Guérir la guerre

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À partir de son expérience de psychothérapeute engagé dans la guerre, l'auteur démontre la nécessité, mais aussi la créativité, d'un accueil et d'un chemin avec tous ces migrants et leurs enfants là-bas dans la guerre ou ici, lorsqu'ils tentent de poser leurs valises. Ce beau livre nous aide à penser l'accueil sans condition. L'approche ethnosystémique narrative développée par Natale Losi à Rome s'adresse aussi bien aux migrants qu'aux non-migrants. Il propose ce nom pour conjuguer approche systémique et ethnopsychiatrique. Il a ajouté « narrative » pour insister sur le récit intime et singulier nécessaire et je trouve cette dénomination assez convaincante, elle y ajoute une dimension précieuse pour le travail clinique.
Publié le : vendredi 1 avril 2016
Lecture(s) : 4
EAN13 : 9782140006357
Nombre de pages : 225
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Natale Losi
GUÉRIR LA GUERRE
DES RÉCITS QUI SOIGNENT LES BLESSURES DE LÂME expériences d’un psychothérapeute
AVANT-PROPOS,Marie-Rose Moro
L’Harmattan 5-7 rue de L’École Polytechnique 75005 Paris
Pour accéder à la vidéoIl Corpo Esiliato (Le Corps Exilé) qui accompagne le chap. I, veuillez consulter le site : www.etnopsi.it/ilcorpoesiliato
Traduction de l’italien et mise en page réalisées par L’Harmattan Italia
www.editions-harmattan.fr
© L’Harmattan, Paris, 2016 ISBN: 978-2-336-30756-5
© pour l’édition originale intituléeGuarire la guerra. Storie che curano le ferite dell’anima. Esperienze di uno psicoterapeuta, L’Harmattan Italia, 2015
SOMMAIRE
Avant-Propos,Marie-Rose Moro
Préface
I.Kosovo. Du « Post Traumatic Stress Disorder » (PTSD) à la pensée « Ethno-Systémique-Narrative » (ESN) : Sunnavere et ses cauchemars
II.Palestine : la famille du mur
III.Colombie : enterrer les morts pour soigner les vivants
IV.Travaux en cours : soigner les traumatismes des demandeurs d’asile en Italie
V.Traumatismes et constellations de la violence dans une perspective ethno-systémique-narrative
Notes
Références bibliographiques
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À ma femme CAROL, témoin de nombreuses guerres, et à ma famille étendue
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JE SOUHAITE REMERCIER: RENOSK. PAPADOPOULOSet TOBIENATHAN, desquels j’ai beau-coup appris ; mon fils MICHELEet ANNAFASCENDINI, pour leur travail réali-sé au Kosovo et pour la vidéoIl Corpo Esiliato (Le Corps Exilé)mentionnée à plusieurs reprises dans cet ouvrage (www.etnopsi.it/ilcorpoesiliato) ; mon fils DAVIDE, qui m’a beaucoup aidé en Palestine ; IRENEFASSINIet mon fils ALVISE, pour l’image de couverture ; ma fille SARA, qui est arrivée d’un pays en guerre ; les enseignants et les élèves de la Scuola Etno-Sistemico-Narrativa de Rome ; notamment : NOEMIGALLEANI, BARBARA MATTIOLI, ANGELAROMANO, ANNALISASUTERAet VALENTINA ZAMBON, pour les récits insérés dans le chap. IV.(N.L.)
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AVANT-PROPOS Vouloir guérir la guerre…
Marie-Rose Moro professeure de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, Université de Paris-Descartes (Sorbonne Paris-Cité) ; chef de service à l’hôpital Cochin (Maison de Solenn - Maison des adolescents) ; psychanalyste et directrice de la revue transculturelleL’autre(www.marierosemoro.fr)
Vouloir guérir la guerre est à la fois ambitieux, utopiste et pro-fondément modeste, car on sait la tâche à recommencer éternelle-ment ! Tel est sans doute Natale Losi dans sa furieuse envie de comprendre la guerre pour épargner ceux qui la subissent et même, peut être, éviter de la faire ou, en tous cas, guérir ceux qui la subissent dans les pays en guerre ou en Italie où les migrants cherchent à se réfugier, comme dans toute l’Europe. L’approche ethno-systémique-narrative développée par Natale Losi à Rome s’adresse aussi bien aux migrants qu’aux non-migrants. Il propose ce nom pour conjuguer approche « systé-mique » et « ethnopsychiatrique ». Natale Losi a ajouté « narra-tive » pour insister sur le récit intime et singulier nécessaire et je trouve cette dénomination assez convaincante, elle y ajoute une dimension précieuse pour le travail clinique. D’autres cliniciens et chercheurs vont dans ce même sens en Europe, et cherchent à associer l’approche ethnopsychiatrique et systémique comme par exemple Tahar Abal dans l’équipe transculturelle de l’hôpital Avicenne dans la banlieue parisienne (www.clinique-transcultu-relle.org). Natale Losi cherche des entrées universelles du récit comme la différence des générations, la différence des sexes, le rapport humbles / puissants que l’on trouve de manière presque systéma-tique dans la clinique transculturelle et il y ajoute le rapport entre le monde visible et invisible (les vivants et les morts mais aussi, sans doute, les humains et les génies par exemple). Les migrants sont donc d’abord des êtres qui produisent des récits singuliers et, en cela, ils ne sont pas des représentants de leurs cultures, dénon-ce-t-il, position réductrice dans laquelle on les confine parfois,
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mais des êtres précieux et singuliers qui déroulent une histoire individuelle, familiale et collective dont nous avons cruellement besoin, pas seulement pour les soigner, mais tout simplement pour la nécessité de la rencontre. Accueillir ceux qui viennent d’ailleurs, accueillir les différen-ces, cela ne va pas de soi, si on en croit les réactions actuelles face aux migrants qui fuient la guerre et qui arrivent en Europe. Si on en croit les discriminations de toutes sortes, les peurs... À partir de son expérience de psychothérapeute engagé dans la guerre, Natale Losi démontre la nécessité, mais aussi la créativi-té, d’un accueil et d’un chemin avec tous ces migrants et leurs enfants là-bas dans la guerre ou ici, lorsqu’ils tentent de poser leurs valises. Ce beau livre nous aide à penser l’accueil sans condition comme le préconisait Jacques Derrida ou un accueil qui permet de se raconter de nouvelles histoires comme l’a théorisé Paul Ricœur. Des mots, des histoires, des mondes partagés, nous avons tout à gagner, à accepter ces histoires et à les transformer en de nouvel-les opportunités pour tous !
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PRÉ
FACE
« La guerre nous est tombée sur la tête d’un coup et nous a pris au dépourvu, en nous lais-sant muets. Aujourd’hui encore, je ne com-prends pas si je suis plus outré par la fureur des agresseurs ou par l’indolence et la sottise des secouristes » (1).
La fille : Ça veut dire quoi « objectif » ? Le père : Ça veut dire regarder très attentivement les choses qu’on choisit de regarder. La fille : Ça me semble sensé. Seulement, comment font les gens objectifs pour choisir les choses sur lesquelles ils veulent être objec-tifs ? Le père : C’est simple, ils choisissent ce sur quoi il est facile d’être objectif. La fille : Tu veux dire, facile pour eux ? Le père : Oui. La fille : Mais comment savent-ils que c’est justement ça, les choses faciles ? Le père : Je suppose qu’ils en essaient plusieurs et que finalement ils trouvent par l’expérience. La fille : Alors c’est un choix « subjectif ». Le père : Oui. Toute expérience est subjective. La fille : En plus, ici, elle est humaine et subjective. Ils décident les éléments du comportement animal sur lesquels ils vont être objectifs, à partir d’une expérience une expérience subjective humaine. Or, tu disais que l’anthropomorphisme est une mauvaise chose ? Le père : Bien sûr, mais ils essayent vraiment d’être inhumains. (GREGORYBATESON,Métalogues, p. 64)
Pour ceux qui, comme moi, sont nés en Europe après la secon-de guerre mondiale, l’éclatement des hostilités dans les Balkans a représenté une expérience inédite. Nous ne nous étions presque pas aperçus des autres conflits locaux, plus éloignés, peu exposés aux lumières des réflecteurs médiatiques et aux faibles moyens technologiques. Soudain, la guerre a été chez nous. J’ai entamé mon travail dans les zones de conflit en 1993, mais je n’en ai jamais écrit de manière systématique et, moins encore,
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autobiographique. J’étais probablement trop occupé et, en tout cas, il faut du temps pour mettre de l’ordre dans le chaos que pro-duit l’implication dans une guerre. Bien que participant comme secouriste, on devient, bon gré mal gré, partie prenante et un indi-ce de ce glissement, de cette tendance inévitable, est fourni par les émotions. La vulgate dominante considère les secouristes comme des figuressuper partes. Sur le terrain, en revanche, les émotions ne sont jamais si claires. Maintenant seulement je me rends compte des nuances de cer-taines émotions que j’ai ressenties sur place. Une pensée, une impression éprouvée à plusieurs reprises en particulier ; la douleur de ne pas pouvoir dire à mon père qu’il m’avait transmis des cho-ses importantes et que j’ai participais à des interventions dont il aurait été fier. Parfois, j’ai aussi eu une sensation de plénitude, en imaginant de disposer soit d’un vécu digne d’être transmis à mes enfants, soit d’histoires intéressantes, aventureuses, voire impor-tantes, à raconter à mes petits-enfants. Je me souvenais des rares occasions où mon père nous avait parlé du second conflit mondial. Il était très réservé, sur la ques-tion. Il se confiait uniquement suite à une sollicitation de la part de ma mère, lors d’une déception ou d’un désaveu provenant d’un individu, qu’il avait aidé jadis, pendant la guerre. Mon père était unanti-fasciste et unanti-partisan. Pendant le second conflit, sur la quarantaine, marié et père d’un fils (mon frère aîné), il n’avait pas été mobilisé. Paysan, il gérait son exploitation agricole dans le Lodigiano, en Lombardie. Pendant la seconde partie de la guer-re, il a accueilli et nourri, sans rien demander en échange, des dizaines de personnes, majoritairement des réfugiés de Milan et même des juifs. Ainsi, bien que n’ayant jamais partagé l’avis de mon père,anti-fasciste etanti-partisan, c’est-à-direanti-commu-niste, lorsqu’a éclaté la guerre dans les Balkans, j’ai réalisé, dans mon impréparation, que je jouais un rôle de « secouriste », comme lui. Il aurait été fier de moi, comme je le suis de lui. Mon implication dans le conflit en ex-Yougoslavie a suivi des phases distinctes et contiguës. À l’apparence, on pourrait croire qu’elles ont été planifiées de manière linéaire et stratégique, mais tout s’est passé par hasard. Au cours de la première étape (1993-94), concernant une mission conjointe des Ministères italiens des Affaires Étrangères et de l’Intérieur, en collaboration avec 10
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