HYPNOSE ET PSYCHOTHERAPIE

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L'auteur propose une vision nouvelle de l'hypnose qui s'appuie sur les concepts scientifiques les plus récents, contribuant ainsi à démythifier une pratique suscitant encore une certaine méfiance. Elle montre que la communication hypnotique, loin des clichés traditionnels, relève d'un mode de communication normal et particulier correspondant à celui des organismes vivants. Chaque idée, chaque concept nouveau est éclairé par de nombreuses vignettes cliniques dont certaines présentent la transcription complète du dialogue thérapeutique.
Publié le : jeudi 1 janvier 2004
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EAN13 : 9782296337206
Nombre de pages : 304
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HYPNOSE ET PSYCHOTHÉRAPIE

Concepts et clinique

Psycho - logiques Collection dirigée par Alain Brun et Philippe Brenot
Sans exclusives ni frontières, les logiques président au fonctionnement psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho - logiques. MALA WIE Christian, La carte postale, une oeuvre. Ethnographie d'une collection, 2003. WINTREBERT Henry, La relaxation de l'enfant, 2003. ROBINEAU Christine, L'anorexie un entre deux corps, 2003. TOUTENU Denis et SETTELEN, L'affaire Romand Le narcissisme criminel, 2003. LEQUESNE Joël, Voix et psyché, 2003. LESNIEWSKA Henryka Katia, Alzheimer, 2003. ROSENBAUM Alexis, Regards imaginaires, 2003. PIATION-HALLÉ Véronique, Père-Noël: destin de l'objet de croyance,2003. HUCHON Jean, L'être vivant, 2003. ZITTOUN Catherine, Temps du sida Une approche phénoménologique, 2002. LANDRY Michel, L'état dangereux, 2002. MERAI Magdolna, Grands Parents Charmeurs d'enfants, 2002. LUONG Can-Liem, Psychothérapie boudhique, 2002. RAOULT Patricl(-Ange, Passage à l'acte. Entre perversion et psychopathie, 2002. CASTEL Anne, Destruction inachevée, 2002. BOUISSON Jean REINHARDT J.C., Ageing thresholds and vulnerability, 2002. TIRY Gérard, Approches du réel, 2002. LUONG Can-Lien1, Psychologie politique de la citoyenneté du patriotisme de la mondialisation, 2002. SIRVEN René, L'enfant de 6 à 12 ans ou l'âge docile, 2002. SEBAN Gilles, Création artistique et figuration délirante, 2002. VIGUIER Régis, Un idéal pour la vie, 2002. BEN REJEB Riadh, Intelligence test et culture, 2001. MINET Serge, Le plaisir du jeu: entre passion et souffrance, 2001.

cgL'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-5244-6

Joséphine BALKEN

HYPNOSE ET PSYCHOTHÉRAPIE

Concepts et clinique

L'Harmattan 5-7, rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

(( La parole est tout. Elle coupe, écorche. Elle modèle, module. Elle perturbe, rend j'ou. Elle guérit tout ou tue net. Elle amplifie, abaisse selon sa charge. Elle exalte ou calme les âmes. ))

(IZomo-Dibi,

le chancre malien de IZomo)

À mes enfants Nina et Andrés, et à tous mes amis et mes collègues dans tous les pays faisant partie de mon réseau de vie.

(( En vérité, il ne m'a pas parlé pour remplir mon grenier d'informations, de principes ou de conseils d'amz~ mais pour m'ensemencer. Il a planté partout ceJ.our-là, dans mon corps, des mémoires. Je le sais parce qu'elles n'ont cessédegermer, tout au long de ma vie, tOUJ.ours l'heureJuste. De temps en temps encoreme vient un savoirà faire, une intuition, une évidence. )) (H. Gougaud, Les sept plumes de l'aigle.)

REMERCIEMENTS

A Anne Spagnoli, pleine bonne volonté et de patience, qui a fait un énorme travail de correctiondu texte, (( enpremière ligne )). Au Dr Maurice Genton, qui a apporté des commentaires à partir de
son expérience professionnelle.

Au Dr Claire Giorgis, qui a transmis ses commentaires et ses suggestions, très utiles, tout en apportant aussi des correctionsau texte. A Annick Mahaim, qui a accepté defaire les dernières correctionsde
sryle et a traqué les (( coquilles )), tout en apportant son précieux point de vue. A S andra Kun~ Jeune p!Jchologue qui a apporté ses commentaires et ses corrections. Je suis très reconnaissante à ces personnes qui, avec comPétence et générosité, m'ont aidée à mettre en forme ce texte. Je l'occasion agréable. beaucoup remercie aussi de tout mon cœur mes patients qui m'ont donné de les accompagner dans leur quête d'une vie plus harmonieuse et Ils m'ont permis d'enrichir mon expérience en apprenant avec eux de choses sur la vie. Je les remercie pour leur contribution et J"ejpère

qu'ils conservent, comme moz~ un bon souvenir de cette aventure commune. Je remercie aussi mes professeurs, mes formateurs, mes modèles et tous les auteurs cités, pour leurs apports dans mon développement en tant que personne et thérapeute. Je remercie mes amis et mes collègues m'qyant permis de bénéficier de fructueux échanges. Tout ce réseau s'est tissé dans ma vie.

TABLE DES MATIÈRES

(( Ce que ie l)erSnomme ia fin du monde, ie reste du monde ie nOJJ2JJ2epapi//on

))

TABLE D ES MATIÈRES
I NT ROD U CT ION. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..
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9

HYPNOSE

ET TRANSE,

TRANSE

SANS HYPNOSE :

17 23 40 43 .55 57 71 77 85 95
/19 123

L 'rypnose et l'attention Les transes sans rypnose Exemple 1 : S. LES APPROCHES HYPNOTIQUES

ET PSYCHOTHÉRAPEUTIQUES

RElier: utiliser, s'accorder et guider S'a(xorder et guider ((( Pacing and Leading ))) Ex:emple 2 : lf:/': &lier: la communÙ:ation en Jpirale Ex:emple 3 : A
(( Continuez. .. )) (( Continuez )) Description de l'approche

Exemple 4 : E. L'allié intériettr Descriptionde l'approchede l'alliéintérieur Exemple 5 : L. Les qttestions L'approche thérapeutique lesquestions par Exemple 6 : R

126 129 136 139 149 157 165

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LE QUESTIONNAIRE ET LE PROCESSUS PSYCH OTHÉRAPEUTI QUE 11 questionnaire Exemp Ie 7 : C. Exemp Ie 8 : K LES PRINCIPES D'ACTION L'activation mutuelle Exemple 9 : T. L'intervention immédiate Exemple 10 : ~ L'interaction en liensassociatifs Exemple Il : G )) L'interaction en (( des-étiquetage Exemp Ie 12 : J. La construction mutuellede compétences Exemple 13 : O. 11 modelage(((modeling))) Exemp le 14 : A Exemp Ie 15 : V L'orientation verslefutur Exemple 16 : Une séanceavecB. RÉFÉRENCES. ... ...

177 180 183 199 223 229 231 238 242 247 250 258 260 262 265 268 270 275 280 287 295

INTRODUCTION

(( L'enseignement est semblable à un radeau qui estjàit pour traverser, mais auquel il nefaut pas s'attacher. )) (Bouddha)

Pourquoi

ai-je eu envie d'écrire ce livre?

Peut-être par besoin de me confronter à moi-même, à mon cheminement de thérapeute. Peut-être par besoin de clarifier, de conceptualiser et de systématiser mes propres références du travail clinique ayant structuré les idées directrices de mes interventions thérapeutiques. J'ai souhaité transmettre mon expérience et décrire mon évolution personnelle dans la pratique de l'hypnose avec la psychothérapie. Le thérapeute est modifié par l'interaction psychothérapeutique, au même titre que le patient. J'estime que mon fonctionnement comme thérapeute et comme personnalité s'est transformé avec ma pratique. C'est la raison pour laquelle j'utilise souvent la première personne. Le « je » désigne la relativité de ce que je décris. On ne peut que se positionner en tant qu'un « je » relationnel dans un contexte particulier. Chaque expérience clinique est constituée d'une multitude de variables en interaction, spécifiques à

l'interaction qui s'y déroule. Toute expérience vitale est singulière. Tel thérapeute interagit avec tel client présentant telle situation à tel moment précis. Ensemble, ils structurent un contexte relationnel spatiotemporel particulier. Dès lors, comment analyser toutes les variables intervenant dans cette interaction toute particulière, si complexe? Comment comparer ces interactions particulières avec d'autres contextes tout aussi complexes dans le temps et dans l'espace? Freud a partagé les idées scientifiques de son époque. Il a insisté sur une objectivité et une neutralité dans l'interaction thérapeutique qu'il a voulue médicale et scientifique. Il a postulé une pratique appliquant un modèle interactionnel éliminant le plus possible l'influence des variables dans l'interaction. Par contre, Erickson a répété à ses élèves qu'il ne s'agit pas de l'imiter. Il les a incités à développer leurs propres ressources thérapeutiques à partir de l'interaction particulière avec chaque patient. «Souvenez-vous que, quelle que soit l'orientation que vous choisissez, vous devez trouver votre propre manière de travailler, vous ne pouvez pas imiter quelqu'un d'autre. En vous confrontant avec les difficultés de la psychothérapie, vous devez vous exprimer vous-mêmes adéquatement et non pas en imitant quelqu'un d'autre (...) Le thérapeute ne doit pas se limiter dans ses approches par loyauté envers une théorie ou envers une personne, il doit lui-même être capable d'une diversité d'approches comportementales. » Les démonstrations cliniques d'Erickson ont visé à stimuler le développement des capacités personnelles des thérapeutes. Ses interventions ont été orientées vers l'activation des ressources de ses patients. Ceci implique nécessairement la construction de compétences comme but thérapeutique. C'est la raison pour laquelle Erickson n'a pas laissé de systématisation conceptuelle susceptible de diminuer l'ouverture relationnelle tellement nécessaire au travail thérapeutique. Plus qu'un maître à penser, Erickson doit être considéré comme un maître à expérimenter. 5 es interventions sont fon-

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damentalement expérimentales, individuelles, contexte.

particulières

à chaque

La pDJchothérapiedevient une méthode expérimentale d'interaction. Chaque fois, on teste une nouvelle possibilité d'interaction et d'intervention. Erickson l'exprime ainsi: « Plutôt que de vouloir mettre la personne dans le lit de Procuste d'une théorie du comportement humain, la psychothérapie devrait se dérouler de manière à rencontrer les particularités inhérentes à chaque individu.» D'autant que, chaque théorie est valable jusqu'à ce qu'elle soit invalidée par une nouvelle théorie (popper). On doit admettre que la psychothérapie ne peut pas être validée avec des critères objectifs externes à l'interaction spécifique qui s'y déroule. La psychothérapie serait-elle une science ou plutôt un art, ou les deux? Ce livre est né comme un recueil de. cas (<< casebook »). Je souhaite montrer concrètement comment l'utilisation de l'hypnose m'a permis d'évoluer dans la communication thérapeutique. Je transcris des séances ou des fragments de séance « verbatim.» en respectant le langage spontané du patient. Je désire transmettre, le plus près possible, la réalité floue et mouvante de l'interaction entre le ,thérapeute et son patient. Je reconnais que c'est très difficile, pratiquement impossible. Mais j'espère qu'on pourra saisir la dynamique de cette communication transformatrice. J'ai observé et comparé les caractéristiques particulières de l'hypnose et de la psychothérapie. J'ai cherché à trouver les facteurs communs construisant leur efficacité. En hypnose, puis en psychothérapie, on est surtout attentifs à la rétroaction (<< feed-back ») dans la communication. Il s'agit de l'installation de la communication circulaire, dont l'hypnose est le modèle. L'efficacité thérapeutique apparaît lors de l'observation minutieuse des effets de la communication thérapeutique. J'ai constaté qu'il s'agissait d'activer l'accès et l'apprentissage des compétencesnécessaireset utiles pour développer le sentiment de maîtrise et

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de contrôle de sa vie. C'est ce que demande le client se rendant chez un psychothérapeute avec une demande d'aide. La psychothérapie devient une libération des forces développementales ayant été bloquées, pour une raison ou une autre, à un certain moment de la vie du patient. Les différentes modalités d'interactions hypnotiques m'ont amenée à constater que toute technique psychothérapeutique implique, de manière explicite ou implicite, un contexte hypnoïde. Celui-ci joue un rôle fondamental dans toute approche thérapeutique. Je le décris. L'hypnose n'est pas une technique, elle est une modalité de communication particulière dans la construction de l'interaction entre le thérapeute et son client. Je souhaite surtout démystifier l'hypnose comme approche « magique ». J'avais essayé d'appliquer directement des concepts théoriques « selon les règles» dans les interventions thérapeutiques. J'ai eu le sentiment d'être moins efficace et moins authentique. Or, l'authenticité et la congruence du thérapeute me paraissent jouer un rôle essentiel dans les résultats. Cette authenticité et cette congruence, si nécessaires à l'efficacité thérapeutique, je les ai trouvées en la personne de Milton Erickson. Probablement, son énorme succès comme thérapeute «hors du commun» (J. Haley) est dû à la satiifaction et le plaisir d'être lui-mêJne à tout moment, totalement présent et impliqué dans la rencontre avec l'autre. L'interaction psychothérapeutique encourage le patient à devenir davantage lui-même et à vivre en accord avec lui-même et son entourage. Nietzsche l'avait formulé dans l'aphorisme: (( Ose devenir ce que tu es. )) Mon approche et mes interventions thérapeutiques s'appuient sur des notions théoriques précises structurées à partir de ma pratique clinique (et non l'inverse). C'est le va-etvient constant entre, d'une part, l'expérience clinique, le vécu « sur le terrain» et, d'autre part, les fondements conceptuels qui

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donnent na1ssance (Chertok, 1989).

à ce dialogue

entre

le cœur

et la ra1son

Mon travail clinique m'a permis de développer trois idées directrices sous-tendant les interventions thérapeutiques présentées dans ce livre. 1) La thérapie commence dès la première prise de contact à la suite de la demande de consultation. J'envoie une lettre d'accueil accompagnée d'un questionnaire présenté comme un début de réflexion sur les buts souhaités par le patient. Ceci est déjà un début d'interaction, une préparation à la construction conjointe du contexte thérapeutique. L'interaction est thérapeutique depuis le début de notre rencontre. Le dialogue ne s'oriente pas à obtenir un recueil d'informations. Il n'y a pas d'étape d'anamnèse préalable au «contrat thérapeutique ». On utilise immédiatement certains éléments du récit (spontané) du patient pour une intervention thérapeutique si cela s'avère utile pour transformer son histoire. C'est l'activation mutuelle. Ceci ne signifie pas qu'on renonce à une idée diagnostique, mais plutôt qu'on choisit de focaliser sur l'évaluation des possibilités d'interventions thérapeutiques afm d'activer les ressources de part et d'autre. 2) La thérapie est orientée vers le futur. Le but n'est pas de fouiller dans le passé pour y trouver les causes (éventuelles) du problème. Il s'agit surtout de trouver les ressources pour construire un futur meilleur. C'est la caractéristique des thérapies brèves. 3) Les questions sont une intervention thérapeutique en soi. Elles se sont révélées efficaces dans la mesure où elles intensifient le lien interactionnel. Elles orientent la focalisation vers la recherche intérieure (<< minitranse ») et elles ne visent pas à obtenir des réponses. Leur le but est d'accéder à des modalités comportementales différentes. Ce texte commence ractéristiques de l'hypnose par la description globale et des caet de la transe. Je décris l'utilisation

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de la communication hypnotique sans induction formelle de transe (transe conversationnelle et « minitranse ») que j'emploie de plus en' plus souvent. Car elle construit l'efficacité de l'interaction psychothérapeutique en général. L'efficacité de la communication hypnotique est due au fait qu'elle constitue le paradigme de la communication circulaire. Il est possible de fonder les mécanismes de l'hypnose sur les conceptions modernes et postmodernes de la biologie et de la cybernétique. Le thème central est constitué par les approches psychothérapeutiques de l'hypnose Je décris, de mon point de vue, les approches hypnotiques qui fondent le processus thérapeutique et je présente mes propres approches structurées lors de ma pratique clinique. D'après mes idées sur le processus psychothérapeutique basé sur les paramètres impliquant l'hypnose, j'ai construit un questionnaire qui est envoyé aux futurs patients lors de la prise du rendez-vous. Je montre les résultats obtenus à travers des exemples illustra tifs. Mon travail clinique a permis d'action sous-tendant les interactions le contexte interactionnel. l'organisation de principes thérapeutiques structurant

À la fm, je donne les références dont je me suis servie pour étayer les bases théoriques de mes interventions. Il ne s'agit pas d'une bibliographie exhaustive sur le thème de la psychothérapie ou de l'hypnose.

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HYPNOSE

ET TRANSE,

TRANSE SANS HYPNOSE

Les termes d'« hypnose» et de «transe» sont souvent utilisés comme synonymes, sans distinction. Pourtant, il faut différencier, d'une part, le processus d'installation d'un fonctionnement p!Jchique particulier ~'hypnose) et, d'autre part, l'aboutissement à l'état de conscience particulier ~a transe). L'hypnose est le processus d'activation des moyens nécessaires pour atteindre la transe C'est le processus installant et développant la focalisation de l'attention vers l'intérieur. Erickson (1980) a décrit l'hypnose comme étant le voyage pour se rendre dans une ville, alors que la transe est l'arrivée et le séjour dans cette ville. La transe est une modalité naturelle et normale du fonctionnement psychique permettant d'accéder aux connaissances stockées dans l'inconscient (S. Gilligan, 1994). Elle est spontanée ou provoquée, selon qu'elle aboutisse à des transes spontanées (autohypnose) ou à des transes induites (hétérohypnose). La focalisation intérieure entraîne une déconnexion plus ou moins complète de l'environnement. Ce fonctionnement psychique particulier se manifeste par des changements comportementaux, des sensations, idées différentes de celles habituelles. Et ceci implique que d'autres chan-

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gements sont possibles. ments possibles.

L'lypnose devient la métaphore des change-

L'hypnose installe une modification temporaire du cadre de référence habituel pour accéder à l'inconscient afm d'intégrer les ressources latentes qui y sont disponibles. Ce n'est qu'en s'éloignant des points de repère habituels qu'on active d'autres compétences pour une meilleure adaptation. Chez les êtres humains, l'adaptation efficace implique l'intégration des informations inconscientes, celles-ci étant plus vastes que les informations ayant passé le seuil de la conscience. La transe est plus ou moins profonde, selon les besoins de la personne dans les circonstances du moment. Selon Gilligan (1994) la transe est «une élaboration différente de l'expérience (...) dans laquelle la façon normale (habituelle) d'expérimenter est dissoute (. . .) la transe signifie laisser de côté le Moi ancien pour développer un Moi nouveau. » Elle implique l'amplification du fonctionnement psychique normal. Ainsi, l'amnésie est l'intensification de l'oubli. L'hallucination est l'intensification de l'imagination. La régression en âge est l'intensification du souvenir. Il s'agit donc d'une intensification globale du fonctionnement p.rychique. L'hypnose est le processus d'activation de fluctuations dans le fonctionnement psychique, entre la conscience et l'inconscient aboutissant à la transe. La tâche de toute psychothérapie implique l'installation de la flexibilité fonctionnelle nécessaire à l'adaptation, en dépassant les rigidités et les fiXations comportementales (symptômes). En effet, les expériences en physique montrent qu'un système ne peut changer pour accéder à un nouvel état qu'après avoir été mis en fluctuations. Je défmis l'hypnose comme étant le processus d'articulation dynamique entre le conscient et l'inconscient. En effet, si l'inconscient fonctionne de façon plus ou moins isolée (le rêve), il ne peut pas développer les compétences nécessaires à l'adaptation. Il doit les intégrer au fonctionnement conscient (repères de la réalité). Si c'est le con18

scient qui domine le fonctionnement psychique, il perd une quantité d'informations subliminales (inconscientes) nécessaires à une adaptation plus efficace. Ces connaissances, ces apprentissages constituent les ressources disponibles inconscientes devant s'intégrer au fonctionnement conscient pour une meilleure adaptation. Dans un contexte psychothérapeutique, les transes profondes de type somnambulique, ne sont pas utiles. On les évite en maintenant le fonctionnement psychique du patient en fluctuations (attentionnelles). Le but thérapeutique étant la construction des compétences, on a besoin de l'articulation dynamique avec le conscient. En hypnose thérapeutique, on utilise de préférence des transes légères, plus fluctuantes. La conscience continue à être présente (on ne peut pas s'en défaire I). Mais elle devient plus perméable aux associations de l'inconscient. L'installation de transes très profondes (anesthésie) dépend davantage du « degré d'hypnotisabilité». Elles nécessitent un entraînement préalable plus intense. Il est facile d'informer le patient qu'il est même nécessaire qu'il reste conscient pendant la transe. On le rassure en lui disant qu'il va garder le contrôle conscient. Il y aura des moments où il sera plus conscient et des moments où il sera « parti» ou « ailleurs». Il pourra se laisser aller tranquillement aux fluctuations caractéristiques de la transe, en suivant son propre rythme personnel, indépendamment de ce que dit le thérapeute. Le contexte thérapeutique offre les conditions nécessaires pour que le patient puisse se laisser aller en toute confiance, sécurité et protection. Pendant la journée, on est constamment dans des états de conscience fluctuants. Il y a des manifestations de transe de qualité et d'intensité différentes selon les besoins subjectifs et selon les sollicitations de l'extérieur. Ces transes quotidiennes, naturelles et souvent spontanées, sont une des modalités de transes possibles. Il y en a plusieurs. D'autres contextes développent d'autres modalités de transe. 19

Thomson (dans J. Zeig & S. Lankton, 1988) considère que le terme de transe englobe une multiplicité d'états de conscience dans le continuum veille-sommeil. Chaque transe s'installe avec la motivation du sujet et par l'objectif négocié conjointement dans le contexte particulier. (( La personne en transe détermine en même temps la modalité du vqyage et sa destination )) a dit Erickson (1980). Chaque personne structure sa transe selon ses capacités, ses besoins, le moment et le contexte. L'objectif de la transe de spectacle est de se donner en spectacle, sans quoi elle ne pourrait aboutir. Les sujets sont préalablement d'accord de se donner en spectacle, ce que l'hypnotiseur renforce sur scène. Thomson distingue les transes cliniques, se déroulant dans le contexte thérapeutique. Les transes expérimentales se construisent dans le contexte de laboratoire. Les transes démonstratives s'installent dans un contexte d'enseignement ou juridique. Il distingue encore les transes récréatives. Il faut ajouter les transes quotidiennes spontanées (<< common everyday trances ») décrites par Erickson. En les observant dans le contexte thérapeutique, je les nomme (( minitranses )). Elles signalent une focalisation vers l'intérieur dans l'interaction signalant l'accès à l'inconscient dont l'utilisation est très efficace. Les transes conversationnelles (ou hypnose informelle) sont les transes sans hypnose, c'est-à-dire sans induction. Elles s'installent avec le maniement particulier du langage (hypnotique) développant le contexte thérapeutique a. Balken, 1996). Erickson (1981) a décrit les transes spontanées dans la vie courante. Ce sont des états cataleptiques naturels, transitoires accompagnant une rêverie, une distraction, une réflexion. Par exemple, dans le train ou dans l'avion, quand on regarde le paysage défller par la fenêtre. Ou quand une émission de télévision est passionnante, qu'un spectacle est «prenant ». Cela peut aussi arriver dans un moment de fascination ou de frayeur intense. Ce sont des moments « d'absence» à l'environnement. On peut en repérer d'autres dans la journée.

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Dans ces situations, il y a comme « un troU» dans le fonctionnement conscient. Du point de vue thérapeutique, ce « troU» est une ouverture dans le fonctionnement psychique. Les moments de « vide» psychique peuvent être des moments créatifs. Car il s'agit de l'intensification de la réceptivité à d'autres idées, soit des stimuli de l'extérieur, soit des stimuli de l'intérieur. L'activité psychique est dans un état d'attente pour être ensuite reprise. Dans ce moment privilégié (transe), les messages (perceptions venant de l'intérieur ou de l'extérieur) sont facilement acceptés. L'activité psychique se renoue en intégrant ces messages et elle s'enrichit par un apport supplémentaire d'informations. Dans le contexte psychothérapeutique, l'interaction s'orientant vers l'installation de la transe crée les conditions les plus favorables à l'acceptation des suggestions thérapeutiques. Celles-ci, venant du thérapeute, doivent s'accorder avec l'objectif fixé préalablement et avec la structure de la personnalité du sujet. La transe implique l'installation de J'expectative, de J'attente de quelque chose. Un message approprié est alors facilement intégré au fonctionnement psychique qui l'amplifie. La solution du problème est plus facilement atteignable. L'expectative active et renforce l'acceptation des suggestions aboutissant à des réactions comportementales. C'est le mécanisme de l'hypnose. Selon Rossi (1988), les transes spontanées manifestent les rythmes cérébraux ultradiens se produisant approximativement toutes les quatre-vingt-dix minutes. C'est une légère interruption de l'activité cérébrale constituant une « recharge» du potentiel neurophysiologique. En facilitant une transe, le thérapeute ne fait que stimuler cette capacité naturelle de l'organisme dans le contexte thérapeutique. Il est un catalYseur organisant adéquatement le contexte pour que le patient réalise sa transe. F ourié (199 5) s'appuie sur les idées de Maturana et Varela. Il considère que la transe n'est pas induite par quelqu'un. Le patient ne peut pas réagir autrement que selon sa propre struc21

ture personnelle (sa «clôture opérationnelle ») signalant son autonomie relationnelle par rapport à l'environnement. Le patient construit sa transe comme il le veut et comme il le peut. Il n'accepte que les changements s'accordant avec sa propre structure auto-organisatrice spécifique (autopoïèse). L'hypnose ne peut pas influencer! Barber (1974) refuse de considérer la transe comme un état modifié de conscience. Il a constaté que la transe s'installe quand les sujets sont suffisamment motivés, qu'ils ont une attitude positive pour la tâche et qu'ils ont une expectative positive. Elle se développe inévitablement chaque fois que la personne accepte pleinetnent de réfléchir ou d'imaginer suivant un stimulus (suggestion, livre, musique). On « entre» en transe et on « sort» de transe (de façon spontanée ou de façon provoquée). Barber défmit la transe comme étant l'état d'acceptation depenser et d'imaginer activement selon un thème ou selon une idée suggérée. L'attitude positive implique que la tâche soit pertinente et significative pour le sujet. La motivation implique le désir de collaborer et d'expérimenter ce qui est proposé. L'expectative positive implique que le sujet sente qu'il sera capable de réaliser ce qu'on lui demande. Elle constitue, en fait, une prophétie autoréalisatrice. Dans ses expériences de laboratoire, Barber a appliqué des tests de suggestibilité à trois groupes de sujets. Chaque groupe avait reçu des inductions différentes. Un groupe a reçu une induction classique, un autre groupe, une induction de relaxation, le troisième groupe, des suggestions en état de veille construisant la motivation à la tâche, l'expectative et l'attitude positive. Les résultats ont montré que les sujets dont les transes ont été installées de cette façon manifestaient une réactivité légèrement supérieure (60%) à celle des sujets ayant reçu une induction de transe classique (53%). Ces deux pourcentages étaient nettement supérieurs à la réactivité suivant une induction de transe exclusivement par relaxation (16%).

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Orne (1959) a voulu observer si la ttanse apporte quelque chose de plus que ce que l'hypnotiseur suggère de façon explicite ou implicite. Il a comparé deux groupes de sujets. Le premier groupe était formé de sujets évalués comme étant facilement hypnotisables (les « vrais »). L'autte groupe était formé de sujets évalués comme étant peu hypnotisables. Ceux-ci ont été enttaînés à simuler une ttanse après en avoir reçu une description détaillée (les « faux »). Orne s'est intéressé à distinguer les différences de comportements dans les ttanses des deux groupes. Les résultats ont montté qu'il n'y avait aucune différence comportementale dans les deux groupes. La ttanse simulée est similaire à celle qui est induite par suggestion. Ceci a conf1fmé la constatation de Barber que la ttanse s'établit par la description détaillée de la tâche. En poursuivant ses expériences, Orne a inttoduit d'auttes variables en étudiant les réactions douloureuses à un choc électtique. Les sujets «vrais» restaient en ttanse, ou en revenaient plus lentement lorsque l'hypnotiseur sortait de la pièce. Ils réalisaient les suggestions posthypnotiques proposées. Tandis que les «simulateurs» sortaient plus rapidement de ttanse quand l'hypnotiseur partait et ils ne monttaient pas de diminution de la douleur. Le plus souvent, ils oubliaient la suggestion posthypnotique. Orne conclut que la ttanse hypnotique produit effectivement des modifications dans le fonctionnement psychique qu'il a nommées la « logique de la ttanse ». L'hypnose et l'attention

Selon Bateson (1979), la Nature fonctionne de manière cybernétique, en ttansmettant constamment des messages en boucles réttoactives. Mais l'êtte humain saisit difficilement (consciemment) la circularité fonctionnelle, le caractère systémique de l'écosystème. C'est l'attention qui sélectionne les données utiles immédiatement à l'adaptation, en délaissant les perceptions non utilisables pour le moment (adaptation). Bateson dit que la conscience ne perçoit que des arcs de cercle jonctionnels et 23

qu'il faut intégrer les informations de l'inconscient pour atteindre une perception plus globale des multiples stimulations, intérieures et extérieures. «Sans assistance, la conscience (...) ne peut jamais appréhender la nature systémique de l'esprit.» L'hypnose est le paradigme de la communication circulaire, elle ouvre l'accès aux informations inconscientes (subliminales) permettant une adaptation plus efficace. Les cognitivistes (I<irsch, lZihlstrom, Perrig) ont démontré l'existence d'un inconscient cognitifintervenant dans l'adaptation. I<ubie (1961), un psychanalyste ayant osé utiliser l'hypnose et collaborer avec Erickson, décrit la conscience comme n'étant qu'une petite partie du fonctionnement psychique global. On enregistre continuellement des perceptions subconscientes et inconscientes, aussi bien à l'état de veille que pendant le sommeil. «La quantité de données enregistrées est certainement plus grande que le maigre échantillon que nous sommes capables de reproduire consciemment (...) et toute étude de la comtnunication doit tenir compte de ce fait.» Comme Erickson, il considère que l'inconscient est plus vaste que la conscience. Erickson (à l'instar de Jung) a une vision positive de l'inconscient. Celui-ci est constitué de toutes les perceptions (informations) n'ayant pas accédé à la conscience à un moment donné. C'est le réservoir de toutes les connaissances extraconscientes (<< out of awareness ») constituant l'intelligence d'adaptation (<< wisdom »). C'est la somme des acquisitions (apprentissages) accumulées durant la vie restant disponibles et utilisables pour une meilleure adaptation. Elles constituent les ressources servant à construire les alternatives comportementales. C'est l'image du vieux sage de Jung, de « l'ange gardien », de « l'Esprit» ou de l'allié, c'est-à-dire d'instances protectrices. L'inconscient perd la connotation négative acquise avec la psychanalyse comme étant le réservoir de tout ce qui est refoulé ou réprimé par la conscience, de tout ce qui doit être mis sous son contrôle.

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Ces deux conceptions de l'inconscient aboutissent à deux modalités psychothérapeutiques distinctes. Selon Erickson, il n'est pas nécessaire de ramener les représentations plus ou moins inconscientes à la conscience (<< insight »). Celle-ci peut même être un facteur perturbateur dans l'adaptation à cause de ses limitations perceptives. Erickson postule qu'il ne faut pas passer par la conscience pour que le problème et/ou le symptôme soient résolus. Ayant origine dans l'inconscient, il faut plutôt s'adresser directement à eux. L'hypnose est la «voie royale» pour contacter cette instance protectrice. À chaque instant, l'attention sélectionne les innombrables informations arrivant au psychisme. L'attention est l'indice référentiel accompagnant les sensations. Elle détermine la qualité consciente ou inconsciente des informations. Celles qui atteignent la conscience, selon les besoins du moment, sont enregistrées dans la mémoire et forment l'expérience individuelle consciente nommée la mémoire primaire (I<hilstrom, 1987). Le seuil perceptif dépend des fluctuations de l'attention selon les circonstances extérieures (qualité et intensité des stimuli) et des afférences intérieures (affectivité, état de l'organisme). Piéron (1952) avait comme étant l'orientation L'organisme est subordonné constitue l'individualité de cette unification globale du décrit la fonction de l'attention définie et unifiée du comportement. à cette orientation. «L'attention l'organisme qui s'exprime à travers comportement. »

Selon Erickson, l'hypnose est un mécanisme d'attention réactionnelle (<< response attentiveness »). L 'of?jectifde l'induction de transe est de capter, defixer et de maintenir l'attention afm de guider le processus thérapeutique. Ceci implique l'installation de la réactivité mutuelle du thérapeute et du patient. Le thérapeute entre lui aussi en transe (transe orientée externe) en focalisant sur le comportement du patient dans l'accordage relationnel (rétroaction du comportement du patient). Il augmente ainsi sa propre réceptivité et réactivité dans l'interaction. Les tracés électro-encéphalographiques réalisés pendant l'hypnose conflt25

ment qu'il s'agit d'un état d'éveil, d'alerte et de vigilance. L'apparente inhibition comportementale a fait que l'hypnose soit considérée comme une sorte de sommeil, « sommeil paradoxal» par Pavlov, «sommeil lucide» par Puységur et « sommeil éveillé» par I<.ubie. Selon Roustang (1994), l'hypnose est une « veille paradoxale ». Observée de l'extérieur, la transe apparente une attitude passive. En réalité, il y a une intense activité psychique (réceptivité et réactivité) orientée vers la recherche des connaissances inconscientes à activer. La transe est un processus de réassociationprychique. Elle est une redistribution de j'attention, spontanée ou provoquée, pendant un laps de temps variable, selon les circonstances. C'est un état d'absorption en soi se manifestant par une coupure plus ou moins apparente de la réalité extérieure. Le sujet semble être «absent, ailleurs », rêveur. Cette inhibition comportementale apparente est à l'origine du nom d'hypnose attribué à ce type de fonctionnement psychique. Hypnos est le dieu du sommeil. Haley décrit le paradoxe de l'hypnose produisant nécessairement la transe. Celle-ci s'installe à partit d'une décision volontaire pour aboutit à des comportements involontaires (dans les transes provoquées). Pour sortir du paradoxe, il faut nécessairement un changement comportemental. Il est probable que ce soit cette qualité paradoxale de l'hypnose qui en fait son efficacité. La qualité paradoxale de l'hypnose correspond à la conception du courant d'équilibration (<< flowing balance ») caractérisant la matière vivante décrit par von Bertalanffy (dans F. Capra) signalant son autonomie fonctionnelle et, d'autre part, un processus constant de fluctuations et d'instabilité. L'hypnose est un mécanisme d'adaptation à la vie impliquant l'activation de fluctuations équilibrantes entre le conscient et l'inconscient (articulation dynamique entre le conscient
et l'inconscient,

J. Balken).

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Le fonctionnement de l'hypnose peut refléter la théorie des structures dissipatives postulée par Prigogine (dans F. Capra, 1996). Dans un système proche de l'équilibre, les fluctuations sont minimes, pas assez intenses pour atteindre un degré critique d'instabilité formant des points de bifurcation obligeant le système à choisir de nouvelles structures. Dans un système éloigné de l'équilibre caractérisant la matière vivante, les fluctuations peuvent augmenter pour atteindre les points critiques de bifurcation et choisir d'autres réorganisations (créativité de la Vie). Le système s'affranchit des lois newtoniennes ordinaires qui sont remplacées par des lois inhérentes au fonctionnement de la nouvelle structure du système. Par ailleurs, les points de bifurcation poussent le système de plus en plus à rester éloigné de l'état d'équilibre. Il reste donc dans un processus fluide d'adaptation créative. L'intensification des fluctuations dans un système vivant provient de l'activation de boucles de rétroaction positives, développant des boucles catalytiques. Des boucles de rétroaction multiples amplifient les processus en cours par l'autoréplication et la correction des erreurs (dans F. Capra, 1996). L'hypnose est un processus d'amplification des fluctuations interactionnelles et attentionnelles. Elle installe des boucles de rétroaction positives (la communication circulaire) facilitant la réorganisation du fonctionnement psychique. En fait, la difficulté à comprendre le fonctionnement de l'hypnose est due à la recherche d'une explication par des mécanismes linéaires propres aux systèmes proches de l'équilibre. Dans l'hypnose, on s'éloigne du fonctionnement proche de l'équilibre du départ (<< homéostasie »). Les possibilités de changement dans le système thérapeutique dépendent autant de la structure et de l'histoire du patient que de la structure et de l'histoire du thérapeute. Les suggestions constituent l'introduction des fluctuations dans le contexte thérapeutique permettant l'accès aux changements comportementaux. Elles guident le patient vers l'installation d'une certaine instabilité 27

fonctionnelle le conduisant à choisir des options comportementales (en accord avec sa structure et son histoire). Ces fluctuations s'intensifient dans l'interaction et entraînent l'amplification du fonctionnement psychique produisant les manifestations comportementales caractéristiques de la transe. L'oubli devient l'amnésie, l'imagination devient l'hallucination, le souvenir devient la régression en âge. N'importe quel petit changement, même minime, peut se développer vers d'autres changements. Ils sont génératifs. Maturana et Varela (1990) décrivent le fonctionnement neurophysiologique de façon semblable. Le cerveau n'est pas seulement un capteur d'informations de l'extérieur. Il maintient la stabilité dans les relations entre ses différentes parties, en dépit des fluctuations du milieu susceptibles de la perturber (sa clôture opérationnelle). Il décide, à chaque instant, les perturbations externes acceptables dans le maintien de la stabilité fonctionnelle par rapport à l'environnement. Il sélectionne, à travers l'attention, les stimuli pouvant conserver l'individualité fonctionnelle dans l'environnement. Par contre, l'inconscient enregistre tous les stimuli faisant partie de la perception globale, toutes les informations n'étant pas pertinentes pour l'adaptation à ce moment. Elles restent disponibles et utilisables à un autre moment. L'hypnose thérapeutique construit le cadre interactionnel donnant l'opportunité au patient de relâcher la vigilance et la fonction critique consciente. En focalisant vers l'intérieur, elle lui permet d'accéder aux informations perçues à d'autres moments et restées sous le seuil de la conscience. Erickson (1980) et d'autres auteurs comme I<.ihlstrom (1987) et Perrig (1995) ont constaté que les connaissances inconscientes ou tacites sont d'excellentes ressources s'ajoutant aux ressources conscientes pour aboutir à une meilleure adaptation à la tâche. Coué (1976) avait formulé le principe de la fmalité inconsciente de l'autosuggestion: «Quand la fmalité ~'objectif fiXé) 28

est pensée de façon consciente, pour la réaliser. »

l'inconscient

trouve les moyens

Les expériences des cognitivistes (I<ihlstrom, 1987), (perrig, 1995), ont démontré que les perceptions subliminales sont enregistrées « quelque part» dans le psychisme, dans ce qu'on a nommé l'inconscient. Normalement, les connaissances inconscientes ne sont pas accessibles par introspection. Ce sont les connaissances tacites ou connaissances procédurales constituées des compétences, des règles et des stratégies stockées dans l'inconscient et pouvant être activées dans un but conscient d'adaptation (<< procedural knowledge »). Par exemple, lacer les chaussures, aller à vélo ou skier. Une fois apprises, elles s'exécutent automatiquement sans intervention de la conscience. I<ihlstrom décrit ainsi l'inconscient cognitif. Les connaissances conscientes sont appelées connaissances déclaratives (<< declarative knowledge »). « Nous sommes conscients des buts et des modalités des procédures à utiliser et des conséquences de leur utilisation, mais non des opérations en elles-mêmes. » Selon Erickson, il y a des apprentissages complétant les apprentissages informatifs, scients). par expériences, rationnels (con-

En 1917, Poetzl (Feldman, dans J. Zeig, 1985) a démontré que les perceptions subliminales à l'état de veille influencent les rêves ultérieurs. Cela a été appelé «l'effet Poetzl »). En le reprenant, d'autres expérimentateurs comme Shevrin (Feldman, dans J. Zeig, Éd. 1985) ont montré qu'un stimulus subliminal reçu durant la phase REM du rêve suscite des associations en relation avec ce stimulus. Par contre, lorsque ce même stimulus subliminal est reçu à l'état de veille, les sujets nomment le stimulus tel quel, indiquant un fonctionnement psychique rationnel, sans associations. Ceci montre que l'inconscient réagit en amplifiant le stimulus par associations. On constate que le même stimulus est élaboré d{fJéremmentselon le niveau de consciencequi le refoit. Par ailleurs, ceci montre science. D'autres expériences aussi l'effet limitatif de la conle conf1rment en les appelant 29

«effet restrictif awareness »).

de la conscience»

(<< restricting

effects

of

Lors de son immense expérience avec l'hypnose, Erickson avait constaté qu'il fallait contourner les limitations de la conscience (rationnelles) pour contacter les associations inconscientes susceptibles de devenir des ressources d'adaptation. L'hypnose est un processus d'amplification du fonctionnement psychique ouvrant l'accès aux connaissances tacites, procéduraIes, inconscientes, à la mémoire implicite. Grâce à une autre expérience, Shevrin et Fritzler ont présenté des stimuli visuels subliminaux avec un tachistoscope. Ils ont constaté que l'intensité de l'évocation est nettement plus élevée quand ceux-ci ne sont pas perçus consciemment. Ces auteurs concluent que les significations (affectives)des stimuli sont élaborées en dehors de la conscience.

Perrig (1995) à Fribourg (Suisse) a fait d'autres expériences sur la perception subliminale. Il a observé que le comportement et certains apprentissages sont influencés par les informations inconscientes. C'est-à-dire par les perceptions subliminales enregistrées dans la mémoire implicite. Il a commencé par établir le seuil perceptif d'un groupe de sujets en notant des valeurs supérieures. Il lui a présenté des stimuli dans un tachistoscope en diminuant progressivement le seuil perceptif jusqu'à la limite où ils ne sont plus perçus consciemment. Il lui a demandé de percevoir des mots isolés, puis de percevoir une ressemblance structurale entre des paires de mots et, [malement, de percevoir une ressemblance dans leur signification. Les résultats ont montré que les sujets utilisaient l'information subliminale. Ils trouvaient des ressemblances de structure ou de signification entre les mots (50°10 de réponses correctes), même s'ils n'avaient plus de perceptions conscientes. Il y a eu une discordance frappante entre leur vécu subjectif et leurs réponses. Ils ont dit qu'ils ne voyaient plus rien, alors que leurs réponses révélaient un lien avec les perceptions subliminales. 30

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