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Herculanum et Pompeia

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139 pages

Comment on fut amené à connaître l’existence de villes enfoncées sous les laves et les pouzzolanes du Vésuve. — Descente dans le tuf de Résina pour y visiter le théâtre d’Her-culanum. — Herculanum. — Sa Basilique. — Son Chalcidique. — Le Nundarium. — La villa des Papyrus et la Casa di Argo. — Où l’on s’achemine vers les autres cités antiques. — La Favorita. — Rue royale du Purgatoire. — Coulées de trachyte formant bourrelet sur le golfe.

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MONSEIGNEUR L’EVÊQUE DE LIMOGES.
2eSÉRIE.

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Alfred Driou

Herculanum et Pompeia

A MONSIEUR GUSTAVE PELLIER, A ECLARON

Comment on fut amené à connaître l’existence de villes enfoncées sous les laves et les pouzzolanes du Vésuve. — Descente dans le tuf de Résina pour y visiter le théâtre d’Her-culanum. — Herculanum. — Sa Basilique. — Son Chalcidique. — Le Nundarium. — La villa des Papyrus et la Casa di Argo. — Où l’on s’achemine vers les autres cités antiques. — La Favorita. — Rue royale du Purgatoire. — Coulées de trachyte formant bourrelet sur le golfe. — Ruines de villas antiques dans les laves du rivage. — Couvent des Camaldules du Mont-Sant-Angelo — Oplonte jadis, Torre del Grœco actuelle. — Revue des premiers âges de l’ère chrétienne. — La Campanie. — Pompeïa dans les jours de sa splendeur. — Sa physionomie d’alors. — Ses richesses, sa dissolution, ses mœurs. — Grands hommes qui habitèrent Pompéïa. — Fêtes de Pompéïa. — Tremblements de terre précurseurs do l’éruption de 79. — Réveil du volcan au mois d’août 79. — Lettre de Pline-le-Jeune sur le phénomène. — Mort de Pline l’Ancien. — Tableau du drame. — Autre lettre de Pline. — Sa fuite de Misène. — Suites du drame. — Temps modernes. — Révelation de l’existence de Pompéïa sous une couche de pouzzolane. — Travaux exécutés pour la déblayer. — Surexcitation de la curiosité à l’endroit de Pompéïa. — Apparition des terres retirées de Pompéïa qui la cachent par le bourrelet qu’elles forment à l’entour. — Déjeuner préliminaire. — Barcaiuolo di Santa Lucia. — Emotions. — Entrée dans la cité morte et rendue à la lumière du grand soleil. — Impressions. — Porte de la Marine. — Forum Civile, — Extase ! — Photographie du Forum. — Ses nombreux et beaux édifices. — Les sept entrées du Forum. — Son area. — Ses statues. — Les rues qui y aboutissent. — Illusions fantastiques.

Pompélïa, 24 septembre, 185.

 

Avec quel bonheur, jadis, nous nous entretenions des merveilles que la Providence a semées dans le monde, mon cher Gustave, et quelle insatiable avidité nous mettions à entendre parler, à lire, à causer, jusque dans le silence des nuits, de ces impénétrables mystères de la nature : marche des sphères dans l’espace ; soleil suffisant seul à éclairer et à féconder l’univers ; lune ceignant la terre de sa blanche orbite ; étoiles semant le bleu pavillon du firmament de leurs innombrables diamants ; volcans, trombes, marées, foudres, éclairs, tempêtes ! Que nous étions heureux alors de nous enfoncer dans la profondeur de la forêt du Der, pour y recueillir plus à l’aise, tremblants et saisis d’une indicible émotion, mais attentifs et poètes sans le savoir, ces bruits effrayants, ces voix lamentables et puissantes des hauts arbres secoués avec rage, ébranlés par la rafale, courbés par le vent, et, quelquefois, arrachés, couchés sur le sol, comme des géants vaincus et mordant la poussière ! Plus avancés en âge, comme déjà grandissait en nous l’amour de l’art, quand sortis, au lever de l’aube, pour aller visiter les ruines de quelque vieille abbaye, soit de notre Vallage, soit du Perthois, nous ne rentrions que fort tard, le soir, après avoir vu blanchir et prendre des formes fantastiques, sous les rayons de la lune, les arceaux solitaires, les trèfles, les rosaces, les gerbes d’élégantes colonnettes des moutiers de Sept-Fontaines, de Haut-Villiers, de Boulancourt, de Haute-Fontaine et d’ailleurs encore !

 

Aujourd’hui ce ne sont plus de ces souvenirs, plongés dans l’ombre du passé, que je veux réveiller dans ton âme ; mais je désire te faire partager mes impressions profondes en te parlant de ruines bien autrement grandioses, et de débris, moins purs, mais plus fameux. Aucun saint n’a passé par là, certes ! mais que d’hommes célèbres, à tort ou à raison, jadis ont foulé les lieux où je vais te conduire !

 

A peine débarqué sur les dalles volcaniques qui forment le pavé de Naples, il me semble que ce sol brûle mes pieds. Ce n’est ni la Chiaja, ni la Via di Toledo, ni le Palazzo-Reale, ni ceci, ni cela, qui convient mon regard. Je subis la fascination du Vésuve ; je n’ai d’yeux que pour sa fumée, de jour, et sa lave, de nuit. Qu’on ne me cherche nulle part ailleurs que sur le pont du Château ! C’est là que j’ai choisi mon domicile ; c’est là que je demeure, le visage tourné vers le géant. Je rêve de volcans ; j’évoque une éruption ; je la voudrais terrible, grandiose, majestueuse, et... inoffensive.

 

En outre, dans mes causeries d’étudiant, et, plus tard, dans mes lectures de jeune homme, j’ai appris tant de choses curieuses sur Pompéïa, sur Herculanum, sur Oplonte, sur Stabie, quatre villes infortunées qui furent englouties par une éruption formidable de ce volcan, qu’il me tarde de voir, d’étudier, de parcourir ces villes antiques. Après avoir été oubliées pendant des siècles, le hasard a conduit la pioche du paysan sur les deux plus fameuses. Alors on s’est mis à déterrer l’une ; quant à l’autre, elle ne livre qu’avec peine les trésors enveloppés dans le suaire de lave qui la recouvre. Evidemment le Vésuve et ces villes devaient être pour nous, voyageurs en Italie, la plus attrayante des curiosités.

 

Nous avons gravi le Vésuve, et nous nous sommes livré mes compagnons de voyage et moi, pendant de longues heures, à l’étude des phénomènes dont il donne un spectacle incessant. Puis, les yeux fatigués par le feu, et l’imagination pleine de prodiges, nous sommes descendus au pied de la montagne où la bourgade de Resina cache sous le tuf qui lui sert de fondation la vieille cité d’Herculanum, engloutie par l’éruption de 79 avant Jésus-Christ. Comment découvrit-on qu’une ville morte dormait sous une ville vivante ? Le voici :

 

Un homme de Resina, un boulanger, je crois, creusant un puits pour son usage, ramena, parmi les laves qu’il en tirait, un bras en marbre d’une grande beauté de travail. Notre individu, en homme sensé, ayant compris qu’il ne devait pas y avoir de bras sans corps, descendit avec les plus grandes précautions dans la bouche béante du puits, et découvrit, à moitié ensevelie encore, une statue admirable. Heureux de sa trouvaille, il en fit part au prince d’Elbeuf, qui explora les lieux, paya fort cher la maison et commença des fouilles qui rapportèrent des merveilles. Pendant l’espace de cinq ans, le prince recueillit des objets d’art de toutes sortes ; mais, au lieu de les collectionner, il en faisait don tantôt au prince Eugène de Savoie, tantôt à notre roi de France, Louis XIV. Entre autres objets expédiés au premier, se trouvaient deux statues en marbre, représentant deux filles de Balbus, préteur et proconsul romain à Herculanum, d’après l’histoire ; et ces deux merveilles sont, à cette heure encore, au Musée de Dresde.

 

Mais Charles III, qui régnait alors à Naples, c’était vers 1720, fit suspendre les recherches des particuliers et entreprit lui-même des fouilles en 1738. Tous les trésors de l’antiquité qui sortirent de terre, de ce moment, furent religieusement conservés dans les appartements royaux de Portici, et donnèrent ensuite origine au musée Bourbon, de Naples, où ils furent transportés et réunis pour former une collection unique en son genre.

 

Une fois du Vésuve descendus à Resina, nous nous adressons au guide le plus recommandé par les savants, et le voici, nous munissant tous d’une torche, qui, par un escalier passablement raide, nous fait descendre dans les entrailles du tuf vomi par le Vésuve en l’an 79, passer sous l’orifice du fameux puits du boulanger, et visiter le Théâtre de l’antique Herculanum. On avait trouvé ce théâtre enrichi avec profusion de colonnes et de statues en marbre et en bronze, parmi lesquelles figuraient quatre statues équestres, en bronze doré. Près de l’orchestre, était encore une lectisterne en bronze, et à chaque extrémité se tenaient debout les statues en marbre d’Ap. Claudius Pulcher, consul et empereur, et de M.N. Balbus, préteur et proconsul. Ces objets précieux se retrouvent tous au musée Bourbon. Mais à l’inverse de Pompéi, cachée sous la pouzzolane, mélange de lapilli et de boue, et que l’on a pu remettre en plein jour et rendre à la lumière, le Théâtre d’Herculanum, enseveli dans une lave brûlante qui s’est refroidie et est devenue pierre, ne peut être débarrassé entièrement sans faire écrouler les rues de Resina qui se croisent au-dessus. Aussi est-il impossible d’en voir l’ensemble d’un seul coup-d’œil ; pour le saisir et l’étudier, nous sommes obligés, par des couloirs pratiqués dans le tuf, d’aller et de venir, de gravir les gradins, de descendre à l’orchestre, de monter sur la scène, etc. De chaque côté de l’orchestre, on remarque les deux grandes portes destinées aux citoyens qui avaient le privilége de prendre place sur les premiers gradins. L’enceinte de l’hémicycle faisant face au théâtre, composé de cent vingt-un degrés, pouvait contenir dix mille spectateurs. On retrouve et nous voyons sur l’architrave de l’une des portes, les noms du donateur, L.A. Mammianus Rufus, et celui de l’architecte Numisius.

 

En sortant du Théâtre, se présente une rue qui descend vers la mer et qui conduit aux autres édifices découverts et rendus à la curiosité des hommes. Ceux qui méritent d’être observés sont les suivants :

 

La Basilique, majestueux palais long de deux cent vingt-huit pieds et large de cent trente-deux, ayant un portique de quarante-deux colonnes et un pavé en dalles de marbre, et qui était ornée de statues impériales en marbre et en bronze, ainsi que de superbes peintures à fresque, parmi lesquelles nous admirons celles de Thésée et de Thélèphe, qui décorent deux niches principales.

 

En avant de ce somptueux édifice, s’ouvre une vaste place, un forum, sur lequel s’élevaient deux statues équestres en bronze de M. Nonius Balbus et de son fils M. Nonius, proconsul, qui construisit cette basilique à ses frais, ainsi que nous l’apprend une inscription. Il nous sera donné de voir au musée de Naples ces deux intéressantes statues, ainsi que les débris d’un char en bronze, avec des roues d’un diamètre de trois palmes, un cheval complet, et mille autres dépouilles, le tout trouvé dans le voisinage de la basilique.

 

Vient ensuite la Chalcidique, édifice dont on ignore l’usage. Puis, succèdent la Schola, lieu public de repos et d’entretien ; un autre Forum ; un Nundarium ou marché ; le Columbarium de la famille Nonia ; et enfin une villa.

 

Cette villa, dite d’Aristide ou des Papyrus, est un des palais les plus importants et les plus vastes de l’antiquité que nous ait restitués le sol englouti par le volcan. En le parcourant, on ne peut mettre en doute le goût et les richesses du propriétaire. Ce devait être un philosophe épicurien, amateur des arts et des lettres. On trouva dans une pièce, sorte de bibliothèque ou cabinet de travail, de nombreux papyrus, roulés comme c’était l’usage, calcinés, mais que la patience et une adresse inimaginables ont pu forcer à révéler ce qu’ils contenaient. En outre de ces livres, on eut le bonheur de rencontrer les plus rares mosaïques, et des trésors inestimables de sculptures en bronze et en marbre qui se conservent au musée Bourbon.

 

Les fouilles d’Herculanum furent interrompues par suite de la révolution française de 1789, qui mit l’Europe en convulsion. Mais dans les premiers jours de 1828, François Ier fit reprendre les travaux, et ce fut alors que l’on découvrit une habitation inconnue jusqu’alors, la Casa di Argo, un des plus élégants édifices que l’imagination puisse se figurer. C’est un véritable spécimen des édifices intermédiaires entre les petites et élégantes maisons de Pompéï et les somptueux édifices de Rome.

 

Cependant, à la nouvelle des découvertes faites à Resina, tous les savants, plus ou moins en us, s’émurent. On chercha, on compulsa les livres et les bouquins de toutes sortes, et l’on découvrit que, peu d’années après la venue de notre Seigneur, deux, trois et quatre villes avaient été englouties par une éruption du Vésuve. On en tenait une, on avait Herculanum, où étaient les autres ?

 

Telle était la question. Mais on s’orienta si bien, que nous n’avons qu’à remonter en calèche pour aller retrouver les trois autres.

 

D’abord, en passant, salut à la Favorita, délicieuse maison de plaisance du prince de Salerne. Au moins, cette demeure royale, fièrement campée au milieu de Resina, regarde en face le volcan : elle y met de l’audace et semble le braver. Elle est magnifiquement assise sur un courant de lave, celle de l’éruption de 1631, — et on dirait qu’elle jette un regard de travers sur un long cortège d’autres villas, gracieuses cependant, qui forment son cortége et composent l’interminable rue de cette cité.

 

Jadis Resina était beaucoup plus réduite, et sous le nom de Retina, elle formait le port d’Herculanum, et se confondait avec la ville, dont elle subit le sort. Mais la nouvelle Resina s’est placée sur l’exhaussement de lave servant de tombe à Herculanum et à Retina : aussi le sol sonne lé creux ; on sent que les carrosselles roulent sur la voûte d’un immense tumulus. Le cœur se serre et l’âme frissonne à la pensée de ces villes et de leurs habitants ainsi tombés dans les profondeurs d’un abîme infranchissable. Il semble que l’ouïe recueille encore des accents sinistres et des clameurs lamentables s’échappant des entrailles de la terre. Herculanum, ville d’Hercule, qui la fonda, habitée par les Osques, occupée par les Tyrrhéniens, et aggrégée aux douze lucumonies qui avaient Capoue pour métropole, était opulente et belle. En l’an de Rome 283, le consul S. Carvilius l’avait prise d’assaut, mais après que la valeur des habitants eut, par deux fois, triomphé de la valeur romaine, elle avait dû à sa puissance, et nonobstant ses révoltes contre le joug de Rome, de posséder enfin le titre de Municipium et ses privilèges. Donc combien nombreux durent être les citoyens que le volcan ensevelit dans la fournaise dont il inonda ses murs !

 

Voici déjà la seconde de ces villes, victimes du Vésuve, et, comme Herculanum, gisant sous un suaire de lave, sans qu’on ait tenté de le soulever. Nous roulons sur le tombeau d’Oplonte. C’est Torre del Grœco qui la couvre de son réseau de maisons alignées en une seule rue, mais brillante, animée. Sais-tu bien le nom de cette rue ? Strada Regia del Purgatorio ! La rue Royale du Purgatoire ! Pouvait-on mieux choisir l’appellation d’une ville dont les habitants peuvent, d’un jour à l’autre, se réveiller dans les feux du Vésuve ?

 

Nous traversons de fort longues coulées de trachyte : nous remarquons, dans toute la longueur du rivage, combien les courants de lave ont élargi la plage au détriment de la mer forcée de reculer ; nous voyons même quantité de maisons placées à califourchon sur des bancs de laves qui leur tiennent lieu de fondations.

 

Quels beaux aspects de nature ! Comme le golfe de Naples décrit une vaste courbe dont tous les points se découvrent à l’œil, parce qu’on en occupe toujours le centre ! A notre gauche, voici, sur un mamelon vert des plus gracieux, qui tient le milieu de l’espace entre les rampes de la montagne et le bassin du golfe, un gracieux Couvent de Camaldules, priant entre le ciel et la terre, entre l’abîme de feu et l’abîme des eaux.

 

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