Idées en folie

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EAN13 : 9782296291140
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IDÉES EN FOLIE

Psychanalyse et civilisations Collection dirigée par Jean Nadal L'histoire de la découverte de la psychanalyse témoigne que démarche clinique et théorie issues de champs voisins ont concouru, par étayage réciproque à élaborer le concept d'inconscient, à éclairer les rapports entre pathologie et société et à reconsidérer les liens entre le malaise du sujet singulier et celui de la civilisation. Dans cette perspective, la collection "Psychanalyse et Civilisations" tend à promouvoir cette ouverture nécessaire pour maintenir en éveil la créativité que Freud y a trouvée pour étayer, repenser et élargir la théorie. Ouverture indispensable aussi pour éviter l'enfermement dans une attitude solipsiste, qui en voulant protéger un territoire et préserver une identité, coupe en réalité la recherche psychanalytique de ses racines les plus profondes.
Déjà parus: Rêve de Co.rps, Corps du lAngage, par J. Nadal, M. Pierrakos, M.F. Lecomte-Emond, A. Ramirez, R. Vintraud, N. Zulli, M. Dabbah. Oralité et Violence, par K. Nassikas. Emprise et Liberté, par J. Nadal, N. Rand el M. Torok, A. Eiguer, R. Major, R. Dadoun, M.F. Lecomte-Emond, H. Ramirez. lA pensée et le trauma, par M. Bertrand. Mot d'esprit. inconscient et événement, par M. Kohn. lA diagonale du suicidaire, par S. Olindo-Weber: Journal d'une anorexie, par K. Nassikas. Le soleil aveugle, par C. Sandori. Ferenczi et l'école hongroise de psychanalyse, par E. Brabant. Lesfantômes de l'âme, par C. Nachin. Psychanalyse en Russie, par M. Bertrand. Freud et le sonore, par E. Lecourt. Pour une théorie du sujet-limite, par V. Mazeran et S. Olindo-Weber Ferenczi. patient et psychanalyste, Collectif dirigé par M. Bertrand. Le cadre de l'analyse, Collectif, colloque du Cercle freudien. LA métaphore en psychanalyse., par S. Ferrières-Pestureau. L'expérience musicale. Résonances psychanalytiques, par E. Lecourt. Dans le silence des mots, par B. Roth. LA maladie d'Alzheimer. "quand la psyché s'égare... ", par C. Montani. Lire, écrire. analyser. LA littérature dans la pratique psychanalytique, par A. Fonyi. Métamorphose de l'angoisse. Croquis analytiques, parJ. Arditi~Alazra-

ki.

(

A paraitre: Culture et Paranoïa à propos du cas Schreber, Collectif dirigé par Prado de Oliveira. Langue arabe, corps et inconscient, Collectif dirigé par H. Bendahman.

Jacques CHAZAUD

,

IDEES EN FOLIE
Fragments pour une histoire critique et psychanalytique de la psychopathologie

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan,

1994

ISBN: 2-7384-2617-4

J'ai ici à considérer que je suis homme, et... que j'ai coutume... de me représenter en mes songes les mêmes choses, ou quelques fois moins vraisemblables, que ces insensés. René Descartes Depuis l'aube des temps, méditer c'est accepter d'être pris pour unfou. Chogyam Trungpa

Introduction

Edward Glover dénonçait en toute introduction une entreprise de justification ou d'apologie masquée. Là contre, il entendait que l'on imposât à l'auteur qu'il la remplace par un abrégé de ses conclusions et par l'exposé des raisons qui l'avaient poussé à écrire son ouvrage (1). On ne trouvera ici aucune justification, ni apologie... avouées. Je n'entends pas, cependant, dissimuler mon désir de faire connaître, sinon partager, certaines réflexions inspirées par la nécessité d'orienter un exercice clinique en fonction des élaborations théoriques proposées par mes prédécesseurs et mes pairs dans la pratique psychiatrique, mais aussi éclairées par la méditation des Clercs de la Pensée qu'il me paraît impossible d'ignorer sans profaner l'Esprit de la médecine mentale; Cette dernière, pour autant qu'elle soit une science - ne fût-elle qu'humaine, mais aussi pour cela -, ne saurait faire fi de ce que la pertinence, l'existence même, des faits qu'elle recueille dans la matière dont elle a à... traiter, se soutiennent d'idées directrices, organisatrices. Ces dernières sont nécessairement un objet de critique quant à leurs implications épistémologiques, mais aussi au regard de leur mise en perspective dans une histoire à la fois plus vaste, et inversement plus singulière, qui est celle de leurs lieux ou conditions d'émergence et des passages - à ciel ouvert ou en réseaux souterrains - qui relient le présent d'une problématique à son passé et à ce qu'on peut supposer de son avenir.

7

Dans le champ psychopathologique comme ailleurs, philosophie et histoire font, non pas bon ou mauvais ménage, mais, à proprement parler, font le ménage de certains courts aménagements. Je n'ai pas l'intention de systématiser ici le type de services, qui ne sont pas que petits, que peuvent se rendre mutuellement pratiques médico-psychologiques, gnoséologie et. nouures historiques. Je résisterai à la tentation de décrire ce type particulier d'amours ancillaires où il devient vite difficile de repérer, dans ce qui s'appelle désormais l'interdisciplinarité, qui est serviteur et qui est maître dans cette circulation des savoirs; d'autant plus que mon intention est de me livrer, dans les chapitres qui vont suivre, à une appréciation excentrée (par rapport à mon "site" praxique), voire de prendre le risque d'y paraître excentrique, en adoptant dans la considération de quelques discours qui se sont proférés à partir de, ou sur la psychiatrie, des points de vue qui refusent une trop étroite limite. Il m'arrivera aussi de partir d'enseignements ou de textes non psychiatriques pour montrer tout ce que la psychiatrie pourrait gagner à en faire une lecture "appliquée" à ses besoins. * * * Comme toute justification a été exclue au départ, je n'ai pas à produire les titres dont je m'autorise pour faire mes excursions traversières, autrement qu'en rêveur solitaire ou amateur éclairé. Il ne saurait non plus être question - et c'est plus regrettable - de tenter d'évoquer ici la complexité des intrications temporelles entre psychopathologie et philosophie. Un trop long parcours serait à retracer qu'il faudrait baliser, si ce n'est bilaniser, de ce qu'ont écrit les médecins-philosophes (tel Lotze inventant, en 1852, la "psychologie médicale"), ..les philosophes-médecins (G. Canguilhem, F. Dagognet) ou - comme se qualifiait lui-même Leibniz - les philosophes "médicinant" (2). Il faudrait y mettre particulièrement en relief les œuvres des psychiatres devenus philosophes.. Je pense, pour n'évoquer 8

que le plus connu, à un Karl Jaspers qui n'a jamais oublié qu"'une recherche philosophique jaillie de l'origine ne se manifeste pas seulement chez les petits, mais chez les malades mentaux" (3), mais aussi aux travaux des philosophes devenus psychiatres (pour ne citer qu'eux: Pierre Janet, Georges Dumas, Daniel Lagache), voire aux médecins qui ont fait école chez les philosophes. On retrouverait ici, précédant Lacan, un J. affray de la Mettrie (4) et le Médecin Général Inspecteur, Professeur et double Académicien, EJ.V. Broussais (5). Si un chemin devait être retracé, il serait difficile d'en fixer le point de départ puisqu'on ne saurait mettre simplement à l'origine du voyage la spéculation de l'Asclépiade naturaliste, quelque peu métaphysicien (au moins onto-théologien), que fut l'immense Aristote. S'il reste douteux qu'il fut bien l'auteur de l'essai sur les rapports du génie et de la mélancolie, du moins imposa-t-il, avec son Peri psychès, qu'on spécifia un nouveau champ de connaissance. Mais le métier de médecin de l'âme est plus vieux que la psychologie naissante. Et il faut bien dire, sans se laisser arrêter par la courte charge d'anachronisme, que c'est même le plus vieux du monde, surtout qu'il est d'abord public. Au moins est-il aussi antique que celui qui
distingue

- d'un

qualificatif qui fait honneur aux élèves du

Lycée - les "péripatéticiennes", lesquelles en savent, elles aussi, un bout sur la façon d'accommoder la Nature du
zoon politikon. Quoi qu'il en soit, le chaman

-

Géza

R6heim l'a démontré et, en cela, Lévi-Strauss l'a suivi - est le premier professionnel du symbolique à appliquer ses techniques aux rêves, aux visions et aux troubles somatiques (6). Les Maîtres de Vérité, proto-philosophes de la Grèce, en sont peut-être les héritiers (7). Et, pour limiter sa magie à la parole ou au silence réfléchi ("l'aphasie"), tel sophiste ou sceptique pourrait facilement figurer dans la galerie des ancêtres du plus commun des psychanalystes. Laissons hors jeu ce qu'on pourrait fouiller chez les philosophes-thérapeutes de la taille d'Ibn Sina (Avicenne), d'Ibn Roschd (Averroès) et de quelques autres: Nagarjuna, Paracelse (8), Sthal, Locke etc. Un 9

,

bond prodigieux à travers les siècles nous ferait arriver, en France, à l'œuvre, si subtile, d'un E. Minkowski traçant la voie de la psychiatrie vers la cosmologie (9), et à la réflexion, si rigoureuse, d'un G. Lanteri-Laura (10). Dans l'œuvre de nombreux auteurs d'hier ["N. Riese) et d'aujourd'hui (E.H. Ackerknecht, J. Postel, P. Morel, etc.) qui se sont occupés de doctrines et de doctrinaires en psychiatrie, il est impossible de séparer ce qui fait la part de l'histoire et celle de la réflexion épistémologique. Devant une tâche qui risquerait fort d'être infinie (ou, au moins, interminable), contentons-nous ici d'un exemple qui n'est pas simplement paradigmatique, mais qu'il faut bien dire mythique: celui de Philippe Pinel (11). Est-ce pure clause de style si le soi-disant fondateur de la psychiatrie moderne a intitulé son livre sur la pathologie de l'esprit: Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale? (12). Nous ne pouvons croire qu'il s'agisse de simplement prolonger ainsi la tradition qui classait scolastiquement la médecine parmi les modes de la "philosophie naturelle", ni de seulement sacrifier à l'idéologie de ses amis idéologistes. Car si son introduction se présente bien comme une apologie convenue des "lumières", et encore comme une charge contre l'empirisme et les superstitions du passé, ainsi qu'une apologie de la méthode descriptive-évolutive dans la caractérisation des espèces morbides, elle reprend d'abord la position éthique inspirée de Caelius Aurelianus pour l'appliquer au gouvernement des aliénés (on sait que c'est pour son "traitement moral", et pour autant que celui-ci suppose qu'un Sujet reste présent, qui se recèle dans la folie, qu'un Hegel lui accordera quelques lignes de louange dans l'Encyclopédie des sciences philosophiques) (13). Mais fois de certaines analyses de l'esprit - entend mettre aussi en exergue un ret()ur néo-stoïcien aux passions en tant que phénomènes économiques, selon le principe du plaisir, en les épurant de leurs connotations abstraites pour les ramener à des faits de tendance dans les sphères conservatoires et sexuelles et, ceci, dans le contexte de la 10
dans son discours préliminaire, Pinel

- à l'encontre

cette

vie sociale où elles s'expriment, étant alors souligné que cette dernière rend compte de leurs destins "factices", comme de leurs "élévations" et de leurs "sympathies". Un net é~oignement s'opère donc ainsi, par rapport aux idées sensualistes ambiantes; et c'est par cette rupture que Pinel entend situer l'objet médical qu'il étudie: la "manie", pour autant qu'il en discerne la fécondité pour illustrer, par la psychiatrie, "autant de points de contact nombreux, en rapprochements nécessaires, entre cette science, la philosophie morale et l'histoire de l'entendement humain". Rapprochements nécessaires de la psychiatrie, de la philosophie et de l'histoire, c'est bien là la "chaîne" qui lie mon entreprise à une tradition que j'ai la faiblesse de penser largement aussi importante, pour l'avenir de la psychiatrie, que la statistique distributionnelle de l'empirisme "athéorique" (lisez - sous couvert d'œcuménisme - la pratique de réduction impérialiste au comportementalisme le plus plat), prônée par la puissante Association Américaine de Psychiatrie, orientation trop souvent adoptée désormais chez nous, et dont le moins qu'on puisse en dire est qu'elle ne s'embarrasse pas les circonvolutions de questions oiseuses, alors qu'il s'agit, selon elle, de rationalisation "efficace" du travail et d'une maîtrise assurée de la qualité/coQt, à partir de critères qui sont ceux de la gestion de l'entreprise "soignante" sur cet.objet de marchandise ou au moins de production qu'est la folie enfin défétichisée ! fi est cependant consolant de remarquer, là contre, qu'il existe un vigoureux courant de sociohistoriens américains qui, prenant de façon privilégiée la psychiatrie française du XIXO siècle en considération, étudient minutieusement les mixages et intrications inhérents à cette branche du savoir qu'est l'étude de la pathologie mentale. La dernière en date des producpons de cette école de chercheurs est celle qu'!. Dowbiggin a consacrée à LafoUe héréditaire (14). On y rappelle qu'A. Brierre de Boismont insistait (en 1845) sur la nécessité d'allier médecine et philosophie dans l'étude des maladies mentales qui débouche inexorablement sur les plus ardus problèmes métaphysiques, ou que J. .Moreau (de Tours),

-

11

organiciste de principe, abordait (en 1859) la "psychologie morbide" sous l'àngle de ses rapports avec la philosophie de l'histoire (sans oublier que J.e. Bucknill et D.H. Tuke, de Philadelphie, qualifiaient en 1858 le psychiatre comme "not only a physician, but a metaphysician"...). Pour moi, la question ne s'est pas éteinte après que mon maitre Henri Ey eut publié, en 1978, son ultime plaquette dans laquelle le premier chapitre était centré sur "Les obstacles épistémologiques à la perception du fait psychopathologique", et dans laquelle une section du troisième chapitre traitait explicitement de "l'ontologie de l'être psycho-pathologique" (15), le tout sur fond d'un projet en cours d'élaboration de ce qu'il aimait appeler, d'une boutade, l'histoire naturelle de la folie (appellation ou "nature" devait être entendu dans son vieux sens, présocratique, de physis). * * * Les études ici proposées sont diverses dans leur origine, hétérogènes dans leur propos, redistribuées dans leur chronologie. Leur ordonnancement ne peut être qu'arbitraire, s'il n'est pas dépourvu de toute intention d'introduire dans leur suite un minimum de cohérence... après-coup. La première partie, "Rêve et mélancolie", permet de mettre en œuvre l'enchaînement des philosophies anciennes, scolastique et classique, pour modéliser deux problèmes de toujours, celui de la scène des songes et celui du désordre des passions. Les deux domaines ne sont pas sans questionner l'éthique du pathologique dans sa relation au désir. Si le symptÔme a d'abord été la transe onirique partagée du rêveur et du prêtre de l'Asclepieion, et si la philosophie, avec Platon, est venue dissiper une part d'irrationnel, c'est un autre éclairage qu'apporteront dèux physiologues: Hippocrate - ou quelqu'un dit tel (16) - et Aristote qui se trouve être, en plus, philosophe... Lier rêve et mélancolie c'est, bien s6r, céder à une tentation de 12

"freudaine" (17). Mais c'est, malgré tout, légitime, puisque je montre tout ce qu'on peut trouver de ressource pour comprendre le désespoir morbide dans l'œuvre d'un Thoqlas, l'aristotélicien, d'un Descartes, l'anti-scolastique (donc l'adversaire de l'aristotélo-thomisme), d'un Spinoza, plus aristotélicien qu'on le croit, même s'il ne l'est pas aussi explicitement qu'un Leibniz, quand il définit l'âme comme "l'idée du corps". La chaîne est cependant rompue, puisque la logique du sujet a voulu que j'inclue ici, à la suite, la méditation du mélancolique penseur de la mélancolie: S. Kierkegaard, le supposé "romantique" du XIXe siècle, qui refusait tout système comme il refusait tout de lui-même, sauf son angoisse mortelle (qu'on dit désormais, plaisamment, "existentielle"). La deuxième partie est celle des" Appareils et modèles" . En rapport plus ou moins éloigné avec la psychopathologie, mais riches d'implications toujours actuelles sur le fonctionnement mental, les essais ici réunis' conduisent à faire se côtoyer le mythe originaire du langage selon Condillac, l'ancêtre des écoles de l'Analyse, la réflexion sur la production de la pensée soutenue par Cabanis, père du cognitivisme, la dérivation (voire la dérive) aphasique de l'appareil de l'âme chez Freud. Mais les modèles ne sont pas que des cadres conceptuels pour situer les phénomènes, ici psychologiques, dans leurs réalisations normales ou déviantes. Ce sont aussi des hommes qui donnent à d'autres hommes le courage de se confronter aux énigmes du psychisme. C'est pour cela, je pense, qu'il fallait évoquer Charcot "derrière" Freud, comme son plus sür soutien. "L'empirique" Charcot, imprégné des
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enseignements de l'école sensualiste - comme de ses répondants anglais - sut, en effet, briser tout cadre convenu

pour ouvrir la pensée des "faits" au risque et à l'ave~ture. La troisième partie est consacrée aux" Aspects des réductionnismes". Je suis un ferme partisan du réductionnisme comme ascèse scientifique; mais je suis son adversaire déterminé lorsqu'il se dévoile pour ce qu'il n'est que trop souvent: une grossièreté, une incongruité, un attentat, pour ne pas dire un péché contre l'Esprit! La 13

méthode scientifique suppose toujours un décentrement et une critique. Mais la seule signification (ceci a été bien vu de J. Piaget à F. Jacob) d'une "simplification" méthodologique est d'introduire une nouvelle complexité. J'ai regroupé ici les prémices de la "psychologie sans âme" au XVille (David Hartley, un médecin) et au XIXe siècles (Alexander Ivanovich Herzen, un essayiste polémiste) pour les faire suivre d'un siècle de découpe de l'âme, de D.J. Luys (un académicien) à Sperry et Gazzaniga (un neuropsychologue et un expérimentateur), en passant par l'illustre "Nobel" de la synapse, le très catholique Sir John (Eccles) dont est désormais bien connu le numéro de duettiste qu'il a agencé avec le philosophe Sir Karl (Popper). J'ai pensé qu'il était souhaitable de poursuivre cette ...section (de l'associationnisme au "cerveau divisé") par les questions que je posais, il y a quelques années à Henri Atlan, alors qu'il semblait en voie d'abandonner ce qu'il appelait si joliment jusque-là son "réductionnisme doux" pour un nouveau scientisme. La quatrième partie prend à partie la phénoménologie et l'anti-psychiatrie. J'ai de la sympathie pour les phénoménologues. Mais il y a un moment où les parenthèses (l'Epoché) doivent être ouvertes et où le manifeste de la "manifestation" doit faire l'aveu de quoi, et de qui, il témoigne. Comme j'aime surtout les phénoménologues malgré eux, j'ai donné une place particulière à la spéculation de C. Blondel sur "la conscience morbide". Le gros morceau devait cependant rester à la "dasein analyse" pour autant qu'avec elle c'est l'écho des leçons d'Heidegger qu'on perçoit. L'antipsychiatrie, sous bien des aspects, accommode un existentialisme sociologisé en produit de pacotille avec des résidus freudiens dégénérés! Cependant, elle ne manque pas d'intérêt; comme toujours, moins dans ce qù'elle (dé)nie que par certaines de ses affmnations. n serait trop injuste, au demeurant, de mettre dans un même sac les idéologues utopistes débridés (à la Laing-Szasz) et d'authentiques chercheurs sur les effets pathologiques des 14

distorsions dans les communicationsfamiliales, comme A. Esterson. La cinquième partie consiste en deux prélèvements, l'un comparatiste (la déconstruction kantienne de la métaphysique et la construction métapsychologique freudienne), l'autre besogneux (la reformulation logisticoéléatiste de la première topique freudienne), d'une mise à l'épreuve de la psychanalyse sous couvert de "philosophie
de l'inconscient". J'ai précisé ailleurs - ce qui m'évite d'y revenir - comment je concevais les rapports de la psychanalyse et de la psychiatrie (18) et - ce qui n'est pas
moins délicat

- ceux

de la psychanalyse et de la philosophie

au-delà des ambivalences, formations réactionnelles et coquetteries de Freud (19). Celà fait plus de quarante ans qu'il n'est plus original d'être un psychiatre psychanalyste (peut-être est-ce cependant en passe de le redevenir avec la montée des nouveaux comportementalistes et des actants neuro-scientistes "durs"). Cela fait bien trente ans qu'après les ambiguïtés sartriennes, les philosophes ont pris, si ce n'est en main, du moins en "considération" la psychanalyse, grâce probablement aux provocations lacaniennes, qu'il faudrait peut-être écrire "pro-vocations" pour rendre justice, quoi qu'on en ait (20), à leurs effets quant aux glissements des représentations trop convenues, voire aux séismes qu'elles ont engendrés par leur magnitude. * * * Bien d'autres thèmes, qui auraient aussi bien pu être choisis, n'ont pas trouvé leur place ici. Mais mon but n'a jamais été d'écrire une Apokatastasis panton. J'ai simplement voulu illustrer par quelques exemples, à mes yeux privilégiés, comment la psychopathologie se trouvait inexorablement cernée par une problématique philosophique qui relance, en chaque occurrence, des débats de toujours: ceux de l'essence et de l'existence; du conceptualisme, du réalisme et du nominalisme; du 15

mécanisme, du dynamique et du formalisme; du processuel et du structurel; voire du noumène et du phénomène ou de l'Un et du multiple... Mes propres positions pourront d'ailleurs sembler, selon les cas, osciller entre les extrêmes d'une dialectique sans échappement (ou échappatoire), ou tenter de tenir l'impossible gageure d'une coincidentia oppositorum entre empirie et théorie, nature et esprit, immanence et transcendance, et ainsi du reste. Mais il s'agissait bien de fixer par certains aperçus, pris dans le mouvement d'une pratique et de son histoire, que l'Objet de la psychopathologie voit son Être surtout constitué des lignes de fuite (plus que de perspective) des "trop perçus", comme des ... inaperçus, qui forment l'essentiel de tant d'idées par lesquelles on a communément "pro-posé" d'en délimiter l'apparition comme l'apparence. Notes
1) Cf: Glover (E.) : La Naissance du Moi. Toulouse, Privat, 1968. Traduction et présentation de J. Chazaud. Il est plaisant de constater, sur pièce, ce qu'il faisait lui-même de cette dure règle d'économie expressive! 2) Le cas contemporain le plus connu de cette espèce est celui de M. Foucault, dont on a pris l'Histoire de la Folie à l'âge classique (Paris, Gallimard, 1972) pour autre chose que ce qu'elle était: une contribution rare à l'histoire des mentalités, et dont on a oublié le premier tirage, à Paris aux P.U.F, en 1954, de Maladie mentale et
personnalité, rapidement rebaptisé et remanié en

... Maladie

mentale et

psychologie. La première version ramenait, en effet, toute la question au pavlovisme le plus réducteur. Naissance de la clinique (Paris, P.U.F, 1963) vint heureusement renouveler à la suite un débat qui concernait, cette fois, la médecine interne. Surveiller et Punir (Paris, Gallimard, 1975) servit enfin de support aux actions antipsychiatriques des groupes "Asiles-Prisons"... Il serait intéressant de comparer, à un siècle de distance. M. Foucault et A. Lemoine (L'Aliéné devant la philosophie morale et la société, Paris, Didie et Cie, 1862) qui se résignait, non sans hésitation, à reconnaître qu'il fallait accorder au médecin spécialiste plus de compétence, en matière de folie, qu'au juriste ou au profane. Comme il concluait plaisamment: l'aliéniste n'a qu'une demi-science mais, au moins, de cette moitié il peut se réclamer.

16

3) ln : Introduction à la philosophie. Paris. Plon, 1951. 4) Auteur, entre autres, de la description de "Un cas de catalepsie hystérique" et dont la réédition de L'Homme machine (à Paris, chez Denoël-Gauthier, 1981) a été lumineusement introduite par P.L. Assoun. 5) Cf: Chazaud (J.) : F.J. V. Broussais: de l'irritation à lafolie. Toulouse, Erès, 1992. Ouvrage couronné par la Société Française d'Histoire de la Médecine. 6) cf: R6heim (G.) : Origine et fonction de la Culture, Paris Gallimard, 1972: Lévi-Strauss (C.) : Anthropologie structurale, Paris, Plon, 1958. On évoquera, bien évidemment, les exceptionnelles remarques de Marcel Mauss sur la psychologie du chamanisme, in : Sociologie et Anthropologie, Paris, P.U.F, 1950. 7) On se rapportera aux discussions de cette thèse par Détienne (M.) : Les Maîtres de Vérité dans la Grèce archaïque. Paris, Maspero, 1979. 8) Sur Paracelse, qui a écrit sur tout (et en particulier sur les ravissements de la raison) cf: Allendy (R.) : Paracelse, Paris, DervyLivres, 1987. Trois études de C.G. Jung lui sont consacrées dans les Tomes 13 (1968) et 15 (1966) de ses Collected Works, New-York, Princeton University Press. , 9) Vers une cosmologie. Paris, Aubier-Montaigne, 1936. 10) Dans l'œuvre immense de notre savant ami retenons aux deux extrêmes La Psychiatrie phénoménologique, Paris, P.U.F, 1963 et Psychiatrie et Connaissance, Paris, Sciences en situation, 1991. Sa thèse complémentaire de Doctorat ès Lettres: Histoire de la Phrénologie. Paris, P.U.F, 1970, a connu, en 1993, les honneurs de l'entrée dans la "collection dito". Il) Il faut encore et toujours se rapporter, sur lui, au remarquable essai de Postel (J.) : Genèse de la Psychiatrie, Paris, le Sycomore, 1981. Ce même auteur a récemment "déconstruit", lors du colloque de la Salpêtrière présidé par le Pro Y. Pélicier, les falsifications intéressées qui ont, sous la plume de Semelaigne, créé le Pinel de la légende. 12) Paris; Richard, Caille et Ravier. An IX. 13) Paris, Gallimard, 1970. Ce "sujet" de la folie, explicitement nommé par Esquirol, un Freud s'en souviendra lorsqu'il entendra "abréger" la psychanalyse. Il appartenait à une élève de J. Postel, G. Swain, de lui donner son statut idéologique: cf: Le Sujet de la folie, Toulouse, Privat, 1977. 14) Paris, E.P.EL 1993. Il s'agit de la traduction de Inheriting madness: professionalization and psychiatric knowledge in nineteenth-century France, Berkeley et Los Angeles, University of California Press, 1991. Cet ouvrage illustre remarquablement comment, doublant les débats théoriques scientifiques, sont en jeu des problèmes d'identité, de respectabilité, de pouvoir et, en acte, des 17

enjeux idéologico-politiques. C'est ce que je soulignais déjà dans mon F.J. V. Broussais..., op. cit. et qui n'est pas sans rappeler certaines considérations antérieurement avancées par R. Castel (cf par exemple, L'Ordre psychiatrique, Paris, Minuit, 1974). 15) Cf: Défense et illustration de la Psychiatrie (à Paris, chez Masson). Toute l'œuvre d'Ho Ey est imprégnée de philosophie et d'histoire, comme de polémiques idéologiques et doctrinaires. Ce n'est pas sans émotion que j'ai rapporté, ailleurs, comment il m'avait
vertement "processus tancé comme incapable de penser plus avant qu'en primaire" pour m'être permis de critiquer, par des

-

-

arguments psychanalytiques, le travail concluant le recueil Des idées de Jackson à un nwdèle organo-dynamique en Psychiatrie, Toulouse, Privat, 1975. 16) On pourrait reprendre ici la vieille plaisanterie faite sur Shakespeare: L'homme qui a laissé une admirable dramaturgie, sous le nom de Shakespeare, n'était pas Shakespeare, mais quelqu'un d'autre qui s'appelait Shakespeare... TIsuffirait de transcrire: Celui qui nous a laissé les traités hippocratiques... quoique, dans ce dernier cas, il soit plus plausible que ce soient divers chercheurs de l'École de Cos qui aient été regroupés sous un "patronyme" magistral. 17) Je m'explique de ce mot, qui se voudrait d'esprit sans être sQr de son aloi, dans l'introduction de mon livre Traverses analytiques, Paris, E.S.F. 1989. Le lecteur aura compris qu'il s'agit d'une condensation osée entre les titres de Freud Deuil et mélancolie et Compléments métapsychologiques à la doctrine du rêve. 18) cf: "Pour situer la place de la psychanalyse dans l'histoire de la psychiatrie", in: Postel (J.) et Quétel (C.): Nouvelle histoire de la Psychiatrie, Toulouse, Privat. 1983. Réimpression chez Dunod, à Paris, 1994. 19) J'en ai parlé, entre autres, dans Psychanalyse et créativité culturelle.. Les contestations actuelles de la Psychanalyse (Privat. 1972, 1974). 20) Cf Chazaud (J.) : "Contre Lacan", in : op. cit. Privat, 1972. et la suite consacrée à "La forclusion comme concept pur et pratique" in: L'information Psychiatrique, 1984, n° 5, 8, 10. Dans une production surabondante sur le sujet, il paraît indispensable de consulter: Roustang (F.) : Lacan, de l'équivoque à l'impasse (Paris, Ed. de Minuit, 1986) ; Borch-Jacobson (M.) : Lacan, le Maître absolu (Paris, Flammarion, 1990) ; Sipos (J.) : Lacan et Descartes (Paris, P.U.F, 1994) ; Juranville (A.) : Lacan et la philosophie (Paris, P.U.F, 1984).

18

Première
A ,

Partie

REVE ET MELANCOLIE

Chapitre 1 ASPECTS DU RÊVE GREC (ou d'un retour à la source)

Le commencement

et la fin se confondent Héraclite, 103

L'intérêt pour le rêve est une constante anthropologique. Ses aspects scientifiques en sont les avatars, les réminiscences ou les reviviscences. Nombreuses sont les études onirologiques (ethnologiques, mythologiques, occultistes, littéraires, philosophiques, psychanalytiques, désormais biochimiques) qui n'en finissent pas d'épuiser la

nature, le champ et la signifiancede leur sujet.
Nous nous placerons ici dans notre hérédité culturelle sommes les enfants des Grecs - pour évoquer certains aspects de la doctrine du rêve dans la pensée hellénique. Nous nous limiterons, ce faisant, à des indications très partielles. Après un survol du "conglomérat hérité" - selon l'heureuse expression que E.R. Dodds reprend à Gilbert Murray -, nous résumerons deux enseignements rationnels: celui du pseudo-Hippocrate et celui d'Aristote. Chacun pourra y lire la prémonition des conceptions les plus modernes. Bien sftr, notre lecture ne sera pas tout à fait innocente, mais marquée par l"'après-coup". Celui-ci est d'ailleurs seul capable de révéler la charge d'actualité et d'avenir de ce qui a pu être considéré, dans les commentaires classiques, comme des obscurités... L'histoire, dont celle de la pensée,

.

- car nous

21

est une science de l'interprétation, donc de la reconstruction. Toujours est-il que nous pensons trouver dans la "psychologie" grecque le noyau et les directions de toute recherche future.

1. De l'irrationnel au rationalisme
Pour le grec archaïque, comme le résume J.P. Vernant, psyché, image de rêve (oneiro), ombre (skia), apparition surnaturelle (phasma), statue mortuaire (colossos) sont des "idoles" qui participent de la même catégorie psychologique: celle du "Double". Les poèmes homériques (VIlle siècle) considèrent le rêve (à la manière des jeunes sujets de Piaget) comme un phénomène "réel", essentiellement objectif et spatial. Le
rêve "visite" le rêveur. C'est un Être proche, d'un ami cher

- fantôme

obscur,

âme, dieu ou messager des dieux prenant l'image d'un

- qui

se tient au-dessus de la tête du

dormeur, après avoir ouvert la "porte des songes" et franchi les chambranles de la chambre. Si le rêve, chez Homère, est surtout oraculaire, consolateur ou trompeur (de volonté divine), la place du rêve de désir - avec figuration, condensation, déplacement - est marquée. Le rêve des oies de Pénélope en est un bel exemple, ainsi que sous la forme de la déception à venir, celui d'Agamemnon. Le rêve, nous est-il dit, visite le roi et le laisse là "avec, dans le cœur, des pensées qui ne devaient pas se réaliser". Le poète évoque encore explicitement (D., 22-199) le rêve d'angoisse sous la forme de l'impuissance motrice (à atteindre ou à fuir) dans une situation critique dramatisée. Dans l'élaboration mythologique (allégorique 1), Hypnos - enfant de la nuit - séjourne dans le monde souterrain de l'Hadès (enfer) avec son frère Thanatos (1). Ses trois fils Icelus, Phantasos et Morphée envoient respectivement des rêves d'oiseaux (et autres animaux), d'objets inanimés, anthropomorphes. Les rêves montent des ténèbres vers les hommes depuis le royaume des ombres. A noter qu'Hermès (le futur patron de 22

l'herméneutique I), qui a le pouvoir de réveiller et d'endormir les humains, les conduit vers le royaume des morts en dépassant, aux limites d'Océan, la "contrée des songes". Les rêves véridiques remontent par la porte de corne, les mensongers par la porte d'ivoire. Les commentateurs ont généralement déploré, ici, le (mauvais) goftt des Grecs pour les calembours et à-peu-près (eleas : ivoire; elephairomai =tromper (2) ; keras = corne;
krainein

=réaliser).

D'une manière générale, l'ancien grec classe les rêves en "significatifs" et "non significatifs". L'enhypnia concerne des représentations directes (ou contraires) de l'actualité ou du passé. Les phantasmata amplifient la représentation. Le horama est une vision prémonitoire, et le chrematismos un oracle, une admonition envoyée en songe (par l'esprit d'un parent, d'un prêtre, d'un messager divin). Le facteur culturel est marqué de ce que le chrematismos est plutôt le fait du Prince, tandis que le.rêve symbolique est celui de la roture et relève d'une "clé" des songes (3). On peut noter le statut intermédiaire de la transe onirique (transe thérapeutique du culte d'Esculape - Ve et IVe siècles - au Temple d'Epidaure, servi par ses prêtres-interprètes) et de l'hallucination rituelle. Dans cette zone, les orphiques du VIe siècle considéraient le rêve comme un pouvoir de l'âme que le sommeil libérait de ses préoccupations corporelles (4). Ces diverses tendances sont le support du développement d'une onirocritique qui deviendra un art d'interpréter le symbole onirique privé, ce pourquoi on paiera des spécialistes. C'est certainement à Héraclite (540-4801) qu'on peut attribuer la liaison du rêve et du sommeil dans un état qui s'oppose à l'épreuve de réalité ("l'homme éveillé vit dans un monde commun, celui qui dort s'est tourné vers le monde qui lui est propre"). Xénophane est crédité d'avoir nié la "validité" du rêve. Artabanus expose à Xerxès que nos rêves relèvent de préoccupations diurnes. Démocrite (460-370) ébauche une solution sensorielle mécaniste, celle des deikala (simulacres), sans exclure (non plus que le fera
Freud !) la télépathie. Chez les sophistes

- qui

placent

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l'homme au centre de leur réflexion et inventent la critique de la connaissance -, Antiphon était réputé comme spécialiste de la mantique et de l'interprétation des songes. Il est tout à fait exclu de présenter un développement linéaire de la pensée grecque sur le rêve. Mysticisme et rationalisme sont des courants qui s'entrecroisent et se contredisent après avoir divergé à travers les écoles (théologiens, physiologues, pythagoriciens, atomistes, logiciens, dialecticiens etc.) et chez un même penseur qui participe généralement de plusieurs genres (science, sagesse, politique, morale...). Une anecdote du Phédon est ici illustrative. Elle nous apprend que Socrate attribuait à un langage de la conscience un rêve répétitif lui enjoignant de faire de la "musique". D'abord convaincu qu'il y avait là un encouragement à philosopher ("musique" = travaux des Muses), il composera religieusement des vers chantés à thèmes mythologiques après sa condamnation. Nous avons là un cas d'ambiguïté raison-mystique. Nous verrons triompher la montée du rationalisme chez le pseudo-Hippocrate qui fera du rêve un symbole physiologique des états organiques. Aristote traitera la question de façon néo-hippocratique. Pour lui les rêves ne sont plus "divins" mais "démoniques", ~onformément à la nature de la horme (pulsion) (5). La plaque tournante de la pensée grecque est Platon (427-347) - cheville entre l'ancien et le nouveau. Selon Dodds, le rêve serait pour Platon une intuition intellectuelle perçue symboliquement par l'âme irratioJ?nelle et devant être interprétée. En fait, il existe deux courants chez Platon. Le Timée nous décrit une âme de la "mangeoire", localisée entre le diaphragme et le nombril, insensible à la raison (âme de la tête), et séduite par les images et les fantômes. Le foie sert cependant du surface de... réflexion pour l'âme intellectuelle. Quand elle peint sur le foie des images apaisantes, elle rend l'âme abdominale sereine et capable de sensibilité divinatoire. Cependant les indices fournis doivent être interprétés: "C'est à l'homme dans son bon sens qu'il appartient de se rappeler et de méditer les paroles prononcées en songe... de soumettre à l'épreuve 24

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