IDENTITÉS, ACCULTURATION ET ALTÉRITÉ

De
Publié par

Au cœur des individus et de la société, l'identité procède à la fois d'une prise de conscience de son individualité propre mais aussi de son appartenance à des catégories sociales avec lesquelles l'individu partage des points communs en se distinguant d'autres groupes sociaux. Ce volume explore les processus de formation des identités et de représentation et de construction de l'autre au travers d'une palette de situations. Il rassemble les travaux de chercheurs de disciplines différentes, sociologie, linguistique, sciences de l'éducation, psychologie.
Publié le : mercredi 1 mai 2002
Lecture(s) : 248
EAN13 : 9782296288744
Nombre de pages : 293
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

IDENTITES, ACCULTURATION ET ALTERITE

Une rencontre scientifique ne peut s'organiser sans le soutien financier et moral d'un certain nombre d'organismes. Le VIIè Congrès international pour la recherche interculturelle, d'où émane l'ensemble des chapitres de ce volume, n'échappe pas à cette règle. Nous tenons à remercier les organismes sans lesquels cette manifestation n'aurait pu être possible: L'Agence pour le développement des relations interculturelles (ADRI), Le Fonds d'Action social pour les travailleurs immigrés (FAS), L'Institut Camoës, La Johann Jacob Foundation, La Mairie de Nanterre, La Maison des Sciences de l'Homme, Le Ministère des Affaires étrangères, L'Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ), L'Université Paris VIII, L'Université Paris X - Nanterre. La qualité des rencontres scientifiques relève également de la compétence et des qualités humaines des personnes en charge de son organisation. C'est pourquoi nous tenons à remercier chaleureusement: Nicole Lelard, ingénieur de recherche de Paris X, active dès les premiers préparatifs du congrès jusqu'à la parution de ce volume, et dont la présence charismatique a été remarquée par tous; Hamida Namane, doctorante à l'Université Paris VIII, qui a assuré bénévolement les contacts avec les participants potentiels et s'est chargée de la recherche de financements; Sandrine Collette, chargée du secrétariat du congrès, qui a en plus assuré la mise en forme de ce volume et telle Pénélope, a sans cesse remis sur le métier cet ouvrage; Virginie Henddrickx, chargée du secrétariat; Marie-Louise Lefèbvre, Présidente de l'Association pour la recherche interculturelle ; Marina Hily et Geneviève Vermès, qui ont constitué le premier cercle intellectuel de l'organisation de congrès. De nombreuses autres personnes ont contribué à cette organisation, notamment celles du Comité scientifique: qu'elles en soient toutes remerciées.

@L'Hannatlan,2002 ISBN: 2-7475-2495-7

Sous la direction de

Colette SABATIER, Hanna MALEWSKA et Fabienne TANON

IDENTITES, ACCUL TURA TION ET ALTERITE

L'Hannattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

FRANCE

L'Hannattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Hannattan Italie Via Bava, 37 10214 Torino

ITALlE

Collection Espaces Interculturels Dirigée par Marie-Antoinette HILY et Geneviève VERMÈS

Dernières parutions

C. ALLEMANN-GHIONDA (sous la dire de), Education et diversité socioculturelles, 1999. B. BRlL, P. DASEN, C. SABATIER et B. KREWER (sous la dire de.), Propos sur l'enfant et l'adolescent, 1999. M-A. HILY et M-L. LEFEBVRE (sous la dire de), Identité collective et altérité, 1999. J. COSTA-LASCOUX, M-A. HILY et G. VERMÈS (sous la dire de), Pluralité des cultures et dynamiques identitaires, Hommage à Carmel CAMILLERI,2000. M. Mc ANDREW et F. GAGNON (sous la dire de), Relations ethniques et éducation dans les sociétés divisées, 2000. M. VATZ-LAAROUSSI, Le familial au cœur de l'immigration, 2001. C. PERREGAUX, T. OGAY, Y. LEANZA, P. DASEN, Intégrations et migrations. Regards pluridisciplinaires, 2001. R. DE VILLANOV A et M-A HILY et G. VARRO, Construire l'interculturel ? De la notion aux pratiques, 2001.

Sommaire
Introduction Hanna Malewska, Fabienne Tanon et Colette Sabatier 7

Première Partie: Identité et devenir du sujet Chapitre 1 Construction de l'identité axiologique et négociation avec autrui Hanna Mal ewska 21 Chapitre 2 Soi social, différenciation soi/nous/autres et coexistence interculturelle Mary Jarym.0wicz

33

Chapitre 3 Les nouvelles frontières de l'identité chez de jeunes adultes montréalais d'origine salvadorienne, chilienne et vietnamienne Anne Laperrière, Sara LaTour et Carlos Segura 43 Chapitre 4 Tu es pour quelle équipe? Sentiment d'appartenance nationale et compétitions sportives internationales Vittoria Cesari Lusso 57 Chapitre 5 Soi, identité ethnique et groupes sociaux de référence. Le cas des Algériens en France René Mokounkolo, Evelyne Fouquereau et Liliane Rioux 69 Chapitre 6 Lesformes de sociabilité de cadres et d'entrepreneurs d'origine algérienne. Des résultats empiriques aux enjeux épistémologiques posés par l'étude de cette population Emmanuelle Santelli 91 Chapitre 7 Les étudiants étrangers: des personnes en déplacement Angela Xavier de Brito

107

Chapitre 8 Etude sur les orientations d'acculturation de Maghrébins et de Français d'origine en région parisienne Marie Personnaz, Richard Y. Bourhis, Geneviève Barrette et Bernard Personnaz 123

Deuxième Partie: Analyse du rapport à l'Autre Chapitre 9 Les biais de catégorisation dans la représentation des Maghrébins en France Marie- Françoise Lacassagne, Edith Salès-Wuillemin et Philippe Castel

151

Chapitre 10 Les représentations sociales de l'Union Européenne chez deux groupes d'étudiantsfrançais et maghrébins Mohamed Doraï 165 Chapitre Il L'identité face à la diversité culturelle intranationale et internationale dans l'organisation. Le cas de salariés lorrains d'une multinationale sud-coréenne Pascal Tisserant 183 Chapitre 12 Menace à l'identité personnelle chez les professionnels en situation interculturelle Margalit Cohen-Emeri que et Janine Hohl Chapitre 13 Le voyage à l'étranger: un déplacement formateur Muriel Molinié et Christian Leray

199

229

Chapitre 14 Histoire personnelle et rapport à l'altérité: une utilisation de l'entretien compréhensif Christina Gautheron -Boutchatsky 239 Chapitre 15 Jalons d'une méthode d'analyse du discours à portée interculturelle Monique Lebrun

255

Chapitre 16 Expressions de l'identité nationale dans les titres dejournaux. Une étude comparative dejournauxfrançais et australiens pendant une période de crise Christine Develotte et Elizabeth Rechniewski 273
Adresses des a ute urs .. .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . .. ... .. .. . . . . . . .. .. .. ... .. ... .. ... .. .. .. . ..291

INTRODUCTION

Hanna Malewska, Fabienne Tanon, Colette Sabatier L'identité relève à la fois de facteurs individuels et de facteurs sociaux. Au cœur des individus et de la société, selon les termes d'Erikson (1968), elle procède à la fois d'une prise de conscience de son individualité propre mais aussi de son appartenance à des catégories sociales avec lesquelles l'individu partage des points communs en se distinguant d'autres groupes sociaux. Les processus sous-jacents à cette construction de l'identité sont multiples et variés, ils relèvent des partages de codes culturels communs, de territoires réels ou reconstruits dans l'imaginaire, d'où l'intérêt de plusieurs disciplines pour ce concept, géographes, historiens, sociologues, psychologues, linguistes, comme l'atteste un ouvrage paru récemment dans cette même collection qui regroupe des contributions de jeunes chercheurs (Sabatier, Palacio, Namane & Collette, 2001). De nombreux auteurs, Wallon, Tap, Erikson, Tajfel, Camilleri insistent sur ce double mouvement, sur cette interaction entre l'individu et son milieu dans la construction et le maintien de l'identité, le regard des autres étant une partie constitutive du moi. Le contact des cultures est source d'enrichissement mais aussi de questionnements et d'interrogations. Il bouleverse toujours l'individu, si celui-ci n'est pas seulement spectateur mais obligé de vivre dans la durée selon deux codes culturels différents, parfois contradictoires et irréconciliables, des choix, apparents ou réels, s'imposent à lui et l'amènent à réévaluer ses croyances et références de base en fonction du contexte, ou encore à se repositionner dans un parcours de vie afin d'inclure de nouvelles perspectives identitaires et parfois à questionner son appartenance à un groupe ou des groupes. Les identités sont fluctuantes. Tout au long de I'histoire des peuples et de l'histoire des individus, la notion de groupe et d'appartenance catégorielle varie. Les limites entre les groupes et les catégories se font et se défont, elles se dilatent ou rétractent, en fonction du développement des individus et des contextes sociaux aussi bien à l'échelle locale qu'à l'échelle internationale. Ces dynamiques ont comme corollaire la menace identitaire. Toutefois, celle-ci ne doit pas être envisagée uniquement comme une réaction au choc culturel et aux conflits de valeurs, mais analysée et comprise en fonction de l'action conjuguée de plusieurs facteurs. De fait, au travers des configurations socioculturelles actuelles où les individus sont porteurs d'appartenances

8

H Malewska, F. Tan on, C. Sabatier

culturelles multiples, la notion de menace identitaire évolue et implique de redéfinir les appartenances catégorielles en fonction des intérêts en présence et des enjeux de la situation. Sous l'impulsion des forces et des rapports de pouvoir qui s'établissent, les alliances et les appartenances se transforment, les réseaux de sociabilité se modifient, l'expression d'une identité nationale s'affirme ou s'infléchit, les fidélités à une "origine" culturelle se voilent devant une plus grande mobilité des référents identitaires. Ce volume explore les processus de formation des identités et de représentation et de construction de l'autre chez des personnes vivant dans différents pays, au travers d'une palette de situations. Il rassemble les travaux de chercheurs provenant de champs disciplinaires différents, sociologie, linguistique, sciences de l'éducation, psychologie, et donc propose un large éventail des méthodes de recherche allant de l'entretien en profondeur, à la recherche expérimentale en passant par l'analyse de contenu des journaux et les recherches quantitatives par questionnaire. Il illustre l'influence à bien des égards des contextes socioculturels et politiques sur les dynamiques de l'identité et de l'acculturation. Il offre ainsi au lecteur et au jeune chercheur des pistes de travail futur. La première partie de cet ouvrage porte essentiellement sur la question de l'identité et du devenir du sujet, que celui-ci soit en position de bi-appartenance culturelle ou en situation temporaire dans un pays par exemple pour des études. Le sentiment d'appartenance à des catégories sociales (restreintes ou élargies) et les valeurs propres à chaque groupe, sont des dimensions de l'identité discutées dans plusieurs chapitres et abordées selon des perspectives différentes. La seconde partie se concentre autour de l'analyse du rapport à l'autre, de la construction de l'autre, dans une variété de contextes allant des situations professionnelles, des échanges étudiants, aux conflits internationaux. Ces deux parties se répondent mutuellement. En effet, comme le montrent Personnaz, Bourhis, Barrette et Personnaz, on ne peut analyser les processus d'acculturation et de formation des identités collectives que si on les rapporte aux contextes. La construction de l'autre, surtout lorsqu'il s'agit d'analyser les représentations par les groupes dominants des groupes minoritaires, fait partie de ces contextes. L'ouvrage s'ouvre sur un questionnement concernant les processus de l'identité. S'opposant à la psychologie sociale américaine centrée essentiellement sur les interactions sociales et les relations intergroupes, Malewska affirme que les valeurs liées à la socialisation

Introduction

9

première de l'éducation sont au fondement de l'identité. Elle montre à partir de recherches biographiques avec les militants en France et en Pologne ainsi qu'avec des jeunes immigrés maghrébins et leurs parents, des similitudes dans la construction des identités malgré les divergences entre les histoires et les situations sociales. L'identité militante s'inscrit dans la durée, elle fait preuve de stabilité, de cohérence, et se construit dans le respect d'idéaux et de valeurs essentielles pour l'accomplissement de Soi. Ces caractéristiques composent les valeurs centrales de l'identité et permettent à l'auteur de définir le concept d'identité axiologique. Sachant que ces valeurs centrales sont résistantes au changement, l'auteur s'est intéressée aux conflits vécus par des communistes quittant le parti et les difficiles
négociations intra-individuelles qui en ont résulté.

L'ouverture des identités vers des valeurs de portée universelle dépassant les cadres catégoriels habituels se retrouve lorsque sont abordées les appartenances à l' endogroupe. Dans la constitution du Soi social et des identifications sociales afférentes, Jarymowicz distingue cinq niveaux de structuration du Soi. A chacun de ces niveaux correspondent des mécanismes identificatoires précis qui s'étendent à mesure que l'on arrive au Soi social autonome: on observe un élargissement des frontières du "Nous" avec l'avancée dans la vie et dans le développement de la personne qui intègre alors de nouvelles catégories cognitives, passant des plus étroites aux plus abstraites. Les catégories du "Soi-Nous-Eux" ont été étudiées dans diverses recherches par l'auteur afin d'évaluer le lien entre le niveau de structuration du Soi et les attitudes par rapport aux Autres. Les résultats font apparaître, entre autre, une relation entre le degré de distinction du Soi face à son endogroupe (Nous) et l'engagement vers les autres. Cependant cette relation serait plutôt de type curviligne. Les personnes ayant un haut niveau de distinctivité ne sont pas celles qui sont le plus ouvertes aux autres, ni les plus engagées. L'engagement personnel dépendrait donc en bonne partie de la différenciation des schèmes cognitifs et de la capacité du sujet à dépasser sa propre perspective mais il relèverait aussi d'autres facteurs, par exemple motivationnels, c'est du moins ce qui apparaît plus nettement avec les personnes ayant un haut niveau de distinctivité. Le chapitre suivant portant sur des populations de jeunes d'origine sud-américaine et vietnamienne vivant au Canada, s'intéresse également à la notion d'appartenance catégorielle et à son élargissement en fonction de plusieurs conditions. Laperrière, Latour et Ségura, interrogeant des jeunes de Montréal, mettent en lumière un passage des catégories ethniques vers des catégories transethniques ou

10

H. Malewska, F. Tanon, C. Sabatier

transnationales ouvertes sur un univers pluraliste et une solidarité humaine générale. Nous pouvons citer l'identité latino des jeunes chiliens et salvadoriens, immigrés au Québec, comme exemple de l'élargissement de l'identité nationale: « le terme latino implique un choix de valeurs parmi celles proposées par la culture d'origine, souvent en vue de combinaison avec certains traits de la culture québécoise, appréciées des jeunes, tels l'autonomie et la liberté». Les auteurs constatent chez ces jeunes un dépassement de l'identification transnationale supplantée par une solidarité avec les pays en développement. Cependant, selon les groupes, leurs valeurs culturelles et les relations intergroupes dans lesquels ils sont impliqués, ce dépassement ne prendra pas le même sens et n'aura pas la même utilité dans la préservation de leur identité, ce qui est vrai aussi bien lorsqu'on compare l'usage du concept asiatique chez les Vietnamiens et du concept latino chez les Sud-Américains qu'entre les différents groupes sud-américains. Nous retrouvons ici une illustration bien actuelle de cette amplitude que prend l'identité dans son rapport à l'autre, dépassant les repères locaux pour s'appuyer sur des références plus orientées vers un continent, une aire culturelle ou le monde en général. La complexité des enjeux psychologiques et psychosociaux de la socialisation dans des situations d'appartenance multiples est également montrée par Cesari Lusso avec des adolescents italo-suisses de deuxième génération. Ces enjeux relèvent autant des conditions de la socialisation, du contexte de vie que des événements sociaux susceptibles d'atténuer ou de réactiver le sentiment d'appartenance catégorielle et de leur distinction, voire leur opposition. Le jeune doit pouvoir apprendre à les articuler d'une façon constructive, ce qui dépasse souvent ses possibilités cognitives et affectives du fait de son développement. Les compétitions sportives qui opposent des équipes représentant les deux "patries" de référence, celle d'origine des parents et celle où ils ont été élevés est un exemple de ces événements, qui est étudié ici. Inscrivant ses analyses dans l'étude de l'intersubjectivité, l'auteur compare les attitudes positives et négatives suscitées par un match de football opposant la Suisse à l'Italie, de différents groupes d'adolescents italo-suisses. Ces groupes sont soumis dans leur quotidien à des expériences des relations intergroupes et des degrés d'immersion culturelle différents du fait de leur lieu de résidence (Zurich ou Lausanne) et leur type de scolarisation (obligatoire suisse, ou italienne). Cette étude montre la nécessité de trouver des pistes pour dépasser l'opposition culture d'accueil-culture d'origine dans laquelle on interprète surtout l'appartenance bi-culturelle de ces jeunes,

Introduction

Il

appartenance qu'ils n'ont pas choisie mais qu'ils doivent apprendre à gérer au mieux de leurs capacités. Les travaux de Mokounkoulo et Fouquereau sur le positionnement de soi et l'identité ethnique de deux populations originaires du Maghreb, résidant en France - l'une plus âgée ayant elle-même immigré, l'autre plus jeune née en France soulignent ce rôle de l'éducation et de l'expérience personnelle dans cette gestion des identités. L'identité des adultes reste ancrée dans la culture d'origine, celle des jeunes est plus ouverte vers la multiculturalité. La différence se manifeste également au niveau de la langue utilisée: si les jeunes comprennent l'arabe et parlent aux parents en arabe, ils favorisent en fait le français. Ce choix ne signifie pas pour autant le rejet de leurs origines. On constate en réalité chez les jeunes une recherche de compromis et d'équilibre qui passe par un déclin de l'identité ethnique étroite et une plus grande mobilité des référents identitaires. Le niveau d'étude est avec la génération un facteur déterminant. L'identité se structure comme une identité multifactorielle au centre d'une

-

constellation

de catégories.

Etudiant plus finement les adaptations des personnes issues de l'immigration maghrébine nées ou arrivées enfant en France lorsqu'elles ont atteint l'âge adulte, Santelli s'intéresse particulièrement au rôle des relations sociales et de la sociabilité des parents dans la place dans la cité occupée par leurs enfants. La comparaison de deux groupes d'adultes, l'un constitué de cadres, d'intellectuels ou de professions libérales, l'autre d'entrepreneurs (artisans, commerçants et chefs d'entreprise) révèle l'importance du capital relationnel de la famille. Traiter des modes de sociabilité des uns et des autres permet d'étudier le lien qui unit la population étudiée à sa famille, à ses amis, à ses collègues, bref à son réseau relationnel aussi bien français qu'algérien. C'est chez les gens proches que nous trouvons compréhension, aide, modèles de l'être et de faire, les éléments pour construire l'identité. La sociabilité apparaît comme la clé de l' interculturalité. L'immigration est une situation d'autant plus contraignante que le retour au pays est souvent impossible et une autre forme d'adaptation est nécessaire pour travailler, avoir une place dans la société, pour survivre. Telle n'est pas la situation des études à l'étranger, qui laisse le temps et le loisir de faire des choix et des projets d'avenir. L'intégration à une culture demande du temps et de la liberté. Les sociétés accueillent les étudiants étrangers avec plus de tolérance et de bienveillance que les travailleurs étrangers, surtout lorsque ces derniers

12

H. Malewska, F. Tan on, C. Sabatier

sont sans qualifications. Quoique les choix des étudiants s'inscrivent dans la continuité de leur histoire personnelle et familiale, ils posent néanmoins des problèmes psychologiques, comme par exemple une sensation de vie provisoire qui obligerait à garder ses habitudes en évitant d'acquérir les normes françaises, afin de se préserver pour le retour. Xavier de Brito observe un sentiment de culpabilité et de "dette" vis-à-vis du pays d'origine (Brésil) et l'obligation ressentie de rentrer pour contribuer au développement national. Le migrant vit non seulement le conflit entre deux appartenances, mais aussi entre les deux attachements. Appliquant la notion d'habitus social de Bourdieu à la situation des migrants, l'auteur parle d'habitus de migrant pour penser la place des facteurs culturels dans la complexité du sujet et qualifier ainsi toute personne en déplacement. Selon Personnaz, Bourhis, Barrette et Personnaz, on ne peut saisir correctement les processus d'acculturation que si on les rapporte à leur contexte. On ne peut étudier les processus d'acculturation et leurs effets sur le bien-être psychologique des individus que si on tient compte de la convergence (ou divergence) des attitudes d'acculturation de la société d'accueil, ce qui inclut les politiques d'immigration et les attitudes des individus de la société d'accueil. Cette démarche est identique à celle de De Vreede (2001) concernant les programmes d'éducation interculturelle exposée dans un autre volume de cette collection. En première partie, ces auteurs présentent le modèle d'acculturation interactif (MAI), puis ils analysent les attitudes de deux groupes d'étudiants qui font partie du même programme, l'un étant français par ses origines, l'autre maghrébin. Leurs données montrent plusieurs convergences entre les étudiants. En dépit des différentes politiques d'accueil des immigrants, les étudiants français et les étudiants québécois ont les mêmes attitudes envers les immigrants. De la même façon, les étudiants d'origine maghrébine endossent des attitudes assez semblables à celles de leurs comparses français. Les auteurs s'interrogent sur l'effet intégrateur des études universitaires et du statut d'étudiant. Les étudiants semblent partager les mêmes normes d'ouverture et de tolérance. A ce niveau de la société, les relations entre les communautés sont harmonieuses. Les auteurs se demandent si les orientations seraient les mêmes dans d'autres couches de la société. La seconde partie de ce volume s'attache plus particulièrement à comprendre la formation des représentations des autres, et analysent selon plusieurs perspectives la "stéréotypisation" et la menace identitaire, qu'elle soit vécue par des individus à titre personnel dans des situations de travail ou à un niveau collectif véhiculé par les médias. Elle permet ainsi de mieux comprendre les réactions des

Introduction personnes du groupe dominant à l'altérité formation des identités.

13
et les contextes de la
.

L'analyse des représentations sociales, surtout celles qui portent sur
un groupe ou une communauté minoritaire, permet d'aborder la question des stéréotypes, des préjugés et de la discrimination ethnique. Quels sont les biais de catégorisation? Quelle identité de l'autre est perçue? Quelles sont les distorsions cognitives qui apparaissent dans les mécanismes d'appréhension de l'autre? Quels en sont les impacts au niveau des relations intercommunautaires ? L'équipe de Lacassagne, Salès-Wuillemin et Castel tente de répondre à ces questions à travers une enquête auprès de 100 étudiants, la moitié répondant au mot inducteur "Français" et l'autre moitié au mot inducteur "Maghrébin". Utilisant la technique des associations verbales, avec des substantifs, des adjectifs et des verbes, les auteurs observent un biais de contraste entre les deux mots inducteurs. Ces divergences s'appuient sur les mécanismes de biais d'assimilation et d'auto-favoritisme et révèlent surtout une asymétrie dans leur manipulation. De plus l'étude présentée met en lumière le poids de l'interlocuteur et de sa représentation sociale dans la mobilisation de ces biais de catégorisation. Mais comment se forment les représentations collectives lorsqu'elles ne sont plus agies dans un rapport duel mais au contraire confrontées à une tierce entité pouvant ou non les englober? Comment dans ce cas la perception est-elle transformée et organisée autour de significations nouvelles? Comment l'éventualité d'appartenance ou de non-appartenance à cette troisième entité va-t-elle influencer les positions respectives des deux groupes? Dorai se place dans la perspective de la connaissance spontanée lorsqu'il interroge la perception de l'Union européenne par deux populations étudiantes provenant de la même université et se côtoyant: l'une est composée de membres de l'U.E., à savoir des étudiants français, l'autre de nonmembres à savoir des étudiants maghrébins. Les données recueillies par questionnaire sont analysées selon une méthode mettant l'accent sur la saillance des relations pouvant exister entre les éléments d'un ensemble ordonné. Le fait d'appartenir ou de ne pas appartenir à l'D.E. révèle une nette divergence dans les représentations élaborées par les deux groupes. Autant pour les Français cette notion d'appartenance va de pair avec la perception d'un manque de projet commun pour les pays de l'U.E., et leur représentation s'organise autour de ces deux éléments, autant pour les Maghrébins les deux idées centrales sont le développement de la liberté et des Droits de l'Homme que peut/doit promouvoir l'Europe et l'adoption d'une langue commune à l'intérieur

14

H Malewska, F Tanon, C. Sabatier

de l'V.E. Nous voyons apparaître ici des préoccupations fort différentes en liaison avec les dynamiques et les contextes de vie de chacun. Dans le monde du travail, les personnes sont amenées à rencontrer au quotidien des personnes d'un autre groupe culturel, les relations interpersonnelles et interprofessionnelles relevant de la hiérarchisation des postes de travail se combinent alors avec des relations interculturelles qui éveillent différentes représentations de l'autre et impliquent des repositionnements identitaires. Dans une entreprise multinationale sud-coréenne installée en France, dans une région de forte immigration, la Lorraine, Tisserant examine les relations intra- et inter-nationales parmi les salariés et la constitution des identités collectives dans ce contexte précis. Partant de la distinction entre une identité sociale objective et subjective, l'auteur s'attache davantage à la dynamique qui façonne les identités, dans la contextualisation de l'environnement physique immédiat (pôle objectif) interagissant avec les représentations de Soi du sujet (pôle subjectif). Les données, recueillies selon une méthodologie en deux phases (évaluation des dimensions sociales, puis individuelles de l'identité) mettent en valeur trois directions structurantes de l'identité face à la diversité culturelle: l'extrême valorisation du Soi-Nous, la flexibilité identitaire et la menace ressentie, chacune de ces directions oscillant entre des positions positives et négatives. Ici l'auteur rejoint les travaux de Cohen-Emerique et HobI dans ce même ouvrage en montrant l'importance d'une zone de menace identitaire propre à chacun et en insistant sur les aspects de négociation et de stratégie spécifiques à une conception plurielle de l'identité, en évolution constante. Cohen-Emerique et HobI se sont effectivement consacrées à l'analyse de cette notion de menace identitaire pour les fins de la formation d'acteurs de la vie sociale (travailleurs sociaux, éducateurs, enseignants de français langue seconde). Partant du postulat que le choc culturel entraîne un choc identitaire, suivant en cela I'hypothèse de Zacharie, les auteurs réexaminent la notion d'identité pour l'élargir et la situer dans une évolution tout au long de la vie. Dans cette perspective, autrui assure, entre autre, le rôle de renvoyer une image de soi en miroir, image à travers laquelle le soi cherche ou recherche, une valorisation, une confirmation de son identité. Que se passe-t -il alors si cette valorisation ou confirmation est absente? C'est la question qui sert de point de départ à toute une étude sur la déstabilisation identitaire dans les rapports sociaux et culturels. S'appuyant sur les processus en jeu lors de l'interaction avec autrui, les auteurs ont cherché à mettre au jour des mécanismes plus généraux dépassant la simple dynamique des appartenances culturelles et du conflit des

Introduction

15

valeurs. A la dialectique bien connue de l'identité selon les pôles d'ouverture ou de fermeture, elles introduisent celle d'une polarisation sécurité/vulnérabilitéselon le travail de Ting-Toomey sur la notion de frontière identitaire. Cela leur a permis d'établir une grille d'analyse fine de chocs culturels et ainsi de pouvoir travailler à partir de situations précises dans le cadre de la formation de travailleurs sociaux en France, en Espagne et au Canada. Elles montrent clairement comment le sentiment de menace identitaire génère des positions défensives empêchant de considérer l'autre dans son intégrité, et impliquant alors chez le professionnelune mobilisationforte aux plans cognitif et affectif pour sortir de l'impasse et s'engager dans une
démarche de négociation. Le chapitre suivant se situe également dans le cadre de la formation aux contacts interculturels. Molinié et Leray interviennent auprès d'étudiants en situation de mobilité (séjour à l'étranger) ou en DESS en sciences de l'éducation et sociolinguistique. Ils travaillent avec un public varié, utilisant à la fois l'approche biographique, telle que mise au point par Legrand ou de Gaulejac, et l'analyse des interactions langagières lors d'échanges entre étudiants et enseignants de trois pays. A travers une mise en résonance du vécu quotidien c'est toute une mise

en œuvre de la mémoire et de I'histoire singulière et collective qui s'articule et prend sens dans une démarche interculturelle. L'identité du sujet qui parle éveille celle des autres participants et fait ressurgir des savoirs, crée des mises en relations inattendues, suscite de nouveaux rapports avec autrui. Travaillant à partir d'expériences vécues, une prise de conscience de la pluralité culturelle s'organise autour d'une mise en cohérencedes signifiants évoqués,une logique de la rencontre apparaît, une adaptation à différents systèmes de significations s'opère: n'avons-nous pas ici les éléments indispensablespour développerla compétenceinterculturelle ? Avec Gautheron-Boutchatsky, nous restons dans les histoires singulières et les trajectoires de formation. Le public est celui des élèves d'une Ecole Normale Supérieure chez qui le rapport à l'altérité est étudié au moyen de l'entretien compréhensif qui s'appuie sur les données de la psychanalyse, de la sociologie, de l'anthropologie ou encore de l'histoire du droit et des institutions. La vie elle-même est prise comme une identité, une trajectoire, toutes deux résultantes d'une négociation entre quatre facteurs. L'auteur présente la dynamique identitaire en terme de situations, de choix et d'actes, dans un processus de compromis permanent et de circularité. L'altérité, constitutive du sujet en tant qu'être individuel et collectif, structure le psychisme dans sa symboliqueet dans son humanité. Or cette activité

16

H Malewska, F. Tanon, C. Sabatier

de symbolisation sous-tend toute action humaine et se trouve forcément présente dans la relation entre le chercheur et son objet. Il n'est pas question de l'évacuer mais bien au contraire de l'intégrer, de la mettre en adéquation et d'en rendre compte dans la recherche effectuée. C'est en cela que l'entretien compréhensif constitue un outil méthodologique pertinent pour intégrer les différents niveaux d'interaction entre le chercheur et son sujet, respectant les complexités de l'interaction et la dimension de l'inconscient présent dans tout entretien, validant ainsi la position du chercheur, sa véracité et son analyse. L'analyse de discours, à partir de textes écrits ou retranscrits, avec une attention forte portée au contexte de l'énonciation ou de l'écriture, est une autre façon d'étudier le rapport aux autres. En cela, la linguistique appliquée est un précieux apport. Un exemple de cette démarche est présenté de façon détaillée et systématique par Lebrun à partir d'un texte de Godbout intitulé "Etranger parmi vous", publié dans le journal Le Monde. Présentant d'abord la grille d'analyse à quatre niveaux qu'elle a élaborée, l'auteur passe ensuite à l'examen du texte de Godbout en reprenant chacun des points de la grille. Nous voyons ainsi apparaître, au travers de ce texte, les différents niveaux du discours et la difficile relation entre Français et Québécois s'affirme avec ses ambiguïtés et ses contradictions, ses aller-retours entre systèmes référentiels divergents, ses oscillations entre attirance et rejet. L'analyse permet de mettre au jour et le contenu manifeste dans le texte de l'auteur, et son contenu latent, bien plus délicat à analyser
mais souvent plus riche de sens.

Pour terminer, l'identité nationale telle qu'elle se définit et s'exprime à travers des articles de presse et des titres de journaux, lorsque les deux pays concernés sont fort éloignés dans l'espace, la France et l'Australie, mais en situation de conflit politique fort, est un autre indicateur de la construction de l'autre et de la formation des identités nationales. Develotte et Rechniewski ont étudié l'affirmation identitaire de ces deux pays au moment où les essais nucléaires français avaient été relancés dans le Pacifique lors de la venue au pouvoir de Chirac. Il ne s'agit plus ici d'étudier l'identité de deux groupes culturels en proximité physique immédiate, partageant le même espace territorial, mais le lien national qui unit une population qui se sent agressée face à une autre, fort éloignée du contexte et des préoccupations de la première, mais unies dans un rapport conflictuel fort et hautement médiatisé. S'appuyant sur une analyse sociolinguistique précise de titres de journaux français et australiens, les auteurs montrent comment l'espace national se donne à voir dans les médias et comment ses frontières fluctuent selon les poussées

Introduction

17

identitaires mises en jeu dans une situation de crise géopolitique. Ainsi le lecteur est amené à prendre position et à se situer dans son lien identitaire à la nation face à celle de l'autre, la relation symbolisée à l'altérité étant révélatrice des images collectives portées dans sa propre culture nationale. En somme, les différents apports de cet ouvrage permettent de repenser les mécanismes de l'identité dans une perspective nouvelle d'évolution et d'élargissement qui s'inscrit dans les préoccupations actuelles des jeunes générations face à la construction de l'Europe et de la mondialisation en cours. Les dynamiques reposent de plus en plus sur des référents culturels multiples, complexes, qui demandent un ajustement permanent aux situations et aux contextes pour tenter de préserver un équilibre et maintenir une cohérence identitaire. Les éclairages méthodologiques variés utilisés dans les différentes recherches exposées sont autant de voies d'accès pour d'autres études afin de continuer à analyser et mieux saisir la multiplicité des enjeux constitutifs des rapports entre identité et altérité, et par voie de conséquence sur les processus de l'acculturation. Enfin ce livre présente des travaux inscrits dans une perspective que l'on peut qualifier de francophone, même si certains terrains d'étude sortent de ce cadre proprement dit, dans le sens où une unité d'esprit dans l'approche de ces concepts s'est construite au fil des chapitres,
différente de la perspective anglo-saxonne.

Références
Sabatier, C., Palacio, J., Narnane, Nouvelles H., & Collette, S. (Eds). (2001). Savoirs et enjeux de l'interculturel. approches, nouvelles perspectives. Paris: L' Hannattan. (1972, éd. française). Paris:

Erikson, E.H. (1968). Adolescence Flammarion.

et crise. La quête d'identité

De Vreede, E. (2001). Pour une clarification des fondements implicites de l'éducation interculturelle. Dans C. Sabatier & P. Dasen (Eds), Cultures, développement et éducation. Autres enfants, autres écoles (pp 317-342). Paris: L'Hannattan.

IDENTITE ET DEVENIR DU SUJET

1

CONSTRUCTION DE L'IDENTITE AXIOLOGIQUE ET NEGOCIATION AVEC AUTRUI
Hanna Malewska

Introduction
Ce chapitre tente, à partir de plusieurs recherches, notamment de recherches sur les militants français et polonais mais aussi avec des immigrés, de montrer l'importance des valeurs clans la construction de l'identité. Pourquoi cette tentative? En psychologie sociale, surtout américaine, pour décrire le fonctionnement de l'identité on se réfère plutôt aux interactions sociales et aux rôles sociaux qu'aux valeurs de l'individu, qui sont pourtant sous-jacentes. En effet, l'identité de la personne comporte aussi bien des éléments liés aux rôles sociaux et à l'appartenance aux groupes que des éléments plus anciens, comme les valeurs liées à sa socialisation première et à son histoire personnelle, faisant à la fois sa différence et son unicité. Bien des auteurs préfèrent ne pas différencier l'identité personnelle sociale (Breakwell, 1986; Malewska et Zaleska, 1980; Tomé, 1972). Zavalloni et Louis-Guérin décrivent l'identité psycho sociale comme le «lieu de rencontre du psychologique et du social» (1984, p. 8). L'identité individuelle est un système dynamique de valeurs, de représentations du monde, de sentiments nourris par les expériences passées, et de projets d'avenir se rapportant à soi. Nous soulignons avec Erikson (1963) l'importance de la continuité chez l'individu, bien que l'identité ne soit pas une structure figée, mais un système dynamique, dont le changement est régulé pour sauvegarder la cohérence de la personne (Camilleri et Malewska, 1997). L'identité nous apparaît comme un mécanisme régulateur entre les besoins de changement, nécessaire pour l'adaptation, et la constance des valeurs, qui donne un sens à l'existence. Ces valeurs, résistantes au changement, que l'on appellera centrales, constituent le "Moi axiologique". Parlant de la continuité de la personne, Camilleri (1990) évoque un «pôle ontologique» (que nous appelons axiologique), qui représente la constance (idées, attitudes) à l'inverse du «pôle pragmatique », dont la

22

Hanna Malewska

fonction est l'adaptation aux situations. Les valeurs centrales assurent la continuité, car on ne change pas ce qui donne sens à la vie. Ce point de vue n'est pas tout à fait isolé, récemment, Baumeister (1997) considère « les valeurs basiques» comme un fondement de l'identité.

Deux types de valeurs
Il n'est pas facile de définir les valeurs: nous distinguons deux types de valeurs selon leur universalité (caractère plus ou moins général) et leur genèse. Le concept de "valeur" selon le premier type, peut être compris comme la représentation d'un objectif souhaité, individuel ou social qui oriente l'action. Cette définition s'apparente à celle de Rokeach (1968, p. 160): «A value is a single belief, that transcendentally guides actions and judgements across specific objects and situations and beyond immediate goals to more ultimate states of existence». Les valeurs centrales seraient des valeurs qui donnent sens à l'existence, qui constituent le fondement du système axiologique de l'individu, ou qui sont des valeurs premières dans sa hiérarchie des valeurs. Elles sont acquises au cours du processus de socialisation et du développement personnel (au sens donné par Kohlberg) ou à la suite d'événements marquants de la vie. Désignant les buts ultimes de la vie elles ont souvent une forme abstraite et un caractère universel. Le deuxième type de valeurs est lié à l'appartenance aux groupes sociaux (Reykowski, 1995), nous les appellerons catégorielles. Dans le test «qui suis-je», les répondants se définissent plus souvent par l'appartenance aux groupes ou catégories sociales (je suis un Français, un communiste, ou je suis une femme, une intellectuelle) que par les valeurs universelles (je suis pour l'égalité de tous les hommes), étant donné les formes abstraites et un peu solennelles de ces dernières, ainsi que les difficultés pour les verbaliser. Sauf l'appartenance aux groupes naturels (famille, pays), on choisit l'appartenance à un groupe par rapport aux valeurs prônées (professées) par ses membres. Mais le groupe peut devenir une valeur en soi. Un passage d'une interview d'un militant polonais dénonce le danger de considérer l'appartenance au parti communiste comme "une valeur en soi", une valeur centrale:
« TIY a deux valeurs sans lesquelles la vie devient boiteuse. L 'Wle est la capacité de se contester soi-même; qui permet de suspendre tous les jugements et de voir la réalité à neuf. L'autre est la fidélité à soimême. Entre les deux il y a une tension constante. On ne peut pas jeter à

Construction

de l'identité axiologique

23

la poubelle son « Moi» culturel, intellectuel, moral. On ne peut pas démentir sa propre expérience. Je me défmissais moi-même comme communiste, même en 1969 (période d'une campagne antisémite organisée par le parti communiste polonais), c'était une affaire de fidélité. Je ne voulais pas, même en cette situation dramatique, jeter mon « Moi» à la corbeille à papier. De cette auto-défmition, je me suis démarqué non parce que les communistes m'ont emprisonné (pendant la période de l'état de guerre proclamé par Jaruzelski), mais en fonction de ma réflexion sur les événements en Pologne. J'ai vraiment cru aux idéaux (valeurs dans la version polonaise) de justice sociale comprise comme égalité. Et j'ai considéré cette justice sociale non comme un idéal abstrait, mais comme une possibilité, une option sociale et politique réelle. Je vois maintenant que dans le monde réel c'est quelque chose d'irréalisable. Pourtant, je manquerais de sincérité si je disais que je rejette le système de valeurs qui me défmissait jadis comme communiste. Je suis toujours sensible à la misère humaine, à l'injustice et aux inégalités... » (Michnik, Tischner et Zakowski, 1995).

Cette capacité « de se contester soi-même », de se reconnaître soimême comme objet, de distinguer «Moi» et «Nous» permet à Michnik de se différencier de son groupe, de quitter le parti communiste. Ce sont ses valeurs centrales, universelles, son Moi axiologique qui comptent et non son appartenance au groupe (groupe qui a nié ses valeurs en rentrant dans la campagne antisémite prônée par les Soviétiques en 1968). Michnik exprime ici à la fois le besoin de continuité représenté par la fidélité aux valeurs centrales et le besoin d'avoir un nouveau regard sur la réalité, ce qui évite la rigidité. Ce processus de "continuité négociée" permet de garder le sentiment d'unité, ainsi que celui de sa singularité, et de garder un rapport plus objectif aux faits sociaux, ce qui est une condition nécessaire pour l'adaptation et l' action. Un exemple où l'appartenance au groupe paraît être la valeur primordiale provient de recherches sur les migrants du Maghreb. Il est tiré du récit d'un juge sur ses contacts avec un père algérien, dont la fille mineure a porté plainte pour maltraitance et a demandé à être placée dans un foyer. Elle voulait continuer ses études et éviter un mariage forcé avec un homme choisi par ses parents. Ce cas n'est pas isolé. Dans la recherche sur 500 jeunes menée à Vaucresson, (Malewska-Peyre et colI., 1982), 16% des jeunes issus de l'immigration maghrébine ont demandé leur placement pour des raisons semblables. Il faut rappeler l'importance du rôle du père dans la famille maghrébine traditionnelle: il est le chef de la famille, ayant droit d'imposer sa volonté aux autres

24

Hanna Malewska

membres de la famille, il est responsable de leur moralité devant sa communauté. Le père de cette fille devait se présenter au tribunal pour enfants. Pourtant il ne pouvait pas admettre que le fonctionnement de sa famille puisse être remis en cause par une institution, il disait au juge: « C'est ma fille, elle est sous mon autorité. Je ne vois pas pourquoi la justice intervient» . Voici le commentaire du juge: «11 ne veut pas voir pourquoi la justice intervient... cela arrive chez les pères maghrébins. J'ai le sentiment qu'ils ne peuvent pas partager une conception moins coercitive de leur autorité ( ...) J'ai la conviction qu'ils se sentent fondamentalement déshonorés. Ils refusent tout recours, même à leurs propres structures. J'ai essayé de faire intervenir une assistante arabe auprès du Consulat d'Algérie, un religieux musulman, comme médiateur. Ils n'étaient pas du tout à l'aise, ils étaient rebelles à cette intervention dans leur domaine, qui relève uniquement de leur compétence. Le père refusait carrément mon intervention qu'il trouvait illégitime» (rapport Cirba, cité dans Malewska-Peyre et colI., 1982). Les liens parentaux et les obligations qui en découlent ne peuvent pas être contestés. Un père religieux ne pouvait pas les discuter sous la menace de l'exclusion de sa communauté, de son Umma. Son identité sociale était en jeu. Son appartenance au groupe était sa valeur primordiale. Si le groupe d'appartenance devient "une valeur en soi", tout ce qui sert à son existence est positivement évalué. Ses membres n'appartiennent plus au groupe - et ceci non à cause de ses normes et idéaux prônés, mais par l'effet de son statut. Les recherches récentes de Gaymard (1999) démontrent d'une façon claire que le comportement de la femme reste l'objet d'une très forte normativité. Elles portent sur le processus de négociation entre les filles maghrébines et leurs parents, l'enjeu étant la liberté de fréquenter l'université. La condition première posée par les parents est l'observance stricte des règles de la religion, du respect et de l'obéissance aux parents. Même si certaines peccadilles peuvent être passées sous silence, les filles doivent paraître d'une moralité parfaite aux yeux des membres de la communauté. L'honneur de la famille est en jeu. Dans nos propres recherches sur les immigrés (Malewska-Peyre et coll., 1982 ; Malewska-Peyre et Gachon, 1988), nous avons pu constater le traditionnalisme de parents maghrébins, surtout des pères par rapport à leurs filles. Le test des valeurs culturelles différenciait les parents maghrébins des parents portugais et français dans ce sens. On pourrait

Construction

de l'identité axiologique

25

expliquer cette différence, entre autres, par la menace pour leur identité culturelle représentée par le racisme. Un chercheur marocain, Gueddah (1999), parlant des exigences de la communauté musulmane vis-à-vis des immigrés écrit: «Les jeunes immigrés seraient tenus, en dépit de leur éloignement par une loyauté . spectaculaire vers ces valeurs, mais un affrontement de plus en plus net avec la loi du pays d'accueil (la loi de l'occident) ».

vis-à-vis de leurs origines culturelles, d'où non seulement le retour

Le rôle des valeurs dans la construction de l'identité. Le cas des militants
Pour mieux comprendre le rôle des valeurs centrales, du Moi axiologique, nous avons entrepris une recherche sur les militants politiques et sociaux, catégorie des personnes supposées être particulièrement intéressées par la réalisation des valeurs. Nous avons fait des entretiens biographiques avec 25 militants en France. L'approche qualitative s'imposait pour suivre la construction de l'identité. Après la recherche en France, nous avons continué cette recherche en Pologne avec Jadwiga Koralewicz, de l'Institut des Etudes Politiques de l'Académie des Sciences en Pologne, et nous avons fait 40 entretiens selon les mêmes critères (Malewska-Peyre et Tardès-Londe, 1997; Malewska-Peyre et Koralewicz, 1998; Malewska-Peyre, à paraître) . L'activité militante était définie par nous comme une activité ayant pour but le bien public ou le bien d'une catégorie de personnes (malades, chômeurs, immigrés, etc.). Les activités des militants interviewés étaient très diversifiées, allant de la défense des libertés à la création d'associations d'aide sociale. Nous avons évité d'interviewer des leaders politiques, car dans leur cas les questions de pouvoir jouent un rôle important. L'influence des événements et périodes historiques sur l'engagement était très visible. La Seconde Guerre mondiale et la période du stalinisme en Pologne suscitaient l'engagement dans différentes formes de résistance, puis dans le mouvement Solidarité. En France, la guerre d'Algérie était un facteur important pour l'engagement dans des mouvements tiers-mondistes et mai 1968 pour les mouvements de gauche, enfin la période de l'aide humanitaire a marqué la dernière génération dans les deux pays. Chacune de ces périodes a donné une

26

Hanna Malewska

autre génération de militants pour laquelle certaines valeurs étaient plus prégnantes que les autres. Au cours des entretiens nous n'avons pas posé directement des questions sur les valeurs qui animaient les activités militantes, néanmoins nous avons des passages des entretiens qui en parlent. Nous en citerons quelques-uns à titre d'exemple. « On retrouve un axe chez moi» - dit Kamel, médecin psychiatre -, « promouvoir le migrant dans sa dignité par le biais de sa santé, de la culture ou de la politique. Ce sont trois concepts autour desquels je suis en train d'organiser ma vie ». Ian explique ce qui est essentiel dans son engagement pour les Droits de l'Homme: «Les Droits de l'Homme sont l'espace des relations entre l'individu et le pouvoir, les normes règlent ces relations. Elles définissent droits et libertés, devoirs du pouvoir par rapport à l'individu et espace interdit à l'ingérence des pouvoirs... La notion première, dans ce domaine, c'est la notion de dignité humaine, de personne humaine. C'est de cette notion qu'on déduit les valeurs-buts importantes, la liberté et l'égalité, et ensuite le catalogue des droits. La dignité humaine est liée au caractère unique de la personne, à sa singularité, à ses émotions, ses expériences, ses représentations qui forment une constellation unique. Le point de départ pour notre organisation ce n'est ni la raison d'Etat, ni l'intérêt de la notion, ni l'intérêt d'aucun autre groupe, c'est l'individu». Ainsi Ian voit-il le rôle du Comité d'Helsinski. Il a été emprisonné pour cette activité illicite en Pologne, à l'époque. Pour certains, le militantisme représente une découverte du sens, d'un mode de vie qui justifie l'existence et qui après une longue période de recherche et d'essais de différents rôles sociaux, permet une autoréalisation de Soi heureuse et complète. Certains pensent que c'est seulement cet engagement en commun pour les mêmes idéaux qui libère leurs énergies et leurs possibilités. Ainsi la Polonaise Kinga, après son diplôme d'astronomie, s'engage à fond dans une activité humanitaire pour la Bosnie, pour le Kazakhstan, pour la Tchétchénie. Elle dit : « Je pressentais mes possibilités et ici, enfin je peux les développer. Je fais vraiment ce que j'aime faire, c'est une vraie vie. L'astronomie m'intéresse toujours, mais elle ne pouvait pas remplir ma vie » et elle ajoute enthousiaste: « Je sauve des vies humaines! ».

-

Les chemins vers le militantisme sont divers. La socialisation précoce dans une famille où les parents eux-mêmes sont engagés mène souvent les enfants vers une vie militante. Les ancêtres de Marc ont participé à la Commune, les parents de Gustave ont sauvé des Juifs au

Construction

de l'identité axiologique

27

cours de la Seconde Guerre mondiale, les aïeux de Simon sont morts en Sibérie, déportés pour avoir participé au soulèvement de Varsovie. Dans notre population, 47 parmi les 65 militants interviewés ont fait référence à des activités militantes de leurs parents. Harré (1989) qui étudiait les familles arméniennes constate l'importance de la tradition intergénérationnelle, transmise oralement par la narration, pour la construction de l'identité. L'engagement militant peut venir aussi en réaction à un événement, qui peut être personnel ou concerner toute la société. Dans tous les cas le militantisme se pose comme nécessité de réagir, d'agir. C'est ainsi que Chantal, écologiste, nous parle: «Dès que j'ai vu le commencement des travaux sur la petite plage de la calanque, je me suis engagée dans le mouvement de protestation et depuis je milite à fond pour l'environnement», et Laurent aussi: « Dès que j'ai vu le reportage sur les enfants du Biafra, j'ai rejoint les Médecins du Monde», ou encore Boleslaw: «Corps et âme je me suis jeté dans le mouvement Solidarité dès les premières manifestations». Sans doute, les uns et les autres avaient une certaine sensibilité, l'attitude que les psychologues américains appellent "pro sociale" . On retrouve chez presque tous les militants une incapacité, toujours mise en avant par eux, à supporter la misère humaine, quelle qu'en soit la forme, la répression politique, l'exclusion, la misère matérielle. L'activité pour l'éliminer ou la diminuer leur apparaît « comme allant de soi, somme toute naturelle». Gustave, dont la famille a participé à différentes mouvances militantes, nous dit : « J'ai alors toujours pensé que c'était naturel de faire quelque chose de plus que le boulot». Alexandre va plus loin en disant: « S'il y a quelque chose d'utile qu'on peut faire et on ne le fait pas, c'est une honte. Dès que j'ai vu la clinique pour les malades d'Alzheimer en Belgique, j'ai senti qu'il fallait faire la même chose en Pologne» et puis, à la question sur ses intérêts et ses loisirs, il répond: «Mais c'est l'association pour les malades d'Alzheimer et leurs familles, ça m'engage juste ce qu'il faut. Je n'ai besoin de rien d'autre. C'est ma passion, elle est partagée par les autres, ma femme, mes amis, les familles des malades, dont certains sont devenus de nouveaux amis ». Cette « incapacité à supporter la misère humaine» (expression de Gustave) reflète le caractère nécessaire de l'engagement des militants. Selon leurs dires, il serait presque contre nature de ne pas s'y adonner, même si les conséquences sur leur santé, leur sécurité, leur vie familiale, sociale et professionnelle que leur choix entraîne sont parfois un lourd tribut à payer. On pense à l'impératif moral de Kant. Pourtant, sauf exception, ils ne parlent pas « des valeurs

28

Hanna Malewska

universelles », ils vivent leurs valeurs. André, militant ouvrier, nous a dit : « Ma philosophie c'est ma pratique». L'analyse des séquences biographiques et des discours des interviewés permet, malgré tout, d'appréhender le rôle des valeurs-buts que nous avons appelées valeurs centrales. Ces valeurs sont le pivot de la construction identitaire. La réalisation de soi des militants se fait par la réalisation de ces valeurs. Ce qui frappe chez eux, c'est la cohérence de l'identité et une certaine continuité qui se concrétise dans l'attitude « d'être au service des autres» et « d'être en accord avec soi-même ». Les modalités des activités peuvent changer, on peut s'occuper des jeunes marginaux et ensuite venir en aide aux Bosniaques, mais la nature de l'activité reste la même: l'aide. De même, les activités idéologiques peuvent changer, une trotskiste peut quitter son organisation et devenir militante du mouvement féministe, l'objectif sera toujours de changer la société pour plus d'égalité, plus de bien-être. Il n'y a aucune différence entre le Polonais et les Français à cet égard. Cette continuité est due à la présence d'autrui, des autres, de la société dans leur construction de soi et de l'univers. Leur engagement est de longue durée, même si les modalités d'action changent pour s'adapter aux situations nouvelles. Leur identité, quoique dynamique, ne paraît pas « circonstancielle» (Kasterstein, 1990).

Les conflits d'identité
Nous avons pu observer la solution d'un conflit entre l'appartenance au groupe (en l'occurrence la parti communiste) chez le militant polonais Michnik et les valeurs centrales de Michnik, "trahies" par la politique antisémite en 1968 en Pologne. Michnik choisit la fidélité à ses valeurs, qui jadis l'ont fait devenir communiste: l'égalité, la justice sociale. Telle n'est pas toujours la solution choisie par les militants pour lesquels leur organisation est devenue "valeur centrale en soi". Au cours de nos interviews nous avons rencontré des communistes qui ne pouvaient ou ne voulaient pas admettre l'existence des camps en Sibérie, parce que leur appartenance au parti donnait sens à leur vie, ou admettaient les improbités du régime, mais restaient membres du parti. L'un d'eux disait: « Je connais les erreurs que nous avons commises, mais je ne peux pas quitter le parti, le communisme est quand même meilleur que le capitalisme». Il est difficile de discuter des thèses aussi globales. Par ailleurs, il ne le pouvait pas, car une telle discussion menaçait son identité sociale.

Construction

de l'identité axiologique

29

Le père maghrébin ne pouvait pas céder au juge sous peine de perdre son identité, l'appartenance à sa communauté étant devenue sa valeur centrale. Les militants polonais de Solidarité, confrontés aux persécutions politiques, emprisonnement, exclusion, perte du travail, continuaient leurs activités. Dans le cas des valeurs centrales, qu'on peut nommer "valeurs identitaires" de la personne, la menace peut encore les renforcer. Les valeurs centrales de l'identité sont difficilement négociables. Il serait peut être risqué de dire que les négociations sur le Kosovo ont échoué en partie parce que les valeurs identitaires des Serbes, liées à l'histoire des Balkans, ont été négligées. Cet exemple dépasse le cadre de ce chapitre. La difficulté de négocier un conflit où les valeurs identitaires sont en jeu est très bien montré par Gaymard dans le cas des étudiantes maghrébines en France. Pour que le « respect des parents», importante valeur islamique, soit gardé, il fallait pendant des années se montrer une fille obéissante et respectueuse des règles, conquérir la confiance des parents, les persuader que même en dehors de la maison, elles respecteront les interdits et utiliseront leur liberté uniquement pour poursuivre leurs études. La description de cette longue négociation quotidienne montre l'importance de l'appartenance à la communauté islamique et la résistance des valeurs identitaires au
changement.

Pour conclure
Mon exposé a tout d'abord montré l'importance des valeurs dans la construction de l'identité, chez les militants dont nous avons examiné les entretiens biographiques, et évoqué nos données plus anciennes sur les conflits de valeurs intergénérationnelles des immigrés du Maghreb. Nous n'avons pas trouvé de différences, ni dans la formation de l'identité des militants français et polonais, ni dans la place des valeurs dans la structure de leur identité (comme le disait un interviewé, elle « est construite autour»). Ce sont leurs activités qui les différencient, car adaptées aux besoins différents de leurs pays respectifs. Les recherches sur les populations immigrées ont montré que l'appartenance aux groupes nationaux et surtout à la religion était un élément sensible pour leur identité. Nous avons fait une distinction entre les valeurs catégorielles et les valeurs universelles. Les unes et les autres peuvent jouer un rôle essentiel dans la construction de l'identité et sont difficilement

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.