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Histoire de Napoléon III et du rétablissement de l'Empire

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515 pages

Les révolutions qui changent la face des empires offrent aux contemporains une série d’énigmes qui s’expliquent ou s’obscurcissent les unes par les autres jusqu’à ce qu’un grand fait éclate, qui répande la lumière et fasse apparaître dans leur évidence les desseins du Très-Haut. Il s’écoule parfois beaucoup d’années avant qu’un tel fait se produise ; alors les générations marchent à tâtons dans les ténèbres, se demandant où elles vont, et n’ayant pas plus conscience de leur destinée que le chiffre inerte inscrit dans un problème n’en possède la solution.

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Auguste Vitu
Histoire de Napoléon III et du rétablissement de l'Empire
LIVRE PREMIER.
DE LA CHUTE DE L’EMPIRE FRANÇAIS JUSQU’A LA RÉVOLUTION DE FÉVRIER. 1815-1848
I
Les révolutions qui changent la face des empires offrent aux contemporains une série d’énigmes qui s’expliquent ou s’obscurcissent les u nes par les autres jusqu’à ce qu’un grand fait éclate, qui répande la lumière et fasse apparaître dans leur évidence les desseins du Très-Haut. Il s’écoule parfois beaucoup d’années avant qu’un tel fait se produise ; alors les générations marchent à tâtons dans les ténèbres, se demandant où elles vont, et n’ayant pas plus conscience de leur destinée que le chiffre inerte inscrit dans un problème n’en possède la solution. L’histoi re vient ensuite, qui embrasse les annales d’un peuple dans ses vastes tableaux, noue la chaîne des événements, décrit la marche des idées, déterminé le caractère d’une époq ue, montre enfin, à travers le tumulte et le choc des passions, comment l’homme s’agite et vers quel but Dieu le mène. Mais ce que l’histoire débrouille lentement et péni blement dans les récits confus du passé, il arrive qu’un homme, imbu d’une foi profon de qu’il puise dans un génie exceptionnel, dans les traditions d’une race glorieuse, et dans une connaissance absolue des besoins matériels et moraux de son pays, l’aper çoive dans le présent, et sans se laisser ébranler par le spectacle des convulsions d’une époque tourmentée, lise dans les maux dont il est le témoin la loi de l’avenir. Ains i doué d’une intuition supérieure, cet homme s’imposera aux autres hommes, parce qu’il est fort et qu’ils sont faibles, parce qu’il sait et qu’ils ignorent, parce qu’il voit et qu’ils sont aveugles, parce qu’il croit et qu’ils 1 doutent. Ainsi sont faits les fondateurs de dynasti es, ces pasteurs des peuples qui er créent ou rajeunissent les nationalités. Tel fut Na poléon I , qui constitua la France moderne ; tel est Napoléon III, qui continue l’œuvr e du premier empereur. Le siècle, dominé par ces grands hommes, se présente clairement à la perspective de l’histoire, et l’écrivain n’a plus qu’à recueillir avec soin leurs doctrines pour peindre fidèlement son temps et son pays. Mais aux événements comme aux paysages, pour les embrasser dans leur ensemble, il faut un point de vue d’où l’on domine l’horizon. Deux journées décisives ont marqué e l’une l’aurore du XIX siècle et l’autre, son zénith : c’est du haut du 1 8 brumaire et du haut du 2 décembre qu’il faut juger notre époque. E ntre l’Empire qui se préparait et l’Empire qui s’est renouvelé, se presse une foule d e faits transitoires. Les historiens qui ont écrit trop tôt étaient nécessairement portés à les regarder comme définitifs, en même temps ils traitaient d’éphémère ce qui ne devait pas périr. La plupart ont cru la révolution terminée, un jour parce que les Bourbons transigeai ent avec la révolution au moyen d’une charte octroyée ; le lendemain parce que la m aison d’Orléans s’enveloppait du drapeau tricolore et qu’on grattait les fleurs-de-l ys. Mais aux yeux de ces graves penseurs, l’Empire était une fantasmagorie, l’empereur un météore, la France impériale un souvenir sur la colonne ; rien de plus. En trente-trois années, c’est-à-dire en un peu moins que le tiers d’un siècle, la France a vu tomber trois gouvernements, qui, tous les troi s monarchiques dans la forme, reposaient cependant sur des bases très diverses, p oursuivaient des buts différents, et qui n’ont pas péri par les mêmes causes. Après la c hute de Napoléon, de Charles X et de Louis-Philippe, il sembla qu’on eût épuisé toutes les combinaisons monarchiques, et des esprits faibles ou peu éclairés poussèrent le p ays à expérimenter la forme républicaine. Or, une seule expérience avait été co mplète, celle du gouvernement représentatif ; car de la tribune était parti le signal des insurrections qui ont tué Louis XVI, chassé Louis-Philippe et Charles X, mais les instit utions impériales, c’est le canon de l’ennemi qui les avait renversées. Pendant que les cohortes étrangères enveloppaient Paris, les pouvoirs légaux proclamaient Napoléon II, et le peuple criait : Vive l’Empereur !
L’Empire avait eu Waterloo, mais il n’avait eu ni 2 9 juillet, ni 24 février. Sa gloire était vivante ; et lorsqu’il disparut, une immense rancune s’amassa dans l’âme de la France ; ceux qui jugeaient impossible de le rétablir jurèrent de le venger. Qu’était-ce donc que cet Empire qui avait jeté de s i profondes racines dans le sol ? Qu’était-ce donc, sinon la forme définitive et vivante sous laquelle la France transfigurée, éprouvée par d’horribles malheurs, revenait prendre son rang à la tête des nations ? Les grandes transformations sociales ne s’opèrent que p ar des instruments nouveaux. La révolution d’Angleterre n’avait été close que par u ne dynastie nouvelle. Aussi, dès les premiers orages de la révolution française, beaucou p d’hommes politiques accueillirent l’idée d’un changement de dynastie ; cette théorie préconçue fit toute la force du parti 2 d’Orléans , qui sans doute eût réussi alors si son chef eût été, non pas même un homme de génie, mais seulement un homme d’action. La révolution marchant toujours, les deux branches rivales furent emportées par la même tempête ; on ne vit plus dans la lice que des individualités impuissantes, atroces ou ridicules, qui se dévorèrent l’une par l’autre, et les degrés du pouvoir furent encombrés d’ossements humains. Où marchait la nation, sinon vers une dissolution prochaine ? La gloire mi litaire nous sauva ; le général Bonaparte, vainqueur de l’Europe et maître de la France, dont l’esprit vivait en lui avec plus d’ardeur qu’en aucun autre, résolut d’applique r le droit nouveau en reprenant les traditions de l’autorité ancienne, il se fit le Lou is XIV de la révolution. Il savait d’ailleurs que la France était démoralisée et qu’il fallait la fortifier par un régime austère. L’émigration, les spoliations, les massacres, en me ttant les classes de citoyens aux prises les unes avec les autres, avaient détruit l’ esprit de nationalité réfugié dans les camps. Mais sous la main de l’empereur la France ne fut plus qu’une armée, et elle reconquit les vertus de l’armée, la discipline, le sentiment de l’honneur. C’était beaucoup, et l’empereur fit plus. Il appliq ua les principes de la révolution française dans ce qu’ils avaient de juste et de réa lisable ; il établit l’égalité de l’impôt et l’égalité devant la loi ; les tribunaux, hiérarchiq uement organisés, rendirent la justice gratuite ; un seul corps de lois civiles et crimine lles régit l’Empire ; l’administration ; départementale et financière fut créée de toutes pièces ; enfin, en même temps que le signe divin de la Rédemption reparaissait sur nos v ieilles basiliques, et que l’aigle française éployait ses ailes sous la protection de la croix, le concordat réglait définitivement la vieille querelle du temporel et du spirituel, et le catholicisme renaissant confirmait les libertés de l’église gallicane. Ainsi, l’empereur effaçait la révolution par la révolution et la supprimait en lui donnant gain de cause. Tel est le caractère véritablement original de son œuvre, et cette œuvre est indestructible. La restauration elle-même n’a pu toucher ni au code civil, ni au co ncordat ; elle a respecté les conseils généraux, les préfectures, le mécanisme merveilleux du système financier ; toutes ces institutions créées par Napoléon au début de sa car rière consulaire, et qui portent le cachet le plus distinct de son génie : la maturité dans l’improvisation. Aussi, malgré nos revers, l’organisation impériale subsiste tout entière ; et, depuis 1815, Louis XVIII comme Charles X, comme Louis-Philippe et comme la républi que, n’ont pu gouverner le pays qu’avec les lois et l’administration de l’Empire ; en sorte que, tandis que les divers gouvernements disaient que l’Empire était mort, c’était l’Empire qui était vivant et qui les faisait vivre. L’élection du 29 novembre 1852, qui a relevé le trône impérial au profit de l’héritier de l’empereur, n’a donc fait que rendre aux choses leur véritable nom, et reprendre l’histoire de France à la page-même qu’av aient déchirée les événements de 1815. L’Empire est la forme de gouvernement spontan ément issue de la volonté du peuple depuis que l’ancien ordre de choses a été vi olemment brisé ; il est la conséquence, le résultat et la consécration dé la révolution française ; en le rétablissant,
la France est-revenue à sa véritable tradition. La dynastie napoléonienne a fait ce que les rois ni la révolution n’avaient pu faire : fondé des institutions nouvelles et reconstitué le pouvoir. Sans doute’ la postérité rendra cette justice aux descendants de saint Louis qu’il est peu d’améliorations qu’ils n’aient conçues ou tentées ; mais la Providence avait marqué le terme de leur mission, leur main était devenue débile, et les efforts qu’ils firent pour reprendre en sous-œuvre les fondements de la monarchie ébranlée en accélérèrent la chute. Le pouvoir révolutionnaire, si efficace pour détruire, ne fut pas plus heureux que le pouvoir royal lorsqu’il s’agit d’édifier l’ordre nouveau ; à Napoléon seul demeure la gloire d’avoir réalisé l’autorité dans la démocratie et le progrès dans l’ordre. C’est là ce que nous appelons la tradition française, dont la d ynastie napoléonienne a le dépôt sacré. livre. C’est moins l’histoire de Napoléon III que celle de l’Empire reconquis.
1ϰoσµήτoρελαν. Homère,Iliade,I. 16.
2sur ce point de curieux passages des Voir Considérations sur les principaux me événements de la révolution française,Staël, t. I.p. 306 et 316 (édition deM de  par 1818).
II
Si l’on admet la justesse des considérations qui précédent, on comprendra le rôle du parti bonapartiste pendant la restauration ; et l’o n ne s’étonnera pas que le nom de l’empereur ait été le drapeau d’une notable fractio n du parti libéral. Quel autre nom pouvait aussi énergiquement parler aux masses, et l es engager à suivre les chefs de l’opposition dans leurs desseins secrets ? L’armée, froissée et mécontente, pleurait plus encore aux souvenirs de Marengo et d’Austerlitz qu’ à ceux de Waterloo ; qu’étaient devenus ces temps héroïques où elle promenait sa gloire dans toutes les capitales ? Le peuple, qui ne comprend et ne respecte que les gouv ernements forts, partageait les regrets de l’armée. Les poètes populaires durent la meilleure partie de leur renommée aux tableaux de l’Empire évoqués dans leurs vers ; Casimir Delavigne écrivait les Messéniennes, Victor Hugol’Ode à la colonne, et Bérangerle Cinq mai. Bien des regards se portaient malgré la distance vers le fils de l’empereur, prisonnier en Autriche, et le nom allemand du duc de Reichstadt déguisait à peine l’empereur Napoléon II. Il faut tout dire : le bonapartisme des libéraux n’était guère qu’une enseigne destinée à séduire les masses. L’école doctrinaire avait remis en honneur par de savantes études sur l’histoire d’Angleterre l’idée d’une révolution de 1688 ; le duc d’Orléans n’était pas un Guillaume d’Orange, mais il valait mieux que Philip pe-Égalité ; on en revint au plan de 1789, et cette fois avec des chances de succès. On connaissait les tendances du roi Charles X, on savait qu’il ne supporterait pas longtemps les attaques systématiques dont son gouvernement était l’objet, et qu’il se portera it à quelque extrémité violente, après laquelle il ne lui resterait qu’à abdiquer entre le s mains de son compétiteur. Mais pour assurer la victoire, il fallait qu’au moment décisif le roi ne pût s’appuyer ni sur le peuple ni sur l’armée. C’est pour l’en séparer à jamais que les libéraux se complurent à exalter les souvenirs de l’Empire, qu’ils exploitèrent avec une rare habileté. Plusieurs séditions militaires avaient échoué sous Louis XVIII, sans autre résultat que d’envoyer à la mort de malheureux officiers, connus pour leur attachement à l’Empereur ; dans la conspiration 1 de Grenoble, dont le promoteur seul était orléaniste , on avait vu de pauvres paysans tomber sous les baïonnettes du général Donnadieu au x cris deVive l’Empereur ! Vive 2 Napoléon II !. Dès que le sang des bonapartistes eut coulé dans les conspirations libérales, le pacte fut conclu et l’illusion complète. On crut généralement que la révolution qui s’apprêtait profiterait à la cause napoléonienne. Napoléon II avait été solennellement reconnu comme chef légitime de la nation française ; sa jeunesse et son infortune lui avaient conquis une popularité profonde ; les paysans et les soldats ne prononçaient ce nom qu’avec attendrissement. A la démocratie milita ire qui cherchait un chef et un 3 drapeau, tout désignait le duc de Reichstadt . De son côté, le prince que les directeurs de la bourgeoisie s’étaient désigné pour chef suivait une ligne de conduite qui ne contrariait pa s ces espérances. La petite cour du Palais-Royal flattait avec habileté les souvenirs de la République et de l’Empire ; on s’y disait l’ami de toutes les gloires nationales, on r appelait Jemmapes et Valmy, on 4 5 souscrivait au monument du général Abattucci , du général Kléber , on ralliait autour de soi d’illustres mécontents, le maréchal Soult, le maréchal Jourdan, le général Sébastiani, le général Lobau, le général Gérard. La maison du p rince paraissait plus bonapartiste qu’orléaniste ; le baron Fain était passé du cabine t de l’empereur à celui du duc d’Orléans ; son architecte était M. Fontaine, ancien architecte de l’empereur. On rappelait avec une sorte de bonne grâce la généreuse conduite de Napoléon envers la duchesse 6 douairière d’Orléans, qui avait réclamé et obtenu s es bienfaits ; on laissait entendre qu’on en était reconnaissant ; enfin, les familiers du duc le présentaient à la faveur
ublique sous les auspices de ce mot, vrai ou faux, de l’empereur Napoléon : « Celui-là a 7 toujours eu l’âme française » . Si l’on indique ici de telles particularités, c’est que cette adroite exploitation des idées napoléoniennes ne fut pas interrompue par l’avénement du duc d’Orléans à la couronne, er et qu’elle a fait partie de la politique du roi Louis-Philippe I . Chose digne de remarque, les hommages intéressés que l’on rendait à l’ère impériale entretinrent une sorte d’agitation bonapartiste qui a fait ensuite explosion dans le scrutin du 10 décembre 1848 ; et, après que le libéralisme eut joué la comédie de l’Empire au profit de la monarchie de juillet, le peuple interv int au dénouement pour renverser la monarchie de juillet et rétablir l’Empire. Mais quand la révolution de 1830 éclata, les bonapartistes ne s’étaient mis en mesure pour aucune éventualité et ne tentèrent rien de sér ieux ; c’est qu’à vrai dire le gros du parti suivait les meneurs de la bourgeoisie qui sav aient où ils allaient et pour qui ils travaillaient, mais qui gardèrent le secret de leur entreprise jusqu’au dernier moment. Cependant le ressentiment de 1815 vivait tellement puissant dans les classes populaires, que pour enlever à la glorieuse expédition d’Alger tout son prestige et ravir au gouvernement de Charles X tout le fruit qu’il en espérait, il avait suffi d’un nom : celui du maréchal Bourmont, d’un souvenir, celui de Waterloo ; et que pour donner à la répression tentée par M. de Polignac dans les rues de la capit ale, un caractère particulièrement odieux, il ne fallut qu’un autre nom et qu’un autre souvenir, le nom du maréchal Marmont, 8 le souvenir de la capitulation de Paris . Les hommes de l’Empire ne restèrent cependant pas inactifs dans la lutte. Le général Gourgaud, M. Clavet-Gaubert, ancien aide-de-camp du général Bertrand, M. Dumoulin, ancien officier d’ordonnance de l’empereur, le colonel Dufays, le commandant Bacheville et quelques autres, s’étaient concertés dans la soirée du 27 juillet, et se retrouvèrent le lendemain sur la place des Petits-Pères, d’où ils e nlevèrent le poste de la Banque aux cris deVive l’Empereur !même temps, des uniformes de la garde impériale  En , provenant du théâtre, du Vaudeville, étaient distribués sur la place de la Bourse par M. Etienne Arago. La plupart des barricades étaient commandées par d’anciens officiers de la grande armée, qui guidaient l’inexpérience des jeunes gens. La disposition des esprits était telle que si l’on en doit croire M. Louis Blanc, dont le témoignage n’est pas suspect en pareil cas, il aurait suffi pour relever l’Empir e « qu’un vieux général se montrât à 9 cheval dans les rues et criât en tirant son sabre :Vive Napoléon II !» . Il y a cependant quelque exagération dans cette manière de voir : le s orléanistes et les républicains étaient en force, et par leurs hommes d’action domi naient les masses populaires. Les grandes influences du moment, celles de MM. de Lafa yette et Jacques Laffitte, s’exerçaient dans un sens opposé au rétablissement de l’Empire. On en eut bien la preuve à l’hôtel-de-ville, où M. Dumoulin, qui s’en était attribué le commandement, jouit un moment d’un pouvoir si étendu, que c’est de lui que M. Alexandre de Laborde reçut le titre et les fonctions de préfet de la Seine ; le premier acte du gouvernement provisoire, à son installation, fut de faire garder à vue M. Dumo ulin, pendant qu’un de ses compagnons, M. Ladvocat, conseillé par MM. Thiers et Mignet, abandonnait l’a partie et se réunissait aux orléanistes, qui l’en récompensèrent largement. Le général Pajol, qui arriva dans la cour de l’hôtel-de-ville en criant : « Je vous apporte le chapeau de Waterloo » fut fort mal accueilli, et les protestat ions du général Gourgaud contre la candidature du duc d’Orléans n’eurent pas plus de succès. D’autre part, on reconnut dans les réunions politiq ues où l’on discutait les solutions, que l’éloignement de Napoléon II, alors prisonnier de l’Autriche, ne permettait pas de poser sérieusement sa candidature. Comment le déliv rer ? Par des négociations. Mais
qui négocierait ? Et en quel nom ? Pendant ce temps que deviendrait la France ? Qui la conduirait ? Qui maîtriserait les événements ? D’ailleurs, on avouait généralement que l’Europe verrait un cas de guerre dans l’avénement du fils de l’empereur ; or, la bourgeoisie triomphante ne voulait pas la guerre. C es considérations terminèrent le débat ; et, des hommes qui l’avaient soulevé, les uns se rallièrent au duc d’Orléans, les autres se fondirent dans l’opposition républicaine, qu’on voyait poindre avant même que la royauté nouvelle ne fût instituée. On peut dire que la candidature du duc de Reichstad t était un des plus grands obstacles que rencontrât l’avénement de Louis-Philippe ; mais une fois cette candidature écartée, le parti bonapartiste devint un sujet d’in quiétude pour le gouvernement. Les orléanistes recueillaient le fruit de leur ancienne tactique ; mais après s’être servi des hommes de l’Empire, quelle satisfaction leur offrir , puisque la principale leur avait échappé ? Ainsi, dès l’origine de son pouvoir, Loui s-Philippe dut à la fois caresser et contenir le parti napoléonien, d’un côté flattant s es idées, et de l’autre, empêchant l’explosion des sentiments qu’il faisait naître, prescrivant que la statue de l’empereur fût 10 rétablie sur la colonne Vendôme le lendemain du jour où il faisait un cas de guerre de 11 l’élection du duc de Leuchtenberg, fils du prince Eugène, à la couronne de Belgique ; 12 ou rétablissant les pensions des officiers des Cent-Jours en même temps qu’il portait 13 contre la famille impériale un arrêt de proscriptio n . Malgré ces contradictions, le gouvernement réussit dans ses desseins ; les hommes marquants de l’ère impériale se laissèrent presque tous gagner par un régime qui af fectait d’exalter leurs souvenirs de gloire, et se tinrent pour satisfaits d’achever leu rs jours à l’ombre du drapeau tricolore ; pour ces vieux guerriers, enfants de la république, la monarchie de juillet avait quelque chose de révolutionnaire qui ne leur déplaisait pas ; d’ailleurs, pendant les premières années, ils se rallièrent au gouvernement contre les Bourbons de la branche aînée, leurs ennemis communs. De ce côté, la marche du pouvoir n e rencontra pas d’embarras sérieux ; la lutte resta engagée entre les républicains et les légitimistes. Pendant longtemps le parti bonapartiste manqua de d irection ; Napoléon II était un drapeau, non un chef. Les événements ne tardèrent pas à lui en donner un. L’empereur n’avait pas d’enfants de son mariage ave c Joséphine de Beauharnais, lorsqu’il parvint au trône ; l’ordre naturel de l’h érédité voulait que ses frères lui succédassent par ordre de primogéniture ; mais il e n fut autrement disposé par le sénatus-consulte, organique du 28 floréal an XII, qui reconnut à l’empereur, pour le cas où il rie lui surviendrait point de postérité mascu line, le droit d’adopter les enfants ou petits-enfants de ses frères, qui seraient alors co nsidérés comme sa descendance directe. A défaut d’héritiers directs ou adoptifs, la couronne était dévolue à Joseph Bonaparte et à ses descendants mâles ; à défaut de Joseph ou de ses enfants, la succession fut attribuée à Louis et à ses descendan ts ; enfin, à défaut de Joseph, de Louis et de leurs enfants mâles, un sénatus-consulte organique, proposé au sénat par les titulaires des grandes dignités de l’Empire et soum is à l’acceptation du peuple, devait nommer l’empereur et régler dans sa famille l’ordre de l’hérédité de mâle en mâle, à l’exclusion perpétuelle des femmes et de leur descendance. Il résulte de ces dispositions que deux des frères de l’empereur, les princes Luci en et Jérôme, étaient exclus de la succession, et qu’à la mort de Napoléon II, les droits à la couronne impériale reposaient sur le roi Joseph, qui, déjà plus que sexagénaire, n’avait point d’enfants mâles ; après le roi Joseph, venait le roi Louis, qui, de son mariag e avec la princesse Hortense, fille de l’impératrice Joséphine, avait eu trois enfants, dont deux seulement survivaient. C’étaient 14 les princes Napoléon-Louis ét Charles-Louis-Napoléon . Ces jeunes gens avaient appris avec. joie la chute de Charles X, que toute la famille
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