//img.uscri.be/pth/6f6eceeda10e9ab3c74df0f3d0eb3508a6742428
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 10,88 €

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Histoire(s) de relogement

De
147 pages
Les démolitions de logements sociaux engagées dans le cadre du Programme national de renouvellement urbain sont le signe d'un renouveau des politiques dans le domaine de l'habitat en France. Pour autant, ces démarches ne vont pas sans difficultés. "L'aventure humaine" que constitue cette étape a rarement été décrite par ses propres acteurs : les habitants eux-mêmes et les professionnels du relogement qui les accompagnent souvent sur la durée.
Voir plus Voir moins

Histoire(s) de relogement

Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland Série « Globalisation et sciences sociales»
dirigée par Bernard Hours
La série «Globalisation et sciences sociales» a pour objectif d'aborder les phénomènes désignés sous le nom de global isation en postulant de leur spécificité et de leur nouveauté relatives. Elle s'adresse aux auteurs, dans toutes les disciplines des sciences humaines et sociales, susceptible s d'éclairer ces mutations ou évolutions à travers des enquêtes et des objets originaux alimentant les avancées théoriques à réaliser et les reconfigurations disciplinaires consécutives.

Ouvrages parus
Pascaline GABaRIT (Sous la dir.) Les hommes entre travail et famille,2007. Pierre TEISSERENC, Nilton MILANEZ, Sônia Barbosa MAGALHAES (sous la direction de), Discours, savoir et pouvoir dans le Brésil contemporain, 2007. Valeria HERNANDEZ, Pépita OULD-AHMED, Jean PAPAIL, Pascale PHELINAS (Sous la dir.), L'action collective à l'épreuve de la globalisation, 2007. Valeria HERNANDEZ, Pépita aULD-AHMED, Jean PAPAIL, Pascale PHELINAS (Sous la dir.), Turbulences monétaires et sociales,2007. Maïko-David PORTES, Prostitution et politiques européennes, 2006. Jean RUFFIER, Faut-il avoir peur des usines chinoises ?, 2006. Niagalé BAGA YOKO-PENONE et Bernard HOURS (dir.), États, ONG et production des normes sécuritaires dans les pays du Sud, 2005.

Catherine Payen Ryma Prost-Romand
sous la direction de Pierre Gras

Histoire(s)

de relogement

Paroles d'habitants, regards de professionnels

Préface de Georges Bullion

L'Harmattan

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03684-0 EAN : 9782296036840

PRÉFACE

,

Ecouter et rendre compte
par Georges Bullion Président de l'Association régionaledes organismes d'HLM de Rhône-Alpes
Depuis de nombreuses années, les organismes de logement social de Rhône-Alpes conduisent au sein de leur patrimoine des actions de relogement préalables à des démolitions. Le relogement est donc par essence à l'origine d'un déménagement non souhaité par un locataire. Ceci représente pour les organismes d'HLM un moment particulier dans leur relation avec les locataires concernés. Depuis l'adoption de la Loi d'orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine du 1er août 2003, les opérations de renouvellement urbain se sont multipliées en Rhône-Alpes, et toutes comportent un programme de démolitions et de relogements de plus ou moins grande ampleur. Les organismes d'HLM, contrairement aux autres partenaires qui se mobilisent dans le cadre des relogements, agissent dans un cadre réglementaire très précis. Un très grand professionnalisme s'est ainsi développé au sein des équipes chargées de mener à bien ces relogements.

HISTOlRE(S) DE RELOGEMENT

La qualité des relogements est souvent mesurée aujourd'hui à travers un outillage essentiellement quantitatif, visant à s'assurer de manière statistique du respect d'engagements contractuels pris par les bailleurs sociaux. Mais cette dimension collective masque l'essentiel de ce qui se joue à l'occasion des relogements: une étape essentielle dans la vie d'une personne seule, d'un couple ou d'une famille qui, heureuse ou douloureuse, ne sera jamais anodine. En complément des démarches d'évaluation qui sont et seront légion dans les mois et années à venir, loin de la consolidation de données socio-économiques, sans visée « scientifique» ni contrainte de représentativité, l'Association régionale des organismes d'HLM de Rhône-Alpes a souhaité contribuer à sa manière au débat sur le relogement, en invitant le lecteur à porter un autre regard sur le relogement. Un regard sensible, qui donne à voir à travers le récit de ses principaux acteurs, ce qui se joue dans ce moment très particulier. Qui sont, justement, les acteurs qui prennent la parole ici? Des habitants relogés bien sût, témoins et acteurs involontaires d'un nouvel épisode de la politique de la ville. Des chargés de relogement intervenant au nom des organismes de logement social, une catégorie professionnelle dont il est difficile de dire aujourd'hui si elle sera temporaire, ou si les savoir-faire développés dans le cadre du relogement préfigurent des modalités d'intervention mobilisables dans d'autres contextes. En effet des compétences certaines se sont développées pour gérer des situations complexes, lorsque le relogement concerne des populations fragiles, vieillissantes, 8

PRÉFACE
pouvant nécessiter, en plus de l'écoute attentive donnée à chacun, la mise en place de mesures d'accompagnement destinées à faciliter l'acceptation du déménagement. Dans un contexte de faible mobilité résidentielle, pourquoi ne pas mobiliser ces savoir-faire pour faciliter les mutations au sein du parc d'un organisme, identifier des solutions pour mettre en adéquation la taille d'un logement et la taille d'un ménage dont la composition familiale a évolué? Et lorsque sur certains territoires, comme celui du Grand Lyon, une véritable coopération entre organismes, mais également entre partenaires, permet quotidiennement de proposer des réponses à l'échelle de l'agglomération, élargissant ainsi les marges de manœuvre de chacun, il y a lieu de penser que ces pratiques mériteraient être pérennisées, dans le respect des prérogatives et du cadre d'intervention de chacun des acteurs. À travers ces petites histoires quotidiennes, le propos des organismes d'HLM de Rhône-Alpes est de rendre compte avec justesse, gravité parfois, non seulement de l'acte de reloger, mais également des situations vécues ou ressenties par un certain nombre de leurs locataires. Enfin, ces propos recueillis devront être pris en compte et peser dans la définition des stratégies patrimoniales des organismes et dans le choix des logements à démolir. Trop souvent, la démolition a été déterminée par des critères urbains, patrimoniaux ou f111anciers,sans toujours écouter la parole des habitants. Alors écoutons les!

9

REGARDS DE PROFESSIONNELS

REGARDS DE PROFESSIONNELS

U ne aventure humaine
par Ryma Prost-Romand
chargéede mission à l'Association régionale des organismesd'HLM de Rhône-Alpes
Chargé de relogement, ce n'est pas un métier comme les autres métiers du logement social. C'est un métier qui bouleverse la vie des gens. Quand on accueille des personnes dans une agence locale, elles sont à la recherche d'un logement. Elles viennent spontanément et savent à peu près ce qu'elles veulent. Parfois elles aspirent à un logement plus grand, ou bien plus petit, plus ensoleillé que le logement précédent, et parfois elles veulent un logement tout court. Quand on est chargé de relogement, on se rend chez les locataires. Ils ne sont pas demandeurs de changement. A priori, ils ne savent ni ce qu'ils veulent vraiment ni où ils veulent aller. Quelques-uns sont ravis, car cela faisait longtemps qu'ils demandaient une mutation. D'autres habitent là depuis trente ans et on leur dit : « Voilà, votre immeuble va être démoli, il faut que vous me disiez où vous avez envie d'aller. . . »

HISTOIRE(S) DE RELOGEMENT

Ce métier est difficile à défmir. De la première rencontre chez le locataire à la « visite de courtoisie» après le relogement, du diagnostic social du quartier à la démolition de l'immeuble, de la recherche de logement au déménagement de la famille, il est multiforme. Ces quelques étapes font son quotidien. Une journée de chargé de relogement, c'est une journée vécue pleinement, riche, faite de nombreux récits, de découvertes, de rencontres, de visites, de joies, de pleurs, de culpabilité, d'angoisse parfois, mais aussi de fierté. Voici, en guise de témoignage, une journée-type d'une équipe de chargé(e)s de relogement: Cécilia, Annie, Leila, Jacqueline, Brigitte, Yanis, Sylvie, Samy. 24 heures d'un métier où se mélangent technicité et sensibilité.

7 h 10 : la tour tombe Aujourd'hui, ce n'est pas un jour comme les autres. Aujourd'hui, la tour tombe. Dans quelques heures, il n'y aura plus d'immeuble, juste des gravats, comme après un grand tremblement de terre. Même si celui-ci est programmé. Émue, Jacqueline pénètre pour la dernière fois dans le hall. Elle y est venue tellement de fois, y a rencontré tellement de personnes. Mais aujourd'hui elle est seule. Il est 7 heures du matin, elle a froid et doit monter à pied jusqu'au 15e étage pour vérifier que l'immeuble est bien vide.
Lorsqu'elle l'esplanade. redescend, tout le monde est rassemblé sur Ambiance particulière que celle d'une démolition...

14

REGARDS DE PROFESSIONNELS

Hier soir, lors de la retraite aux flambeaux et de la veillée organisées par les anciens locataires, elle a croisé un petit garçon qui, d'une phrase, a résumé le sentiment général: « Je vais à l'enterrement de mon immeuble. » Ce « jour de deuil» est vécu en commun. Souvent la larme à l'œil, les habitants sont heureux de se voir, de se retrouver. La tour va être détruite par la technique de l'implosion. C'est brutal, comme un choc: on implose, restent les gravats. Mais c'est peut-être cette violence qui permet aux habitants de passer à autre chose plus rapidement. À l'inverse, la technique du « grignotage », plus longue mais moins brutale en apparence, est éprouvante pour les locataires qui voient leur vie partir en petits morceaux, arrachée en même temps que les pans de murs de leur ancien logement. Notre travail est d'accompagner les locataires, de les aider à faire leurs valises, bien sûr, à s'installer dans un nouveau lieu. Mais aussi et surtout à faire le deuil de l'endroit où ils ont vécu ou ont grandi.

8 h 00 : à domicile Chacun retrouve son quotidien et sa «valisette ». Un système adopté par l'équipe pour « transporter» en permanence toutes ces familles à reloger... Une idée d'Annie qui, « chargée» de nombreux dossiers, a choisi de les mettre dans une valise à roulettes. S'occuper de relogement, c'est un peu comme le métier de VRP, toujours en mouvement. La journée commence souvent vers 8 heures. Pour Brigitte, c'est la tournée des visites 15

HISTOIRE(S) DE RELOGEMENT

à domicile. Elle se rend à la rencontre des mamans avant qu'elles ne partent au travail, à l'école ou bien faire les courses. Elle passe devant l'appartement de la gardienne, aujourd'hui vide. Je suis contente de ce qui lui a été proposé. Elle le mérite, ce nouveau poste. Heureusement qu'elle était là pour les visites au petit matin. Toujours souriante. Cependant, elle n'appréciait pas certains locataires, comme Madame P., qu'elle trouvait trop aguicheuse - elle se mettait pratiquement nue pour aller vider sa poubelle et ainsi attirer les hommes du quartier, racontait-on. . . S'il fallait tenir compte de toutes les rumeurs! À chacune des visites effectuées chez elle, Madame P. était bien habillée et Brigitte n'a jamais rien vu qui ressemble à de l'exhibitionnisme. Elle savait recevoir, proposait du thé de chez elle - du thé de l'Est, avec un samovar posé sur la table du salon. En revanche, je me demande si elle n'affabulait pas en affirmant qu'elle était médecin dans son pays. Je ne saurai jamais la vérité. En tout cas, elle savait ce qu'elle voulait en matière de relogement: habiter un quartier qui ne soit pas un grand ensemble. C'est chose faite aujourd'hui, elle vit en centre-ville. Son nouvel immeuble ne doit pas faire plus de cinq étages, avec bus et commerces à proximité. Un quartier ancien qui voit défiler de nombreux touristes. Ça doit la changer de la ZUP.

9 h 55 : ascenseur et balcon Rendez-vous est pris devant un programme neuf entre l'équipe de chargés de relogement et Monsieur B. Ce dernier a posé un jour de congé. Toute la famille est présente: le père, la 16