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Histoire des Osmanlis et de la monarchie espagnole

De
487 pages

La tradition ancienne, en nous faisant le portrait de ses héros, nous peint quelquefois aussi ceux qui consument d’abord une longue jeunesse dans l’inactivité du foyer domestique ; mais qui, une fois sortis de cette torpeur, ne se reposent plus, et passent avec une ardeur infatigable d’une entreprise à l’autre. La force, alors seulement qu’elle a acquis tout son développement physique, trouve la carrière qui lui convient.

Ces dernières observations peuvent parfaitement s’appliquer au caractère de Charles Quint.

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Leopold von Ranke
Histoire des Osmanlis et de la monarchie espagnole
Pendant les XVIe et XVIIe siècles
Lenouveau caractère qui a été imprimé à tous les travaux de l’esprit humain depuis un siècle, devait nécessairement se communiquer à la m anière d’écrire l’histoire. Long-temps on s’était contenté de rechercher et de recue illir les faits, de mettre en lumière, sans autre but que l’exac- titude, les divers événemens qui s’étaient produits sur la scène du monde. L’histoire, ainsi faite, n’était pour ainsi dire qu’une optique, réfléchissant, il est vrai, avec fidélité les actes de la vie des peuples, mais, sans faire connaître leurs causes, leurs rapports, leur enchaînement, leur filiation. L’histoire, au contraire, telle qu’on la comprend généralement aujourd’hui, démêle le génie de chaque époque d’après les mœurs, la politique, les arts, les lois, la religio n, et reproduit le spectacle vivant du développement progressif de l’humanité. Un tel progrès dans l’art de grouper et d’approfond ir les événemens passés, pour en faire ressortir l’esprit qui animait les sociétés humaines aux diverses époques, est dû à cette école d’historiens dont les travaux ont été d ésignés avec raison sous la dénomination dePhilosophie de L’histoire. M. Ranke appartient essentiellement à cette classe d’historiens. Dansl’Histoire de la Papauté il s’est principalement attaché a nous faire pénét rer, à l’aide des événemens survenus à la cour de Rome, dans la connaissance my stérieuse de l’esprit qui animait cette cour, et par suite à nous initier aux causes de la grandeur et de la décadence du pouvoir temporel des papes. Le bienveillant accueil que le public a fait à la traduction de cet éminent travail, nous a déterminé à transporter aussi dans notre languel’Histoire des Osmanlis et de la Monarchie espagnole. Ce livre est le complément de l’ouvrage général qu e le savant professeur de Berlin a publié sous le titre de :Princes et peuples de l’Europe méridionale pendant les seizième et dix-septième siècles, et dontl’Histoire de /a Papauté n’est qu’une section. La papauté, l’empire ottoman et la monarchie espagnole exerçaient au seizième siècle une influence prépondérante en Europe. Après avoir exposé rapidement les causes et les progrès de cette prépondérance, M. Ranke nous fait assister à la révolution intérieure qui s’est opérée dans le seinde ces puissances, et nous présente le tableau des affaiblissemens successifs qui ont amené leur décadence et leur ruine totale. Il nous fait comprendre ainsi, pourquoi le pouvoir temporel des papes, si grand sous Grégoire VII et Innocent III, s’étend à peine aujourd’hui au-delà d es portes de Rome ; pourquoi l’Espagne ne peut, en ce moment, comprimer les fact ions qui la déchirent ; pourquoi l’empire ottoman n’est plus que l’ombre de lui-même , et n’attend que la rupture d’un équilibre maintenu avec tant de peine, pour passer sous le joug de la Russie. C’est ainsi que l’histoire de M. Ranke nous donne la clef de la situation actuelle d’une partie de l’Europe, et nous fait entrevoir l’avenir prochain qui lui est réservé. Nous laisserons à l’auteur de cette instructive com position le soin de dire lui-même avec quelle persévérance de laborieuses investigati ons il est parvenu à recueillir les précieux documens qui ont servi d’élémens à ses tra vaux. Certes, peu d’hommes seraient capables d’aussi patiens efforts. Mais c’e st surtout dans l’appréciation de ces documens, dans l’art de faire jaillir des aperçus n ouveaux, dans la peinture vive, large, animée des caractères, que brille le talent de notr e historien. Aussi pouvons-nous affirmer avec vérité queel’Histoire des Osmanlis et de la Monarchie espagnol  mérite d’occuper une des premières places parmi les produc tions historiques les plus remarquables de notre époque.
er Paris, 1 avril 1850.
LE TRADUCTEUR.
PRÉFACE
Il fut un temps où le siége de la puissance, et en grande partie de la civilisation européenne, paraissait être dans le sud de l’Europe ; où l’empire ottoman et la monarchie espagnole avaient acquis une prépondérance dangereu se pour les nations voisines et lointaines ; où en même temps aucune littérature ne pouvait se comparer à la littérature italienne. A cette époque en succéda une autre, pendant laquelle la monarchie espagnole, bien loin de faire sentir sa supériorité à ses amis ou à ses ennemis, était au contraire fractionnée par les exigences de sa politique extér ieure ; le souffle d’une civilisation étrangère pénétra dans le cœur de l’Espagne et de l’Italie ; les Osmanlis cessèrent d’être redoutables et commencèrent eux-mêmes à craindre. C e changement est la ligne de démarcation la plus tranchée qui existe entre les deux périodes de l’histoire moderne. Quelle est donc la cause de cette révolution ? Comm ent s’est-elle opérée ? A-t-on perdu des batailles décisives, subi l’invasion de peuples étrangers ? A-t-on éprouvé des malheurs inévitables ? Rien de tout cela n’a eu lieu. La transformation que nous venons d’esquisser, a été principalement le résultat d’un développement intérieur, qui va faire l’objet de notre étude. Nous trouvons ce développem ent prêt à s’accomplir dans la période, où les nations qui nous occupent avaient e ncore toutes les apparences de la force et de la prospérité, c’est-à-dire à peu près pendant les années 1540-1620. Les ouvrages historiques où l’on trouve le récit exclusif des événemens qu’a fait naître le schisme religieux ou politique, nous font peu connaître, on le reconnaîtra sans doute, la révolution que subirent insensiblement l’état in térieur et l’existence tranquille de ces nations. Nous n’aurions jamais pu terminer notre travail, quelque imparfait qu’il soit, avec le secours de ces ouvrages ; nous ne l’aurions pas même entrepris, si nous n’avions pu puiser à des sources qui nous fournissent une conna issance plus complète de celte époque, sources encore inconnues et que nous nous proposons de mettre en lumière. Il nous paraît utile d’en montrer de suite toute la valeur. Si, après les efforts nombreux de tant d’hommes supérieurs, la postérité sent toujours encore que les ouvrages historiques qui traitent de cette époque sont incomplets, l’insuffisance de ces livres devait être bien plus évidente encore aux yeux des contemporains, principalement de ceux qui étaient appelés à prendre une part active aux affaires publiques. Aussi ces derniers ne tardèrent -ils pas non plus à négliger les ouvrages imprimés pour étudier les documens manuscr its d’une plus grande fidélité. Dans les collections qui nous restent de ces manusc rits, les relations vénitiennes méritent d’occuper un rang particulier. Venise, que sa politique, mais surtout son commerce et son industrie mettaient en rapport avec la moitié du monde, qui n’était pas assez puissante pour pouvoir se reposer sur ses propres forces, mais qui n’était pas non pl us assez faible pour être obligée d’attendre tranquillement ce que feraient les autres ; Venise devait naturellement porter ses regards de tous côtés et nouer des relations partout. Aussi envoyait-elle souvent aux cours étrangères ses citoyens les plus habiles et les plus éprouvés. La république ne se contentait pas des dépêches sur les affaires couran tes que ses ambassadeurs lui expédiaient régulièrement tous les quinze jours ; m ais quand ils étaient de retour après deux ou trois ans d’absence, ils étaient obligés de faire un rapport au conseil des Pregadi, en présence d’hommes qui avaient vieilli dans les affaires, qui avaient peut-être rempli la même mission ou qui étaient appelés à la remplir bientôt. Ils s’efforçaient de faire connaître en particulier le prince auprès duquel ils avaient été accrédités, sa cour et
ses ministres, l’état de ses finances, de ses forces militaires, de toute son administration, les dispositions de ses sujets envers lui ; enfin ses relations avec les autres puissances. Dans cette solennité l’ambassadeur déposait aux pie ds du doge les présens que le prince étranger lui offrait. Ces rapports contenaient quelquefois de si longs détails, que la lecture ne pouvait en être faite en une seule soirée, et qu’il n’était pa s rarede voir le lecteur forcé de s’interrompre, soit au milieu, soit à la fin d’une partie, pour reprendre haleine. Ils étaient faits en général de mémoire, du moins dans les temps reculés ; ils commencent tous par une allocution adressée au doge et à l’assemblée. O n sent, en les lisant, que l’auteur a tout observé par lui-même, et que son récit est l’e xpression fidèle de ses impressions. Chaque ambassadeur s’efforçait de faire de son mieu x : il avait un auditoire digne d’un homme d’État. On trouve dans les écrits des Vénitiens de fréquens éloges de cet usage. « On apprend ainsi, disent-ils, à connaître tout ce qu’il est utile de savoir en temps de paix et de guerre ; ainsi, les mesures adoptées dans les États étrangers peuvent être mises à profit pour le perfectionnement de l’administration de la république : c’est, en un mot, la meilleure école pour les hommes qui se destinent à la conduite des affaires. Un savant ne connaît que le passé ; un émissaire ne peut apprendre que le présent ; tandis qu’un ambassadeur qui acquiert de la considération par la prépondérance du pays qu’il représente et par ses qualités personnelles, s’initie facilement au présent et au passé, et peut, en conséquence, donner tous les renseignemens désirables. » D’un autre côté, on a souvent reproché à la république cette sorte d’autopsie des cours et des États étrangers. Les ambassadeurs vénitiens, a-t-on dit, sont beaucoup trop zélés quand il s’agit de découvrir la haine et l’amour, la faveur et la défaveur, les forces et les vues des princes, et beaucoup trop généreux quand il s’agit de pénétrer les secrets des cabinets. Quoiqu’il en soit, on ne peut nier que le s hommes qui prennent part ou sont initiés aux affaires publiques, ne possèdent sur la situation politique de leur époque et sur les événemens précédens, ainsi que sur les circonst ances décisives et les intérêts dominans, une connaissance qui demeure cachée au pu blic et qui meurt ordinairement avec eux. Ce sont ces notions que les ambassadeurs vénitiens recueillaient dans presque toutes les cours de l’Europe, et qu’ils com muniquaient à leur république dans des relations destinées à être soigneusement conservées dans les archives de l’État. Que de richesses devaient se trouver réunies dans ces archives ! Une loi, portée déjà en 1268, ordonne aux ambassadeurs de noter et de rapporter tout ce qui peut être utile à la république. En 1465 on commença à se servir du termerelation.Jean Casa Lorsque fait mention d’un rapport présenté en 1526 par Gasp ard Contarini, il rappelle que cette relation a été faite suivant l’usage de ses devanciers. La république de Venise maintint c e t usage jusqu’aux derniers jours de son existence ; ses archives renferment encore une relation de la légation vénitienne sur le comme ncement de la révolution française, relation pleine de documens exacts jugés avec impartialité. Ces relations étaient surtout remarquables, alors que les ambassades étaient devenues régulières et que Venise était puissante et respectée, c’est-à-dire pendant le sei zième siècle. Elles formaient la principale partie de ces collections politico-historiques dont nous allons parler. Elles renfermaient cependant encore beaucoup d’autres points importans. Le pape, le roi d’Espagne, les ducs de Ferrare et de Florence s e faisaient quelquefois remettre de pareils rapports. Quelques ambassadeurs qui avaient cessé leurs fonctions, rédigeaient des instructions pleines de renseignemens détaillés pour leurs successeurs. Les hauts fonctionnaires de l’État, les gouverneurs des provi nces, étaient initiés aux secrets de leurs attributions par leurs prédécesseurs ou par d’autres hommes habiles. Il y avait une
foule de lettres en circulation. On recueillit ces instructions, ces lettres, dans ces collections, afin de se faire une idée de la situat ion du monde de cette époque. Ce monde est passé depuis long-temps pour nous ! On vo it facilement comment une série non interrompue de pareils documens prit immédiatem ent à nos yeux le caractère de l’histoire et de l’histoire telle que nous la cherc hons, non pas tant celle des événemens particuliers que celle de la situation et du dévelo ppement intérieur des États. Ces collections devaient avoir une double importance au x yeux des contemporains eux-mêmes. Il s’agit de savoir comment on a pu faire ce s collections ; car, quoiqu’on nous assure que ce n’est pas chose trop difficile de se procurer les manuscrits qu’on désire pourvu qu’on soit prodigue de son argent et de son temps, ce n’en est pas moins un commerce étrange que celui des papiers secrets de l ’État ! Comment donc a-t-il pris naissance, et comment s’est-il étendu ? Nous pouvons donner à cet égard quelques éclaircissemens. Le pape Paul IV promut, en 1557, à la dignité de cardinal, Vitellozzo de la famille Vitelli, famille qui depuis long-temps était impliquée dans tous les mouvemens de l’Italie. Vitellozzo lui-même posséda long-temps tous les papiers des Caraffa qui songeaient à bouleverser l’Italie. Il recueillit dans les archives de l’Italie, de la France et de l’Espagne, des documens inappréciables sur Rome moderne. Les papes le regardaient comme l’ homme le plus initié à leurs affaires : on le nomma interprète de la Curie ; il se montra toujours spirituel, habile et instruit. Ce cardinal fut regardé comme le fondateur de l’étude des manuscrits politiques. « Je ne passerai pas sous silence, » dit l’auteur d’un écrit intitulé :Mémoires pour la cour de Rome, « que le goût de l’instruction par les manuscrits a été principalement introduit par le cardinal Vitellozzo de glorieuse mémoire. S’il n’en est pas l’auteur, du moins il l’a fait rénaître. Sa seigneurie était extrêmement avid e de ce genre d’ouvrages ; elle se donna les plus grandes peines pour en recueillir de tous côtés, et dépensa beaucoup d’argent pour parvenir à son but. Par ses efforts, les richesses de ses archives excitèrent l’admiration générale. » Le goût de faire de semblables collections ne tarda pas à acquérir de la vogue. Quelques cardinaux et quelques neveux établirent de s archives pour les manuscrits. Enfin l’art de recueillir avec discrétion et en silence beaucoup de belles choses, devint un titre de recommandation. Pallavicini trouva de pare illes collections chez le cardinal Spada, au palais Borghèse, et c’est avec elles qu’il composa son histoire du concile de Trente. Le cardinal François Barberini en établit u ne dans la bibliothèque qui porte encore le nom de sa famille. Il y en a une dans la bibliothèque della Vallicella, qui fut fondée alors par san Felipe Neri. On trouve des col lections du même genre dans la bibliothèque du Vatican, dans celle de Chigi, dans celle d’Altieri. Comment pourrais-je les énumérer toutes ? Rome en était pleine ; Rome, dit l’auteur d’une relation, où l’on sait tout et où l’on ne garde le secret sur rien, Rome, dit un autre, est un registre de toutes les négociations politiques. Qu’on n’aille cependant pas croire que chaque colle cteur soit remonté aux premières sources. La copie d’un manuscrit en reproduisait vi ngt autres ; et la collection de Vitellozzo sera ainsi devenue la mère de plusieurs rejetons. Cependant des écrits nouveaux entretenaient toujours l’activité dans cel le sphère ; et un neveu régnant, l’ambassadeur d’un prince puissant, un cardinal inf luent, devaient-ils rencontrer de si grandes difficultés pour se procurer des pièces diplomatiques qui pouvaient bien ne pas renfermer toujours le véritable secret des négociat ions courantes, mais qui du moins étaient rédigées exclusivement pour l’instruction des gouvernans ? Parmi toutes ces relations, celles qui portent au p lus haut degré le cachet de l’authenticité, sont incontestablement les relations vénitiennnes. Les historiographes de la
république les citent fréquemment comme des autorit és non suspectes ; et Foscarini mentionne les collections qui en existent dans les bibliothèques étrangères, sans exprimer la moindre défiance au sujet de leur authe nticité. On se les sera procurées réciproquement par des échanges. Si on considère la riche provision de ces manuscrits, l’étendue et l’abondance des matières qu’ils renfer ment, on est porté à admettre qu’il existe encore pour la connaissance de l’histoire mo derne une littérature manuscrite, regardée comme cachée, et cependant si répandue, qu e des écrits récemment mis en circulation firent une grande sensation et provoquè rent des réfutations : littérature presque entièrement négligée, et cependant riche en travaux instructifs et bien écrits. L’exemple donné à Rome fut suivi ailleurs. Le grand-duc Cosimo de Toscane chargea quelqu’un exclusivement du soin de recueillir et de faire copier tous les manuscrits que l’on se communiquait alors en Italie. A Venise, Ago stino Nani possédait un trésor de semblables manuscrits. La bibliothèque de Paris est si riche en relations vénitiennes, qu’on y trouverait peut-être de quoi remplacer les archives de Venise. Les manuscrits ont aussi trouvé le chemin de l’Allemagne. La bibliothèque royale de Berlin possède une collection, semblable à celles qu’on avait coutume de faire à Rome. Cette collection se compose de quarante-huit volumesin-folio, dont quarante-six portent le titred’Informations politiche; sa principale richesse consiste en relations rédigées par des ambassadeurs de Venis e : on y trouve aussi des instructions et des mémoires pour de hauts fonction naires, entrant dans l’exercice de leurs fonctions, des relations de quelques conclave s, des lettres, des discours et des notices de divers genres. Chaque volume en contient une assez grande quantité, rassemblés sans ordre, sans distinctiondelieux, d’époques, ni de tangues ; car, quoique la plus grande partie de ces manuscrits soit écrite en italien, il y en a cependant quelques uns en espagnol et quelques autres en latin : on n’y a suivi d’autre ordre que celui dans lequel on a fait l’acquisition des copies ; le même travail est quelquefois reproduit jusqu’à trois fois. Cependant, la majeure partie des manuscrits de cette collection se rapporte à une époque déterminée. Quelques uns, en petit nombr e à la vérité et déjà connus, concernent le quatorzième et le quinzième siècle : deux d’entre eux seulement sont peut-être dignes d’un nouvel examen. Mais, à mesure que nous avançons dans le seizième siècle, et d’année en année, les documens deviennent plus riches et plus variés. Les instructions, les relations et les lettres abondent principalement depuis l’année 1550 jusqu’en 1580. Quelques époques d’une haute importance pour toute la politique européenne, telles que les années 1593, 1006, 1610, 1618, offrent des richesses très remarquables. Les trésors diminuent ensuite d’année en année. Le dernier manuscrit est de 1650. La plupart de ces manuscrits sont bien écrits, revu s par un correcteur, et plus agréables à lire que beaucoup de livres imprimés. 1 Il y a vingt ans , Jean Muller forma le projet de publier des extraits et des notices de cette collection, et donna quelque suite à ce travail en septembre 1807. Il nous reste de lui un mémoire où se révèle la profonde impression que le premier volume avait faite sur lui. Mais il quitta Berlin au mois d’octobre de la même année ; ce qui l’empêcha d’exécuter son plan, ainsi que tant d’autres plus grands encore qu’avait médités sa haute intelligence. La bibliothèque ducale de Gotha possède aussi en ma nuscrits trois torts volumes in-folio et un quatrième plus petit ; ils ont une impo rtance d’autant plus grande pour nous, qu’ils sont presque entièrement remplis de relation s vénitiennes. Lorsque Frédéric-Guillaume, administrateur de l’électoral de Saxe, tenait sa cour, entre les années 1592 et 1601, au château de Hartenfels à Torgau, George Kœp pen offrit à ce prince au moins
eux de ces volumes, qu’il avait probablement recueillis dans un voyage en Italie. Je ne puis assez louer la bonté avec laquelle on m’ a permis de consulter ces manuscrits. Outre un volume du même genre que je po ssède, j’avais à ma disposition cinquante-trois volumesin-folio,renfermant une masse d’écrits très divers, peut-être plus de mille pièces plus ou moins grandes, parmi lesque lles je pouvais choisir ce qui me paraissait utile au but que je m’étais proposé ; et je trouvai fort heureusement qu’elles renfermaient des matériaux en abondance. Ces écrits se rapportent, à la vérité, presque à to ute l’Europe. Le pape envoie ses nonces tantôt en Suisse, tantôt en Pologne ; et nou s trouvons leurs relations dans nos collections. Venise avait étendu ses rapports au lo in dans les pays étrangers ; nous possédons des relations sur la Perse, sur Moscou, et principalement sur l’Angleterre ; je suis étonné de ne trouver dans nos collections et dans celles des autres pays qu’un seul rapport de l’ambassade vénitienne sur le Portugal. Rome et Venise ayant été les centres de la politique de cette époque, les renseignemens que nous fournissent à cet égard nos manuscrits, se rapportent surtout à cette partie de l’Europe méridionale qui entoure la Méditerranée, et avec laquelle ces deux villes avaient les rapports les plus immédiats. Nous accompagnons à différentes reprises le vénitie n Bailo le long de ces côtes bien connues, au siége de l’empire ottoman, au divan du visir, à l’audience du grand-seigneur. Nous suivons souvent l’ambassadeur de la république à la cour des rois d’Espagne, soit que ceux-ci se trouvent au milieu d’un monde agité, en Flandre ou en Angleterre, soit qu’ils résident tranquillement à Madrid. Si quelque s ambassadeurs visitent ensuite le Piémont, la Toscane, Urbino, quelquefois même Naples, nous les trouverons néanmoins le plus habituellement au Vatican et au Belvédère à Rome, s’entretenant confidentiellement avec le pape, étroitement liés a vec les neveux de celui-ci et avec beaucoup de cardinaux ; toujours occupés des affaires les plus importantes et fixant un œil attentif sur les diverses phases que présentait cette cour mobile ; nous pénétrons avec eux dans les réduits les plus secrets. C’est l à que des écrits indigènes nous font connaître une foule de faits particuliers ; d’un autre côté, les nonces qui ont défendu les droits de la cour papale à Naples, ou en Espagne, q ui ont peut-être délibéré avec le roi catholique sur les plus vastes entreprises, reviennent après avoir rempli leur mission, et font à leur tour des rapports sur Venise même ; ce qui établit un mutuel contrôle sur les divers exposés qui nous sont soumis. Plût à Dieu qu’il n’y eût jamais de lacunes ! mais, au milieu de ces richesses mêmes, nous sentons notre pauvreté. Envisagés dans leur en semble, les manuscrits sont un vaste trésor ; mais ils laissent beaucoup à désirer pour les détails ; et, quoique les travaux imprimés d’un grand nombre d’hommes instruits suppléent à quelques lacunes, néanmoins beaucoup de points restent enveloppés de ténèbres. Plusieurs questions sont soulevées et non résolues. On éprouve le sentiment d’un voyageur qui, après avoir parcouru les montagnes et les vallées peu connues d’un pays, croit d’abord avoir acquis des notions complètes sur l’ensemble et sur les dét ails, mais qui ne tarde pas à reconnaître tout ce qu’il y a d’incomplet dans ses observations, et ne désire rien tant que de rebrousser chemin, afin de se faire une idée plus parfaite de ce qu’il a vu. On permet à ce voyageur de communiquer ses observations, quelqu’imparfaites qu’elles soient. Je réclame la même faveur pour mes essais, et je prie le lecteur de me suivre dans cette époque dont nous entretiennent principalement nos manuscrits, auprès de ces peuples et dans ces états méridionaux qui exerçaient une influence, prépondérante en Europe. La différence que nous remarquons entre les nations européennes, était plus fortement tranchée encore qu’aujourd’hui dans le cours des se izième et dix-septième siècles ; on pouvait la reconnaître déjà dans leur manière de fa ire la guerre. D’un côté, les peuples