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Identités, codes et valeurs en Chine

De
170 pages
Partant de son expérience d'enseignante dans le nord-est de la République populaire de Chine, Brigitte Tison offre une approche des identités, codes et valeurs chez de jeunes Chinois qui, pour certains d'entre eux, ont émigré en Occident, en France en particulier… La Chine, malgré un développement extrêmement rapide, a gardé ses valeurs ancestrales, entraînant la continuité entre hier et aujourd'hui d'une culture chinoise en harmonie avec son passé.
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Brigitte Tison
Identités, codes et vale en Chine
Compétences Intercu
Identités, codes et valeurs en Chine
Du même auteur : L’entretien psychologique, Lyon, Chronique sociale, 2013. Enfants, adolescents maltraités-maltraitants, Lyon, Chronique sociale, 2011, 206 p. Des Indiennes en Europe, Paris, L’Harmattan, coll. Compétences interculturelles, 2008, 197 p. Partir en humanitaire, Lyon, Chronique sociale, 2008, 149 p. Comprendre la culture hindoue, Lyon, Chronique sociale, 2005, 197 p. Sud-Vietnam 1973, St-Cyr-sur-Loire, Sutton, 2005, 128 p. L’hindouisme, Mémorial de Caen, 2003, 15 p. SOUS SA DIRECTION: Prises en charge psychothérapeutiques face aux cultures venues d’ailleurs, Paris, Masson-Elsevier, 2013. Pratiques psychologiques: enjeux éthiques et déontologiques, Lyon, Chronique sociale, 2012, 225 p. Les professionnels face à l’enfance en danger, Paris, Masson-Elsevier, 2010, 203 p. Avec E. Hervé-Désirat,Soins et cultures, Paris, Masson-Elsevier, 2007, 247 p. Avec M. Azab, V. Crombé, Y. Dulac, A. Fontan, Ph. Haddad et Ph. Gaudin, Lamort, Paris, coll. Ce qu’en disent les religions, Éd. de l’Atelier, 2001, 174 p. Avec J.-N. Bezançon, W. Burki, V. Crombé, E. Gueneley, PH. Haddad, M. Reeber et É. Martini,La prière, Paris, Ce qu’en disent les religions, Éd. de l’Atelier, 2001, 174 p. Avec l’A.C.H.E.A.M., dansRegards sur l’Indochine,Vietnam 1973, Mission pour Terre des Hommes, Paris, Imp. Corlet, 2004, 340 p. Avec K. Boudarse, A. Cartron, H. Feertchak, A. Mohamed et P. Coslin, Cesjeunes qui désertent l’école, Paris, Sidès, 2006, 177 p. © L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01135-6 EAN : 9782343011356
Brigitte TISONIdentités, codes et valeurs en Chine
Compétences Interculturelles Collection dirigée par Altay A. Manço Compétences Interculturelles est une collection destinée à présenter les travaux théoriques, empiriques et pratiques des chercheurs scientifiques et des acteurs sociaux qui ont pour but d’identifier, de modéliser et de valoriser les ressources et les compétences interculturelles des populations et des institutions confrontées à la multiplicité des référents socioculturels et aux contacts des différentes cultures. Les compétences interculturelles se révèlent capitales, notamment dans le double effort d’intégration positive des personnes issues de migrations, qui doivent à tout le moins se positionner à la fois par rapport à la société d’accueil et par rapport aux milieux d’origine, eux-mêmes en constante transformation. Les travailleurs sociaux au sens large, les enseignants, d’autres intervenants, mais également les décideurs chargés des politiques d’accueil et d’intégration des migrants et des minorités culturelles sont concernés par ce type de compétences professionnelles pour mener à destination de ces publics des actions de développement social et pédagogique efficaces. Même si l’objectif de la présente collection est prioritairement de faire connaître les travaux del’Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations (IRFAM) et de ses nombreux partenaires internationaux, cet espace d’expression est ouvert aux équipes pluridisciplinaires qui souhaitent contribuer à l’approfondissement des savoirs et des savoir-faire en matière de développement interculturel. Déjà parus Katerina SERAÏDARI,La ville, la nation et l’immigré.Rapports entre Grecs et Turcs à Bruxelles, 2012. Patricia ALEN et Altay MANÇO (dir.),Appropriation du français par les migrants. Rôle des actions culturelles, 2012. Laurent MULLER et Stéphane TAPIA,Migrations et cultures de l'entre-deux, 2010. D. CRUTZEN et A. MANÇO,Compétences linguistiques et socio-cognitives des enfants de migrants. Turcs et Marocains en Belgique, 2003. A. MANÇO,Compétences interculturelles des jeunes issus de l’immigration. Perspectives théoriques et pratiques, 2002.
Introduction En quelques années, l’éloignement d’un lieu à l’autre n’a plus été un obstacle. Les distances se sont considérablement réduites. Ainsi, Moscou n’est qu’à quelques heures de Paris par avion et Beijing, aussi. Le monde s’est planétarisé et est devenu un immense village. Les populations se sont mises à voyager et c’est comme si leurs flux/ reflux, leurs allers/ retours ne s’arrêtaient plus. Dans le même temps, ces changements n’ont pas été les seuls. Les peuples ont subi, vécu d’autres bouleversementsen tous genres : politiques, économiques, avec plus ou moins d’intensité, plus ou moins de « bonheur ». Lorsque nous nous rendions en Chine, à partir des années 1990, accompagnant des touristes français, nous débarquions dans un pays aux mille chantiers. Il y avait des constructions partout, des échafaudages, des grues … au Nord comme au Sud du payset, chaque voyage que nous effectuions, nous devions retrouver nos marques, car de nouveaux buildings étaient sortis de terre et avaient remplacé d’autres bâtiments trop vieux, des places avaient été aménagées… Nous avions le sentiment d’atterrir chaque fois dans un pays nouveau ! On imagine ce que cela a pu représenter pour les populations. La construction du barrage des Trois Gorges, par exemple, a conduit au déplacement de millions de villageois qui vivaient aux alentours ! Même dans la capitale, une bonne partie du vieux Beijing a disparu. Seuls, quelqueshutongs(anciens logements au cœur de la ville) ont été préservés pour le tourisme. Les personnes âgées, les personnes en précarité ont dû émigrer vers la périphérie. Toutes leurs relations, leurs modes de vie ont été transformés. Il y a bien eu des protestations. Mais la politique de la Chine n’a pas laissé prise à ces mouvements. Tout est vite rentré dans l’ordre. L’on est en droit de se demander : mais à quel prix ?
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On a parlé récemment du phénomène nouveau sur le continent des suicides, de l’augmentation des dépressions… Depuis les années d’après-guerre (1950), les périodes se sont succédées et ne se ressemblent pas : présidence de Mao, période des gardes rouges, présidences de Dengxiao Ping, Jiang Zeming, Hu Jintao et aujourd’hui de Xin Jiping … Les Chinois ont surmonté bien des périodes tourmentées et l’on se demande si c’est leur système familial qui les a protégés ou l’héritage philosophique, spirituel ancien qui les a préservés de « ces vents de folie meurtrière ». Le basculement du «rien »au «tout »(tout avoir, tout posséder) a-t-il comblé un manque, une soif insatiable d’inconnu, une frénésie vers les autres mondes, vers ce qui leur était interdit pendant si longtemps (l’ouverture vers l’étranger) ? Le millénaire philosophique, la sagesse des enseignements de Confucius ont imprégné les populations. Une discipline patriotique imposée sous la menace (tout est contrôlé, surveillé) tient les populations obéissantes, soumises. Le règne de l’Empereur n’existe plus mais le président du Parti communiste de la Chine qui l’a remplacé assure un pouvoir très fort, symbole d’une autorité patriarcale, rempart contre toute effraction extérieure. Tout cela a permis que se maintiennent et se transmettent les identités, les codes et les valeurs spécifiquement chinois. Nous allons donc aborder, modestement, cette question à partir de l’expérience d’enseignante que nous avons eue à Dalian.
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Cadre thématique Dans les années 1997-1998, diverses circonstances nous ont amenées à enseigner la langue française en Chine. Nous avons été affectées dans le nord-est du pays et, plus précisément, à l’université des Langues étrangères de Dalian. Les Français n’étaient guère attirés, à l’époque, par le nord de la Chine. Ils préféraient s’établir à Beijing (anciennement Pékin, la capitale politique et administrative), Wuhan (où se regroupaient et se regroupent toujours les établissements français et les Français expatriés) ou Guangzhou (ex-Canton, grand port dans le sud, ville d’émigration… en étroite relation avec la France). En effet, ces trois villes sont situées plus au centre ou au sud du pays, le nord-est apparaissait perdu aux confins de la Sibérie, si éloigné de tout. Le temps passé à l’Université de Dalian nous a données l’opportunité de rencontrer de jeunes chinois(e)s à un moment où, tout en Chine, commençait à s’accélérer et à s’ouvrir vers l’extérieur (communications, commercialisation). Dès l’année 2001, la Chine entre, en effet, dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Les Chinois commencent à émigrer en grand nombre et à s’installer dans tous les pays du monde. Certains étudiants de Dalian que nous avions eus en cours sont parmi eux. Nous avons d’abord enseigné à des jeunes dont les familles avaient plus de deux enfants (nés à la fin de la politique de Mao), puis, à des étudiants issus de la «politique de l’enfant unique » (sous la présidence de Deng Xiaoping). Les uns et les autres ne se ressemblaient pas dans leurs comportements. Certains, parmi les plus âgés, qui apprenaient notre langue, ne nous adressaient jamais la parole (selon les consignes du Parti : « on ne parle pas à des étrangers ») d’autres, plus jeunes, n’envisageaient qu’un départ, loin de leur pays et cherchaient, de fait, les contacts.
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