Identité et multiplicité en ligne

De
On pourrait croire à tort que les internautes sont libres de se construire n’importe quelle identité, parce qu’ils n’auraient aucune contrainte physique dans le cyberespace. L’identité serait ainsi sortie de ses frontières pour permettre à chacun de créer et multiplier à sa guise autant d’identités qu’il le souhaite. Il ne faudrait toutefois pas conforter la croyance dans le sujet et dans l’idéologie de la représentation de laquelle il relève en centrant le questionnement sur l’identité. Sujet et identité vont en effet de pair avec une surestimation de la conscience et une conception idéaliste de la volonté qui pourrait être préjudiciable à la compréhension des grands enjeux liés à l’expérience de l’univers numérique. On le sait, la notion d’identité est d’une grande utilité pour caractériser et responsabiliser les individus dans les sociétés de contrôle. Elle permet aux autorités et aux gestionnaires de toutes sortes d’administrer les corps à distance ; elle permet aux organisations de profiter du numérique pour développer de nouveaux outils de profilage. Elle pourrait faire écran à la compréhension des véritables enjeux de l’expérience du cyberespace si on oublie de porter l’analyse sur les différents agencements auxquels ouvre l’expérience des mondes virtuels où se trouvent mobilisés les corps et les objets dans l’exploration de nouveaux territoires et l’invention de nouvelles formes de vie.
Publié le : lundi 26 janvier 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782760541849
Nombre de pages : 232
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Sous la direction de Maude Bonenfant Charles Perraton
Identité et multiplicité en ligne
Presses de l’Université du Québec
Identité et multiplicité en lign2
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Vedette principale au titre:
Identité et multiplicité en ligne
(Cahiers du Gerse)
Comprend des références bibliographiques.
ISBN 978-2-7605-4182-5 1. Identité numérique – Aspect social. 2. Avatars (Infographie). 3. Identité (Psychologie). 4. Révélation de soi. 4. Identité collective dans les médias. 5. Médias sociaux. I. Bonenfant, Maude, 1976- . II. Perraton, Charles, 1948- . III. Collection: Cahiers du Gerse. HM851.I332 2014 303.48’33 C2014-942097-8
Presses de l’Université du Québec Le Delta I, 2875, boulevard Laurier, bureau 450, Québec (Québec) G1V 2M2 Téléphone: 418 657-4399 Télécopieur : 418 657-2096 Courriel: puq@puq.ca Internet : www.puq.ca
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Identité et multiplicité en lign2
Sous la direction de
MaudeBonenfant CharlesPerraton
Cahiers du gerse
Remerciements Le Gerse remercie le CRSH, la Faculté de communication, ainsi que le Département de communication sociale et publique de l’UQAM qui, par leur aide financière, ont rendu possible cette publication.
Les Presses de l’Université du Québec reconnaissent l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada et du Conseil des Arts du Canada pour leurs activités d’édition.
Elles remercient également la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) pour son soutien financier.
Révision des textes Charles Perraton Maude Bonenfant Emmanuelle Caccamo
Mise en pages Michèle Blondeau
Conception de la maquette et œuvres de couverture Jean-François Renaud
er Dépôt légal : 1 trimestre 2015  Bibliothèque et Archives nationales du Québec  Bibliothèque et Archives Canada
© 2015 – Presses de l’Université du QuébecTous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés
Imprimé au Canada
Sommair2
7 Identité et multiplicité en ligneCharles — Perraton et MaudeBonenfant
Identité et subjectivation et processus de subjectivation11 Identités — Charles Perraton ive du t ier si f ic at ion : la dér ité à l’ident 25 De l’ident symbolisantMaude — Bonenfant, MarcMénard, André Mondouxet Maximeouellet
Nouveaux outils d’analyse 51 Identitépost mortem et nouvelles pratiques mémoriales en ligne : l’identité du créateur de la page mémoriale sur Facebook— FannyGeorGes du joueur et du personnage : au-delà de l’analyse67 Identité(s) mimétique des jeux vidéo— Simondor r- delà 87 Pa a s s embla ge s , le s e t l’ident ité onc ep tle c d’agencement— Charles Perraton
Études de cas 109 Le profil Facebook a-t-il un sexe ? Quand le design performe l’identié de l’usager— Rania Aoun  123 La vie publique des objets : un survol des objets inanimés ayant un compte sur Twitter— Marc Rowley  143 L’approche juridique au profit des identités numériques : la défense des droits des femmes sur le Web— Isabelle BourGeois  159 Consommation et identité en ligne : éléments d’une grammaire de la recommandation— Benoit Cordelier  179 L’identité numérique à l’ère de l’e-réputation— Xavier ManGa
 199 Bibliographie générale 223 Notes sur les collaborateurs
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CharlesPerratonetMaudeBonenFant
On pourrait croire à tort que les internautes sont libres de se construire n’importe quelle identité, parce qu’ils n’auraient aucune contrainte physique dans le cyberespace. L’identité serait ainsi sortie de ses frontières pour permettre à chacun de créer et multiplier à sa guise autant d’identités qu’il le souhaite. Une telle perception repose sur le mythe voulant que le « réel » et le « virtuel » seraient deux mondes séparés n’ayant pas les mêmes normes culturelles, les mêmes contraintes matérielles ni les mêmes intérêts économiques. Elle se fonde sur l’idée que les expériences hors ligne seraient incar-nées, alors que celles qui se déroulent en ligne ne le seraient pas. Pourtant ni le corps ni la conscience de l’internaute ne sont exclus de l’expérience en ligne, ne serait-ce parce que c’est le lieu d’expé-riences perceptuelles, conceptuelles et affectives bien réelles dans ses effets. Par exemple, l’usage d’avatars implique un rapport différent à soi, un moyen spécifique de se présenter aux regards des autres, mais les avatars ne servent pas qu’à se représenter physiquement ou qu’à projeter une image idéalisée, ils servent aussi à représenter ce qui est accompli par des marques visibles et à répondre à des objectifs fonctionnels qui n’ont pas nécessairement d’équivalent dans le monde hors ligne. On comprend également que le code de programmation des environnements en ligne transforme en règles « structurelles » des normes sociales et change par là la capacité des usagers à modeler leur identité.
Aux identités personnelle, sociale et culturelle s’ajoute aujourd’hui l’identité numérique comme autre représentation de l’individu. L’important reste toujours au plan juridique de pouvoir faire le lien entre l’identité numérique et l’identité civile des personnes, de manière à pouvoir établir la responsabilité des actes de chacun. Toutefois, comme le soutient Erving Goffman, le moi se produi-sant dans l’interaction, nous serions en droit de considérer que les individus ont plusieurs identités – ou, du moins, plusieurs « faces ». Les interactions étant multiples, il en résulterait une multitude d’identités de synthèse. La question de l’identité porterait alors sur
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la nature du lien entre identité et multiplicité, sans croire pour autant que la continuité entre les deux se trouve assurée par le travail de la conscience du sujet ou que la tension entre les deux ouvre sur diverses formes de subjectivation. L’intérêt grandissant pour la notion d’identité témoigne peut-être de l’urgence de plaider en faveur de la complexité des identités et de critiquer la tendance à ramener la multiplicité à une identité unique, peu importe qu’elle soit fondée sur le genre, la religion ou la classe sociale, à moins qu’il ne trahisse notre incapacité à penser le devenir, et donc l’indéter-mination, l’incertitude et l’indiscernable. Il faut se demander si les multiples identités que l’on adopte sont les masques derrière lesquels nous nous dissimulons, faute de pouvoir assumer notre indétermi-nation, ou si elles sont les masques grâce auxquels nous pouvons nous prêter aux agencements les plus divers, nous exprimer autrement et ainsi mieux nous libérer des formes identitaires de subjectivation ?
Dans le cadre de cet ouvrage, nous ne voulons pas conforter la croyance dans le sujet et dans l’idéologie de la représentation de laquelle il relève en centrant le questionnement sur l’identité. Sujet et identité vont trop souvent de pair avec une surestimation de la conscience et une conception idéaliste de la volonté. On le sait, la notion d’identité est d’une grande utilité pour caractériser et respon-sabiliser les individus dans les sociétés de contrôle. Elle permet aux autorités et aux gestionnaires de toutes sortes d’administrer les corps à distance ; elle permet aux organisations de profiter du numérique pour développer de nouveaux outils de profilage. Elle pourrait faire écran à la compréhension des véritables enjeux de l’expérience du cyberespace si on oublie de porter l’analyse sur les différents agen-cements auxquels ouvre l’expérience des mondes numériques où se trouvent mobilisés les corps et les objets dans l’exploration de nouveaux territoires et l’invention de nouvelles formes de vie.
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L’ensemble des textes qui suivent est organisé en trois parties qui en facilitent la lecture. Dans la première partie, intituléeIdentité et subjectivationet qui comprend deux contributions, le lecteur est invité à prendre connaissance d’un certain nombre de propositions théoriques propices au renouvellement des catégories relatives à
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