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Histoire économique du Congo 1880-1968

De
405 pages

L'économie du Congo-Brazzaville est grevée d'un lourd passé. Domaine privilégié des grandes compagnies concessionnaires qui se sont partagées le pays à la fin du siècle précédent, le « Congo Français » a connu, jusque dans les années trente, un régime fondé sur la contrainte : impôt de capitation, recrutements autoritaires de travailleurs, cultures obligatoires de plantation, ont favorisé les abus, affaibli les populations et accru la misère. La nouvelle République a ainsi souffert dès le départ de déséquilibres structurels massifs résultant de cet héritage sans perspective. Pourtant, les atouts sont nombreux. Le Congo de 1958 n'est plus celui de Céline. Il est « modernisé », sa population urbanisée et prolétarisée. D'un pays primitif, il est devenu un véritable pays sous-développé, une région périphérique du système capitaliste mondial. Les réalisations économiques du régime « socialiste » actuel sont limitées. L'accueil au capital étranger n'a été, à aucun moment, remis en cause. Les industries légères commencent à plafonner. La création d'un secteur commercial d'Etat a jusqu'à présent échoué. Le développement impossible dans le cadre étroit des frontières, impliquerait l'organisation planifiée d'un vaste espace économique, animé par de puissantes industries de base autocentrées. Mais la modestie des résultats ne doit pas être attribuée seulement aux orientations nouvelles de la politique économique, en feignant d'ignorer la réalité du passé colonial.

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Présentation
L’économie du développement est un chapitre très récent de la théorie économique. Si en effet les grands économistes classiques de la première moitié du XIXe siècle ainsi que Marx avaient été très préoccupés de comprendre la dynamique du système capitaliste, le triomphe du marginalisme devait conduire à l’abandon de cette préoccupation fondamentale. Le marginalisme fait en effet perdre à l’économie son caractère de science sociale : la valeur, qui chez les classiques et les marxistes procède de rapports sociaux (les rapports de production et d’échange), devient subjective; l’économie — au lieu d’étudier les rapports entre les hommes organisés en sociétés à l’occasion de la production et de la circulation des richesses — étudie les rapports entre l’homme isolé (Robinson dans son île) et les choses. L’économie devient dès lors ahistorique. Elle ne permet donc plus de comprendre, ni le mouvement de transformation des systèmes économiques, ni la dynamique de l’accumulation caractéristique du capitalisme. Elle s’enferme dans de faux problèmes : la recherche des mécanismes qui assureraient spontanément un équilibre « harmonieux » (celui de l’offre et de la demande des biens, celui de la rémunération des facteurs et de leur soi-disant productivité, celui de l’épargne et de l’investissement, celui de la balance extérieure, etc...). Son caractère statique et apologétique du système capitaliste devient évident, comme son isolement dans la tour d’ivoire des universités, incapable qu’elle est devenue de comprendre l’histoire, donc de servir l’action.


C’est ce besoin d’agir, consécutif aux transformations mêmes du capitalisme devenu monopolistique, qui va remettre en question à partir des années 30 la théorie économique courante. L’émergence politique dudit « Tiers Monde » après 1945 va, de son côté, faire sentir le besoin d’une théorie du développement et du sous-développement. Dès lors l’économie doit redevenir une science sociale, réintégrer l’histoire, tenter d’en comprendre le mouvement. Mais, parce que ses fondements essentiels (la théorie subjective de la valeur) ne sont pas remis en question, la théorie économique contemporaine s’étendra en direction d’un art de gestion pragmatiste — l’art de la politique économique — sans grand souci d’élaboration d’une théorie fondamentale du mouvement économique. La prédominance anglo-américaine écrasante dans la science économique contemporaine a sans doute contribué à accuser encore davantage ce caractère pragmatiste. L’économie du développement et du sous-développement sera le plus généralement, dans ces conditions, soit une collection peu cohérente de « techniques » (art de la politique monétaire, art de la « planification », art du « choix des projets », etc...), soit une collection d’observations superficielles (distribution du revenu à travers le monde, description des économies, etc...), soit, lorsqu’elle ambitionne quand même de s’élever au niveau du général, une collection « d’essais », souvent d’allure journalistique, ramenant loin en arrière, à l’époque des essais philosophiques du XVIIIe siècle, très libre à l’égard du fait historique dont l’analyse en profondeur est négligée.


L’indigence de la théorie courante du développement et du sous-développement est donc extrême. L’ouvrage le plus remarquable de ce chapitre de l’économie — Les étapes de la croissance économique, de W.W. Rostow — résume presque parfaitement toute la misère de cette théorie. Cinq étapes — universelles — sont définies par Rostow et les pays sous-développés y sont assimilés aux pays développés considérés à une étape antérieure de leur évolution. Le fait historique fondamental que le sous- développement n’est pas la structure d’origine de ces pays mais le résultat d'une histoire — celle de leur intégration dans le marché capitaliste mondial — est négligé. Le concept de développement — qui implique cohérence, caractère autocentré et autodynamique du système — est banalisé et confondu avec celui de croissance du produit par tête. Les caractères structurels propres aux pays actuellement sous-développés, les modes de domination économique des centres développés sur la périphérie sous-développée, la désarticulation des systèmes économiques du « Tiers Monde », leur incohérence — qui se traduit entre autre par les inégalités sectorielles de productivité extrêmes qui les caractérisent — sont dès lors parfaitement incompréhensibles.


La théorie du développement et du sous-développement doit expliquer à la fois le mécanisme du développement du centre et celui du sous-développement de la périphérie, centre et périphérie étant intégrés dans un système unique au sein duquel ils ont leurs fonctions propres. Il en résulte que le concept de développement doit être nécessairement distingué de la simple « modernisation » (l’intégration de systèmes précapitalistes au monde moderne), laquelle se manifeste par une croissance du produit par tête accompagnée de l’accentuation des caractères spécifiques du sous-développement (désarticulation, domination, etc...). Car la mise en valeur coloniale n’est pas le développement; elle sera mieux comprise lorsqu’on l’analysera comme « développement du sous-développement », ou « croissance sans développement » ou « modernisation incohérente ».
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