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Identités télévisuelles

De
220 pages
La télévision mondiale est-elle en proie à un mouvement irréversible d'homogénéisation des programmes ? S'oriente-t-on vers une télévision uniforme ? L'étude comparative des systèmes télévisuels chilien et français tente de répondre à cette question. Structurés autour d'un projet culturel et pédagogique, pris en charge par l'Etat en France et par le milieu universitaire au Chili, les contributions examinent trois types de programme : les programmes politiques, les retransmissions sportives et les séries fictionnelles.
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Textes réunis par Bernardo Amigo Latorre et Guy Lochard
IdentItés télévIsuelles Une comparaison France-Chili
 
    Identités télévisuelles  
  
Textes réunis par Bernard Amigo Latorre et Guy Lochard     Identités télévisuelles  Une comparaison Chili-France              L’H ARMATTAN
         
 
   
    
          © L'H ARMATTAN , 2013 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris   http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-336-29193-2 EAN : 9782336291932   
 
Présentation
Les enjeux de la recherche transculturelle
Bernardo Amigo et Guy Lochard
Rares sont les occasions que rencontre un chercheur de prendre conscience que sa démarche, ses méthodes et ses résultats et non pas seulement les phénomènes examinés, peuvent constituer un objet détude. Il existe cependant une forme de recherche qui constitue un terrain fécond pour développer un méta-niveau de réflexion sur lensemble de la démarche scientifique. Il sagit de la recherche comparative transnationale et transculturelle. Grâce à des processus liés de regards croisés et de décentrement-recentrement, elle permet en effet aux chercheurs impliqués de « dénationaliser » leurs regards sur leurs objets détude et, en les redécouvrant après un détour vers et chez un « autre », de produire des connaissances nouvelles sur ceux-ci. Elle offre aussi lopportunité à des équipes inter  et supra nationales de mieux comprendre les processus de construction des phénomènes eux-mêmes car elles mettent au jour des contraintes symboliques et culturelles habituellement invisibles puisque naturalisées par les points de vue théoriques progressivement indiscutés, les méthodologies pratiques devenues routinières et les résultats non relativisés. Lexpérience de recherche comparative menée sur la télévision dans le cadre du projet de recherche ECOS-Conycit 1  est très éloquente à cet égard. Elle nest pas seulement instructive par les seuls résultats empiriques obtenus. Elle peut être considérée comme une petite contribution à la réflexion sur les transformations des collectifs de chercheurs eux-mêmes en                                                  1  Projet EcosConycit N° CO7 H02 (Direction : Bernardo Amigo-Guy Lochard. Participants : Juan Pablo Arancibia, Valerie Bonnet, Marie Cecilia Bravo, Laurence Corroy, Eric Maigret, Florence Rio, Guillaume Soulez, Eduardo Santa Cruz).
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raison des mutations intervenues dans leurs imaginaires scientifiques et ce, tant sur la question du mode dapproche et de définition des objets détudes que sur le sens même de la recherche sur la télévision et, plus largement, les médias de communication.
LTéélémveisrigoenn coeu  dtéluénv iosibojents  p?l uriel Diabolisée ou sanctifiée, la télévision est généralement considérée, soit comme un instrument essentiel de domination idéologique des masses, soit au contraire comme un moyen de démocratisation de linformation et du divertissement dans les sociétés contemporaines. Lintérêt croissant des sciences sociales pour la télévision traduit limportance (supposée ou attestée) que lon prête au média télévisuel dans la vie quotidienne et à sa supposée influence sur les activités sociales, politiques et culturelles. Dans ce contexte, le constat dun processus de globalisation progressive des systèmes télévisuels a engendré lidée dun mouvement apparemment irréversible et unidirectionnel dhomogénéisation des formats et de standardisation des logiques de programmation à un niveau mondial. Il a ainsi imposé lidée de lémergence dune télévision culturellement uniforme et lhégémonie indiscutable de la télévision nord-américaine dans lindustrie de production, de distribution. La diffusion des mêmes programmes sur les écrans ainsi que ladoption de nouveaux formats sur lensemble du globe ont bien évidemment contribué à renforcer cette perception. Lexistence dun système de télévision homogène simplifierait bien sûr le travail de recherche car il réduirait le champ des altérités socioculturelles et symboliques aux seuls discours spécifiques ainsi quau processus de consommation, dappropriation et dusage des messages. Ses fonctions communicationnelles, son rôle culturel et social ne seraient donc dans ce cas que des variables indépendantes et culturellement transversales. Par delà des preuves incontestables de la mondialisation de la télévision, la recherche
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comparative fournit cependant un ensemble de constats empiriques infirmant la thèse du processus convergent et unidirectionnel. Un élément questionnant lirréversibilité du processus de standardisation et dhomogénéisation mondiale de la télévision est par exemple lexistence entre le Chili et la France de notables écarts historiques, sociaux, politiques et économiques dans la genèse et le développement de leurs systèmes télévisuels. Forgées au cours de lhistoire, ces traditions ont dessiné dans chaque pays un cadre très différent pour les fonctions de la télévision, leurs relations avec les institutions politiques ainsi quavec les téléspectateurs. Notre projet comparatif sest ainsi vu complexifié et enrichi. En effet, ce type de recherche est de peu dintérêt si ses résultats se bornent à établir un répertoire de différences et de similitudes, lobjectif final de telles initiatives étant de mieux comprendre les phénomènes tout en faisant émerger les variables contribuant à leur production. Les aspects globaux de la télévision entendue comme moyen de communication et dispositif de construction de sens social et culturel ont revêtu de ce fait une importance capitale dans notre comparaison alors quil sagit dune question trop souvent ignorée dans létude et la réflexion sur les messages médiatiques. Les différences historiques et communicationnelles de la télévision dans chacun des pays ont obligé à abandonner la posture universaliste implicite initialement présente dans limaginaire de chaque équipe de recherche quant au système télévisuel. Elles ont imposé la nécessité dune approche contextuelle et historique sans laquelle il nétait pas possible de comprendre le niveau immédiatement inférieur : les programmes qui constituent la forme concrète à travers lesquels les sujets nouent des relations avec la télévision.
Genres, discours, dispositifs ou programmes ? Au plan empirique, la recherche se proposait de développer conjointement dans les deux pays concernés des études sémio-discursives et socio-anthropologiques sur un corpus équivalent
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de trois types de genres télévisuels : les programmes sportifs, les séries fictionnelles et les programmes à contenu politique. Plutôt que de multiplier les objets détude dans un souci de rigueur et dexhaustivité, les deux équipes ont centré lanalyse sur ces trois types de productions. Elles nétaient pas en effet seulement représentatives des programmes dinformation et de divertissement. Elles constituaient aussi des objets privilégiés pour lanalyse des transformations et des décalages médiatiques et socioculturels entre le Chili et la France car les trois genres sélectionnés se trouvent à linterface énonciative du global et local. En effet, alors que les structures générales de chacun deux sont fortement déterminées par les formats transnationaux homogènes, leur mise en scène au niveau national fait apparaître très clairement des écarts et des décentrements culturels par rapport au modèle. Dans le cas des retransmissions sportives, on a choisi comme axe de réflexion commun la question de la construction des discours sur lidentité nationale dans un rapport à un autre. Le corpus retenu comprend les affrontements footballistiques des éliminatoires du Mondial sud-africain de 2010 et les rencontres de Coupe Davis de tennis à la même époque, deux compétitions dans lesquelles les sélections nationales de ces deux disciplines sportives étaient engagées et suscitaient une attention médiatique et sociale équivalente tant au Chili quen France. Quant à la fiction, lintérêt était dexplorer les représentations et les stéréotypes identitaires véhiculés par ce type de programmes et pouvant par conséquent être considérés comme des cristallisations particulières de limaginaire social de chaque état. Pour cette raison, on a retenu des séries à forte audience en supposant quelles occupaient une place majeure dans la discussion publique et quelles avaient un impact et une importance décisifs au plan culturel. Le critère de sélection des matériaux analysés a donc été le taux daudience. Cependant, et afin de rendre possible la comparaison, il est apparu indispensable dinclure un critère de type énonciatif dans la mesure où un film, une série ou une sitcom proposent des types de lecture et de positionnement spectatoriel assez différents quant au processus de construction du sens. Enfin, pour les
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émissions à contenu politique, on a privilégié, du moins initialement, les émissions de débat plutôt que les journaux télévisés. La raison est que dans les premiers, tout en hiérarchisant thèmes et contenus, le foyer principal des opérations discursives réside dans les processus et les dispositifs de distribution de la parole, de visibilisation/invisibilisation des acteurs politiques ainsi que de construction symbolique du public. Cette approche basée sur lhypothèse de lexistence de genres télévisés à caractère universel et homogène est cependant venue rapidement se heurter à la réalité empirique des objets comparés. Tandis que le dispositif communicationnel et énonciatif de la retransmission télévisuelle du football et des sports plus généralement est très proche dans les deux pays, les programmes de débat politique nont pas une présence et une forme identique au Chili et en France et la fiction semble remplir quant à elle des fonctions communicationnelles très différentes dans chaque espace. Il ny avait donc pas une équivalence complète entre formats et genres, même sils sont apparemment similaires dans la télévision chilienne et française.
Les sports : journaliste ou supporter ?
Pour la comparaison internationale des programmes de sports (football et tennis), on a pu constater une importante proximité dans le type de dispositif discursif identitaire et ce tant au niveau structurel que dans les formes dimplication des téléspectateurs. La mise en scène commune est celle de laffrontement, ayant recours dans les deux cas à la métaphore guerrière, faisant appel au nationalisme et à lidentité socioculturelle, construisant donc une polarisation basée sur des stéréotypes culturels patriotiques. Un autre élément constitutif du dispositif énonciatif des programmes de sports au Chili et en France est la construction dimages de tendance objectivante et descriptive contrebalancée par des commentaires verbaux tendant à la subjectivité et lopinion. Une différence intéressante a pu cependant être observée dans lorientation de
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