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Guillaume de Lorris et le testament d'Alphonse de Poitiers

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La biographie est peut-être, parmi les diverses branches de l’histoire, celle dont le développement a subi le plus de lenteur. Il semble pourtant quelle veuille, de nos jours, regagner tous ces retards et marcher dans une voie de progrès rapides, pour la forme ainsi que pour le fond.

Sans manquer à la gratitude qui est due aux œuvres de nos prédécesseurs, il est juste de reconnaître que leurs recueils biographiques, généralement très-écourtés, se copient servilement les uns les autres et qu’ils reproduisent, avec un respect par trop scrupuleux, les erreurs des devanciers dont ils se gardent bien de réparer les omissions.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

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Louis Jarry

Guillaume de Lorris et le testament d'Alphonse de Poitiers

I

Les biographies d’autrefois et d’aujourd’hui

La biographie est peut-être, parmi les diverses branches de l’histoire, celle dont le développement a subi le plus de lenteur. Il semble pourtant quelle veuille, de nos jours, regagner tous ces retards et marcher dans une voie de progrès rapides, pour la forme ainsi que pour le fond.

Sans manquer à la gratitude qui est due aux œuvres de nos prédécesseurs, il est juste de reconnaître que leurs recueils biographiques, généralement très-écourtés, se copient servilement les uns les autres et qu’ils reproduisent, avec un respect par trop scrupuleux, les erreurs des devanciers dont ils se gardent bien de réparer les omissions.

Si l’on s’attache, de préférence, aux ouvrages consacrés à la vie d’un seul personnage, même et surtout, dirai-je, au siècle dernier, on se heurte contre un fatras insupportable où quelques renseignements utiles sont noyés au milieu de belles périodes et de, digressions prétendues philosophiques ou historiques. Les unes et les autres se rattachent au sujet principal par un fil si léger qu’on le perd facilement et qu’on ne le retrouve guère que pour s’égarer de nouveau.

Les sources auxquelles ont puisé les anciens auteurs ne sont pas indiquées et il n’y a pas lieu de le regretter, car ce sont trop souvent des recueils d’anas et des mémoires plus ou moins apocryphes. Quant aux dates, elles sont d’un vague désespérant ou très-inexactes si l’on a eu, ce qui est rare, l’intention de les préciser. Il ne faut pas chercher dans ces travaux les détails intimes, dont on est si curieux à la fois et si prodigue aujourd’hui. La critique, le goût, la simplicité, en sont également bannis et remplacés fréquemment par les défauts contraires.

Ce tableau est peu flatteur ; mais je le crois vrai. J’ajouterai bien volontiers qu’il existe d’honorables et nombreuses exceptions ; par exemple, la bibliothèque française de La Croix-du-Maine et du Verdier et les biographies écrites par les Bénédictins. Il faut y joindre les recueils de Michaud et de Didot, quelques biographies provinciales, d’autres toutes spéciales comme la France protestante ; des vies de saints ou de dévôts personnages écrites par des auteurs dont quelques-uns, parmi les plus estimés, sont justement revendiqués par l’Orléanais ; surtout, certains modèles du genre publiés par la Bibliothèque de l’Ecole des Chartes.

Cette Ecole, en effet, a pris la tête du mouvement et a vaillamment contribué à la transformation de la méthode, en poussant jusqu’à leur dernière limite les moyens d’investigation et en appliquant aux résultats obtenus les procédés de la plus sévère critique,

Mais plus elle donne, plus on lui demande. On ne se contente pas maintenant d’étudier le personnage qui intéresse, ses œuvres, ses actions et tout ce qui se rapporte directement à lui. On veut encore connaître sa famille, ses amis, les hommes, le pays et le temps au milieu desquels s’est écoulée sa vie, en élargissant toujours davantage le cadre primitif.

Et ce n’est point là une pure satisfaction de curiosité. Puisque le théâtre, œuvre d’imagination par excellence, cherche et obtient souvent l’illusion par l’observation des lois de l’unité, par l’étude des caractères, par la reproduction exacte, jusqu’à la minutie, des costumes, des décors, des accessoires ; n’est-il pas juste que l’historien, dont la première et la plus haute aspiration doit être d’atteindre la vérité même, se substitue à ses héros par une incarnation si intime qu’il semble avoir vécu leur propre vie ?

Afin d’atteindre ce but, de satisfaire toutes ces exigences, que de longues et pénibles recherches dans les registres d’état-civil, dans les minutes de notaires, dans les recueils de correspondances, dans les comptes, dans les fonds d’archives de toute sorte, pour ne parler que des manuscrits !

Il est néanmoins une époque qui paraît se dérober avec un soin jaloux à l’enquête scientifique. Elle nous a légué beaucoup de grandes choses et peu de noms, des œuvres au cachet puissant, mais sans signature. Les hommes de ce temps se rapetissent comme à plaisir. Les architectes se qualifient de maçons, tout au plus maîtres des œuvres de maçonnerie, les sculpteurs sont des tailleurs de pierre ou des imagiers de fust, les peintres s’appellent écrivains.

Et cependant ils ont construit ces superbes cathédrales, fouillé ces naïves statues, fondu ces vitraux inimitables, couvert de tableaux achevés le vélin des manuscrits. Leurs monnaies et les sceaux ont un grand caractère ; rien enfin de ce qu’ils nous ont laissé, jusqu’à leurs instruments, jusqu’aux menus ustensiles de ménage, ne manque ni de style ni d’une certaine noblesse. Qui connaît pourtant les noms de ces merveilleux ouvriers ? Et lorsque, par exception, ces noms parviennent jusqu’à nous, qui peut se flatter d’indiquer la patrie du personnage, d’éclaircir sa filiation, d’établir son état-civil, de préciser, fût-ce en quelques lignes, les principaux faits de son existence ?

Et de même pour les œuvres de la pensée, pour ces chansons de geste imitées dans toute l’Europe, pour ces fabliaux empruntés, mais non surpassés, par les conteurs de tous les temps, pour ces chroniques presque toutes anonymes.

Il semble vraiment qu’on fût alors aussi amateur de l’obscurité qu’on s’est montré depuis ambitieux d’une célébrité éclatante.

Cette époque, est-il besoin de le dire, c’est le moyen-âge, à l’étude duquel se consacrent précisément les élèves de l’Ecole des Chartes. Le mystère même dont s’enveloppe cette période de notre histoire exerce sur eux une puissante attraction : le charme de l’inconnu ; et ils se dévouent à déchirer des voiles épaissis, pour ainsi dire, par le dédain de plusieurs siècles.

Mais ici, les sources indiquées tout-à-l’heure font défaut sur plusieurs points : pas de registres d’état-civil, bien entendu, ni de minutes de notaires. La tâche est donc ardue ; et il faut tenir compte de toutes les découvertes.

D’ailleurs, toutes sont précieuses ; puisque la révélation d’un nom d’auteur ouvre un nouveau champ aux recherches et que la publication d’un seul fait précis, appuyé de preuves et par conséquent indiscutable, met à néant les systemes légèrement conçus des anciens biographes. En ces matières, il est plus important de détruire une erreur que de répéter des vérités déjà connues.

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