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HITLER ET FREUD, UN TRANSFERT PARANOÏAQUE

De
274 pages
Freud le fondateur de la psychanalyse, du fait du savoir diffusé par ses écrits, fut l'objet de la part d'Hitler et des Nazis d'un transfert inconscient et destructeur, ayant aboutit au génocide de six millions de juifs. Voici la thèse qu'avance l'auteur. Il analyse en effet l'holocauste comme l'acte délirant d'un groupe de paranoïaques psychopathes, et le nazisme comme le produit historique d'une Allemagne déprimée à la suite de sa défaite en 1918. Bien sûr, le génocide juif n'est pas le seul, l'auteur évoque aussi celui du Rwanda, de la Bosnie par exemple pour en étudier les dictateurs et leur rapport sadomasochistes aux masses qui en furent les victimes.
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Hitler et Freud: un transfert paranoïaque
ou
La Genèse inl'fJstueuse dJun génol'ide atgourdJhui

et les persécutions

Collection Psychanalyse et Civilisations dirigée par Jean Nadal
L'histoire de la découverte de la psychanalyse témoigne que démarche clinique et théorie issues de champs voisins ont concouru, par étayage réciproque à élaborer le concept d'inconscient, à éclairer les rapports entre pathologie et société et à reconsidérer les liens entre le malaise du sujet singulier et celui de la civilisation. Dans cette perspective, la collection "Psychanalyse et Civilisations" tend à promouvoir cette ouverture nécessaire pour maintenir en éveil la créativité que Freud y a trouvée pour étayer, repenser et élargir la théorie. Ouverture indispensable aussi pour éviter l'enfermement dans une attitude solipsiste, qui en voulant protéger un territoire et préserver une identité, coupe en réalité la recherche psychanalytique de ses racines les plus profondes.

Dernières parutions
La structure de la pensée (livre II), CLAUDEBRODEUR La vie de l'esprit (livre III), CLAUDEBRODEUR Essai sur les phénomènes transgénérationnels, J.P. DUTHOIT Le corps et l'écriture, CLAUDEJAMARTet VANNI DELLAGIUSTINA(eds). Travail culturel de la pulsion et rapport à l'altérité, H. BENDAHMAN(sous la direction de), 2000. Autisme, Naissance, Séparations. Avec Thibaut sur le chemin. Chronique d'un parcours psychanalytique avec une enfant de quatre ans, B. ALGRANTI-FILDIER,2000. Critique littéraire occidentale, critique littéraire arabe, « textes croisés », MOHAMED OULD BOULEIBA, 2000. Tentation paranoïaque et démocratie, Jean-Pierre BÉNARD, 2000. Bilan personnel et insertion professionnelle, Florian SALA, 2000. MALDA VSKY DAVID, Lignages abouliques, processus toxiques et traumatiques dans des structures intersubjectives, 2000. PORRET Jean-Michel, Temps psychiques et transferts, 2000. MOREAU DU BELLAINGLouis, La fonction du libre-arbitre. Légitimation II, 2000. GUYON Robert, Fragments d'une passion, 2001. DANJOU Marie-Noëlle, Raison et folie, 2001. OLINDO-WEBERSilvana, Suicides au singulier, 2001. BRODEUR Claude, Le père: cet étranger, 2001. GAZENGEL Joseph, Vivre en réanimation, 2001. LEFEVRE Alain, Qui a tué le docteur Lacan ?, 2001.

Roger ZAGDOUN

Hitler et Freud: un transfert paranoïaque
ou La Genèse incestueuse d'un génocide et les persécutions aujourd'hui

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita lL 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

DU MEME AUTEUR

ŒDIPE le garçon La prohibition de l'il1ceste et la fonction paternelle Editions Encre, 1979. DROITE ET GAUCHE paranoïaques et déprimés La politique sur le divan Editions Encre, 1986.

@L'Hannatlan,2002 ISBN: 2-7475-1910-4

I
LA GENESE INCESTUEUSE D'UN GENOCIDE

INTRODUCTION
L'idée de la solution finale ou Le sadisme un symptôme de l'humanité

L'idée de la solution finale ou Le sadisme un symptôme de l'humanité
Pourquoi parler encore une fois de la solution finale, qui est un sujet sur lequel tout paraît avoir été dit? Justement, parce qu'il semble qu'il reste quelque chose à dire. Preuve: la question revient et insiste. Comment se fait-il qu'une telle chose ait pu se produire? C'est incompréhensible... Il y a bien une explication. Comment un groupe humain a-t-il pu en arriver à ce point de sadisme vis-à-vis d'un autre groupe humain? Et toutes les tentatives de rendre le problème plus général - il s'est produit beaucoup d'autres choses horribles par le passé, et il s'en produit encore chaque jour - ne permettent pas de contourner cette interrogation: qu'est-il arrivé cette fois-là, pour que les limites de l'horreur aient paru avoir été atteintes? Je répondrai qu'il s'est passé un événement révélateur d'un désir collectif inconscient, que je situerai en rapport avec l'inceste. Mais l'inceste étant un sujet tabou, il est difficile d'en parler et encore plus d'y penser. Ce que je voudrais essayer d'expliciter ici est le lien inconscient que l'on peut faire entre la solution finale et l'inceste, et je vais dès maintenant exprimer mon point de vue, qui sera repris et développé dans les pages qui vont suivre. La solution finale telle qu'elle a été mise en actes a eu à mon sens la valeur symbolique de J'accomplissement d'un inceste plus que d'un Ineurtre : abordée sous l'angle de la psychanalyse, c'est comme si un inceste avait réellelnent été accompli à l'échelon collectif, c'est comme si entre les nazis et les juifs, il s'était passé quelque chose d'aussi violent et interdit qu'un coït destructeur entre fils et mère ou entre fille et père. Et d'ailleurs ceux qui ont vécu l'événement ont en général la même réaction: c'est comme un tabou, ils n'en parlent jamais, mais en réalité ils y pensent tout le temps. Parce qu'à la différence du désir d'inceste, que chacun est censé refouler et enfouir au plus

profond de soi-même, ce qui s'est passé pour eux ne peut être refoulé et ils ne peuvent l'oublier, ce qui fait qu'ils gardent en eux la vision de l'horreur qu'ils ont vécue... C'est qu'ils ont vu ce qui ne peut être ni vu ni pensé. En fait, ils ont vu l'inceste, en cela qu'ils ont vu non seulement la mort, mais aussi quelque chose de plus que la mort, qui en principe ne doit pas être vu, et qui est l'horreur, c'est-à-dire la vision de l'inceste. C'est comme si le tabou en avait été levé: l'inceste devient impossible à refouler, puisqu'il a été vu et donc pensé, et que l'inceste est im.pensable. On le dit d'ailleurs: ce qui s'est passé est impensable. Œdipe, lui, s'est crevé les yeux après avoir vu l'inceste, lorsqu'il a su qu'il avait couché avec sa mère, et que ses yeux avaient vu son sexe, c'est-à-dire qu'il avait connu le sexe de sa propre mère, le sexe de celle qui l'avait engendré. Eux, ceux qui sont revenus, ne veulent pas être les yeux des autres. Ils se taisent. C'est pourquoi Shoah, le fihn de Claude Lanzmann, où les revenants acceptent de parler, est un film sur le voir: et cela bien que l'on ne fasse qu'entendre les témoins, et que ] 'on ne voie rien, sauf les lieux tels qu'ils sont aujourd'hui. Ce qui est insupportable, au sens propre du terme, c'est ce que les paroles font voir. L'événement de Shoah, c'est le fait qu'enfin on puisse penser, qu'enfin on puisse se représenter ce qui jusqu'à présent était impossible à imaginer. * Nombreux sont ceux et celles qui en ont assez du sadisme, aussi bien ordinaire qu'extraordinaire. Et à mon avis, approfondir la question de la solution finale, préconisée avec succès par les nazis pour exterminer des millions de juifs, et cOlnprendre le processus de ce génocide, est une façon d'arrêter le sadisme en général, et de faire reculer la barbarie, et cela pas seulement au regard de cette 10

tragédie spécifique qui s'est déroulée il y a maintenant plus de cinquante ans. On ne ressuscite pas les morts, mais on peut peut-être parvenir à protéger les vivants... Cependant, puisque le génocide qui a eu lieu était de l'ordre de l'impensable, il est logique, sinon naturel, que certains éprouvent aujourd'hui le besoin de ne plus y penser, de refouler, et même de nier la réalité des faits: les dénégations d'un Faurisson, et des révisionnistes qui lui ont succédé, affirmant qu'on n'avait gazé que les poux, apportent en fait une preuve supplémentaire de ce qui est en question, à savoir qu'il s'agit de quelque chose d'insupportable, qui, comme l'inceste, est donc à refouler et à nier. La répétition du sadisme ou la barbarie aujourd'hui Le second point est qu'après avoir constaté le triomphe du sadisme à l'époque, on constate qu'il continue encore à triompher aujourd'hui... Voir ce qui s'est passé en Bosnie. Comme si la leçon n'avait pas servi, ou comme si en cette matière, la leçon n'était pas possible. Si l'expérience n'a aucun effet, c'est bien que le problènle est ailleurs, qu'il est inscrit dans les mentalités et dans les comportements de certains. Car la liste des génocides n'a pas été close avec la fin de la seconde guerre mondiale, et les dictateurs et leurs bourreaux ont continué de sévir... Le délit d'opinion continue à être réprimé en Chine, ailleurs les emprisonnements, les exécutions et les tortures n'ont pas cessé, et en URSS pendant plus de quarante ans, et jusqu'à une époque très récente, il a existé des camps et des goulags où l'on mourait, même s'ils n'étaient pas destinés à l'exterlnination de ceux qui y étaient enfermés. Il Ya donc un deuxième problème spécifique, qui lui, reste aigu, et c'est celui de la persistance du sadisme des groupes et des lI

individus, toujours à l' œuvre en divers lieux de la planète. C'est un sadislne collectif: doit-on l'empêcher ou doit-on le soigner? Ou les deux? A constater le peu d'efficacité des tentatives pour l'empêcher, et le fait qu'il revienne et se reproduise, tout en continuant de croître et d'embellir, amène à considérer qu'il ne suffit pas de l'empêcher, et qu'en réalité il s'agit d'un sYlnptôlne collectif, analogue à un symptôme individuel, et qu'en tant que tel, il est aussi à traiter. *
Il Y a donc à la fois un problème d'éducation des Inasses

-

comment ne pas favoriser le sadisme? - et à la fois un problème thérapeutique - comment détacher les masses de leur position sadique? Ceci a pour corollaire une autre question, celle du InasochisI11e collectif. Qui dit sadisme des uns, dit masochisme des autres, qui l'acceptent, ou le laissent faire, et ne l'empêchent pas. Second problème donc, comment ne pas favoriser le masochisme des groupes, et comment détacher de leur masochisme ceux qui y sont profondément fixés? Et aussi comment à l'intérieur d'une société, empêcher les relations sado-masochistes entre les individus et les groupes, et comment éviter que des collectivités entières, des ethnies ou des

races, engagent avec d'autres groupes des relations où les uns
souffrent et les autres font souffrir? Comment empêcher que les individus et les groupes ne s'agressent mutuellement, à partir de conflits qui en définitive pourraient être évités ou résolus? Que ce soit à l'échelon national ou international, la situation n'est guère encourageante. Les montées de violence, ou ses retours, témoignent chaque jour des conflits qui agitent les sociétés. Le moins qu'on puisse dire est qu'il y a un malaise, en France certes, mais aussi ailleurs, en Europe, et en définitive qu'il s'agit d'un malaise général dans le Monde, qui dépasse celui de la société 12

occidentale, et que ce malaise est l'expression de conflits à la fois œdipiens et idéologiques, voire culturels, que les confl its en questions soient latents ou déclarés.
Que se passe-t-il en France, et quel est le malaise?

13

CHAPITRE 1
Le malaise hexagonal

Le malaise hexagonal
En France aujourd'hui règne en effet un malaise, lié à un conflit irrésolu. En rapport avec l'Occupation, son précédent épisode, qui s'est joué autour de l'affaire Bousquet et que le procès Barbie avait déjà mis en lumière, n'a fait qu'illustrer ce conflit et le rendre perceptible, en produisant les mêmes débats dont les protagonistes sont toujours identiques, à cela près qu'il s'en ajoute à chaque fois de nouveaux et non des moindres, en attendant 1'épisode suivant, dont le dernier en date aura été le procès Papon, et le tournant marqué par son verdict, avec les rebondissements que celui-ci aura suscité. Quels en furent les protagonistes? D'un côté il y avait les anciens collaborateurs, et ceux qui Ü un moment donné avaient servi le régime de Vichy, et qui de cc fait furent plus ou moins liés pendant la guerre aux Occupants, et donc directementou indirectementau régime nazi, et de l'autre il y avait les anciens résistants, qui très tôt ou plus tard s'y étaient opposés. Au milieu, il y avait à l'époque la masse des français cie bonne ou de mauvaise foi autour de la personne du Maréchal Pétain, et qui avaient ou non pris parti pour les uns ou pour les autres, avec le contexte de trahisons et de lâchetés que la situation pouvait susciter au sein des familles et des groupes. On pourrait dire que les collaborateurs étaient de Droite, et 111ênle d'extrême-Droite, et les résistants de Gauche ou d'extrêlne-Gauchc. Cc qui n'est pas du tout vrai, puisque ll1ênle les COlllnlunistes, avant de s'engager dans la Résistance, se sont d'abord trouvés impliqués dans le pacte que Staline avait conclu avec l-litler. Et que par ailleurs, parmi les résistants, jl n'y avait pas que des homnlcs et des femmes de Gauche. De Gaulle et ses partisans, de f)roite pour la plupart, en furent les exemples, eux qui pour beaucoup incarnèrent la Résistance à l'Allemagne nazie sur le territoire envahi. Ce phénomène, qui date de plus de cinquante ans, a pu se retrouver aujourd'hui: une extrême-Droite, prête à faire alliance avec une Droite qui dans l'ensenlble s'y refuse, et à laquelle

s'oppose une Gauche, rejointe par une grande partie de la Droite, qui entend bien elle aussi résister à un discours et à des actions ayant pu être qualifiés de réactionnaires, et souvent de fascistes. Même situation il y a quarante ans, à J'époque de la guerre d'Algérie: sur un thème nationaliste, où chacun prétendait défendre les intérêts de la France - Vichy aussi prétendait les défendre - deux clans se sont affrontés face à la résistance algérienne. L'un défendait des intérêts qu'il jugeait légitimes, ceux de la France et des français d'Algérie, mais aussi ceux des autochtones, l'autre défendait le droit à l'indépendance du peuple algérien, au nom de la France également, et de ses valeurs morales. Là aussi une Droite dite extrélniste ou activiste, s'est opposée à une Gauche, qui lui a résisté jusqu'à l'extrémisme, c'est-à-dire jusqu'à s'engager auprès des combattants algériens dans des actions violentes. Là aussi rejointe par une Droite décolonisatricc incarnée par De Gaulle, malgré le célèbre: "Je vous ai con1pris..." Deux conceptions antagonistes des valeurs nationales se sont affrontées, chacune se considérant dans son bon droit.
Le négationnisnle COlnnle sYlnptôulC ou le retour du refoulé collectif

Par contre, autour des procès faits aux collaborateurs, et des crimes contre l'humanité comnlis par les nazis dans lesquels des collaborateurs pouvaient être impliqués, un phénolnène nouveau s'est produit, à savoir la survenue des thèses des révisionnistes de l'histoire, prônées par les uns et conlbattues par les autres: et là on touche à un point sensible. C'est-à-dire qu'il n'y a plus deux conceptions idéologiques qui s'opposent, au nom de valeurs morales définissant le Bien et le Mal, mais l'une qui nie une réalité historique, et l'autre qui s'insurge contre ce mensonge et cette dénégation des faits. Le véritable problème posé par les thèses des révisionnistes, niant à la suite de Faurisson l'existence des chatnbres à gaz, n'est pas que ces thèses puissent être odieuses, et plus particulièrenlenl à tous c.eux dont les familles ont souffert ou péri dans les c.arnps de 18

concentration ou d'extermination, nlais que ces thèses aient pu être énoncées. Le fait remarquable est aussi que de telles assertions aient pu être formulées par écrit, et faire l'objet de travaux dits scientifiques, au mépris de la réalité des faits. N'entrons pas ici dans la polénlique des preuves. Avec les thèses des révisionnistes, on aborde au niveau des idées le registre du SYl1lptôlne: il ne s'agit plus d'une ('once/J/ion des faits, même si c'est au nom de cette conception que leurs auteurs s'expriment, mais d'une dénégation de la réalité, qui elle est d'un autre ordre, puisqu'elle échappe à la logique. Seule une logique. d'une autre nature., en l'occurrence ulle logique d'ordre inconscient peut amener un individu ou un groupe à nicr la réalité de certains faits, et à affirmer leur non-existence. On pourrait parler d'un délire, s'il ne s'agissait d'une dénégatio1l, de la dénégation d'une réalité que l'on veut cacher, parce qu'elle représente en fait un désir re.foulé inconscient qui lui-Inênlc la sous-tend, à savoir: "on n'a pas désiré détruire les juifs". Cette assertion est au fond le retour {lu désir, le retour aujourd'hui de ce même désir inconscient qui a aninlé les nazis à l'époque où ils eurent l'idée de la solution finale. Mais ce désir, refoulé et qui fait retour dans la conscience collective - je dirai, pour être interprété comnle un retour {lu refoulé collectif - ce désir s'exprinle par une dénégation: "on n'a pas désiré détruire les juifs" et signifie au fond un {lésir lIe les détruire, qui revient actuellement chez certains, tout en étant inacceptable consciemment pour eux. On n'a pas ce désir, on ne l'a jamais eu, est une façon de rendre ce désir acceptable pour le psychisme, grâce à la {lénégatioll, qui affirme que ce désir n'a jalnais existé... Non plus que les chanlbres à gaz, qui en seraient la preuve, et qui sont une invention des autres. Ce sont les autres qui délirent...
Si l'on veut bien considérer les thèses des révisionnistes conlme un SYl11ptôlnede société, où les uns nient une réalité que les autres acceptent, on peut franchir le pas suivant, et considérer que le clivage qui subsiste encore aujourd'hui entre collaborateurs et

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résistants, plus de cinquante ans après la fin de la guerre, est aussi un sYlnptôme. Comllle l'a été le clivage entre les tenants de l'Algérie française et les partisans de l'indépendance algérienne, qui lui aussi persiste, alors que quarante ans se sont écoulés. Ce sont d'ailleurs toujours les lllêmes que recrute J'extrêmeDroite française, et ce sont toujours les mêlnes qui s'y opposent. C'est pourquoi une question se pose: les français sont-ils un peuple républicain, celui issu de la Révolution de 1789, ou bien sont-ils un peuple réactionnaire, dont le modèle est aristocratique et élitiste? En réalité ils sont les deux à la fois, et c'est la raison pour laquelle ils sont périodiquel11enten conflit avec eux-lnêlnes... Il s'agit donc de l'expression d'un conflit probablenlent pillS ancien, et qui se répète avec des positions très analogues, dont les conséquences sont plus ou moins graves selon la période historique concernée, et les enjeux du nloment. On pourrait dire que c'est le I1Zê/11e conflit qui outrc-l{hin a été meurtrier pendant la dernière guerre pour les nlillions de juifs victimes du génocide, et que ce conflit s'est égaJenlcnt rejoué lors de la guerre d'Algérie, dont les victimes ont été n0l11brellSes,et continuent de l'être, dans la mesure où le con11it idéologique a resurgi au sein même de la cOill111unauté algérienne, puisque les français partis, le conflit hérité du colonialisl11c a continué sans eux, sous une autre.for/ne... Quant à la phase actuelle du conflit en France, son expression reste pour le moment sur un mode mineur, même si certains ont failli le relancer... Le c,onflit et la culpabilité inconsciente De quel conflit s'agit-il, et quel1e violence se trouve. ici 111ise en jeu? Mais qui dit violence dit culpabilité, et donc de quelle culpabilité faut-il collectivenlent payer le prix? Quelle faute inconsciente a pu être conlmise, qu'il faut faire payer aux autres, ou qu'il faut payer soi-nlême ? RelTIOntonsà la seconde guerre 1110ndialeet à l'avant-guerre, et par conséquent à ce qui a bien souvent été nOllll11é, t à juste titre, c 20

la folie nazie: celle-ci a entraîné l'Europe dans un systèn1C de persécution, et dans une culpabilité dont le prix à payer a dépassé toutes les limites. Au point que les uns et les autres continuent à la payer, et à porter le poids de ce passé, qui revient obstinélnent pour signifier quelque chose, mais quoi?
Quel est ce combat entre démocratie et fascisnle, entre le I~icn et le Mal? Qu'est-ce que la persécution? Qui est persécuteur, et qui est persécuté? Comment se fait-il que les persécutés puissent aussi devenir des persécuteurs, et qu'il puisse y avoir un renversetnent des rôles, co/nine dans l'Alnour ? Attention, que dites- vous là, et il quoi voulez-vous en venir?

Avant d'aller plus loin, posons-nous une série de questions, qui seront en fait les axes de notre démarche. En premier lieu, demandons-nous quel1e culpabilité peut nous faire agir, et quel lien a-t-elle avec notre violence? Que représentent les haines de clans, et les haines de classes? Et quel rôle l'émancipation de la fel11nle,et l'évolution Je son statut, ont-ils joué en Europe au début du siècle? Et les juifs? Que représentaient-ils? Le fait que Jésus ait été juif a son importance pour les chrétiens. Quelle signification cela prend-t-il pour eux?
Et Marx? C'était un juif auss1... Il fut à l'origine du COn11TIUnisnlc et par conséquent indirectement du Stalinisnle...

Quant à Freud, juif également, il est né à Vienne, et a assislé à tout... Quel effet la découverte de l'inconscient a-t-elle produit sur l'Europe du XXème siècle? y a-t-il un rapport avec la folie nazie?
Parlons d'abord de celle-ci.

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CHAPITRE 2
La folie nazie Un délire agi et une délillquallce

La folie nazie Un délire agi et une délillquallce
Entrons dans le vif du sujet. Puisque beaucoup s'accordent pour parler du nazisme comme d'une folie, al10ns jusqu'au bout: peut-on décrire la période du nazisme comnle ]a folie col1ective d'un peuple? En ajoutant que celle-ci a concerné l'Europe, et aussi la France, qui fut également prise dans cette folie. Considérons l'Allemagne comIlle une entité, qui serait elle-rnênlc un Sujet, une individualité nomnlée Allemagne, avec ses identités, ses désirs, ses conflits internes et surtout son inconscient. Poussons le raisonnement: ce Sujet "Allemagne", qui est un Sujet collectif, pourrait avoir des symptôllles COITlIne un Sl~iet individuel. Des symptômes de folie, comllle on en constate en psychiatrie.

Si les individus peuvent devenir fous, délirer en inventant

une

réalité qui n'existe pas, ou devenir des psychopathes, c'est-à-dire des gens agissant leurs désirs sans y mettre de frein socia], pourquoi un groupe ou une nation ne pourrait-elle faire de ll1ênlc ? Si nous envisageons les choses sous cet angle, une autre lecture du phénomène nazi s'impose. Un délire? Oui, à thè,ne de persécution: le persécuté pouvant aussi on ]' a vu être un persécuteur, et réciproquell1ent, on peut dire qu'avant de persécuter les juifs, Hitler et les nazis se sentaient persécutés par eux, et qu'à travers leur antisélllitisme, ils déliraient à propos des juifs et de leurs soi-disant c0111plots contre l'Allemagne. Interprétations erronées de leurs conlportenlents, assert ions fausses, raisonnements pseudo- logiques, tout était bon pour démontrer la réalité de la persécution que les juifs exerçaient sur le Monde, et prouver leurs mauvaises intentions ainsi que leur malignité. S'il n'avait été le délire d'une nation, auquel beaucoup en I;rance ont d'ailleurs adhéré, et que 1'on préfère généralenlent en dénommer le phénomène "fascisllle", depuis son apparition en Italie, on aurait dit qu'il s'agissait d'un délire paranoïaque typique, d'un délire de persécution, tel qu'on le retrouve fréquel11ll1ent chez

les individus. En effet, le délirant paranoïaque nous présente toujours un systèlne cohérent. C'est un délire "systél11atisé", ce qui veut dire qu'il paraît tellement logique qu'il el11portefacilelllent l'adhésion: la réalité est constamment interJ}rétée, mais on y croiL.. avant de s'apercevoir que tout cela est faux. La capacité de conviction du délirant systélnatisé est souvent très intense: la force de persuasion des discours d'I-litler était bien connue... Il faut dire aussi que beaucoup déliraient avec lui. La raison en est que le délirant sollicite toujours chez son interlocuteur le niveau où ce dernier serait lui-l11ênleprê.t à croire à son délire, et il faut bien admettre - ce n'est peut-être pas faeile qu'une partie de la France, qu'une partie des Français a déliré contre les juifs à l'époque nazie et pendant l'Occupation. A ce premier délire, il faut en ajouter un second: le dél ire dit de "surveillance". Il Y a des gens qui se croient toujollrs épiés et surveil1és : de ce fait, ils passent leur temps à épier et surveiJler les autres. La Gestapo n'a-t-elle pas été une formidable Illachine à surveiller les autres, pour mieux se cacher elle-nlêrne ? C:ette suspicion est également à la base du totalitarÎSl11e.Mais dire cela, c'est dire en même temps que les régimes dits totalitaires, que l'on peut également définir COlllmedes "fascisIT1eS Gauche", sont des de régimes issus de sociétés ayant un sentilnent {létirant de surveillance,qu'elles appliquent à autrui. Ceci était en vigueur en URSS, où le trop fameux KGB a fonctionné jusqu'en 1991...
En fait, on paranoïaque totalitarisme nazis étaient vient de dire deux choses en lInc. On a parlé cie délire aussi bien pour le fascisme de Droite que pOlir le ou fascisme de Gauche: à l'évidence les fascistes des paranoïaques de Droite, et ils ont fait aHiance avec leurs homologues en France et en Europe, et d'abord en Italie avec Mussolini, mais aussi avec les paranoïaques de (Jauche, souvenons-nous du pacte d'Hitler avec Staline... Les mêmes ont d'ailleurs continué à faire des élnulcs par la suite, que l'on voit resurgir au fil des années depuis la dernière guerre, et pas seulement en Europe. Et si en Allel11agne les zélateurs cJ'l-litler se manifestent périodiquement, la France n'est pas en reste: les

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profanateurs du cimetière juif de Carpentras ne voulaient-ils pas de cette façon célébrer l'anniversaire de la rnort d']-litler ?
*

On va reparler des paranoïaques pour les comparer aux lléprilllés, qui est l'autre catégorie psychologique que nous définissons par opposition à la première, celle des JJaranoi"aques,dont l'on décrira bientôt quelques traits de personnalité. Une précision dès maintenant: les paranoïaques dont nous parlons, sont avant tout des hOl1unes.Ce sont des paranoYaquesqui se veulent virils et forts, et qui veulent prouver aux autres et à euxn1êmes qu'ils sont de "vrais" homnles, et pas des fenlmcs ou des "femmelettes" : ce sont des "machos", et leur idéologie - à savoir leur système de pensée - peut être définie C.01l1111C systè-Jnede un Droite.
Essayons de caractériser ce type de paranoïaques qu i, cn définitive, appartiennent le plus souvent à la J)roite dite "n111sclée", ou sont proches de l'extrême-Droite. Leur point COl11111Un d'être est des névrosés obsessionnels: ils ont la n\anie de l'ordre, tout ce qui n'est pas dans l'ordre doit être élin1iné et rejeté. Tout désordre les angoisse, d'où leur besoin sécuritaire. L'obsessionnalité, qui permet d'accéder au sens de l'ordre, est en fait une qualité qui s'acquiert lors de l'éducation. Freud a expliqué comment l'éducation sphinctérienne de l'enfant, et son apprentissage de la propreté, aussi bien anale que vésicale, étaient à la base des qualités d'ordre et d'organisation, indispensables à la vie sociale. Sauf quand cette obsessionnalité devient névrotique, et que l'on range et classe non plus les choses, l11ais les individus, les groupes ou les races, en bonnes - à garder - et en Inauvaises - à jeter comme s'il s'agissait de matières fécales. C'est le cas des paranoïaques dont le caractère allai - 011 va y revenir - est extrêl11e, ce qui exagère leur obsessionnalité jusqu'à la névrose grave.

Et si l'on inscrit cette névrose dans la dÎlnensÎon ('ollee/ive et à l'ère industrielle, cela produit des usines à détruire les hlll11ai en ilS
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