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Henri Laborit : pour quoi vous dire

De
190 pages
Ce livre présente une des pensées les plus influentes de référence qui permet aux néophytes de se familiariser avec la vie et les travaux de ce chercheur, tout en proposant aux nombreux laboritiens convaincus de retrouver avec plaisir cet esprit fécond, unique et inimitable.
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HENRI LABORIT: Pour quoi vous dire

@ L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4911-5

Collection

Conversciences

François Joliat

HENRI LABORIT: Pour quoi vous dire

L'Harmattan 5-7. rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

«Dites-vous que la dernière personne avec qui vous serez en compétition, c'est la mort. » Henri Laborit

PREFACE
par le Dr. Jérôme LISS, M.D. .

Si Léonard de Vinci a incarné, à la Renaissance, l'image d'homme universel, nous serions peut-être en peine d'imaginer, en cette fin de XXème siècle voué au développement et à la spécialisation technologique, qu'un homme semblable puisse encore dominer le monde des sciences et des arts avec autant d'autorité. Néanmoins, si nous questionnons nos contemporains pour savoir quel savant moderne a pu tendre à l'universel par l'étendue de ses recherches, nul doute que l'image d'Henri Laborit viendra immédiatement à l'esprit de beaucoup d'entre eux, et pour cause. Grâce à ses travaux, la neurophysiologie a pu s'enrichir de nombreuses découvertes, qu'il s'agisse de la biochimie enzymatique, de l'activité hormonale, du système immunitaire ou des mécanismes du stress. Il a aussi révolutionné la médecine à plusieurs niveaux d'organisation. les systèmes cardio-vasculaire et digestif, inclus dans un organisme, lui-même en relation avec son environnement et avec ses semblables. Mais au fil de ses trente-deux publications, Laborit a dépassé le domaine des maladies psychosomatiques, la psychologie, l'anthropologie, la sociologie et la politique, puisque ses récents ouvrages nous ont initiés aux mystères de la physique nucléaire et des particules élémentaires, aux relations réciproques qui se créent entre leur existence matérielle et leur transformation en énergie, en vide quantique, une conscience informationnelle avant et après la mort.

. Le Dr. Jérôme LISS, psychiatre et psychothérapeute, est professeur ordinaire à
l'Institut de Psychologie clinique de la Westdeutsche Akademie de Düsseldorf. Il a collaboré avec le prof. Henri Laborit et a travaillé à Londres avec les «antipsychiatres» R.D. Laing et D. Cooper. Il a introduit en France la bioénergie et est l'auteur de nombreux ouvrages sur la thérapie biosystémique dont Débloquez vos émotions aux éditions Tchou.

L'ouvrage de François Joliat, jeune psychologue suisse, est à même de transmettre au lecteur, l'essence de cet esprit de génie que fut Laborit. Le style fluide de l'auteur, intransigeant quant aux détails, mais agrémenté d'anecdotes savoureuses, s'enchame à la perfection. En bref, cet ouvrage contient le brin de génie nécessaire à décrire le parcours d'un génie. Dans la première moitié de cet ouvrage, François Joliat nous dépeint le cheminement biographique et intellectuel de Laborit, tandis que la seconde moitié nous 01:lteune synthèse de ses séminaires de Lugano, en Suisse, organisés par l'Université de La Jolla de Californie. Cette double perspective nous livre les détails d'une vie pleine d'aventures, le parcours d'un chercheur, et nous apporte la parole d'un homme en chair et en os, qui communique son savoir avec enthousiasme. La fresque des comportements humains que dépeint Laborit, depuis la préhistoire jusqu'à l'épilogue cosmique des individus, ne peut que nous inviter, à notre tour, à faire un voyage dans la théorie laboritienne. Ce voyage pourra, à n'en pas douter, nous permettre de dépasser notre tendance à l'inhibition de l'action, pour nous ouvrir à un monde bien plus fascinant que le fast food culturel proposé par les médias, prisonniers de la publicité toute-puissante. Laborit nous exhorte à dépasser les a priori et les idéologies relégués au rang de simples amuse-gueules, sans la prise de conscience des niveaux d'organisation sous-jacents et sus-jacents qui régissent nos comportements d'êtres humains en société. Par la connaissance des facteurs d'influence qui poussent à la dominance, depuis la perspective biologique jusqu'à la structure sociale, nous pourrons peut-être nous libérer des chaînes qui nous incitent à la course au beefsteak et à la concurrence internationale, afin de découvrir quelques clés d'accès à un degré de liberté plus élevé. Alors que certaines écoles expliquent la pathologie émotionnelle en termes d'altération cognitive, de motivation inconsciente, d'image inappropriée, d'inadaptation comportementale et en bien d'autres encore, la thèse laboritienne de l'inhibition de l'action ou de la paralysie face au stress, situe la vulnérabilité émotionnelle de l'être humain, au même plan que l'incapacité d'agir sur son propre destin. La pensée de Sartre est-elle si éloignée de celle de Laborit, lorsque celui-ci affirme qu'un homme ne peut se définir que par son action dans le monde? Les nombreuses personnes qui commencent à être séduites par l'approche

laboritienne des niveaux d'organisation biochimique, immunologique, psychosomatique et socio-politique décrivant l'action de l'être humain
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dans son environnement, se souviendront des dangers auxquels s'exposent ceux qui se repaissent d'a priori et d'idéologies réductionnistes. Au contraire de l'interdisciplinarité, qui offte des perspectives multiples, comme le montre Max Pagès dans sa tentative de définir une psychologie de l'inconscient par le biais d'une analyse sociofamiliale, issue d'une grille de lecture similaire à celle que Laborit propose. A notre avis, la pensée de Laborit représente un point de départ pour tous ceux qui travaillent dans le domaine de l'éducation, de la psychologie et de la sociologie. Le choix épistémologique de Laborit devrait faire partie intégrante d'eux-mêmes et des gens qu'ils encadrent, car il a les moyens de leur venir en aide, en atteignant leurs racines physiques et spirituelles. Aujourd'hui, nous avons, plus que jamais, besoin de créer une logique nouvelle, face à la montée en puissance d'un monde arrogant, divisé entre les dominants et les dominés. Mise en évidence par Laborit, l'inhibition de l'action, avec les dévastations psychobiologiques qu'elle entraîne, pourra, je l'espère, nous encourager à rechercher une compréhension plus profonde des buts de la démocratie, pour que celle-ci puisse se réaliser à une plus vaste échelle encore. Pour Laborit, démocratie signifie pouvoir des hommes, en tant qu'individus et citoyens du monde, pouvoir que possède chacun d'entre nous de dire, face à son destin: « Je peux y arriver, moi aussi! »

Rome, le 15 juillet 1996

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INTRODUCTION
Si nous proposons en première partie de cet ouvrage, un essai sur la vie et les travaux d'Henri Laborit, c'est d'abord pour inciter un large public à découvrir ou à redécouvrir l'Eloge de la fuite, La nouvelle grille ou La colombe assassinée. Les pages suivantes se veulent une invitation conviviale, une rampe de lancement vers cette oeuvre qui rassemble une trentaine de livres et plusieurs centaines d'articles, allant de la recherche fondamentale sur les mécanismes biochimiques du système nerveux à la pharmacologie, en passant par la biologie des comportements, la psychiatrie et la sociologie. L'impressionnante diversité de ses travaux et l'importance primordiale des questions mais aussi des réponses - qu'elles ont permis de faire

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émerger, continuent à passionner, tant le monde de la recherche fondamentale, de la médecine et de la pharmacologie, que celui des sciences humaines et sociales. Par le présent ouvrage, nous aimerions seulement, il s'agit d'une vulgarisation

inviter le plus grand nombre de nos contemporains- dans ce sens

- à se joindre aux laboritiens

convaincus. Si beaucoup d'entre eux ont reconnu l'inunense impact des découvertes de Laborit sur leur propre vie, nous souhaitons que s'opère cette même transformation chez le lecteur, afin que la prise de conscience de ses automatismes et de ses jugements de valeur lui permette de se sentir un peu mieux dans sa peau. C'est également en témoignage de notre gratitude envers Henri Laborit, initiateur de bouleversements fondamentaux du sens même de notre existence, que nous avons décidé d'écrire ce livre ; en souvenir aussi de son amitié bienveillante et jamais démentie, qui a perduré jusqu'à sa disparition récente. En second lieu, sous l'emprise de l'urgence économico-politique et sociale de l'actualité, nous avons ressenti le besoin de faire savoir que, si nous voulons changer les choses, il est nécessaire de passer par le changement de l'homme lui-même. Or, pour pouvoir changer, il faut oser se comprendre, oser briser les conventions, briser les préjugés et les a

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priori enracinés dans notre inconscient avec tant de force, qu'ils dirigent toutes nos pensées, nos actions et nos discours. C'est en faveur des individus, toutes tendances confondues, que s'élève la voix de Laborit: prendre conscience des motivations, avant de combattre pour la Liberté, déjouer l'esprit - et non l'instinct de compétition, avant d'évoquer l'Egalité, comprendre les mécanismes de la dominance, avant de parler de Fraternité. Il faudra que ces transformations s'opèrent jusque dans la structure même de notre système nerveux, pour espérer assister ensuite à l'évolution de notre civilisation, tant il est vrai que dans ses motivations de maintenir sa structure, l'individu rejoint le collectif. Il est indispensable de faire confluer la finalité individuelle vers l'ensemble social, ce qui exige l'ultime coïncidence de toutes les finalités, de tous les échelons d'organisation intermédiaires. Laborit nous enseigne que la liberté commence où finit la connaissance de nos propres déterminismes. Une société ne peut se construire qu'en appelant les individus à se construire eux-mêmes, à l'inverse de groupes sociaux qui, derrière des bannières et des idéologies de tous ordres entachées d'idées préconçues, défendent la Liberté et la Paix, au prix du sacrifice de millions de victimes. S'agit-il encore de liberté, lorsqu'un peuple ou un pays, sous les faux-semblants de discours logiques, s'arroge le droit de disposer d'un autre pays, d'un autre peuple et des objets gratifiants qui font la richesse de son territoire ? Le langage et les discours logiques, qu'ils soient politiques, idéologiques ou humanitaires, viennent justifier nos motivations les plus profondes de gratification. N'y a-t-il pas une criante et diabolique contradiction entre les langages pseudo-humanitaires de tous bords et la réalité meurtrière de Bosnie et du Rwanda? On parle alors d'instinct de propriété, du bon sens et de la morale, pour disculper nos actions agressives. C'est en expliquant comment et pourquoi s'établissent ces motivations et ces jugements de valeur que nous parviendrons, espérons-le, à nous sentir mieux dans notre peau et à rendre la face de notre terre un peu plus douce. Voilà l'unique projet de Laborit!

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Laborit le scientifique

Après cinquante années passées à l'avant-garde de la recherche, Laborit demeure l'un des plus grands découvreurs français de ce siècle. Nous lui devons, en premier lieu, la paternité des neuroleptiques et, plus particulièrement, l'application de la chlorpromazine dans la thérapeutique

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des maladies mentales. Il s'est vu décerner le Prix Albert Lasker en 1957 pour ses travaux. Il est aussi l'instigateur d'une discipline qui prend aujourd'hui / des I proportions I considérables: I la neuropsychopharmacologie. Ses travaux sur la réaction à l'agression, tant chirurgicale que psychosociale, sont poursuivis et commentés dans le monde entier. Le laboratoire d'eutonologie à l'hôpital Boucicaut de Paris, qu'il a fondé en 1958 et dirigé jusqu'à sa mort, a fait breveter bon nombre de substances pharmacologiques, employées en anesthésie, en cardiologie, mais aussi en psychiatrie. Le ganuna-OH a prouvé son efficacité dans le traitement des grands comateux et le cantor appartient à la panoplie des antidépresseurs très souvent presCrits. Or, pour synthétiser des molécult:s capables d'agir sur les comportements, les émotions et la cognition, il faut également savoir par quels mécanismes le système nerveux réagit à ces substances. Laborit a su mener de front la recherche fondamentale sur la neurotransmission et ses applications médicales et thérapeutiques. Dans ses récents travaux sur l'inhibition de l'action, Laborit a non seulement mis en évidence les agents responsables des maladies psychosomatiques, telles que l'infarctus du myocarde, l'hypertension artérielle et l'ulcère d'estomac, mais il en a également décrit les mécanismes biochimiques et endocriniens. Il s'insurge contre la médecine d'urgence, obnubilée par le symptôme, reléguant le patient au statut de cas, spolié de son histoire et de son environnement. Un symptôme est souvent la conséquence du comportement de l'individu dans son milieu social. Seule l'approche de la personne, par niveaux d'organisation, peut mettre en lumière les causes des pathologies qu'elle développe. De surcroît, Laborit n'est pas seulement un des premiers, si ce n'est le premier, à s'être penché sur les mécanismes de la douleur, le fonctionnement de la cellule, la dégénérescence cérébrale, le stress et les maladies psychosomatiques. Il est aussi celui de qui l'on parle quand, croyant avoir trouvé une nouvelle piste, on est forcé de reconnaître que Laborit l'avait déjà exploitée.

L'interdisciplinarité Laborit s'est souvent qualifié de monotechnicien polyconceptualiste. Coupant court aux théories étriquées des spécialistes et les combats d'école, il a instauré, dès le début des années 50 déjà, une vision renouvelée de la science: l'interdisciplinarité. Il n'a cessé de répéter que 15

si l'apprentissage de la technique d'une discipline revêt un aspect certes fondamental, les concepts et les idées d'autres disciplines doivent être étudiés et intégrés, afin de réfléchir, non plus en termes de cause à effet. mais par niveaux d'organisation. Chaque discipline scientifique est englobée dans une autre discipline sus-jacente et elle englobe à son tour une discipline sous-jacente. En effet, on se rend compte que le réductionnisme auquel mène la spécialisation n'apporte pas toujours l'objectivité escomptée. Elle élimine au contraire beaucoup d'éléments indispensables à la compréhension des phénomènes observés et atténue l'effet dynamique de la ftéquentation d'autres disciplines. Les découvertes fondamentales se font souvent en marge d'une discipline, lorsque surgissent des possibilités associatives non encore imaginées. Les travaux de Laborit, de la molécule aux systèmes vivants, en sont l'illustration magistrale et démontrent - on commence à le comprendre - le bénéfice certain d'une telle démarche. Elle n'est cependant que le résultat d'un esprit étonnamment brillant pour lequel le mot « savant» s'accorde au pluriel. Aujourd'hui encore, cette idée passe, chez certains, pour révolutionnaire et l'on crie même à l'hérésie. La jalousie de ses conftères et la crainte du ministre de la Santé de voir Laborit légitimement accéder aux plus hautes distinctions - le Prix Nobel sans jamais s'être abaissé à l'hypocrisie des simagrées de courtisans, a démontré, à ses dépens, à quoi s'expose celui qui ose braver l'ordre établi. En fin de compte, l'hérésie n'est pas toujours du côté de ceux qui montent au bûcher; l'Histoire nous en donne de

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flambants exemples.

Henri Laborit, cet inconnu
Dans cet ouvrage aux multiples éclairages, nous parlerons du personnage, Henri Laborit, de sa verve incisive, narquoise et caustique. Au-delà de cet esprit cinglant que gardent en mémoire ses concurrents malheureux, ses nombreux amis témoignent de son immense générosité toujours prodiguée sans la moindre lassitude. Même si Laborit est, en écho à Montaigne, lui-même la matière de ses livres, le lecteur s'apercevra que ses ouvrages ne disent pas tout. Ainsi, pour étudier la théorie laboritienne par la théorie laboritienne, nous dépeindrons les déterminismes familiaux et socioculturels qui ont poussé

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Laborit à emprunter de tels chemins, pour s'apercevoir qu'il est, lui aussi le résultat des vivants et des morts. On l'a souvent considéré de gauche, depuis que les étudiants de mai 68 en ont fait une de leurs idoles, alors qu'il enseignait la biologie des comportements à l'Université de Paris-Vincennes. Or, Laborit n'est pas de ceux que l'on catalogue si promptement. Son point de vue dépasse très largement les rengaines de tous les mouvements politiques et sociaux. Seule, l'usurpation de la dominance, réservée à la majorité d'un moment, pousse les minorités brimées dans un militantisme qui les fera accéder, à leur tour, aux places de ceux qu'ils ont violemment combattus auparavant. Dès lors, toutes les promesses électorales passées se transformeront en diktats, non plus pour faire changer les choses elles ont déjà changé pour ceux qui se retrouvent au pouvoir - mais afin que se maintienne cette nouvelle position avantageuse le plus longtemps possible. Si Laborit s'est intéressé à la politique, c'est uniquement pour que l'on comprenne enfin les motivations, souvent inconscientes, qui nous amènent à combattre. Cet examen de conscience est le véritable acte de courage qui pourra inciter les hommes à prendre conscience de leurs motivations et à les réaliser, pour eux-mêmes d'abord et pour l'humanité ensuite. Toute vie en société est aliénante et oppressive pour l'individu, à quelque classe qu'il appartienne. La seule façon de rendre nos chaînes plus légères est, pour Laborit, d'en montrer la signification cosmique, de mettre e~ lumière le déterminisme et les pulsions individuels, d'en préciser les conditionnements, de rechercher avec lucidité la finalité de l'espèce et de tenter de conformer la finalité de chaque groupe humain, aux différents niveaux d'organisation et de complexité des sociétés, à la finalité de l'ensemble.

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Les sciences humaines Les sciences humaines sont souvent la cible de sévères critiques provenant de milieux des sciences dites exactes. Ces milieux les accusent parfois de construire des présupposés théoriques antérieurs à la collecte de données empiriques. La psychologie et la sociologie, avant d'élaborer un discours sur l'homme, ne devraient-elles pas tenter d'éclaircir les mécanismes dont procède notre système nerveux pour établir un langage et une logique? Nous dirons avec Laborit que l'attitude scientifiqu~ la

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plus crédible consiste à tenir compte des niveaux d'organisation sousjacents et sus-jacents, au centre desquels se trouve une discipline. Ainsi, avant de discourir sur la psychologie ou sur la sociologie, nous devrions tout d'abord savoir quels sont les mécanismes biochimiques et neurophysiologiques qui sont à l'origine des comportements des individus. Nous devrions aussi savoir que l'être humain est un système nerveux qui agit sur son environnement. Nous étudierons alors les caractéristiques de ce système nerveux en action, celles de son milieu et ensuite seulement, par cet éclairage particulier, nous serons en mesure d'apporter des éléments de réflexion cohérents au sujet des mécanismes qui régissent le comportement du citoyen dans la cité. Une biopédagogie S'il semble déçu de ses contemporains, Laborit mise énormément sur les générations montantes, en s'adressant directement aux enfants. Leur soif de connaissances, non encore imprégnée par des jugements de valeur paralysants, lui semble plus prompte à saisir son message, que l'esprit de certains «savantasses» qui se bousculent dans les Hautes Ecoles. Laborit ne désire pas rendre les écoliers plus intelligents adjectif faisant référence à une activité de mémoire et à la faculté d'établir des automatismes culturels utiles à la production de techniciens et de marchands - il souhaite simplement redouner au mot intelligence son sens étymologique, «interlegere », relier. Préférant la connaissance aux lois du marché, qui privent l'individu de sa créativité et le soumettent au système de production, Laborit veut donner à chacun les moyens d'exister pour lui-même. En cultivant l'interdisciplinarité, les enfants pourront peut-être devenir des êtres imaginatifs, libérés de leurs angoisses et de leurs automatismes, en utilisant leurs apprentissages pour des activités créatrices de structures nouvelles.

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Le séminaire de Lugano

Dans la seconde partie de cet ouvrage, le lecteur pourra découvrir l'essentiel des théories que Laborit, alors professeur à l'Université de La Jolla de Californie, a exposées au campus européen de Lugano, en Suisse.
Il y commente la genèse de ses travaux, en traçant les axes principaux sur

lesquels sont basées ses théories, de la physique des particules au 18

fonctionnement du cerveau, en passant par l'agressivité et le comportement des individus en société. Jamais Laborit ne cède à la tentation de créer des analogies. Son discours rigoureusement scientifique s'appuie sur sa praxis en laboratoire: décortiquer les mécanismes du système nerveux, pour comprendre et analyser les comportements humains et sociaux. Si Freud et Piaget ont proclamé la continuité du biologique au psychologique, Laborit en fait la démonstration en exposant les causes et les effets des mécanismes biochimiques de l'inhibition de l'action. S'il pose un regard critique sur notre société contemporaine, il ofITe la possibilité à chacun d'entre nous de briser les chaÛ1esqui nous lient à nos automatismes, par la prise de conscience des lois fondamentales qui régissent notre système nerveux et par celles qui guident la plupart des travers de l'espèce humaine. Dans le souci de rendre ce Séminaire attrayant et instructif, nous avons allégé certains chapitres d'analyses scientifiques quelque peu ardues, comme la transduction des signaux synaptiques, ainsi que l'exposé fouillé des conséquences biochimiques et endocriniennes de l'inhibition de l'action. Cependant, nous encourageons les lecteurs curieux à se référer directement aux nombreux ouvrages spécialisés que Laborit a consacrés à ces sujets. Enfin si, parvenus au tenne de la lecture de cet ouvrage, « Pour quoi vous dire », certains ont encore l'impression que Laborit n'a rien dit, c'est qu'il a véritablement tout dit. La suite, il appartient à chacun d'entre nous de l'imaginer et de l'actualiser à sa manière.

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PREMIERE PARTIE