Howard S. Becker

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Qui est finalement Howard Saul Becker ? Le grand sociologue, un pianiste jazz, le photographe ? Ce livre raconte "l'ado" de Chicago, l'étudiant précoce, le professeur aux innovations de terrain, mais aussi le conférencier au Brésil, en Suisse, aux Pays-Bas et en France, où il fut quatre fois docteur honoris causa, ce qui fait de lui le plus français des sociologues américains.
Publié le : mercredi 1 octobre 2014
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EAN13 : 9782336357560
Nombre de pages : 156
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Howard S. Becker Jean Peneff
Qui est fnalement Howard Saul Becker ? Le grand sociologue,
un pianiste de jazz, le photographe ? Il est surtout l ’auteur Howard S. Becker
connu en France de Outsiders, des Mondes de l’art, de Écrire
les sciences sociales, Les Ficelles du métier, ou Comment parler
Sociologue et musicien dans l’école de Chicagode la société, ainsi que d’un livre récent sur le jazz. Son succès
est attesté par les multiples rééditions, leur traduction en une
douzaine de langues, l’invention de thématiques et de formes
d’écriture qui ont débordé les frontières de la discipline en
esthétique, anthropologie, ou sciences de l’éducation.
Ce livre raconte « l’ado » de Chicago, le jeune pianiste de
boîte de nuit, l’étudiant précoce, le professeur aux innovations
sur le terrain ou dans la salle de cours, mais aussi le conférencier
au Brésil, en Suisse, aux Pays-Bas, et en France, où il fut quatre
fois docteur honoris causa, ce qui fait de lui le plus français
des sociologues américains, puisqu’il séjourne régulièrement
à Paris.
Cette synthèse veut donner les clés de son œuvre immense,
ainsi que celles de sa carrière, où il apparaît essentiellement
comme un travailleur acharné de la sociologie.
Jean Penef, professeur émérite, a enseigné aux universités d’Alger,
de Nantes, et d’Aix-Marseille. Il a promu l’observation participante en
milieu médical et a œuvré pour un rapprochement de l’ethnographie
avec l’histoire. Il connaît Becker depuis plus de 30 ans et a noué, à
travers lui, des relations amicales avec de nombreux sociologues
empiristes américains, dont il a comparé les conditions de travail aux
nôtres.
Collection « Logiques Sociales »
dirigée par Bruno Péquignot
Photographie de couverture
© Dianne Hagaman, rue Broca, Paris, octobre 2012.
ISBN : 978-2-343-04028-8
16 € L O G I Q U E S S O CI AL E S
Howard S. Becker de Jean Peneff.indd 1 30/06/14 14:58
Howard S. Becker
Jean Peneff






Howard S. Becker

Logiques sociales
Collection dirigée par Bruno Péquignot


En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si
la dominante reste universitaire, la collection « Logiques Sociales »
entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action
sociale.
En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à
promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une
expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes
sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique,
voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels
classiques.



Dernières parutions

Jean-Michel BESSETTE, Être socio-anthropologue aujourd’hui ?,
2014.
Alexandre DAFFLON, Il faut bien que jeunesse se fasse !
Ethnographie d’une société de jeunesse campagnarde, 2014.
Jean PENEFF, Howard S. Becker. Sociologue et musicien dans
l’école de Chicago, 2014.
Dominique MARTIN, Relations de travail et changement social,
2014.
Thomas PIERRE, L’action en force et les forces en action.
Sociologie pragmatique des forces, 2014.
Jean FERRETTE (dir.), Souffrances hiérarchiques au travail.
L’exemple du secteur public, 2014.
Sous la direction de Sandrine GAYMARD et Angel EGIDO,
Mobilités et transports durables : des enjeux sécuritaires et de
santé, 2014.
Simon TABET, Le projet sociologique de Zygmunt Bauman. Vers
une approche critique de la postmodernité, 2014.
Pascale MARCOTTE et Olivier THEVENIN (dir.), Sociabilités et
transmissions dans les expériences de loisir, 2014.
Guillaume BRIE, Des pédophiles derrière les barreaux. Comment
traiter un crime absolu ?, 2014.
Jean Peneff



Howard S. Becker



Sociologue et musicien
dans l’école de Chicago




























Dernières publications de l’auteur

Écoles publiques, écoles privées dans l’Ouest :1860-1950, L’Harmattan,
1987
L’Hôpital en urgence, Métailié, 1995
La France malade de ses médecins, Les empêcheurs de penser en rond,
Seuil, 2005
Le goût de l’observation, La Découverte, 2009
Maintenant le règne des banquiers va commencer (avec M. El-Miri), Les
empêcheurs de penser en rond, La Découverte, 2010

















© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04028-8
EAN : 9782343040288







A la mémoire d’Alain Pessin
(1949- 2005)





Préambule
Expliquer Becker à ceux qui ne le connaissent pas ;
interpréter l’unité de sa démarche pour ceux qui l’ont lu de
manière éparpillée -car tous ses livres ne sont pas traduits et
quelques articles ou notes sont dispersés dans des revues- :
telles sont les raisons de présenter les idées du plus français des
sociologues américains. C’est pourquoi, j’ai inclus une
bibliographie complète ainsi que des éléments de sa biographie.
Et cela, dans le cadre de l’Ecole de Chicago, largement connue,
dont il constitue une facette originale.
Toutefois j’ai été longtemps dubitatif sur la ligne à suivre
parce qu’il existe plusieurs « Becker français », tous consacrés
par le volume de ses ventes, les nombreuses rééditions et la
longévité de ses analyses et études. A défaut de certitudes, j’ai
tenté une cohérence en mêlant le classicisme présent dans ses
livres et donc sa place dans l’histoire de la sociologie et les
nouveautés qu’il lui apporte par exemple en faisant entrer le
hasard et l’indétermination sociale dans les circonstances
historiques et biographiques de toute analyse sociologique. On
découvrira donc les conditions de ces innovations radicales qui,
détail de poids, se font passer pour anodines ou banales ! On
rencontrera aussi au fil des pages Everett Hughes, Eliot
Freidson, Erwin Goffman également novateurs ainsi que les
recettes et les petits « trucs » des chercheurs révélés par Becker.
A travers lui on élucidera le « mystère » de l’écriture simple et
limpide en sociologie aussi bien que celui de la durée de sa vie
de chercheur. On s’interrogera sur les moyens de demeurer
ingénieux, original, astucieux en trouvailles tout au long d’une
carrière. Pas évident de ne pas reproduire une innovation quand
on a trouvé le bon filon. Innovation et standardisation, tel est le
titre judicieux d’un de ses chapitres. Quelle part de l’une et
l’autre, la société est-elle prête à tolérer ? J’ai pour toutes ces
7 raisons associé cet auteur aux historiens, anthropologues et
autres scientifiques novateurs, Goody, Evans, Dunn,
LévyLeblond, Martin, Pomeranz commentés par ailleurs au moyen
d’une trame analogue (dans un site créé à leur intention :
Mondialisation et Histoire). En tant qu’agitateurs d’idées, ils
viennent de nous donner des ouvrages étranges. D’un coup, on
sort des sentiers battus et on respire un air frais. Si on les lit
ainsi que Becker que j’ai eu la chance de fréquenter dès les
années 1980, on verra qu’ils nous poussent à faire avec audace
une sorte de « révolution » intérieure, à manifester dans les
analyses le retournement de l’expérience historique de
l’Occident, conception si étrange, au tournant 2000, pour la
pensée européenne qu’elle sidère encore de nombreux lecteurs.
Et Becker y eut sa part grâce à son étonnant livre : « Comment
parler de la société ? » Eh oui ; comment en parler en 2014 !
8 Introduction
L’homme qui est le sujet de cet essai est donc le sociologue
vivant, actuellement le plus connu et le plus publié dans le
monde. Il est traduit dans de nombreux pays : Argentine, Brésil,
Japon, Corée, Italie, Portugal, Suède, et plus récemment en
Croatie ! Son succès reste cependant ambigu et mystérieux.
Généralement loué, il est superbement ignoré dans quelques
pays, surtout de langue allemande. Leur faible attention à son
égard aboutit à une géographie de diffusion contrastée et
baroque. On dira que ces clivages sont courants et naturels pour
une discipline comme la sociologie mal définie et aux
caractéristiques floues. En effet, elle est jeune (une centaine
d’années), elle n’a pas une consécration universelle et sa
légitimité est contestée. Mais les livres de Becker ont aussi une
histoire qui échappe aux catégories traditionnelles des actes
intellectuels. Les anecdotes de sa biographie qu’il laisse
entrevoir, ici ou là, sont purement professionnelles (pas
d’éléments privés) et elles insistent sur le caractère hasardeux,
de toute carrière (il justifie la sienne par un recrutement
insolite : le remplacement inopiné d’un professeur à Chicago
qui venait d’être écrasé par le métro). Qui est-il exactement à
susciter autant de contrastes, d’ombres et de lumières ? Un
auteur certes mondialisé au vu de ses nombreuses traductions,
comme l’était Bourdieu, tout en restant peu commenté. Un
réformiste ? Un frondeur ? Un iconoclaste tranquille ? Un
dandy de l’anti-théorique ? Tous ces qualificatifs lui ont été
adressés, mais aucun ne convient probablement vraiment. Un
auteur américain qui aime la France au point d’y séjourner
plusieurs mois annuellement n’est pas banal.
Il n’est pas l’auteur favori d‘un éditeur (il en a connu six en
France pour une dizaine de traductions). Il ne reçoit ni aide
éditoriale, ni soutien d’aucun parti intellectuel, ou d’une
9 « école» quelconque. Par conséquent, il est perçu comme une
sorte d’inclassable qui ne présente aucune des attitudes
courantes du penseur prestigieux. C’est un intellectuel qui fait
tranquillement son chemin depuis 60 ans. Il déçoit, dès lors, le
club des très « Grands » ; il ne correspond pas à nos critères de
gloire médiatisée puisque ses ouvrages, son style sont très
éloignés des canons de la sociologie académique ; ils ne
peuvent être classés dans une spécialité particulière qui serait sa
chasse gardée. Cela ne le dérange pas. Œuvre éclatée disent
certains, mais œuvre tout de même que rien apparemment
n’explique : ni l’origine sociale, ni son parcours à la fois
classique et atypique (Université de Chicago) ni une
prédisposition quelconque (pas de grands intellectuels parmi ses
ascendants). Bref il constitue, à lui seul, un déni à la théorie du
capital culturel ou de l’héritage qui expliquerait par des facteurs
cumulatifs son ascension. De surcroît il n’aime pas exercer le
pouvoir hiérarchique (hormis dans les cours et les examens). Le
refus de l’autorité est une constante chez lui. Becker se
positionne en fait à mi-chemin de l’institution universitaire de
façon singulière : un pied dedans et un pied dehors
Son cas recèlera un supplément de bizarrerie quand on
découvrira qu’il fut un vrai professionnel de la musique.
Attention : pas la musique honorable, celle qu’analyse Max
Weber le grand théoricien musicologue et mélomane : son livre
Sociologie de la musique est apprécié par Becker. Il n’est pas
l’amateur éclairé ou le virtuose refoulé que des sociologues de
milieu aisé devinrent parfois. Non ! Becker a été pianiste en tant
que salarié de boîtes de nuit, embauché pour assurer un arrière
fond musical. Il fut un de ces innombrables jazzmen qui
jouaient à Chicago après la guerre dans les tavernes et les boîtes
à striptease pour les hommes d’affaires en goguette ou pour les
soldats de la Seconde guerre mondiale en permission. Scandale
pour la dignité des Lettres et de la sociologie en particulier !
Il continua à jouer en public jusqu’à une date récente pour
son plaisir, pour faire danser les étudiants dans leurs
associations ou les professeurs réunis en colloques. Associé à 3
ou 4 collègues, il improvise une jam-session, le soir des congrès
afin de dérider ses graves collègues de leurs discussions de la
10 journée. Pourquoi un intellectuel réputé s’amuse-t-il ainsi ? Si
ce n’est qu’enfantillage, il sera pardonné. Or, Becker fait de la
confrontation permanente des deux métiers, une des ressources
de l’observation simultanée. Il en a d’ailleurs donné une
illustration récente en publiant un livre écrit avec un de ses
collègues, sociologue et musicien (trompettiste) Robert R.
Faulkner, associant ainsi leurs deux passions : le jazz et la
sociologie. Partant de leurs expériences de musiciens,
combinant observation participante et entretiens, ils étudient les
pratiques des jazzmen professionnels, l’évolution du métier, les
rapports entre générations, les modes d’apprentissage.
D’ailleurs, quel rôle accorder à la musique dans les lettres ?
L’art et la science font-ils bon ménage, se demande le physicien
Lévy-Leblond dans un récent opuscule ? Un style musical dans
l’écriture sociologique, est-ce concevable ? Il n’existe qu’un
seul exemple d’auteur illustre, musicien professionnel qui vécut
de son art, qui a longtemps pensé en faire sa carrière. Max
Weber fut, on le sait, un grand érudit, mais un piètre
instrumentiste. Parmi les penseurs du social, on ne voit que
Jean-Jacques Rousseau comme équivalent : c’est un paradoxe
de plus ! Derrière ce rapprochement, il existe des analogies
surprenantes : souci de l’élégance de l’écriture, disparités des
publications, réception mitigée (Rousseau a autant clivé ses
lecteurs que ne le fit Becker, il est vrai dans un autre registre).
Les singularités s’accumulent encore quand on scrute sa
carrière. Il n’a pas de domaine de spécialisation évident, pas de
« terrain » à lui, pas de domaine thématique protégé ; ce qui
paraît fâcheux pour s’imposer ! Mais ses travaux ont pourtant
marqué de multiples domaines : l’art, la culture, la médecine, le
travail enseignant, les statuts et organisations professionnels, les
pratiques de travail en sciences humaines. Touche à tout, non
seulement il papillonne d’un thème à l’autre, au gré de
dérapages, de sorties de route comme on dirait d’un
automobiliste intrépide, mais il adresse un pied de nez à la
spécialisation qui conditionne la reconnaissance du prestige
stabilisé. Il remet volontiers en cause les appellations de ces
spécialités. Ainsi, pourquoi la sociologie de l’éducation ne
s’intéresse-t-elle principalement qu’à l’école, aux
11 établissements scolaires ? N’est-ce pas une forme d’éducation
que l’apprentissage des sociabilités ? Comment le voleur novice
est-il formé, comment apprend-il son métier ? L’initiation à la
pratique d’un sport n’est-elle pas une forme d’éducation ? La
sociologie de l’école devrait donc s’ouvrir à toutes les formes
d’apprentissage et pas seulement à celles légitimées par
l’institution.
Comment présenter une oeuvre si riche et variée ? Pourquoi
donne-t-il du fil à retordre à l’interprète qui cherche une unité
significative à la diversité de son travail ? Est-ce pour cela qu’il
eut peu d’exégètes pouvant être démentis ou contestés puisqu’il
est présent et toujours productif ? Certains de ceux qui ne voient
chez lui aucune synthèse intelligible se contentent de le lire, de
sourire, au mieux de le citer sans le suivre. Impensable,
disentils, de le prolonger, d’inventer des formes d’enquêtes originales
comme lui. La comparaison entre générations semble, dès lors,
impossible.
Ses concepts sont passés dans le sens propre de la
discipline ; ils voisinent avec des enquêtes non encore traduites
en français alors qu’elles sont accessibles en de nombreuses
autres langues. Ses livres sont emmaillés de reprises, enrichis de
réactions du public comme un musicien qui « travaille » son jeu
en fonction de l’audition. Il éprouve directement ses idées au
contact des lecteurs et des publics. Il croit aux outils simples, à
la réactivité des savoirs, à la permanence non pas de l’ éthique,
mais celle des pesanteurs techniques. Cet auteur est décidément
bien étrange à diffuser des idées aussi paradoxales que celle
qu’un abus de sophistication en méthodologie serait susceptible
de tuer la rigueur ! Il a affirmé haut et fort que nous ne
pouvions plus user du jargon en sociologie. Il faut écrire plus
« allégretto ». On ne joue pas une symphonie dramatique, mais
une petite sonate ; on esquisse un dessin, une gravure et non une
peinture en majesté. Enfin, comble de l’iconoclaste, faux ou
vrai modeste, son dernier livre traite la discipline comme un
discours social parmi d’autres, rationalisé, à l’autonomie
spécifique. La sociologie est une « littérature » qui a ses
principes, sa logique, ses conventions respectables. Elle a été
inventée, raconte-t-il, en même temps que la photographie en
12 1838. Cette coïncidence a du sens pour lui. C’est pourquoi il
met sur le même plan : roman, géographie, mathématiques
algébriques, journalisme, statistiques et cinéma. Il ne fait pas de
la sociologie la « mère » des sciences, au-dessus de la mêlée. Et
hérésie supplémentaire, il combat le scientisme incarné
particulièrement dans nos pratiques élastiques de la preuve. Il
s’attaque aux symboles monumentaux et aux croyances naïves
en mettant sur le même plan, les matériaux de recherches, les
graphismes, photos, tableaux statistiques, langages techniques,
notes de terrain ou autres instruments. Ce faisant, il a changé
nos thématiques traditionnelles et a modifié notre manière de
1regarder les arts, les sciences et les lettres .


















1 On trouvera les références sous les abrégés des œuvres citées O=Outsiders ;
MK=Making the grade ; BW=Boys in white ;DDT=Doing things together ;
LMA=Les mondes de l’art ;TS =Le travail sociologique ; ESS = Ecrire les
sciences sociales ; FM= Les ficelles du metier; CPS=Comment parler de la
société ; EC =Etude de cas.
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