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Histoire critique du magnétisme animal

De
336 pages
Historiquement, J.P.F. Deleuze (1753-1835), reste une figure centrale de ce que l'on n'appelait pas encore l'hypnose mais le magnétisme animal. Il publia en 1813 ce texte, résultat de vingt-cinq ans de recherches et de méditations. Cet ouvrage fit époque dans les annales de la science ; il est d'ailleurs encore considéré par les historiens comme un des plus grands livres jamais écrits sur le sujet. Dans ce premier volume, il fournit un grand nombre d'informations de nature théorique et pratique sur le magnétisme.
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HISTOIRE CRITIQUE

,

DU MAGNETISME ANIMAL

Première édition: MAME, IMPRIMEUR-LIBRAIRE 14, rue du Pot-de-Fer, Paris, 1813.

@L'Hannatlan,2004 ISBN: 2-7475-6441-X EAN:9782747564410

Joseph-Philippe-François DELEUZE

DU MAGNETISME ANIMAL
Volume 1

HISTOIRE CRITIQUE ,

Introduction de

Serge NICOLAS

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan halla Via Degli Artisti 15 10214 Torino ITALIE

Collection Encyclopédie Psychologique dirigée par Serge Nicolas La psychologie est aujourd'hui la science fondamentale de l'homme moral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIXe siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L'objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui. On pourra utilement compléter l'étude de ces œuvres en consultant les articles contenus dans la revue « Psychologie et Histoire» consultable sur le Web: http://lpe.psycho.univ-paris5 .fr/membres/nicolas/nicolas.francais.html.

Dernières parutions Théodule RIBOT, La psychologie anglaise contemporaine (1870), 2002. Serge NICOLAS, La psychologie de W. Wundt (1832-1920),2003. Serge NICOLAS, Un cours de psychologie durant la Révolution, 2003. Alfred BINET, Psychologie de la mémoire (Œuvres choisies I), 2003. Théodule RIBOT, La psychologie allemande contemporaine (1879), 2003. Pierre JANET, Trois conférences à la Salpêtrière (1892), 2003. Pierre FLOURENS, Examen de la phrénologie (1842), 2003 L.F. LELUT, La phrénologie: son histoire, son système (1858), 2003. Alfred BINET, Le premier test d'intelligence (Œuvres choisies II), 2003

SOMMAIRE

PREFACE DE L'EDITEUR VII Vie et œuvre de J.P.F. Deleuze (1753-1835) VII Critique de l'ouvrage par Moreau de la Sarthe ...XV

HISTOIRE CRITIQUE DU MAGNÉTISME ANIMAL (DELEUZE, 1813) Introduction ...1 1. De la découverte du magnétisme, de sa publication, de sa propagation et des obstacles qui lui ont été opposés 11 2. Preuves du magnétisme, et moyens de se convaincre 36 3. Du fluide magnétique, et des moyens par lesquels le magnétisme 81 4. Des procédés employés dans le magnétisme... 95 5. De la différence de force entre les magnétiseurs 126 6. De l'influence que la confiance des malades peut avoir sur l'efficacité du traitement magnétique... 134 7. De l'application du magnétisme à la guérison des maladies 137 8. Du somnambulisme magnétique 162

9. 10. 11. 12. 13.

Des inconvénients, des abus et des dangers du magnétisme Exposition de quelques faits que j'ai observés moi-même Des doctrines mystiques, et de leur association au magnétisme Digression sur les doctrines mystiques Conclusion

202 213 235 245 .294

VI

PRÉFACE À L'OUVRAGE DE J.P.F. DELEUZE: HISTOIRE CRITIQUE DU MAGNÉTISME ANIMAL (1813)

Vie et œuvre de J.P.F. Deleuze (1753-1835)

Joseph-Philippe-François Deleuze est né à Sisteron (BassesAlpes), au mois de mars 17531. Se destinant au génie militaire, il vint à Paris, en 1772, étudier les mathématiques, pour se présenter à l'École de Mézières. Mais, n'ayant pu subir l'examen, il entra dans un régiment d'infanterie auxiliaire avec le grade de sous-lieutenant. Trois ans après, le corps dans lequel il servait ayant été réformé, il quitta le service et se livra à l'étude des sciences naturelles. 11vivait à la campagne, près de Sisteron, lorsqu'il lut pour la première fois, en 1785, le détail des cures opérées à Buzancy par le marquis A.M.J. de Chastenet de Puységur2 (1751-1825) : tout cela lui parut une folie; il soupçonna même qu'on avait voulu tourner en ridicule les partisans du magnétisme, en racontant des prodiges qui révoltaient le bon sens. Cependant, ayant appris qu'un de ses amis (M. D. d'Aix), homme d'une raison IToide et d'un esprit éclairé, était allé voir Franz Anton Mesmer chez Joseph-Michel-Antoine Servan ; que, de retour

I

Cf. Foissac, P. (1833). Noie sur M. Deleuze. ln Rapports et discussions de l'Académie

royale de médecine sur le magnétisme animal, recueillis par un sténographe, et publiés. avec des notes explicatives (pp. 245-255) Paris: loB. Baillière. 2 Puységur, A.M.J. de Chastenet, Marquis de (1784). Mémoires pour servir à l'histoire et à l'établissemelll du magnétisme animal. Paris: Dentu. Puységur, A.M.J. de Chastenet, Marquis de (1785). Suite des mémoires pour servir à l'histoire et à l'établissemelll du

magnétisme animal. Paris & Londres: sn.

à Aix, il avait essayé de magnétiser, et qu'il avait une somnambule, il résolut d'aller le trouver pour s'assurer si cela était vrai. « Je fis le voyage à pied, dit-il, en herborisant; le second jour, j'arrivai à Aix à midi, après avoir couru depuis quatre heures du matin. J'entre chez mon ami, je lui expose le motif de mon voyage; je le prie de me dire ce qu'il faut penser des prodiges qu'on m'a racontés; il sourit et me répond froidement: Restez et vous verrez ce que c'est; la malade doit venir à trois heures. » « À trois heures, en effet, la malade arrive avec quelques personnes qui devaient faire la chaîne. Je me mets à cette chaîne, et je vois, après quelques minutes, la malade s'endormir. Je regardais avec étonnement; mais je ne pus longtemps regarder: dans moins d'un quartd'heure je m'endormis moi-même. Pendant mon sommeil, je parlai beaucoup et je m'agitai de manière à troubler la chaîne: ce que j'ai su, parce qu'on me le dit quand je fus éveillé, et que je vis rire tout le monde autour de moi, car je n'en ai aucun souvenir. Le lendemain je ne m'endormis point, j'observai le somnambulisme, et je priai mon ami de m'instruire des procédés. » «De retour chez moi, je fis l'essai du magnétisme sur les malades qui habitaient les hameaux voisins de ma maison de campagne. Je me gardai bien d'agir sur leur imagination: je les touchais sous divers prétextes, en leur persuadant que de légères frictions leur feraient du bien. J'obtins ainsi des effets curieux et salutaires qui fortifièrent ma croyance. » « À la fin de l'automne, j'allai à la ville; je m'adressai à un jeune médecin, homme de beaucoup de mérite, qui avait la sagesse de douter et le désir de fixer son opinion par des expériences. Je le priai de m'indiquer une personne assez malade pour que, si le magnétisme la guérissait, la preuve fût concluante, mais dont l'état ne fût cependant pas assez dangereux pour que je dusse craindre de la voir mourir pendant le traitement. Il me conduisit chez une femme malade depuis sept ans. Cette femme souffrait habituellement les plus cruelles douleurs; elle était extrêmement enflée; elle avait à la rate une obstruction très volumineuse, et qui se montrait au-dehors; elle ne pouvait ni marcher ni se coucher à plat. Je produisis chez elle des crises de sueurs et d'urine; le sang reprit son cours naturel, l'enflure et l'obstruction disparurent, et je la mis en état de sortir et de vaquer à ses affaires. Elle s'endormait lorsque je la touchais, mais elle n'était pas somnambule. » VIII

«Bientôt après, M. D., mon ami intime, magnétisa une demoiselle de seize ans, fille de parents respectables et très considérés. Cette demoiselle devint somnambule. J'assistai au traitement; elle nous dictait des consultations pour des malades et des principes pour la guérison des maladies. C'était moi qui lui faisais des questions auxquelles elle ne pouvait être préparée, et qui écrivais les réponses. Je n'ai jamais connu de somnambule plus parfaite. Elle nous a présenté la plupart des phénomènes observés par M. de Puységur, par M. Tardy et par les membres de la Société de Strasbourg. Parmi ces phénomènes, il en est que je ne puis ni expliquer ni concevoir. J'atteste seulement que je les ai vus, et que, d'après les détails, il m'est impossible de supposer ni la moindre illusion, ni l'idée de tromper, ni même la possibilité de le faire. » À dater de cette époque, Deleuze ne négligea aucune occasion de multiplier les expériences et d'observer des faits. Il soulagea et guérit un grand nombre de malades. Deux ans après, 1787, il revint à Paris, et reprit avec une nouvelle ardeur ses travaux sur la littérature, les sciences, la philosophie, et particulièrement la botanique. Il fut nommé en 1795 aide naturaliste au Jardin des Plantes; et lorsque les professeurs de cet établissement se réunirent en 1802, pour publier les Annales du Muséum d 'histoire naturelle, ils le choisirent pour secrétaire de l'association. Deleuze était connu dans le monde savant par les traductions des Amours des plantes, d'Erasmus Darwin (1799), et des Saisons, de Thompson (1801 et 1806), lorsqu'il publia en 1810 son Eudoxe, ou entretiens sur l'étude des sciences, des lettres et de la philosophie. Les connaissances variées dont il fit preuve dans cet ouvrage, la sagesse de ses vues, l'excellence de ses doctrines, son jugement exquis, son style, si clair, si simple et si élégant à la fois, placèrent l'auteur au premier rang des écrivains de l'époque; et son livre, l'un des meilleurs qui aient été consacrés à l'instruction de la jeunesse, reçut du public éclairé l'accueille plus flatteur et le plus honorable. Cependant les diverses fonctions que remplissait Deleuze au Jardin des Plantes ne lui avaient pas fait délaisser un ordre de phénomènes physiologiques jusque-là méconnus des savants. Il n'était pas de ces hommes qui disent comme Fontenelle: « Si j'avais la main pleine de vérités, je me garderais bien de l'ouvrir. » Mais tant que dura la lutte acharnée qui s'était établie entre les partisans et les adversaires du magnétisme, il se contenta d'observer en silence, et attendit que les passions fussent calmées pour publier son Histoire critique du

IX

magnétisme, résultat de vingt-cinq ans de recherches et de méditations. C'est en 1813 que parut cet ouvrage qui fait époque dans les annales de la science. L'auteur prit une route différente de celle qu'avaient suivie ses prédécesseurs. « Je ne me permettrai, dit-il, aucune hypothèse; je dirai ce que j'ai vu et ce qu'ont vu des hommes dignes de foi. » Après avoir esquissé à grands traits l'histoire de cette découverte et des obstacles qui lui ont été opposés, il consacre un article très remarquable à l'examen des preuves sur lesquelles la nouvelle doctrine est fondée. Il pose d'abord des principes d'une vérité incontestable sur la probabilité des témoignages, et les appliquant avec autant de logique que de sagacité à l'examen des preuves du magnétisme, il montre que ses effets ont été attestés par des milliers de témoins, au rang desquels se trouvent des médecins, des savants et des hommes éclairés, qui n'ont pas craint de braver le ridicule en obéissant à la voix de leur conscience pour remplir un devoir d'humanité; que ceux qui ont publié leurs opinions et le nombre bien plus considérable de ceux qui font leurs observations en silence et se contentent d'avouer leur croyance quand on les interroge sur ce sujet, ont tous vu ou produit eux-mêmes les phénomènes dont ils parlent, tandis que, parmi les adversaires du magnétisme, ou ne trouve personne qui ait employé pour s'éclairer le seul moyen convenable, celui de faire soimême des expériences avec la plus scrupuleuse attention et en remplissant exactement les conditions indiquées. C'est avec la même puissance de raisonnement qu'il traite des moyens par lesquels le magnétisme agit, des procédés employés pour le produire, de l'influence que la confiance des malades et la différence de force des magnétiseurs peuvent avoir sur l'efficacité des traitements. En parlant de l'application thérapeutique du magnétisme, il indique les cas où l'on peut espérer la réussite, et montre que son emploi ne sera jamais nuisible en prenant les précautions nécessaires. Dans la description des phénomènes du somnambulisme, on voit que l'auteur ne les expose qu'avec réserve; qu'il tâche de les dépouiller de leur caractère merveilleux, et de montrer qu'ils ne sont pas en contradiction avec les lois de la nature. Les explications qu'il en donne sont parfaitement d'accord avec les principes de la saine physiologie. « Bornons-nous, dit-il, à ce que l'observation nous apprend, et gardonsnous d'aller au-delà. » Personne n'a autant insisté que Deleuze sur les dangers et les abus auxquels le magnétisme peut donner lieu, et sur les moyens de les éviter tous; ses conseils acquièrent d'autant plus de prix qu'ils viennent d'une source plus pure, et que jamais, au milieu des plus x

vives discussions, la calomnie la plus envenimée n'a osé mettre en doute la véracité du savant et l'honnêteté du magnétiseur. Le second volume de l'Histoire critique, qui sera republié prochainement chez L 'Harmattan, justifie pleinement le titre de l'ouvrage; il est consacré à l'analyse et à l'examen des écrits qui ont été publiés sur le magnétisme, et dont le nombre est considérable3. Deleuze a rempli cette tâche difficile avec un grand discernement. Il résulte de ses recherches que les adversaires du magnétisme ont fait de vains efforts pour ébranler les fondements de la doctrine et l'authenticité des faits sur lesquels elle est établie. « Il serait à désirer, dit-il, en finissant, que la science du magnétisme fût associée aux autres connaissances humaines; qu'après avoir constaté l'existence de l'agent, on déterminât le rôle qu'il joue dans la nature; et qu'après avoir classé les faits selon leur degré de probabilité, on les rapprochât des autres phénomènes physiques pour décider s'ils dépendent d'un principe nouveau ou d'une modification d'un principe connu. » Si Hoffman fit une critique acerbe et spirituelle de ce livre, le médecin idéologue Moreau de la Sarthe donna au Moniteur un texte qui fit honneur au travail publié. Il obtint en 1814 le poste de censeur royal. Un grand nombre de mémoires sur le magnétisme et sur les phénomènes de thérapeutique, de physiologie et de psychologie qu'il nous a fait observer, ont été insérés dans trois ouvrages périodiques qui ont paru successivement; savoir: 1. Les Annales du magnétisme. 8 vol. in-8°, de 1814 à 1816. Paris, chez Dentu. - 2. La Bibliothèque du magnétisme, 8 vol. in-8°, 1817 à 1819. - 3. L'Hermès: journal du magnétisme, 4 vol. in_8°, 1826 à 1829. Parmi les écrits que Deleuze a publiés en faveur du magnétisme à cette époque, il faut particulièrement distinguer: 1. La réponse à l'auteur des Superstitions et prestiges des philosophes (M. l'abbé Wurtz, de Lyon), dans laquelle, après avoir réfuté des assertions qui semblent renouvelées du treizième siècle4, il examine les causes qui mettent obstacle au rétablissement de la
3 D'après le catalogue de M. S., dans l'Exposé des cures opérées par le magnétisme, il s'élève à près de trois cents. Voir aussi A. Crabtree (1988). Animal magnetism, early hypnotism. and psychical research. 1766-1925. New York: Kraus? 4 Je dois justifier ce que j'avance, afin que l'on ne m'accuse point de partialité. Le passage suivant prouvera, mieux que je ne pourrais le faire, quelles étaient les intentions de l'auteur et celles des personnes qui répandaient son ouvrage à profusion dans tous les séminaires. « Tandis que l'on affectait de ne plus croire à l'existence du diable, c'était lui qui jouait le premier rôle dans les loges des francs-maçons, dans les antres des muminés, sur les théâtres des villes, sur les tréteaux de la populace, dans les salons des grands et des riches, et jusque dans les palais des rois. Il était travesti tantôt en homme extraordinaire, tantôt en physicien,

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religion en France (Deleuze,1818). 2. La défense du magnétisme contre les attaques dont il fut l'objet dans le Dictionnaire des sciences médicales (Deleuze, 1819). Cet ouvrage, consacré principalement à l'examen et à la critique de l'article Magnétisme de J.J. Virey, répond en même temps de la manière la plus satisfaisante aux déclamations, aux sarcasmes et même aux injures grossières que des hommes de mérite, aveuglés par des préventions enracinées, s'étaient permis contre des observateurs qui n'étaient mus que par le désir d'être utiles et l'amour de la vérité. Deleuze prouve que ses adversaires ne connaissent pas le magnétisme, qu'ils supposent à ses partisans des opinions absurdes, qu'ils passent sous silence les preuves les plus convaincantes pour réfuter des faits que personne ne soutient; et que, forcés enfin d'avouer des phénomènes incontestables, ils les attribuent à une cause impuissante pour les produire. On cOlmaîtrait bien peu Deleuze si l'on supposait un instant qu'il avait profité de tous ses avantages pour renvoyer à ses détracteurs le ridicule et le mépris dont ceux-ci ont voulu l'accabler. Sa polémique reste un modèle de dignité, de raisonnement et de politesses. Après avoir parlé aux savants, dans son histoire critique, Deleuze a voulu rédiger un code de préceptes, qui mît le magnétisme à la portée de toutes les intelligences; il a atteint ce but, en publiant son Instruction pratique (Paris, 1825). Les hommes versés dans l'étude de ces phénomènes trouveront dans ce livre les conseils qui sont le fruit d'une expérience consommée. Ceux qui n'ont encore rien vu, et qui désirent s'assurer par eux-mêmes de la réalité des faits y puiseront toutes les connaissances nécessaires pour éviter les tâtonnements, observer avec tTuitet donner à leur pratique une direction salutairé.

tantôt en magnétiseur, tantôt en ventriloque, tantôt en artiste, tantôt en charlatan, tantôt en Samson, tantôt en diseuse de bonne aventure, tantôt en joueur de piquet. » Superstition des philosophes, p. 148. S Parmi les exemples que l'on pourrait donner, il en est un qu'on ne peut passer sous silence. Virey dit, p. 464 de son article Magnétisme: « Que Mesmer ou l'un de ses plus habiles successeurs fasse tomber un cheval en somnambulisme, ou une brebis en crise..., alors je reconnais l'empire du magnétisme universel. » À cette étrange demande. Deleuze se contente de répondre: « On sent bien que, }) puisqu'il faut à M. Virey un tel phénomène pour le convaincre, il ne sera jamais convaincu. 6 L'Instruction pratique est terminée par une lettre de M. Koreff, dont l'érudition et l'excellent esprit étaient connus de tous ses confrères. Deleuze l'ayant invité à faire à son ouvrage les additions qu'il jugerait utiles, Koreff s'est contenté d'indiquer sommairement les résultats de ses observations, en signalant les difficultés qu'il avait rencontrées dans la pratique; mais l'importance des faits, la vérité des principes, la profondeur et l'utilité des vues placent cet écrit au rang de ceux qu'on ne saurait trop consulter.

XII

Depuis cette époque, Deleuze n'a rien publié de majeur sur le magnétisme, quoiqu'il ait eu encore dans ses mains de riches matériaux dont quelques médecins qui les ont lus s'accordent à faire le plus grand éloge; tels sont: divers traitements fort curieux, la suite de ses articles sur Van-Helmont, et plusieurs dissertations sur les questions les plus élevées du magnétisme. À la mort de M. Toscan, en 1828, il a été nommé bibliothécaire du Muséum d'histoire naturelle. Il fut membre de la société philomatique, ainsi que de plusieurs sociétés savantes, soit de France, soit des pays étrangers; enfin c'est lui qui, pendant quinze ans, a fait les rapports annuels de la société philanthropique dont il était secrétaire. L'ascendant que les lumières et les vertus privées de Deleuze exercent sur tous ceux qui le connaissaient fut tel que, dans les discussions de l'Académie royale de médecine, on n'a jamais prononcé son nom sans l'accompagner des qualifications les plus honorables; la Commission a toujours cité ses opinions comme une autorité. Ses rares qualités, son commerce bienveillant et instructif, lui ont acquis de nombreux amis parmi les savants les plus célèbres, Levaillant, Duperron, Cuvier, de Humboldt, etc. ; et l'opinion unanime de ses contemporains lui fait partager, avec le marquis de Puységur, l'honneur d'avoir conservé, défendu et propagé l'une des plus belles découvertes des temps modernes. Il se démit de ses fonctions en 1834 publiant son dernier ouvrage intitulé Mémoire sur la faculté de prévision: suivi des notes et pièces justificatives recueillies par M. MiaUe. Il meurt le 31 octobre 1835.

XIII

Bibliographie. Deleuze, l.P.F. (1813). Histoire critique du magnétisme animal (2 vol. in8). Paris: Marne (2e édition en 1819). Deleuze, l.P.F. (1817). Réponse aux objections contre le magnétisme (51 p.). Paris: Dentu. Deleuze, l.P.F. (1818). Lettre à l'auteur de l'ouvrage intitulé: Superstitions et prestiges des philosophes du dix-huitième siècle (in-8°, 80 p.). Paris: Dentu. Deleuze, l.P.F. (1819). Défense du magnétisme contre les attaques dont il est l'objet dans le dictionnaire des sciences médicales (1 vol. in-8., 270 p.). Paris: Berlin-Leprieur. Deleuze, lP.F. (1821). Observations adressées aux médecins qui désireraient établir un traitement magnétique (in-8, 20 p.). Paris: Belin Leprieur. Deleuze, lP.F. (1825). Instruction pratique sur le magnétisme animal, suivie d'une lettre écrite à l'auteur par un médecin étranger (1 vol. in-8. et in-12, 468 p.). Paris: Dentu. Deleuze, l.P.F. (1826). Lettre à messieurs les membres de l'Académie de médecine, sur la marche qui convient de suivre pour fixer l'opinion publique relativement à la réalité du magnétisme animal, aux avantages qu'on peut en retirer, et aux dangers qu'il présente lorsqu'on en fait une application inconsidérée (in-8°, 39 p.). Paris: Béchetjeune. Deleuze, lP.F. (1828). De l'état actuel du magnétisme (24 p.). Paris: sn. Deleuze, l.P.F. (1834). Mémoire sur la faculté de prévision: suivi des notes et pièces justificatives recueillies par M MiaUe (160 p.). Paris: Crochard.

XIV

Critique de l'ouvrage par L.J. Moreau de la Sarthe'

« Dans l'état présent des connaissances, le magnétisme animal n'est guère regardé, au moins par les savants de profession, que comme une sorte d'hérésie ou de superstition dans les sciences, comme une maladie de l'esprit qui, d'abord a régné sur un grand nombre de personnes oisives ou frivoles, et qui, ensuite, a attaqué parfois plusieurs hommes remarquables par la culture de leur esprit et la gravité de leur profession. Cette opinion a prévalu dans le monde savant, depuis le rapport des commissaires réunis de l'Académie des sciences et de la Faculté de médecine de Paris. Lors même qu'on l'adopterait sans restriction, on ne peut refuser d'avouer que le magnétisme présente plusieurs détails qu'il est important connaître, et que ce qui concerne l'idée que s'en (page 21) font ses artisans, leurs procédés plus moins compliqués, les phénomènes qu'ils lui attribuent, et qu'ils ont observés ou cru observer, doivent au moins être indiqués dans l'histoire physiologie. » « Le magnétisme ne se borne pas, comme plusieurs autres systèmes, à des spéculations silencieuses, à des conjectures littéraires ou philosophiques; il excite en outre ses partisans à l'action, au mouvement; il a fait faire un grand nombre d'essais, d'expériences. Ainsi que nous l'avons déjà remarqué8, il a mis en rapport, en communication
7 Moreau, L.J. (de la Sarthe) (1813). Notice sur la partie du magnétisme
de la physiologie et de la médecine morale (extrait du Moniteur)

relative à l'histoire
l'histoire critique du

- De

magnétisme animal (pp. 20-50). Paris: sn. Louis Jacques François Moreau de la Sarthe est né le 24 janvier 1771 à Montfort-sur-I'Huisne. Il fit ses études classiques au Mans, ville qu'il quitte en 1791, pour être nommé chirurgien militaire en 1793. En 1795 il est nommé sous-bibliothécaire de l'école de santé et soutient sa thèse de médecine intitulée: « Dissertation inaugurale sur la gangrène humide des hôpitaux ». Mais il se livra peu à la pratique de son art, il préféra en cultiver]a partie littéraire, pour laquelle il se sentait un goût décidé. Disciple de Cabanis, il fit partie de ]'école idéologique. Il collabora activement à partir de 1800 à la Décade philosophique, J'organe des idéologues. En tant que rédacteur, il initie ses lecteurs à la philosophie de Cabanis et à la diffusion de l'idéologie physiologique. Il fut l'auteur de nombreux ouvrages, notamment d'une Esquisse d'ull cours d 'hygièlle 01/ de médecille appliquée à l'art d'user de la vie et de cOllserver la sallté (1797-1800), d'un Traité historique et pratique de la vaccille (1801) et d'une Histoire lIall/relle de la femme (1803). Son érudition fut remarquable, on le voit présenter dans diverses revues des études critiques sur les principaux ouvrages de physiologie et de philosophie (il rédigera par exemple des comptes-rendus remarqués sur les œuvres de Pinel et de Gall). Il fit entre 1808 et 1818 un cours libre d'histoire de la médecine à la faculté de médecine de Paris. En 1818, il est officiellement nommé professeur d'histoire de ]a médecine et de bibliographie médicale. Sa chaire est supprimée en ] 822. Il meurt à Paris le 13 juin 1826. 8 Voyez Je MOlliteur du 21 avriI1813, page 430.

sympathique, un grand nombre de personnes, et les a fait agir et réagir les unes sur les autres avec toute la variété et la complication que pouvait occasionner, dans ces phénomènes, la différence de leurs tempéraments ou de leurs maladies. Les discussions que le magnétisme a provoquées ont fait en outre examiner plusieurs questions très importantes; elles ont forcé en quelque sorte la physiologie à considérer et analyser dans toutes leurs circonstances, et malgré leur complication, plusieurs phénomènes, soit constants, soit accidentels et particuliers des fonctions cérébrales ou du système nerveux, ainsi que l'influence si variée des sensations et des fonctions intellectuelles et morales, sur l'état de l'organisation. » « Un médecin philosophe a cherché à démontrer dans une dissertation académique, que les erreurs en médecine n'ont pas été sans utilité, que les hypothèses les plus téméraires, les fautes les plus graves ont quelquefois conduit à des résultats dont la science s'est enrichie9. » (page 22) « Les théories et les systèmes en général trouvent, à la vérité, le calme et la paix qui doivent régner dans l'empire des sciences; mais ils y portent l'activité, l'intérêt, le mouvement des grandes passions, et souvent ils ont contribué, sous plusieurs rapports, aux progrès de l'esprit humain. Nous ajouterons que les hommes à imagination vive, à sensibilité exaltée, découvrent parfois des faits curieux en faisant des recherches et des expériences que des esprits plus sages n'auraient pas même tentées. Ces hommes pourraient être comparés à des instruments de physique si délicats qui se dérangent facilement, mais dont la fmesse, la grande susceptibilité font faire des observations qui auraient été impossibles avec des instruments plus sûrs, mais moins sensibles. »
. Voyez la dissertation de Vandoeveren, publiée sous le titre: Sermo de erroribus medicorum sua utilitate non eventibus, in-4°. Vicq-d'Azyr dit, en parlant de J'auteur de cette excellente dissertation « M. Vandoeveren y fait voir que les fautes des médecins ont conduit quelquefois à des résultats heureux et inattendus; que les doses excessives de mercure, de quinquina, de camphre, d'opium, données contre toutes les règles de l'art, ont appris à se servir de ces substances avec un nouveau succès. À ces remarques, il joint le tableau des grandes entreprises faites contre la santé des hommes, comme l'histoire offre celles que l'on a publiées contre leur repos. Sous le voile des erreurs, sous le bandeau des préjugés qu'il soulève, il trouve toujours des vérités captives, et il les affranchit en les mettant au grand jour. Il trace la route en marquant ses écueils; il décrit les meurtriers, les méthodes systématiques, les pratiques hasardée, les longues expériences de la routine, comme des expériences mémorables aux dépens du genre humain, et dont il est important que l'on se souvienne pour n'y plus revenir. » ( Voy. Œuvres de Vicq-dAzyr, recueillies et publiées avec des notes et un discours

-

sur sa vie et ses ouvrages, par 1. 1. Moreau de la Sarthe,

tom. III, page 330).

XVI

«Ces réflexions nous avaient engagés à lire avec attention les principaux ouvrages qui ont été publiés sur le magnétisme depuis 1784, dans le dessein d'en retirer ce qui nous paraîtrait devoir appartenir plus particulièrement à l'histoire des sciences médicales en France, et principalement (page 25) à la section de cette histoire relative à la médecine morale et à la physiologielO. » «L'ouvrage que M. Deleuze vient de publier nous a paru offrir d'une manière à la fois plus méthodique et plus complète ce que nous cherchions dans ces nombreux écrits dont le magnétisme a été l'objet à la fin du 18e siècle et au commencement du dix-neuvième. Nous nous sommes dès lors attachés à la lecture de cet ouvrage, et le considérant dans ses rapports avec notre travail, nous lui avons consacré cette notice historique, dans laquelle nous nous permettrons de loin en loin quelques réflexions et quelques remarques avec tous les égards et la réserve que commandent la moralité distinguée de l'auteur, le mérite de ses ouvrages antérieurs, et la pureté de ses intentions. » « Son ouvrage n'est pas, comme il l'appelle, une histoire critique, mais une apologie raisonnée, une exposition complète, ou si l'on veut, un traité théorique et pratique du magnétisme. On voit évidemment que l'auteur se plaît à donner et à justifier sa profession de foi dans cet ouvrage. Écrivain élégant et sage, il cherche autant qu'il lui est possible à paraître impartial, et à se défendre d'un zèle indiscret et de cette chaleur que l'on reproche en général aux membres des nouvelles sectes et aux partisans des nouveaux systèmes. Dans tout le cours de son ouvrage, M. Deleuze paraît très éloigné d'une semblable disposition d'esprit; il montre moins l'enthousiasme d'une foi nouvelle que le calme et la sécurité d'une croyance ancienne bien éprouvée et tout à fait inébranlable. Une introduction écrite avec élégance et simplicité, fait connaître son objet et ses intentions. En venant un peu tard, il s'est proposé d'apprendre ce qu'il faut croire, d'être un témoin de plus, de payer (page 24) son tribut, comme il le dit lui-même, de dire ce qu'il a vu, de rapporter ce qu'ont vu des hommes dignes de foi, de montrer l'accord de toutes les expériences, d'examiner les objections et d'y répondre, enfin d'analyser les ouvrages qui ont précédé le sien, et de critiquer les auteurs que l'excès de leur zèle a porté trop loin. »

10Voyez pour l'annonce

de ce travail, le n° 282 du Moniteur,

année 1812.

XVII

« M. Deleuze annonce aussi qu'il a désiré donner quelques avis aux magnétiseurs, sur la conduite qu'ils doivent tenir envers ceux qui demandent à être éclairés et envers les incrédules: intention à laquelle il joint le projet de parler de l'utilité et des inconvénients du magnétisme, ainsi que de ce qu'il faut penser sur son association avec les doctrines mystiques. M. Deleuze ne s'est point dissimulé le genre d'inconvénients et de danger auxquels il s'est exposé en publiant son ouvrage; sans avoir rien à gagner ni pour sa réputation, ni pour aucun des avantages qu'on recherche dans le monde. » « Ce qu'il dit dans cette même introduction des préjugés des savants et de leur opposition aux doctrines nouvelles, nous paraît exiger quelques remarques. « J'ai eu l'avantage, dit M. Deleuze, de vivre avec les savants, et j'ai appris à respecter le caractère moral de ceux qui s'occupent de la recherche de la vérité, et qui, loin des passions du monde, cultivent les sciences dans la retraite; mais j'ai reconnu que s'ils sont exempts des préjugés des autres hommes, ils ont quelquefois des préjugés particuliers qui naissent du trop d'étendue qu'ils donnent à certains principes, et de la répugnance qu'ils éprouvent à faire abstraction des opinions reçues, pour examiner des opinions nouvelles. » Bergasse, avant M. Deleuze, avait observé, et d'une manière plus générale, que l'esprit a ses habitudes comme le corps, que les habitudes de l'esprit sont ses opinions plus ou moins profondes, selon qu'elles sont plus ou moins travaillées. Il ajoutait que les savants (page 25) travaillent plus en général leurs opinions que les hommes. « Leur esprit, disait-il, a donc des habitudes plus profondes, plus difficiles à détruire: à l'apparition d'un nouveau système, ils ont, pour l'adopter, plus de préjugés à vaincre. Il en est peu parmi eux qui n'opèrent sur la vérité qui leur est présentée avec toutes leurs habitudes, c'est-à-dire avec tout ce qu'il faudrait abandonner pour bien voir et bien connaître; peu qui ne portent comme involontairement leur opinion dominante dans l'examen auquel ils se livrent, à peu près comme on mêle son caractère partout, et jusque dans les actions de la vie où il devrait se montrer le moins. » « Pour affaiblir d'ailleurs l'autorité des savants et relever Mesmer par des rapprochements honorables, Bergasse rappelait, a la suite de ces réflexions, les persécutions dirigées à différentes époques contre Christophe Colomb, Copernic, Descartes, Galilée, etc. Ces remarques peuvent, jusqu'à un certain point, expliquer la résistance que les savants opposent d'abord à un nouveau système ou même à une découverte,

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surtout lorsqu'elle leur est présentée avec l'apparence du merveilleux et par des hommes qui, comme la plupart des partisans du magnétisme, paraissent tout à fait étrangers à la culture des sciences et à l'observation éclairée et attentive de la nature. Mais lorsque cette même opposition se soutient pendant près d'un demi siècle, et qu'avec le temps elle semble plutôt se fortifier que s'affaiblir, elle ne peut plus s'expliquer par ces préjugés, par ces habitudes d'esprit que l'on suppose aux savants; elle devient une des présomptions les plus fortes contre les doctrines ou les systèmes qu'elle désavoue. C'est du moins ce qu'apprend une étude attentive et approfondie de I'histoire des sciences aux époques les plus remarquables de leur progrès, et dans les circonstances où d'importantes découvertes viennent tout à coup en reculer les (page 26) limites. Ainsi la découverte de la circulation repoussée d'abord avec violence par le plus grand nombre des médecins, ne tarda point à compter parmi ses partisans des savants du premier ordre, tel que Roger-Dark, Higmor, Walleus Perquet, etc., qui la soutinrent et la firent prévaloir malgré la résistance de Riolan, de Primerose, de Liceti, etc., même avant l'époque un peu plus récente où Bartholin et van Horne l'introduisirent dans les écoles. De nos jours, le galvanisme et la vaccine qui, dans leurs commencements, durent paraître aussi extraordinaires que les effets attribués au magnétisme, ont été accueillis avec le plus grand empressement par tous les physiciens, et ont été, depuis leur première apparition jusqu'à ce jour, l'objet constant de leurs expériences et de leurs observations. Le magnétisme, au contraire, n'a compté, au moins en France, depuis près d'un demi-siècle, parmi ses partisans que des hommes presque tous étrangers à l'étude des sciences; et cette circonstance vraiment défavorable, ne peut être atténuée par l'observation de Bergasse et de M. Deleuze, sur la cause de l'espèce de résistance que les savants opposent aux opinions nouvelles. » « Quoiqu'il en soit, les opinions des magnétiseurs, le développement de ces opinions, les procédés qu'ils emploient, ce qu'ils croient, ce qu'ils pratiquent, ce qu'il y a peut-être de réel, et leur insu dans leurs expériences, etc., etc., est exposé dans l'ouvrage de M. Deleuze, beaucoup mieux du moins que dans les nombreux écrits qui l'ont précédé, et qui furent principalement publiés à l'époque et à l'occasion du rapport des commissaires réunis de l'Académie des sciences et de la Faculté de Médecine de Paris. » « L'auteur commence par donner quelques détails historiques sur le magnétisme. Suivant lui, on employa avant Mesmer le magnétisme XIX

sans savoir ce qu'on faisait; sans distinguer ce qui lui était dû, de ce qui dépend de circonstances (page 27) étrangères, sans annoncer aux honunes qu'ils pouvaient le diriger de manière à le faire servir au soulagement et à la guérison des maladies. Les observations de Mesmer, dit-il, le conduisirent à ce résultat, et c'est vraiment à lui qu'on doit la connaissance du magnétismell. » « M. Deleuze nous le montre au milieu de ce premier succès, qui augmenta ses forces; il avait cru d'abord reconnaître dans l'honune la faculté d'agir sur les organes de ses semblables par des moyens fort simples en eux-mêmes, mais dont l'efficacité, suivant lui, dépendait de la volonté de celui qui les emploie. Il lia ses observations à une théorie qu'il avait peut-être imaginée, et crut alors qu'en dirigeant d'après ses procédés l'agent universel de la nature qu'il avait découvert, il guérirait tous les maux, et pourrait même exercer une grande influence sur la société. » « Deleuze ne dissimule point ce qu'il peut y avoir de faux ou d'exagéré dans ces idées et dans les premiers effets attribués au magnétisme, accompagnés de pratiques puériles ou dangereuses, et associés à une philosophie occulte, qui, dans ce qu'on en pouvait connaître, se montrait contraire aux principes d'une saine physique. Ce fut alors que le Gouvernement crut devoir soumettre le magnétisme à la sollicitude et à l'examen des savants. M. Deleuze rappelle cette circonstance, le rapport des Académies qui condamnèrent le magnétisme, et l'espèce de mouvement et d'intérêt que cet événement imprima dès lors à (page 28) son histoire. Ce fut dans ces circonstances difficiles pour Mesmer, que s'ouvrit la fameuse souscription qui fut remplie, et qui fit verser à ce qu'on assure entre ses mains, une sonune de plus de 100,000 écus, pour exposer sa doctrine. M. Deleuze fait connaître ces détails, la formation des sociétés d 'harmonie chargées de propager le magnétisme; la querelle qui s'engagea entre Mesmer et plusieurs de ses élèves, qui attaquèrent leur maître de la manière la plus violente, l'assentiment général, au milieu de ces dissensions sur les effets du magnétisme, et les moyens de le produire, enfin la cessation de toute cette polémique, au moment de la découverte de ce que les partisans du magnétisme appellent le somnambulisme. »
Il Nous avons, dans un article précédent, énoncé une opinion différente sur l'ancienneté du magnétisme. Nous croyons inutile de la rappeler. Nous ajouterons seulement que, dès l'année 1696, il fut soutenu à la Faculté de Médecine de Paris, sous la présidence de Preaux, une thèse, sous ce titre: An morbonlm dan/ur curatiolles //Iaglle/iae, et dont la conclusion était: NOll ergo dall/ur morborum cura/iones magne/icae.

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« M. Deleuze, qui s'est montré d'abord historien, devient ensuite et sans s'en apercevoir un apologiste du magnétisme, d'autant plus zélé qu'il veut faire triompher une doctrine qui lui paraît se lier de toutes parts aux plus grands intérêts de l'humanité. Suivant lui, le nombre des témoins favorables au magnétisme, dont les attestations sont imprimées, va audelà de mille, et plus de trois cents personnes à sa connaissance s'occupent comme lui du magnétisme et en est produit ou ressenti plus ou moins les effets. » «Il rappelle ensuite, pour les détruire, les rapprochements qu'on a voulu établir entre Mesmer et Cagliostro, et annonce qu'il faut rapporter au magnétisme plusieurs des phénomènes qui eurent lieu jadis à SaintMédard sur le tombeau du diacre Pâris; il ajoute que le magnétisme, quoique suivi avec moins d'ardeur, n'a jamais été abandonné, qu'un grand (page 29) nombre d'hommes s'en occupent isolément et en silence, et qu'il s'est formé dans plusieurs villes de l'Europe des Sociétés consacrées à sa propagation et à ses progrès» « Telle est l'exposition abrégée des détails que M. Deleuze fait connaître, et qui sont des matériaux pour l'histoire du magnétisme. On y voudrait peut-être plus d'exactitude et de développement pour ce qui concerne le rapport de l'Académie; les lecteurs dont l'auteur ambitionne le plus le suffrage lui reprocheront aussi d'avoir appelé Mesmer un homme de génie, un homme extraordinaire, et d'avoir parlé avec trop d'indulgence de sa conduite à l'époque de la fameuse souscription, lorsqu'après avoir fait payer fort cher la révélation d'une vaine théorie, il se plaignit qu'on publiât ses principes, voulant à la fois garder sa découverte et l'argent de ses souscripteurs. » « L'auteur de l'article magnétisme de l'Encyclopédie méthodique a rappelé quelques circonstances relatives au motif et aux premiers essais de Mesmer, persuadé que c'est surtout dans ses premiers éléments qu'il est plus sûr, plus facile de juger un système, et que c'est dans ses premiers pas que les intentions d'un auteur sont à découvert. Nous aurions désiré que M. Deleuze eût rappelé, ne fût-ce que pour le réfuter, ce que l'on rapporte dans cet article sur la croyance de Mesmer à l'influence des astres; sur sa thèse soutenue en conséquence de cette opinion en 1776 ; sur l'emploi qu'il fit d'abord des aimants, que le Père Hell avait mis en usage; ainsi que sur l'intention marquée de tirer parti de la disposition où Gassner avait trouvé et laissé les esprits en Allemagne, et le

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rapprochement entre les exorcismes, les procédés de ce Gassner et les principes du magnétisme12. » «Nous aurions voulu encore que M. Deleuze en parlant du rapport des commissaires de l'Académie, ne leur eût point supposé l'arrière pensée, le motif de détourner les esprits d'un agent qui avait trop d'inconvénients, et de laisser se cultiver lentement ou en silence une prétendue découverte dont ils avaient si positivement nié la réalité. Cette politique subalterne, cette conduite timide et une manière de voir aussi peu philosophique, ne peuvent sûrement pas être attribuées à des hommes qui s'appelaient Bailly, Franklin, Lavoisier, etc. » « Après avoir exposé les détails que nous venons de rappeler, M. Deleuze, qui porte dans son sujet toutes les ressources d'un esprit cultivé, applique au magnétisme les principes de la critique historique, indique les expériences à faire pour se convaincre, les procédés, les pratiques les plus convenables, l'emploi médical du magnétisme et le phénomène du somnambulisme. Suivant les témoignages qu'il réunit et les faits qu'il compare, il ne craint pas d'avancer que tout homme de bonne foi qui en aura pris connaissance, sera convaincu qu'il y a dans le magnétisme quelque chose de réel et qui ne peut être produit par aucune autre cause. Laissant d'ailleurs tous les raisonnements, toutes les opinions, toutes les théories, il veut que l'on fasse soi-même les expériences magnétiques; que dans le dessein de réussir plus promptement on se retire à la campagne, que l'on excite point l'imagination des personnes mises en expérience; que l'on touche chaque jour en continuant pendant une semaine, deux malades que l'on aura choisis, sans jamais oublier les conditions suivantes qui sont indispensables: Volonté active vers le bien; Croyance ferme en sa puissance; La volonté dépend de vous; formules qui paraîtront peut-être extraordinaires; cependant M. Deleuze remarque que la foi, dont on a tant parlé n'est point essentielle en ellemême au magnétisme; et il ajoute, dans ses avis aux magnétiseurs, soyez calmes et patients.. ne détournez point votre attention.. pensez à ce que vous faites sans vous inquiéter de ce qui résultera.. imaginez qu'il est en votre pouvoir de prendre le mal avec la main et de le jeter de côté. Il ne conseille point du reste d'avoir recours à la chaîne, au baquet, aux autres

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Voy. Encycl. Mélh., Diet. de Méd., tom. l, 2e partie, p. 479 et suiv.

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moyens employés par Mesmer, et assure que sur un nombre donné de personnes bien portantes, les neuf dixièmes sont peu ou point sensibles à l'action du magnétisme. Il décrit plusieurs des phénomènes présentés par les personnes magnétisées, et principalement les sensations irrégulières de chaleur ou de froid, d'engourdissement des pieds, d'assoupissement, du mouvement d'un fluide qui coule sur eux comme de l'eau, etc. ; il pense qu'on a le droit de regarder tous les magnétiseurs comme des visionnaires, si l'on n'obtient aucun effet après passé six semaines à faire des expériences en remplissant exactement les conditions qu'il a prescrites. Il donne ensuite des conseils sur la conduite que les personnes convaincues doivent tenir avec les incrédules, après avoir remarqué ce n'est pas croyez et veuillez, mais veuillez et croyez qu'il faut dire, et qu'en dernière analyse les préceptes sur le magnétisme peuvent se réduire à celui-ci: touchez attentivement des malades avec la volonté de leur faire du bien. et que cette volonté ne soit distraite par aucune autre idée. )) « M. Deleuze, qui, d'abord, avait refusé de s'engager dans toute espèce de discussion théorique, se croit obligé d'admettre un fluide magnétique ainsi que les moyens de le communiquer, de l'accumuler, de le diriger. Ignorant sans doute que les changements morbides dans l'action nerveuse, qui ont le plus de rapport avec ce que le physiologiste peut démêler du réel dans les effets du magnétisme, occasionne un grand nombre de sensations erronées et de fausses perceptions, il est arrivé à cette singulière idée d'un fluide particulier par le témoignage des somnambules qui disent voir un fluide lumineux et brillant sortir avec force de la tête et des mains de la plupart des magnétiseurs. » « Ce qui suit fait connaître les procédés employés dans le magnétisme; on y apprend qu'il se partage déjà en trois écoles, celle de M. Mesmer, celle de M. Puységur, et celle des spiritualistes. On y apprend en outre ce qu'il faut entendre en langage magnétique par des passes, mettre en rapport, magnétiser à grand courant, ainsi que plusieurs pratiques et plusieurs objets de détail pour lesquels nous renvoyons à l'ouvrage même, que nous ne devons considérer dans cette notice que d'une manière générale, et sous un point de vue historique. )) « Dans toute cette partie de son ouvrage, M. Deleuze montre avec tout le zèle du prosélytisme le désir de convaincre les personnes qui refusent de croire au magnétisme, par leur propre expérience et par des observations qu'il les engage à faire elles-mêmes, sans appareil et en silence. C'est dans ce dessein qu'en praticien consommé, il décrit tout ce XXIII

qu'il faut faire pour magnétiser, relativement à l'attitude du magnétiseur et de magnétisé, au mode de contact, à l'apposition des mains, à la direction des mouvements et des gestes qu'il faut toujours faire de haut en bas, et en écartant les mains lorsque l'on revient vers la tête. L'auteur donne en outre les renseignements les plus étendus sur plusieurs particularités que sa pratique lui a apprises, sur l'étendue des passes, l'inflexion des mains, la direction des doigts qui doivent être légèrement courbés, et l'état de l'esprit, mais principalement la volonté, la confiance, et l'attention intéressée et soutenue qui résulte de ces dispositions. » « M. Deleuze parle aussi de la chaîne et du baquet, de leur utilité et de leurs inconvénients, des arbres magnétisés, de la musique, de la voix magnétiseur, des forces de l'instrument dont il joue. » «Ce qu'il dit de l'eau magnétisée et de ses propriétés médicales, paraîtra un peu extraordinaire, et l'on sera même surpris qu'un homme comme M. Deleuze, qui a donné dans d'autres circonstances des preuves de savoir, et même d'esprit philosophique, ait laissé subjuguer à ce point sa raison et peut-être ses sensations, par des préventions systématiques. Les explications dans lesquelles il entre sur l'influence de la volonté et de la foi dans les phénomènes du magnétisme, sont d'une certaine importance relativement au point de vue historique qui nous occupe. Suivant M. Deleuze, la foi est nécessaire au magnétiseur, mais point à celui qu'on magnétise; et si celui-ci n'éprouve des effets qu'autant qu'il est d'avance persuadé qu'il va en éprouver, on pourrait attribuer ces effets à l'imagination. Il assure avoir magnétisé des personnes tout à fait incrédules, qui éprouvèrent constamment des effets. Il croit que la volonté active vers le bien qu'il subordonne à la foi et à la conviction, est nécessaire, parce qu'il suffit d'observer, dit-il, que si ma volonté tendait au mal de celui sur qui je veux agir, elle serait repoussée par lui aussitôt qu'il en sentirait l'action. Du reste il ajoute que la volonté est indispensable, puisque l'on ne fait usage de ses facultés qu'autant qu'on le veut; l'incrédulité pourrait toutefois empêcher ou affaiblir le magnétisme, soit de la part du magnétiseur, soit de la part du magnétisé, en s'opposant à l'attention, à la concentration des forces. Ce qui sert à expliquer comment, en général, les savants deviennent plus difficilement magnétiseurs que les hommes moins habitués à s'élever à de hautes connaissances. Il est assez naturel cependant de n'avoir ni confiance ni croyance, et de ne se livrer à ces effets indubitables. »

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« M. Deleuze est forcé d'avouer que cette disposition d'esprit est défavorable au succès des expériences magnétiques; mêlant alors le moral et le physique d'une manière un peu singulière, il conclut que la croyance au magnétisme ne peut se répandre comme les connaissances sur le galvanisme et la vaccine: il faut, dit-il, que la conviction générale soit amenée par celle d'une foule d'individus, qui successivement et en divers lieux chercheront en silence à opérer le bien, et trouveront dans la satisfaction qu'ils auront de l'avoir opéré, des motifs suffisants pour engager d'autres personnes à tenter les mêmes moyens. » « Les idées de M. Deleuze sur les effets qui dépendent dans le magnétisme de la force de la volonté, de la capacité d'attention, de la direction de la volonté, de la croyance et de la confiance en sa puissance, lui servent à expliquer la différence de force entre les magnétiseurs; c'est aussi par une suite de ces mêmes idées que M. Deleuze admet et conçoit comment, dans les premiers traitements magnétiques, on trouve des guérisons qui tiennent du prodige par la promptitude et l'intensité des effets. « L'enthousiasme, dit-il, était alors excessif, il donna une confiance sans bornes, une foi vive, et les magnétiseurs firent sans aucun effort usage de toutes leurs facultés, de toute leur puissance; ils furent également secondés par les sujets qui se livraient à eux avec un entier abandon. Ils réussirent, parce qu'ils croyaient, qu'ils voulaient, et que rien ne leur paraissait difficile. Aujourd'hui, cette foi, cette confiance sont bien plus rares. La plupart de ceux qui magnétisent ont une sorte de crainte de ne pas réussir: je l'ai cent fois éprouvé moi-même. Je suis bien convaincu de la réalité de l'agent, mais malgré moi je doute de ma puissance, et ce doute affaiblit mon action. Il y a des jours où j'agis plus fortement, et c'est toujours lorsque je magnétise avec le plus d'abandon et de confiance: je m'aperçois aussi que ma force augmente, lorsque j'ai produit un effet salutaire. La diminution de confiance n'empêche point qu'on ne fasse du bien, mais on en fait moins; et il est essentiel d'en avertir pour qu'on ne fasse du bien, mais on en fait moins; et il est essentiel d'en avertir pour qu'on ne soit pas étonné de ne pas produire d'abord des effets semblables à ceux dont on trouve dans les livres des récits bien constatés. » « M. Deleuze avoue toutefois que dans tous les temps les bons magnétiseurs sont rares, et que l'on en trouvera peu comme M. Mesmer, MM. de Puységur, le Père Hervier. Il n'admet pas avec Mesmer, qu'il y ait des hommes dont la présence puisse détruire les effets du magnétisme,

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opinion que l'on regarderait sans doute comme destinée à servir d'excuse dans le cas où ses expériences ne réussiraient pas. Il fait le portrait suivant du meilleur magnétiseur: « C'est celui qui a un tempérament robuste, un caractère à la fois ferme et tranquille, le germe des passions vives, sans être subjugué par elles, une volonté forte sans enthousiasme, de l'activité réunie à la patience, la faculté de concentrer son attention sans efforts, et qui en magnétisant s'occupe uniquement de ce qu'il fait. » « À la suite de ces détails, M. Deleuze traite, d'après ses propres expériences, des effets généraux du magnétisme considérés comme des effets physiques qui prouvent une action, et comme des moyens que l'on peut appliquer à la guérison des maladies. Le Somnambulisme, auquel il consacre un article particulier, s'est présenté rarement à son observation, et il avoue que sur plus de trois cents personnes qu'il a magnétisées, il n'a guère rencontré qu'une douzaine de somnambules qui lui aient offert des phénomènes curieux. Les symptômes, les sensations qu'éprouvent les malades soumis au magnétisme sont très variables; les plus remarquables circonstances indiquées par M. Deleuze sont une sensation de chaleur ou de froid, plus souvent de chaleur semblable à celle d'un fer chaud qui passe devant le visage; l'assoupissement, les yeux appesantis, la tête lourde, l'engourdissement des jambes, l'impression d'un poids ou d'une certaine chaleur à l'estomac par l'application de la main; le pouls plus élevé, plus vif, plus régulier; quelquefois une transpiration augmentée aux pieds ou aux mains; un léger sommeil, de la difficulté à ouvrir les yeux, un sommeil plus profond qui a lieu subitement et qui dure une heure ou plus; des spasmes qu'il est nécessaire de calmer; le retour d'une douleur ancienne, etc. etc. » « M. Deleuze dit avoir traité des esquinancies par le magnétisme, dont l'application qu'il croit plus particulièrement indiquée dans les maladies inflammatoires, lui paraît convenir comme moyen auxiliaire dans la fièvre bilieuse, la fièvre adynamique, la fièvre ataxique, etc. » « Il croit avoir guéri ou vu guérir trois hydropiques jugés à peu près incurables par d'habiles médecins, plusieurs fièvres d'accès; des maux d'yeux, des maux de dents, des maux d'oreilles, un catarrhe qui s'était annoncé d'une manière très grave et qui céda dans une seule séance; des suppressions menstruelles plus ou moins anciennes; des laits répandus; des sciatiques; des rhumatismes; des panaris et autres maux d'aventure; des migraines violentes et périodiques. Il pense en outre que de nombreuses expériences prouvent les bons effets du magnétisme dans XXVI

le traitement de l'épilepsie. D'après les faits qu'il rapporte, le même moyen pourrait être employé pour soulager ou consoler dans les maladies incurables ou mortelles, et servir ainsi à l'art si peu avancé, si négligé, de rendre la mort douce, à cette euthanasie sur laquelle le chancelier Bacon appelait avec tant l'éloquence l'attention des véritables amis de la philosophie et de l'humanité. (page 37) Nous ne craindrons point d'avancer que les remarques si ingénieuses et si sages des commissaires réunis de l'Académie des Sciences et de la Faculté de Médecine sur l'expérience médicale, s'appliquent d'une manière particulière à tout ce que rapporte M. Deleuze en parlant de l'application du magnétisme à la guérison des maladiesl3 ; nous lui reprocherons en outre d'avoir cité inutilement M. Corvisart, pour dire que l'hydropisie est souvent la suite d'une maladie organique; d'admettre des faits répandus, et de montrer en général en parlant des effets salutaires du magnétisme, une confiance que l'on pourrait à peine avoir dans les médicaments les mieux connus, confiance d'ailleurs bien contraire à ce doute philosophique que donne une longue pratique de la médecine et une étude approfondie des phénomènes si variables de la vitalité. » « Ce qu'il y a d'extraordinaire, d'incroyable dans le phénomène appelé somnambulisme par les magnétiseurs, a engagé M. Deleuze à en faire le sujet d'un article particulier. Suivant ce qu'il rapporte, il y a dans cet état une foule de nuances, etc. » « Le somnambule, dit-il, a les yeux fermés, et ne voit pas par les yeux; il n'entend point par les oreilles; il ne voit, n'entend que ceux avec lesquels il est en rapport, et ne regarde que les objets sur lesquels on dirige son attention; il est soumis à la volonté de son magnétiseur pour tout ce qui ne peut lui nuire, et pour tout ce qui ne contrarie point en lui
Voyez le Moniteur du 21 avril 1813, pag. 431. Les commissaires réunis de l'Académie des sciences et de la Faculté de Paris, dont nous avons rappelé, dans cette feuille, les vues générales sur l'incertitude du plus grand nombre des expériences en médecine, s'appuyaient aussi d'observations particulières. Ils ont cité entre autres une observation curieuse de M. Bourdois de la Mothe, alors médecin de charité de Saint-Sulpice. Le sujet de cette observation était une femme très pauvre du Gros-Caillou, qui, attaquée en 1779 d'une fièvre maligne très bien caractérisée, refusa tout secours, et resta pendant tout le cours de la maladie, tranquille sur la paille qui lui servait de lit, buvant de l'eau tout le jour, et ne faisant rien autre chose. La maladie passa successivement par les diverses périodes, et se termina par une guérison complète. On trouve aussi dans le même rapport, l'observation d'une demoiselle qui, portant au sein droit une glande susceptible de résolution, guérit spontanément au moment d'user d'un prétendu spécifique appelé l'eau du peintre, auquel on aurait rapporté cette cure merveilleuse, si la malade en eût essayé l'usage seulement pendant quelques jours. I)

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les idées de justice et de vérité. Il sent la volonté de son magnétiseur; il aperçoit le fluide magnétique; il voit ou plutôt il sent l'intérieur de son corps et celui des autres; mais il n'y remarque ordinairement que les parties qui ne sont pas dans l'état naturel et qui en troublent l'harmonie. Il retrouve dans sa mémoire le souvenir des choses qu'il avait oubliées pendant la veille; il a des prévisions et des pressensations qui peuvent être erronées dans plusieurs circonstances, et qui sont limitées dans leur étendue; il s'énonce avec une facilité surprenante; il n'est point exempt de vanité; il se perfectionne de lui-même pendant un certain temps, s'il est conduit avec sagesse; il s'égare s'il est mal dirigé. Lorsqu'il rentre dans l'état naturel, il perd absolument le souvenir de toutes les sensations et de toutes les idées qu'il a eues dans l'état de somnambulisme, tellement que ces deux états sont aussi étrangers l'un à l'autre, que si le somnambule et l'homme éveillé étaient deux être différents. » « Cet oubli complet de ce qui s'est passé dans l'état du somnambulisme est un phénomène régulier, constant, tandis que les autres circonstances du même état que nous venons d'indiquer se trouvent rarement réunies dans un même sujet. M. Deleuze assure même qu'on a vu quelquefois les somnambules parler d'eux-mêmes, comme si leur individu dans l'état de veille, et leur individu dans l'état de veille, et leur individu dans l'état de somnambulisme étaient deux personnes différentes. Une MmeN., qu'il cite, étant devenue malade et somnambule dans le moment où la perte de sa fortune l'avait portée à prendre la résolution de se faire actrice, manifestait pendant son somnambulisme des vues entièrement opposées à cette résolution: « Pourquoi donc voulezvous entrer au théâtre, lui disait alors son magnétiseur?

-

Ce n'est pas

moi, c'est elle, répondit la somnambule. - Mais pourquoi donc ne l'en détournez-vous pas? - Que voulez-vous que je lui dise? c'est une folle. » « M. Deleuze qui rapporte ce fait ne craint pas d'avancer qu'au lieu de recevoir les sensations par l'action de la lumière sur les yeux et des vibrations sonores sur l'ouïe, les somnambules les reçoivent immédiatement par celle du fluide magnétique. Il pense d'ailleurs qu'il n'est nullement prouvé que dans le somnambulisme on ait les connaissances qu'on n'avait point dans l'état de veille, mais seulement des sensations plus délicates, un souvenir distinct de tout ce qu'on a vu, et de tout ce dont on a été affecté, une grande facilité à faire des combinaisons; enfin, toutes les facultés de l'homme éveillé plus libres, XXVIII

plus étendues. Un somnambule saisit la volonté de son magnétiseur.. il exécute une chose qui lui est demandée mentalement et sans proférer de paroles, ce qui suppose qu'il ne se fait pas un mouvement dans le cerveau du magnétiseur, sans que ce mouvement ne se répète ou ne soit senti chez le somnambule. » « Les somnambules reconnaissent et prévoient le développement d'une maladie non seulement chez eux-mêmes, mais encore dans un individu avec lequel ils sont en rapport. Ils font quelquefois des dissertations de métaphysique, de psychologie, de médecine, etc. Une demoiselle de seize ans que M. Deleuze a vue en état de somnambulisme, lui dictait de petits traités sur quelques maladies qu'elle avait éprouvées où dont elle avait entendu parler. La faculté qu'ont les somnambules de voir les objets dont ils sont très éloignés lui paraît un phénomène si surprenant, qu'il ne demande à personne d'y croire sans l'avoir vérifié. L'idée qu'il se fait du fluide magnétique lui paraît toutefois propre à diminuer ce qu'on aperçoit d'abord de prodigieux et d'inconcevable dans cette faculté. » « Les rapprochements que M. Deleuze veut établir entre les prévisions des somnambules et les rêves considérés comme symptômes précurseurs des maladies ne sont nullement fondés, et prouvent seulement que l'auteur, qui s'est occupé avec succès des sciences naturelles, a négligé l'étude de la saine métaphysique et de la saine physiologie. » « La clairvoyance des somnambules se perfectionne et augmente par l'expérience, et diminue avec la maladie. Elle n'est pas indépendante d'un mal accidentel, d'une crise, d'une impression morale. M. Deleuze avertit que lorsque l'état du somnambulisme a duré quelque temps, il se rapproche de l'état de veille, et qu'il ne faut pas trop compter sur les somnambules qui sont déchus du degré auquel ils étaient parvenus, et qui ont conservé la faculté de tomber en somnambulisme après leur guérison. » «Il veut que l'on adresse les questions suivantes à un somnambule : « Dormez-vous? - (page 41) Combien de temps faut-il vous laisser dormir? - Quand faudra-t-il vous remettre en crise? Voyez-vous votre mal? - Quelle en est la cause? - Voyez-vous le remède? - Cherchez ce remède. - Quelle précaution à prendre pour conserver votre santé après votre guérison? » « L'état de somnambulisme trop prolongé avec excitement de l'imagination et direction de l'esprit sur des objets étrangers à la maladie, XXIX

amène une sorte d'enthousiasme et d'irritabilité cérébrale que l'on doit éviter soigneusement d'après les avis de M Deleuze. Il occasionne dans quelques circonstances particulières des effets qui, s'ils étaient bien constatés, seraient dignes de l'attention du médecin philosophe et des physiologistes. » « Un jeune somnambule dont l'état offrit d'ailleurs plusieurs particularités curieuses, éprouvait pendant son somnambulisme une augmentation de mémoire. Son magnétiseur lui demanda un jour s'il pouvait se rappeler ce que c'était qu'un livre qu'il disait avoir lu à Candie: en éprouvant une vive impression; il répondit qu'il n'en savait pas le titre; mais sur la demande d'en citer quelques passages, il récita, comme s'il lisait, deux pages de la Nuit de Narcisse d'Young, ce qu'il ne put faire étant éveillé. « Une femme hémiplégique éprouvait un genre d'altération mentale assez commun dans cette circonstance de maladie; elle n'employait absolument que l'infinitif des verbes, ne faisait usage d'aucun pronom ni d'aucune combinaison; elle ne pouvait compter que jusqu'à trois; elle disait souhaiter bon jour, pour je vous souhaite le bonjour; mari venir, pour mon mari va venir. Elle fut magnétisée, et dès le premier jour, elle eut dans le bras de la chaleur, des picotements, et au bout de quinze jours le mouvement du bras. Elle reprit ensuite la faculté de compter; elle apprit à dire en épelant. Le magnétiseur fut forcé de la quitter lorsqu'elle pouvait dire: auparavant (page 42) pouvoir pas dire je, vous, tu, il ..à présent, être bien. » « Guérison qui nous paraît spontanée, et qui du moins présente beaucoup d'analogie avec ce que nous avons vu s'opérer sans le concours de la médecine dans pareilles circonstancesl4. » « La clairvoyance des somnambules, l'augmentation, le développement plus facile de leurs facultés intellectuelles, l'espèce de délire et d'exaltation à laquelle ils s'abandonnent quelquefois, ont, en apparence, beaucoup d'analogie avec l'excitement et l'extase des visionnaires, et on ne doit pas être étonné que les illuminés aient en général facilement adopté le magnétisme, et que cette opinion se soit associée dans plusieurs parties de l'Allemagne avec les doctrines mystiques. »
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Ces deux faits qui, indépendamment de toute opinion relative au magnétisme, présentent
générale,

un grand intérêt, ont été constatés par M. Deleuze, et appartiennent à la médecine ainsi que plusieurs autres opérations psychologiques dont il a enrichi son ouvrage.

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«M. Deleuze qui s'attache d'ailleurs à séparer ces choses, avoue lui-même que les illuminés doivent être des somnambules plus étonnants ou des magnétiseurs plus forts, parce que leur foi est plus ferme, leur charité plus ardente, leur confiance plus inébranlable; dispositions qui augmentent leurs forces, quoique l'opinion à laquelle ils en sont redevables soit une erreur et un véritable délire. M. Deleuze remarque à cette occasion que les guérisons étonnantes opérées par les solitaires dans diverses religions, ont eu pour cause cette réunion de la volonté, de la croyance et de la confiance. » «Ces rapports, cette espèce d'accord, entre le magnétisme et l'illumination ne s'étendent d'ailleurs pas à la nature des phénomènes propres à ces deux situations, et le magnétisme par lui-même est absolument étranger aux mystiques, ainsi que M. Deleuze s'est attaché à (page 43) la prouver dans son ouvrage, et en ne craignant pas d'avancer que les spiritualistes, les membres de la Société exégétique de Stockholm, ont fait beaucoup de tort au magnétisme, en citant comme des oracles et à l'appui de leurs idées mystiques, les folies que disaient leurs somnambules. Ces rapprochements l'ont conduit à une forte et longue digression sur les doctrines mystiques, un peu étrangères à son sujet, et dans laquelle il avertit qu'il n'adopte point la doctrine des illuminés, qu'il ne prétend en aucune manière la proposer comme admissible, mais seulement examiner si elle est plus absurde que les systèmes métaphysiques de Platon, de Leibniz, de Huet, de Malebranche, qui, bien qu'on les juge dépourvus de toute vraisemblance, n'ont jamais empêché qu'on en respectât les auteurs. » «Nous ne pouvons sans doute qu'applaudir à cette tolérance, à cette indulgente impartialité de M. Deleuze; mais il eût été peut-être plus philosophique et plus utile de montrer que ces théories mystiques, ces doctrines des illuminés ont des inconvénients que l'on ne peut reprocher aux spéculations isolées et paisibles des philosophes; que ces erreurs, comme une sorte de contagion superstitieuse, se répandent avec une activité que les systèmes scientifiques ne peuvent jamais avoir; qu'elles contribuent, comme l'a prouvé Perfect pour les méthodistes anglais, à peupler les maisons d'aliénés et qu'elles se mêlent à la pratique de la vie et même aux choses humaines qui leur sont le plus étrangères, avec toute l'audace et l'imprudence de la folie. » «Ce que dit M. Deleuze des miracles opérés à l'intercession de M. de Pâris et du livre de Carré de Mongeron sur ses miracles

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n'apparaissent guère plus à son sujet que sa digression sur les doctrines mystiques. La saine critique, malgré tous les raisonnements de M. Deleuze et l'authenticité, le nombre des témoignages, (page 44) portent à ne point admettre la plupart de ces prodiges auxquels s'appliquent les réflexions que Hume a développées dans sa Dissertation sur les miracles. La physiologie ne voit dans ceux de ces mêmes prodiges qui paraissent constatés, que des effets de l'extase, des concentrations intérieures de l'action nerveuse qui affaiblissent ou suspendent même le développement extérieur de la sensibilité, et desquels on trouve des exemples dans l'histoire des martyrs de toutes les religions. » « M. Deleuze a d'autres idées; sa tolérance d'abord va jusqu'au point de respecter l'opinion de ceux qui accordent une espèce de pouvoir aux prières. Trouvant ensuite que les faits rapportés par M. de Mongeron sont revêtus de toutes les preuves imaginables, et que si on les rejette, on ébranle tous les fondements de la physique et de I'histoire, il refuse de penser avec Hume que l'on peut opposer à cette foule de preuves et de témoignages, l'impossibilité absolue, c'est-à-dire la nature miraculeuse des événements qu'ils attestent. Les phénomènes opérés dans le cimetière de Saint-Médard ne lui paraissent point excéder les ressources de la nature, et pour se dispenser d'en douter, pour ne pas ébranler les fondements de la physique et de l'histoire, il conçoit, il explique par la doctrine du magnétisme, les guérisons qui ont eu lieu sur le tombeau du diacre Pâris. Toutes les conditions pour magnétiser et pour être magnétisé se trouvaient réunies dans ces circonstances: Foi vive, volonté forte, abandon de confiance, etc., etc. » « Le magnétisme ayant d'ailleurs agi sur le tombeau du diacre Pâris à l'insu de ceux qui l'employaient, a dû être mal dirigé, a dû exciter chez certains individus des crises nerveuses, des convulsions. La sentence : « De par le roi, défense à Dieu d'opérer miracle en ce lieu, » ne paraît pas à M. Deleuze la véritable cause qui (page 45) arrêta ces effets extraordinaires attribués à l'intercession de M. de Pâris. « L'intercession du saint, dit-il, n'aurait pas été moins efficace quand on l'aurait invoqué loin de son tombeau. » M. Deleuze pense que l'on pourrait expliquer de la même manière plusieurs guérisons surprenantes rapportées chez les historiens; telles par exemple que celles d'un aveugle et d'un perclus, par Vespasien, lorsqu'il était à Alexandrie. » « L'extension de la doctrine du magnétisme, que M. Deleuze porte bien loin, l'engage à vouloir l'appuyer par des faits ou des

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considérations tirés des systèmes, des théories des philosophes, ou des observations des plus célèbres médecins. Il rappelle dans cette intention l'opinion d'Arétée, que dans les maladies nerveuses et surtout aux approches de la mort, il se manifeste quelquefois une prévision étonnante. Il cite dans le même dessein les dissertations de QuellmatzlS, de Janitsch16, d'Alberti17, qui admettent que les malades connaissent plusieurs jours d'avance les crises qu'ils doivent avoir, et les remèdes qui. leur conviennent. Il croit pouvoir encore placer dans le même point de vue plusieurs phénomènes cités par Cabanis18, ainsi que l'opinion de Desèze19, qui regarde comme incontestable que lorsque certaines maladies augmentent l'action du cerveau, il s'y (page 46) forme non seulement des images nouvelles, mais encore des idées qui représentent l'avenir, ce qui n'arrive guère que dans l'extase, la frénésie, et l'apoplexie idiopathique. » «On doit savoir gré à M. Deleuze de cette érudition, de ces recherches utiles, et même de ces rapprochements qui se présentent aussi aux physiologistes, mais sous un point de vue moins favorable aux partisans du magnétisme; on est d'ailleurs affligé de le voir, dans cette digression, si près, et sans les aborder, de plusieurs vérités dont il est tout à coup éloigné par sa croyance à un fluide magnétique qui lui fait admettre certaines visions à distances éloignées, certaines prévisions20, et ne pas craindre d'énoncer l'opinion suivante: «NOllS pouvons aujourd'hui déterminer les cas dans lesquels la prévision a lieu, et les limites dans lesquelles elle est renfermée. Elle ne se manifeste que dans un état de crise nerveuse; elle ne s'étend point au-delà de ce que l'intelligence peut conjecturer d'après la connaissance des causes actuelles: elle est le plus ordinairement un développement de l'instinct dont nous sommes doués
IS De Divinatiollibus medicis. Freib. 1723. 16De Somniis medicis. Argentorati 1720. 17 De Vacticiniis aegrotorum. Hal. 1724. 18 Nous aurions désiré qu'en citant Cabanis, M. Deleuze ne se fût point empressé d'avertir d'une manière aussi inutile que déplacée qu'il n'adoptait point les opinions métaphysiques de ce philosophe, qui avait un trop bon esprit pour mêler de paremes opinions ou une profession de foi à des recherches purement physiologiques et médicales 19 Recherches sur la sensibilité, Montpellier, 1786. 20 À cette occasion M. Deleuze cite plusieurs faits assez curieux, et principalement une prédiction rapportée dans les Mémoires de Marguerite de Navarre, et attribuée à la reine mère qui étant malade apprit en rêvant le succès de la bataille de Jarnac et la défaite du prince de Condé, il cite également l'espèce de vision des objets éloignés des montagnards d'Écosse, à laquelle on donne le nom de seconde vue, et dont parle Johnson dans son Voyage aux îles Hébrides.

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