//img.uscri.be/pth/65608d92c1f098d7d11901e4e6a1101bf165dbd7
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

Histoire illustrée du Consulat et de l'Empire

De
466 pages

SOMMAIRE. — Décret du 8 octobre 1799, qui nomme un Consulat provisoire. — Assemblé des Consuls au Luxembourg. — Nouveau ministère. — Commissaires envoyés dans les provinces. — Nouvelle organisation militaire. — Rétablissement des finances. — Appel aux banquiers de Paris. — Subsides envoyés aux armées. — Réclamations de divers chefs de corps. — Proclamation du général Bonaparte à l’armée. — Abolition de la loi des otages. — Elargissement des prêtres non assermentés.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
Illustration

À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Illustration

Adolphe Huard

Histoire illustrée du Consulat et de l'Empire

PRÉFACE

L’Histoire du Consulat et de l’Empire est l’Odyssée de la France. Elle intéresse toutes les classes de la société, quelle que soit leur noblesse : d’antiquité, de vaillance ou de travail.

Malheureusement, les écrivains qui ont retracé la grande Épopée nationale n’y ont pas toujours apporté la concision nécessaire à l’instruction populaire, et se sont laissé entraîner souvent par des considérations favorables à telle ou telle coterie politique.

Nous avons voulu éviter cet écueil, trop commun aux historiens de parti pris ; et, afin de prouver que nous tenons à rester fidèle à la tradition historique et nationale, nous avons cité, autant que le comportait le cadre de notre ouvrage : les discours, les lettres, les conversations de Napoléon Ier, héros immortel du XIXe siècle.

Cette ligne de conduite nous donne la certitude d’avoir mis au jour une Histoire vraie du Consulat et de l’Empire ; histoire basée sur la logique des faits ; histoire qui sera acceptée par quiconque possède un cœur patriote, et lue par tous les hommes que fait tressaillir de joie le piédestal d’honneur sur lequel est élevée la France.

 

ADOLPHE HUARD.

AVANT-PROPOS

A la fin du XVIIIe siècle, un homme juste, bon, vertueux, mais trop débonnaire, venait de monter sur le trône de France, acceptant des institutions n’ayant plus de raison d’être, et dont l’antique éclat s’éteignait dans les ruines de la féodalité.

De tous les coins de l’Europe, l’esprit de progrès bouillonnait dans le cerveau des hommes, et les peuples, avec leurs instincts sublimes, avaient compris que l’heure de l’émancipation venait de sonner pour le monde. Une main ferme, un génie énergique eût seul pu conjurer l’orage et, peut-être, préserver la France des calamités révolutionnaires. Malheureusement, Louis XVI, malgré ses intentions loyales, ne sut pas réprimer à temps l’élan des hommes de désordre, et la France, tout en voulant se régénérer, faillit périr assassinée par les mains des rénovateurs qui s’étaient attribué la mission de la sauver.

Le cataclysme révolutionnaire commença, le 14 juillet 1789, par la prise de la Bastille.

Le 4 août de la même année, quelques députés, s’abandonnant à la générosité irréfléchie de leurs sentiments, montèrent à la tribune de l’Assemblée nationale, et déclarèrent, au nom de la noblesse et du clergé, faire l’abandon à la patrie de leurs priviléges. Cet acte de spontanéité, dont le but était de paralyser les agitations démagogiques, eut, néanmoins, des conséquences désastreuses. Les hommes de parti, loin d’être reconnaissants d’une démonstration favorable à la cause de la liberté, ne virent, dans la conduite des deux grands Corps de la nation, qu’une conséquence de leur faiblesse, et, insinuant au peuple que le règne de l’égalité rationnelle était arrivé, ils secondèrent, sans le vouloir peut-être, les fauteurs de désordre qui, depuis longtemps déjà, se tenaient prêts à commencer leur œuvre destructive par le meurtre et la spoliation.

Trois mois plus tard, le 6 octobre, eurent lieu les massacres de Versailles, pendant lesquels les têtes des victimes, placées au bout de piques, furent offertes au roi, déjà prisonnier. A la suite de ces odieux attentats, Lafayette et Mirabeau, croyant sauver la royauté, se mirent à la tête du mouvement révolutionnaire, et non-seulement continuèrent la guerre civile à l’intérieur, mais encore provoquèrent une guerre générale avec les puissances étrangères.

Cet état de choses ne fit qu’empirer jusqu’au 10 août 1792, jour néfaste, où la royauté, succombant sous l’étreinte de la force, céda la place au gouvernement de la démagogie.

Les premiers actes de la réaction populaire furent les massacres des 2 et 3 septembre ; la condamnation à mort du roi Louis XVI, de la reine Marie-Antoinette, de madame Elisabeth, et l’exécution de ces innocentes victimes.

A ces exécutions succéda l’inauguration du régime < de la Terreur, pendant lequel, dit un écrivain populaire : « Tout ce qui était noble, ou seulement demeuré fidèle à la cause de l’ordre, fut impitoyablement exécuté. Les fleuves regorgèrent de sang et de cadavres ; les échafauds furent dressés en permanence. Epoque néfaste, dont l’apogée fut un faisceau d’égorgements et de grandes batailles ; qui n’a eu d’exemples chez aucun peuple, et qui, cependant, a produit de grandes choses au point de vue des leçons de l’avenir !.... »

Après cette anarchie, basée sur la violence, et qui, à l’exemple de Saturne, dévora ses enfants, arriva le Directoire, Gouvernement composé d’éléments hétérogènes, et dont les fautes et la faiblesse amenèrent fatalement la chute.

« Quant à la Révolution du 18 brumaire, dit un historien, elle s’opéra sans effusion de sang, et par la seule force des choses ; parce que le Gouvernement directorial était usé, que son impuissance et sa faiblesse étaient mises à jour, et que l’on sentait instinctivement le besoin d’un Chef qui s’emparât des rênes du Pouvoir et les tînt d’une main ferme et puissante. Bonaparte se présentait à tous les esprits comme le sauveur de la chose publique, et, la masse du peuple, qui voulait l’ordre, le travail et la sécurité, accueillit avec enthousiasme l’homme énergique qu’elle croyait devoir réaliser ses brillantes espérances. »

Cette appréciation sur la valeur morale du Directoire nous dispense de reproduire les derniers événements qui précédèrent l’avénement du Consulat, et nous permet d’entrer de suite en matière.

Illustration

Première Partie

CONSULAT

CHAPITRE PREMIER

SOMMAIRE. — Décret du 8 octobre 1799, qui nomme un Consulat provisoire. — Assemblé des Consuls au Luxembourg. — Nouveau ministère. — Commissaires envoyés dans les provinces. — Nouvelle organisation militaire. — Rétablissement des finances. — Appel aux banquiers de Paris. — Subsides envoyés aux armées. — Réclamations de divers chefs de corps. — Proclamation du général Bonaparte à l’armée. — Abolition de la loi des otages. — Elargissement des prêtres non assermentés. — Mise en liberté des émigrés. — Modification de la politique étrangère. — Nouvelle Constitution de Sieyès, présentée à la Commission gouvernementale, le 1er décembre 1799. — Critique du projet de Constitution par Bonaparte. — Adoption de la Constitution de l’an VIII par la Commission. — Premier Consul chargé du Pouvoir exécutif. — Pouvoirs du premier Consul. — Traitement du premier Consul. — Durée de ses pouvoirs. — Bonaparte nommé premier Consul pour dix années. — Cambacérès et Lebrun, nommés deuxième et troisième Consuls. — Bonaparte rend les droits civils aux émigrés ainsi qu’à leurs parents, et les déclare accessibles aux fonctions publiques. — Sénatus-Consulte portant abrogation de la surveillance appliquée aux individus du parti révolutionnaire, déportés sans jugement, et autorise leur rentrée en France. — Edifices religieux rendus au culte. — Modification du serment des prêtres. — Abolition de la fêle du 21 janvier (anniversaire de la mort de Louis XVI). — 14 juillet et 13 vendémiaire, déclarées seules fêtes gouvernementales. — Proclamation du premier Consul aux Vendéens, 29 decembre 1799. — Lettres de Bonaparte au roi d’Angleterre et à l’empereur d’Autriche.

Le 18 brumaire venait de mettre fin à l’existence du Directoire.

Un décret, rendu dans la nuit même de cette date mémorable de l’an VIII (8 novembre 1799), avait nommé un Consulat provisoire, ainsi composé : Napoléon Bonaparte, premier Consul ; Cambacérès, second Consul, et Lebrun, troisième Consul.

Cette loi, qui établissait une dictature temporaire, chargeait, en même temps, les trois Consuls, du rétablissement de l’Administration, du maintien de la tranquillité intérieure, et du soin de donner à la France une paix solide et durable.

Deux Commissions législatives, formées de vingt-cinq membres chacune, et choisies dans le Conseil des Cinq-Cents et des Anciens, devaient s’adjoindre au nouveau Consulat. Ces Commissions avaient, en outre, pour mission d’élaborer la nouvelle Constitution, qui devait être présentée dans le délai de trois mois, et de déterminer l’abrogation dictatoriale du Consulat provisoire.

Le 11 novembre 1799, les Consuls s’assemblèrent au Luxembourg, afin de délibérer sur les graves questions politiques du moment. Napoléon Bonaparte, quoique étant le plus jeune du Triumvirat, fut nommé président, et dut, sur l’insistance de Sieyès lui-même, occuper le fauteuil.

Le premier Consul apporta dans les discussions qui s’établirent une telle rectitude de jugement, une telle élévation de vues, une opinion si sagement et si énergiquement tranchée sur les choses et les événements, qu’à la fin de la séance, Sieyès dit à MM. de Talleyrand et Rœderer : « Nous avons un maître qui sait tout faire, qui peut tout faire et qui veut tout faire. »

Un nouveau ministère fut nommé à cette séance ; en voici la composition :

Fouché, ministre de la police (poste qu’il occupait avant le 18 brumaire, et auquel il fut maintenu sur l’insistance de Bonaparte) ; Reinhart, ministre des relations extérieures (également maintenu) ; Berthier, ministre de la guerre, en remplacement de Dubois-Crancé ; de la Place, ministre de l’intérieur, en remplacement de M. Quinette ; Bourdon de Vatry, ministre de la marine ; Gaudin, ancien premier commis aux finances, ministre des finances.

Ce ministère fut complété par la nomination de Maret, depuis duc de Bassano, au poste de secrétaire d’État. Cette nouvelle fonction consistait à préparer aux trois Consuls les éléments de leurs travaux, à rédiger les procès-verbaux de leurs décisions et à les expédier aux chefs des départements.

Des commissaires, pris dans le sein des deux Commissions législatives, furent envoyés par les Consuls dans les provinces. Ces commissaires avaient pour mission d’expliquer aux populations l’événement politique du 18 brumaire, et de procéder au remplacement immédiat des fonctionnaires récalcitrants. Leur mandat ne rencontra, du reste, aucune résistance ; la chute du Directoire et l’avénement du nouveau Consulat, avec Bonaparte comme premier Consul, ayant été accueillie partout par des transports de joie.

L’organisation militaire dut subir aussi quelques modifications. Le général Lefebvre, déjà commandant de la 17e division, fut nommé au commandement de Paris ; le général Moreau prit le commandement en chef des deux armées du Rhin et de l’Helvétie, et Masséna fut envoyé à l’armée d’Italie.

Après les mesures d’ordre, le Consulat provisoire s’occupa des finances.

L’emprunt forcé progressif, établi par le Directoire, fut aboli, sur le rapport du ministre des finances. par les Commissions législatives. Cet emprunt, sur la demande des Consuls, dut être remplacé par une subvention de guerre de 25 centimes, ajoutés au total des contributions foncière, mobilière et personnelle. Un appel fut fait par Bonaparte aux banquiers de Paris ; il produisit douze millions.

La perception des contributions fut aussi réorganisée, et un état nominatif des personnes, avec évaluation de leur fortune pécuniaire fut dressé. On nomma, à cet effet, un directeur des contributions par département. Huit cent quarante contrôleurs, répartis dans les arrondissements, et fonctionnant sous les ordres du directeur, s’occupèrent du travail d’établir les rôles de la contribution. Des receveurs généraux furent également créés ; leur mission consistait à percevoir et à faire rentrer les fonds au Trésor. Comme garantie de leur position, ces receveurs durent souscrire des obligations, à cours forcé, remboursables, mois par mois, à leur caisse.

Cette réorganisation du système financier fit rentrer de fortes sommes dans les caisses de l’État, et permit au Consulat provisoire d’envoyer quelques subsides aux armées. Malheureusement, ces subsides furent insuffisants à calmer les angoisses des soldats dénués de tout. Des réclamations énergiques eurent lieu de la part des chefs de corps, qui, disaient-ils, « ne pouvaient plus faire obéir des hommes manquant de pain et de vêtements. »

Le premier Consul, voulant conjurer une révolte militaire, qui eût amené des malheurs incalculables, adressa à l’armée la proclamation suivante :

« Soldats, dit-il, vos besoins sont grands ; toutes les mesures sont prises pour y pourvoir. La première qualité du soldat est la constance à supporter la fatigue et la privation ; la valeur n’est que la seconde. Plusieurs corps ont quitte leurs positions ; ils ont été sourds à la voix de leurs officiers. La 17e légére est de ce nombre. Sont-ils donc tous morts les braves de Castiglione, de Rivoli, de Neumarck ? Ils eussent péri plutôt que de quitter leurs drapeaux, et ils eussent ramené leurs jeunes camarades à l’honneur et à leur devoir. Soldats ! vos distributions ne sont pas régulièrement faites, dites-vous ? qu’eussiez-vous fait si, comme les 4e et 22e légères, les 18e et 32e de ligne, vous vous fussiez trouvés au milieu du désert, sans pain ni eau, mangeant du cheval et des mulets ? La victoire nous donnera du pain, » disaient-elles ; et vous, vous quittez vos drapeaux !

« Soldats d’Italie ! un nouveau général vous commande ; il fut toujours à l’avant-garde dans les plus beaux jours de votre gloire. Entourez-le de votre confiance, il ramènera la victoire dans vos rangs.

Je me ferai rendre un compte journalier de la conduite de tous les corps, et spécialement de celle de la 17e légère et de la 63e de ligne ; elles se ressouviendront de la confiance que j’avais en elles. »

Cette proclamation mit fin aux divisions qui agitaient l’armée.

Les mesures politiques les plus importantes du Consulat provisoire furent l’abolition de la loi des otages, créée par le Directoire, à la suite des troubles de la Vendée ; l’élargissement des prêtres non assermentés, et la mise en liberté des émigrés, dont un nouveau décret ordonnait la transportation hors du territoire français.

Quant à la politique étrangère, elle subit des modifications de nature à faire pressentir aux esprits supérieurs l’espoir d’une paix prochaine.

Le général Duroc fut envoyé à Berlin, chargé d’une mission de courtoisie envers le roi et la reine de Prusse. M. de Talleyrand entra aux affaires extérieures, et M. Alquier fut envoyé à la cour d’Espagne, en qualité d’ambassadeur extraordinaire.

Le choix de ces hommes, appartenant au parti modéré de la Révolution, était un gage donné à l’Europe de l’esprit d’ordre qui dirigeait le nouveau Gouvernement, et permettait aux grandes puissances de traiter sérieusement avec la France.

Pendant cette réorganisation, Sieyès s’était occupé d’élaborer le plan de la nouvelle Constitution. Elle fut présentée à la Commission gouvernementale le 1er décembre 1799.

En voici le rapide aperçu :

Tout individu âgé 21 ans, ayant la qualité de Français, devait se faire inscrire sur un registre déposé à la commune. Les membres inscrits sur cette liste formaient trois catégories d’électeurs, pris, par dixième, dans chaque catégorie. La première nommait les maires, les sous-préfets et les juges de première instance ; la deuxième, les Conseils de département, les préfets, les juges de paix et les juges d’appel ; enfin la troisième nommait les membres du. Corps-Législatif, les conseillers d’État, les ministres, les juges du Tribunal de cassation, etc.

Le Pouvoir-Législatif était organisé de la manière suivante : Le Corps-Législatif, le Tribunat et le Conseil d’État. Au-dessus de ces deux autorités planait le Sénat conservateur.

Le Corps-Législatif se composait de trois cents membres ; le Tribunat de deux cents membres, et le Sénat de cent membres. Quant au Conseil d’État, le nombre de ses fonctionnaires était illimité.

A la tête du Pouvoir exécutif était un directeur suprême. A ce directeur s’adjoignaient deux Consuls : un Consul à la paix et un Consul à la guerre.

Le directeur nommait les deux derniers, ainsi que les ministres, les ambassadeurs et les hauts fonctionnaires de l’État. En vertu de ce pouvoir, il portait le titre de : grand électeur.

Ce projet de Constitution, dernier reflet des utopies révolutionnaires, fut vivement critiqué par le général Bonaparte, dans les séances de la Commission et du subir des modifications profondes. Enfin, après de vives discussions, dans les quelles le jeune, Tribus développa une grande supériorité de vues politiques, la Constitution de l’an VIII fût adoptée.

Nous n’en donnerons ici qu’une analyse succincte :

Un premier Consul était investi du Pouvoir exécutif. Deux autres Consuls, ayant seulement voix consultative, lui étaient adjoints.

Le premier Consul avait la nomination directe : des membres de l’Administration générale de la République, des officiers de terre et de mer, des conseillers d’État, des ambassadeurs, des juges civils et criminels et des membres des Tribunaux de cassation. Il avait, en outre : le Gouvernement civil tout entier, la direction de la guerre et de la diplomatie, et il signait les traités paix, de guerre et de commerce.

Les trois Consuls étaient élus pour dix années, et rééligibles.

Le traitement du premier Consul était de cinq cents mille francs ; celui des deux autres, de cent cinquante mille francs chacun.

Les trois Consuls devaient loger aux Tuileries, et être-entourés d’une garde consulaire.

En ce qui concernait l’organisation civile, la Constitution de l’an VIII garantissait la liberté individuelle et l’inviolabilité du domicile de chaque citoyen ; elle établissait la responsabilité des ministres et des agents du Gouvernement ; elle assurait des pensions aux veuves et aux enfants des militaires morts sous les drapeaux, et déclarait qu’il pourrait être également accordé des pensions aux citoyens ayant rendu d’éminents services à la patrie.

Cette Conslitution adoptée, les Commissions législatives durent procéder à la nomination d’un Consulat définitif.

Le général Bonaparte fut nommé premier Consul pour dix ans. Cambacérès et Lebrun, deuxième et troisième Consuls, également pour dix années.

« Il fallut ensuite, et sans retard, dit M. Thiers, s’occuper de la composition des corps délibérants. Là se trouvait indiqué le rôle de Sieyès1. On avait écrit dans la Constitution que le Sénat élirait les membres de tous les corps délibérants. Il s’agissait de savoir qui composerait le Sénat, une première fois. On statua, par un article particulier, que MM. Sieyès et Roger-Ducos, qui allaient cesser d’être Consuls, réunis à MM. Cambacérès et Lebrun, qui allaient le devenir, nommeraient la majorité absolue du Sénat, laquelle était de trente-un membres sur soixante. Les trente-un sénateurs, élus de la sorte, devaient ensuite élire, au scrutin, les vingt-neuf sénateurs restant à désigner. Le Sénat, une fois complété, devait composer le Corps-Législatif, le Tribunat et le Tribunal de cassation. »

L’édifice gouvernemental étant ainsi solidement reconstitué, Bonaparte inaugura sa nouvelle autorité consulaire par une série de mesures conciliatrices.

La première de ces mesures fut un avis du Conseil d’État, en date du 7 décembre (6 nivôse), qui rendait les droits civils et politiques aux ci-devant nobles et aux parents d’émigrés, et les déclarait accessibles à toutes les fonctions publiques.

Vint également un sénatus-consulte abrogeant la surveillance de la haute police, prononcée, lors du 18 brumaire, contre tous les individus appartenant au parti révolutionnaire. Le premier Consul étendit cette mesure aux déportés sans jugement, qui furent autorisés à rentrer en France, sauf l’obligation de séjourner dans des villes indiquées.

MM. Boissy-d’Anglas, Dumolard, Pastoret, Carnot, Portails, Quatremère-Quincy, Siméon, Villaret-Joyeuse, Barbé-Marbois et Barrère, profitèrent de cette amnistie et rentrèrent sur le territoire français.

Les cultes furent aussi l’objet de la sollicitude de Bonaparte.

« Le 28 décembre (7 nivôse), dit M. Thiers, un décret déclara qu’à partir de ce jour, les édifices destinés aux cérémonies religieuses continueraient à recevoir cette destination, ou la recevraient de nouveau, s’ils n’avaient pas été rendus aux ministres des divers cultes. »

Quant à la formule de l’engagement des prêtres vis-à-vis l’État, ellle fut également modifiée. On remplaça le serment à la Constitution civile du clergé par une simple promesse d’obéissance à la Constitution de l’État.

« Enfin, dit encore M. Thiers, aux mesures de cette nature, le premier Consul en ajouta une qui devait, aux yeux de tout le monde, lui appartenir plus directement, parce qu’elle rappelait des relations qui lui étaient en quelque sorte personnelles. Il avait négocié avec Pie VI, le pape défunt, et signé, aux portes de Rome, le traité de Tolentino ; il avait, dès l’année 1797, affecté de montrer de grands égards pour le Chef de l’Église catholique, et en avait reçu des temoignages marqués de bienveillance. Pie VI, mort à Valence, en Dauphine, n’avait pas encore obtenu les honneurs de la sépulture. Ses restes mortels étaient déposés dans une sacristie. Le 13 décembre, Bonaparte fit rendre par les Consuls un arrêté, appuyé sur les plus nobles considérations. »

Nous lès reproduisons ici :

« Les Consuls, sur le rapport qui leur a été fait que le corps de Pie VI est, depuis six mois, en dépôt dans la ville de Valence, sans qu’il lui ait été accordé les honneurs de la sépulture, déclarent que si ce vieillard, respectable par ses malheurs, a été un moment l’ennemi de la France, ce n’a été que séduit par les conseils des hommes qui environnaient sa vieillesse ; qu’il est, en conséquence, de la. dignité de la nation française, et conforme à son caractère de donner des marques de considération à un prélat qui occupa un des premiers rangs sur la terre ;

Les Consuls arrêtent, etc., etc. »

Suivaient la nomenclature des honneurs funèbres à rendre au souverain Pontife, et la description du monument à élever sur sa tombe.

Cette détermination produisit une réaction favorable au nouveau Gouvernement. Les honnêtes gens y virent le triomphe définitif des idées d’ordre sur l’exaltation et les folies révolutionnaires.

Le premier Consul, poursuivant son œuvre de conciliation, abolit la fête du 21 janvier (anniversaire de la mort de Louis XVI). Il ne laissa subsister que les solennités du 14 juillet et du 1er vendémiaire, « Journées, disait-il dans son rapport aux Commissions législatives, dont le souvenir est impérissable dans la mémoire des citoyens ; elles ont été accueillies par tous les Français avec des transports unanimes, et ne réveillent aucun souvenir qui tende à porter la division parmi les amis de la République. »

Quelques jours après, il créait un institution qui fut le prélude de l’Ordre de la Légion-d’Honneur.

En vertu d’un article de la Constitution, et sur la proposition du général Bonaparte, les Consuls décidèrent que des armes d’honneur seraient décernées aux généraux, officiers et soldats qui se seraient distingués par un action d’éclat.

Le général Saint-Cyr fut le premier qui reçut cette marque honorifique. Bonaparte, en lui remettant un sabre d’honneur, lui adressa cette allocution :

« Recevez, général, comme témoignage de ma satisfaction, ce sabre que vous porterez les jours de combat. Faites connaître aux soldats qui sont sous vos ordres que je suis content d’eux, et que j’espère l’être davantage encore. »

La guerre continuant dans les départements de l’Ouest, le premier Consul adressa, le 29 décembre (8 nivôse), la proclamation suivante aux Vendéens :

« Une guerre impie menace d’embraser une seconde fois les départements de l’Ouest. Le devoir des premiers magistrats de la République est d’en prévenir les progrès et de l’éteindre dans son foyer ; mais ils ne veulent déployer la force qu’après avoir épuisé les voies de la persuasion et de la justice.... Le Gouvernement pardonnera, ajoutait-il en terminant, il fera grâce au repentir ; l’indulgence sera entière et absolue ; mais il frappera quiconque, après cette déclaration, oserait encore résister à la souveraineté nationale.... Désormais nous ne connaîtrons qu’un sentiment : l’amour de la patrie. Les ministres d’un Dieu de paix seront les premiers moteurs de la réconciliation et de la concorde !... Qu’ils parlent aux cœurs le langage qu’ils apprirent à l’école de leur Maître ; qu’ils aillent, dans ces temples qui se rouvrent pour eux, offrir le sacrifice qui expiera les crimes de la guerre et le sang qu’elle a fait verser ! »

Cet énergique manifeste calma l’effervescence des départements méridionaux, et fit avorter la propagande des partisans de la Chouannerie.

Après avoir essayé de dompter les ennemis de l’intérieur, le premier Consul songea à ramener à la politique française deux puissances qui lui étaient complétement hostiles : l’Autriche et l’Angleterre.

Il écrivit, à cet effet, deux lettres adressées, la première au roi de la Grande-Bretagne ; la seconde, à l’empereur d’Allemagne.

Voici ces deux lettres :

« Paris, 5 nivôse an VIII 26 décembre 1799).

Appelé, Sire, par le vœu de la nation française, à occuper la première magistrature de la République, je crois convenable, en entrant en charge, d’en faire directement part à Votre Majesté.

La guerre qui, depuis huit ans, ravage les quatre parties du monde, doit-elle être éternelle ? n’est-il donc aucun moyen de s’entendre ?

Comment les deux nations les plus éclairées de l’Europe, puissantes et fortes plus que ne l’exigent leur sûreté et leur indépendance, peuvent-elles sacrifier à des idées de vaine grandeur le bien du commerce, la prospérité intérieure, le bonheur des familles ? Comment ne sent-elles pas que la paix est le premier des besoins, comme la première des gloires ?

Ces sentiments ne peuvent pas être étrangers à Votre Majesté, qui gouverne une nation libre, et dans le seul but de la rendre heureuse.

Votre Majesté ne verra dans cette ouverture que mon désir sincère de contribuer efficacement, pour la seconde fois, à la pacification générale, par une démarche prompte, toute de confiance, et dégagée de ces formes, qui, nécessaires, peut-être, pour déguiser la dépendance des États faibles, ne décèlent dans les États forts que le désir mutuel de se tromper.

La France, l’Angleterre, par l’abus de leurs forces, peuvent longtemps encore, pour le malheur de tous les peuples, en retarder l’épuisement ; mais, j’ose le dire, le sort de toutes les nations civilisées est attaché à la fin d’une guerre qui embrase le monde entier.

Signé : BONAPARTE.

Premier Consul de la République française. »

 

« Paris, 5 nivôse an VIII.

De retour en Europe après dix-huit mois d’absence, je retrouve la guerre allumée entre la République française et Votre Majesté.

La nation française m’appelle à occuper la première magistrature.

Étranger à tout sentiment de vaine gloire, le premier de mes vœux est d’arrêter l’effusion du sang qui va couler. Tout fait prévoir que, dans le campagne prochaine, des armées nombreuses et habilement dirigées, tripleront le nombre des vietimes que la reprise des hostilités a déjà faites. Le caractère connu de Votre Majesté ne me laisse aucun doute sur le vœu de son cœur. Si ce vœu est seul écouté, j’entrevois la possibilité de concilier les intérêts des deux nations.

Dans les relations que j’ai eues précédemment avec Votre Majesté, elle m’a témoigné personnellement quelque égard. Je la prie de voir, dans la démarche que je fais, le désir d’y répondre, et de la convaincre, de plus en plus, de la considération toute particulière que j’ai pour elle.

Signé : BONAPARTE.

Premier Cumul de la République française.

 

Ces missives furent accueillies avec froideur par les souverains des deux grandes nations européennes.

*
**

CHAPITRE II

SOMMAIRE. — Ouverture des séances du Sénat, du Corps Législatif et du Tribunat. — Présentation, par le premier Consul, de deux projets de loi réglant l’Administration municipale départementale et réorganisant la justice. — Création d’un Tribunal de première instance et d’appel. — Adoption de deux projets de loi par les trois Assemblées, sous les dates célèbres des 28 pluviôse et 27 ventôse an VIII. — Nomination, par le premier Consul, des préfets, sous-préfets et maires. — Budget de 1800, fixé à six cents millions. — Bonaparte crée la Banque de France, — Gouvernement de cette banque. — Lettre désobligeante de Pitt au premier Consul. — Réponse modérée de Bonaparte à cette lettre. — Réplique amère de lord Granville. — Réponse de M. de Taleyrand au Cabinet autrichien. — Trêve de Dieu proposee par Bonaparte aux provinces insurgées de la France. — Capitulation des insurgés de la rive gauche, le 18 janvier 1800, surnommée la paix de Montfaucon. — Capitulation. deux jours après, de la rive droite. — Reddition de Cadoudal et de Bourmont. — Réglementation de la presse. — Vote de la Constitution. — Unanimité des suffrages.

Le Sénat, le Corps-Législatif et le Tribunat ouvrirent leurs séances le 1er janvier 1800.

Parmi les nombreuses propositions soumises aux Assemblées délibérantes par le premier Consul, nous citerons deux remarquables projets de loi : l’un réglementait l’Administration départementale municipale, et l’autre réorganisait la justice.

En vertu du premier projet, l’Administration départementale devait être ainsi fixée :