Heartless

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À Silvery Dove, un lycée huppé de Londres, se réunissent régulièrement les sept membres du très réputé club d'écriture, issus de familles influentes. Tous cachent cependant un terrible secret : la véritable activité de leur club, baptisé Heartless, est de rivaliser dans un jeu pervers consistant à briser les couples de leur établissement sans se soucier des conséquences. Stephen, le prince du lycée, est l'initiateur de cette compétition immorale ainsi que le meilleur joueur. Il est également celui qui a recruté les autres membres : Stanley, Natalia, Hugo, Mathys et les jumelles Odelia et Olivia. Rien ne semble pouvoir les arrêter dans leur quotidien dépravé... Cependant, le transfert au début du deuxième trimestre d'une jeune fille prénommée Lucilie va peu à peu changer la donne.


Publié le : lundi 20 mai 2013
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EAN13 : 9782332574435
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ISBN numérique : 978-2-332-57441-1
© Edilivre, 2014
Prologue
Londres, ses autobus rouges à deux niveaux, sa célèbre cloche Big Ben et sa tour d’horloge qui enche chaque année un eu lus, ses alais où réside le ouvoir, ses onts, ses jardins et ses musées mais aussi ses quartiers chics où la crème de la société anglaise se la coule douce endant que leur argent coule à flot. Dur d’imaginer une vie de rêve sous un ciel gris ratiquement toute l’année et ourtant, comme toute métroole digne de ce nom, l’élite y existe et eut-être encore lus lorsque la ville en question est le remier centre financier du monde. Mais dans la culture oulaire, la caitale du Royaume-Uni n’est as associée à la démesure du luxe, les gens référant voyager à travers les cartes ostales et les monuments ou les aysages réutés qu’elles rerésentent. Ceendant, Londres ossède une facette que eu de ersonnes connaissent, une facette qui aurait de quoi faire rougir la jeunesse dorée de la grosse omme bien juteuse située de l’autre côté de l’Atlantique. Au détour des grandes demeures stylées avec iscine disonible même les jours de luie et les arkings remlis de grosses voitures à en faire devenir fou un fanatique d’automobiles, se trouve un lycée as comme les autres. Là, seuls les étudiants auvres et travailleurs ou fainéants et riches euvent entrer. Si vous avez la tête et le orte-monnaie vides, inutile d’envoyer votre candidature. Cet établissement réservé à l’élite londonienne orte le doux nom de Silvery Dove, où comment mettre les choses au oint dès le déart. Dans ce lycée hué existe un club unique où les quelques membres s’amusent à un jeu ervers sans se soucier des terribles conséquences de celui-ci. Son nom ? Heartless. À l’image de ceux qui le comosent. Voici leur histoire.
Chapitre 01 Le Club Pervers
Sous le ciel gris de Londres, à l’approche de Noël, un vent froid et sec parcourt les rues de la capitale alors que retardataires habituels et fanatiques du shopping envahissent les boutiques, tous attirés par leur somptueuse vitrine. Tandis que les premiers sont à la recherche désespérée du dernier cadeau idéal qui leur manque, les seconds sont juste là pour le plaisir de regarder et d’acheter. Les décorations s’illuminent les unes à la suite des autres aux quatre coins de la ville et notamment en son centre où à elles-seules elles suffisent à égayer l’ambiance. Le paysage urbain est magnifique et les passants de toutes origines ne peuvent s’empêcher de ralentir et de l’admirer. Leur seule déception : il n’y a pas de neige et d’après les prévisions météorologiques il n’y en aura pas le soir du réveillon. Cela n’a pourtant pas empêché quelques touriste français de traverser la Manche afin de profiter des fêtes de fin d’année sous l’œil aiguillé de la Tour d’Horloge et au mélodieux carillon de sa cloche, aussi grosse que célèbre. Près de Hyde Park, les bus à impériale rouges libèrent leurs passagers. Parmi eux, des couples romantiques anglais venus exprès au cœur de Londres pour patiner à deux ou pour monter dans la grande roue. Loin, très loin de la magie de Noël, dans le district royal de Kensington et Chelsea, au dernier étage du sublime lycée privé Silvery Dove, les sept membres du club d’écriture sont sur le point de se réunir dans leur local. Ce vendredi marque la fin du premier trimestre pour les élèves de cette école élitiste et la plupart d’entre eux ont déjà rejoint leur famille mais certains ont encore une toute dernière chose à faire avant de partir profiter des vacances. L’ascenseur arrive lentement, le numéro de l’étage se met à clignoter, ses portes s’ouvrent, un garçon et une fille en sortent et se dirigent nonchalamment vers leur salle de club, tout au bout d’un long couloir avec une baie vitrée donnant sur la cours intérieure. Ils portent tous les deux l’uniforme obligatoire de leur établissement, un pantalon bleu foncé, une chemise blanche, une cravate rayée en diagonale de couleur argent et un blazer pour le garçon, une jupe plissée bleu clair, un chemisier blanc, une cravate rayée en hauteur également de couleur argent et un blazer pour la fille. Sur leur veste à plus de six cents livres sterling, à l’emplacement du cœur, est cousu le symbole de leur lycée, une colombe au plumage d’argent sur le point de s’envoler. À les voir ainsi ils forment le couple parfait, en plus d’avoir un physique qui ferait rougir de honte un mannequin professionnel, ils dégagent un charisme hors norme et beaucoup d’élégance. Le garçon ouvre la porte du local où est clouée une plaque métallique avec le nom de leur club gravé dessus et, en gentleman plus que confirmé, il laisse passer la fille avant lui, le sourire aux lèvres. À l’intérieur, un autre membre est déjà là, attendant la venue des autres, tranquillement assis au bout d’un canapé de luxe en cuir noir, absorbé dans la lecture d’un énorme et vieux journal intime sur la couverture duquel est inscrit en lettres dorées le nom Heartless. La pièce est étroite, éclairée par les derniers rayons du soleil traversant deux grandes fenêtres chacune voilée par un rideau rouge tamisant. Les murs sont dissimulés derrière de belles bibliothèques en bois massif où sont soigneusement alignées des collections entières d’ouvrages rares et coûteux. Au centre de la salle, autour d’une petite table ronde en verre, sont disposés en cercle trois fauteuils et deux canapés. Le lecteur assidu referme le gros journal en le claquant et relève la tête tout en soupirant. « Enfin ! Je commençais à me demander si je ne m’étais pas planté de date… – Désolé Mathys, on avait encore un cours. – Inutile de t’excuser Stanley, dit la fille. Mathys adore attendre ! L’ennui est sa passion préférée. – Va au Diable Natalia et ne me parle pas d’ennui ! – Toujours aucune cible ? demande Stanley. – Non, aucune. Tout ce que je veux c’est une gentille fille à torturer, pourquoi est-ce si
difficile à trouver ? – Les filles gentilles sont une espèce en voie de disparition… Regarde Natalia et tu comprendras. – Sale traître ! s’exclame la concernée. – Ose me dire le contraire. Je suis sûr que tu es la pire nana du lycée ! – Je suis un ange, ça se voit non ? Qui ne craquerait pas avec un sourire aussi radieux et un regard aussi charmeur ? – Tu oublies un détail ma très chère complice, c’est ton corps que le miroir reflète, pas ton esprit. En gros… T’es un monstre, une démone, un être maléfique à cent pourcent ! – Comme tous ceux qui viennent ici. », répond un autre garçon derrière, plus grand qu’eux, l’allure sombre et l’air sévère. Stanley et Natalia se retournent, surpris. « Hugo… Ne débarque pas comme ça, tu me fous les jetons à chaque fois. – Poule mouillée ! s’exclame Natalia. » Hugo prend soin de refermer la porte du local et s’installe confortablement dans un fauteuil. Stanley et Natalia, épuisés par leur journée de cours, se laissent littéralement tomber le même canapé que Mathys. « La journée était si dure que ça ? demande Hugo. – Module de maths juste avant les vacances… Tu parles d’un cadeau ! répond Stanley. – Il fallait mieux choisir vos modules en début d’année, dit Mathys, celui de maths est réputé parmi les plus durs et ses horaires sont souvent en fin d’après-midi. – Nous ne sommes pas comme toi qui as choisi ses matières avec pour seul critère d’avoir un maximum de temps libre le soir ! Fainéant va ! – Allons allons, je n’ai pas fait ça par fainéantise… mais uniquement par luxure. Plus ma journée de cours se termine tôt, plus ma nuit de plaisirs commence tôt. C’est assez simple à comprendre, n’est-ce pas ? » Stanley s’apprête à répondre lorsque soudain la porte s’ouvre, deux filles se tenant la main sautent à l’intérieur de la pièce, lèvent les bras et crient : « Tada ! ». Elles se ressemblent comme deux gouttes d’eau, deux belles blondes de moyenne taille aux yeux bleu foncé et aux longs cheveux bouclés. Le sourire jusqu’aux oreilles, elles restent figées dans leur pose. « Qu’est-ce que vous foutez au juste ? demande Mathys. – Ignorons-les, comme d’habitude, enchaîne Stanley. – C’est la meilleure solution. », confirme Natalia, suivie par Hugo qui approuve leur décision d’un simple hochement de tête. Les deux jumelles se séparent, font un bond en avant et claquent leurs mains sur la table tout en faisant mine d’être vexées, les sourcils froncés. « Comment ?! Vous n’êtes pas drôles ! – Pas drôles du tout ! – Tu entends quelque chose Stanley ? questionne Mathys. – Nope ! Pas un bruit ! – Bouh ! Bande de méchants ! – Ne t’inquiète pas Olivia ! Personne ne peut nous ignorer ! – Tu as raison Odelia ! Personne ne peut nous ignorer ! – Car nous sommes les jumelles Crisper ! s’écrient-elles en chœur. – Non, en effet. Même si je cultive ce désir ardent dans les profondeurs abyssales de mon âme depuis maintenant plus d’un an, je crains pour le plus grand malheur de tous les élèves de ce lycée qu’il ne soit définitivement impossible de vous ignorer. – La ferme le nain pâle ! répondent-elles synchro. – À vous de la fermer une bonne fois pour toutes, les deux folles ! », répond Mathys en se levant et en claquant le journal sur la table, le regard en feu. Un rire retentit dans le couloir. Tous se tournent vers l’entrée du local. Un garçon de grande taille, un visage séduisant, une
expression virile, des cheveux châtain foncé coiffés en queue de cheval et des yeux couleur ambre donnant l’impression de briller dans l’obscurité. Il entre, referme la porte et s’adosse contre elle, les bras croisés. « Président ! », s’exclament tous les autres. « Sérieusement… soupire Mathys. Entre les apparitions fantomatiques d’Hugo et les rires glauques de Stephen je vais finir par penser que ce local est hanté. – Pas de ma faute, répond le dernier arrivé en rigolant, on vous entend dans tout l’étage. Et Mathys, ce local est effectivement hanté… – Quoi ?! Tu veux dire qu’il y a eu un meurtre ou un truc de ce genre ? – Non… Je veux dire que notre vrai club s’y trouve. » Mathys se rassied, l’air pleinement satisfait et légèrement sadique. « Une dernière chose… – Hum ? – Tu ne devrais pas ignorer deux si jolies filles qui nous font l’honneur de leur présence. – Et pan ! Stephen ne loupe personne, dit Stanley. – Aïe ! Voilà la pique qu’on attendait, s’exclame Olivia. – Mais c’est que nous sommes très occupées monsieur le pré-si-dent ! » Stephen s’avance, prend le journal du club, lâche sa superbe serviette avec ses cours comme un vulgaire sac et se jette dans le dernier fauteuil encore libre tandis que les deux jumelles s’installent dans le second canapé, Odelia assise et Olivia allongée, la tête sur les cuisses de sa sœur. Le président caresse les lettres dorées sur la couverture du journal puis l’ouvre à la dernière page écrite. Il récupère un stylo noir dans la poche intérieure de son blazer qu’il avait lui-même cousue et commence à écrire en silence sous le regard intrigué des autres membres. Stanley et Natalia reprennent leur discussion entamée dans le couloir sur le professeur de mathématiques. Odelia s’amuse avec les cheveux de sa sœur qui se laisse faire. Hugo sort un roman de sa sacoche noire et reprend sa lecture à la moitié. Seul Mathys, impatient et curieux, se permet de poser la question que tous ont envie de poser. « Pré-si-dent ! Alors alors, comment ça s’est passé ? – À l’avenir, n’imite plus jamais ces deux tarées de jumelles, c’est dégoûtant. – Snif, c’est méchant ! s’écrient-elles. – Je serais curieux de connaître la réponse, coupe Hugo. – Moi aussi ! s’exclame Stanley. – Évidemment, qui ici ne serait pas intéressé par les dernières aventures de notre président ? enchaîne Natalia. Qui plus est, on n’est pas censé compter les points aujourd’hui ? – Pfff… Inutile de compter les points, répond Mathys. On sait tous qui a gagné. – Non, Natalia a raison, nous sommes le dernier jour du trimestre, nous devons effectuer le comptage. Quant à mes dernières aventures… Pas de problème, je vais me faire un plaisir de vous les raconter. – Hourra ! crient les jumelles. » Stephen range son stylo à sa place, referme le journal et le repose sur la table. Tous ses membres se tournent vers lui, avides d’en savoir plus. Accoudé à son fauteuil, il cherche ses mots pour débuter son récit et rien que d’y repenser, son regard s’enflamme et un sourire malsain se dessine au coin de sa bouche. D’une voix assurée et envoûtante il s’improvise une nouvelle fois conteur avec l’espoir de plaire à son auditoire préféré. « Comme vous le savez sûrement déjà tous, ma dernière cible était le couple formé par Georgia Elington et Bill Gavert, deux élèves de première année. – Maintenant que j’y pense, y’aurait pas un rapport avec la puissante compagnie pharmaceutique Elington ? – Si, Georgia est la fille unique du grand patron. – Je parie que tu as réussi à la séduire et à coucher avec elle avant de trouver un moyen de
alancer son adultère à son abruti de petit ami… – Faux. Dommage Mathys… Et arrête de me couper dans mon récit, contente-toi d’écouter, je suis sûr que tu vas aimer. J’aurais en effet pu me contenter de jouer la carte de la séduction puis de l’adultère mais j’avais envie de corser les choses. Or il se trouve que la miss jouissait d’une certaine popularité auprès des petits nouveaux de notre école. Disons que ces imbéciles d’amoureux transis ne manquaient pas à l’appel. C’est là que j’ai eu l’idée, et si je laissais un autre faire le sale boulot ? Aucun risque d’être découvert et en plus je n’aurais même pas à me salir les mains ! Mais jouer les cupidons est vraiment épuisant… Surtout quand la fille en question est déjà prise. Non seulement il faut la pousser dans les bras d’un autre homme mais aussi l’éloigner de son compagnon. Sérieusement, ça m’a plus crevé que les cours mais le résultat en valait la peine. » Stephen a réussi à accrocher son auditoire, Olivia s’est relevée et tous les membres sont désormais assis, tournés vers leur président, légèrement penchés en avant comme pour saisir chaque mot prononcé le plus tôt possible. Les stratégies employées par Stephen sont une source d’inspiration importante pour chacun d’entre eux. Écouter, réfléchir, comprendre, s’approprier un plan astucieux et peut-être même l’améliorer, le tout dans l’espoir de pouvoir l’utiliser à son tour et d’en récolter le maximum de bénéfices. Ce n’est pas seulement le président et fondateur du club qu’ils écoutent mais aussi leur plus grand rival à ce jeu qui est le leur. S’il y a la moindre idée ou information à voler, tous la voleront sans hésiter. Stephen en a parfaitement conscience et son sourire trahit ses pensées : la première, son plaisir devenu commun d’être le centre d’attention, et la seconde, sa joie de voir ses petits soldats immoraux prendre leur devoir avec autant de sérieux. « Je ne vais pas tout vous raconter en détail sinon vous risqueriez de lâcher prise avant la fin mais ne vous inquiétez pas, je ne vous cacherai pas le plus important et encore moins le meilleur. Alors, j’en étais où… Oui, ces pauvres imbéciles d’amoureux transis. Mon plan était simple : apprendre tout ce qu’il y a à savoir des goûts et des préférences de ma cible, choisir le plus beau et le plus prometteur parmi ceux tombés sous son charme et enfin lui transmettre tout ce que j’ai appris sur sa dulcinée et le guider dans sa démarche de séduction. – Comment as-tu fais ? interroge Mathys intrigué. Avec ta fortune et tes relations tu peux facilement obtenir toutes les informations nécessaires sur une personne précise ou au pire embaucher un détective privé… comme chacun d’entre nous d’ailleurs. Mais ton plan possède un gros défaut, l’homme que tu utilises à ta place pour séduire ta victime connaît ton identité en tant qu’informateur… » Stephen éclate de rire subitement, interrompant Mathys dans sa critique et surprenant les autres membres qui partagent son avis. « Allons Mathys, tu me crois assez stupide pour transmettre ces informations directement ? Ça serait une catastrophe ! », s’exclame-t-il en se levant d’un seul bond. Le président se met à parler tout en marchant à pas vif dans le local, entre les fauteuils et les canapés, se penchant parfois vers ses auditeurs, faisant de grands gestes avec ses bras et jouant avec l’intonation de sa voix, complètement dans son rôle de comédien avec comme pièce de théâtre, une classique et émouvante tragédie grecque. « Imaginez ! S’il avait connu mon identité, à votre avis, quelles en auraient été les conséquences ? » Il change légèrement sa voix. « Mon dieu ! J’ai réussi à séduire l’amour de ma vie ! J’ai couché avec elle et comme par hasard le lendemain son compagnon recevait une vidéo ! Mais attendez… Maintenant que j’y pense, c’est Stephen qui m’a appris tout ce que je sais sur elle, c’est Stephen qui m’a dit exactement quoi faire pour la séduire… Bien sûr ! C’est un coup monté ! Le génial et superbe président du club d’écriture est le coupable ! Je dois l’arrêter, au nom de la justice ! – Comment ça, génial et superbe ? marmonne Mathys. » Odelia et Olivia applaudissent comme deux gamines ébahies devant un spectacle tandis
que les autres sont déconcertés, sauf Hugo qui ne laisse rien paraître. Stephen s’incline pour remercier les jumelles et retourne s’asseoir afin de continuer son récit normalement. « De toute manière, dès le départ, ça aurait été étrange qu’une personne censée être un inconnu aux yeux de Georgia en sache autant sur elle et essaye d’aider un autre homme à sortir avec elle. Mais vive l’évolution ! Et surtout, vive l’internet ! Quand j’ai fais des recherches sur ma victime, j’en ai aussi faites sur notre cher amoureux transi et j’ai découvert qu’il se rendait souvent sur un forum d’entraide spécialisé dans les histoires de cœur. Je me suis alors transformé en cupidon numérique et j’ai commencé à divulguer mes informations à cet imbécile. Même indirectement, il était un peu suspicieux au début mais il faut croire que la tentation était trop forte, à moins que ce ne fût le désespoir. Je lui ai affirmé être un proche de Georgia et que s’il venait à sortir avec elle on se rencontrerait sûrement. En gros, j’ai fait en sorte qu’il croit que j’étais de la famille de sa bien aimée et que je détestais son petit ami actuel. – Bien joué ! s’exclame Stanley. Tu t’es débarrassé de tous les risques et aussi facilement en plus ! – L’histoire tient parfaitement la route, ajoute Natalia. On pourrait penser à un grand frère qui détesterait le compagnon de sa sœur et qui ferait tout pour l’en séparer. Et au moment où le mal est fait, le mystérieux cupidon numérique du forum a disparu je suppose ? – Presque… C’est là le meilleur. Après avoir envoyé une vidéo de leurs ébats au compagnon de Georgia, ma pauvre petite victime s’est fait refaire le portait mais son amant aussi ! – Et comment as-tu eu la vidéo ? – C’est moi qui a planifié toute la journée de leur rendez-vous et évidemment, c’est aussi moi qui avais choisi la chambre. Dans un hôtel appartenant à ma famille en plus. Ils devraient m’en être reconnaissants. – Le salaud ! Du grand Stephen cette histoire ! commente Stanley enthousiaste. – Le meilleur reste encore à venir. Le jour même où j’ai envoyé la vidéo, je me suis reconnecté une dernière fois au forum après les cours et devinez qui s’est pointé ? Notre imbécile d’amoureux transi qui n’était d’ailleurs plus qu’un imbécile, ayant perdu le reste grâce à moi. C’était jouissif de lire des propos si poétiques et de l’imaginer seul derrière son écran, rouge de colère, en train de se défouler sur son clavier. – Que lui as-tu dit à la fin ? – À la fin ? Je lui ai dit… La prochaine fois que tu tombes amoureux, n’hésite pas à me recontacter, je me ferais une joie de t’aider à nouveau. » Tous les membres éclatent de rire, même Hugo a du mal à se contenir. Stephen est fier de lui. Son coup s’est déroulé à la perfection et son récit aussi. Il n’a plus qu’à le coucher correctement sur papier et le tour sera joué. Un point en plus pour le président et quel point. Il a sacrifié beaucoup de son temps libre juste pour imaginer et préparer sa stratégie mais ce n’est qu’à ce moment précis, à l’écoute des rires de ses compagnons d’immoralité, qu’il se sent enfin récompensé de ses efforts. Même la destruction du couple n’a absolument rien eu de comparable en terme de plaisir par rapport à la reconnaissance des membres de son club. Mais un jeu reste un jeu, peu importe à quel point les joueurs peuvent être complices, à la fin, il faut déterminer qui est le gagnant et qui sont les perdants. Même si dans le cas du faux club d’écriture les résultats sont évidents. « Allez, il est temps de compter les points, alors alors… », dit Stephen tout en feuilletant le gros journal intime. Seules les histoires des couples brisés retranscrites à l’écrit étant prises en compte, les sept membres ont plutôt intérêt à faire chauffer leur stylo. Ce système a le mérite d’être clair, en plus d’être particulièrement intéressant pour les membres qui aiment lire comme Mathys. « J’en suis à trois… déclare Stanley déçu. – Et moi à quatre… poursuit Natalia.
– Ce n’est pas si mal que ça ! s’exclame Stephen souriant. – Un de mon côté… Et encore, un vraiment chiant… enchaîne Mathys énervé. – Tu n’es pas fait pour faire du nombre mais de l’histoire et je suis sûr que la prochaine sera splendide. Et toi, Hugo ? – Trois. – Les jumelles ? – Six à deux ! – Qu’est-ce que ça veut dire ? Que vous en avez eu six au total ? C’est votre résultat personnel que je veux… – Mais oui mais non pré-si-dent ! Ça veut dire qu’on en a fait tomber six en travaillant à deux ! Ce qui fait bien six au total. – Je vois. Inséparables et folles jusqu’au bout. – Et toi Stephen, combien ? demande Stanley. – Tu es sûr de vouloir connaître la réponse ? dit Mathys. Moi-même je n’ai pas très envie de la connaître en toute franchise. Ça serait dommage de gâcher ma soirée avec… – Douze. – Douze ! s’exclament Stanley et Mathys. – Le gagnant est tout désigné, commente Natalia. Ce n’est pas drôle, on se croirait en politique… – À vous de me surprendre et de récupérer ma place, répond Stephen. – Prends garde, ça pourrait arriver un jour. – Si cela pouvait être une aussi belle fille que toi Natalia j’en serais ravi, une présidente à la place d’un président, rien que d’y penser, je trouve ça magnifique. » Stephen referme le journal et le cale entre deux livres dans une étagère. « Il est temps de partir, les fêtes de fin d’année nous attendent. – Tu ne vérifies pas ? demande Mathys. – Inutile. J’ai confiance en votre honnêteté… du moins quand il s’agit de notre club. – Sympa ! s’exclame Stanley. – Je pars le premier. Ma limousine m’attend déjà à l’entrée. Je vous souhaite à tous d’excellentes vacances de Noël et par dessus tout, j’ai hâte de vous revoir à la rentrée pour le second round. » Sur ces mots, Stephen quitte la salle du club, traverse le couloir et pénètre dans l’ascenseur. Tandis que les étages défilent, le président repense à la brève réunion qu’il vient d’avoir, de son récit, de ses provocations, de ses membres fidèles. L’ascenseur arrive au rez-de-chaussée et ouvre ses portes. Le garçon en sort avec l’expression du Diable sur son visage.
Chapitre 02 La Nouvelle Élève
Une nouvelle année vient à peine de commencer que ses changements pointent déjà le bout de leur nez. Le temps n’attend jamais. Un parfum sucré flotte dans l’air ; les passants se retournent, une nouvelle silhouette traverse les rues de Chelsea sans passer inaperçue malgré la discrétion de ses traits, simples et naturels. Les fils d’or qui composent sa longue chevelure ondulent librement dans son dos. Les deux fines lignes rouges et incurvées se rejoignant à leur extrémité dessinent sa bouche, entrouverte et amusée par l’admiration. Les deux lapis qui forment son regard innocent ne cessent de se mouvoir, scrutant les environs et s’illuminant devant chaque détail anodin, une jolie vitrine, un chat endormi, un vieux couple se promenant main dans la main ou encore une belle femme en tailleur montant dans la voiture de son compagnon. Chaque parcelle du visage de la jeune fille semble sourire au monde qui l’entoure. La fraîcheur de son âge, la grandeur de son corps et la beauté de ses courbes attirent autant l’attention des hommes que celle des femmes. Elle marche tranquillement sans se soucier ou se douter de l’intérêt des autres et inéluctablement elle se rapproche de sa destination : le lycée Silvery Dove. Le deuxième trimestre commence seulement dans deux jours. Lucilie arrive. Juste en cette matinée du 7 janvier 2013 l’avenue King’s Road mériterait d’être renommée. Une petite passation de pouvoir, un fort élan de féminisme ou un simple changement de sexe pour devenir l’avenue Queen’s Road car même si un roi joyeux l’a emprunté exclusivement quatre siècles auparavant, aujourd’hui, c’est véritablement une reine enjouée qui la traverse d’un pas léger. Partant de Sloane Square pour la rue Beaufort au sud-ouest, elle a préféré ne pas prendre de bus et y aller à pied, sans se presser. Lucilie doit se retenir en permanence de changer son itinéraire car nombreuses sont les rues à l’intriguer et l’envie de toutes les découvrir bout constamment en elle. Mais l’impatience la guide sur le bon chemin. La chance lui sourit : pour une fois, le ciel n’est pas gris ou blanc mais bleu avec seulement quelques nuages. Un temps rare et parfait pour deux kilomètres de trajet sur la voie royale. Lucilie ralentit devant l’enseigne Calvin Klein et jette un rapide coup d’œil aux sous-vêtements disposés à l’intérieur mais se force à ne pas s’arrêter. Dur de continuer sa route avec toutes ces boutiques, sans compter les restaurants. Elle profiterait bien d’une pause cappuccino dans le steadfast Pret à Manger mais l’heure tourne ; elle regarde sa montre et accélère un peu l’allure. Deux beaux jeunes hommes habillés avec classe tentent de l’aborder devant la grande vitrine de Reiss et ses nombreux mannequins, en vain. Elle leur sourit et passe entre deux sans dire un mot. Cette succession d’événements se répète tous les cent mètres comme si la jeune fille était prisonnière d’une boucle temporelle. Seuls les noms, les lieux et les gens changent, le schéma restant identique. La traversée s’avère plus difficile qu’elle ne l’avait pensé : se retenir de dévaliser les magasins de vêtements, de déjeuner douze fois dans la même matinée, de se laisser séduire et emporter dans une aventure sans lendemain… Prise au piège dans l’avenue de la tentation, elle regrette de ne pas avoir remis sa promenade à un autre jour, un samedi libre par exemple où elle aurait eu tout le temps d’en profiter au maximum. Finalement, trois quarts d’heure et une infinité de bus rouges plus tard, elle arrive enfin au croisement de King’s Road avec Beaufort Street et sans s’être arrêtée une seule fois. Fière d’elle mais quelque peu fatiguée d’avoir autant résisté et marché, elle traverse la route vers le sud et son nouvel établissement, au numéro 28. En dehors du lycée, construit il y a à peine cinq ans, le quartier est uniquement résidentiel. De chaque côté de la rue, une rangée d’immeubles collés les uns aux autres, en continu à droite et coupée à gauche par l’école un peu avant la moitié de la rue. Ils se ressemblent tous : sur trois étages, en briques rouges, une porte d’entrée et des fenêtres blanches ainsi que des balcons avec une balustrade noire au beau milieu de la façade. Sur le côté droit, le segment de pierre devient à certains moments de
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