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Histoires de migrants

De
168 pages
A la fois enquête et fiction, ce récit retrace les vies de plusieurs personnages qui ont quitté leur pays natal pour des raisons politiques, économiques ou autres persuadés de trouver une vie meilleure en France.
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Mario Blaise
À la fois enquête et fi ction, ce récit retrace les vies de
plusieurs personnages qui ont quitté leur pays natal pour
des raisons politiques, économiques ou autres, persuadés de
trouver une vie meilleure en France.
Les tribulations d’Estéram Toussaint, Abderamane Dia,
Anne-Marie Lochard, Mélamine Tobé et les autres dénotent
que leurs vies ne furent pas de longs fl euves tranquilles.
Ils eurent à se battre, souvent le nœud de l’angoisse à la
gorge pour assurer leur subsistance et envoyer de l’argent
au pays. Nombre d’observateurs avertis pensent que les Histoires de migrants
migrants sont de véritables héros.
Les pères sont venus, les mères et les enfants les ont
rejoints, certains enfants sont arrivés tout seuls comme dans Africains de l’Ouest, Domiens et Haïtiens
la tragédie dite des enfants de la Creuse, d’autres sont nés en
France.
Le narrateur fait la relation entre la présence de ces
migrants et le rayonnement de l’ex-Empire colonial français.
Mario Blaise est né et a grandi en Haïti. Il vit aujourd’hui en
région parisienne. Histoires de migrants est son sixième
ouvrage.
Illustration de couverture :
© collection de l’auteur
Les impliquésISBN : 978-2-343-05369-1
17 € Éditeur
Histoires de migrants
Mario Blaise
Les impliqués
É di teu rLes Impliqués Éditeur

Structure éditoriale récente fondée par L’Harmattan, Les
Impliqués Éditeur a pour ambition de proposer au public des
ouvrages de tous horizons, essentiellement dans les domaines
des sciences humaines et de la création littéraire.


Déjà parus

Peyrat (Jean-Michel), Rhapsodie pour une ombre, roman, 2014.
Thuillier (Alain), Coutumes et récits face à la mondialisation, essai, 2014.
Hombart (Jean-Claude), Naufragée de la dictature, récit, 2014.
Castellani (Robert-Noël), Vers l’apocalypse, essai, 2014.
Rabesahala-Randriamananoro (Charlotte), La religion malgache
ancestrale pratiquée, essai, 2014.
De la Caffinière (Jean-Yves), Glossaire d’un observateur des temps
présents, essai fragmenté, 2014.
Nduwayo (Léonard), Une nouvelle page de la nouvelle université rwandaise,
témoignage, 2014.
Heckly (Christophe et Serge), Une famille vosgienne à travers les deux
guerres, récit, 2014.
Arnould (Philippe), Pichegru, général en chef de la République : imposture
et trahison, essai, 2014.
Damus (Obrillant), Le regard d’un loup-garou haïtien, roman, 2014.



Ces dix derniers titres de ce secteur sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site :
www.lesimpliques.fr HISTOIRES DE MIGRANTS© Les impliqués Éditeur, 2014
21 bis, rue des écoles, 75005 Paris
www.lesimpliques.fr
contact@lesimpliques.fr
ISBN : 978-2-343-05369-1
EAN : 9782343053691 Mario Blaise
Histoires de migrants
*
Africains de l’Ouest, Domiens
et Haïtiens
Les impliqués Éditeur DU MÊME AUTEUR
Aux éditions L'Harmattan
Collection Graveurs de mémoire
- Le Flamboyant, récit. 2002.
(Petite enfance en Haïti dans les années 50.)
- Retour au pays natal. Haïti, Petit-Goâve. 2013
- Retour aux racines. Un Haïtien au Bénin. 2014
Aux éditions Manuscrit
- Désir d’Ailleurs, chroniques de voyage. 2007
- Les Tribulations d’un Haïtien de la diaspora. 2008 REMERCIEMENTS
À ma femme,
À mon amie Rosie,
qui ont été des lectrices perspicaces.
À mon cher André,
pour avoir réalisé les cartes de l'Afrique de l'Ouest,
de la Caraïbe et de l'Océan indien. "Exilé. Personne qui sert son pays en résidant à l'étranger,
sans être pour autant ambassadeur."
Ambrose Bierce, écrivain et journaliste nord-américain. 1
1, RUE DES ABÎMES. 1990-2012
Paris
75 Trois mois durant, je ne reçus aucune visite. Je vécus dans
la plus grande des solitudes. Heureusement que le brouhaha
de l'extérieur arrivait jusqu'à moi.
Soudain, d'innombrables allées et venues commencèrent.
Un désinsectiseur passa hier matin. Il avait même avec lui
sa petite provision de mort-aux-rats qu'il déposa dans tous
les recoins et toutes les canalisations. Il soliloquait d'une voix
tendue par la colère, un timbre de voix qui paraissait
alcoolisé et qui trouvait résonnance dans le vide total où je
suis plongée.
Un vieux monsieur rentra peu après, penché sur son balai.
Il semblait endolori des pieds à la tête. Pas foutu de faire le
moindre geste. Il me regarda avec un mépris non dissimulé
et tourna les talons d'un pas mal assuré. Dame !
À la clef, y aura-t-il une sorte de toilettage ? J'en ai bien
besoin. Mes murs sont lézardés et humides. Les fissures
nombreuses et importantes. Le papier peint à gros motifs,
censé les recouvrir, est troué en maints et maints endroits.
On ne peut plus moisi, il est maculé d'énormes taches. Je
passe sous silence mon système d'assainissement et mes
branchements électriques tant ils paraissent défectueux. De
quoi hoqueter de chagrin. Mais… je maîtriserai mes remous
intérieurs.
Les visites succédèrent aux visites. Malgré ces invites,
personne ne semblait vouloir d'un vieux débris comme moi.
Je ne vis défiler pratiquement que des hommes aux visages
émaciés, tristes et qui semblaient asséchés par une vie de dur
labeur et de malheur.
12 *
Soudain, par un beau matin, l'on m'investit, sans
ménagement : des barres métalliques, des tournevis, des
marteaux, des matelas.
Ils étaient trois à renâcler à la besogne. Les yeux du plus
âgé lançaient des obus au jeune apprenti maladroit qui
écopait de l'impatience de son aîné. Le véhicule de livraison
était mal garé. Il fallait faire vite, très vite.
Je suis envahie par les remugles des vêtements utilisés et
réutilisés, les effluves des aisselles, les exhalaisons des
haleines.
Deux lits de trois étages superposés poussèrent comme
des champignons.
Les colocataires seraient en nombre et ne devraient sans
doute pas tarder à se manifester. Inch' Allah !
Le Malien
Dimanche arriva. La radio était depuis le petit matin
branchée sur RFI. Les nouvelles passaient en boucle. Un
homme entendait sans écouter. Le fond sonore lui tenait
compagnie. Il devait accuser bientôt la cinquantaine avec une
face de carême, une démarche traînante, l'air retiré au plus
profond de lui-même. Pas ce qui se fait de plus commode
comme interlocuteur. Pourtant, je sentais, sentais sans
l'ombre d'un doute qu'une grande générosité devait l'habiter
sans qu'il ne fût prêt à se laisser aller spontanément à de
grands étalages de sentiments.
13 Dehors, le bruit de la circulation avait décru, comme tous
les jours fériés, et les premiers rayons de soleil pourfendaient
les brumes.
Mon premier occupant était arrivé seulement la veille et je
ne savais rien de lui. J'avais hâte de faire connaissance. Je
décidai de me jeter à l'eau et lui posai plein de questions : Ses
origines ? Son arrivée en France ? Sa profession ? Sa famille,
sa vie sociale et ses projets ?
Le sourire édenté, il répondit tranquillement et
précisément à toutes mes questions, sans platitude, sans
trouble émotionnel, les idées claires, l'esprit bien affûté, avec
un accent petit-nègre.
Né en 1964 à Bamako, capitale du Mali, il vivait en France
depuis environ vingt ans. J'aurais dû me douter de sa
nationalité car la plupart des Maliens portent d'amples
blousons de cuir noirs.
Il était charpentier.
Son grand-père était mort dans les tranchées de la guerre
39-45 et son père, ancien mineur, venait de s'éteindre d'un
cancer du poumon qui avait gangrené lentement ses forces.
Il rentra au bled à cette occasion pour l'accompagner aux
"portes de la vie éternelle" .
Sa famille était restée au pays. Une femme et quatre
enfants. Il ne la voyait qu'un mois par an. Il ne connaissait
pas son dernier-né. La vie avait fait obstacle à la venue de sa
famille ici. C'était en permanence qu'il avait un nœud dans la
gorge.
En France, il n'avait jamais disposé que d'un endroit où
laisser reposer ses vertèbres et il s'endormait tous les soirs,
vaincu par la fatigue du travail. Il n'arriverait jamais à
s'adapter aux jours sombres de l'hiver. Au diable, griefs et
doléances, murmura-t-il. Bien qu'il eût l'âme chevillée au
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corps, il sentit que les années grignotaient ses forces. Son
lieu de naissance serait son lieu de sépulture.


Le Guinéen et le Négropolitain

Le ciel était bas, d'un noir d'encre. Au troquet du
rez-dechaussée, deux nouveaux habitués venaient de prendre
langue : un Guinéen en boubou et un Négropolitain, comme
on surnomme les Domiens (originaires des Départements et
Territoires d'Outre-Mer) qui vivent en France. Les deux
colocataires grimpèrent ensuite jusqu'à l'étage du 1, rue des
Abîmes. L'alcool aidant, la discussion faisait rage.
- Pourquoi donc refusez-vous souvent de reconnaître votre
ascendance africaine ? Pourquoi avez-vous honte de
reconnaître que vos ancêtres furent des esclaves ? Tous les
peuples ont été soit colonisés, soit réduits en esclavage à un
certain moment de leur histoire. On parle beaucoup des
Noirs parce que nous sommes les derniers en date, si je fais
abstraction de l'esclavage moderne.
- Mais, mais, je ne conteste rien, je ne nie rien, je ne renie
même rien.
- Savez-vous que c'est le Créateur qui a voulu la colonisation
et la traite négrière. Ce qui dépasse l'entendement des
noncroyants, des âmes égarées. C'est justement l'esclavage qui a
permis à la race noire de s'essaimer, préfigurant le métissage,
la créolisation. Sans l'esclavage, l'Afrique serait restée
renfermée sur elle-même. Il n'y aurait point de Haïti, point
de Martinique, point de Guadeloupe. C'est d'ailleurs parce
que la France a conquis des territoires maghrébins et
subsahariens que nous assistons maintenant à ce retour de
manivelle, à cette colonisation à l'envers contre laquelle on
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