Haïti de la crise à l'occupation

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La crise politique qui avait pris naissance avec les élections de mai 2000 a détruit, en l'espace de six ans, c'est-à-dire jusqu'en 2006, la quasi-totalité du système fonctionnel de l'État haïtien qui, aujourd'hui encore, tente sa survie en tant qu'État, grâce au soutien de la Communauté internationale et particulièrement des États de l'Amérique latine et des Caraïbes à travers la MINUSTAH. Dans ce second tome, l'auteur tente, faits à l'appui, de mettre les acteurs devant leurs contradictions et leurs responsabilités face à l'Histoire.
Publié le : samedi 1 octobre 2011
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EAN13 : 9782296471139
Nombre de pages : 254
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Haïti de la criseàloccupation
Relecture : Yopane Thiao Mise en page : Lunide Perrin
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© LýHarmattan, 2009 5-7, rue de lýEcole polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56414-5 EAN : 9782296564145
Wiener Kerns FLEURIMOND
Haïti de la criseàlýoccupation
Histoire dýun chaos (2004-2005)
TOME2
LESTECHNOCRATES AU POUVOIR
Préface du Dr Jean Metellus
Du mêmeauteur chez le même éditeur
- Haïti de la crise à loccupation. Histoire d’un chaos (2005-2006), Tome 3,Paris, Editions L’Harmattan, 2011.
- Haïti de la crise à l’occupation. Histoire d’un chaos (2000-2004), Tome 1,Paris, Editions LHarmattan, 2009.
- Haïti 1804-2004, Le bicentenaire dune révolution oubliée, Paris, Editions LHarmattan, 2005.
- La Communauté haïtienne de France, dix ans dHistoire (1991-2001), Paris, Editions LHarmattan, 2003.
Du même auteur chez dýautres éditeurs
- De la communauté internationale : rôle et influence dans la transition démocratique haïtienne, Editions Anibwé, Paris, 2008.
- Haïti, A Slave Revolution, 200 Years After 1804, ouvrage collectif, New-York, International Action Center, 2004.
- Lettres ouvertes à Dessalines, ouvrage collectif, Paris, Dauphin Noir Edition, 2004.
À mon père Jacques Antoine Fleurimond
Préface
1 Avant de présenter l¶ouvrage en trois tomes prévu à l¶origine en deux, de Wiener Kerns FleurimondHaïti de la crise à l’occupation, Histoire d’un chaos (2000-2006), il importe de rappeler aux lecteurs certaines vérités. Haïti, État-nation né en 1804 dans l¶hémisphère américain juste après les États-Unis d¶Amérique, procéda à trois révolutions simultanées : abolition de l¶esclavage (1793-1804), proclamation de l¶indépendance nationale et accès des cultivateurs à la propriété. En inaugurant l¶ère des indépendances américaines, en devenant le berceau du panaméricanisme, Haïti, première, pionnière et unique dans les annales d¶un Occident pris de court par un ancien peuple d¶esclaves, aida toute l¶Amérique latine à se libérer, apparaissant comme un « phare » selon l¶Abbé Grégoire, et « une lumière » selon Victor Hugo, pratiquant avant la lettre une sorte de révolution culturelle avec le Dr Jean Price Mars qui mit à l¶honneur le terme « nègre » dans son ouvrageAinsi parla l’oncle. En suscitant ainsi pionniers et chantres fiers de leur négritude, Haïti a franchi suffisamment d¶interdits pour mériter aujourd¶hui une place dans le concert des nations qui refusent de se rappeler que le parlement haïtien est l¶un des plus anciens du monde moderne, comme le souligne Mirlande Manigat dans son essaiEntre les normes et les réalités. Le Parlement haïtien(1806-2007). Après la Grande-Bretagne, après la France dont l¶Assemblée nationale est créée en 1791, à une époque oùl¶Allemagne et l¶Italie n¶ont pas encore effectué leur unité territoriale et politique, le Sénat se met en place en Haïti en 1807 ; sur le continent américain, seuls les États-Unis avaient élu un Sénat, toute l¶Amérique latine et anglophone était encore régie par des lois et des institutions coloniales, l¶Afrique, le Moyen-Orient et l¶Asie ne se distinguaient pas à cet égard. Au milieu de toutes les difficultés que traverse Haïti, c¶est un devoir patriotique de rappeler ces événements pour que les jeunes y puisent l¶énergie d¶un renouveau. Cette courte préface ne prétend pas recenser plus de mille cinq cent pages de documents, de données objectives, d¶événements, présentés dans leur simple chronologie avec une grande clarté, mais souhaite donner au lecteur l¶envie de se plonger dans ce texte qui relate avec chaleur et précision six années de la vie politique haïtienne, cruciales pour l¶avenir de notre pays. Le livre de Fleurimond commence en mai 2000, au moment oùsont organisées des élections législatives, dont le déroulement est entaché de nombreuses irrégularités : l¶opposition n¶obtient aucun siège et débute alors une grave crise politique. En novembre 2000, après l¶élection présidentielle, l¶opposition se durcit, continue à contester les résultats des législatives et refuse de reconnaître l¶élection de M. Jean-Bertrand Aristide. D¶entrée de jeu, l¶auteur pointe du doigt la responsabilité de la Communauté internationale dans les
1 Tome 1 (2000-2004), tome 2 (2004-2005), tome 3 (2005-2006).
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tensions qui suivirent ces deuxélections.«En jetant de lhuile sur une crise qui pouvait se résoudre par un consensus entre les protagonistes haïtiens, les ambassades et les missionsétrangères à Port-au-Prince portèrent une lourde responsabilitédans le pourrissement de cet imbroglio politique et aussi dans la décadence et la descente aux enfers de ce pays qui sapprêtait à célébrer le bicentenaire de la liberté.»(Tome 1). Cest par le recours aux groupes armés que sachève en février 2004 cette crise provoquant loccupation militaire du pays. «Le processus pour une réoccupation de la terre dHaïti avait commencé dès le lendemain de la chute de Jean-Claude Duvalier à partir de la première élection manquée de la Ruelle VaillantÓLa percée louverturienne du professeur Leslie F. Manigat, quelques mois plus tard lors de l¶élection organisée par les militaires, aéténon seulement incomprise par la classe politique haïtienne, mais mal comprise par une population manipulée à outrance par des chefs politiques dont la devise, connue de tous,était :«moi ou le chaos»(Tome 1). Fleurimond semble mettre en garde les principaux acteurs de cette période contre une maladie bien haïtienne quon pourrait appeler«la présidentialite». Mais hélas ! Comme on le sait, les Haïtiens ne sont pas les seuls àêtre affectés ou infectés par ce démon, lobsession de la première place, le besoin de la visibilité absolue. Lauteur analyse avec luciditél¶évolution de lopposition au président Jean-Bertrand Aristide : dabord rassemblée dans le mouvement intituléConvergence démocratiquequi réunit lOPL. dirigée par Gérard Pierre Charles, leRDNPdirigépar Leslie F. Manigat, lePANPRAdirigépar Serge Gilles, leKONAKONdirigépar Evans Paul (K.Plum) et dautres groupements politiques plus ou moins structurés. Mais selon Wiener Kerns Fleurimond, cetteConvergence démocratiquese présente comme«une Arche de Noé »où entre qui le souhaite à condition de connaître le mot de passe résuméen une formule lapidaire : non à Aristide. Le professeur Leslie F. Manigat, dans un communiquédatant du 2 avril 2002, décide de claquer la porte à laConvergence démocratiquedénonçant «lambiguïtéqui consiste à affirmer publiquement et contradictoirement dun côtéquAristide avec son régimeLavalasdoit partir incessamment grâce à une large mobilisation, et de lautre, quon est daccord pour reprendre, sous conditions, les négociations en vue dun compromis de partage du pouvoir avec lui»(Tome 1). Il crée alors lUnion patriotiqueau sein de laquelle il est le seul ténor. Aristide assiste réjoui à ce démembrement de laConvergence démocratique, la seule opposition valable, et entreprend devant la presse de dénoncer la corruption d¶État alors quil donne lui-même lexemple de lenrichissement personnel et rapide tout en endormant le peuple avec de beaux discours bibliques sur la vertu et la probité.«Depuis plus dune décennie, les partis, coalitions et mouvements politiques pullulent en Haïti sans jamais parvenir à mettre en place une organisation sérieuse dotée d¶éléments crédibles
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et de structures démocratiques leur permettant daccéder au pouvoir sans tricherie, doùla crise politique sans fin que traverse le pays. Mais à chaque tentative de la Communautéinternationale de mettre le régime Lavalas en difficulté, cest de lopposition que venait le secours pour un pouvoir à bout de souffle. Comment en effet renverser un régime quand son opposition se morcelle en multiples fragments et que le chef de fragment se voit président de la République. Voilà ce qui fut le principal drame de lopposition haïtienne face au président Aristide en 2002»(Tome 1).LUnion patriotiquedu professeur Leslie F. Manigat mal vue par laConvergencene peut rien résoudre et pourtant le bilan dAristide II est désastreux. Tous les maux qui affectaient le pays depuis longtemps sont intensifiés : la pénurie, le chômage, lanalphabétisme, la corruption, linsécurité, le narcotrafic, les violences, les vols, les viols, la pollution, le clientélisme, la surpopulation, les institutions bafouées, linjustice, la décomposition de lenvironnement. Comment sortir de ce bourbier ? Tous les besoins sont urgents, la situation politique a changé, mais les hommes politiques ont les mêmes tares que leurs prédécesseurs, ils nont pas changé. Fleurimond aurait pu prendre à son compte le constat de Claude Moïse dansLa Croix et la Bannière:«Portépar lhistoire, Aristide est arrivéau bon moment. Mais il a dérivé. Le mouvement de lhistoire portait laspiration à la démocratie, à la réorganisation du pays, à sa modernisation, à sa mise en piste pour prendre la route du développement. De ce mouvementémergeait la possibilitéconcrète de réalisation de ces aspirations. Il eût fallu pour cela des individus, des dirigeants dotés dune vision cohérente, capables dinterpréter correctement la mutation en cours, de mettre enªuvre une politique conséquente et des stratégies adéquates. Tel nest pas le cas dAristide. Sa plus grande faute est de ne pasêtre un homme d¶État.» Aristide a bien vu que le démembrement de laConvergenceaccompagnédu recrutement de Prosper Avril et de lentrée en campagne contre lui de la bourgeoisie haïtienne signaient la fin dune opposition structurée et le mettaient en quelque sorte au-dessus des partis. Mais il na pas su tirer les conséquences de cesévénements. Cest à cette période que naît leGroupe des 184et Wiener Kerns Fleurimond met enévidence avec une grande pertinence lambiguïtédes mobiles de ce groupe qui se réclame de la Sociétécivile :«Il ne sagit pas dune association de secouristes volontaires mais dun mouvement politique, pur et dur, en concurrence avec laConvergence démocratique, capable dorganiser des manifestations non violentes, efficaces en termes de retombée médiatique»: les activités dApaid et de son groupe provoquent la colère des partisans dAristide, doùune publicitégratuite pour ce groupe, alors que, vu le nombre de participants venus à la rencontre de laCaravane de l’Espoirdans des villes comme Le Cap-Haïtien ou Les Cayes, ces manifestations constituaient un simpleévénement local.
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Le socle duGroupe des 184Apaiddirigé par Andréjunior ne laisse planer aucun mystère sur lappartenance idéologique de ses membres. Et ce conglomérat casse aussi un mythe en Haïti, celui de la Sociétécivile, ce terme utilisépour mieux embobiner la population et la Communautéinternationale. Car ce jargon est un parfait camouflage dans les pays du Tiers-Monde, plus encore en Haïti, pour ceux qui veulent faire de la politique sans se compromettre, et au passage, ramasser un maximum dargent sur le plan international, grâce à des organisations trompe-l¶ªil ne servant que lintérêt de leurs propriétaires. Que trouvait-on au sein duGroupe des 184? Lassociation des entrepreneurs haïtiens, les patrons des principaux médias haïtiens, certaines organisations se déclarant des droits humains et la plus emblématique, lassociation des industriels haïtiens, celle-là même qui portait à bout de bras les militaires pendant les trois ans du régime de terreur du général Cédras. Or, il se trouve quil y avait encore des gens à CitéSoleil et même ailleurs qui navaient pas oubliéle nom dAndréApaid père à l¶époque président de lassociation des industriels haïtiens et grand argentier des bourreaux des victimes de ce bidonville. Si lon voulait changer les choses, il faudrait dire la vérité. En ce mois doctobre 2003, en Haïti, rien nallait plus. Selon la presse nationale haïtienne, dite indépendante, les jours du président Jean-Bertrand Aristide au Palais national sont comptés tant le peuple réclame son départ. Mais cette même presse claironne haut et fort que le président de la République est partout.ÀlONU, pour lAssemblée générale de linstitution, dans les villes de province, entre autres à Grand-Goâve, pour une banale fête patronale où, comme à son habitude, il promet à la population venue lacclamer, monts et merveilles avant la célébration du bicentenaire. Naturellement, Aristide ne doit pas occuper encore longtemps son fauteuil de chef dÉtat. Car personne, et surtout pas la Communautéinternationale, ne veut lui adresser la parole. Mais bizarrement, il reçoit en grande pompe les lettres de créance du nouvel ambassadeur de France, Thierry Burkard, et quelques jours plus tard, celles de Peter Black, dailleurs dorigine haïtienne, ambassadeur de la Jamaïque. Trois jours auparavant, plusieurs gouvernements dAfrique et des Caraïbes er confirment leur volontéde prendre part aux céréjanvier 2004.monies du 1 Mais, même avec tout ceci, le président Aristide semble sur le départ, si on se contente de lire ou d¶écouter les médias haïtiens. Le problème est que les partis ou les mouvements politiques se replient complètement sur eux-mêmes, laissant le champ libre aux chefs de bandes ou aux organisations populaires pour occuper le terrain politique. Parallèlement, le Comitéindépendant de réflexion et de propositions sur les relations franco-haïtiennes, pilotépar le philosophe Régis Debray, rend son rapport commandépar le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin. Ce rapport fait couler beaucoup dencre et de salive dans le microcosme politique, en Haïti, et surtout dans la diaspora haïtienne, particulièrement en France. En quelques mots, le président du Comitéprend soin, à la page quatre,
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