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Guide de prévention et d'insertion dans le champ de la prostitution

De
212 pages
Quelles postures socio-éducatives peuvent favoriser l'insertion des personnes en situation de prostitution ou en risque de le devenir ? De quels outils, référentiels et modes d'intervention, les professionnels disposent-ils pour mieux conduire leur mission ? Quelle adaptation des pratiques doit être menée pour agir efficacement devant les nouvelles formes de prostitution ? Ce guide tente de répondre à ces interrogations avec l'objectif de contribuer à la professionnalisation du travail social dans ce secteur.
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Pratiques d’action éducative


Hamou HASNAOUI







Pratiques d’action éducative


Guide de prévention et d’insertion
dans le champ de la prostitution



















































Nous sommes conscients que quelques scories
subsistent dans cet ouvrage.
Vu l’utilité du contenu, nous prenons le risque de l’éditer ainsi
et comptons sur votre compréhension.






© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-54278-5
EAN : 9782296542785




« J'ai vu l'innocence volée et des rêves brisés.
J'ai vu bien plus que je n'aurais voulu en voir
et en supporter (...). »

Amély - James Koh Bela
Mon combat contre la prostitution. 2007.





« Que nous en soyons conscients ou non,
nous portons tous les deux versants du désir,
l'un qui glorifie la vie et le bonheur, l'autre qui,
pour assouvir nos pulsions, n'hésite pas à user
et à abuser de l'autre, sinon à le détruire. »

Max Chaleil
Prostitution, le désir mystifié. 2002.





















































Introduction



Ce guide est le résultat de plusieurs années d'observation,
d'analyse, de questionnent et d'évaluation des pratiques
d'accueil-accompagnement social de personnes en situation
de prostitution ou en risque de le devenir. Il se base sur
l'étude de situations et de parcours d'insertion concernant
plusieurs cohortes d'usagers (plus particulièrement des jeunes
adultes) et présente des synthèses thématiques relatives aux
différentes dimensions pouvant intervenir dans le processus
de prise en charge de cette population (dispositif, procédures,
postures, verbalisation, valeurs, environnement, évaluation,
identité, engagement, fixation, etc.). L'approche développée
ici est une approche psycho-sociale large intégrant des
références multiples : psychanalyse, psychologie, sociologie,
anthropologie, économie, politique, etc. Les synthèses
dégagées ne sont pas construites à partir de l'analyse de
quelques cas cliniques mais s'appuient sur un échantillon
d'observations assez représentatif de situations en lien avec la
prostitution (une moyenne de 150 nouvelles personnes
suivies par an ainsi que des illustrations de cas rapportés
régulièrement par les professionnels-stagiaires lors des cycles
de formation). Trois moyens d'investigation complémentaires
ont été utilisés pour formaliser ce guide :
- Les évaluations de situations menées en tant que cadre de
direction avec des équipes pluridisciplinaires pendant plus de
15 ans dans des services spécialisés en région parisienne
(ANRS Paris, Mouvement et Amicale du Nid 92).
7
- Le travail de recherche-action permanent amorcé en 1996
sur les facteurs et les mécanismes de cristallisation du risque
prostitutionnel (affinement des outils de repérage).
- Les sessions de formation et les débats animés dans le
cycle « travail social et prostitution » du Mouvement du Nid
depuis 1996 (capitalisation des pratiques et prise en compte
de l'évolution des questionnements des travailleurs sociaux).
Avant leur formalisation définitive, les recommandations
socio-éducatives dégagées dans ce guide ont été soumises à
l'épreuve de la réalité des accompagnements sociaux menés
au quotidien et leur validation a été recherchée à plusieurs
niveaux :
- Par la transcription éducative de la compréhension
théorique des problématiques et l'évaluation de la validité des
hypothèses d'intervention émises au regard des résultats
d'insertion obtenus.
- Par le travail d'élaboration partagé entrepris dans
l'institution (supervision analytique, évaluation croisée de
situations, écrits, rapports, etc.) ou à l'occasion de journées
de formation (débat contradictoire entre les professionnels de
différents secteurs).
- Par la référence à une posture de recherche-action
permanente qui nous permettait d'identifier les principaux
mécanismes de cristallisation en jeu (processus, facteurs,
sens, etc.) à travers la mise en œuvre des projets et des
démarches d'insertion des usagers.
- Par la contextualisation des accompagnements sociaux sur
le plan clinique (dimension factuelle, psychologique,
systémique et éthique) et socio-politique (pratiques
d'intervention et mesures sociales ayant produit des effets
probants sur l'insertion au niveau national ou international).
Une partie importante de ce travail va traiter du dispositif
institutionnel d'accompagnement social, des enjeux liés à la
construction de l'offre relationnelle et à la prise en compte
des demandes dites fondamentales ; elle tâchera de mettre en
valeur les pratiques de revalorisation psychosociale,
d'accompagnement de la construction identitaire et de soutien
8
dans les engagements susceptibles de favoriser une
dynamique d'insertion ; un intérêt sera également porté à
l'analyse des interférences de la souffrance psychologique
lourde, des appartenances socio-culturelles et des biais
d'évaluation de situations lors de la mise en œuvre des suivis
sociaux. Cette partie abordera ensuite la question centrale de
la restauration des valeurs éthiques, questionnement
incontournable du sens sur lequel va reposer la démarche
d'accompagnement social de personnes confrontées à la
prostitution.
Une deuxième partie mettra en valeur les mécanismes de
cristallisation qui nous semblent actifs dans l'émergence de la
problématique prostitutionnelle, par la présentation d'une
formalisation plus opérationnelle et moins généraliste que
celle apportée par l'approche en termes de facteurs de risque ;
une synthèse des mécanismes les plus récurrents permet au
professionnel de connaître rapidement les différentes formes
de transcription prostitutionnelle rencontrées chez les sujets.
La troisième partie sera consacrée à l'actualisation de la
liste des indicateurs de repérage de l'existence d'une activité
de prostitution ou d'un risque potentiel susceptibles d'être
utilisés lorsque les temps de rencontre avec les usagers sont
très courts (situations d'urgence sociale, absence de suivi
régulier, contraintes d'organisation du service, prévention de
rue, errance et mobilité importante des usagers, etc.)
La quatrième partie abordera la question de l'adaptation
des pratiques d'intervention face aux nouveaux enjeux
observés ces dernières années (jusqu'à fin 2010) : émergence
de nouvelles formes de prostitution, extension de l'usage des
NTC, transformation des modes de recrutement et de
contrainte, manque de coordination opérationnelle de terrain,
responsabilité du client, internationalisation des réseaux,
dégradation des conditions de vie des jeunes, activisme du
lobby règlementariste.
Enfin la dernière partie va identifier les principaux débats
et discours actuels entourant l'exercice de la prostitution dans
un contexte socio-politique, économique et culturel en plein
9
changement ; elle tentera de mettre en évidence les
hypocrisies, les confusions et les illusions encore présentes et
véhiculées de nos jours qui nous obligent à plus de vigilance
dans notre éthique professionnelle.

































10







1- LE DISPOSITIF D'ACCOMPAGNEMENT SOCIAL


Accueil ouvert non ''catégorisé'' prostitution pour les
usagers

La problématique de la prostitution véhicule de nos jours
tellement de « représentations sociales altérées, de préjugés et
de stigmates sociaux », souvent par méconnaissance des
publics reçus, que l'une des premières précautions à prendre
pour favoriser la démarche d'insertion est d'offrir aux usagers
visés un dispositif d'accueil-accompagnement dit ''ouvert'',
c'est-à-dire sans affichage spécifique préalable de la
prostitution sur le fronton du service ; par ce mode d'accueil,
nous contribuons à déconstruire cette représentation
collective de la figure de la personne prostituée comme
catégorie ''singulière à part'', enfermée dans des stéréotypes
''de déviance, d'anormalité ou de marginalité'' et support de
projection sociale de tabous et d'interdits sociaux. Il s'agit de
ne pas renforcer la stigmatisation sociale et institutionnelle
dont sont souvent victimes les personnes prostituées et, dans
le cas inverse, ne pas engendrer également des réactions
d'évitement ou des disparitions de personnes qui ne se
reconnaissent pas encore dans le fait de la prostitution
(situations de risque, de débrouille et de survie). Le sujet est
donc considéré d'abord comme une personne en difficulté
avant d'être classé dans la catégorie ''prostitué(e)''. Ainsi une
personne installée dans la prostitution, souhaitant changer sa
situation se trouvera d'emblée accueillie dans un cadre
normalisé (organisé avec une mixité sociale des publics
11
reçus) et pourra, par cette possibilité directe de ré-affiliation
sociale, découvrir et/ou retrouver une appartenance sociale
citoyenne normale.

Parmi les intentions éducatives possibles visées par un tel
dispositif d'accueil et de prise en charge, il s'agira selon les
situations de :
- Rencontrer et insérer des personnes qui ne sont pas en
mesure d'objectiver les situations de risque prostitutionnel, de
nommer ou de reconnaître la prostitution en leur donnant une
possibilité de trouver une écoute adaptée à leurs
problématiques (niveaux de cristallisation).
- Aider à la distanciation de l'environnement prostitutionnel
(discours, image, curiosité) et à la découverte d'autres
altérités identitaires en mixant les problématiques.
- Positionner l'intervention socio-éducative davantage sur une
logique d'insertion afin d'atténuer la prédominance de la
prostitution (identification positive aux dispositifs de
protection et d'insertion, engagement d'un effort de
renonciation, ouverture d'un champ de possibles, etc.).
- Réduire le risque d'attractivité d'une appartenance sociale
catégorielle, fonctionnant en ''circuit fermé'' (appartenance
communautaire, institution ghetto, ...).
- Éviter que des situations explosives (passages à l'acte,
violences verbales et physiques, conflits culturels, règlements
de compte, etc.) ou d'insécurité psychologique (dépression,
tentative de suicide, etc.) soient provoquées par "les effets-
miroir" d'histoires traumatiques souvent similaires réactivées
dans un espace de proximité.
- Réduire les "effets-pervers" induits par les admissions
fondées uniquement sur la spécificité ''prostitution'' (la
personne pensant qu'elle doit être, devenir ou s'afficher
prostituée pour bénéficier d'un suivi social).

L'efficacité d'un tel dispositif d'accueil-accompagnement
dépendra beaucoup de la qualité de la communication
institutionnelle (contenus et formes, supports utilisés, modes
12
de collaboration entre agents..) construite en amont des prises
en charges avec les partenaires-orienteurs potentiels ; dans ce
sens, l'accroche sociale et la rencontre du sujet avec
l'institution doivent être préparées bien avant (au moment ou
avant les appels). Ainsi, par exemple, par mesure de
prévention, une assistante scolaire va adresser une lycéenne
vulnérable à un service spécialisé en lui remettant une
plaquette d'informations spécifiant que celui-ci intervient
auprès de personnes prostituées ; en procédant de la sorte , il
y a de fortes chances que cette jeune fille n'ira pas au bout de
la démarche proposée. L'adaptation des dispositifs de prise en
charge aux différentes formes de prostitution et de risque est
donc une nécessité stratégique qui s'impose aux acteurs
sociaux ; celle-ci est d'autant plus urgente à réaliser que l'on
assiste de plus en plus à une transformation des modes
d'entrée et d'exercice dans la prostitution.

Adaptation des interventions aux stades de cristallisation
de la prostitution

Comme on le sait à présent, la problématique de la
prostitution n'apparait pas du jour au lendemain ; celle-ci ne
résulte pas d'un choix rationnel et prémédité qui se décide la
veille mais il va se cristalliser selon un processus souvent
inconscient et involontaire au départ ; évoluant par étapes, de
la phase pré-prostitutionnelle à la phase d'installation où elle
sera, à ce moment là, plus assumée, elle peut même persister
dans la phase de sortie (de réinsertion) succédant à un arrêt
de l'activité prostitutionnelle. A ces différentes phases
correspondent souvent des situations sociales spécifiques
(besoins, conduites, rapport aux institutions et aux milieux à
risques, dispositions d'insertion, niveau de fragilité, valeurs
de référence,..) impliquant une adaptation des interventions
sociales. Pour éviter que celles-ci ne soient pas trop décalées
par rapport aux possibilités réelles des sujets, il nous parait
judicieux que certaines postures et actions socio-éducatives
soient adoptées selon les phases :
13

- La phase pré - prostitutionnelle :
- La médiation sociale avec les familles et les proches.
- La verbalisation progressive sur le risque (la débrouille).
- Le montage de mesures de protection (mineurs et majeurs).
- La coordination renforcée avec les assistantes sociales.
- L'évaluation du projet d'insertion en concertation avec les
divers chargés d'insertion (mission locale, pôle emploi, etc.).
- La sensibilisation sur les rencontres fortuites douteuses, les
trajets et les zones à risques.
- L'accès à des activités de groupe accompagnées (loisirs,
sorties, théâtre...).

- La phase initiatique :
- La résolution des problèmes d'hébergement et d'instabilité
de la domiciliation.
- L'éloignement des emplois et des hébergements déguisés.
- La nomination et la prise de conscience des actes de
prostitution dans la survie, la débrouille, les relations
sociales et professionnelles.
- L'assouplissement des conditions de contractualisation
(tiraillement dans l'engagement, report de rendez-vous
d'admission, ambivalence entre insertion et prostitution, etc.).
- La distanciation des groupes et des zones à risques (trafic,
délinquance, toxicomanie...).
- L'orientation vers un soutien psychologique permettant de
réduire la confusion engendrée par la quête illusoire de
reconnaissance identitaire à travers la prostitution.

- La phase d'installation :
- La distanciation par rapport au marquage prostitutionnel
(sexualisation du discours, mise en scène des actes de
prostitution, apparence vestimentaire...).
- Le questionnement éthique sur le sens du recours à la
prostitution (réhabilitation des valeurs).
- Privilégier, si possible, le passage préalable par les accueils
de jour à bas seuil (sans prise de rendez-vous, sans
14
demande ou projet, urgence, etc.) avant de procéder à une
admission.
- L'utilisation de dispositifs de resocialisation (type EDI,
Espace solidarité) ou de réentraînement au travail (AAVA,
Chantier d'insertion...).
- Le questionnement sur les enjeux d'un choix d'existence
moins destructeur décidé de plein gré.
- La remise en lien avec les services sanitaires et médico-
sociaux (récupération de droits, soins, prévention santé,
hébergements thérapeutiques...).
- La mise en place d'un suivi psycho-thérapeutique, voire
psychiatrique et, si besoin, de mesures de protection pour
personnes vulnérables (Cotorep, Tutelle...).
- La clarification de la confusion entre les domaines privés et
publics (séparation des espaces).
- L'attribution d'un temps suffisant pour le changement de
références et la réparation psycho-sociale.
- La contenance des personnes par une coordination inter-
partenariale renforcée (en y associant le sujet).
- La recherche d'alternatives aux mécanismes de fixation
prostitutionnelle (soumission, marchandisation, dépendance,
sacrifice, légitimation...).

- La phase de consolidation de la sortie de prostitution :

- La protection et la sécurisation des victimes dans des lieux
sûrs et éloignés des lieux habituels de prostitution (type
accueil sécurisant).
- Le recours à la médiation socio-culturelle ou familiale
(personnes ressources ayant une légitimité au sein du groupe
des proches et dans la communauté).
- La résorption des difficultés financières liées à la baisse des
revenus engendrée par l'arrêt de l'activité de prostitution
(endettement fiscal).
- La réhabilitation des personnes dans leurs places et leurs
rôles familiaux (droits parentaux, liens avec la fratrie,
15
possibilité d'hébergement de proches, scolarisation des
enfants, rapport aux voisins ...).
- Le réapprentissage de nouvelles règles d'échange social
non-marchand.
- Soutenir la préservation de l'activité professionnelle
nouvelle par le maintien d'un accompagnement social de
suite (rechutes, confusion encore persistante entre service
sexuel et professionnel, retournement de traumatismes, etc.)

Rencontre d'une institution (incluant un travailleur
social) à l'initiative de la personne

Pour réunir les conditions d'une insertion assumée,
l'intervention socio-éducative doit se baser entièrement sur
une libre adhésion du sujet et requalifier celui-ci pour qu'il
soit le meilleur rapporteur de sa situation. Pour amorcer cette
insertion, la prise de rendez-vous doit privilégier le contact
direct par le demandeur, l'intervenant-orienteur externe
restant plus en retrait et la pratique de la demande préalable
''du rapport social de situation'' par le service ne doit pas être
systématique. Le but étant de favoriser l'expression du sujet
sur sa situation et de faciliter la construction d'un espace
d'individuation (réduction des effets de portage institutionnel
et de désengagement dans les actions).
Lors de l'entretien d'accueil, est signifié à la personne
qu'elle rencontre une institution (à travers son représentant) et
que l'accompagnement social proposé n'est pas réalisé par un
travailleur social préférentiel (choisi) ou irremplaçable (on
vient voir le service mais pas une personne particulière (il y a
une individualisation mais pas une privatisation du suivi).
La personne reçue est libre de s'engager ou pas autour
d'objectifs d'insertion négociés et posés ensemble. Elle est
mise en position d'investir un peu plus son désir de
changement par le seul fait qu'elle a pris la décision de nous
rencontrer, de quitter une situation insupportable (ce qui est
déjà en soi un effort considérable d'insertion).
16
Il y a une "offre de service à saisir" et par conséquent les
réadmissions systématiques, successives sont à éviter. Toute
demande de reprise de suivi social doit être soumise à une
validation institutionnelle. Cependant une possibilité doit être
envisageable pour les personnes ambivalentes et hésitantes
dans l'engagement, réorientées une première fois ou ayant
décroché du suivi pour des raisons indépendantes de leur
volonté.
Des objectifs adaptés aux spécificités du projet social du
service peuvent être visés :
- Favoriser la prise de responsabilité et l'engagement chez
les personnes (l'internalité).
- Mobiliser l'usager sur une "chance à saisir "car on ne peut
lui faire croire qu'on peut être tout le temps là.
- Donner une occasion d'insertion à plusieurs mais pas aux
mêmes « Je dois aussi laisser ma place aux autres ».
- Transmettre les valeurs de solidarité et d'équité.
- Éviter le retour d'échec sur les travailleurs sociaux.
- Aider à concevoir un "autre ailleurs", apprendre à gérer la
complexité des rapports sociaux (personnes et institutions).
- Ne pas "réduire" l'échange social (la rencontre) à la
commisération, l'amour, la pitié, etc.
- Éviter aux personnes suivies et aux professionnels d'être
captifs d'une relation ou d'un service d’accompagnement
social (dépendance).
- Poser une limite à la jouissance de comptes relationnels
non réglés (deuil de séparation).
- Resituer l'accompagnement social dans le contexte des
influences et des contraintes sociales pouvant s'exercer sur
des personnes vulnérables.
- Augmenter les capacités d'accroche du public-cible par le
service (couverture territoriale).

Institutionnalisation d'une fonction permanente de tiers

- Il est préférable que la phase d'admission (temps de la
contractualisation) s'effectue par un représentant de
17
l'institution (directeur ou chef de service) : représentant
symbolique de la loi, du cadre, des règles et de la protection.
C'est un temps fort de "considération sociale et de
responsabilisation personnelle" : reçu, respecté et écouté par
un responsable bien identifié. La possibilité de procéder à un
entretien d'accueil préalable par un travailleur social est une
option possible mais elle ne doit pas être confondue par le
sujet et l'intervenant avec l'admission proprement dite. C'est
une garantie éthique au bon déroulement de la prise en charge
(équité, rejet, fusion, surcharge, normalisation,..) et, par la
même occasion, un moyen de régulation des flux d'ensemble
des entrées-sorties (fluidité du dispositif d'accompagnement
social, pilotage de l'activité globale du service, ajustement
dans les attributions de suivis sociaux.).

- La permanence d'un regard croisé sur les situations est
assurée à partir de places différentes dans l'institution
dans le souci de créer d'abord une marge d'évolution
personnelle au sujet accueilli. Cette fonction de tiers doit
reposer également sur un travail d'évaluation collective des
projets d'insertion appuyée, lorsque cela est possible, par le
soutien d'un superviseur externe. Elle n'est pas incarnée par
une personne puisque portée par tous ; dans la mesure des
possibilités de l'institution, une évaluation triangulaire du
suivi social ''sujet- référent - institution'' doit être conduite à
différents stades de la prise en charge ; c'est la garantie de la
validation des ressources et des manques au niveau collectif
dans notre rapport à l'usager.

Cette fonction permanente de tiers institutionnel vise à :

- Garantir à l'usager un "espace de parole et d'expression"
dans l'institution, quelque soit sa problématique.
- Conserver une distance-équitable qui nous permet de
travailler. L'accompagnateur le plus impliqué dans la relation
(sujet au transfert) peut voir sa distance altérée dans le suivi
18
lorsqu'il n'y a plus la garantie d'une altérité effective,
ressource et protectrice.
- Offrir une contenance symbolique qui permet de "pallier"
les défaillances avérées des fonctions parentales (réhabiliter
l'institution).
- Intervenir avec une éthique relationnelle : ne pas nuire, ne
pas abuser, ne pas s'approprier, ne pas faire à l'insu de l'autre,
soutenir sans céder, sanctionner sans punir, etc.
- Ne pas perdre de vue les objectifs contractualisés et veiller
à apporter les ajustements nécessaires afin de rendre possible
leur réalisation pour chaque sujet.
- Garder une marge de manœuvre institutionnelle pour faire
évoluer nos postures et nos procédures d'intervention face
aux nouvelles interrogations amenées par les usagers.

Insertion par itération (par à-coups) contenue dans un
dispositif structuré

- On contractualise sur des objectifs (volet social,
professionnel, personnel) ou sur la clarification d'une
demande (absence de projet précis). Pour apprécier la
manière dont le sujet veut ou peut se saisir de l'offre d'aide
proposée et pour mettre en valeur les contributions attendues,
il est important de segmenter la prise en charge en phases :
construction du lien social dans les premières semaines,
évaluation intermédiaire, projection de phases plus actives
par séquences de deux à trois mois, phase de sortie et de
relais extérieur. Cette organisation permet aussi d'attribuer
une nouvelle dimension au temps qui doit être "compté" et
qui n'est pas donné de façon illimitée. La restitution de la
valeur du temps va aider les sujets à retrouver des repères
spatio-temporels perdus et à envisager une projection.

- La durée globale de la prise doit être adaptée à l'évolution
de la problématique rencontrée mais en tout cas avoir une
limite, d'abord symbolique, qui sera préparée et posée
progressivement dans la réalité ; elle ne devrait pas excéder
19
une durée moyenne de deux ans (sauf cas particulier) pour
éviter les phénomènes d'inertie et de dépendance (surtout
lorsqu'il n'y a aucune évolution perceptible du projet
d'insertion). Même s'il y a dorénavant une obligation dans la
loi 2002 de fixer les durées de prise en charge dans les livrets
d'accueil, le sujet ne doit pas la comprendre comme étant un
crédit d'accompagnement acquis d'avance. La durée du suivi
dépendra en fait de la problématique rencontrée, des objectifs
qui seront négociés et surtout du "sens de la collaboration
attribué" par l'usager à l'accompagnement social proposé.
- Les objectifs ne sont pas posés comme une fin intangible en
soi mais comme un moyen de questionnement, de découverte
du potentiel, de conscientisation et donc de progression. Les
incidents de parcours, les réussites et "ce qui peut être perçu
comme une mise en échec de notre contribution ou des
efforts fournis par le jeune" ont tous une valeur
d'expérimentation personnelle qu'il s'agit d'accompagner :
dédramatisation / revalorisation /distanciation / recadrage /
validation/ distanciation. Les significations accordées par la
personne à cet échange équitable posé par l'institution (à
l'admission et durant le suivi) sont donc plus décisives que la
possession de pré-requis d'insertion.

- Il y a une adaptation du mode d'intervention sociale selon le
niveau atteint dans la cristallisation de la problématique
prostitutionnelle ; selon les phases, l'accent sera mis sur
l'éloignement des groupes à risques, la résorption des
questions d'urgence, le projet professionnel, la prise en
compte de la santé, la récupération des droits, l'hébergement,
l'écoute psychologique, le lien familial ou social, etc... Cette
possibilité d'expérimentation et de construction d'un parcours
d'insertion non linéaire implique pour l'institution un coût
psycho-social et économique sans que l'accrochage dans le
suivi et/ou une finalisation socio-professionnelle soient
assurés (exemple : rendez-vous non honoré, hébergement
non occupé, aide matérielle mal utilisée, méfiance vis-à-vis
des professionnels, ambivalence dans l’engagement...). De
20
même qu'on se rendra compte aussi que des usagers accueillis
ne relèvent pas finalement de la problématique.

Garantir un processus d'admission institutionnalisé basé
sur l’implication réciproque

- L'entretien d’admission fait partie intégrante d’un
processus d’admission institutionnalisé ; celui-ci s'amorce à
l'accueil physique ou téléphonique et se conclut par la
signature du contrat d’insertion avec le chef de service ou le
directeur. Afin de maintenir une altérité opérante dans
l'admission, le responsable-accueillant n'a pas la charge
directe du suivi social de la personne reçue mais celle de
faire émerger avec l'usager les enjeux d'un éventuel
engagement dans un accompagnement. Il a la responsabilité
politique de l'attribution des prises en charge qui lui permet
aussi d'assurer une régulation du flux d'entrée et d'adapter les
compétences professionnelles existantes aux problématiques
rencontrées pour faciliter l'accroche sociale.

- L'entretien d'admission est en principe conduit selon une
approche dite « politique » c'est-à-dire centrée davantage sur
la mise en valeur des contributions du sujet, des
considérations et des enjeux liés à l'engagement d'insertion
que sur la dimension de la clinique éducative
(transférentielle) qui, elle, relève de l'accompagnement social
quotidien. En effet, c'est sur les questions de droits et de
devoirs, de significations attribuées à la rencontre et de
volonté à changer que peut être fondée une proposition de
suivi, mais pas sur le type de parcours de vie du sujet. Le
désir de changement (et de renonciation aux conduites
destructrices) doit rester le moteur dynamique de l'évolution
personnelle ; c'est essentiellement sur lui que va s'appuyer la
prise en compte des besoins et des demandes sociales de
façon objective pour prendre un sens.

21