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Hépatites virales en mots simples

De
84 pages
Les hépatites virales, du fait de leurs symptomatologies et de leurs évolutions, revêtent des caractères particuliers dans les cultures africaines. L'auteur explique les hépatites virales dans tous leurs aspects. Il vise à démystifier la maladie en la dépouillant des considérations ethnoculturelles qui sont de nature à dresser des barrières entre le soignant et le soigné.
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Hépatites virales en mots simples
Njoya Oudou
Hépatites virales en mots simples
Préface de Laurent-Charles Boyomo Assala
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01274-2 EAN : 9782343012742
PREFACE
La vulgarisation est un exercice difficile et périlleux et le Pr Oudou Njoya le sait bien, lui qui, en tant que spécialiste, a rencontré et rencontre depuis plusieurs dizaines d’années des patients de tous âges et de toutes catégories sociales. S’y risquer comme il le fait ici, c’est s’exposer en particulier à un double malentendu : celui des spécialistes qui, connaissant l’extrême complexité de la traduction, se refusent parfois à ouvrir leur grammaire à la connaissance vulgaire, voire simplement à l’information du malade et du public, ouverture qui constitue pourtant l’indispensable lien de socialité entre la médecine et ses différents « clients ». Mais c’est surtout aller à la confrontation d’un public qui doute encore largement de l’efficacité de la médecine moderne à vaincre la maladie, reculant ainsi le répertoire des possibilités de la médecine moderne et légitimant le recours à des pratiques médicinales traditionnelles, mais surtout buissonnières qui sont souvent extrêmement dangereuses.
Au cours de ses rencontres et interactions multiples avec des patients inquiets, anxieux et souvent déprimés, l’auteur a pu mesurer la distance entre le capital d’une science moderne dont l’efficacité reste objet de doute pour un grand nombre de nos concitoyens, et la suspicion légitime des malades dont l’assurance d’y trouver le recours espéré oscille largement, en raison de certitudes anthropologiques qui sont encore au cœur de la profession médicale en Afrique. Spécialiste de cette maladie qui n’a point encore livré tous ses secrets et dont un abécédaire implacable rend compte de la capacité de nuisance (hépatites a, b, c, d, etc.), il a choisi pourtant d’aller à l’assaut des réflexes professionnels autolégitimants, au
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risque de trahir peut-être ces clercs de la science médicale. Ce faisant, il opère un choix dont il n’est pas sûr qu’il en sorte indemne, mais qui se veut salutaire pour la société. Son exercice, cette forme de communication en santé, prétend ainsi à un double objectif : d’abord ouvrir le portefeuille lexical et grammatical des hépatites au public afin de remplir une fonction pédagogique qui ne perce que difficilement, bien souvent, quand on est comme lui, à la fois médecin et enseignant. Pédagogue, il part d’un point de vue historique qui localise le mal dans le foie, suivant son évolution sémiotique virale, jusqu’à son diagnostic et sa prévention. Il en détermine les points d’ancrage et de repérage, et le circuit clinique dans un style qui rend cette maladie mystérieuse accessible au commun. Mais médecin, il s’efforce aussi de ne pas sortir d’un registre discursif qui ne peut pas s’élaborer en dehors des lieux de la médiation médicale sans risque de provoquer une subversion de l’ordre et de l’institution médicaux.
Dans un contexte où la société recourt, face à la maladie, à des techniques étiologiques, thérapeutiques et préventives aussi bien « irrationnelles » que « scientifiques », le choix de vulgarisation ici opéré s’apparente à l’art-thérapie et souligne la nécessité d’envisager la science hépatologique dans une conception globale qui, tout en intégrant un contexte où le sacré, le mystique et le religieux pointent l’inquiétude sociale face à la maladie et à la mort, doit porter l’effort de vulgarisation comme une entreprise de désenchantement et d’hygiène sociale. Si en effet, et comme l’observent Kherado et Adam, « les conceptions et les croyances relatives à la vie, à la mort, aux maladies, aux empoisonnements, aux envoûtements, aux exorcismes sont inséparables de l’art médical proprement dit et de son exercice par les catégories qui en font la profession soit
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régulièrement, soit accidentellement » (Kherado J. ; Adam J.C., 1974 :123), c’est finalement dénué de ses effets proprement médicaux que l’art-thérapie de cet enseignant d’hépatologie va gagner en utilité pour la société, au-delà du soulagement que le patient peut tirer du soin médical. J’y ai pour ma part tiré un plaisir qui me pousse à conseiller au lecteur de consommer cet opuscule sans modération.
Laurent-Charles BOYOMO ASSALA
Professeur des universités.
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