Harvest

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Je suis maintenant seul. Seul avec mon cendrier plein et mes canettes de bière vides.

J'attends le retour de Mary. Mais Mary ne viendra pas. Plus jamais.

Lise a appelé mais je n'ai pas répondu. J'ai vu son numéro s'afficher et j'ai eu peur. Peur de je ne sais quoi.

Harvest tourne en boucle sur la platine. C'est comme un doux murmure dans le creux de mon oreille. Comme le soupir d'une femme après l'amour. À la fois une espérance et une fin.

Il faut tenir pour aller jusqu'au bout.

Mais jusqu'au bout de quoi ?


Publié le : mercredi 27 janvier 2016
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EAN13 : 9782334058575
Nombre de pages : 140
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Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-05855-1

 

© Edilivre, 2016

 

 

Ce livre n’est en aucun cas une autobiographie.

Mais il constitue éventuellement un témoignage.

Ou encore une allégorie.

 

Will I see you give

More than I can take ?

Will I only harvest some ?

As the days fly past

Will we lose our grasp

Or fuse it in the sun ?

Did she wake you up

to tell you that

It was only a change of plan ?

Dream up, dream up,

let me fill your cup

With the promise of a man.

Harvest-Neil Young

Chapitre 1

Elle est partie le 29 décembre.

Elle me l’avait annoncé la veille au soir, alors que nous dînions en silence dans la cuisine. Tandis que nous avalions lentement notre soupe, sans même nous regarder, elle avait simplement dit :

– Je pars demain matin.

– Comment tu vas faire ?

– Des amis viennent m’aider. Ils seront là vers 9 heures.

Puis elle s’était levée, avait lentement posé son assiette, son verre et ses couverts dans l’évier, avant de disparaître dans sa chambre. Comme tous les soirs depuis deux mois.

Je m’étais servi un énième verre de rosé que j’avais dégusté tout en fumant une cigarette.

J’avais jeté un coup d’œil rapide aux cartons entassés dans le couloir ; deux semaines maintenant qu’elle préparait son déménagement, que tous les soirs elle vidait les placards et les tiroirs et entassait tout en vrac dans de gros cartons récupérés çà et là. D’où venaient-ils ? Je l’ignorais. Deux mois sans la moindre parole, sans le moindre regard, deux mois sans rien, sans plus rien, sinon cette tension insupportable entre deux êtres qui s’étaient aimés mais qui, aujourd’hui, ne se supportaient plus.

J’ai fait la vaisselle. J’entendais à travers la cloison la télévision dans sa chambre. Elle était sans doute assise sur son lit, à passer des textos ou à surfer sur internet. Elle avait allumé la télévision comme d’habitude. Elle ne la regardait pas, ne l’écoutait pas, l’entendait à peine. C’était sans doute plus une présence qu’autre chose.

Il était à peine 22 heures quand je me suis couché. Dans la chambre d’amis, comme depuis deux mois. J’ai déplié le canapé-lit et je me suis allongé, sans même me déshabiller. J’avais encore envie de fumer. De boire un peu aussi.

J’ai repensé à notre histoire qui avait commencé un an et demi plus tôt. Et comment elle finissait aujourd’hui. Dans l’indifférence. J’aurais préféré la haine. J’aurais aimé les conflits, les scènes, les insultes. Mais il était déjà trop tard. Plus aucun sentiment n’existait entre nous.

Je me suis endormi comme ça. En rêvant de je-ne-sais-quoi, abruti par l’alcool, le tabac et la triste nouvelle de son départ définitif.

Je me suis réveillé tôt, vers 5 heures. J’avais la bouche pâteuse et les yeux qui collaient. Un sentiment d’angoisse m’a étreint. Tout allait s’achever aujourd’hui. Je suis resté un moment au lit, mes vêtements collant à ma peau. Je fixais le plafond, notre plafond, mon plafond maintenant. C’est drôle comme les choses changent quand les êtres partent…

Après un café serré, je suis allé fumer sur le balcon. Il faisait encore nuit, mais le temps était doux. Je pouvais apercevoir de gros nuages noirs à travers la lumière jaunâtre des réverbères. Toujours cette peur au ventre, cette peur de la perdre. C’est idiot, me suis-je dit, je l’ai perdu depuis longtemps, nous nous sommes perdus tous les deux, sans marche arrière possible.

J’ai vu un trait de lumière à travers son volet et j’ai su qu’elle était réveillée. Il était 6 h 40. Et déjà la télévision. Comme un signe de sa présence qui s’éteindrait bientôt à jamais.

Nous nous sommes croisés deux fois dans le couloir. Mon regard était vide, le sien était absent. Deux zombies qui finalisent leur danse tribale. Dans quelques heures, tout serait fini.

– Qui vient ? ai-je demandé.

– Des amis.

– Nos amis ?

– Nous n’avons plus d’amis communs maintenant.

Josée, Patricia et Arthur venaient. Ils étaient en effet ses amis. Pour moi, ils n’étaient que des connaissances. Les amis de ma copine. Ils n’étaient dorénavant plus rien pour moi et je n’étais plus rien pour eux.

Ils sont arrivés vers 9 heures Je les ai sentis gênés en me voyant. On s’est embrassé quand même. Du bout des lèvres. Arthur avait amené des couvertures « pour emballer les meubles » précisa-t-il.

Ils ont commencé à s’affairer, prendre les cartons, transporter les meubles. La télévision marchait encore.

Je me suis dit que je ne pouvais rester là, planté à ne rien faire. J’ai pris mon manteau et j’ai prétexté une visite à la compagnie d’assurances. Un rendez-vous oublié. N’importe quoi, mais n’importe quoi qui me permette de sortir d’ici, de ne pas voir dix-huit mois de ma vie partir dans un petit camion vert garé en bas de la rue.

J’ai passé une heure dans un petit bar, à cinq minutes à peine de l’appartement. J’ai bu plusieurs cafés, fait semblant de lire le journal local, tripoté plusieurs fois mon téléphone portable. Tout ça pour m’occuper. Puis je suis allé faire une balade sur le grand boulevard. Le ciel s’était éclairci, et il faisait chaud pour la saison. Je consultais ma montre toutes les cinq minutes. Je ne voulais pas rentrer trop tôt pour ne pas les voir, mais pas trop tard, pour l’apercevoir, elle.

Je suis rentré vers 11 heures trente. L’appartement était à moitié vide. Il ne restait que mes meubles. Un canapé, un meuble hi-fi avec la chaîne stéréo, un buffet, une table demi-lune dans le salon. Deux tables de chevet dans ce qui avait été notre chambre. Le canapé-lit de la chambre d’amis. Un réfrigérateur, un four à micro-ondes, une machine à laver, une table et deux chaises dans la cuisine.

J’ai alors entendu une clé dans la serrure et je suis allé voir dans le couloir. Elle était là.

– Juste quelques petites affaires à prendre encore, dit-elle.

– Un fer à repasser ?

– Il ne marche pas, je te le laisse.

– Une cafetière ?

– Elle fuit, garde-la !

Elle a pris un grand sac en toile, qui traînait dans un coin.

– Maintenant c’est fini, a-t-elle lâché.

– Oui. Le déménagement s’est bien passé ?

– Oui. Merci.

Nous nous sommes regardés, sans doute pour la dernière fois, sûrement pour la première fois depuis deux mois.

– Je regrette, ai-je dit.

– Moi aussi.

Elle s’est dirigée vers la porte d’entrée et m’a rendu les clés de l’appartement.

Elle est sortie, la porte a claqué.

J’étais seul.

Chapitre 2

Les placards étaient presque vides. Quelques assiettes, trois verres, des couverts. Mais une incroyable batterie de casseroles que mes parents m’avaient donnée.

J’ai continué à faire le tour de cet appartement, de mon appartement. Mon pèse-personne avait disparu, mais ses verres à whisky étaient bien là. Le fer à repasser et la vieille cafetière étaient posés au milieu du couloir. J’ai envoyé un texto à ma mère pour la prévenir que dorénavant je vivrai seul.

 

J’ai ouvert le réfrigérateur : un steak, de la moutarde. Je suis allé chercher une vieille plaque électrique au fond d’un placard. J’ai mangé en pleurant.

Ma mère a appelé vers 14 heures.

– Mary est partie ?

– Oui maman.

– Tu tiens le choc ? Tu vas bien ?

– Ça va aller, ne t’inquiète donc pas.

– Tu as un lit au moins pour dormir ?

– J’ai le vieux canapé, ça ira.

– Va acheter tout ce qu’il te faut. Je t’envoie de l’argent.

Mes parents s’inquiètent toujours pour moi. À tort ou à raison. J’ai plus de cinquante ans, mais je continue à être leur petit enfant. Par moments, c’est à la fois touchant et réconfortant. Mais c’est souvent pénible à supporter.

Elle a continué à parler. Surtout faire une liste de ce qu’il manque. As-tu un aspirateur ? Un fer à repasser ? (oui, un vieux qui ne marche pas.). Veux-tu venir nous voir ? Quand nous verrons-nous ? Appelle, si tu as besoin de quelque chose. Ne fais pas de bêtises, cette femme n’en vaut pas la peine.

Puis elle a embrayé sur les voisins. Leurs amis. Les nouvelles de la famille. Je m’en suis finalement débarrassé après quarante-cinq minutes de conversation à quasi sens unique. J’ai promis tout et n’importe quoi. Je voulais surtout être seul, tranquille.

Ensuite j’ai pris une douche et j’ai décidé d’établir la liste des choses manquantes : un lit, un lampadaire, un aspirateur, un fer à repasser et sa table. J’ai repoussé l’idée d’acheter une télévision tout de suite. J’irai la choisir avec les enfants quand ils viendraient.

Vers 16 heures, je suis parti dans la grande zone commerciale. Je suis rapidement tombé sur un magasin de déstockage de literie. J’ai choisi à toute vitesse l’ensemble sommier/matelas le moins cher et j’ai insisté pour être livré le plus tôt possible. Demain matin, m’a assuré le vendeur. J’ai laissé mon adresse, payé et je suis reparti aussi vite.

Le lampadaire fut plus difficile à trouver. Tout me semblait horriblement cher. J’ai finalement opté pour un machin chinois en papier, genre gros ver blanc dressé, pour 79 euros. Il fallait le monter soi-même et j’avais peur de ne pas y arriver. Je me sentais faible, incapable de réussir la moindre chose, même monter un lampadaire.

L’aspirateur fut vite acheté. Je choisis le même que Mary avait acquis quelques mois auparavant. Un fer à 29 euros attira mon attention, mais je fus horrifié par le prix des planches à repasser. Mon choix se porta finalement sur un modèle mauve avec de jolis petits cœurs, incluant une rallonge électrique que je trouvais bien pratique.

Arrivé à l’appartement, je déballais le tout, montais non sans difficulté mon lampadaire et m’affalais ensuite dans le canapé en cuir du salon.

J’étais toujours aussi seul mais ces achats m’avaient grisé, je ne sais pas pourquoi.

Alors que la nuit tombait, je fonçais à la supérette en bas de l’immeuble où je fis le plein de charcuterie et de bières. Le caissier, qui me connaissait bien, me dit que j’avais l’air heureux. Je lui répondis : « Oui, je le suis. »

Plus tard dans la soirée, alors que je me goinfrais de chorizo et de jambon de Bayonne, que je m’enfilais les bières les unes après les autres, un étrange sentiment m’envahit :

J’étais à la fois triste et libre.

Libre peut-être pour la première fois de ma vie.

Chapitre 3

Le lit arriva vers 9 heures, comme prévu.

Les livreurs l’installèrent dans la chambre vide. J’allais dès ce soir réintégrer la chambre de nos amours, de nos ébats et ça me faisait un peu peur. Ma vie me semblait, ce matin, terriblement vide. Je me demandais comment dormir seul dans cette chambre.

Je passais ma matinée chez Orange. J’avais besoin d’une box, Marie étant partie avec la sienne et l’abonnement qui allait avec. Je fus reçu par une dame très gentille, qui me fournit maintes explications, même celles que je ne demandais pas. Je repartis avec le pack complet : box et décodeur TV. Je me jurais de monter le tout l’après-midi même. Je n’avais, certes, pas encore de télévision, mais ce n’était qu’une question de temps.

Je bricolais donc tout l’après-midi, installais box et décodeur, reliais les câbles, mais ne pouvais tester...

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