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HYPNOTHERAPIE DIGESTIVE

De
256 pages
Nos émotions se trahissent par des troubles fonctionnels digestifs qu'aucun médicament n'a jamais pu guérir durablement. L'esprit peut s'entraîner à réparer lui-même les troubles qu'il a provoqués : c'est la psychobiologie de la guérison. L'hypnose digestive est ce que médecins, psychothérapeutes et malades attendaient pour ramener la paix dans les guerres intestines. C'est comme un soleil au ventre.
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HYPNOTHÉRAPIE

DIGESTIVE

Soleil au Ventre

Collection Psycho-Logiques dirigée par Philippe Brenot et Alain Brun

Sans exclusives ni frontières, les logiques président au fonctionnement psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho-Logiques.

Dernières parutions

Jean-Marie ROBINE, Gestalt-thérapie. La construction de soi. Nathalie GIRAUDEAU, Le sida à l'écran. Evelyne BERTIN, Gérontologie, psychanalyse et déshumanisation... P. A. RAOULT (sous la dire de), Souffrances et violences: psychopathologie des contextes familiaux. Mathieu BEAUREGARD, Lafolie de Valery Fabrikant. Geneviève RAGUENET, La psychothérapie par le conte. Michèle DECLERCK, Le schéma 'corporel en sophrologie et ses applications thérapeutiques. Françoise MAURY, L'adoption interraciale, 1999. Nicole LEGLISE, L'enfant du milieu ou comment être seul dans une fratrie de trois, 1999. Noureddine BOUATI, Chronopsychologie des personnes agées, 1999. Chantal HURTEAU MIGNON, L'Émergence du Magique dans la Pensée, 1999. Henri PERRET, Traitement d'une crise en milieu professionnel et associatif, 1999. Pascal LE MALÉFAN, Folie et spiritisme, 1999. Loïck M. VILLERBU, Jean-Claude VIAUX, Expertise psychologique, psychopathologie et méthodologie, 1999. Béatrice GAILLARD, Actes délictueux violents, 1999. Néjia ZEMNI, Chronique d'un discours schizophrène, 1999. Valérie PIERRE, Anorexie, la quête du vide et de la transparence, 1999.

@ L'Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-8639-8

Collection Psychologiques

Dr Jean Louis Roy
,

HYPNOTHERAPIE

DIGESTIVE

Soleil au Ventre
Préface du Docteur Jean Godin qui, en guise de post-scriptum, a revisité Les grandes idées de Milton H. Erickson Postface du Professeur Marc Cerf

suivie d'une Lettre à un Ami Colopathe du Professeur Paul Zeitoun

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique
75005 Paris

- FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

SOMMAIRE

L'auteur, le livre, remerciements Préface, Dr Jean Godin
Prologue. ........................................................

9 15
17

I. II.

Présentation: La Nouvelle Hypnose Introduction: Corps et conditions de vie

21 27 33 35 49 63 65 73 85 89
97

III. Les maladies historiques "psychosomatiques" 1. L'ulcère duodénal 2. La colite ulcéreuse IV. Les troubles fonctionnels digestifs 1. Les glossodynies 2. Les douleurs thoraciques médiastinales 3. Les épigastralgies fonctionnelles 4. Les migraines
5. Le côlon irritable 80

6. Les douleurs ano-rectales 107 7. Les perturbations du comportement alimentaire.. 113 V. Les traitements 1. Les médications classiques 2. L'hypnose 3. Les psychothérapies 4. L'hypnothérapie éricksonienne 5. L'hypnothérapie digestive dirigée 6. Exemples de cas personnels 7 ] 21 123 125 133 139 151 159

VI. Perspectives d'avenir VII. Conclusion VIII. Post-scriptum: Les grandes idées de Milton H. Erickson par Jean Godin IX. Applications cliniques de l'hypnose en pratique digestive 1. Endoscopies en hypnose 2. Interventions ambulatoires en hypnose 3. Etude contrôlée: hypnose et SIIR

17] 181

185 193 195 211 215

x.
X I.

Rappel physio-pathologique
Bib Ii 0 g rap hie.

229

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 235

Postface, Pr Marc Cerf Lettre à un Ami Colopathe, Pr Paul Zeitoun
Tab led e sMa t i ère s

245 247

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 1

8

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Dessin de Patrice Roy L'AUTEUR

Médecin spécialiste en hépato-gastroentérologie et proctologie, Ancien Interne des Hôpitaux de Paris, Ancien Chef de Clinique à la Faculté de Médecine de Paris, exerçant à Dijon (Côte d'Or) en clientèle élargie à la médecine interne. Technicien affirmé de la radiologie, de l'échographie et de l'endoscopie digestives, ainsi que des interventions de chirurgie ano-rectale, il a assuré pendant vingt ans la consultation de Proctologie du Service de Dermatologie au CHU du Bocage à Dijon (Pr Jean-Louis Chapuis puis Pr Daniel Lambert). Littérature (son père est J'écrivain Jules Roy), philosophie des sciences et médecine interne l'ont conduit vers l'hypnose éricksonienne, apprise en 1990 auprès de Jean Godin.

9

LE LIVRE Sur le chemin d'une psychobiologie de la guérison en pathologie fonctionnelle digestive, ce livre relate l'expérience acquise par l'auteur grâce à I'hypnothérapie éricksonienne. Les malades "fonctionnels" en sont les dédicataires. C'est guidé par eux que l'auteur l'a rédigé, espérant leur apporter des réponses aux questions qu'ils se posent sur leurs souffrances et sur les moyens d'en être soulagés. Psychologues et médecins y trouveront quelques similitudes avec leur propre expérience, et peut-être des solutions qu'ils voudront expérimenter. REMERCIEMENTS Une carrière de médecin des maladies de l'appareil digestif, c'est consacrer plus de la moitié de son temps aux patients qui souffrent de troubles fonctionnels. Ils lui apprennent beaucoup plus que ce que ses maîtres lui ont enseigné. Qu'ils soient remerciés. Les Guerres Intestines était le titre des émissions médicales que l'auteur a réalisées avec Michèle Roth sur RCF-ParaboleDijon, chaque quinzaine d 'octobre 1996 à novembre 1997. Longue interview consacrée à l'apport de la Nouvelle Hypnose en pathologie digestive, elle est la première source de ce livre. Le texte primitif s'est ensuite épuré ou enrichi. Il a bénéficié des suggestions de Jean Godin, mon maître en hypnothérapie, et des conseils du cher Marc Cerf, Professeur à Paris, ancien chef du service d'Hépato-Gastroentérologie de l'Hôpital LouisMourier, dont l' exigente sévérité amicale a traqué les impropriétés ou incongruités scientifiques. Les remarques de mon ami le Professeur Jacques Frexinos, spécialiste des troubles fonctionnels intestinaux -qu'il traite et étudie dans son service et ses laboratoires au CHU de Toulouse- ont contribué à sa forme définitive. D'autres lecteurs en ont guidé la rédaction finale: mes confrères et amis, -Pr Paul Zeitoun, Drs Daniel Lubrano, JeanPierre Mouraux, Andrée Nisard-Cattan et Daniel Seifer-, et certains des miens qui ne furent pas les plus tendres. Que tous soient affectueusement remerciés ici.

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« A quoi bon posséder un inconscient s'il faut avoir conscience de son contenu?

»

Elizabeth Taylor, Blaming.

« Laissez les mathématiques et la physique théorique au vestiaire quand vous analysez des choses aussi subtiles que l'inconscient ou les méandres de l'histoire. »

Hubert Krivine, Maître de conférences à l'Université Paris VI - Pierre-et-Marie-Curie.

Au Docteur Jean Godin, Président de l'Institut Milton H. Erickson de Paris et de l'Association Française de Nouvelle Hypnose, psychiatre, psychothérapeute, docteur ès-lettres.

Il m'a initié à un autre fonctionnement du monde et a bien voulu s'intéresser à ma démarche.
Avec ma reconnaissance et ma respectueuse amitié.

... Et à mon père qui m'a donné le goût d'écrire, sans me léguer la qualité de sa plume.

Préface

Jean Louis Roy inaugure-t-il une révolution dans les relations entre médecins du corps et médecins de l'esprit? Quand un médecin, universitaire par excellence, informe ses confrères de l'étonnante efficacité d'une approche non orthodoxe, prend-il le risque d'être considéré comme marginal? Non, s'il se trouve, heureusement, que ce praticien se réclame des méthodes les plus classiques sur le plan de l'élaboration scientifique des résultats obtenus. Il ne s'agit pas d'une petite affaire puisqu'il est question de l'intestin « irritable », affection suffisamment répandue, pour laquelle les traitements organiques font cruellement défaut. Jean Louis Roy n'est pas le découvreur de l'utilisation de l'hypnose en gastro-entérologie, ni de son intérêt, puisque le très respectable journal anglais The Lancet a déjà pris l'initiative de révéler l'efficacité de cette approche pour traiter cette affection. Non seulement Jean Louis Roy a repris à son compte ces traitements, mais il a expérimenté dans cette discipline une forme d'hypnose que nous appelons « nouvelle hypnose », beaucoup plus facile et plus agréable à pratiquer. Surtout, il a élaboré des modèles particulièrement utiles pour ceux qui désirent se familiariser avec ce genre d'entreprise. Passons sur l'intérêt de la première partie du livre. Il s'agit d'un résumé remarquablement clair de la nosologie gastroentérologique. Cette mise à jour moderne est précieuse pour tous les médecins, mais elle est surtout facilement accessible aux nonmédecins. En fait, elle se lit avec plaisir. Les problèmes sont découverts progressivement avec un grand souci de clarté. Le vocabulaire utilisé, malgré sa simplicité, est toujours d'une extrême précision. Evidemment, les références universitaires sont toujours là comme il est d'usage dans les ouvrages scientifiques, mais ne rompent pas le plaisir de la lecture, précisant utilement que les faits évoqués, parfois surprenants, ne sont pas inventés mais bien réels. 15

La seconde partie traite plus précisément de la méthode, à savoir l'hypnose. L'hypnose a été déconsidérée depuis des dizaines d'années après avoir été utilisée sans retenue par les médecins du siècle dernier, et finalement abandonnée. Il faut dire que la thérapie par hypnose s'est longtemps contentée de suggérer... la guérison. L'hypnose dont se réclame Jean Louis Roy est issue des travaux de Milton Erickson que les Français découvrent avec enthousiasme depuis quelques années. Le sujet n'obéit plus à des ordres, mais il est stimulé de sorte qu'il parvient à faire un travail qui lui est utile. Il s'agit de remettre en question des apprentissages complexes qui n'obéissent pas à la volonté, et d'atteindre les centres de contrôle inconscients. Cette hypnose est également beaucoup plus attentive aux patients, dont elle respecte les mécanismes psychologiques et physiologiques. Cette approche ne provoque plus de résistance de la part des patients ni de réticence de la part des praticiens. Il n'est pas dans l'intention du Docteur Roy d'expliquer ni d'enseigner I'hypnose dans cet ouvrage, ce qui nécessiterait d'ailleurs la pratique d'un certain nombre d'exercices. Mais les scripts proposés sont parfaitement utilisables sans inconvénients, alors que d'autres utilisations de l'hypnose ne sont pas sans dangers. Cela doit même paraître étonnant à un non-initié que des propos aussi simples soient à l'origine de fonctionnements hypnotiques, et plus étrange encore que ces pratiques soient curatives. Trouver des mots aussi simples mais toujours clairs et précis pour faire part de son expérience est un travail d'artiste. C'est la responsabilité de chacun de nous de faire ses propres expériences, comme c'est un devoir de faire profiter ses patients des progrès mis en évidence par d'autres. Ce livre de Jean Louis Roy vient à point, et sa lecture est, pour les médecins, indispensable.
Jean Godin, Paris.

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Prologue

L'hypnose est encore souvent accusée, non pas d'être le moyen thérapeutique éprouvé qu'elle a toujours été, mais de relever du charlatanisme ou de la manipulation. Les initiatives nombreuses et intéressantes d'auteurs célèbres mais souvent solitaires sinon isolés, n'avaient pas permis jusqu'ici de conclure à une réalité démontrée qui emporte à la fois la conviction des médecins classiques et l'adhésion des patients.
.

chothérapie brève est dorénavant utilisé sans réticence grâce à sa version moderne, la «Nouvelle Hypnose », élaborée en France à la suite des travaux de Milton H. Erickson, psychiatre américain. En particulier, l'hypnose est proposée pour traiter les ennuis, parfois si pénibles, que peuvent provoquer les troubles fonctionnels digestifs. De récentes et sérieuses études anglaises, statistiquement validées, ont m.ontré qu'elle avait des résultats durables. Avant de détailler les modalités de ce traitement encore trop peu répandu, il est utile et même nécessaire de poser la question de la "psychosomatique digestive" qui a si longtemps tyrannisé l'interprétation des perturbations de la digestion. C'est ce que tente ici un innocent, prétendu candide, à la recherche de quelques réponses (').

Or, depuis la fin des années quatre-vingt, ce type de psy-

I Roy JL. Apport de la nouvelle hypnose au traitell1ent des lllalades digestifs. Rev Fr GastroEnter 1994 ; 30 : 381-385 (41 références) ; et Phœnix 1993 ; 21 : 31-35.

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Parler des plaintes

digestives

Parler des plaintes digestives et non des maladies, des infections ou des tumeurs, mais de ces malaises inopinés ou quotidiens dont la survenue mystérieuse n'a pas de sens évident. On conclut trop facilement à des ratés fonctionnels survenant sans raison, ou, à l'inverse, on veut incriminer de complexes mécanismes freudiens. Troubles triviaux, les guerres intestines se déroulent à un étage souvent trop réprimé dans l'ordre de nos préoccupations. Or il n'existe pas de hiérarchie des fonctions du vivant, chacune est indispensable. Les plus importantes pour la cohésion de l'être vivant sont celles qu'assurent les structures ner-

veuses, le cerveau en premier. La maladie de la « vache folle »,

transmissible à l'homme, nous a permis d'en prendre à nouveau conscience de manière aiguë. La tête de veau a soudain disparu de la carte des bouchons lyonnais et des brasseries. Cerveau et moelle épinière des ovins et bovins sont maintenant seuls exclus des cuisines. Cette conséquence, toute relative sur le plan de l'alimentation et même de la gastronomie, n'est rien comparée à la prise de consbience qui a suivi, et à la découverte inattendue de la pathologie du prion, saluée par l'attribution à Stanley B. Prusiner du prix Nobel de médecine 1997. Ce prix a réparé les vingt ans de mépris que la communauté scientifique vouait à ce contestataire dont elle se refusait à considérer les travaux. L'histoire de la médecine se répète à chaque étape importante, les éléments de la dispute se mettent en place, comme à la parade. Mais l'innovation finit toujours par vaincre à force de preuves accumulées.

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Quel que soit l'intérêt pris à l'étude, ou simplement à la contemplation d'un aspect de la nature, de l'histoire, du cosmos ou de la vie, on est confronté au fonctionnement du cerveau humain. Il reste constant, comme son architecture qui n'a subi encore aucune modification évoluti ve depuis l'émergence de l' homo sapiens sapiens. Sommes-nous loin de notre sujet? Nous en sommes au cœur. Pour être à la hauteur de l'enjeu, est-il donc besoin d'être philosophe, ou neuro-physiologiste ? Les deux, et neuro-psychiatre et psychologue! Comme "I 'honnête homme" des XVIIe et XVIIIe siècles, il nous faut tenter d'englober la totale compréhension de I'homme et du monde. L'étendue actuelle des connaissances est telle que chacun s'accommode de son ignorance en tous domaines, notamment de son ignorance du rôle essentiel du cerveau dans la conservation de l'intégrité du corps, si nous nous en tenons au domaine de la santé. Il fal-

lait la « vache folle» pour jeter un jour cruel sur la fragilité des
structures nerveuses et en rappeler à nouveau l'importance. Un jour une interrogation naît, et mène à s'intéresser à ce qui avait peu intrigué jusqu'alors. Le conseil des scientifiques est d'être infiniment curieux, incurablement tolérant et inlassablement disponible, d'être prêt à accueillir toute nouveauté dérangeante car elle est, pour chacun, source de remise en cause et d'enrichissement des conceptions de la vie et du monde. L'investigation concertée des profondeurs de la conscience, interrogation fondamentale, n'est pas chose nouvelle, mais la psychanalyse lui a donné de plus fréquentes occasions de l'exercer, dans une rare rigueur. Cette méditation existentielle est déjà hypnose.

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I PRÉSENTATION

La Nouvelle Hypnose

Apprendre I'hypnose! Chose nouvelle, inhabituelle, dérangeante, qui va changer le regard et Iui faire accepter que tout, dans la vie, puisse ensuite être mis en relation avec I'hypnose. Cette affirmation abrupte, comme s'il s'agissait d'une religion ou d'une révélation, s'avère un fait d'expérience. Une prise de conscience progressive se produit chez tous ceux qui rencontrent I'hypnose, tout devient hypnose de même que pour un peintre tout est peinture, il voit le paysage en tableau possible et l'architecte cherche partout les lignes de force et de résistance. L'hypnose n'est pas autre chose qu'une disposition de l'esprit. Quand on se concentre sur un travail psychique où toute l'attention se focalise en excluant toute distraction, plus rien d'autre n'existe. On est ailleurs. L'hypnose volontaire, c'est cultiver ces phénomènes naturels pour les rendre répétitifs et les amplifier. Dans cet ailleurs où l'on est alors, les choses semblent se passer différemment, les subtils rouages de la pensée intérieure tournent plus facilement, comme en apesanteur, le temps prend une autre dimension. Chacun de nous a connu j'expérience d'être absorbé par une tâche, une distraction ou une pensée au point d'oublier tout le reste. L'esprit, la conscience, sont totalement absorbés dans un autre monde où la pensée est incluse. A la limite, toute plongée en nous-même est de I'hypnose. Chacun sait, et lui seul, ce qu'il endure et veut changer. Un travail personnel de réflexion sur soi peut être entrepris et suffire. Ce travail spontané est parfois favorisé par un proche qui vient aider. Sur ce chemin ardu, des barrières -les "résistances" - vont tomber. S'il le désire vraiment, chacun peut acquérir la liberté de voir ce qui se passe en lui et trouver

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en lui-même les moyens d'agir. Sans être ni conscient ni volontaire, le processus méditatif active en soi un travail psychique qui se révèle utile, travail dont ni le sujet ni le compagnon aidant ne connaîtront le mécanisme intime. Franz Mesmer et ses « baquets magnétiques », où trempa le "Tout-Paris" post-révolutionnaire, ne savait pas qu'il faisait de l'hypnose. Qu'il soit utile d'aller au fond de soi-même pour résoudre ses problèmes psychologiques est facile à accepter. Penser que ce soit le moyen d'agir sur une perturbation du fonctionnement du corps comme un banal mal de ventre l'est moins. Une douleur, dont la valeur varie selon les circonstances, autorise au moins deux niveaux où l'esprit peut agir: sur le symptôme douleur et sur les conditions qui ont créé la douleur ou l'influencent. On peut moduler psychiquement la douleur: l'exercice mental sur un symptôme est assez facile à maîtriser, il nous plonge à l'intérieur de nous-même. On prend rarement le temps d'effectuer tranquillement ce travail sur soi. L'aide apportée par un thérapeute est de guider le patient dans son labyrinthe, en attendant qu'une porte s'ouvre. Qu'il l'entraîne à imaginer, pour le distraire, qu'il va visiter le grenier d'une maison où il a vécu ou la cave, quel que soit le sens où, dans son esprit, il prendra I'escalier, il ira à la recherche de Iui-même. Avec ce qu'il aura trouvé, il pourra entreprendre un travail de réparation ou de découverte, qui l'amènera à retourner là où il sait qu'il existe des trésors enfouis: ce sont ses ressources cachées. L'hypnose mène sur ce chemin. Il est préférable de J'utiliser dans une volonté thérapeutique. Un patient affirme-t-il désirer aller mieux? Qu'on lui propose une méthode! Quelle qu'elle soit, il se montrera au moins désireux d'en expérimenter l'apprentissage, puisqu'elle Iui est présentée pour soulager ses troubles. Pourquoi pas l'hypnose? Il décidera de poursuivre ou d'arrêter au vu des premiers résultats obtenus. L'hypnothérapie s'adresse essentiellement aux situations bloquées où les moyens, simples ou non, se sont révélés inopérants. Situation bloquée de la part du médecin parfois, qui s'obstine dans un traitement inefficace. Plus souvent situation bloquée de la part du patient, figé d"ansdes modes de pensée inamovibles. Ou encore situation bloquée par une maladie ou un handicap irréversibles, peu susceptibles d'évoluer vers la guérison. Il faut que s'ouvre une barrière inconsciente que le patient est incapable de briser seul. Tant de gens refusent de demander l'avis du psychiatre ou du

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psychologue pour ne pas s'avouer leur faiblesse. Le thérapeute diagnostique, selon ses connaissances et son appréciation du patient, qui a besoin de quoi, et comment. L'hypnose se trouve souvent utilisée comme dernier recours. Des préventions non fondées s'opposent à ce qu'elle soit utilisée plus tôt. Aider à redresser un fonctionnement inadapté du mode de pensée est encore plus difficile. Une normalisation est illusoire puisque chaque être est différent; mais on peut aider à retrouver un fonctionnement mieux adapté aux conditions de vie, amener à n'en plus souffrir. Voilà l'objet de l'hypnothérapie, assez analogue au coping, de l'anglais to cope with, c'est-à-dire « l'aisance à faire avec », et la « capacité de faire face ». Chacun comprend ce qu'il serait bon de faire pour soi mais a une fâcheuse tendance à faire tout le contraire. L'entraînement proposé par I'hypnothérapie, surtout I'hypnothérapie moderne à la suite de Milton H. Erickson, la Nouvelle Hypnose, amène à choisir plus souvent, et plus facilement, la bonne solution pour soi.

En hypnose, le patient est mis dans un « état modifié de
conscience ». Cet état de rêve éveillé est susceptible de le libérer de ses contraintes, et de le rendre disponible pour s'occuper de lui-même et de ses problèmes. Il les voit plus clairement, et a l'opportunité d'inventer des solutions utiles, ou au moins des accommodements satisfaisants. Cette Nouvelle Hypnose se veut proche de chaque patient, ajustée étroitement à chaque cas. L'hypnose classique est théoriquement plus impersonnelle, quoique chaque thérapeute s'adapte au cas de chaque patient. Sans hypnose, une psychothérapie n'aura pas le même impact qu'avec hypnose. Si le sujet n'accepte pas dans son inconscient le bénéfice proposé par une psychothérapie, il la subit à contre-cœur. Ou, si elle a été pour lui un soutien, il n'a été que temporaire, sans mobiliser sa volonté totale de guérir. Ailleurs la méthode n'était pas adaptée à sa personnalité ou au problème posé. Les psychothérapies sont diverses, cognitive, systémique, ou analytique, comportementale ou transactionnelle, voire paradoxale... L'hypnothérapie, on n'y vient pas d'emblée mais on se trouve un jour forcé d'inventer autre chose pour son patient. Freud eljeté le discrédit sur I'hypnose: a-t-il conçu la psychanalyse pour exorciser ce qu'il avait appris de l'hypnose? L'hypnothérapie qu'on pratiquait il y a plus de cent ans,à

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Vienne comme à l 'hôpital de la Salpétrière où il vint voir travailler le célèbre neurologue Charcot, était très directement suggestive, très impérieuse, dominatrice; elle favorisait le transfert amoureux. Freud, effarouché, a rapidement abandonné un procédé si efficace pour préférer le divan, derrière lequel il se tenait soigneusement à distance. La psychanalyse a rapidement supplanté l'hypnose, elle s'est imposée comme le moyen le plus complet pour percer les secrets de l'inconscient et redonner leur équilibre aux névrosés... quand elle se passe au mieux. La psychanalyse n'a jamais eu la prétention de guérir, sinon de surcroît. En renonçant, par dogme, à l' hypnose, on s'est privé d'une technique de mise en condition du patient d'un immense intérêt thérapeutique. Car I'hypnothérapie a la volonté de traiter, dès que sont réunis, d'un côté un patient désireux de guérir et de l'autre un thérapeute désireux de soigner. Une consultation préalable permet au patient d'expliquer sa vision du problème. On entre ainsi dans son mode de pensée, clé qui ouvrira les portes des endroits laissés dans l'ombre. A la première séance, le sujet s'habitue au cadre, apprend à s'asseoir confortablement dans son fauteuil. Il n'a rien à faire que rester à l'écoute de toutes les surprises agréables qui pourront survenir, attendre ce que son corps et son inconscient auront à lui dire, apprendre d'eux les moyens qu'il peut utiliser, pour définir et traiter son problème actuel puis autre chose qui pourra apparaître s'il le désire, au moment où il lui par"aîtra utile d'en parler... La seule chose qu'il peut faire volontairement est de se mettre dans les meilleures conditions. Avec le repos, ses yeux peuvent se fermer. A chaque instant il peut reprendre une activité normale au moment où il le désire, ou parler au thérapeute s'il désire lui confier la moindre chose qui émerge en lui. L'induction hypnotique est poursuivie aussi longtemps que le sujet n'a pas complété sa détente et que ne s'est pas installée la concentration qu'on aide à faire naître. Des suggestions indirectes, sans avoir l'air d'y toucher, lui présentent ensuite une espèce de scénario métaphorique de son problème... La métaphore est l'élément fondamental de I'hypnothérapie, notamment depuis Erickson: histoire analogue à ceIJe du patient mais transposée, proche et lointaine à la fois, "scénario métaphorique" comme le sont les contes de fées, moyen merveilleux pour les enfants de résoudre leurs problèmes d'adapta-

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tion au monde et aux rapports humains. L'important est d'adapter le discours au patient: sur un scénario flou mais suggestif, il greffera spontanément les éléments de sa propre histoire, il mettra en place des éléments de solution, en symétrie ou en opposition. Au fur et à mesure qu'il recadre son problème actuel, il utilisera ce qu'il a déjà vécu (et qu'il a pu alors résoudre sans se poser trop de questions) pour trouver une solution satisfaisante. Le conte de fées, de la même façon allusive, montre à l'enfant comment la méchanceté est toujours punie, comment le vaillant chevalier, ou même le roturier astucieux, peut conquérir la fille du roi, au lieu de règles de vie ou de morale, au lieu de leçons sur la meilleure conduite possible. L'enfant s'identifie au héros comme le patient s'identifie dans l'histoire qu'on lui raconte, « Mon ami John... » disait Milton Erickson. Un patient émotif met du temps à lâcher prise, pour lui I'hypnose ne peut être un jeu. A l'inverse, après un effet hypnotique rapide, une "abréaction", rappel douloureux d'événements douloureux ou perturbateurs, peut interrompre la détente, avec irruption de phénomènes de libération, des pleurs brutaux par exemple, sans faire pour cela disparaître I'hypnose. Il faut s'adapter aussitôt à ce qui se révèle brutalement et n'a souvent aucun rapport avec ce que le patient avait dévoilé dans son discours conscient: c'est sans doute la véritable plainte ou la vraie cause de la névrose. Une hypnothérapie se déroule en plusieurs séances, une dizaine au maximum, et dure de 45 minutes à une heure. Quand on pense avoir délivré au patient suffisamment de grain à moudre pour qu'il attende la séance sui vante, on l'aide à reprendre conscience. Si le patient le désire, il parlera de ce qu'il a ressenti. Ce vécu a une tonalité très variable selon les sujets, mais on note toujours le retour de sensations antérieures oubliées, anciennes, avec une connotation affective très forte, et souvent très satisfaisante. Des souvenirs oubliés de l'enfance, des tendresses si douces qu'on ne voulait pas s'en souvenir car elles font partie d'un âge d'or révolu. Ultérieurement, l'auto-hypnose sera enseignée pour prolonger à domicile l'action thérapeutique et apprenne à prendre en charge ses troubles, à se soigner seul. Pour appliquer cette méthode à chacun des multiples troubles que la vie peut procurer, I'hypnothérapie peut être "dirigée" sur un symptôme particulier, comme l'angoisse, ou la

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