprimer pas en tant qu'Indien qu'un Indien s'enrichit aux dépens des classes travailleuses. C'est en du capitalisme ou instrument du parasitisme est à la base de tels systèmes économiques fatal que, dans leur cadre, des classes existent d'autres. ou peut tant que colonial. et il est pour en

ZAMANA - Estimez-vous qu'un changement de régime économique modifiera les rapports de vos échangesinternes et externes?

R. W. R.

-

Assurément.

Un syst,ème économique

de type

socialiste modifiera complètement le circuit de production et de distribution. Car un tel système a d'abord, pour objet, non le profit individuel, mais le mieux être pour les classes laborieuses. ZAMANA - Ces Indiens de Madagascar constituent-ils une menace
démographique et politique pour votre pqys ?

R. W. R. - Madagascar est un grand pays sous-peuplés. Il pourrait faire vivre 15 à 20 millions d'habitants lorsque toutes les terres seront mises en valeur, lorsqu'une politique efficace de défense des sols sera pratiquée pour récupérer les espaces désertiques du Sud et de l'Ouest. Quand nos vallées seront plus vertes, nous constituerons un grand peuple libre qui jouera son rôle dans le concert des nations africaines et asiatiques. Actuellement le colonialisme veut faire de la Terre Des Ancêtres, un pays blanc pour consolider ses propres assises, sous le fallacieux prétexte de défendre le Christianisme et l'Occident. Un plan d'immigration a été discuté qui aurait pour but d'introduire dans notre lIe un premier lot de deux cent mille 23

personnes d'origine européenne, entendez par là des Italiens, des Hollandais et quelques personnes déplacées de l'Est de l'Europe. Ce plan de conquête politico-ethnique échouera grâce aux propres contradictions des systèmes de profit en présence et en compétition.

Je suis pour la coopération des race/Y. e suis également pour les J fusions biologiques. Dans le cadre d'une politique socialiste, il ne peut y avoir de domination d'une ethnie sur d'autres ethnies. Toutes les ethnies seront sauvegardées dans leur originalité linguistique et folklorique. A mon avis, les Indiens de Madagascar ne constituent pas une menace démographique pour mon pays qui a besoin d'être peuplé7.
ZAMANA - Comment concevez-vous cepeuplement?

R. W. R. - D'abord par la lutte contre la mortalité infantile et l'amélioration des conditions de vie des populations et des familles. Il ne s'agit pas d'avoir une population de vingt millions d'habitants sous-alimentés et sous-développés. Une telle ascension statistique ne donnerait satisfaction qu'à la dialectique spécieuse du colonialisme. Il s'agit de donner à manger, de vêtir un peuple déshérité, d'élever son niveau de vie par une politique économique et sociale conforme aux intérêts de la nation. Pour développer, par ailleurs, le standing économique, il pourra être fait appel aux apports extérieurs.
ZAMAN.L'\ - L'Inde est-elle, en puissance, une menace pour votre pqys ?

R. W. R. - Si l'Inde était une puissance impérialiste, elle constituerait à coup sûr une menace pour mon pays. Mais dans le présent, je ne crois pas que la patrie du Mahatma Gandhi gouverné par des hommes de paix comme le Premier Ministre Nehru, ait des vélléités expansionnistes de caractère colonial.

24

Lorsque

Madagascar

retrouvera

son indépendance

-

et je

souhaite que cette indépendance soit incluse dans une Union Française véritable8- nous saurons faire respecter notre intégrité et notre souveraineté par tous les pays et par toutes les puissances. L'Inde n'est une menace ni pour Madagascar, ni pour la France. Notre seul ennemi est le colonialisme, source de tensions et de conflits armés.
ZAMANA - Que représente l'Inde pour lepatriotisme malgache?

R. W. R. - Pour nos intellectuels, l'Inde est avant tout le foyer de l'Esprit. Les messages de ses penseurs ont nourri nos propres écrivains, nos philosophes et nos politiciens. L'influence de Rabindranah Tagore et de Gandhi est profonde dans notre peuple. Nous connaissons moins vos Beaux-Arts, vos sculptures, vos peintures, vos musiques. Mais grâce aux travaux des Orientalistes français, nous commençons à redécouvrir les trésors d'une Civilisation incomparable. Politiquement l'Inde est pour nos patriotes une grande et noble leçon. Hier vous avez lutté pour vos libertés. Aujourd'hui vous luttez pour la paix. Sans les bons offices de l'Inde, il n'y aurait pas eu le cessez-le-feu en Corée. Sans les interventions énergiques de vos diplomates dans les organisations et les rencontres internationales, les intérêts des pays dépendants seraient proprement méconnus. Avons-nous le droit, en tant que patriotes, d'ignorer la valeur de telles contributions ? Avons-nous le droit de nous isoler, alors que notre sécurité réside dans une coopération de plus en plus large avec nos voisins et tous les pays? En vérité, nous ne sommes plus seuls au monde. De grandes forces morales soutiennent nos légitimes revendications, non seulement en France même, mais aussi dans tous les pays où vivent les hommes de coeur. Le grand phénomène de l'Histoire

25

mondiale de cette deuxième moitié liquidation des régimes de colonisation

du XXe siècle sera la en Afrique et en Asie9.

Cette liquidation sera acquise plus rapidement si tous les démocrates, épris de paix, voulaient mieux conjuger leurs efforts pour faire échec aux menées bellicistes et totalitaires qui menacent le monde.

w

26

MARAINA

VAOVAO
Edition

-

Tananarive

Spéciale n° 640 27 Juillet 1971

IV - INDEPENDANCE DE JUGEMENT & D'AcTION
PRINCIPES DE POLITIQUE EXTERIEURE

~\RA.IN.A V.A()V.A() - Que pensez-vous de la situation internationale et
en particulier de l'initiative américaine vers la Chine Populaire?

R. w. RA.BE~li\.N.L'\NJ.L\R;\La vie est mouvement et la politique internationale est commandée, par défmition, par le principe du mouvement. Dans les relations entre Etats le dogmatisme est une pratique irresponsable. Ce qui était inopportun hier peut être opportun aujourd'hui. C'est dire combien il faut être vigilant et attentif au rythme du monde. Sur le plan des rapports de force, un petit Madagascar ne peut pas se permettre d'épouser idéologiques. La bonne politique consiste à entretenir de solides relations d'intérêt réciproque membres de la Communauté lntemationalelo. pays comme des croisades établir et à avec tous les

V ous parlez des Etats-Unis d'Amérique et de la Chine Populaire. Voilà un exemple d'une politique responsable. Que ces deux grandes puissances mettent fm à leurs ~fférends et acceptent de coopérer, sans renoncer à leur originalité, ce serait là un évènement capital en faveur de la paix et de la sécurité mondiale. Certes, on ne règlera pas tout en un seul jour, mais au moins, quelques problèmes irritants comme la guerre du Viêt nam, trouveront une solution heureuse. 27

Mao Zedong qui est un génie, se souvient sans doute de la leçon administrée par Lénine en 1921, quand celui-ci fit appel à l'aide étrangère - en particulier aux Anglais et aux Américains pour donner de l'impulsion à sa nouvelle politique économiquell. La Chine Populaire a besoin du concours des Etats-Unis qui développeront mieux leur potentiel économique en l'aidant au lieu de s'enliser dans une guerre impopulaire et injustifiée sur le sol asiatique.

Et j'ajoute ceci: ce que l'on pourra faire pour la paix au Viêt nam, on pourra aussi le faire dans le conflit judéo-arabe. Si les belligérents ne veulent pas imaginer une paix honorable entre eux avec la garantie de la Communauté Internationale, je ne vois pas pourquoi les Grandes Puissances - y compris la Chine Populaire -, ne seraient pas fondées à intervenir pour que cessent les massacres et les tensions12. Je souhaite donc plein succès à l'entreprise Nixon - Mao Zedong.
MARAINA V AOVi\()
Mao Zedong?
-

A

propos, avez-vous lu le

(( Livre Rouge )) de

Votre question est plaisante. Quel homme politique s'interdirait de méditer un ouvrage aussi capital? J'ai quelques livres de chevet: la Bible, le Coran, Epictète, Machiavel, Lénine, Charles De Gaulle, etc... Vous pouvez y ajouter Mao Zedong qui n'a aucune valeur pour les cerveaux sousdéveloppés qui prétendent le mettre à l'index13.
-

R. W. R.

MARAINA V AOV AO - Quelle est votre position vis à vis de la politique d'ouverture vers l'Afrique du Sud?

R.W.R. - Je suis parfaitement d'accord avec cette politique d'ouverture. L'Afrique du Sud est notre voisin le plus immédiat. C'est le pays le plus développé du continent africain. Dès lors les règles élémentaires de la géo-politique nous commandent de nous déterminer dans notre propre région14. 28