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HYGIENE MENTALE ET HYGIENE SOCIALE : CONTRIBUTION A L'HISTOIRE DE L'HYGIENISME

De
320 pages
Ce livre resitue les origines et l'action du mouvement hygiéniste qui a tenté à la fin du siècle dernier de lutter contre les fléaux sociaux du moment : misère sociale, mortalité infantile, tuberculose, syphilis, criminalité, etc... Un dispositif de prévention médicale, morale et sociale se constitue à partir de la fédération de nombreuses ligues, oeuvres de sociétés philanthropiques, et de l'alliance des médecins hygiénistes avec d'autres groupes sociaux. Ce dispositif recouvre de nombreux espaces sociaux et médico-sociaux. Le mouvement d'hygiène mentale, composante importante de l'hygiène sociale, s'organise à partir d'une critique du modèle asilaire, jugé inadéquat au développement d'une prophylaxie s'adressant à l'ensemble de la population.
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HYGIÈNE MENTALE ET HYGIÈNE SOCIALE:
CONTRIBUTION À L'HISTOIRE

DE L'HYGIÉNISME

Tome II

Collection Logiques sociales
fondée par Dominique Desjeux et dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.

Dernières parutions: Pierre Cousin, Christine Fourage, KristoffTalin, La mutation des croyances et des valeurs dans la modernité. Une enquête comparative entre Angers et Grenoble, 1996. Sous la direction de Chantal Horellou-Lafarge, Consommateur, usager, citoyen: quel modèle de socialisation ?, 1996. Vincent Chenille, La mode dans la coiffure des français: "la norme et le mouvement", 1837-1987, 1996. Patrick Legros, Introduction à une sociologie de la création imaginaire, 1996. Joëlle Plantier (dir), La démocratie à l'épreuve du changement technique. Des enjeux pour l'éducation, 1996 Catherine Sellenet, La résistance ouvrière démantelée, 1997. Laurence Fond-Harmant, Des adultes à l'Université. Cadre institutionnel et dimensions biographiques, 1997. Roland Guillon, Les syndicats dans les mutations et la crise de l'emploi, 1997. Dominique Jacques-Jouvenot, Choix du successeur et transmission patrimoniale, 1997. Jacques Commaille, François de Singly, La question familiale en Europe, 1997 Antoine Delestre, Les religions des étudiants, 1997. R. Cipriani (sous la direction de), Aux sources des sociologies de langue française et italienne, 1997. Philippe Lyet, L'organisation du bénévolat caritatif, 1997. Annie Dussuet, Logiques domestiques. Essai sur les représentations du travail domestique chez lesfemmes actives de milieu populaire, 1997.
@ L'Harmattan,

1997 ISBN: 2-7384-5032-6

Jean-Bernard WOJCIECHOWSKI

,

HYGIENE MENTALE
,

ET HYGIENE SOCIALE:
CONTRIBUTION À L'HISTOIRE

DE L'HYGIÉNISME

Tome II
La ligue d'hygiène et de prophylaxie mentales et l'action du docteur Edouard Toulouse (1865-1947) au cours de l'entre-deux-guerres

Postface du docteur Lucien BONNAFE

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan INC 55, rue Saint Jacques
Montréal (Qc)

- Canada

H2Y IK9

INTRODUCTION

Dans un article intitulé "Le Quotient intellectuel qui divise l'Amérique" paru dans le journal Le Monde du 26 octobre 1994, la journaliste Sylvie Kauffmann relate l'existence d'un ouvrage The Bell Curve (1) qui suscite depuis plusieurs semaines aux Etats-Unis des débats particulièrement houleux concernant l'existence d'inégalités en fonction de la couleur de la peau. Les auteurs de ce livre, le sociologue Charles Murray et le professeur , de psychologie, Richard Herrnstein, constatent que l'Amérique se transforme en une société à deux vitesses divisée entre une caste de riches élites et un vaste lumpenprolétariat. Selon les auteurs, l'intelligence mesurée par le quotient intellectuel n'est pas seulement inégalement répartie suivant les groupes ethniques, elle est aussi essentiellement héréditaire. Dans un chapitre consacré à la corrélation quotient intellectuelrace, les auteurs concluent à l'infériorité en moyenne de quinze points du quotient intellectuel des noirs, ce qui réduit leur chance à accéder à la caste supérieure puisque, pour eux, tout est déterminé par le quotient intellectuel. Cet ouvrage relance la vieille querelle de l'inné et de l'acquis et réinterroge la société américaine sur le modèle d'intégration des années 60 et sur la politique d'assistance, politique que Charles Murray souhaite voir simplement supprimée parce qu'elle encourage la reproduction des catégories à faible quotient intellectuel. Dans le même ordre d'idées, les auteurs proposent également de fermer la porte aux immigrants à faible quotient 9

intellectuel. Cette question de l'inné et de l'acquis n'est pas récente: déjà à la fin du XIXè siècle apparaît un mouvement eugéniste américain, soutenu par le biologiste Charles Benedict Davenport, qui réussit à faire adopter dans une trentaine d'Etats des lois de stérilisation (2) et , en 1924, une législation sévère contre l'immigration (3). Simultanément, dans de nombreux pays européens se propagent les idées eugénistes qui vont accorder une importance déterminante à l'hérédité. De son côté, la sociologie durkheimienne minimise la place de l'hérédité pour insister sur les croyances collectives qui fondent le social. Notre travail de recherche constitue une interrogation sur les modalités de constitution du dispositif français de prévention et de soins en santé mentale. Les questions de l'eugénisme, de la place de l'expert, du souci de rationalisation de nos sociétés modernes, sont au coeur de notre recherche dont la première partie, qui concerne la période du milieu du XIXè siècle à la veille de la première guerre mondiale, a été l'objet d'une publication qui correspond au premier tome de cette réflexion. Cette seconde partie, qui concerne l'entre-deux-guerres, consistera à présenter l'action de la Ligue d'hygiène et de prophylaxie mentales fondée en décembre 1920 par le docteur Edouard Toulouse (1865-1947) (4). Cette Ligue composée de médecins des asiles et de services d'aliénés, de professeurs et de scientifiques, de juristes et de magistrats, de fonctionnaires d'Etat et d'hommes politiques, a pour but l'étude et la réalisation des mesures propres à favoriser la prophylaxie des troubles mentaux, à améliorer les conditions de traitement des psychopathes. Elle s'engage à développer l'hygiène mentale dans le domaine de l'action individuelle, scolaire, professionnelle et sociale. Elle sera à l'origine de la fondation au coeur de la psychiatrie parisienne, à Sainte-Anne, de l'hôpital Henri Rousselle, véritable laboratoire qui va permettre la mise en pratique de la prophylaxie mentale: dispensaire, services ouverts,
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service social, laboratoires pour examens d'analyses et recherches scientifiques. D'autre part, l'établissement de neuf commissiolis , dirigées par huit médecins et un psychologue, ayant chacun leur expérience spécifique dans la pratique de la prophylaxie et de l'hygiène mentales, permettra d'étendre le modèle conceptuel de l'hygiène mentale à de nombreux espaces sociaux (5). Le développement de l'hygiène mentale s'organise à partir de quatre domaines distincts: - celui de l'asile, en demandant la réforme de la loi de 1838 et l'instauration de services ouverts; la loi de 1838 est considérée comme un frein au développement de l' hygiène mentale puisque la possibilité de soin nécessite au préalable une procédure d'internement; - celui de l'enfance anormale et délinquante, en préconisant la mise en place d'un modèle de rééducation médico-social; - celui du monde du travail, par le développement de la psychotechnique (sélection et orientation, adaptation au poste de travail); - celui de la recherche scientifique, en créant en 1927 un Institut de prophylaxie mentale comportant quatre laboratoires (biopsychiatrie, chimie-biologique, physiologie, psychologie). Cet Institut entend développer une politique de réduction des risques en matière de transmission héréditaire des troubles psychiatriques. Le mouvement d'hygiène mentale français, influencé par les Etats-Unis, s'organise sur le plan international. La période est particulièrement marquée par l'avènement d'un groupe social, celui des. techniciens, auquel certains protagonistes du mouvement hygiéniste s'identifient. Sur le plan politique, la caricature d'une médecine politique trouvera sa réalisation dans la création en 1929 du Parti Social de la Santé Publique qui regroupe la majorité des militants de ['hygiène. Ce parti revendique le développement d'une politique de prévention tous azimuts, une éducation sanitaire du peuple, l'organisation
Il

d'un dispositif de protection maternelle et infantile, la surveillance médicale dans les écoles, etc...Sur le plan politique, le mouvement hygiéniste en santé mentale est soutenu par des personnes qui appartiennent plutôt au Parti radical, au Parti républicain socialiste et socialiste français ou à la S.F.I.O.. Le développement du mouvement d'hygiène mentale au cours des années trente se caractérise par une sorte d'éclatement et de spécialisation des activités de la ligue. A vrai dire, cet éclatement des activités signifie plutôt une extension par l'ouverture à d'autres groupes sociaux dont il s'agit de fédérer les initiatives similaires ou complémentaires. Pour parvenir à cette fédération, plusieurs associations concernant des domaines distincts sont fondées au début des années trente: l'association d'études sexologiques dont l'objectif consiste à envisager des mesures eugénistes pour réduire le nombre d'anormaux et de criminels; l'association de biotypologie qui a pour objet l'étude des types humains par la recherche des corrélations entre divers caractères morphologiques, physiologiques, psychologiques, pathologiques et psychiatriques. L'objectif est de fonder un centre d'orientation et de sélection sur le plan professionnel et sur le plan scolaire. Enfin, la société de prophylaxie criminelle a pour objet de faciliter la collaboration médico-judiciaire en envisageant des mesures préventives à l'égard des anormaux et des délinquants: des annexes psychiatriques sont créées au sein des maisons d'arrêt de la Santé, la Petite Roquette et Fresnes, et des mesures législatives sont préconisées afin de favoriser une politique de rééducation des mineurs délinquants. Concernant le monde asilaire, le mouvement d'hygiène et de prophylaxie mentales, rencontre l'opposition de la majorité des médecins aliénistes, opposition qui se cristallise autour de la question de la création de services ouverts et de la personnalité du docteur Edouard Toulouse. La stratégie développée par ce dernier tend à remettre en cause le monopole des médecins
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aliénistes en ouvrant la gestion d'éventuels services ouverts à d'autres médecins spécialisés n'appartenant pas au cadre des médecins aliénistes. Le corps des médecins aliénistes, qui entend garder la maîtrise de l'ensemble du dispositif asilaire, dénonce cette orientation parce qu'elle risque de créer une psychiatrie à deux vitesses, les services ouverts étant confiés à des superpsychiatres tandis que les aliénistes s'occuperaient des garderies asilaires. La période du Front populaire est révélatrice des liens entretenus entre le mouvement d'hygiène mentale et le pouvoir politique. Le ministre de la Santé, Henri Sellier, est membre de la Ligue d'hygiène mentale depuis sa création. Cette courte période donnera naissance aux circulaires Rucart (6) qui préconisent l'organisation de la psychiatrie dans un cadre départemental avec la création de dispensaires, d'un service social et de services libres d'observation et de traitement. Ces circulaires sont fondatrices de la politique de sectorisation psychiatrique qui verra le jour le 15 mars 1960. Au cours de l'Occupation, 40000 malades mentaux vont mourir de froid et de faim, à l'intérieur des hôpitaux psychiatriques français, souvent dans un grand anonymat. Sur le plan de la recherche scientifique, le régime de Pétain autorise la création de la Fondation française pour l'étude des problèmes humains (Fondation Alexis Carrel) qui curieusement va reprendre en partie les orientations de recherche préconisées par le mouvement d'hygiène et de prophylaxie mentales. Même si la plupart des membres du mouvement d'hygiène mentale s'opposent au régime de Pétain, certains participent à divers travaux de recherche. Il existe néanmoins une différence importante entre les conceptions eugénistes du docteur Toulouse et celles défendues par le docteur Alexis Carrel (7). Au cours de cette période, nous assistons au renforcement du dispositif de gestion de la déviance juvénile par la création du Conseil 13

technique de l'enfance déficiente et en danger moral, en juillet 1943. Cette initiative sera suivie par la création, en octobre 1943, d'une école nationale de cadres du secteur de l'enfance délinquante, première école d'éducateurs spécialisés. La majorité des membres du mouvement d'hygiène mentale va se retrouver plutôt en opposition au régime de Vichy. Les premières mesures prises à l'encontre des juifs et de la francmaçonnerie vont marquer une nette opposition de la part de ceux qui adhèrent aux idéaux républicains et à l'esprit démocratique. Dans la résistance à Vichy et à l'occupant, nous retrouvons de nombreux animateurs ou proches du mouvement d'hygiène mentale. A la Libération, les agents du champ psychiatrique opéreront une sorte de synthèse entre les acquis du mouvement d'hygiène mentale de l'entre-deux-guerres et ceux de la résistance, particulièrement, l'expérience de psychothérapie institutionnelle de Saint-Alban, menée par Lucien Bonnafé, François Tosquelles et Paul Balvet, synthèse qui aboutira à l'instauration de la sectorisation, par la circulaire du 15 mars 1960.

NOTES
( I) The Bell Curve: Intelligence and Class Structure in American Life, Free Press, 845 p. (La courbe de la cloche: intelligence et structure de classe dans la vie américaine). (2) Les personnes pour qui la procréation n'est pas autorisée sont les suivantes: les faibles d'esprit ( dont les idiots, épileptiques, crétins, mongoliens, etc...); les alcooliques; les criminels; les pauvres ( essentiellement les vagabonds, les mendiants, ...); les aliénés. (3) Il s'agit de restreindre ou d'arrêter les flux d'immigration en provenance d'Europe du Sud et de l'Est. Les eugénistes ont cru trouver dans les tests Binet 14

et Simon l'instrument idéal permettant de faire le tri entre les immigrants acceptables et les autres. (4) Médecin aliéniste, le docteur Edouard Toulouse va être le précurseur; l'animateur et le praticien de ce mouvement d'hygiène et de prophylaxie mentales qui se crée, en France, à la charnière du X/Xe et du XXe siècle. Ce dernier a été à la tête du mouvement d'hygiène mentale par l'intermédiaire de la Ligue Française d'hygiène et de prophylaxie mentales, véritable cheval de Troie, du combat pour la prophylaxie mentale, en France et par la suite, en Europe. (5) Différentes commissions de travail sont mises en place: maladies générales et troubles mentaux; alcoolisme; enfance anormale; travail professionnel; antisociaux; dispensaires et services ouverts; assistance et législation; enseignement psychiatrique; organisation et propagande. (6) La réflexion entreprise sous le Front populaire voit son aboutissement trois mois plus tard, sous le Ministère de Marc Rucart qui a succédé à Henri Sellier au Ministère de la Santé. (7) Le docteur Alexis Carrel envisage dans son ouvrage paru en /935 "l'homme, cet inconnu" la mise en place" d'un établissement euthanasique pourvu de gaz pour les personnes qui ont tué, volé à main armée, enlevé des enfants.(...) Le même traitement ne serait-il pas applicable aux fous qui ont accompli des actes criminels? Il ne faut pas hésiter à ordonner la société moderne par rapport à l'individu sain. Les systèmes philosophiques et les préjugés sentimentaux doivent disparaître devant cette nécessité. Après tout,. c'est le développement de la personnalité humaine qui est le but suprême de la civilisation". Bonnafé (Lucien) et Tort (Patrick).- L'homme, cet inconnu? Alexis Carrel, J.-M. Le Pen et les chambres à gaz.- Editions Syllepse,J99/.Cf postface p. 30J, texte de Lucien Bonnafé : "Sur trois biocrates et trois regards différents".

PREMIERE PARTIE

REORGANISATION DE L'HYGIENE.

DU CHAMP DE L'ASSISTANCE ET

Au cours de la première guerre mondiale, le dispositif d'assistance et d'hygiène sociale se renforce grâce à la mobilisation de l'ensemble des composantes de la société. Le Secours National, organi.sme qui recueille des dons pour secourir les détresses et subventionner les nombreuses oeuvres issues de la sollicitude féminine, est constitué ainsi qu'un Office central de protection maternelle et infantile, créé pour aider les femmes enceintes ou ayant un enfant de moins de trois ans. Sur le plan sanitaire, la guerre favorise le développement d'une médecine militaire qui fonde les bases de l'oeuvre de guerre antituberculeuse: hôpitaux sanitaires, stations sanitaires et comités départementaux qui seront à l'origine de la constitution des dispensaires. Après la première guerre mondiale, le champ de l'hygiène est l'objet d'une restructuration à partir de la création d'un Ministère de l'Hygiène, de l'Assistance et de la Prévoyance sociales. Cette restructuration est le produit de luttes d'influence qui conduisent à la constitution de plusieurs organismes: une association "l'Hygiène par l'Exemple", composée de pédagogues et de médecins hygiénistes, est chargée d'intervenir au sein des écoles; un Comité de propagande d'hygiène sociale et d'éducation prophylactique, qui regroupe une majorité de médecins hygiénistes, a pour mission d'intervenir dans plusieurs domaines: la puériculture, l'alimentation, le travail, les maladies vénériennes, etc...; enfin, une ligue d'hygiène et de prophylaxie
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mentales, composée de médecins, de scientifiques, de juristes, a pour objet de développer l'hygiène mentale dans le domaine de l'action individuelle, scolaire, professionnelle et sociale. Cette ligue sera à l'origine de la fondation, au sein de l'asile SainteAnne, du premier service libre et dispensaire de prophylaxie mentale appelé, par la suite, l'hôpital Henri Rousselle. L'action de la ligue s'inscrit dans un contexte plus général, celui de l'avènement d'un groupe social, les techniciens, auquel s'identifient certains médecins hygiénistes. Cette caractéristique se retrouve dans la création en 1929 du Parti social de la santé publique qui, regroupant la majorité des médecins hygiénistes, préconise le développe1I!ent d'une large politique de prévention en se situant "au dessus" des partis politiques sur lesquels les médecins entendent influer. Au cours de cette période, la ligue d'hygiène et de prophylaxie mentales participe activement à la ::;~rù~turationdu mouvement d'hygiène mentale sur le plan international.

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CHAPITRE I

L'OEUVRE DE GUERRE

La première guerre mondiale conduit au pouvoir, particulièrement au sein du Ministère de la guerre, des hommes qui vont développer les principes d'une économie de guerre qui nécessite une véritable centralisation et rationalisation des moyens matériels et humains. Le Gouvernement militaire de Paris organise l'assistance des militaires blessés du crâne à l'asile de Maison Blanche et à Ville - Evrard. Sur le plan de la méd~cine militaire et de la. santé, le dispositif de lutte contre la tuberculose comporte trois types d'institutions: les hôpitaux sanitaires, les stations sanitaires et les comités départementaux d'assistance aux anciens militaires tuberculeux. Le modèle des dispensaires et des visiteuses familiales sera repris par la suite dans le cadre de la redéfinition d'une politique de prophylaxie en santé mentale. Au lendemain de la première guerre mondiale, il se produit une restructuration du champ de l'hygiène à partir de la création du Ministère de l'Hygiène, de l'Assistance et de la Prévoyance sociales, en 1920. Cette restructuration du champ de l'hygiène 21

est l'objet de rivalités entre les médecins hygiénistes. La période de la guerre va favoriser paradoxalement le développement de la politique d'hygiène et d'assistance, Aux élections législatives du printemps 1914, les radicaux et socialistes unis l'emportent notamment parce qu'ils proposent en tête de leur programme le retour à deux ans de la durée du service militaire. Poincaré charge alors le socialiste indépendant Viviani de former un gouvernement suffisamment à gauche pour tenir compte des résultats du suffrage universel. La déclaration de guerre conduit à l'établissement d'une politique de défense nationale, que Poincaré'appellera "l'Union sacrée" (1), Au début de la première guerre mondiale, de nombreuses initiatives sont prises dans le domaine sanitaire et social pour faire face à la situation difficile qui s'annonce. Formé le 8 août 1914, le Secours National rassemble auprès de Paul Appell, doyen de la Faculté, le Cardinal Arnette, le secrétaire de la c.G,T., Léon Jouhaux, le grand rabin de France, le viceprésident de l'Action Française, Charles Maurras, le secrétaire des syndicats de la Seine et le président-général de la société Saint- Vincent de Paul. Cet organisme recueille des dons pour secourir les détresses et subventionner les multiples oeuvres qui naissent principalement de l'initiative féminine.

L'Office central de protection maternelle et infantile Dans le monde philanthropique, dès le mois d'août 1914, un véritable état-major se constitue pour organiser l'assistance des femmes enceintes et des enfants de moins de trois ans. Sous le patronage de Madame Poincaré et sous la présidence d' honneur de la Générale Michel, le sénateur Paul Strauss secondé par le célèbre médecin-accoucheur Adolphe Pinard, les docteurs Lesage et Bonnaire, Louis Lepine, ancien préfet de police,
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fondent l'Office central d'assistance maternelle et infantile. Cet Office a pour but d'assurer à toute femme nécessiteuse en état de grossesse ou ayant un enfant d.emoins de trois ans, la protection sociale, légale et médicale à laquelle elle a droit dans un pays civilisé. Pour y parvenir, l'Office central coordonne les efforts et les moyens d'action des oeuvres d'assistance maternelle et infantile du ressort du Gouvernement Militaire de Paris, de façon, en les centralisant, à pouvoir répondre sans aucun retard aux nécessités urgentes imposées par la situation de guerre. L'Office central a été constitué à partir du regroupement d'associations, membres de la ligue contre la mortalité infantile, fondée en 1902. L'objectif de l'Office est également de permettre à la fois le travail des femmes dans les usines de guerre, la maternité et l'éducation des enfants. Plusieurs services sont mis en place: . le docteur Bonnaire, assisté par mesdames Maurin et Cavaillon, s'occupe des maternités; . mesdames Siegfried et Cahen s'occupent du service des cantines maternelles; . le service de la garde d'enfants (pouponnières temporaires) est sous la responsabilité de madame Cremnitz (2); . le service des refuges et ouvroirs sous la responsabilité de la Baronne Léonino. Durant les hostilités, 25 000 à 40 000 mères sont aidées chaque année. Les français découvrent les méthodes anglaises et américaines et certains remarquent le rôle fondamental des infirmières-visiteuses (3), des monitrices d'hygiène infantile. Le monde politique et administratif fait l'apprentissage, contraint et forcé, d'une économie partiellement gérée et pilotée par l'Etat. C'est surtout dans le domaine militaire que la guerre entraîne de nouvelles adaptations.
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La lutte anU-tuberculeuse Du premier août 1914 au premier novembre 1915, 65 519 soldats sont réformés pour tuberculose. Comme le souligne le professeur Léon Bernard, l'armée a fait apparaître d'une manière plus saisissante le fléau social en le revêtant d'un uniforme (4). La vie militaire a été le révélateur bien plus souvent que l'agent de l'infection tuberculeuse. Jules Brisac, Directeur de l'Assistance et de l'Hygiène publiques au Ministère de l'Intérieur, recherche des solutions et préconise d'ouvrir, avec le concours des départements, des établissements spéciaux où l'on recueillerait les anciens militaires afin de leur donner une éducation hygiénique. L'oeuvre antituberculeuse de guerre s'organise autour de la création de trois types d'institutions: les hôpitaux sanitaires, les stations sanitaires et les comités départementaux d'assistance aux anciens militaires tuberculeux. a) l'hôpital sanitaire a trois fonctions; la première consiste à "trier" les malades selon la gravité de leur maladie. Les malades sont répartis en trois catégories: les récupérables reconnus comme très légèrement atteints sont soignés sur place, ce qui correspond à la seconde fonction de l'hôpital sanitaire; les phtisiques graves sont isolés ce qui correspond à la troisième fonction de l'hôpital; enfin, les tuberculeux avérés curables sont envoyés, avant réforme, dans les stations sanitaires. 7 500 lits d'hôpitaux sanitaires répartis entre 49 établissements ont été créés. b) la station sanitaire (loi Honnorat du 18 octobre 1915 pour l'assistance aux militaires tuberculeux) accueille les militaires envoyés par l'hôpital sanitaire et les militaires réformés avant l'existence de cette organisation. Cet établissement est considéré non comme un établissement de cure mais comme une maison d'éducation hygiénique. La durée de séjour est en moyenne de 24

trois mois. Les infirmières qui y travaillent ont été recrutées parmi les élèves de l'Association des infirmières visiteuses de France, fondée dans ce but et-dirigée par Mme Milliard (5). 29 stations sanitaires regroupant 5 550 lits ont été ouvertes. c) le comité départemental a pour mission de prendre en charge les hommes sortis des stations ou des hôpitaux sanitaires. Le concours de l'initiative privée est suscité par les préfets chargés de constituer un comité composé de médecins, d'hygiénistes et de personnalités connues par leur bienfaisance et leur esprit social. L'action du comité départemental s'organise sous trois formes: l'assistance à domicile, le traitement au sanatorium, le traitement à l'hôpital. Dans le cadre de l'assistance au domicile, le visiteur joue un rôle primordial puisqu'il est chargé d'une enquête sur la situation morale et familiale, matérielle et sociale, sur la salubrité du logement, etc... La fonction du visiteur emprunte la méthode du dispensaire, ce qui explique que certains comités ont ouvert un ou plusieurs dispensaires. La loi du 15 avril 1916 (loi Léon Bourgeois) apporte aux comités un puissant secours puisqu'elle encourage la création de dispensaires publics ou privés (6) spécialisés dans la lutte anti-tuberculeuse et préconise la transformation des comités départementaux en conseils d'administration des dispensaires privés qui existent quelquefois déjà. Il ne faut pas oublier que les comités départementaux se préoccupent également du placement des tuberculeux susceptibles de travailler, du placement des enfants hors du foyer de contagion et de la désinfection du logement. Afin de mieux rationaliser l'action de ces comités, un organisme fédérateur est constitué sous la présidence de Léon Bourgeois, le Comité Central d'Assistance aux anciens militaires tuberculeux (7) dont l'objectif est de faciliter l'existence de moyens (brochures, publication d'un bulletin, communications) aux différents 25

comités départementaux, de coordonner toutes les oeuvres luttant contre ce fléau et de faire participer les groupements financiers, industriels et commerciaux ( le Comité des Forges réunit la somme de 3 200000 francs). Il faut souligner qu'avant la guerre seulement 21 dispensaires antituberculeux existaient, tandis que depuis l'existence des comités, 89 dispensaires ont été fondés. Autre création de l'organisation de guerre, l'ouverture de onze sanatorium correspondant entre I 200 et I 500 lits. La transformation des comités départementaux en conseils d'administration de dispensaires n'est pas la formule adoptée partout. Dans le département de la Seine, le Conseil Général institue l'Office public d'hygiène sociale qui reprend les réalisations du Comité départemental et les amplifie dans des proportions considérables (8). Rappelons le rôle important joué dès 1916, dans l'aide apportée aux comités départementaux par la Croix-Rouge américaine et la Commission américaine de préservation de la tuberculose, envoyée en France par la Fondation Rockefeller (9). Munie de capitaux importants, s'appuyant sur une longue expérience de méthodes appliquées avec succès aux Etats-Unis, la Commission américaine contribue à créer des dispensaires et inaugure en France la mise en place d'une propagande éducative. L'action entreprise dans le domaine sanitaire au sein de l'armée est soutenue début octobre 1915 par Justin Godart, chargé d'un sous-Secrétariat au Service de Santé auprès du Ministre de la guerre dont le titulaire est Millerand, dans un cabinet présidé par Viviani. Celui-ci reste à son poste jusqu'en 1918 dans cinq ministères différents (10). S'entourant de collaborateurs compétents (les docteurs Claudius Regaud, Octave Monod et le criminologiste, Edmond Locard), Justin Godart promeut d'emblée, dans un grade militaire correspondant à leur valeur professionnelle, des médecins, chirurgiens et spécialistes civils. A. Lacassagne relève ce fait :
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On vit alors des professeurs de Faculté et des chefs de services hospitaliers, restés infirmiers de seconde classe pour avoir négligé de faire en temps de paix des périodes d'instruction (par lesquelles on accédait, dans le cadre de réserve, aux grades et décorations) devenir brusquement commandants, et prendre la direction d'hôpitaux militaires (11). Au sein des armées, les fonctions de médecins et chirurgiens consultants sont créées ainsi que des laboratoires de bactériologie, des centres de spécialités (maladies vénériennes, stomatologie, ophtalmologie, médecine légale,...). Des services spéciaux sont chargés de l'orthopédie et de la rééducation des mutilés, de la chirurgie restauratrice maxillo-faciale, du traitement des tuberculeux. La nécessité d'intervenir rapidement sur tel ou tel point du front conduit à la création d'équipes chirurgicales et de formations motorisées dites auto-chirs (12). En 1915, une inspection des usines de guerres, créée au ministère de l'Armement par Albert Thomas, est confiée au professeur Etienne Martin, professeur de médecine légale à la Faculté de médecine de Lyon (13). Par la suite, un service social du travail est constitué en 1917 avec l'ouverture de l'école technique des surintendantes d'usine. Le service social du travail est organisé essentiellement en direction des femmes qui représentent dès la seconde année des hostilités un pourcentage important dans certaines usines de guerres (en 1918, les usines de guerre comptent 420 000 ouvrières dont 100 000 munitionnettes dans le département de la Seine). Les conditions de vie des femmes sont difficiles: éloignement, journée de travail de 10 à 12 heures, voire 14 heures par jour, conditions d'hygiène inexistantes,...Sous l'impulsion de la section "Travail féminin" du Conseil National des Femmes Françaises présidée par Cécile Brunschvicg et à partir de l'exemple anglais qui avait institué les ladies superintendantes, 27

l'école technique des surintendantes d'usine est fondée le premier mai 1917 par cinq femmes (14) sous le patronage d'Albert Thomas et de Léon Bourgeois. L'école, hébergée au départ par la duchesse d'Uzès, a pour but de préparer des femmes aptes à surveiller et diriger l'organisation sociale de l'usine au point de vue du bien-être matériel et de la préservation morale des ouvriers. Jeannine Verdès-Leroux (15) précise que l'école est financée avec des crédits américains et des dons d'industriels, comme par exemple, celui de Robert Pinot, responsable du Comité des Forges. Cécile Brunschvicg définit la surintendante comme une ouvrière de préservation morale et de paix sociale; préservation morale par la lutte contre l'alcoolisme, la prostitution, le néomalthusianisme; paix sociale car la surintendante n'est placée ni contre le patron ni contre l'ouvrière. Une circulaire du 29 octobre 1918 indique que les surintendantes sont chargées d'assurer le bien-être physique et moral des ouvrières, la surveillance des crèches, des chambres d'allaitement et des garderies d'enfants. Concernant l'hygiène mentale, relevons le succès considérable des centres psychiatriques, dont le Val de Grâce et le camp retranché de Paris, qui ont traité plus de 20 000 personnes parmi lesquels 15 000 l'ont été sans internement. De nombreux blessés du crâne, appelés psychopathes légers ou petits mentaux, ont été à l'initiative du Dr Marcel Briand, chef du service central de psychiatrie, placés dans des services ouverts au sein des asiles de Maison Blanche et Ville Evrard. Dans le service de Villejuif, le docteur Colin a pu obtenir 800 guérisons sur les 1500 militaires traités. Non soumis à la loi de 1838 visant le régime des aliénés, ces services ont été fermés après la guerre et ces malades sont restés sans secours. La question de l'assistance psychiatrique de ces malades après la guerre sera l'objet d'enjeux importants dans le champ de 28

l'hygiène, La loi du 31 mars 1919 tente de répondre à cette question en indiquant que les militaires blessés ont droit à l'assistance mais cette loi reste inopérante parce qu'il n'existe pas de services hospitaliers pour les accueillir,

NOTES
(1) Agulhon (Maurice).- La'République 1880-1932; l'élan fondateur et la grande blessure.- Hachette, Histoire de France. Collection Pluriel, 1992.(465 p.). L'auteur relève l'existence du mythe de "l'Union sacrée" et indique deux traits méconnus: les méfiances et les conflits politiques ont continué pendant la guerre; le sentiment général dans l'opinion a été celui de la résignation et du devoir accepté bien plus que celui de l'enthousiasme guerrier. (2) Madame Cremnitz a créé en 1894 une crèche dans le 16ème arrondissement; en 1896 elle fonde l'Oeuvre Nouvelle des Crèches Parisiennes destinée àfavoriser la construction ou l'aménagement de crèches modernes. En 1910, elle fait partie avec la doctoresse Madeleine Bres et l'inspectrice générale Amélie Landrin de la Commission Municipale des crèches de la Ville de Paris. (3) la loi Paul Strauss sur le repos des femmes enceintes (17 juin 1913) a prévu la création de visiteuses pour surveiller les bénéficiaires de la loi. L'article 4 de la loi lie le versement des allocations à l'observation des règles de l'hygiène prescrites. L'allocation ne "peut être accordée ou maintenue que si l'intéressée, non seulement a suspendu l'exercice de sa profession habituelle, mais encore observe tout le repos effectif compatible avec les exigences de sa vie domestique, et que si elle prend, pour son enfant et pour elle-même, les soins d'hygiène nécessaires, conformément aux instructions que lui donnera. à cet effet, la personne désignée par le Bureau d'assistance. ". Un enseignement destiné à former les visiteuses d'hygiène a été organisé sous la responsabilité de la Ligue contre la mortalité infantile. (4) Bernard (Léon).- La défense de la santé publique pendant la guerre.: Publication de la dotation Carnegie pour la paix internationale. (5) Le Comité de patronage de l'association, présidé par le Ministre Léon Bourgeois, est composé: du Professeur Landouzy, doyen de la Faculté de Médecine, du docteur Léon Bernard, médecin-chef du service des tuberculeux 29

à Laennec, du Professeur Latulle, des docteurs Roux et Calmette. La présidente est la marquise de Ganay, secondée par Mme Alphen-Salvador; Mlle de Montmort, future directrice de l'Ecole de Surintendantes d'usines, et Mlle de Caters. Mademoiselle Milliard a fait partie des premières femmes (avec Jeanne Tardy) membres de cabinets ministériels dans le gouvernement Ribot, formé le 20 mars 1917. Agrégée de l'Ecole Sèvres, elle a travaillé auprès de Léon Bourgeois, ministre du travail. (6) Précédemment, la loi Honorat du 18 avril 1915 garantit les soins aux malades et l'éducation destinée àfavoriser la protection de la famille. (7) Parmi les membres du Comité central d'assistance aux anciens militaires tuberculeux, nous pouvons relever la présence d' hommes politiques, des lettres et des sciences: Alexandre Millerand, Ambroise Rendu, Paul Juillerat, Paul Strauss, André Honnorat, Edouard Fuster; Louis Dausset, Joseph Reinach, Maurice Lazard, Georges Risler; Henri Bergson, Anatole France, Léon Jouhaux, Edouard Herriot, Jules Siegfried, Henri Sellier; Joseph PaulBoncourt, Ferdinand Buisson, Arthur Fontaine, André Michelin, Albert Calmette, Louis Landouzy, Léon Bernard, Maurice Letulle,oo.( notons la présence de Mlle Chaptal, qui a fondé en 1905 aux côtés de Mme Taine la maison-école d'infirmières de Paris). (8) On peut relever également l'expérience réalisée en Meurthe-et-Moselle par le docteur Jacques Parisot. Constitué en 1920, l'Office d'Hygiène Sociale a succédé au comité départemental d'assistance aux militaires tuberculeux dont les membres ont voulu en poursuivre l'action après la fin des hostilités. Dans un ouvrage intitulé "Guérir est bien, prévenir est mieux", publié en 1905, Jacques Parisot explique les raisons de cette initiative: " La guerre, par les pertes formidables qu'elle a fait subir à la nation, par les bouleversements dans l'ordre économique et social qu'elle a suscités, a posé brutalement le problème" être ou ne pas être" dont la solution, primordiale pour la sécurité et la vitalité, c'est-à-dire pour l'avenir de la France, est pour une large part du ressort de la médecine sociale.(oo.) 1lfaut bien penser que les résultats admirables obtenus pour la protection de la santé des troupes en campagne par l'application sur une échelle jamais aussi vaste des mesures préventives que les exemples offerts à nos yeux par nos alliés dans le domaine de l'hygiène, de même que le concours que nous y apportèrent nos amis américains, spécialement la commission Rockefeller; n'ont pas été sans susciter dans toute l'étendue du territoire un réveil de forces latentes, et surtout leur utilisation et leur développement suivant des méthodes et une discipline qui, jusque là, avaient fait défaut ". (9) Murard (Lion) et Zylberman (Patrick).- L'autre guerre (1914-1918); la

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santé publique en France sous l'oeil de l'Amérique.- Revue Historique. 1986 (p. 367- 398). (JO) En octobre 1915, Viviani doit c~der la place à un gouvernement Briand qui place un militaire, Gallieni (octobre 1915 - mars 1916) au Ministère de la guerre; il sera remplacé par le général Roques (mars - décembre 1916) à qui succédera Lyautey (décembre 1916 - mars 1917). (11) Bulletin de l'Académie Nationale de Médecine, extrait n° 5 et 6, 1957 (p.JOO). Sous l'angle médical, de nouvelles connaissances apparaissent sur le traitement des plaies et des fractures, la radio-localisation des projectiles, les intoxications par gaz de combat Une véritable Faculté de Médecine est établie sur lefront, à Bouleuse en Champagne à laquelle des laboratoires des principales disciplines sont annexés. A tour de rôle, les formations sanitaires des Armées viennent en stage pour recevoir un enseignement théorique et pratique sur les acquisitions les plus récentes de la chirurgie d'urgence et de la prophylaxie des maladies. (12) Le docteur Robert Soupault raconte comment Alexis Carrel étudie un projet d'hôpital mobile qui permettrait de se déplacer avec les armées lors du "mouvement", ou de se porter rapidement sur les champs de bataille. L'hôpital mobile fut réalisé grâce aux multiples démarches de Mme Carrel qui avait fait ses études d'infirmière et était diplômée de la Croix-Rouge

Française.

"

C'était le premier modèle en France de "l'autochir" légère.

petite merveille pour l'époque avec ses autoclaves, ses groupes électrogènes, son laboratoire portatif, ses salles d'opération démontables, etc... ". Soupault (Robert).- Alexis Carrel, 1873-1944.- Plon, 1952. (314 p.) (13) Etienne Martin, élève de Jean Alexandre Lacassagne , est entouré de Pierre Mazel, chef de travaux de médecine légale, des parisiens Duvoir et Rist. et du lillois Jules Leclercq. (14) 11s'agit de: - Marie Diemer (1877-1938), co-fondatrice de l'Association des infirmières visiteuses, elle travaille en relation avec la Croix-Rouge américaine; - Renée de Monfort (1880-1961), co-fondatrice avec Marie Diemer de l'Association des infirmières visiteuses; - Marie Routier deviendra directrice de l'Assistance par le Travail. puis surintendante à la CGE; - Cécile Brunschvicg (1877-1946), directrice du journal "La Française", présidente de l'Union Française pour le suffrage des femmes. présidente de la Section du Travail des femmes, puis présidente de l'Union des Femmes Françaises; - Henriette Viollet (1872-1960),présidente de l'Association des Logements Ouvriers, crée en 1920 l'association pour l'aide aux mères de famille. 31

Confer, Vie Sociale.- Histoire des premières écoles de servIce social en France, 1908-1938.- C.E.D./AS.. 1995. N°/-2. (15) Verdès-Leroux (Jeannine).- Le travail social.- Les Editions de Minuit, 1978. Collection le sens commun, (259 p.)