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Handicap mental et technique du psychodrame

De
152 pages
Bilan d'une vingtaine d'années de pratique psychodramatique ce livre interroge la notion de handicap et remet en question la débilité. En séance, c'est-à-dire sur une autre scène que celle de la vie quotidienne, à notre grand étonnement, ces personnes ne paraissent plus "débiles"! L'auteur nous fait découvrir une démarche psychothérapeutique dont l'expérience nous offre un regard différent et nous révèle une "terra incognita". La relation à l'autre, vécu comme étrange voire étranger, est repensée.
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HANDICAP MENTAL ET TECHNIQUE DU PSYCHODRAME

Psycho - logiques Collection fondée par Philippe Brenot et dirigée par Alain Brun
Sans exclusives ni frontières, les logiques président au fonctionnement psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho - logiques.

Alhoussein DIA, La psychiatrie au pays des marabouts (Mauritanie),2008. Bernadette MATTAEUR, Procréation, IVG et maltraitance, 2007. Jean-Curt KELLER, La méthode thérapeutique de Palo Alto, 2007 . Colette LHOMME-RIGAUD, Exils et troubles de la pensée, 2007. Giselle HlERSE, Le féminin et la langue étrangère, 2007. Michel DÉGRANGE, Petit livre noir des psychothérapies américaines en France, 2007. Béatrice BOURDIN, Mylène HUBIN-GA YTE, Barbara LE DRIANT et Luc V ANDROMME, Les troubles du développement chez l'enfant. Prévention et prise en charge, 2007 Françoise GOSSELIN et Philippe VIARD, L'État et les psychothérapies, 2006 Michel LANDRY, Du déclin de la pensée critique au triomphe de la psychiatrie, 2006. René SOULA YROL, La spiritualité de l'enfant, 2006. Joseph C. ZINKER, Le thérapeute en tant qu'artiste, 2006.

2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-05107-2 EAN : 9782296051072

Jacques MICHELET

HANDICAP MENTAL ET TECHNIQUE DU PSYCHODRAME

L'Harmattan

A Dany, Chloé et Florian

Préface du Dr. Pierre Fontaine:

Au début des années 1960, le psychodrame apparaît en Belgique et dès le début il est pratiqué, par les psychodramatistes de La Verveine, avec des personnes handicapées mentales et/ou motrices. A cette époque se révélait un nouvel intérêt pour la personne handicapée mentale. Sous la pression des parents et avec l'aide de professionnels se créent associations, externats, petits internats, ateliers protégés, scoutisme pour handicapés, etc. Et l'handicapé est vu autrement, plus comme une personne, comme un acteur dans la société. Ainsi, parmi ceux qui, alors, se formaient au psychodrame plusieurs travaillaient avec des personnes handicapées. Dès qu'ils s'étaient suffisamment exercés entre eux à l'animation du psychodrame, ils voulurent l'utiliser dans leur pratique professionnelle. Ils l'employèrent dans leur travail institutionnel avec des personnes handicapées afin de leur donner de nouvelles possibilités d'expression et de croissance, et aussi parce qu'en institution, il était beaucoup plus facile de constituer des groupes et de les maintenir. Au début nous avons travaillé avec des groupes d'adolescents handicapés mentaux légers, et cela nous a déjà mené à diverses adaptations de la méthode psychodramatique classique. Les premières communications à des congrès furent bien accueillies. Ainsi Tosquelles publia un commentaire élogieux concernant celle que nous avions faite, avec plusieurs collaborateurs, à Barcelone en 1966. Dans la suite le psychodrame fut également employé en thérapie individuelle, en consultation, en situation de crise, en

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life space interview (Redl). Parallèlement, dans la supervision du personnel éducateur, s'occupant d'enfants handicapés mentaux, on utilisa le jeu de rôle.
Dans les années 1970-80, le psychodrame s'étend dans les institutions pour handicapés modérés et même plus sévèrement handicapés ou autistiques. Ceci se réalise soit directement au départ d'un psychodramatiste qui y travaille et veut y organiser des séances de psychodrame, soit parce que l'équipe de professionnels avait voulu y faciliter la possibilité d'expression des personnes handicapées mentales et avait organisé, par exemple, des ateliers logopédiques avec jeu de rôle ou des ateliers théâtraux et qu'on a cherché l'aide d'un psychothérapeute psychodramatiste devant ce qu'on découvrait comme besoins profonds quand les personnes handicapées , . . s expmnalen t. Ainsi sont nées des équipes "mixtes" de psychodramatistes. Mixtes dans le sens que les séances étaient menées par deux animateurs comme d'habitude à La Verveine (un ou deux stagiaires peuvent s'y joindre), mais dont un est intérieur et l'autre extérieur. En effet, une personne travaillant dans l'institution et connaissant bien les enfants, remplissait pendant quelques heures par semaine le rôle de psychodramatiste, tandis que l'autre personne était extérieure à l'institution et en animant le psychodrame pouvait dire "je ne te comprends pas bien, explique-toi", et pouvait ainsi aider à construire un regard neuf sur les participants. Je désire rendre hommage à la créativité, et au sens clinique des ces praticiens que j'ai parfois eu le plaisir d'accompagner en supervision sur le terrain, ou en groupe et qui ont rendu possible cette extension des possibilités de psychodrame à des groupes de personnes beaucoup plus atteintes.

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Les résultats étaient bons, parfois très bons à notre avis. Ceci nous a incité à continuer. Les personnes handicapées mentales, comme nous tous, peuvent vivre des difficultés psychiques dans le développement de leur personne ou dans leurs relations affectives importantes, mais elles ont du mal à se faire comprendre, et nous, tout psy que nous sommes, avons du mal à les comprendre. Non seulement leur vocabulaire est plus réduit, mais il peut y avoir aussi l'attihlde aidante mais surprotectrice d'adultes qui pour faciliter la communication ont tendance à parler à leur place, à mettre en avant les sentiments qu'on devrait avoir, à parler des côtés heure~"X:de leur existence et à ne pas toucher aux questions plus problématiques de leur vie, comme par exemple manier l'ambivalence envers des personnes importantes dans leur vie. En psychodrame, la personne s'exprime verbalement, mais aussi corporellement par une représentation qui la replace dans une situation vécue et son contexte. Entre parole et mimique une synergie s'installe Le psychodrame fait du patient, objet de soins, un sujet auteur et acteur de la scène jouée et au delà, espérons-nous, de sa vie. Le psychodrame peut être employé individuellement dans des situations aiguës urgentes. Souvent il traite de problèmes journaliers d'un groupe de personnes dont certaines sont actuellement très actives, mais d'autres peuvent rester quasiment spectatrices pendant un an, ou même plus, mais semblent évoluer intérieurement. Pour l'équipe qui accompagne la personne handicapée, psychodrame aide souvent à une meilleure compréhension sentiments profonds, de questions essentielles. le de

Jacques Michelet, psychologue et psychothérapeute, auteur du présent livre, a activement participé depuis environ vingt ans au travail décrit. Ce qu'il veut présenter, ce sont ses découvertes

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de personnes handicapées mentales à travers sa pratique de psychodrame. Il leur donne la parole, et à travers quelques mots seulement, leur quête est mise en relief. De cette façon Béatrice, Etienne, Nahomée, Maurice et les autres participent à ce livre. Nul doute que l'on découvre ICI une démarche psychothérapeutique dont la pratique soutenue par une réflexion théorique, clinique, nous offre un regard différent sur la personne handicapée mentale et qui invite à une rencontre. Je voudrais, pour terminer cette préface, laisser aussi la parole à une participante d'un groupe assez varié de personnes handicapées adultes que Jacques Michelet a co-animé vers 1982. Elle avait, je crois, pu expliquer à un nouveau venu, ce qu'est le psychodrame et quelles en étaient les règles. Elle pouvait écrire et avait ensuite noté huit pages dans un carnet principalement avec les règles du psychodrame (secret, participation, liberté, ..). Elle avait donné par la suite ces feuillets à un des animateurs. Nous laissons tomber cette partie sur les règles, et reproduisons uniquement le commencement et la fin où elle dit quelque chose de ce qu'est le psychodrame pour elle:

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Ces quelques

phrases

ont été écrites

par SOLANGE

Professeur

PIERRE

FONTAINE Il

Préface personnelle:

« Ce que je suis je ne le sais pas, donc je ne peux en parler; ce que je sais je ne le suis pas, ou mieux j'ai cessé de l'être, et je ne peux donc pas le connaître en sa flagrante vérité. Et pourtant, dans ce va-et-vient perpétuel de l'un à l'autre, dans ce paradoxe d'une science-étincelle que seule la coïncidence non viable du positif et du négatif rend possible, dans cette impossible possibilité où l'obstacle qui empêche est contradictoirement l'organe même de la possibilité, nous finissons par recueillir des bribes, des miettes de savoir, des clignotements lumineux qui constituent notre savoir le plus précieux, précisément parce que ce n'est pas un «savoir»: la tangence de l'intuition avec l'intangible a elle-même des suites intangibles; c'est une introduction qui n'introduit à rien, une rencontre sans lendemain ni conséquences visibles; et le seul message qu'elle nous laisse est non pas un enrichissement, mais je ne sais quoi d'informulable, un impondérable effleurement; et cet effleurement sans stigmates visibles aura après coup transformé notre vie ».

La métaphore de l'étincelle,par VLADIMIR in «Quelque part dans l'inachevé».

JANKELEVITCH

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Introduction

Une séance de psychodrame se déroule, comme une valse, en trois temps. Le premier temps donne l'élan. Il constitue une phase d'échauffement, d'assouplissement physique et mental. Le second temps consiste en un jeu psychodramatique, une mise en scène dramatisée et cadrée. Le troisième temps se caractérise par une analyse ainsi que par les échos verbalisés de chacun. Mon expérience d'une vingtaine d'années de pratique, partagée avec différents co-thérapeutes, m'a donné l'envie de transmettre mon vécu, mes observations et surtout les résultats ., . que J al pu constater. Je considère le psychodrame, à la fois, comme une psychothérapie et une pédagogie des relations. A ce niveau, le regard posé par l'animateur s'avère essentiel. Il suffit parfois d'une étincelle pour retrouver de l'espoir ! Ce que j'ai appris, je le dois surtout aux personnes handicapées mentales. Je pense que celles-ci vivent dans un univers mal connu. Par ce livre, j'espère dévoiler, faire connaître cette «terra incognita ». Dans un premier chapitre j'ai voulu interroger la notion de handicap mental avec toutes ses implications au niveau des représentations tant diagnostiques que théoriques. Existe-t-il une « débilité» effective? Quelles sont les représentations sémiologiques de l'insuffisance mentale? Comment pouvons-nous définir le handicap mental et envisager son avenir ?

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Le deuxième chapitre met en relief des concepts-clés dont celui de la rencontre,à l'interface de l'aire du groupe et de l'aire du Jeu; celui de la .rymbolisation et des demandes. C'est grâce au dispositif psychodramatique, au cadre institué que la personne handicapée mentale prendra progressivement une place sensée ou sa souffrance pourra être exprimée, entendue et ne plus être perdue dans le réel. La conception éthique du thérapeute est également développée ici dans l'engagement de sa pratique. Parcourant le chapitre suivant le lecteur va retrouver « cet être de langage », au travers d'un aperçu de quelques séances très représentatives et signifiantes. Nous passerons d'un « j'ai rien à dire » (p.76) à « t'étais pas là toi! » (p.46) et «pourquoi tu viens ici toi?» en passant par « je parle! » (p.50). Le chapitre quatre, au cœur de cet ouvrage, révèle le corps du psychodrame et celui de la personne handicapée mentale. Les principales techniques très spécifiques y sont développées. En résumé, le psychodramatiste tente d'y actualiser le passé antérieur dans le présent pour rendre un futur possible. Un geste, un mouvement corporel, une grimace, un cri peuvent exprimer une phrase entière. L'œil du thérapeute se transforme alors en oreille. Le travail sur l'image du corps permet une construction du sujet. Il établit une meilleure relation de l'organisme à la réalité. Cette relation est souvent affectée d'angoisses archaïques. Le dessin constitue, à ce titre, un excellent révélateur et médiateur non-verbal car il en permet l'expression symbolique. Le chapitre cinq établit le rapport de la personne au handicap et ce dans le langage métaphorique. Le lecteur y découvrira le sens qu'a le handicap pour certaines personnes. Confronté à l'inévitable question du transfert, au sixième chapitre, le psychothérapeute tente d'analyser les projections ainsi que les identifications dans leur massivité. La

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problématique singulière du patient se transporte j'appellerais un « espace transférentiel ».

dans ce que

Le septième et dernier chapitre dévoile ce qui est en jeu dans le psychodrame et ce qui situe la psychothérapie proprement dite. La question du jeu, clé de voûte du psychodrame, s'y trouve abordée dans ses multiples implications. Auprès de personnes vivant avec un handicap mental, nous réalisons combien le psychodrame, par son support à l'expression personnelle, constitue une indication première.

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CHAPITRE 1 : Représentations diagnostiques l'insuffisance mentale: 1. Représentations diagnostiques du handicap mental et de

du handicap mental:

1.1 Conception du diagnostic ou du « dit» agnostique:
Le mot « diagnostic» dérive du terme grec « diagnôsis» qui signifie «discernement ». Si le diagnostic, en tant qu'objet de connaissance, est nécessaire parce qu'il permet une meilleure approche des souffrances de l'être humain, il n'en reste pas moins insuffisant. Si la diagnose est une connaissance qui s'acquiert par l'observation des signes diagnostiques, il semble que ceux-ci ne rendent compte que d'une partie du champ d'expérience de la santé et des altérations de celle-ci. «Si je dis de quelqu'un qu'il est «schizo », je formule du même mouvement un processus qui se passe en moi. Le diagnostic est toujours une interprétation de celui qui l'énonce. Ne croit-on pas trop vite savoir? On ne se demande pas souvent quel est le diagnostic que le «malade» fait de son psychiatre ».1 Un diagnostic psychiatrique produit sa propre réalité et, avec celleci, ses propres effets. «Une caractéristique implicite des diagnostics psychiatriques veut que les troubles mentaux aient leur origine dans l'individu et seulement rarement dans l'ensemble des stimuli qui l'environnent. Par conséquent, les comportements que l'environnement provoque chez le patient sont habituellement attribués à sa maladie ».2 L'approche constructiviste, pour y faire référence, au sein de l'orthodoxie psychiatrique classique modifie la conception de la réalité. Nous détaillerons ultérieurement davantage le concept de « réalité » (chapitre 2, p.51-53) dans ses définitions plurielles. La question du diagnostic renvoie, également, à celle de la
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J. Florence, « Ouvertures psychanalytiques », p 220.

2 Idem, p. 142.

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