Gestalt-Therapie

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A l'intersection de la psychanalyse freudienne et de la démarche phénoménologique, de la théorie de la forme et de la théorie du champ, des contributions de Reich et de Rank, la Gestalt-thérapie constitue une démarche originale, novatrice à bien des égards, à tel point que nombre des approches dont la Gestalt-thérapie est issue semblent découvrir à leur tour l'importance de la relation, du champ et du contexte, la nécessité de s'appuyer sur une conception du self - ou Soi -, l'attention portée au processus de préférence au contenu, au comment plutôt qu'au pourquoi, l'ici et maintenant, l'approche globale de l'expérience, le self envisagé comme temporalité et pas seulement comme structure, la création de formes.
Publié le : mercredi 1 janvier 1997
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EAN13 : 9782296363298
Nombre de pages : 273
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Gestalt-thérapie
La construction du soi

Collection Psycho-Logiques dirigée par Philippe Brenot et Alain Brun

Sans exclusives ni frontières, les logiques président au fonctionnement psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho-Logiques. Déjà parus Sylvie PORTNOY-LANZENBERG, Le pouvoir infantile en chacun, . Source de l'intolérance au quotidien.
André DURANDEAU, Charlyne VASSEUR-FAUCONNET (sous la dire
. de), Sexualité, mythes et culture. Claire SALVY, Jumeaux de sexe différent. Maurice RINGLER, La création du monde par le tout-petit. Loick M. VILLERBU, Psychologues et thérapeutes, sciences et techniques cliniques en psychologie. Michel LARROQUE, Hypnose, suggestion et autosuggestion. Sylvie PORTNOY, L'abus de pouvoir rend malade. Rapports dominant-dominé. Raymonde WEIL-NATHAN (sous la direde), La méthode éleuthérienne. Une thérapie de la liberté. Patricia MERCADER, L'illusion transsexuelle. Alain BRUN, De la créativité projective à la relation humaine. Pierre BENGHOZI, Cultures et systèmes humains. Dr POUQUET, Initiation à la psychopathologie. Dr POUQUET, Conduites pathologiques et société. Geneviève VINSONNEAU, L'identité des Françaises face au sexe masculin. Paul BOUSQUIÉ, Le corps cet inconnu. Roseline DAVIDO, Le DAVIDO-CHAD, Le nouveau testpschologique : du dépistage à la thérapie. Sylvie PORTNOY, Création ou destruction, autodestruction. Jacques BRIL, Regard et connaissance. Avatars de la pulsion scopique. Michel POUQUET, L'adolescent et la psychologie. Marie-Pierre OLLIVIER, La maladie grave, une épreuve de vie. Loïc M. VILLERBU, Jean-Luc VIAUX, Ethique et pratiques psychologiques dans l'expertise. Michel LARROQUE, Esquisse d'une philosophie de l'amour.

cg L'R armattan, 1998 ISBN: 2-7384-6598-6

Jean-Marie Rabine

Gestalt-thérapie
La construction du soi

EditionsL'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan INC 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9

Table des matières

Préftce, Marie Petit
Liminaire. ... ... . .. ... ....

9
..... ... ....... ................. ... 13

1. La Gestalt-thérapie, prototype de la psychothérapie de demain 2. Une esthétique de la psychothérapie 3. La nature humaine, déclinaisons du paradigme
4. Le contact, expérience première 5. Lawareness, connaissa~ce immédiate et implicite du champ 6. La confluence, expérience liée et expérience aliénée 7. Anxiété et construction des Gestalt

23 41 49
61 81 105 125

8. De l'étonnement eh psychothérapie
9. Honte et rupture de confluence 10. Léconiche, essai sur la théorie du champ ~e la Gestalt-thérapie.

153
165 187

Il. Théoriser ce qui toujours échappera. Sur /a re/ationthe,apeutique ... 219 12. Linsu porté dans la relation 13. Théorie et pratique du groupe, théorie et pratique de la Gestalt-thérapie Références des éditions antérieures 229

257 269

5

REPLIER, DEPLIER

Ce que je vis comme "moi-même': c'està dire "mon self': n'est rien d'autre qu'un champ replié.
Aussi ai-je ent/ie d'en déplier une part et de dédier/donner ce livre à ceux et celles avec qui j'ai construit, dans nos rencontres, la matière ..ie mon expérience et de ma réflexion.

A mes étudiants et à mes patients, dont les questions m'ont souvent plus enseigné que les réponsesde mes maîtres,
A mes amis et collègues qui, au quotidien ont partagé et nourri mon évolution: du fil des années,

Jean-Marie Delacroix, Cécile Panterne, Nicole de Schrevel Marie Petit, André Jacques, Jacques Blaize, André Lamy, Brigitte Lapeyronnie, Dominique Lismonde, Joëlle Sicard, Bernadette Merlant-Guyon, Sylvie Schoch de Neuforn, André Chemin, Patrick Colin, Ximo Tarrega-Soler et bien d'autres, y compris dans d'autres disciplines.

A Isadore From (f), grâce à qui, après quelques années d'enseignement et d'amitié, j'ai pu m'autoriser à mettre ma pensée en mouvement,
A ceux auprès de qui j'ai trouvé formation ou perfectionnement, collaboration, recherches communes. .. et souvent et surtout aussi une amitié durable: Gordon Wheeler, Bill mtrner (t J, Janine Corbeil Lois Mere..iith, Joel Latner, Erving Polster, Miriam Polster, Michael Vincent Mi/ler, Douglas Davidove, Gary Yonte] Sonia March Nevis, Ed Nevis, J Edward Lynch, Barbara DeFrank-Lynch, Joseph Melnick, James Kepner, Malcolm Parlett, Bertram Müller, Johanna Müller-Ebert, Margherita Spagnuolo-Lobb, Giovanni Salonia, Reinhard Fuhr et bien d'autres, A Taylor Stoehr qui m'a aidé, directement et indirectement, dans la compréhension de l'œuvre de Paul Goodman, à m'orienter

Jean-Marie ROBINE
Institut Français de Gestalt-thérapie

7

Préface

Penser la Gestalt-thérapie... s'affranchir de l'anathème lancé par PerIs au « bullshit » de la réflexion, de l'injonction à quitter le mental pour revenir à nos sens (<< leave your mind, come to your senses »), c'est.la proposition à laquelle nous convie cet ouvrage. Contrairement à la plupart des auteurs qui se contentent d'illustrer par l'expérience vécue les présupposés théoriques de la Gestalt-thérapie, Jean-Marie Robine nous propose de les revisiter afin d'en extraire une théorisation plus substantielle. Jean-Marie Robine est retourné aux sources mêmes de la Gestalt-thérapie. Une étude patiente, une retraduction attentive lui ont permis de poser les concepts majeurs qu'il développe avec brio et explicite avec passion tout au long de cet ouvrage. Concepts enrichis des multiples références que lui fournit son incontestable érudition. C'est un véritable changement de paradigme auquel nous conduit Jean-Marie Robine : envisager le phénomène vécu non pas comme un objet significatif d'un état de conscience et qui, comme tel, pourrait être sujet d'analyse, mais comme phéno9

mène en action, qui recèle une intentionnalité

dans son « ap-

paraître » même.

'

Considérer le mouvement, la fluidité des interactions, leur succession dans le temps et non pas le figer pour mieux observer. Echappant à une conception spatiale du pr(tcessus de contact (à mon sens déjà implicitement entérinée par la barre qui sépare organisme/environnement dans les textes fondateurs) Jean-Marie Robine dénonce, dès le liminaire, une pensée solipsiste qui concevrait le Self comme une entité s'actualisant dans le contact, pour introduire explicitement la temporalité dans la structure de l'ex;périence. Le processus de contact n'étant plus envisagé comme aléas d'une frontière topique entre moil non moi, mais comme séquence dans son déploiement dans le temps. Dans cette perspective Jean-Marie Robine met en tension les grands thèmes chers à la Gestalt-thérapie: le contact, r awareness, le Self, la honte, la confluence, la relation thérapeutique, le groupe...

S'appuyant parfoissur des cascliniques, il développe avec
rigueur les conséquences qu'entraîne sur la théolie comme sur la pratique la prise en compte rigoureuse de ce paradigme princeps. Il nous convie à suivre les cheminements d'une pensée complexe et originale qui approfondit et renouvelle la Gestaltthérapie. Jean-Marie Robine est un passionné, un visionnaire. Il est parfois déroutant de suivre son cheminement -tant nous sommes attachés à une conception monadique du monde- Mais, le plein engagement dans l'assimilation de cet ouvrage ne peut qu'amener à s'écarter des introjects hâtifs en matière de Gestalt-thérapie pour déboucher sur un élargissement de notre champ de conscience et de nos modes de pensée. Quoi de plus Gestaltiste comme perspective?

Marie PETIT

LIMINAIRE

Lorsqu'en Therapy»,

1951 Perls et Goodman publiaient,
ils rassemblaient en une ébauche de pensée parfois

avec l'aide quel-

que peu encombrante de Hefferline, le livre fondttteur: « Gestalt
à peu près cohérente enmillénaires. de tels ou tels dans la nombre des lignes de force qui traversaient racinées dans des traditions Le caractère novateur ment dans lappropriation leurs disciplines d'origine. le siècle, elles-mêmes

de cette œuvre ne résidait pas nécessaire-plus ou moins heureusegénéralement C'est plutôt l'étincelle mieux élaborés dans

éléments qui, au reste, savéraient mise en tension dialectique lyses que pût se produire Dans

dans leur liaison,

de certains concepts et de certaines ananovatrice. l'accent mis sur tel ou tel fragépistémologique l'impact de souédulcorait contribué exemple, la rupture

les années qui ont suivi,

ment du tout effaçait progressivement que nous avaient cette approche création. Ainsi, vent plus pauvres Perls tardif et nous ramenait pour

offèrt Perls et Goodman, que celles qui avaient n'en citer qu'un

en arrière en des élaborations

à la nouvelle de

lt' retour, chez le et de pratique constitue à mes

à une certaine forme même

de théorisation », ou solipsiste)

type
yeux

« psychiste » (<< intrapsychique

une régression,

au regard des avancées psychanalyti-

ques de l'époque.

13

Pourtant, cette composante quelque peu intra-psychique existe bel et bien dans la théorie de la Gestalt-thérapie. Le modèle des-

criptif des fonctions du self est parfois décrit comme « structures
partielles » : ça, moi, personnalité. Mais autant cette construction théorique peut êtrepertinente dans son contexte, autant, si on l'isole, elle s'avère infiniment moins affinée que celle de la psychanalyse. C'est au point que des Gestalt-thérapeutes se montrent parfois embarrassés, par exemple, pour théoriser la question de l'inconscient et son cortège de conséquences (transfert, refo"4lement etc.). La rupture fondamentale quïntroduisent PerlJ .:t Goodman est relativement simple à formuler. Mais cette apparente simplicité cache une grande complexité dans les conséquences méthodologiques et éthiques. Elle renvoie en outre à une grande pauvreté sémantique et conceptuelle dont les auteurs ne sauraient être tenus pour responsables. Elle pourrait s'énoncer ainsi: le self est contact. Qu'est-ce à dire? Cela veut dire que le self n'existe pas hors contact mais ne veut pas dire que le self se manifesterait dans le contact. Cette dernière formulation tendrait en effet à laisser penser que le self existerait comme entité, plus ou moins flottante et latente, qui de temps à autre, s'extérioriserait grâce au contact. Le contact comme médiateur entre soi et le monde? Le contact comme
«

entre » ?Définir leselfcommeun « entre» équivaudrait à défiet donc reviendrait Trop souvent, à postuséman«

nir ce qui se trouve de part et d'autre, ler des entités séparées et séparables. s'est vu réduit à « l'organisme

le self gestaltiste

» ou à un de ses équ£valents

tiques. Pourtant, Goodman et Perisprécisent clairement que:

[Le

self] n'est qu'un petit facteur dans l'interaction totale organisme/ environnement, mais il joue le rôle crucial de découvrir et de réaliser lessignifications par lesquelles nous nous développons »1 (PHG,

IL l, ll)
Dans l'essentiel de leur exposé, Peris et Goodman ne reconnaissent qu'une seule entité: le champ. Le champ est défini comme « organisme/son environnement» et le self désigne alors les mouvements internes du champ, mouvements d'intégration et de différenciation, d'unification et d'individuation etc. Mais cette ouver-

14

ture formulée par Perls et Goodman n'est pas toujours tenue, ni par eux ni, à plus forte raison, par leurs descendants. Est-elle tenable ? N'est on pas volontiers tenté de revenir à ,t/'nparadigme

solipsiste, que l'on choisissede l'appeler « organisme », «psyché »,
« personne »,

patient ou client...
à l'élaboration
»

N'est on pas tenté, par facilité,
de la monade,

de contribuer
«

d'une psychopathologie

même si cette psychopathologie

s'ouvre sur des chapitres à propos de depuis quelques relations

l'être-au-monde

? N'est on pas tenté de se référer à une
prend en compte les premières

psychogenèse, années,

même si, et cest encore plus flagrant

cette psychogenèse environnemental

avec le milieu, les « relations d'objet », au risque d'une réduction
du champ en général ? Les essais qui suicontradicde mythes, de et de l'Autre en particulier, à une fonction familiarité étiologique

Cest là la question avec l'œuvre

sur laquelle je bute depuis que j'ai quelque de Perls et Goodman. maladroits, non aboutis, séculaires,

vent en sont le témoignage: toires, prisonnier concepts, pressentir pousser la perte de philosophies les directions ma réflexion,

que je suis de traditions
«

et de schèmes de pensée qui fragmentent

pour rendre compte de la

réalité ». Il m'est reLatl-fJement aisé de
il me serait nécessaire de de passer outre la peur peur de la

dans lesquelles

mais il m'est difficile peur

que m'inspire transgression, que perlsienne,

ce saut dans l'inconnu: peur de l'abandon. prend toutefois

peur de la solitude, peur de de l'égarement,

des repères sécuritaires,

Le paradoxe de cette conception du self, plus goodmanienne
une tournure un point de pensée, qui le rend un peu qui est, à mon sens, l'espace -réel ou métade l'expé(toplus accessible si on rend explicite resté trop implicite phoriqueDans nos modes traditionnels rience : le « moi» res spatiales, pos et le « non-moi»

chez les deux auteurs.

donne l'essentiel de Lapensée et de la structure l'appareil psychique communes est décrit comme désigneront

sont pensés grâce à des frontiè« topique»

= lieu) Même si cette topologie est désignée comme métaphorila tête comme siège ou le cœur ou les tripes comme centre des émotions

que, les représentations de la pensée,

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sentiments;
perficialité

on parlera volontiers de
», de monde

«

plus profond»

ou de « susystème

ou de vie intérieure,

etc. Notre

représentationnel (frontière-contact, introduit temporalité

s'appuie sur une pensée localisatrice. toute représentation du self introjection, le s~lf comme spatialisée projeccontact, inhérente sous-structures

Or, sans écarter définitivement tion. . .J, la Gestalt-thérapie, implicitement du selfpeut

en désignant

la temporalité.

Seule la conscience de cette

résorber la pseudo-contradiction

aux formulations

proposées par Peris et Goodman.

Considérons ainsi la proposition: « Le self est contact» dans sa dynamique temporelle, c'est à dire abordons le contact comme séquence. Dans la phase initiale du contact appelée pré-contact, le self est relativemen.t peu intense: il ne s'intensifie qu'à mesure qu'émerge une figure. Suivant les situations, cette émergence se situe soit uniquement au niveau de l'organisme, soit du côté de l'organisme suite à une sollicitation de l'environnement. Dans cette phase, en général désignée comme phase où la fonction-ça du self s'avère la

fonction dominante, leselfseraità « localiser» préférentiellement
du côté de l'organisme: le mode de contact (sentir, rêver, anticiper, imaginer, identifier un besoin...J est préparation à l'éventualité d'un contact proprement dit, modalité qui pourra donner naissance à une autre forme de contact, mais qui peut aussi s'arrêter là. Dans la phase suivante, dite de mise en contact, la figure est constituée par l'environn'ement ou, plus largement, par le champ en tant que ressource « d'objets» susceptibles d'être contactés. Intensément engagé dans la manipulation, dans les operations d'identification et de mise à l'écart qu'elle implique, le self, schématiquement décrit, est surtout « environnement », un environnement supporté par un arrière-plan spécifique: le désir qui oriente, et son contexte. Lorsque, dans la phase de contact final l'objet choisi est rencontré et que, momentanément s'ouvrent lesfrontières ou limites de chacun des deux pôles du champ, une unité figure/fond, soil autrui, organisme/environnement constitue l'expérience du mo-

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ment.

Dans le cas où le contact d'un « Nous»

consiste en une interaction célébré par les poètes

Je- Tu,

c'est le moment

ou certains

philosophes. A ce moment, le self désigne le « nous », leJe- Tu uni dans la rencontre, l'organisme/environnement, indissocié, devient la figure dans laquelle le self est absorbé. Enfin, après la phase de contact final de la séquence, lorsque retrait et assimilation deviennent à leur tour les caractéristiques de l'expérience, le self peut à nouveau être pensé comme localisé au niveau de l'organisme. Cette séquence qui suit, de façon quelque peu simplifiée et donc réductrice, le déploiement de l'expérience de contact, permet de considérer comment, suivant le moment du contact, .le self peut être « localisé» dans une dominante organisme, environnement, ou organisme/environnement. Si le self est contact, les modalités de contact varient, tout comme la vision peut, par moments être abordée par son organe, l'œil et ce qui le sous-tend physiologiquement, à

d'autrespar « l'ovale de la vision» pour reprendre l'expression d'Aristote, à d'autres encore par l'objet visé. .. Le contact estpli et repli du self le self est pli et repli du champ, dans une danse incessante. Concilier une approche du self comme structu,:"e topique avec une approche temporelle demeure un problème aU..'liardu que celui que rencontre la Physique Quantique pour aborder, par exemple, le phénomène de la lumière: ondes ou particules? photons ou oscillations? matière ou mouvement? Espace ou temps? Chacun

sait que la « vérité » ne réside ni dans l'une ni dans l'autre approche mais que les deux se complètent, et qu'il est impossible, en l'état actuel de nos connaissances et si mes informations sont à jour, de pouvoir parler à partir des deux approches en même temps, du moins dans un langage accessible au commun des mortels. La problématisation temporelle du self apparaît aussi dans la manière dont la Gestalt-thérapie aborde la question de la conscience U'utilise générique, conscient. ici le concept de conscience l'inconscient, (consciousness) le non-conscient de façon dite et le préenglobant . .) la conscience (consciousness) proprement

aussi bien que l'awareness,

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Cette conscience renvoie inéluctablement à « l'ici et maintenant » cher aux Gestaltistes. Après avoir traversé une période (dont
on ne saurait épicurien, tration imputer la responsabilité à nos seuls fondateurs) hédoniste à reconnaître où cet ici-maintenant était réduit à un prétexte pseudo-

chacun s'accorde désormais

que cette cen-

sur l'ici-maintenant

n'est pas un déni du passé ou de l'avesont en quelque (l'orientation sorte repliés dans le tournée vers l'avenir), (le pré-

nir mais que passé et futur maintenant. aborder retentio le présent: (l'orientation protentio

Ceci rejoint les concepts dont Husserl fait usage pour qui concerne le passé), praesentatio

sent actuel).

Ainsi le « here and now» cher à Peris se complète-t-il chez Goodman avec un «.. .and next». Ici et maintenant et ensuite. Ici et maintenant tendus vers le futur immédiat. Si le Gestalt-thérapeute est à cepoint soucieux du déploiement de la Gestalt à partir d'un enracinement dans la fonction-ça du se/j; n'est-il pas en mesure de reconnaître cette « tension vers » inhérente aux concepts de pulsion, d'appétit, de besoin, de désir? Dans ce contexte, l'abord de la conscience et de l'élargissement du champ de conscience s'oriente de façon résolument temporelle. J'utiliserai ici une métaphore proposée par Ernst Bloch, philosophe d'Allemagne de l'Est qui publia à lafin des années cinquante:
« Leprincipe

espérance », véritable philosophie du

«

next

»

enplus

de 1600 pages. Comparons le champ de conscience à une unité de temps comme celle que constitue une journée de 24 heures. La nuit pourrait figurer l'inconscient, ou non-conscient, et le jour le conscient. Deux moments savèrent particulièrement intéressants pour le psychothérapeute: laube et le crépuscule. Le pas-encore-conscient et le plus-très-conscient. Les marges (marg;ns), les franges (fringes), chères à w: James ou à A. Gurwitsch. Le psychothérapeute qui s'intéresse à l'inconscient (ou qui cherche à rendre l'inconscient conscient, pour dire les chose sommairement) aura un mode de pensée de type « crépusculaire », centré sur cette phase où le refoulement opère sur les matériaux du jour pour les faire rejoindre la nuit. Le psychothérapeute qui se centre sur le
«

here-now

18

and next» trouvera dans « l'aurore» la temporalité qui ouvre à la clarté de la conscience et du contact. Dans les moments de pénombre qu'offrent la situation thérapeutique, la conception temporelle du self sur laquelle s'appuie le thérapeute détermine l'orientation du champ: now and yesterday'ou (now and next: Tout thérapeute qui cherche à aider son client à développer sa self-awareness centrera l'attention sur ces zones c/aires-obscures qüe sont les marges de la figure en conscience. En dehors de toUf, repère spatiotemporel, un individu' qui serait placé expérimentalement dans un temps d'entre-deux aurait bien des difficultés pour déterminer s'il s'agit d'aube ou de crépuscule. Sur quels critères a~tres que théoriques ou « idéologiques », le thérapeute orientera-t-il l'interaction thérapeutique vers une plongée dans la nuit ou plutôt vers plus de c/arté. On m'objectera que les deux directions n'ont rien d'incompatible, ce que je concède volontiers. Mon insistance, au travers de cette métaphore, n'est qu'une incitation à mieux temporaliser l'expérience, à tenter d'apprivoiser le temps en tant que paramètre du

self
La Gestalt-thérapie a fait son entrée en France au début des années soixante-dix, sous une forme qu'on peut regarder aujourd'hui comme erratique et empirique. Elle était l'expressi()n de l'onde de choc des années californiennes qui avaient permis, ..\!J,rase de rejet b de toute référence théorique, au pire, ou d'un synchrétisme simplificateur, au mieux, d'ouvrir le champ psychothérapeutique à un renouvellement nécessaire. Certains restent aujourd'hui fixés à ces déviances soixante-huitardes et continuent de promouvoir une « Gestalt» art de vivre, une « Gestalt» que la communauté professionnelle s'acharne à récuser ou à dénigrer, à juste titre. Cette approche s'apparente plus à une pratique de développement personnel de type« newage » quâ une démarche thérapeutique enracinée dans une théorie, une méthodologie et une éthique qui associent rigueur et créativité. Nous sommes quelques uns à avoir très vite compris que, en deçà de cette démarche qui nous était offerte, résidaient probable-

19

ment une réflexion et un potentiel théorique de gra;lde qualité qui méritaient d'être remises à jour. Ce q"ui nous était présenté comme
«

absence de théorie» n'était qu'ignorance de la dite théorie, igno-

rance des pratiques cliniques poursuivies dans l'ombre pas certains despionniers qui avaient contribué à l'élaboration du projet « princeps ». Bien entendu, sa diffusion restreinte et sa jeune histoire ne mettaient pas à notre disposition une littérature abondante comparable à l'œuvre de Freud, de Jung ou même de Reich. Peu a été fait, beaucoup reste à faire mais l'ouverture du champ peut mobiliser une excitation créatrice d'autant plus grande. Notre plaisir est aussi soutenu par le constat que les tendances lesplus contemporaines de la psychanalyse et de la psychothérapie ne font que développer, la plupart du temps sans le savoir, certaines des intuitions premières de la Gestalt-thérapie déjà vieilles d'un cinquantaine d'années. Cela devrait suffire à nous convaincre de la pertinence de notre approche et de la nécessité de poursuivre l'œuvre entreprise et prématurément interrompue.

Malgré notre amour pour la peinture Prendre un tube de vert, r étaler sur la page, ce n'est pas faire un pré. Ils naissent autrement. Ils sourdent de la page. Encore faut-il que ce soit page brune. Préparons donc la page où puisse naître une vérité qui soit verte Car enfin nous le savons bien. La nature aussitôt avec autorité nous le rappelle: Prendre un tube de vert... Il Y faut r espace de récriture, de l'inscription, Et que le temps nécessaire à la parole, à l'élocution, y soit mIS. Francis PONGE La fabrique du pré

1.

LA GESTALT-THERAPIE, PROTOTYPE DE LA PSYCHOTHERAPIE DE DEMAIN

L~ Gestalt-thérapie est un système théorique et méthodologique composite issu de la psychanalyse, de la Gestalt-psychologie et de la phénoménologie, y compris dans certaines de ses extensions du côté des existentialismes. Ces différents constituants de notre héritage se sont assemblés en une configuration nouvelle qui, vraisemblablement, nous apparaît comme une Gestalt claire, cohérente, prégnante. Nous savons tous que la définition même d'une Gestalt implique le fait que la totalité, la configuration globale est différente de la somme des parties, qu'elle est douée de caractéristiques distinctes des caractéristiques des parties qui la constituent. En même temps, nous savons que cette configuration globale ri est pas indépendante des éléments qui président à son élaboration. Je crois qu'il n'est pas sans intérêt de considérer la façon dont ces éléments s'associent puisque c'est dans ce comment que réside le germe structural de notre présent et, par là, de notre projection sur le futur. Il y a essentiellement une démarche d'accumulation et d'assimilation. Lavancement théorique et méthodologique progresse 23

rarement en rejetant les acquis antérieurs, mais bien plutôt en les reprenant, en les réinterprétant, en les critiquant, en considérant les manques, en ramassant les copea~ et matériaux abandonnés en cours de route par les prédécesseurs. Cette accumulation est donc une accumulation dialectique tan t au niveau de la théorie que de la méthode et de la pratique. La démarche dialectique implique le conflit des différences et ne cherche pas à n'importe quel prix l'intégration, encore moins l'intégration prématurée. Cette démarche ne s'opère pas sans tensions: on connaît les difficultés rencontrées. par Binswanger pour élaborer une psychanalyse à l'enseigne de la phénoménologie, on connaît les anathèmes lancés par les Gestalt-psychologues en direction des fondateurs de la Gestalt-thérapie qui s'appropriaient certains de leurs concepts, on connaît les dérives dites « humanistes» de r adoption par la psychiatrie ou la psychothérapie des existen tialismes de ce siècle. . . On connaît les résultats des annexions du biologique par le psychologique ou du psycholog~que par le biologique, du sociologique par le psychologique ou du psychologique par le sociologique etc., chaque discipline prétendant, dans un souci hégémonique, offrir un système pan-explicatif qui, bien entendu, ne se révèle être qu'un réductionnisme appauvrissant. Or certaines épistémologies de notre fin de XXOsiècle nous invitent à la « pensée complexe ». Qui dit « pensée complexe» postule l'existence d'un « objet complexe », c'est à dire d'un objet situé à l'intersection de problématiques différentes. [Homme relève, par excellence, d'un tel positionnement et, par voie de conséquence, la psychothérapie relève d'une multiplicité de domaines possibles: du langagier à l'émotionnel, du corporel au social, de rinteractionnel au spirituel, de l'économique à rhistorique, de r animalité au psychique. .. PerIs et Goodman, à une époque où il n'était pas encore question de « pensée cOiID\plexe , ont posé dès l'origine de la » Gestalt-thérapie la nécessité de « considérer cha~1ueproblème
_

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dans un champ social, animal et physique» l, même si, pour des raisons d'ordre opératoire, il peut s'avérer nécessaire de procéder par abstractions successives, c'est à dire d'abstraire telle ou telle partie du tout, à des fins d'étude ou d'action, pour ensuite l'y replacer. [abstraction fondamentale qu'ils attribuent à la psychologie, une des « sciences sociales et biologiques qui, toutes, traitent des différentes interactions dans le champ organisme-environnement » 2 limite son domaine spécifique à l'étude de « l'opération de la frontière-contact dans le champ organisme-

environnement

» 3.

Si on accepte cette définition et cette limitation de notre domaine à l'intersection de divers domaines spi~cifiques, cela signifie que, pour nombre de connaissances indispensables ou prétendument indispensables à l'exercice de la psychothérapie, nous aurons à faire appel à d'autres disciplines et à dialectiser leur contribution avec la spécificité de la nôtre. Pour retrouver la complexité, il nous faut d'abord remédier à la disjonction fondamentale introduite par Descartes: le sujet pensant (ego cogitans) et la chose étendue (resextensa). C'est cette disjonction qui, en fonctionnant comme paradigme depuis le XVIIO siècle, a séparé la philosophie et la science et a « isolé les trois grands champs- de la connaissance scientifique: la physique, la biologie, la science de l'homme» 4. Pour remédier à cette disjonction, une autre simplification s'est opérée au fil du temps: la réduction. Réduction du complexe au simple, réduction de l'humain au biologique ou au psychologique, réduction du psychologique au pulsionnel ou au sexuel, etc. Pour remédier au réductionnisme, un courant tout aussi simplificateur -du moins dans certaines de ses formes- s)est fait jour, par opposition: le « holisme », cher à certains Gestaltistes) fondé sur le concept de globalité ou de totalité. PerIs et Goodman ont pourtant attiré notre attention sur ces mots de Kurt
Lewin5 : .

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