Identification projective dans les psychoses

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L'identification projective est un concept métapsychologique très important de la psychanalyse actuelle de part son rôle fondamental dans toute relation humaine car elle constitue la base de la communication et de l'empathie quand elle foctionne normalement ; ainsi que par son importance clinique, quand elle fonctionne de façon massive ou distorsionnée, pour la compréhension et le traitement thérapeutique de ces patients sévèrement perturbés. L'auteur applique à la dynamique transférentielle des psychotiques l'idée de Bion que leur psyché contient une partie névrotique.
Publié le : dimanche 1 juin 2003
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EAN13 : 9782296321601
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Luis Fernando CRESPO

L'IDENTIFICATION PROJECTIVE DANS LES PSYCHOSES

Préface de Leon GRINBERG

Traduction de

Pilar CRESPO

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Collection L'Œuvre et la Psyché dirigée par Alain Brun L 'Œuvre et la Psyché accueille la recherche du spécialiste (psychanalyste, philosophe, sémiologue...) qui jette sur l'art et l'œuvre un regard oblique. Il y révèle ainsi la place active de la Psyché. Déjà parus
Michèle RAMOND, La question de l'autre dans FEDERICO GARCIA LORCA, 1998. Jean Tristan RICHARD, Les structures inconscientes du signe pictural, 1999. Pierre BRUNO, Antonin Artaud, réalité et poésie, 1999. Jean-Pierre MOTHE, Du sang et du sexe dans les contes de Perrault, 1999. Aïda HALLIT-BALABANE, L'écriture du trauma dans Les Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov, 1999. Richard PEDOT, Perversions textuel/es dans la fiction d'Jan McEwan, 1999. Philippe WILLEMART, Proust, poète et psychanalyste, 1999. Fabrice WILHELM, Baudelaire: l'écriture du narcissisme, 1999. Elisabeth DE FRANCESCHI, Amor artis: psulsion de mort, sublimation et création, 2000. Céline MASSON, La fabrique de la poupée chez Hans Bel/mer. Le «faire-œuvre perversif », une étude clinique de l'objet, 2000. Jean-François VIAUD, Marcel Proust: une douleur si intense, 2000. Paul-Henry DAVID, Psycho analyse de l'architecture, 200l. Céline MASSON, L'angoisse et la création: essai sur la matière, 2001. Jacques POIRIER, Maux croisés: les écrivains français et la psychanalyse ( 19502000), 2001. Marie-Josephe LHOTE, Figures du héros et séduction, 2001. Didier PAQUETfE, La mascarade interculturel/e, 2002. Guy BESANÇON, L'écriture de soi, 2002. Jean-François PRA TI, L'expérience musicale, exploration psychique, 2002. Adolphe NYSENHOLC, Charles Chaplin: l'âge d'or du comique, 2002. Jean LE GUENNEC, Etats de l'inconscient dans le récit fantatstique, 2003. Dominique VINET, Romanesque britannique et Psyché (Etude du signifiant dans le roman anglais), 2003. Jean LE GUENNEC, Raison et déraison dans le récit fantastique au x/xe siècle, 2003. Paul-Henri DAVID, Le double langage de l'architecture, 2003.

SOMMAIRE
Présentation à la lIe Édition espagnole, E. Moreno Introduction Préface, Leon Grinberg
11 17 21

PREMIERE PARTIE Identification paradoxale et transfert du psychotique CHAPITRE 1.Le paradoxal dans la schizophrénie. Introduction Racamier Introduction Paradoxe, anticonflictualité, ambivalence Paradoxe et disqualification Le paradoxe du schizophrène. Le paradoxal Entre psychose et folie Mythe et réalité Mythe et paradoxe CHAPITRE II.La métamorphose de l'appareil d'influence Introduction et itinéraire Esquisse biographique sur Victor Tausk avec quelques commentaires sur sa contribution scientifique à la psychanalyse Antécédents historiques de l'appareil d'influence dans la littérature psychiatrique Antécédents de l'appareil d'influence chez Freud L'appareil d'influence dans les textes de Tausk La contribution de Nacht et de Racamier à l'étude de l'appareil d'influence Apports de l'école kleinienne à la compréhension de la nature de l'appareil d'influence La métamorphose de l'appareil d'influence

aux idées de
27 27 28 36 39 44 58 62

67 67

70 76 81 85 95 99 109

Préambule Histoire clinique Evolution clinique Fondements théoriques Epilogue Mythologique CHAPITRE 111.Le transfert chez les patients schizophrènes Quelques références historiques Les transferts Névrose de transfert Transfert du Psychotique et/ou Psychose de transfert La partie non psychotique des patients sévèrement perturbés dans l'œuvre de Freud Transfert et différenciation de la partie psychotique et névrotique chez des patients sévèrement perturbés Apports de Bion Contretransfert et Contridentification projective avec des patients sévèrement perturbés CHAPITRE IVInteractions des parties psychotique et névrotique de la personnalité dans les processus «borderline» Introduction Le tableau borderline à partir de la psychanalyse Termes et situation nosologique Point de vue génétique Concept et délimitation du processus borderline Refuges psychiques et paradoxes des borderline Borderline et psychose maniaco-dépressive La diffusion de l'identité

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DEUXIEME PARTIE Psychanalyse et Psychiatrie CHAPITRE 1Faux SeifInstitutionnel 8

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Introduction Faux Se((Institutionnel: aux nouveaux modèles psychoses cliniques

181
son application d'assistance aux

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CHAPITRE II.Ecoute psychiatrique, écoute psychanalytique Rapports entre la psychanalyse et la psychiatrie Ecoute psychiatrique face à écoute psychanalytique L'écoute analytique des états schizophrènes et les progrès en psychopharmacologie TROISIEME PARTIE Psychanalyse appliquée: folie, art et littérature. CHAPITRE 1.L'œuvre plastique d'un schizophrène CHAPITRE II .La folie à deux de don Quichotte et Sancho Introduction Folie à deux Don Quichotte et Sancho CHAPITRE 111.Pulsion de mort et créativité dans l'œuvre de Ramon Gomez de la Serna Bibliographie

191 191 198 200

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PRÉSENTATION

Le docteur Luis Fernando Crespo est psychiatre, psychanalyste, Membre Titulaire avec fonction didactique à l'Association Psychanalytique Internationale. Sa formation et son expérience clinique, qu'il initie à Paris à la fin de ses études supérieures, en travaillant à l'Hôpital Sainte Anne avec les docteurs Delay et Denniker, plus tard à la Salpêtrière avec le docteur Castaigne, et fmalement à Madrid avec ses plus de trente ans comme interne, adjoint, sous-directeur et directeur de l'Hôpital Psychiatrique National Santa Teresa de Leganés, ont favorisé le développement de sa capacité pour l'observation, la recherche et la compréhension des mécanismes psychiques qui sont sous-jacents aux pathologies les plus sévères: les psychoses, aussi bien à partir de l'axe de la psychiatrie que de la psychanalyse. Son désir d'approfondir la connaissance de ces graves perturbations, signe de l'insupportable souffrance psychique dans l'être humain, le pousse à se poser sans cesse des questions au sujet de la théorie et de la technique les plus adéquates pour traiter ce genre de patients. La preuve en est l'édition de ce livre, où l'auteur actualise une série de travaux sur le sujet, publiés à des dates antérieures. En partant du double versant de sa formation, le docteur Crespo nous prévient de ne pas confondre ni mélanger les modèles psychiatriques avec les modèles psychanalytiques. A son avis: «la psychanalyse a élargi les limites de la nosographie en fonction de sa capacité à comprendre la souffrance psychique, à laquelle on refusait le statut de maladie» . La méthode de recherche psychanalytique apporte de nouveaux fondements pour conceptualiser des mécanismes psychiques propres à ces pathologies, dont l'influence dans la nosographie psychiatrique actuelle devient évidente. Par exemple, ce qu'on appelle les dépressions anaclitiques définies par Spitz ou la position symbiotique décrite par Mallier, en plus de la contribution de toute l'Ecole Française de Pierre Marty aux désorganisations psychosomatiques, de même l'attention que l'on prête actuellement aux patients borderline, chaque fois plus présents dans le cabinet du psychanalyste, considérés en psychiatrie comme des épisodes micropsychotiques, et qui ont

pour l'analyse la valeur d'entité psychostructurelle, c'est à dire, avec des mécanismes de défense spécifiques, faiblesse du Moi, relations objectales pathologiques, etc... ; les troubles narcissiques graves et les personnalités «comme si» constituent également un centre d'intérêt pour la recherche. Je considère importante la distinction que fait le docteur Crespo entre folie et psychose, à partir de l'œuvre de Cervantes Don Qui/ote de la Mancha, qu'il illustre au premier Chapitre, en même temps que représentant de ce qu'on appelle folie à deux au Chapitre VIII. Crespo voit la folie comme une stratégie visant à empêcher un travail mental, car il est vécu comme une menace pour le Moi à cause du risque de produire une désorganisation irréversible que le patient peut sentir comme un changement catastrophique ou une chute dans le vide. En fonction de cela, les mécanismes défensifs sont destinés à déconcerter l'autre, c'est-à-dire, le rendre inutile à penser, en évitant l'intrusion de la réalité (interne et externe) qui doit être niée à tout prix. L'auteur signale que dans Don Quichotte, ce qui était spirituel c'était de chercher l'antithèse, c'est à dire, extraire la conséquence contraire à la vérité, en créant un mécanisme de feed back avec Sancho Panza, mais non dans le sens où on l'entend habituellement: le tandem inducteur-induit mais, comme le signale bien le docteur Crespo, en créant un circuit rétroalimenté pour tous les deux. Cette façon de voir les choses est importante pour la compréhension et le traitement des troubles dérivés des identifications pathologiques, symbioses ou ce qui a trait à 1'« objet qui rend fou », l'appareil d'influence, etc., pour en citer quelques uns, car il met l'accent sur le rôle qui correspond au fantasme inconscient du sujet supposé être un récepteur-passif, dévoilant la complicité et, en conséquence, les responsabilités de ce dernier. Ces idées découlent de ce qu'on appelle 1'« écoute analytique» à laquelle l'auteur consacre un espace au chapitre II de la deuxième partie. Ecoute analytique équivaut à fonctionnement mental du thérapeute, c'est à dire, à sa capacité d'empathie, captation, disponibilité, tolérance... si essentielles dans la« cure analytique », car c'est à partir du mouvement contretransférentiel, comme résultat des identifications projectives du patient, que l'analyste détecte la qualité des angoisses, terreurs et souffrances du patient, en prenant en compte la pathologie du paradoxe dans la schizophrénie qui constitue 12

un important facteur de résistance à la cure, d'après le docteur Crespo, en raison de l'érotisation du paradoxe comme issue défensive face à un narcissisme sérieusement endommagé. Face à la dynamique de ces mécanismes, se situe la capacité de l'analyste pour soutenir ce narcissisme fragile et érodé qui parfois s'élève avec une omnipotence destructrice, en même temps qu'en dosant les interprétations, signalements, indications... dirigés vers l'acquisition de l'insight, nécessaire au changement, sans forcer les possibilités du patient. Je considère dans ce sens important l'avis du docteur Crespo, qui découle bien sûr de son expérience, lorsqu'il remet en question la valeur thérapeutique de la psychose de transfert et son interprétation, car la psychose de transfert, d'après l'auteur, ne présente aucun de ces cinq postulats de base que Freud a proposé pour la névrose de transfert. Pour l'auteur, la psychose de transfert n'est ni répétition ni récréation de prototypes infantiles, mais distorsion de la relation avec l'analyste qui se caractérise par: l'intensité, fragilité, avidité, intolérance à la frustration, impétuosité et/ou timidité... c'est à dire, le transfert déliran t. En suivant les idées de Bion, il insiste sur l'importance du travail analytique avec la partie non psychotique de la personnalité, toujours présente, même chez des patients sévèrement perturbés, et où la scission est un des mécanismes défensifs qui agissent comme un bastion de résistance au traitement, scission qui atteint non seulement le contenu du vécu mais également la capacité à expérimenter le vécu. Voilà l'un des mécanismes qui produisent tant de difficultés dans le traitement psychanalytique de ce genre de patients, que Freud a considérés comme inanalysables, quoique, comme l'indique le docteur Crespo au Chapitre III, à propos du transfert, Freud également esquisse à plusieurs reprises le concept de la partie névrotique des psychoses. En rapport étroit avec les mécanismes défensifs de scission et de projection, figure l'identification projective, concept-clé pour comprendre les phénomènes transféro-contretransférentiels dans le traitement des psychotiques, mécanisme auquel Crespo a consacré un espace spécial au long de son œuvre. Nous savons que l'identification projective a été un mécanisme décrit par M.I<Iein en 1946, comme un fantasme inconscient prototype de 13

la relation objectale agressive. Différent du concept de projection chez Freud qui le situe comme un mécanisme défensif basé sur la répression, alors que l'identification projective se centre sur la dissociation et projection postérieure. Il s'agit de processus précoces dans le développement, lorsqu'il n'y a pas encore de capacité à différencier le fantasme de la réalité. Le fantasme est la réalité, et le monde interne se constitue sur ces formes primitives d'identification. En 1959, Bion a élargi le concept en proposant deux types d'identification projective: l'une normale, l'autre pathologique, la différence correspondrait, en simplifiant sa complexité, à la fmalité, que ce soit communicative ou éducative. Auparavant, en 1955, M.Klein reprend le concept d'identification projective, dans son travail Sur l'identification, en la situant non seulement comme un processus pathologique, mais également normal et essentiel pour le développement de la communication et base de la formation des symboles. Le docteur Crespo considère l'identification projective comme un mécanisme relevant de la complexité psychique et de la capacité défensive de la douleur psychique, quoique ces mêmes défenses soient, à leur tour, cause de souffrance. Comprendre le patient, à partir du message que contient cette modalité de projection, aussi bien à partir du vortex de communication ou bien de défense ou sous le contrôle de la toutepuissance et du sadisme, requiert de la part de l'analyste la capacité à décoder le contretransfert, en étant très attentif à la possibilité d'une contridentification projective, dont le résultat serait la séquestration de la psyché de l'analyste dans sa fonction de penseur de pensées, contenant, métabolisant et fournisseur de croissance mentale pour le sujet attrapé par la folie. Les réflexions que nous offre le docteur Crespo au long des chapitres qui composent ce livre, sont une contribution de valeur à la compréhension de la complexité inhérente au fonctionnement psychique humain et comme tel, doté d'un degré d'organisation élevé, dans le sens de l'évolution et du changement, et en conséquence soumis aux processus normaux de désorganisation en fonction de la croissance mentale et psychique. L'interrogation qui se pose quand ces processus deviennent pathologiques continue à être un défi à l'investigation psychanalytique. 14

Le docteur Luis Fernando Crespo nous apporte sa contribution, résultat de l'expérience et de l'engagement professionnel. Le lecteur y trouvera une aide pour la compréhension difficile du paradoxe que sont les humains. La folie nous situe aux limites de l'absence de raison apparente, essayer de rechercher ses causes requiert de déchiffrer le métalangage de l'inconscient, cet art difficile que Freud a commencé à la fin du XIXe siècle dans un monde qui s'ouvrait à la technologie balbutiante, sous le règne de l'empirisme, dont la disqualification des sciences de l'incertitude a atteint la psychanalyse; en cette dernière année du millénaire, la psychanalyse se situe comme la pionnière de la fm des certitudes. Finalement la science accepte l'évidence de la raison des déraisons de la folie.

ENRIQUETA

MORENO

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INTRODUCTION Maintenant que l'intérêt des psychanalystes pour la recherche et le traitement des schizophrènes semble s'estomper, j'aimerais collaborer par cette publication à réveiller de nouveau leur curiosité pour ces patients, dont les mystères bien gardés ne se sont pas taris, en déployant les trouvailles sur l'identification projective qui ont déjà été examinés par Mélanie Klein et ses successeurs, ainsi que par Fairbairn, Winnicott et d'autres membres de ce que l'on appelle «L'Ecole Anglaise des relations objectales ». Partant d'un autre schéma de référence et avec un autre langage, les travaux de Racamier en France, dont les recherches, ainsi que celles des auteurs cités auparavant ont suivi celles encore antérieures de Freud, Abraham, Tausk et Federn. Pour Mélanie I<Iein l'identification projective implique une combinaison de la scission de certaines parties propres et la projection de ces parties dans ou à l'intérieur d'une autre personne et que ces processus ont beaucoup de ramifications et exercent une influence fondamentale sur les relations objectales. L'élargissement conceptuel de Bion serait que le psychotique réalise des identifications projectives d'une partie de son appareil mental et d'émotions intenses à l'intérieur de l'univers qui l'entoure, ce qui produit invariablement comme résultat la transformation de l'objet, à conséquence de quoi celui-ci peut se sentir confus, désorienté, dévitalisé, dépouillé et vulnérable aux idées d'influence et de contrôle. L'identification projective et la scission ainsi que la négation toutepuissante, l'idéalisation excessive et l'introjection sont utilisées dans la

position schizoparanoïde comme mode de défense contre les anxiétés persécutrices. Les techniques défensives qui impliquent la scission et l'identification projective d'un contenu mental auront comme résultat des états mentaux névrotiques ou normaux, différents de ceux produits par les techniques qui tendent à scinder non seulement le contenu du vécu mais également la capacité à expérimenter ce vécu. Ces dernières sont caractéristiques de la schizophrénie et d'autres troubles psychotiques. Il conviendrait peut-être que je dise ici quelques mots sur mon choix du titre pour cette édition augmentée du livre, c'est-à-dire, ma décision de présenter ce qui était auparavant un sous-titre « Clinique de l'identification projective» en première place. En effet, ce livre a été publié il y a plus d'une décennie comme une tentative d'expliquer les complexités de l'identification projective dans les métamorphoses des schizophrènes et dans leurs paradoxes et de là son titre d'alors, quoique dans la préface j'écrivais déjà :
Il est assezfréquent auditoire,. appliquée, Madrid. de publier une série de conférences prononcées devant le même celles qui sont comprises dans ce volume, excepté celles de prychanafyse ont été prononcées au siège de l'Association Psychanafytique de On pourrait penser que leur unité réside seulement en cette circonstance, ainsi, puisqu'elles convergent toutes sur un même sUJet:

mais il n'en est pas

l'identification pro;.ective.

Mes nouveaux apports à l'étude du transfert des schizophrènes articulent un axe transfert-identification projective-contretransfert et/ ou contridentification projective car, en effet, le concept kleinien d'identification projective a permis d'élargir notre compréhension du transfert du psychotique et a ouvert un nouveau champ pour sa conceptualisation. Et l'élargissement métapsychologique de Bion pour qui le psychotique réalise des identifications projectives d'une partie de son appareil mental et des émotions intenses à l'intérieur du monde qui l'entoure, lequel a invariablement comme résultat une autotransformation et la transformation de l'objet, comme conséquence de laquelle les deux peuvent se sentir confus, désorientés, dévitalisés, dépouillés et vulnérables aux idées d'influence et de contrôle de la part de l'Autre. Même les travaux sur la psychanalyse appliquée que je développe dans la Deuxième et Troisième partie du livre vont dans cette direction. Par exemple: dans la folie à deux de don Quichotte et 18

Sancho mon hypothèse étiopathogène propose un mécanisme de feed back dans lequel chaque participant injecte une série de contenus mentaux qui prennent vie dans l'autre à travers un jeu continuel d'identifications projectives pathologiques et de contridentifications. De cette façon le livre a fini par être définitivement orienté vers une étude clinique de l'identification projective chez des patients sévèrement perturbés, dans laquelle prévalent l'unité et la continuité, de façon telle que chaque chapitre se comprend plus aisément si on a lu les précédents.

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PRÉFACE
Tout livre qui aborde la mise au point et le traitement des psychoses est bienvenu. Il l'est dans la mesure où il met en évidence, une fois de plus, l'analysabilité des patients régressifs, que ce soient des schizophrènes, des personnalités narcissiques, des borderline ou qu'ils présentent des troubles du caractère graves. Il y a des années, la majeure partie des psychanalystes semblaient soutenir strictement le critère de Freud suivant lequel les patients de Freud n'étaient pas analysables parce qu'ils ne développaient pas de liens transférentiels. Presque à la fin de sa vie, dans son œuvre L'abrégé de psychanalYseil signalait que l'on devait renoncer à l'idée d'essayer la cure des psychotiques de façon définitive ou «seulementJusqu'au moment où nous aurons découvert quelque autre stratégieplus adéquate». Et, à la même époque, Freud a eu l'idée géniale d'ajouter que «dans de nombreux troublespsychotiques,il y a une personne normale cachéedans un recoinde la psyché dupatient» Q'italique est de mon fait). De nos jours, les psychanalystes de différents schémas référentiels qui traitent psychanalytiquement des patients psychotiques sont nombreux. Certains d'entre eux ont su profiter et appliquer avec succès la «stratégie la plus adéquate », aux dires de Freud, pour réussir la prise en charge de ces patients. Cette «stratégie» correspond, à mon avis, à l'interprétation adéquate de la découverte fondamentale réalisée par Mélanie Klein du processus de l'identification projective. C'est celle qui permet d'avoir le meilleur accès aux conflits, défenses et fantasmes inconscients des personnalités psychotiques. Luis Fernando Crespo, Médecin spécialiste en Neurologie et en Psychiatrie, Directeur Médical des Services de Santé Mentale Hôpital Psychiatrique de Leganés, est également Membre Titulaire et actuel Secrétaire de l'Association Psychanalytique de Madrid. Avec une solide formation psychanalytique et psychiatrique, et profond connaisseur de l'œuvre de Freud et de Mélanie Klein, il a pu comprendre l'importance essentielle des différentes formes de

projection de l'identification projective dans les relations objectales de ces patients, et il a su -de plus- comment incorporer cette compréhension à sa technique. Lui même le confirme dans l'Introduction en considérant que l'unité du livre repose principalement sur le fait que tous les chapitres convergent vers un même sujet: l'identification projective, et dans sa conviction que la «capacité opérationnelle et la validité du concept métapsychologique de l'identification projective a fait que celui-ci s'applique à de multiples situations cliniques». Je suis tout à fait d'accord avec cette réflexion. En effet, il y a différents types d'identification projective: par exemple, celle qui consiste en la dissociation et projection ultérieure de parties non désirées du se!! parce qu'elles provoquent de l'anxiété ou de la douleur; celle qui met des parties de soi-même dans l'objet pour le maîtriser et le contrôler, en évitant ainsi toute angoisse de séparation; celle qui pénètre dans l'objet pour s'approprier ses capacités ou pour lui faire mal ou le détruire, etc. Parfois, l'identification projective est si massive que le sujet se sent attrapé à l'intérieur de l'objet donnant lieu à un vécu claustrophobique. Mais l'identification projective peut être utilisée également comme un moyen de communication, car le patient met des parties indigestes et pleines d'anxiété de lui dans l'analyste pour que ce dernier les lui rende mitigées et tolérables. Finalement, on pourrait définir l'identification projective dans les termes de ce que le patient fait sentir à l'analyste. Crespo a parfaitement capté l'importance clinique de ce mécanisme, autant que son application, et il a donc élargi son bagage instrumental thérapeutique. Son expérience psychiatrique, acquise lors de sa première étape professionnelle en France, l'a poussé à étudier et développer les idées de Racamier; après, grâce à sa formation psychanalytique, il a pu intégrer le schéma référentiel de Racamier, en particulier son point de vue clinique des paradoxes des schizophrènes, avec la théorie de l'identification projective qui enrichit, de cette façon, la compréhension plus profonde de ces paradoxes. Il fait la différence entre psychose et folie. Celle-ci se présente comme une stratégie active qui «trouble l'esprit et les affects»; de plus, «les fous rendent fou l'objet ». Le transfert paradoxal est un piège dans lequel l'analyste peut être attrapé par la

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contridentification projective: il peut arriver alors qu'il se sente vide (inanition), sans affects ou bien impuissant, confus ou rancunier. L'apport significatif et original fait par Crespo au concept d' «appareil d'influence» décrit tout d'abord par Victor Tausk est également digne d'intérêt. Dans la littérature classique, aussi bien psychiatrique que psychanalytique on l'a toujours présenté comme une structure persécutrice impitoyable qui terrorisait le patient; Crespo réussit à démontrer de façon convaincante et fondée sur du matériel clinique comment l'appareil d'influence «persécuteur et maléfique» peut évoluer et se transformer en un appareil protecteur qui est bénéfique pour le patient à certaines périodes de son délire. Pour appuyer cette théorie il s'appuie sur les mécanismes de dissociation et d'identification projective. Je dirai fmalement que la Troisième partie où l'on traite du problème de lafolie à deux, constitue l'exposition d'une excellente synthèse où se conjuguent harmonieusement le scientifique et le littéraire. Etant donné qu'il l'illustre avec le couple formé par don Quichotte et Sancho Panza, on pourrait penser que cette conjonction aurait pu être inspirée par Cervantes dans son aspect littéraire et par Freud, Mélanie Klein et Bion dans son aspect scientifique. Ceci est un livre d'une grande utilité pour tous les étudiants et professionnels intéressés par les problèmes des patients psychotiques. Ils seront enrichis par sa lecture, par la richesse de son contenu, par l'intégration réussie de théories de différents schémas référentiels et par les idées originales de grande valeur qui s'ajoutent à cette in tégra tion.

LEON GRINBERG

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PREMIÈRE PARTIE

IDENTIFICATION

PARADOXALE ET TRANSFERT DU PSYCHOTIQUE

Chapitre I

Le paradoxal dans la schizophrénie. Introduction aux idées de Racamier1.

Il ny a qu'une science de la vie comprenant l'état normal et l'état morbide.

CI. Bernard

Introduction A partir du Congrès des Psychanalystes de Langue Française de 1978, où il a présenté son rapport sur les paradoxes des Schizophrènes, P.C. Racamier a insisté dans ses travaux postérieurs sur ce que nous pourrions appeler le modèle paradoxal de la schizophrénie. La pensée de Racamier dans cette direction de la psychanalyse est originale et d'une grande richesse conceptuelle, ce pour quoi elle mérite d'être aussi connue que l'ont été ses travaux relatifs aux soins du psychotique entre les analystes qui travaillent dans des institutions dans les années 70 et qui lisaient fascinés dans cette sorte de Bible qu'était pour nous Le psychanalYste sans divan. Mais la diffusion de la connaissance du «modèle paradoxal de la schizophrénie» est rendue plus difficile, à mon avis, par trois obstacles de différente nature que j'ai essayé d'éviter: le premier, le langage d'une grande fmesse et subtilité, presque poétique avec des idées à peine esquissées, un penchant vers les mythes gréco-latins, des tournures, des coups de pinceau et des allégories, qui exigent une
1 Texte publié dans la Revue de Psychanafyse de Madrid

lecture soigneuse pour ne pas perdre le fil conducteur; le second serait le schéma de référence avec lequel il aborde la psychose, qui n'est pas le schéma habituel de Klein ou des néokleiniens avec lesquels la plupart d'entre nous sommes familiarisés et auxquels je ferai fréquemment référence en les mettant en rapport avec celui de Racamier; le troisième écueil et le plus important serait la condensation de trente ans d'un travail psychanalytique rigoureux avec la difficulté incontournable de résumer son essence en peu de pages. C'est pour cela que j'ai préféré glaner quelques concepts qui me semblent plus fondamentaux et créatifs, en plus de faire un résumé des idées traitées dans des termes plus intelligibles. Il est fort probable que cette plus grande clarté -si j'y suis parvenu- ait été obtenue au prix de la perte d'aspects subtilement significatifs des textes originaux. En tous cas, en paraphrasant D.Meltzer, je résumerai ainsi mon introduction: voici mes idées sur quelques idées de Racamier. Paradoxe, anticonflictualité, antiambivalence

Le Dictionnaire de la LAngue de l'Académie espagnole défmit le paradoxe comme suit 1. Espèce étrange ou opposée à l'opinion courante et au sentiment des hommes. 2. Affirmation invraisemblable ou absurde qui se présente avec l'apparence d'une assertion véritable. 3. Forme de pensée qui consiste à employer des expressions ou des phrases qui comportent une contradiction. Epimènide fut un poète grec légendaire qui est né et qui a vécu en Crète jusqu'au quatrième siècle avo J.-C. On attribue à Epiménide d'avoir aff1rtné : «Tous les Crétois sont des menteurs ». Sachant qu'il était lui-même crétois, Epiménide disait-il la vérité? Dans le Nouveau Testament, saint Paul reproduit le dilemme dans son épître à Titus: "L'un des deux dit, leur propre prophète: Les Crétois, toujours menteurs, mauvaise graine, bedaine fainéante. Ce témoignage est véritable... » . Nous ne savons pas si saint Paul s'est rendu compte du paradoxe implicite dans son propre texte.

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Les anciens Grecs savaient déjà qu'il ne suffisait pas d'éliminer l'autoallusion pour éviter la contradiction. Voici le dialogue de Platon et de Socrate qui le prouve: PLATON. - "La prochaine déclaration de Socrate sera fausse» . SOCRATE. - « Platon a dit la vérité! » . Au cinquième siècle avo J.-C. vivaient à Élée, actuellement Vélia, le philosophe Parménide, qui défendait l'éternité de l'être, et son disciple Zénon, champion des paradoxes, qui niait la possibilité du mouvement. En accord avec les thèses centrales de son école, Zénon afftrme qu'il est impossible de parcourir n'importe quelle distance car, pour la parcourir en entier, il faut en avoir parcouru avant la moitié; cette dernière, à son tour, est une distance qui pour être parcourue exige que la moitié du parcours ait déjà été fait, et ainsi successivement. De plus, il afftrme, en présentant le même argument mais à l'envers, que celui qui poursuit quelqu'un ne pourra jamais l'attraper, même s'il va plus vite que lui. Achille ne pourra pas rattraper la tortue, puisque quand il arrivera à l'endroit où se trouvait la tortue quand la poursuite a commencé, il y aura toujours une certaine distance de séparation, quoique moindre, et ainsi de suite. Les apories de Zénon continuent à être d'actualité, et même Bergson en a fait une analyse célèbre qui consiste à soutenir qu'un mouvement est une unité décomposable en mouvements plus petits. Mais ces philosophes qui tentent des choses aussi folles comme arrêter le temps ou le mouvement ne sont absolument pas des schizophrènes, ce qui conftrme notre idée qu'il est préférable de penser les paradoxes plutôt que de les agir et l'idée de Racamier de distinguer clairement la folie de la psychose. Comme disait Freud, les philosophies sont le délire des sains. Il Y a un vécu de l'absurde qui repose sur l'emploi dosé des mécanismes mentaux du paradoxe et de la folie. Pour qu'il surgisse, il faut que, grâce à une manœuvre habile de prestidigitation mentale, le paradoxe soit noué et dénoué devant l'auditeur ou le spectateur. En se nouant, le paradoxe met le Moi en péril; en se dénouant, il le libère. Ce mécanisme évoque, sans le nommer ainsi, les aspects paradoxaux de la vie, à propos de l'humour de l'absurde. L'humour est une victoire fugace sur les incertitudes narcissiques, y compris la menace suprême: la mort. Une phrase de Woody Allen en donne l'exemple: «Ce n'est pas que j'aie peur de la mort, mais quand elle 29

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