Histoire de l'homme et changements climatiques

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Yves Coppens a prononcé sa leçon inaugurale au Collège de France en 1983. Est-il besoin de dire quels progrès ont effectué la paléoanthropologie et la préhistoire un peu moins d'un quart de siècle ?

La leçon de clôture qu'il a donnée en 2005 dresse un double bilan : celui de ses propres travaux mais aussi celui de sa discipline. On ne saurait imaginer sur les origines de l'humanité synthèse plus concise que ce texte aussi dense que brillant.
Publié le : mercredi 22 mars 2006
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782213641263
Nombre de pages : 96
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Madame, Monsieur les Ministres,
Monsieur l'Administrateur,
Mes chers collègues,
Mesdames, messieurs, mes chers amis,
Le vendredi 2 décembre 1983, il y a vingt et un ans, en fait vingt-deux années universitaires, je donnais dans la salle 8, ma première leçon, dite inaugurale, au Collège de France. J'étais très ému. Après y avoir rendu hommage à mes grands prédécesseurs, Henri Breuil et André Leroi-Gourhan, et à celui qui aurait pu l'être, Pierre Teilhard de Chardin, je déclarais à l'Administrateur Yves Laporte, à mes collègues et à mes futurs auditeurs : « Tel est donc le lourd héritage que je dois assumer et faire fructifier jusqu'en l'an 2004 », et je crois que ce fut le seul de mes propos qui fit sourire !
Eh bien ! Nous y voilà, non pas en 2004, mais en 2005 pour faire bonne mesure, un petit garçon étant venu entre-temps ajouter de nouvelles couleurs à mon existence. Ce soir, je rejoins donc la belle cohorte des professeurs honoraires du Collège de France, forte d'une quarantaine de collègues, en clôturant avec vous l'enseignement de la chaire de paléoanthropologie et préhistoire, pourtant en plein vol, mais qu'y puis-je ? Je ne peux tout de même pas être nostalgique alors que c'est, par essence même, le passé qui me nourrit.
Le 2 décembre 1983, j'avais remercié de leur confiance ceux des collègues qui avaient soutenu activement la candidature de cette nouvelle chaire et encouragé la mienne personnelle pour l'occuper, puisqu'une cooptation au Collège se fait en deux temps. Je rendrai ce soir un hommage ému à la mémoire de trois d'entre eux qui nous ont quittés depuis : Lucien Bernot, André Caquot et Jacques Ruffié – Jacques Ruffié tout particulièrement puisque ce fut lui, titulaire de la chaire d'anthropologie physique, qui me fit appeler au Collège, après y avoir remarquablement bien préparé ma venue. Dans une allocution prononcée à la Sorbonne à l'occasion de son entrée à l'Académie des sciences, j'avais décrit Jacques Ruffié comme « un scientifique étonnamment actif et créatif, un patron de laboratoire entreprenant et combatif, un président efficace et respecté, un homme chaleureux et de très agréable compagnie », description dont je confirme tous les termes, en y ajoutant celui d'ami, dont la fidélité n'a jamais failli tout au long des quarante et quelques années de nos relations tant personnelles que professionnelles.
J'ai débuté modestement ma carrière comme stagiaire de recherche au Centre national de la recherche scientifique, affecté d'abord au laboratoire de paléontologie des vertébrés et paléontologie humaine de la Sorbonne, 54 rue Saint-Jacques, juste en face ; puis successivement comme attaché de recherche et chargé de recherche, affecté à l'Institut de paléontologie du Muséum national d'Histoire naturelle, au Jardin des Plantes, avant d'être nommé à la sous-direction, puis à la direction du musée de l'Homme, au palais de Chaillot, sur l'autre rive, où je reçus d'ailleurs ma première chaire de professeur titulaire, celle d'anthropologie du Muséum, ce qui me vaut aujourd'hui un second honorariat. J'arrivai donc au Collège de France avec déjà vingt-sept années d'exercice de la paléontologie et de la préhistoire, en laboratoire et sur le terrain, accompagné bien sûr de beaucoup de chercheurs, jeunes et moins jeunes, embarqués sur le bateau que j'avais construit. Je dois dire que j'ai trouvé au Collège, pour eux comme pour moi, un merveilleux climat de sérénité, d'indépendance, de liberté, de travail et de soutien pour poursuivre recherche et collaboration. Le Collège m'offrait en outre le privilège d'enseigner à un large public la synthèse des résultats tout frais de nos travaux en cours, celui de pouvoir inviter chaque année un nombre important de collègues français ou étrangers, et celui, plus discret, de côtoyer de grands Collégiens de disciplines si éloignées des miennes que les chances de les rencontrer dans le cours d'une existence normale auraient sans doute été nulles.
Mais le Collège, c'est aussi un esprit maison, esprit de solidarité – Collège n'est pas un vain mot – et esprit d'ouverture – le Collège pourrait tout à fait s'appeler du Monde. Je suis ainsi, comme vous le voyez, un Collégien heureux.
Cinquante-deux chaires – c'est l'effectif du Collège – ne suffisent évidemment pas à couvrir tous les champs de la connaissance, et le Collège n'a jamais eu la prétention de tenter d'y parvenir, mais j'ai tout de même trouvé que la représentation de mes champs à moi était un peu faible et, comme de grands chercheurs les occupaient ailleurs, fort de bons arguments et de candidats d'exception, je me suis lancé dans le renforcement de mon domaine. Je n'étais en effet, officiellement, que le porte parole des hommes fossiles et de leurs productions. Personne ne traitait de leur emballage, dans le sens le plus noble du terme, personne ne se souciait de la vie d'avant l'Homme, ni des hommes de cette période qui n'est plus la Préhistoire et pas encore l'Histoire.
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